La Vierge de Guadalupe - 12 décembre 1977
Plan de l’homélie :
1) L’esprit de pauvreté
2) Son insertion dans l’histoire de nos peuples latino-américains
3) Le mariage inséparable entre l’évangélisation et la promotion humaine
1) L’Esprit de pauvreté
En premier lieu, je dis que Marie et l’Église d’Amérique latine se caractérisent par la pauvreté. Marie, dit le Concile Vatican II, brille parmi les pauvres qui espèrent de Dieu la Rédemption. Marie apparaît dans la Bible comme l’expression de la pauvreté, de l’humilité, celle qui attend tout de Dieu et lorsqu’elle vient en Amérique (Vierge de la Guadalupe), son dialogue intime dans un sens maternel envers un fils, elle l’a avec un indien, un marginal, un pauvre. C’est ainsi que commence le dialogue de Marie en Amérique, dans un geste de pauvreté. Pauvreté qui est faim de Dieu, pauvreté qui est joie du détachement. Pauvreté qui est liberté, qui est ce besoin de l’autre, du frère et qui est appui mutuel afin de se secourir mutuellement. C’est cela, Marie, et c’est cela, l’Église, sur ce continent. L’Église a trahi quelquefois son esprit de pauvreté et ne fut pas fidèle à l’Évangile qui la voulait détachée des pouvoirs terrestres, ne s’appuyant pas sur l’argent qui rend les humains heureux; mais s’appuyant sur le pouvoir du Christ, sur le pouvoir de Dieu, c’est cela sa grandeur. C’est pourquoi Marie enseigne à l’Église, principalement en Amérique latine, parmi les peuples pauvres, parmi les gens déchaussés, parmi les marginaux, la nécessité de cette vertu pour être sauvé. Ce n’est pas qu’ils soient condamnés ceux qui possèdent, mais ils doivent se faire humbles, ils doivent se faire pauvres, nécessiteux de Dieu, s’ils veulent rencontrer le pardon et la grâce du Salut. Bienheureux les pauvres en Esprit, parce que le Royaume des cieux leur appartient. Nous remercions Marie d’avoir marqué, dès le début de notre civilisation chrétienne sur ce continent, de cette marque bénite de la pauvreté évangélique à laquelle nous sommes invités ce soir, pour être heureux avec la félicité de l’Évangile. 12/12/77, p 61-62, III¸.
2) Son insertion dans l’histoire de nos peuples latino-américains
En second lieu, chers frères, Marie est l’image d’une Église qui ne veut pas se sentir en marge de l’histoire, mais qui au contraire veut être en plénitude dans la vie des peuples. L’Amérique venait à peine d’être découverte que Marie s’est insérée dans la vie de ses peuples. Nous en avons ici la preuve. Notre peuple sent que Marie fait partie de l’âme de notre peuple et c’est ainsi que la sentent tous les peuples latino-américains. Personne ne s’est inséré si profondément dans le cœur de notre peuple. Marie c’est également l’image d’une Église qui veut être présente avec la lumière de l’Évangile, comme Dieu la veut, dans la civilisation des peuples, dans les transformations sociales, économiques, politiques. Elle ne peut présumer d’un Évangile qui nous a nourris dès le sein maternel, nous ne pouvons pas trahir une Église, un Dieu, qui nous ont donné les secrets des véritables chemins par où les humains seront heureux.
Une Église en marge de l’Histoire ne serait pas l’Église rédemptrice des hommes. Une Église qui veut être présente, comme Marie au cœur de chaque homme, de chaque femme et dans le cœur de chaque peuple, c’est la véritable et authentique Église du Christ. C’est pourquoi nous bénissons la Vierge de la Guadalupe de nous avoir fait connaître sa présence sublime et si profonde dans le cœur de notre peuple. Faisons en sorte, chers catholiques, parce que vous et moi sommes l’Église, que l’Église que nous portons par notre foi, soit lumière du monde et sel de la Terre, exemple dans notre foyer, fidélité dans l’accomplissement de notre devoir. Efforçons-nous d’être des Salvadoriens qui font honneur à leur travail, à leur honnêteté, à leur foi afin que ne se produise pas ce qu’évoque le Concile : « Le péché le plus grave de notre temps est le divorce entre la foi et la vie. » Que la foi de notre Église que nous portons depuis notre baptême soit le sel et la lumière du monde dans lequel nous devons vivre. 12/12/77, p.62, III.
3) Le mariage inséparable entre l’évangélisation et la promotion humaine
Finalement, mes frères, Marie est le modèle d’une Église qui sait conjuguer l’évangélisation et la promotion humaine. Une évangélisation sans l’amour de l’être humain pour le promouvoir serait une fausse évangélisation, mutilée, une religion qui ne se préoccuperait pas de faire la promotion de notre peuple, d’alphabétiser les illettrés, d’incorporer à la civilisation tant de marginalisés de notre société, ne serait pas la véritable Église rédemptrice. Évangéliser et promouvoir, c’est ici la grande tâche à accomplir, comme Marie qui non seulement croit et est heureuse pour sa foi, mais qui du pied de la Croix, avec le Rédempteur, est la collaboratrice la plus intime de la grande promotion de la rénovation chrétienne des hommes.
C’est cela la véritable promotion, la véritable libération que l’Église apprend de Marie et des grands chrétiens, à rénover l’être humain, parce qu’il ne peut pas y avoir un continent nouveau sans hommes nouveaux, sans cœur et sans âme qui soient comme Marie, saints pour sauver les sociétés de notre continent.
La Vierge de la Guadalupe est tout un signe de notre religion.
Tâchons de l’imiter, que notre présence ici ne soit pas seulement une procession folklorique, qu’elle soit une réflexion profonde pour vivre comme Elle, insérée dans la société, lui apportant le sel de notre foi et faisant la promotion de ces changements profonds que notre société exige pour ne plus vivre dans une ambiance de péché, mais pour nous convertir à la véritable Rédemption. 12/12/77, p.62-63, III.
Quatrième dimanche de l’avent, 18 décembre 1977; Lectures : Isaïe 7,10-14; Romains 1, 1-7; Matthieu 1,18-24.
Dieu vient nous sauver
Dieu vient. Nous sentons notre pessimisme, notre confusion, et malgré le fait que l’horizon de la vie et de l’histoire nous semble fermé, Dieu vient et nous ouvrira les chemins de la lumière. Il nous demande seulement d’y répondre par la foi et la confiance en Lui. À la lumière de cette proximité. Et vivant profondément cette espérance, nous devons refléter avec cette joie du cœur qui n’est pas une joie superficielle, comme plusieurs ont pendant la période de Noël, mais plutôt l’allégresse profonde qui provient de la foi. Nous devons la refléter sur les réalités qui nous entourent parce que nous sommes des gens qui ont les pieds sur terre et qui vivent dans l’histoire et qui ne peuvent faire abstraction de leurs convictions, de leurs espoirs intimes, des humains qui sentent aussi les répercussions de la réalité qui les entourent. Chacun porte ses propres réalités, ses problèmes personnels, chaque famille aussi possède son histoire et la famille des familles qui est la patrie, construit également son histoire et le Règne de Dieu que forment ceux qui désirent humblement suivre le Christ, le Rédempteur. Le Christ l’a défini ainsi : soyez comme la levure dans la pâte, la lumière du monde, le sel de la terre, c’est cela l’objet de cette prédication dominicale.
Plan de l’homélie :
1) Dieu a un plan pour sauver le monde
2) L’Église est chargée de prolonger ce plan de Dieu dans l’Histoire
3) La réaction des hommes, ce que Dieu attend pour sauver le monde
1) Dieu a un plan pour sauver le monde
Le premier point est qu’il existe un plan de Dieu pour sauver le monde, l’apôtre saint Paul nous l’a décrit aujourd’hui avec une parole inégalée (Rom. 1, 1-5) : « Paul, serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu, que d’avance il avait promis par ses prophètes dans les Écritures, concernant son Fils, issu de la ligné de David selon la chair, établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts, Jésus-Christ notre Seigneur, par qui nous avons reçu grâce et apostolat pour prêcher, à l’honneur de son nom, l’obéissance de la foi parmi tous les païens. » Qu’est-ce que cela veut dire? Que Dieu n’improvise pas, que Dieu prévoit la chute de l’homme, la rupture du dialogue qui s’était établi à partir des origines de l’Histoire, mais Dieu a prévu également la Rédemption. Une Rédemption dans laquelle, son Fils, viendrait personnellement sur terre. Et ici la Parole de Dieu qui nous est rapportée dans l’Évangile de saint Matthieu (1,18-24) nous décrit ce projet éternel de Dieu. Il ne s’agissait pas là d’une utopie, cela fut annoncé un jour comme un signe, au moyen d’un prophète, Isaïe (7,10-14), qui fit face au roi. Achaz, affligé parce que deux rois voisins, celui d’Israël, de la partie nord de la Palestine, et celui de Syrie, de Damas, avaient conspiré contre lui pour lui enlever son trône. Achaz recherchait l’appui du puissant roi d’Assyrie, pour qu’il vienne à sa défense 18/12/77, p.73-74, III.
Le Projet du Salut
Un jour naît le Christ à Bethléem, oint par l’Esprit saint. Il n’a pas été le produit d’une union charnelle d’homme et de femme, Il a été engendré miraculeusement et il naît sans porter atteinte à la virginité de sa mère, Celui qui va apporter une chair immaculée pour l’immoler sur la croix pour le Salut de tous les hommes. Et un jour, trois jours après sa mort, Il est ressuscité. Et cette chair de la Vierge fait homme en Jésus, va aussi comme Fils de Dieu s’asseoir à la droite de Dieu le Père. Et là vit éternellement le Fils de David selon la chair, conçu par l’Esprit comme Fils de Dieu. Et depuis le ciel Il nous envoie son Esprit Divin, c’est ici que se situe le projet de Dieu. Cet Esprit divin conquit par le Fils de David qui devint par la résurrection Fils de Dieu, est un Esprit qui peut envahir tout homme qui veut se laisser entraîner par cette force de Rédemption. Saint Paul, ne l’oubliez pas, écrit aux Romains. Ces gens de l’Empire romain étaient païens, ils n’étaient pas Juifs, et Paul leur dit : « À vous tous, que Dieu aime et a appelés à faire partie de son peuple saint, je vous souhaite la grâce et la paix de Dieu Notre Père et celles du Seigneur Jésus-Christ. » Cela veut dire que cette Rédemption projetée par Dieu est arrivée à tous les hommes, sans exception. 18/12/77, p. 75, III.
Tous sont appelés au pardon
Tous ceux qui se sentent pécheurs, qui sentent que leurs péchés sont impardonnables, qui sait si ne m’écoute pas actuellement celui qui a la main tachée du sang du père Grande, celui qui a tiré sur le père Navarro, celui qui a tué, qui a torturé et a fait tant de méchancetés, entends-moi dans ton antre de criminel, peut-être t’es-tu déjà repenti de ce que tu as fait, toi aussi tu es appelé au pardon. Lorsque j’ai dénoncé la violence, j’ai toujours ajouté le repentir de ton péché parce que tu es fils de Dieu. Paul prêche aux Romains, à ce peuple païen où abondaient les crimes, les injustices, et il leur dit : « Vous aussi êtes appelés à cette Rédemption en Jésus-Christ, celui qui est né de la Vierge Marie. » Et cette Rédemption qui est celle du péché parce qu’ainsi l’a annoncé l’ange à Joseph : « Tu l’appelleras Jésus parce qu’Il va pardonner les péchés du monde. » C’est de là que part la libération chrétienne. 18/12/77, p. 75, III.
Ministère de l’Église : la libération
Lorsque maintenant nous luttons pour les droits humains, la liberté, la dignité, lorsque nous sentons qu’il s’agit là d’un ministère de l’Église de se préoccuper de ceux qui ont faim, de ceux qui n’ont pas d’école, des victimes de l’exclusion, nous ne nous éloignons pas de cette promesse de Dieu qui est venu pour nous libérer du péché. L’Église sait que les conclusions du péché sont toutes ces injustices et ces outrages. C’est pourquoi l’Église sait qu’elle sauve aussi le monde lorsqu’elle parle de ces choses. Le Pape (Paul VI) recueillant l’écho des évêques réunis en Synode, en 1974, a dit : « La clameur de millions d’êtres humains, apportée par les évêques à Rome, demandant à l’Église une aide dans leur libération à laquelle l’Église ne peut demeurer sourde, elle se préoccupe de promouvoir la libération du péché et de toutes les conséquences du péché. » Et il prononça cette phrase qui est écrite dans l’encyclique
Evangelii Nuntiandi : « L’Église accepte la lutte des hommes pour la libération, mais elle l’incorpore au projet de Rédemption universel. » Qu’est-ce que cela veut dire? L’Église continue de construire le plan du Salut de Dieu, elle ne s’en éloigne pas et lorsqu’elle voit chez les gens, chez les peuples d’Amérique latine, l’angoisse de leur libération, elle incorpore cette angoisse, cette lutte à la libération chrétienne en Jésus-Christ. L’Église dit à tous ceux qui travaillent pour la libération qu’une libération sans foi, sans le Christ, sans espérance, une libération de violence, de révolutions, n’est pas efficace ni authentique. Elle dit que la libération doit partir de la Rédemption en Jésus-Christ, de la Rédemption du péché. Que rien ne sert de changer les lois et les structures tant que les humains ne se rénoveront pas de l’intérieur en se repentant de leurs péchés et en tentant de vivre plus justement! 18/12/77, p. 75-76, III.
2) L’Église est chargée de prolonger ce plan de Dieu dans l’Histoire
L’Église a reçu de Dieu la charge et le Pape vient de le dire à l’ambassadeur du Salvador à Rome, qu’on ne fasse pas obstacle à cette évangélisation, à cette prédication, à ce projet salvateur de Dieu que l’Église a aussi le devoir de développer au Salvador sans entrave aucune. Ce sera la liberté que l’Église a toujours proclamée et qu’elle ne cessera pas, même enchaînée, même si on lui dit de se taire. Frères, l’Église ce n’est pas seulement les évêques et les prêtres, l’Église c’est vous, les baptisés, la famille chrétienne, les professionnels, les étudiants, les ouvriers, les paysans. C’est-à-dire que l’Église prolonge ce plan sauveur du Christ. Je veux faire un appel spécial à vous tous, les baptisés, pour que vous vibriez, palpitiez avec l’enthousiasme du plan de Dieu, un plan que personne ne peut arrêter, un plan qui doit se réaliser parce que Dieu le veut, parce qu’Il veut sauver les hommes en Jésus-Christ, qu’Il veut nous donner à connaître au moyen de la Vierge Marie qui donna à Dieu l’Emmanuel, le Dieu avec nous. Cela est notre grand devoir, notre sainte obligation de chrétien. 18/12/77, p.76, III.
3) La réaction des hommes, ce que Dieu attend pour sauver le monde
Et en dernier lieu, mes frères, observons bien la réaction des humains vis-à-vis du plan de Dieu qui continue d’être le plan de l’Église. Nous rencontrons ici des personnages intéressants, en premier lieu nous faisons la connaissance d’un roi, qui sous prétexte d’une fausse religion dit (Is 7,10-14) : « Je ne veux pas tenter Dieu, je ne veux pas demander ce signe que tu me proposes. » Et le prophète le reprend : « Ce n’est pas pour ne pas tenter Dieu, c’est parce que tu veux suivre les projets des hommes, parce que tu fais davantage confiance à la puissance des armes, au roi d’Assyrie qu’aux projets de Dieu. » Et ce rejet de la promesse de Dieu est triste parce qu’en peu d’années, ce roi étranger venu pour secourir Achaz va envahir ce pays et amener en captivité le peuple de Judas.
C’est une manière de rejeter Dieu, c’est une manière de réagir devant les projets de Dieu, triste manière, le rejet. Combien rejettent en ce moment la prédication de l’Église au Salvador, en la dépréciant, en la calomniant? Comme aux pharisiens, Jésus-Christ pourrait leur dire : « Hypocrites, vous n’entrez pas en ce Règne de Dieu, ni ne permettez que d’autres y entrent. » Frères, j’en appelle à votre maturité pour que vous ne vous laissiez pas séduire, pour que vous ne vous laissiez pas envelopper par la fausse religiosité du Roi Achaz, pour que vous ne rejetiez pas l’humble parole qui demande des sacrifices, qui demande des renoncements, qui demande l’égalité, qui demande l’amour. 18/12/77, p.77, III.
L’Heure de l’Épreuve
Observez comment, frères, même en matière de foi il peut y avoir des épreuves difficiles. Pourquoi cela se produit-il? Cela ne peut provenir de Dieu. N’est-il pas vrai que dans le cœur de chacun a surgi cette tentation plus d’une fois? C’est l’heure de l’épreuve, c’est l’heure où le projet de Dieu veut s’imposer non pas parce que les hommes croient que cela est possible, mais parce qu’Il nous aime et que pour l’amour de Dieu il n’a rien d’impossible. Qui aurait pu croire qu’un Dieu allait se faire homme et qu’Il serait déprécié et méprisé, et qu’Il mourrait sur une croix? 18/12/77, p. 78, III.
Vigile de Noël - 24 décembre 1977; Lectures : Is 62,1-5; Actes 13,16-17; Matthieu 1,1-25.
Plan de l’homélie :
1) Pourquoi cette joie?
2) Christ, le Constructeur du Règne
3) Ce que Dieu attend de l’humanité
1) Pourquoi cette joie?
La première lecture se réfère au pourquoi de cette joie de Noël. Il me semble qu’en cette nuit du 24 décembre 1977, les anges chantaient pour la première fois : « Gloire à Dieu dans le ciel et paix sur terre aux hommes. » Il semble que les humains entendent pour la première fois, avec surprise, cette bonne nouvelle que les anges annonçaient à Bethléem : « Nous vous annonçons une bonne nouvelle, aujourd’hui un Sauveur nous est né. »
En cette heure solennelle, frères, celle dont l’évangéliste (Mt. 1,1-25) en parlant de Marie dit « son heure arriva », non seulement l’heure qui arrive pour toutes les femmes lorsqu’elles vont donner naissance, sinon que ce Fils provient des entrailles virginales de Marie et sa naissance marque une heure si solennelle au moment de sa naissance qu’à partir de ce jour, l’Histoire se divise en deux, avant et après le Christ.
Face au Christ tout était espérance, promesse, prophétie. « Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? », demandaient-ils au Christ lorsqu’ils le virent, l’Attendu des nations. C’est l’Espérance des anciens prophètes et des patriarches qui devient réalité en cet enfant qui naît aujourd’hui. À partir de Bethléem, toute cette espérance qui est parvenue à la plénitude des temps, à la réalisation de Dieu, on ne peut vivre dorénavant sans le Christ. À partir de ce moment, le Concile a pu dire « le Seigneur de l’Histoire », et même de cette histoire d’avant le Christ. Jamais il n’y eut un enfant de femme dont on ait parlé avec autant de profondeur avant même qu’Il ne naisse, comme du Christ Notre Seigneur.
Qu’est-ce donc qui vient marquer cette heure du Christ? Elle vient marquer par le grand idéal de Dieu sur les hommes : gloire à Dieu dans le ciel et paix aux hommes qui aiment le Seigneur. Ce n’est pas que Dieu attend la bonne volonté des humains pour être bon avec eux. En cela nous reconnaissons qu’Il a tant aimé le monde, et même si nous étions pécheurs et que nous vivons en lui tournant le dos, Il nous a tant aimés qu’Il nous propose un projet aux pécheurs que nous sommes. Le projet que le prophète Isaïe nous a décrit cette nuit comme un Règne qui va être construit par cet enfant, un règne avec une paix sans limites, un règne soutenu et consolidé par la justice et le droit, un règne qui durera maintenant et pour toujours ou comme saint Paul le décrit dans son épître à Tite. Ce Christ est venu pour former un peuple purifié de ses péchés qui seront sa gloire, non seulement dans le temps, mais dans l’éternité. 24/12/77, p.87, III.
Le Christ dans l’Histoire
Frères, avec le Christ, Dieu s’est introduit dans l’histoire, avec la naissance du Christ le Règne de Dieu est déjà inauguré dans le temps des hommes. Depuis vingt siècles, tous les ans, cette nuit nous rappelle que le Règne de Dieu est déjà en ce monde et que ce Christ a inauguré la plénitude des temps. Sa naissance nous signale que Dieu marche déjà avec les hommes dans l’histoire, que nous ne marchons pas seuls et que l’inspiration des humains pour la paix, pour la justice, pour un règne de droit divin, pour quelques saints, est très loin des réalités de la terre, mais nous pouvons l’espérer, non pas parce que nous sommes incapables de construire ces béatitudes que nous annonçaient les saintes paroles de Dieu, sinon parce qu’Il est au milieu des hommes, le Constructeur du Règne de justice, d’amour et de paix. 24/12/77, p.88, III.
Il reviendra
Nous sommes dans la plénitude des temps. Depuis la première venue du Christ qui marque l’origine du christianisme jusqu’à la seconde venue à laquelle se réfère aussi saint Paul en disant à nous qui célébrons Noël que si aujourd’hui il y a de la joie dans le souvenir de cette attente du Christ d’il y a vingt siècles, les chrétiens doivent vivre la grande allégresse, la grande espérance de Celui qui reviendra pour couronner la plénitude des temps, pour recueillir tout le travail de son Église, pour recueillir toute la bonne volonté des chrétiens, tout ce qu’ils ont semé dans la souffrance, dans la douleur, nous le recueillerons converti déjà en ce Règne définitif de paix. Ne nous décourageons pas, même lorsque l’horizon de l’histoire semble s’obscurcir et se refermer, comme si les réalités humaines rendaient impossible la réalisation des projets de Dieu.
Dieu se prévaut jusqu’aux erreurs des humains, jusqu’aux péchés des hommes, pour faire surgir des ténèbres ce que nous a annoncé Isaïe : « Un jour, on chantera non seulement pour le retour de Babylone, mais pour la libération pleine et entière des hommes. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, ils habitaient les terres de l’ombre, mais une grande lumière a brillé. »
En cette nuit, frère, la lumière qui fulgura à Bethléem est le signe de notre espérance, ne nous décourageons pas devant les épreuves de notre vie, espérons contre toute espérance, affairons-nous à cette plénitude des temps, vivons cet idéal de Dieu qui doit se réaliser. Noël est un message d’optimisme que je voudrais graver très profondément à l’intérieur du cœur de chaque chrétien pour que cette nuit marque, comme la parole divine nous l’enseigne, une nuit qui marque le principe du Règne de Dieu que nous attendons avec certitude. 24/12/77, p.88-89, III.
2) Christ, le Constructeur du Règne
L’histoire raconte que chaque fois qu’un descendant de David était oint comme successeur sur le trône que Dieu avait promis de maintenir, on prononçait, comme pas rituel, ces paroles d’Isaïe. On n’y disait pas proprement que l’homme qui était couronné sur le trône de David était celui qui allait réaliser ce projet de Dieu, mais on y faisait plutôt référence à la prophétie elle-même. Tous les rois de la dynastie davidique avaient un idéal, mais celui-ci ne se réaliserait non pas par un simple homme de l’histoire, mais lorsque cet homme sera en même temps un Dieu, Emmanuel, Dieu avec nous, de telles sortes que les rois d’Israël et de Juda savaient qu’ils étaient très limités, pécheurs, imparfaits et qu’aucun roi, qu’aucun gouvernement, ne peut réaliser la plénitude du projet de Dieu. À l’Église et au Règne de Dieu, ce sera à eux que reviendra la tâche de critiquer, de conscientiser, d’analyser ce qui manque de justice, de paix et d’efficacité aux règnes de la Terre. C’est seulement lorsque le Roi Véritable annoncé par Dieu, le Christ, sera le roi véritable de tous les cœurs qu’adviendra ce Règne que Dieu projette. Le roi idéal ne se réalisa jamais sur le trône de David, jusqu’à cette nuit où les anges purent chanter ses paroles du prophète : « Est né l’enfant et sur son épaule est déjà un règne de paix, de justice et d’amour. » 24/12/77, p. 89, III.
Jésus-Christ, le Seigneur
Dire Seigneur à cette époque où cet Évangile fut écrit, c’était diriger une critique aux idoles de la Terre. Pour le chrétien, il n’y a qu’un seul Seigneur qui est né aujourd’hui et que nous avons adoré, l’unique Seigneur devant les hommes, devant lequel les humains doivent plier les genoux, devant aucun autre Seigneur de l’histoire ni du temps : Christ est le Seigneur, Christ est le Messie, Christ est le Sauveur. 24/12/77, p. 89-90, III.
3) Ce que Dieu attend de l’humanité
Et finalement mes frères, si ce projet de Dieu est que son propre Fils soit l’artisan de ce projet, c’est parce qu’Il ne veut pas le construire seul. La troisième pensée de ce message de Noël tente de traduire de la parole divine ce que Dieu attend des hommes. Ce qu’Il rencontre souvent est l’opposition, le mépris et ici dans la lecture d’Isaïe nous voyons que les ombres qui encerclaient cette région de ténèbres étaient le fruit de l’outrage que les hommes commettaient. Mais Isaïe annonçait déjà : « Le bâton de l’oppresseur, le joug de sa charge, la perche de son épaule, je les briserai comme au jour de Madian. La botte qui piétine avec fracas et la tunique trempée dans le sang serviront de combustible, de nourriture pour le feu. » Ce n’est pas le triomphe de la grossièreté ni des hommes qui vont prévaloir. Il est aussi prophétisé que les hommes qui s’opposent au Règne de Dieu serviront pour manifester davantage la splendeur de la gloire de Dieu et que seront convertis en combustible de l’incendie tous ceux qui s’opposent au Règne de Dieu.
Tous, instrument de son Règne
Par contre, nous voyons dans la lecture du Nouveau Testament, l’Évangile et saint Paul (Tite), que Dieu se sert des hommes qui ignorent le Christ comme des instruments de son Règne. Vous avez entendu comment commence l’Évangile (Lc 2, 1-2) d’aujourd’hui : « Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste ordonnant le recensement de tout le monde habité. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinus était gouverneur de Syrie. » Les gouvernants, les grands de la Terre, sont des instruments de Dieu.
Qui aurait pu dire à l’Empire Romain que toute sa grandeur allait terminer agenouillée aux pieds du berceau de l’Enfant Jésus? Qui aurait pu dire à l’empereur Auguste que son ordre d’aller s’enregistrer, chacun dans son lieu d’origine, allait être accompli par Joseph et Marie pour que le Christ accomplisse cette prophétie qui disait qu’Il devait naître à Bethléem? Les hommes, même en l’ignorant, sont des instruments de Dieu. Mais lorsque l’être humain ne s’oppose pas à Dieu et n’ignore pas Dieu, mais qu’au contraire il se fait consciemment instrument de Dieu, c’est Marie, c’est Joseph, c’est le groupe des bergers, c’est l’apôtre Paul, c’est l’Église, ce sont les chrétiens qui ont reçu par le baptême leur incorporation à ce peuple saint que le Christ forme pour le rendre présent en toutes heures de l’histoire.
De quel groupe sommes-nous?
Dieu nous apporte le Salut et nous enseigne à renoncer à la vie sans religion des désirs mondains pour mener en cette heure une vie sobre, honorable et religieuse, en préservant la bienheureuse espérance. Frères, c’est cela l’appel de Dieu en cette nuit. Comme j’aimerais m’approcher de chaque coeur pour lui demander à quel de ces groupes humains il appartient en cette sainte nuit? À ceux qui s’opposent à Dieu et sèment les ténèbres sur la Terre? À ceux qui méconnaissent le Christ et servent sans le savoir d’instrument de son Règne comme l’empereur et les grands du temps du Christ? Puisse Dieu que nous appartenions au troisième groupe, celui de la Vierge, des bergers obéissants, celui de ceux qui accueillent l’appel du Seigneur. 24/12/77, p.90-91, III
Le Christ naît aujourd’hui
Nous, chrétiens, prenons conscience en cette nuit que le Christ n’est pas né il y a vingt siècles. Le Christ est né aujourd’hui dans notre peuple, dans notre cœur, dans la mesure où chaque chrétien tente de vivre intégralement l’Évangile, la vie chrétienne, les consignes de l’Église véritable de Dieu, en cette mesure, chacun de nous est comme l’apôtre, est comme la Vierge, est comme le pasteur qui rend gloire à Dieu et chante la joie d’avoir connu le Christ et tente d’apporter cette nouvelle aux autres comme les jeunes bergers de Bethléem. C’est pourquoi il est nécessaire de se convertir sincèrement au Christ, de se convertir à l’amour qui nous visite, de se faire l’écho de la bonté infinie de Dieu qui nous apporte la Rédemption.
De ne pas la rejeter, de ne pas être des ténèbres, mais au contraire des cœurs ouverts comme le berceau où naît le Christ dans chaque âme cette nuit et qui dès lors inondent de lumière chaque cœur pour chanter avec les anges la nouvelle que nous devons apporter à tous les hommes, à toute la société, à toute la patrie : « Un Sauveur nous est né! » Frères, à partir de ce message de la gloire de Dieu, de la paix aux hommes, je veux vous dire à partir de cette parole divine : Joyeux Noël! 24/12/77, p. 91, III.
Noël, 25 décembre 1977; Lectures : Isaïe 52,7-10; Hébreux 1,1-6; Jean 1,1-18.
Christ, manifestation de Dieu et de l’homme. L’Église, manifestation du Christ
Prolonger l’Incarnation
Mais l’Église qui prolonge l’Incarnation du Dieu fait homme, ne peut faire abstraction de l’histoire. Depuis l’instant où Dieu a assumé l’humanité, Il a laissé à l’Église cette mission de conduire l’humanité vers Lui. L’Église qui continue sa marche à travers l’histoire ne peut ignorer les circonstances dans lesquelles a lieu cette Incarnation. C’est pourquoi, mes frères, ces nouvelles dans lesquelles je rapporte les faits les plus saillants de la semaine, je ne fais pas cela dans le but de faire de mon homélie un radio-journal. N’importe quel instrument de communication sociale peut le faire bien mieux que moi. Je le fais simplement pour vous dire à tous que cette heure, que Noël 1977, étant la Noël éternelle du Christ, est vécue ici dans des circonstances que nous ne pouvons ignorer. 25/12/77, p.93-94, III.
Le Christ, Révélation de l’homme
Le no 22 du document « Gaudium et Spes », autrement dit, celui qui porte sur le dialogue de l’Église avec le monde actuel, rédigé par le Concile Vatican II. Ce numéro nous dit que le mystère de l’être humain ne peut être déchiffré si ce n’est en Jésus-Christ. Le Christ révèle l’homme à lui-même. Sans le Christ, l’homme est une absurdité. Quel sens a ma vie? D’où est-ce que je viens? Où est-ce que je vais? Quel sens possède mon intelligence, ma capacité d’aimer, d’être libre? Que signifient tous ces biens que Dieu a mis sous mes pieds? Quand quelqu’un oublie le Christ, il convertit toutes ses capacités humaines : intelligence, liberté, amour, capacité de dominer, d’organiser la terre, en un système d’oppression, d’esclavage, de haine, de vengeance. Lorsque le péché souille ce portrait de Dieu qu’est l’homme, il n’y a rien de plus horrible. Mais lorsqu’en Jésus-Christ nous redécouvrons ce qu’est l’être humain, nous comprenons ce que saint Paul nous a dit dans son épître aux Hébreux (1,1-6). 25/12/77, p. 98-99, III.
L’être humain est marqué du sceau de Dieu
L’empreinte c’est le sceau. Un sceau que l’on imprime sur un papier reproduit la même image que le sceau. Cette image du sceau est le Christ, le sceau de Dieu. Il a marqué l’image de Dieu et, quand Celui-ci dit « faisons l’homme à notre image », Il veut signifier par cela que l’homme soit notre empreinte, notre marque sur la création. Par ce sceau uniquement, nous saurons s’il est authentique lorsque nous le comparerons à l’original de Dieu, le Verbe qui s’est fait chair et en qui se reflète l’essence divine fait homme. C’est l’homme parfait, l’homme des vertus humaines, chrétiennes, célestes dans lequel chacun doit se refléter s’il veut
être digne de sa dignité d’enfant de Dieu. L’humain ne rencontre pas le sens de sa vocation en dehors du Christ qui dit : « Je suis venu non pas pour faire ma volonté, mais celle de mon Père qui m’a envoyé. »
L’homme ou la femme, ne rencontrent pas d’autre raison de leur bonheur et de leur être sinon en reflétant le chant des anges en cette nuit : « Gloire à Dieu ». Ma vie doit être pour la gloire de Dieu. Je n’ai pas à rechercher mes propres avantages politiques ou économiques ou sociaux, cela est très secondaire. Ce que je dois rechercher, c’est que le lieu où se déroule ma vie, avec ses relations politiques ou économiques ou sociales, reflète la gloire de Dieu. Au milieu de ma pauvreté et de ma misère, de mon oppression, de ma captivité je ne dois jamais oublier que je suis l’empreinte, l’image de Dieu.
Vous comprenez maintenant, mes frères, pourquoi l’Église est si jalouse des droits humains, de la dignité et de la liberté de la personne humaine. Elle crie comme une mère qui sent que l’on maltraite son enfant, lorsqu’elle voit que l’on outrage les images de Dieu qu’elle doit rendre à leur beauté originale. C’est pour cela que Dieu a chargé l’Église du prolongement de cette empreinte de Dieu, de ce sceau du Seigneur. Comprenons alors, frères, notre propre dignité.
Nous avons lu aujourd’hui ce précieux document du Concile, que le Dieu fait homme travailla avec des mains d’hommes, pensa avec des facultés humaines, aima avec un cœur d’homme et depuis ce temps je peux dire : mon cœur d’homme est déjà un cœur de Dieu, mon esprit d’humain peut s’élever à la catégorie de Dieu parce que ce Dieu qui est venu pour m’apporter la vie divine, quand Il se fit homme, voulu m’enseigner comment me servir de mon corps, de mes mains, de mes pieds. 25/12/77, p. 99-100, III.
Fête des saints innocents, 28 décembre 1977; Lectures : Matthieu 2,1-23.
Dieu choisit providentiellement les hommes pour ses plans de Rédemption.
Plan de l’homélie :
1) Tous les hommes sont des instruments de Dieu
2) Comment la véritable innocence qui sauve est celle que donne Jésus-Christ
3) Comment jusqu’aux erreurs et aux crimes des hommes nous amènent au triomphe de Jésus-Christ et au développement des desseins de Dieu
1) Tous les hommes sont des instruments de Dieu
Nous avons pu observer dans l’Évangile d’aujourd’hui plusieurs personnages dans lesquels nous pouvons reconnaître notre histoire, en ce moment. Ainsi, nous avons lu l’Évangile (Mt 2, 1-23) non pas comme une histoire d’il y a vingt siècles, sinon comme une incarnation de Dieu qui se fit homme à un moment précis de l’histoire, pour que de ce moment nous apprenions aussi à vivre l’Évangile dans les moments que nous vivons aujourd’hui. […] Dans les moments de problèmes de la famille, de la patrie, de la propre vie, nous lisons toujours l’Évangile en ayant à l’esprit les difficultés qui sont les nôtres afin de les éclairer de la Parole de Dieu, afin d’illuminer ces heures d’afflictions et d’espérance.
A) Les personnages de l’Évangile
Quels sont les personnages que nous rencontrons ici dans cette scène de l’Évangile?
Les mères et les enfants
Au centre, il y a les enfants de deux ans et moins et avec eux leur mère, les défendant avec la bravoure unique avec laquelle une mère défend son enfant lorsqu’il est en danger de mort, capable de donner sa vie, prête à mourir à l’endroit de son enfant.
Hérode
Un autre personnage que nous rencontrons c’est Hérode le sanguinaire. Flavio Josefo, un historien de l’époque des évangélistes, des temps où l’Évangile fut écrit – nous avons ainsi accès à des siècles d’histoire profane et une de ces histoires est celle de Flavio Josefo –, celui-ci nous raconte qu’Hérode avait aussi une soif maladive de pouvoir et qu’il soupçonnait tout le monde. C’est pour cela qu’il fit tuer quelques-uns de ses propres parents qu’il soupçonnait de comploter pour lui enlever le pouvoir. Tout ce qui portait ombrage à son pouvoir lui faisait peur et c’est pourquoi il commandait ses assassinats. L’Évangile nous rapporte cette attitude d’Hérode en précisant qu’il craint ce nouveau roi des juifs que vinrent lui annoncer les rois mages. Hérode se remplit de terreur et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et moins pour éliminer celui qui représentait une menace pour son trône.
Saint Joseph
Il apparaît par contre comme un personnage sympathique. Dans ses rêves il entendit le ciel l’avertir (Mt 2,13) : « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, fuis en Égypte et reste là-bas jusqu’à je te dise de revenir. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Et Joseph, qui est l’instrument de Dieu pour sauver le Rédempteur, part pour l’Égypte et l’Évangile fait ce beau commentaire (Mt 2, 14-15) : « Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Égypte, et il resta là jusqu’à la mort d’Hérode, pour que s’accomplit cet oracle prophétique du Seigneur : « D’Égypte j’ai appelé mon fils. »
C’est une prophétie qui ne se réfère pas proprement à Jésus, elle se réfère au peuple d’Israël esclave en Égypte et que Dieu libéra et conduisit à la terre promise. Mais observez bien dans l’Évangile cette belle perspective : le Christ qui revient d’Égypte protégé par Dieu est comme l’incarnation de tout le peuple d’Israël qui fut également défendu par Dieu lorsqu’il fut libéré de l’esclavage et de l’oppression. Et c’est cela la belle transposition que nous devons faire : le Christ persécuté, mais protégé par Dieu. Se servant des hommes qui sont ses instruments comme Joseph, le Christ retourne inconnu dans son pays.
Les soldats
Nous rencontrons également des personnages cruels comme les émissaires, les envoyés, les soldats d’Hérode accomplissant ces ordres immoraux. Lorsqu’un roi envoie tuer des enfants, tuer des gens, les soldats ne sont pas tenus d’obéir. Il s’agit ici d’un ordre cruel et immoral, mais les épées serviles tuent les innocents.
Enfin, mes frères, il y a un ensemble de personnages dans lesquels nous devons reconnaître notre propre histoire, les mauvais personnages afin de ne jamais devenir comme eux. C’est le péché que l’Église répudie. L’Église est le Règne de Dieu qui tente de graver dans les coeurs, le bon qui se trouve dans l’Évangile pour éliminer de la société, de la famille, de l’homme, tout le mal que l’Évangile répudie.
C’est pour cela que l’Église, en pensant aux personnages de l’Évangile, en cette histoire des Saints Innocents, doit annoncer le Règne de Dieu pour dire à tous : chers pèlerins des Saints Innocents, soyons comme Joseph, soyons comme Marie, soyons comme les hommes providentiels que Dieu emploie pour réaliser ses plans de Rédemption. De ceux qui sont ici, tous chrétiens, nous avons tous reçu la vocation d’être bons, d’être de bons pères de famille, de bonnes mères de famille, de bons collaborateurs dans l’implantation du Règne de Dieu. Tous les chrétiens qui sont ici présents doivent s’engager, ce matin, à être des collaborateurs de Dieu. Dieu a besoin d’hommes, Dieu a besoin d’instruments qui soient comme Joseph, comme les anges, qui collaborent avec Dieu pour développer ses desseins d’amour, de Salut et d’espérance sur la terre. Bienheureux les chrétiens qui savent sanctifier leur vie avec l’Évangile et se font, comme Joseph, instrument du Salut de Dieu. 28/12/77, p.104-106, III.
B) Le péché d’Hérode se répète aujourd’hui de diverses manières, mais l’Église fait appel à la conversion.
À partir de cette page de l’Évangile, l’Église se doit également de recueillir le triste héritage du péché pour dire aux hommes d’aujourd’hui : ne soyez pas sanguinaire comme Hérode, ne soyez pas serviles comme les soldats qui obéissent aux ordres d’Hérode d’aller tuer les Innocents, ne soyez pas cruels, ne torturez pas, ne maltraitez pas, ne faites pas des Mères comme sainte Jeanne, qui pleurent la disparition de leurs fils sans savoir où ils sont. Ne soyez pas cruels, Dieu ne veut pas le péché. Il est nécessaire de donner à notre patrie et à notre environnement davantage de tranquillité, d’espérance et de sécurité. Ceux qui commettent la violence, ceux qui assassinent, ceux qui font courir tant de sang ne seront pas aimés de Dieu tant qu’ils ne cesseront de faire ces choses mauvaises. De là, mes frères, qu’à partir des Saints Innocents, crie la justice contre les injustices, l’innocence contre le péché, la bonté contre la méchanceté. […]
En ce jour des Innocents, la voix de l’Église fait sienne la voix de ceux qui ne peuvent parler, de ceux qui furent assassinés de manière si cruelle, si vile, si immorale, pour crier vers Dieu : Seigneur, pardonne-les! Parce que ces crimes sont sans doute la raison pour laquelle viennent tant de châtiments à notre terre. Pardonne-nous et fais que les pécheurs se repentissent aussi, pour qu’ils reviennent vers Toi et qu’il n’y ait plus de sang et de violence parmi nous. 28/12/77, p.106-107, III.
2) Comment la véritable innocence qui sauve est celle que donne Jésus-Christ
Les mérites du Christ sauvent le monde
Plusieurs peuvent se demander quels mérites pouvaient bien avoir ces enfants s’ils ne pouvaient pas parler, s’ils n’avaient pas conscience, pourquoi les vénérons-nous aujourd’hui comme des saints sur les autels? Quels mérites avaient ces enfants pour jouir aujourd’hui du ciel avec les saints qui firent de grandes œuvres et qui souffrirent le martyre d’une manière plus consciente? Quels mérites?
Frères, cette parole nous apporte ce message en ce jour des innocents. Les enfants de deux ans et moins méritent l’allégresse et la joie de Dieu que nous attendons, nous adultes, que nous allons gagner sur la base de nos bonnes œuvres. Non, il ne s’agit pas seulement de nos bonnes œuvres. Nos mérites personnels, l’effort d’être bon, le repentir de nos péchés sont quelque chose d’humain qui n’aurait aucune importance si ce n’était d’une main qui ouvre le ciel, impossible. C’est pour cela que saint Paul nous dit dans son épître aux Romains : « Nous ne nous sauvons pas par nos bonnes œuvres, mais par notre foi en Jésus-Christ. » Les deux choses : de bonnes œuvres comme conditions de mérite humain pour que le Christ nous donne ses mérites divins. Ce qui sauve le monde ce sont les mérites du Christ le Rédempteur.
Nous sommes encore dans le mois de l’Immaculée Conception de Marie. Marie fut immaculée, elle ne tomba pas dans le péché originel par ses mérites. Marie n’avait pas de mérites avant de naître, mais la théologie enseigne : « Par attention aux mérites du Christ, le Christ l’a rendue immaculée, avant sa naissance, Il la prévint de tomber dans le péché originel, ainsi, également, les enfants qui se sauvent. Les enfants doivent être baptisés parce que ce n’est pas le mérite personnel du baptisé qui le fait chrétien sinon la Rédemption du Christ qui s’applique à ses enfants, même s’il ne possède pas la raison. Les mérites du Christ appliqués aux innocents de deux ans et moins sont ce qui a rendu possible que ce martyre des Innocents se convertisse en âmes glorifiées. N’allons pas nous imaginer que là-haut dans le ciel ces enfants sont demeurés à l’âge de deux ans. L’âme qui se développe là-haut dans le ciel est égale à celle des enfants qui viennent de naître avec celle d’un sage qui a acquis une grande sagesse sur la terre, parce que ce n’est pas la sagesse de la terre qui les rend heureux dans le ciel, sinon la vision de Dieu qu’ils ont acquise grâce aux mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ. 28/12/77, p.107, III.
Nous avons aussi besoin de bonnes œuvres
En ce sens, mes frères, le message des innocents est un reproche à l’orgueil des adultes. Nous nous pensons si grands, nous croyons que tout le monde nous est redevable et que nous allons nous sauver par nos seuls mérites. Non, réalisons de bonnes œuvres parce que si nous ne faisons pas de bonnes œuvres nous n’allons pas nous sauver, nous allons nous condamner comme dit l’Évangile : « J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire. » Tout le mal que vous avez commis, toutes les bonnes œuvres que vous n’avez pas faites, sont la cause de cette malédiction : « Allez, maudits, au feu éternel. » Certes, il est nécessaire d’avoir des bonnes œuvres pour se sauver, mais non seulement les bonnes œuvres sinon qu’il faut leur ajouter les mérites infinis de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Une artiste était sur le point de mourir lorsqu’elle appela un confesseur, le prêtre. Et pleurant, cette femme qui avait gagné beaucoup d’argent, de nombreux applaudissements, beaucoup de gloire, lui dit : « Père, je me sens vide. » Et elle se remettait à pleurer. «J’ai très mal parce que maintenant je vais me présenter devant Dieu les mains vides. » Voyez, mes frères, à rien ne sert la renommée de la terre, le pouvoir, l’argent, la gloire du monde. Où vont-ils? Ils demeurent avec la mort. Tous les mérites que nous avons pu avoir comme être humain ne valent rien pour accéder au ciel, les mains sont vides si nous ne l’avons pas fait par amour à Dieu. Mais alors, ce confesseur eut l’heureuse idée pour consoler cette femme mourante, d’ôter son crucifix et de le lui mettre entre les mains en disant : « Ne dites plus que vous avez les mains vides maintenant.
Vous avez le Christ entre vos mains. Présentez-vous avec Lui au tribunal de Dieu parce que nous ne nous sauvons pas par nos propres mérites, par notre argent, par nos applaudissements, par notre renommée, nous nous sauvons par le Christ qui donna son sang pour nous. Confiez-vous en Lui, Il remplira le vide que ressent actuellement votre esprit. Laissez toutes les choses de la terre qui ne valent rien et livrez-vous au Christ. Comblez votre vide en vous fiant à Lui et Il vous comblera. 28/12/77, p. 107-108, III.
3) Comment jusqu’aux erreurs et aux crimes des hommes nous amènent au triomphe de Jésus-Christ et au développement des desseins de Dieu
C’est pour cela, mes frères, que ma troisième pensée est la suivante : tout ce qui se produit dans l’histoire participe à la gloire du Christ Notre Seigneur. Et cela nous procure une grande consolation et une grande espérance malgré les embûches que les hommes comme Hérode et les soldats veulent mettre au Règne du Christ en cherchant à l’éliminer dans son enfance. Tout cela mûrira pour le bien, parce que ce Christ qui fuit en Égypte va revenir pour accomplir les promesses du Père. Personne ne peut l’empêcher, le projet de Dieu doit se réaliser malgré les obstacles des hommes ou mieux dit, Dieu se prévaut des crimes des humains, Il s’en sert comme de ses instruments pour faire sentir sa Présence au monde. Combien vide est ce monde lorsqu’on n’y sent pas la présence de Dieu! Le Christ triomphera, Il triompha des mauvaises intentions de ceux qui voulaient le tuer, son Règne triomphera, ses projets sont la victoire parce qu’ils se confient dans la foi. C’est cela la victoire qui a vaincu la foi, l’espérance chrétienne. 28/12/77, p. 108-109, III.