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Messe de minuit; 24 décembre 1978; Lectures : Isaïe 9,2-7; Tite 2,11-14; Luc 2,1-14.
Je vous annonce une immense joie, un Sauveur nous est né!
Évangéliser veut dire annoncer au monde cette nouvelle du Salut. C’est pourquoi, en cette nuit de Noël, voir un temple comme celui-ci, rempli de cœurs fidèles à Jésus-Christ pour rendre hommage à cette sainte naissance, cela remplit de joie le cœur de l’Église et lui donne cette opportunité d’accomplir sa mission. Avec vous, mes très chers frères, moi aussi j’ai besoin de recueillir cette nuit la Bonne Nouvelle, je dois l’annoncer en tant que pasteur; mais, comme pasteur, je suis également un de ces petits bergers qui reçoivent des anges cette nouvelle, avec la même simplicité et humilité de ces derniers, nous aussi, recevons cette nouvelle qui fait tressaillir les cœurs. Lorsque plus simples et plus humbles, plus pauvres et dépossédés de soi, plus remplis d’angoisses et de problèmes, lorsque insolubles apparaissent les chemins de la vie, regardez vers le Ciel et entendez cette nouvelle : « Un Sauveur nous est né » et entendre en chœur avec cette grande nouvelle, que tout l’univers chante : « Gloire à Dieu dans le ciel et sur la Terre, paix aux hommes que Dieu aime. »
Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son propre Fils.

Il nous a tant aimés qu’Il nous a laissé son Fils pour racheter le monde. Et dans les autres lectures d’aujourd’hui : Isaïe (9,2-7), saint Paul (Tite 2,11-14) et dans l’Évangile (Lc 2,1-14), nous rencontrons les éléments richissimes d’un message de Noël que nous devons conserver avec la ferveur avec laquelle la Vierge elle-même gardait dans son cœur tout ce que les bergers lui racontaient avoir vu et entendu; et elle songeait à cela dans son cœur parce qu’elle, même si elle était la mère privilégiée du Christ, était cependant, une chrétienne qui savait recueillir dans son âme le grand message de cette nuit. Elle aussi en avait besoin. Qui n’a pas besoin du Christ? Et si Marie était très sainte, elle devait tous les privilèges de sa sainteté, toute sa profondeur et sa proximité à Dieu, à ce Christ qui vient pour nous sauver.
 
Plan de l’homélie :
1) Le Christ, lumière qui illumine la vie
2) Nous devons correspondre sobrement et honnêtement à la venue de Dieu
3) Le Christ naît dans l’histoire, dans des circonstances concrètes
 

1) Le Christ, lumière qui illumine la vie

Le prophète Isaïe (9,2-7) nous Le présente comme une lumière qui illumina la nuit. L’origine de Noël célébré le 25 décembre provient du solstice d’hiver, c’est la nuit la plus longue de l’année et au milieu de cette nuit les anciens Romains sentaient que le soleil commençait à naître et qu’à partir de ce moment les nuits commençaient à s’allonger jusqu’au solstice d’été alors que la nuit la plus courte indique comme le triomphe du soleil sur les ténèbres. L’Église, le christianisme, recueillit cette fête païenne du soleil qu’ils appelaient « la nuit du soleil invincible », du soleil qui ne se laisse pas vaincre par les ténèbres et qui même lorsque la nuit la plus longue semble l’opprimé, c’était précisément le commencement de sa victoire. Alors l’Église, pour baptiser cette fête païenne, mit Noël le 25 décembre et changea l’objet de l’adoration, non dans le soleil qui connaîtra une fin, mais dans le soleil éternel de justice, le Christ Notre Seigneur, et elle annonçait comme le prophète Isaïe : « Au milieu de cette nuit a brillé une grande lumière. »

Qui n’a pas ressenti, au moins une fois, la vie devenir une nuit obscure, le doute de la foi, les incertitudes de la vie, ne pas savoir d’où l’on vient et où l’on va. Combien de ténèbres existe-t-il dans le cœur de l’humain, de la société et des peuples? Davantage paraissent confuses la vie et l’histoire, et davantage, nous avons besoin de voir la splendeur de ce soleil. Et aujourd’hui, alors que c’est la nuit la plus longue de l’année, quelle consolation de penser que cette nuit, précisément la plus noire et la plus longue, est celle où la lumière de Noël transforme la nuit en jour « et le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu, nous dit Isaïe (9,2-7), une grande lumière. » Marchons à la splendeur de cette lumière! 24/12/78, p.74, VI.
 
2) Nous devons correspondre sobrement et honnêtement à la venue de Dieu

Dans la seconde lecture, saint Paul (Tite 2,11-14) présente la naissance du Christ sous un autre aspect. La bénignité et la miséricorde de Dieu nous sont apparues et nous invitent à profiter de cette venue de Dieu en nous préparant par une vie sobre et honnête à sa seconde venue. Et nous l’avons chanté aujourd’hui dans cette précieuse prière de Noël : Seigneur, puisque que tous les ans Tu permets que nous nous réjouissions en célébrant la venue du Christ comme Rédempteur, fait que nous nous préparions pour que lorsque Tu viendras comme juge, nous puissions aller à ta rencontre la conscience tranquille. 24/12/78, p.75, VI.
 
La Kénose du Christ

Cette venue du Christ dans la nuit de Noël est une humble arrivée, humble jusqu’au point que la théologie la nomme la « Kénose », c’est-à-dire l’humiliation, l’abnégation. C’est lorsque saint Paul nous dit que le Christ, ayant la dignité de Dieu, ne fit aucun cas de cette dignité et s’humilia jusqu’au point de naître comme un humain et après avoir vécu cette vie humble et pauvre jusqu’à l’humiliation la plus scandaleuse d’être condamné à la sentence la plus humiliante de l’histoire, la crucifixion. C’est pour cela que naît le Christ, pour sa Kénose, pour son humiliation. C’est pourquoi tout est humiliation dans la vie du Christ, il n’y a pas d’endroit où Il puisse se reposer, ni même un méson, il n’y eut même pas un taudis pour la naissance du plus grand; ils durent se réfugier dans une grotte avec les animaux, dans une crèche où saint Joseph, enlevant les immondices et la saleté, plaça Marie pour qu’elle donne naissance, aussi dignement que possible dans cette pauvreté. C’est ainsi qu’est né le Rédempteur : dans l’humiliation et la pauvreté.

Il est nécessaire de comprendre que le Christ est né pour sauver le monde et que la Rédemption du monde ne peut s’opérer autrement que par le chemin inverse par lequel les hommes ont offensé Dieu. Nous l’avons offensé par l’orgueil, par la vanité, par la richesse égoïste, par le pouvoir, par tout ce qui se nomme péché qui est désobéissance à Dieu. C’est pourquoi la Rédemption doit être un retour au chemin de l’humilité, de l’obéissance, de l’austérité, et de l’abnégation. Par ces chemins apparaissent la bénignité et la miséricorde d’un Dieu qui nous pardonne. Personne ne craint le pardon du Seigneur s’il attend son retour par ces chemins que le Christ nous enseigna et où se trouve la Rédemption.
Cette nuit de Noël est une invitation au cœur simple, à la vie humble, c’est l’invitation de Paul dans les lectures d’aujourd’hui à une vie sobre, à une vie de sacrifices. 24/12/78, p.75, VI.
 
La plénitude des temps

La bénignité de notre Seigneur Jésus-Christ est apparue et en cette bénignité nous vient toute la grâce de la Rédemption, nous vient toute la richesse de la vie de Dieu, c’est pourquoi l’instant où le Christ s’incarne dans les entrailles d’une vierge et qu’Il naît de Marie, est appelé : la plénitude des temps. Plénitude des temps signifie : en cet enfant qui naît de la Vierge, est le trésor de la Rédemption dont nous avons tous besoin. Avec Lui vient la gloire, l’espérance, la joie de tous les hommes. Ouvrons-nous à Lui, à Notre Seigneur Jésus-Christ, même s’Il se présente comme un enfant démuni, même lorsque sa mort est une humiliation sur la Croix, même lorsque les chemins qu’Il nous propose sont ceux qu’Il désignait à ceux qui voulaient le suivre : « Regardez, les oiseaux du ciel ont un nid, les renards ont une tanière, mais le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où poser sa tête. Que celui qui désire me suivre se renie lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. » 24/12/78, p. 76, VI
 
L’Église des pauvres

C’est pourquoi l’Église prêche à partir des pauvres et que nous n’avons pas honte de dire : « L’Église des pauvres », parce que c’est parmi les pauvres que le Christ a choisi de placer sa Parole de Rédemption. Non pas parce que l’argent est mauvais, sinon parce qu’il convertit souvent en esclaves les hommes et les femmes qui idolâtrent les biens de ce monde et qui oublient Dieu. Mais lorsqu’on a la capacité d’être supérieur aux choses qui rendent les hommes heureux selon les valeurs de ce monde et qu’on a le détachement et la vaillance de faire consister la félicité et la vie en ce chemin des béatitudes : bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, c’est alors que nous comprenons que la Rédemption est arrivée et que celle-ci ne marchera que par les chemins que les hommes refusent de parcourir.

Acceptons en cette nuit le message de la miséricorde et de la bénignité du Seigneur. Lorsqu’Il viendra comme Juge lors de sa seconde venue, ce ne sera pas une venue d’humiliation, ce sera une venue de justice pour revendiquer l’honneur de Dieu face à tous ceux qui L’auront déprécié. Il viendra également pour accueillir tous les bénis de son Père qui L’auront suivi, pour qu’alors, nous ressentions la joie de Noël comme nous la ressentons cette nuit.
 
Allégresse de Noël, allégresse de l’espérance chrétienne

En cette nuit, je crois que la joie de Noël, surtout ici au Salvador, une joie sereine, est une joie d’espérance chrétienne. J’ai entendu, plusieurs me dirent, aujourd’hui : « Combien triste est ce Noël, comme si ce n’était pas Noël. » C’est parce qu’il n’y a pas ces signes extérieurs d’apparat, il y a de l’angoisse, il y a de l’incertitude, il y en a plusieurs qui souffrent, dans de nombreux foyers, des êtres chers sont manquants, on ressent cette tristesse en ce Noël de 1978 au Salvador; mais celui qui est chrétien sait qu’il existe une joie de fond, une joie d’espérance et de foi, une joie d’austérité. La miséricorde de Dieu ne regrette pas de s’être livrée et nous la rencontrons. Cette joie sereine, je vous invite tous à la vivre en ce Noël. Grâce à Dieu que ce n’est pas un Noël d’apparences commerciales et de joies futiles comme la poudre qui brûle et qui ne laisse rien d’autre que des déchets. Une joie profonde est ce que je désire pour tous ceux qui sont ici en train de faire cette réflexion, une joie au milieu de la tristesse, de la terreur, de l’angoisse, de notre histoire. Cependant, dans le fond, il existe une grande espérance : le Seigneur est venu et nous allons à sa rencontre, notre foi se confie en Toi et nous savons que Tu viens pour nous sauver, et lorsque le nuit se fait plus noire et que les horizons semblent se refermer, Tu seras davantage Rédempteur.

Cette nuit de prière est une nuit auprès de l’autel où Jésus naît pour nous sauver. Mettons toute notre prière et toute notre confiance avec l’allégresse sereine qui est la seule a donné la véritable espérance que le Christ disait : « Je vous donne ma paix », non pas comme celle du monde, sinon la paix qui est le fruit de cette sincère conversion qui attend tout de Dieu. 24/12/78, p.76-77, VI.
 
3) Le Christ naît dans l’histoire, dans des circonstances concrètes

L’Évangile (Luc 2,1-14) nous raconte comment le Christ naît dans l’Histoire, dans des circonstances concrètes où l’on fait mention des empereurs romains, des gouverneurs de Palestine, des gens concrets dans l’Histoire, pour nous dire : ainsi naît le Christ dans l’Histoire concrète des humains. Nous ne sommes plus à l’époque d’il y a vingt siècles que nous décrit saint Luc dans la page que nous avons lue, mais si aujourd’hui, en 1978, on écrivait la naissance du Christ, on mentionnerait d’autres noms, ce seraient les nôtres. C’est pour nous qu’est né le Seigneur, il ne s’agit pas d’une naissance que nous sommes en train de commémorer vingt siècles plus tard, comme si Joseph, Marie, les pasteurs et les mages, ceux qui vécurent et qui moururent, nous avaient laissé un souvenir. Non, la liturgie, la célébration de l’Église ont le privilège de rendre présent ce mystère que nous célébrons. Aujourd’hui, c’est Noël dans la cathédrale, aujourd’hui, naît le Christ ici pour nous; le prophète Isaïe (9,2-7) nous l’a annoncé : un enfant nous est né, un enfant nous est donné, Il vient pour nous.

Sentons-le ainsi vraiment parce que je sais que chacun d’entre vous, comme moi, nous avons besoin de l’embrasser comme si c’était le nôtre, ce Jésus qui est né pour tous et qui demeure en tous, Il se donne entièrement à chacun en particulier, faisant en sorte que chacun d’entre nous puisse dire ce possessif de saint Paul : « Il m’aime et Il s’est livré pour moi. » Sentons ainsi le Seigneur : le Rédempteur de ma famille, le compagnon de ma vie, le confident de mes angoisses, mon Rédempteur qui est le Rédempteur de tous en même temps.

Célébrons cette Eucharistie de Noël avec cette profondeur de foi et d’espérance, la nuit la plus longue de l’année qui est en train de débuter ne nous importe pas; ce qui importe, c’est la lumière de notre foi qui illumine nos cœurs. Au milieu des tristesses et des angoisses du moment présent, il y a l’espérance qui nous fait entièrement confiance en l’enfant qui est né pour nous. 24/12/78, p.77, VI.


Trente-et-un décembre 1978; Lectures : Siracide 3,3-7.14-17a; Colossiens 3,12-21; Luc 2,39-40.
La Famille : Épiphanie de l’Amour de Dieu
Épiphanie veut dire manifestation, signifie comme ostensoir, quelque chose où Dieu vit et se montre. Dieu désire se montrer à la société, à l’histoire, au monde, à partir d’une famille; et toutes les familles constituées chrétiennement doivent être cela : épiphanie, manifestations de Dieu, de l’amour de Dieu. Un homme et une femme ne se marient pas uniquement pour être heureux, ils ont une énorme fonction sociale, ils doivent rendre Dieu présent dans le monde, dans l’amour conjugal, et plus tard quand arrivent les enfants dans l’amour qui unit leur foyer. Dans cette famille unie et constituée dans l’amour, ils doivent être la marque de Dieu, épiphanie de Dieu.
 
Plan de l’homélie :
1) Dimension humaine de la famille
2) Transcendance religieuse et ecclésiale de toute famille
3) Le Christ vit et se révèle au monde dans la famille
 
1) Dimension humaine de la famille

La dimension humaine nous est donnée par cette fin pittoresque de l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 2,39-40) : « Ils retournèrent en Galilée, à leur ville de Nazareth. Et l’enfant grandissait. » Quelle vie plus simple! La vie de deux paysans qui ont un enfant : il travaille pour subvenir à leurs besoins, elle s’occupe des tâches de la maison. Là se trouve encore aujourd’hui la source, l’unique source qui existe dans les environs de Nazareth. C’est là que Marie ira avec sa cruche chercher de l’eau et pétrir la farine. Toutes ces paraboles pittoresques de la femme à son foyer, Jésus les méditait déjà en cette humble demeure de Nazareth. « Et l’enfant grandissait… »
 
A) Une Hiérarchie.

Il y a dans la première lecture d’aujourd’hui (Si 3,3-7.14-17a) qui est comme une compilation de toute la sagesse de l’Ancien Testament, écrite peut être par un rabbin qui fut probablement un diplomate qui fréquenta les cours, mais qui après, lorsqu’il revint, recueillit la simplicité de la Bible dans le fameux livre de l’Ecclésiastique, une série de conseils familiers, humains, où il dit : « Le père a plus d’autorité que les fils. L’autorité de la mère est sur la progéniture. N’abandonne pas ton père tant qu’il vit même si son esprit faiblit… » Même si ton père est déjà un vieux, qu’il radote, respecte-le.
 
B) Satisfactions humaines.

La première lecture d’aujourd’hui parle des grandes satisfactions humaines de celui qui honore son père et sa mère (Si 3,5) : « Celui qui honore son père trouvera la joie dans ses enfants. » Naturellement celui qui fut un bon fils, sera un père heureux. (Si 3,6) : « Celui qui glorifie son père verra de longs jours. » L’Ancien Testament ne connaissait pas comme nous les chrétiens, les récompenses de la vie éternelle en Dieu, mais parlait du bonheur sur cette Terre et c’est en cela que consistaient ses grandes satisfactions. Comme vous voyez, une dimension ne précise pas d’une grande mystique, simplement le cœur de l’homme, comme cela a surgi de sa nature même qui nous demande cet amour, ce respect qui inonde la vie de famille.
 
C) Les vertus domestiques.

Dans la seconde lecture (Col 3,12-21), saint Paul soulignant la dimension humaine de la famille nous dit : « Que votre uniforme soit la profonde miséricorde, la bonté, l’humilité, la douceur, la compréhension. » Ce sont les trésors simples, qui, comme ces pièces de monnaie qui passent par nos mains et qu’à force de les user, perdent peut-être leur image et aussi leur valeur. Mais combien merveilleuse est la vie simple sous cet aspect humain qu’est la famille!
 
D) Relations familiales.

Saint Paul, continue son épître d’aujourd’hui aux Colossiens en nous entretenant concrètement de ces relations familiales (3,18-21) : « Femmes soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur. Maris, aimez vos femmes et ne leur montrez point d’humeur. Enfants, obéissez en tout à vos parents, c’est cela qui est beau dans le Seigneur. Parents, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. » Et la famille s’étend bien au-delà de ce petit cercle. Dans le temps de saint Paul existaient des serviteurs et des maîtres qu’aujourd’hui nous traduirions en d’autres termes qui signifient la même chose (3,22-24) : « Esclaves, obéissez à vos maîtres d’ici-bas, non pas d’une obéissance tout extérieure qui cherche à plaire aux hommes, mais en simplicité de cœur, dans la crainte du Maître. Quel que soit votre travail, faites-le avec âme, comme pour le Seigneur et non pour des hommes, sachant que le Seigneur vous récompensera en vous faisant ses héritiers. »
Il dit aux serviteurs : « Vous aussi êtes les héritiers. » Il dit aux journaliers d’aujourd’hui, à ceux qui travaillent sous d’autres maîtres : « Vous avez vous aussi une dignité, servez vos maîtres non pas en leur plaisant à eux, mais au Seigneur de qui vous allez recevoir l’héritage que par justice l’on vous rendra, parce que vous êtes à l’égale de vos maîtres qui ont le même Maître. » Saint Paul dit en terminant (3,24-25) : « C’est le Seigneur Christ que vous servez : qui se montre injuste sera certes payé de son injustice, sans qu’il soit fait acception des personnes. » Devant Dieu, rien ne servira d’être recommandé par telle ou telle personne, sinon que vaudra la justice dont cette personne fit usage envers ses frères?

(Col 4,1) : « Maîtres, accordez à vos esclaves le juste et l’équitable, sachant que, vous aussi, vous assez un Maître dans le ciel. » Quelle valeur que celle de ces principes humains qui furent le point de départ qui tranchèrent cette condition d’esclaves et de maîtres et qui continuera aussi d’être la marque qui détruira toutes les injustices et tous les désordres. Voici le grand principe : « Devant Dieu, il n’y a pas acception de personne. » Maîtres, vous aussi vous avez un Maître qui est dans le Ciel et auquel vous devrez rendre des comptes. Serviteurs, obéissez et ne cherchez pas la rébellion uniquement pour la rébellion. Nous avons un juge qui revendique la justice sociale aux humains.
 
E) La famille, école du plus riche humanisme. C’est pourquoi le

Concile arrive à dire que la famille est l’école du plus riche humanisme. Lorsque les parents de Jean XXIII célébrèrent cinquante ans de mariage, il était Délégué Apostolique en Orient et depuis là il a conservé cette lette écrite avec tant de tendresse à ses vieux parents paysans : « Cela fait longtemps que j’ai quitté votre maison, j’ai étudié dans des collèges, j’ai lu beaucoup de livres, mais nulle part je n’ai appris ce que vous m’avez appris : la sagesse du foyer, l’école du plus riche humanisme » et l’on comprend pourquoi Jean XXIII fut celui qui fut véritablement éduqué à l’école de son propre foyer.

Le Concile dit : « Dans le foyer se rencontre les différentes générations. » Regardez le tableau d’aujourd’hui : l’Enfant Jésus, Marie et Joseph, jeunes. Les anciens Siméon et Anne. Cela ne nous donne-t-il pas l’idée de ce qu’est la famille humaine? Petits-enfants, enfants, pères, grands-parents; plusieurs générations cohabitent, il n’y a pas de place pour les conflits de générations quand l’amour existe.
 
F) La famille : formatrice de personne, éducatrice de la foi, promotrice de développement humain.

Je ne peux passer sous silence cet aspect humain que les évêques réunis à Medellín, dirent de la famille, parce qu’il est nécessaire que ce Concile Vatican II qui se fit latino-américain à Medellín, soit connu des familles latino-américaines. La réunion de Medellín fit donc une belle synthèse en disant ces trois fonctions de la famille. « En Amérique latine la famille doit être : Formatrice de personnes, éducatrice de la foi, et promotrice du développement. » Il me semble que cela décrit bien cette grande valeur qu’a la famille parmi nous.
Formatrice de personne. Nous sommes en train d’observer l’aspect humain de la famille et la première chose qui se voit chez un homme c’est sa personne. Avant d’être chrétiens, nous devons être humains. Peut-être parce que souvent l’on cherche à construire le chrétien sur de fausses bases humaines, nous avons de faux hommes et de faux chrétiens. Le béat est un faux chrétien qui n’est pas non plus un homme. Plusieurs de ceux qui prétendent défendre actuellement la religion, ne sont ni des hommes et bien moins des chrétiens. Je ris de ces prétendus défenseurs intéressés du christianisme qui se disent d’authentiques catholiques. De quel droit peuvent-ils se prétendre catholiques authentiques? S’ils ne sont même pas des hommes qui savent adorer le véritable Dieu et qui s’agenouillent, idolâtres, devant les choses de la Terre.

Formatrice de personnes. La famille humaine doit former des personnes, des personnalités, ce qui veut dire, selon Medellín : « La présence et l’influence de modèles distincts et complémentaires du père et de la mère (masculin et féminin), le lien de l’affection mutuelle, le climat de confiance, l’intimité, le respect, la liberté, le cadre de la vie sociale avec une hiérarchie naturelle qui est modulée par ce climat. Tout converge pour que la famille devienne capable de façonner des personnalités fortes et équilibrées pour la société. »
Très chères familles, recueillez pour vous ce grand message de Noël pour vous. Comme nous désirons que les pères de famille soient comme Joseph! Comme nous voudrions avoir des mères comme Marie, et comme nous aimerions avoir des fils comme Jésus! Comme nous aimerions avoir les fortes personnalités de Joseph, de Marie et de Jésus qui ne se dédoublaient pas devant les adulations ou les menaces. Qui sait dire comme Jésus que son pain est de faire les volontés du Père qui sont avant tout des valeurs humaines.

Promotrice de développement. Lorsque nous affirmons cela : « La famille est l’école du plus riche humanisme et que l’humanisme complet est le développement intégral. La famille, où convergent les diverses générations qui s’entraident pour acquérir la sagesse la plus complète, pour savoir harmoniser les droits de la personne avec les autres exigences de la vie sociale, elle constitue le fondement de la société. En elle, les fils, dans un climat d’amour, apprennent avec une plus grande facilité la juste hiérarchie des choses, en même temps qu’elle imprime d’une façon naturelle dans l’âme des adolescents, les formes approuvées de la culture au fur et à mesure qu’ils grandissent. C’est aux parents qu’il revient de préparer leurs enfants dans le sein de la famille pour qu’ils connaissent l’amour de Dieu. »

Formatrice de personnes, promotrice de développement. Si aujourd’hui nous avons tous une fonction sociale, combien plus la famille. Très chers frères, pour que nous ayons des Salvadoriens qui soient des hommes, qui soient des personnes, qui soient des gens en qui on peut avoir confiance, qui soient de véritables hommes nouveaux qui fassent la promotion d’un monde nouveau, qui ne se laissent pas entraîner par la putréfaction du système, qui ne se laissent pas séduire par les présents, qui ne se laissent pas acheter, qui soient véritablement au-dessus de tous les avantages, et surtout pour qu’ils reconnaissent la valeur de la personne humaine, nous avons besoin de familles comme celle de Nazareth. C’est cela la dimension humaine de la famille, des relations familiales et du travail et de tout ce qui constitue des groupes humains. 31/12/78, 81-83, VI.
 
2) Transcendance religieuse et ecclésiale de toute famille

Maintenant nous nous concentrons sur un autre aspect qui d’une certaine manière se rapporte davantage à cette médiation, la dimension religieuse et ecclésiale.
 
A) Le Christ est présenté au temple en famille… rituelle

Deux choses : observons le cadre pittoresque du Christ dans les bras de sa mère accompagnée de son époux, qui se rendent au temple pour accomplir un rite. Toute femme qui donne la vie devait se purifier rituellement et ce rite impliquait aussi une rédemption du premier-né. Pour ramener avec soi le premier-né, il faut faire une offrande qui au nom de ce fils va être offerte à Dieu comme holocauste. Deux pigeons ou deux colombes lorsque la famille était pauvre. Un qui servait de sacrifice pour les péchés et l’autre qui servait pour le sacrifice de l’Action de grâce. Cela fut l’offrande de la famille pauvre de Jésus : deux pigeons.
 
B) Les devoirs familiaux nous révèlent une valeur religieuse.

Alors, le Seigneur reçoit un hommage de la famille parce que la famille possède un sens religieux. Déjà dans la première lecture d’aujourd’hui (Si 3,3-7.14-7), il est bien établi, comment cette relation de père et de mère avec leurs enfants et des enfants avec leurs parents, n’est pas simplement un conseil, on y ajoute toujours une raison : « Pour que le Seigneur te pardonne tes péchés, pour que le Seigneur entende ta prière, pour que le Seigneur te bénisse. » Cela veut dire que dans le foyer il existe un véritable culte à Dieu, que ce geste de Marie et de Joseph avec leur enfant, dans une dimension religieuse, apportant l’offrande que Moïse ordonna, c’est ce qui se produit dans tous les foyers, chaque jour et chaque heure.

Lorsque le fils obéit, surtout lorsqu’il est grand, cela est si beau; un homme qui obéit à un autre adulte parce que c’est son père, c’est sa mère. Combien sonne sacrée cette parole sur les lèvres de l’homme, comme elle paraît d’autorité presque divine, le commandement d’un homme, peut-être un paysan, à son fils qui est peut-être un professionnel, et ce professionnel avec toute la vénération et le respect obéit à son père. C’est un culte. Ce dernier connaît sans doute plus de choses que son père paysan, cependant il sait que c’est son père qui possède l’autorité, qu’elle lui vient de Dieu. Ainsi comme le père sait également que le fils possède sa propre vie que Dieu lui a donnée et que le père doit respecter. C’est un aspect religieux, c’est un culte.
 
C) Fondée par le Créateur.

L’homme qui est un bon membre de famille sait cela également, l’époux fidèle à son épouse ne la trahit pas. Trahir c’est presque commettre un sacrilège parce qu’il trahit une fidélité qu’il ne doit pas seulement à une femme, mais à Dieu. Le Concile dit de la famille qu’elle a été « fondée par le Créateur, la communauté conjugale qui est communauté de vie et d’amour, naît devant la société dans un acte humain par lequel les époux se donnent et se reçoivent. » C’est cela le mariage : se donner. « Moi, un tel, je me donne et je promets d’être fidèle. Moi, une telle, je te reçois et je me donne. » Se livrer et recevoir est quelque chose de si saint que seul Dieu, auteur de la vie, peut le permettre et le bénir.

C’est de là que naît la société des époux comme une institution confirmée par la loi divine, de telle sorte que l’on puisse dire : « Ce que Dieu a uni, l’homme ne peut le séparer. » Alors, cette société sanctionnée par Dieu avec un sens religieux profond n’est pas pour inventer les lois selon ses caprices et avoir des relations selon ses goûts.

Aucune autorité ne peut poser des conditions, ni imposer des situations de péché. C’est ce que j’aimerais vous dire avec toute l’éloquence dont je serais capable. On abuse, en notre pays, de la loi de Dieu lorsqu’on distribue des moyens de contraception qui violent la loi de la fécondité. Lorsqu’on construit des cliniques et qu’au nom du gouvernement on impose la mutilation, la castration. De quel droit? Si cela est de Dieu et de personne d’autre! Quel droit possède un couple d’user selon ses caprices de la stérilisation ou de moyens contraceptifs, si tout cela appartient à Dieu? C’est une société (la famille) que Dieu a établie et sanctionnée et Il n’est pas d’accord avec les connivences de notre gouvernement et avec d’autres gouvernements qui veulent nous imposer des mutilations qui trahissent la loi du Seigneur. On ne se moque pas impunément de la loi de Dieu et nous aurons les conséquences de tant de sottises que l’on commet contre les lois de la fécondité, des conséquences très graves que l’on ressent déjà en d’autres lieux. Il paraît qu’aux États-Unis on n’emploie plus certaines pilules contraceptives qu’on envoie en Amérique latine pour que les femmes d’ici deviennent stériles.

C’est la loi de Dieu qui régularise la société de l’homme et de la femme. L’instinct que Dieu a donné dans le sexe de l’homme et dans celui de la femme n’est pas pour s’amuser, pour se complaire comme s’il s’agissait d’un divertissement pour faire du propre foyer un bordel. C’est pourquoi je vous parle ici de la paternité responsable. Cela signifie que l’homme sait qu’il possède une capacité génétique, qu’il a la capacité d’engendrer des enfants et qu’il doit user de cette capacité avec responsabilité. La femme sait aussi qu’elle peut engendrer, mais qu’elle doit être responsable sans faire outrage aux lois de la nature, sinon en conformité aux lois du Créateur.
Et encore moins l’avortement. Très chers frères, cette semaine lorsque nous avons célébré à Cuscatlán le Jour des Innocents, je pensais : Combien d’innocents sont morts aujourd’hui par les lois de l’avortement, innocents qui ne vivent plus dans les entrailles de leur mère? On assèche les sources de la vie. La société conjugale, la famille, est faite pour être le reflet de la loi de Dieu, pour être le reflet de sa tendresse et de sa fécondité, pour que les enfants qui y naissent, se sentent vraiment accueillis dans l’amour et non quelque chose que l’on jette et qui dérange. Que le jour de la Sainte Famille soit vraiment un appel à l’amour à la vérité, parce que nous parlons de l’institution de l’amour. Sachez-vous rendre digne de cet amour que vous devez refléter sur la Terre.
 
D) La famille, cellule du Peuple de Dieu.

La famille également, dans les lectures d’aujourd’hui, apparaît avec une dimension ecclésiale. Qu’est-ce que cela veut dire? Cela signifie que la famille, selon le point de vue de saint Paul dans l’ensemble de son épître aux Colossiens, est une cellule de la grande société du Peuple de Dieu. Avec quelle éloquence saint Paul dit aujourd’hui aux chrétiens de Colosse (3,12) : « Peuple élu de Dieu, peuple sacré et aimé. » C’est cela le peuple qui naît de la famille! Si l’Église est la famille de Dieu, c’est dans les groupes familiaux où la famille prend sa source et c’est pourquoi la famille selon la loi chrétienne n’est pas uniquement une relation morale et humaine, mais chrétienne.
 
E) La famille est une « Église domestique ».

Dans cette épître, dans ce paragraphe où saint Paul parle de la communauté Église et de la communauté famille, il répète souvent les mots « dans le Seigneur ». C’est une phrase très typique de saint Paul : « Aimez-vous dans le Seigneur. » Soyez mutuellement fidèles dans le Seigneur. Fils, respectez vos parents dans le Seigneur. Cela signifie que la relation familiale doit être vue à la lumière de l’Église. En d’autres mots, c’est ce que le Concile appelle : l’Église domestique où le père et la mère sont les premiers prêtres qui enseignent la Parole de Dieu à leurs enfants, et les parents en retour reçoivent le témoignage d’innocence et de sainteté de leurs enfants.
Lorsqu’on regarde une famille avec cette perspective de l’Église domestique – Ecclesiola, nous dit la parole latine, « petite église » –, comme une Église du foyer, où le Pontife Romain, les cardinaux, les évêques et tous les autres n’existent plus, ne demeurent que le père, la mère et les enfants. C’est là que se trouve l’embryon de la grande Église universelle parce que dans le Christ, tous les baptisés appartiennent au Peuple de Dieu. Depuis cette perspective de l’Esprit du Christ qui a été donné au père, à la mère, aux enfants, qui ne sont pas les propriétaires d’eux-mêmes, ils appartiennent comme cellule à la grande famille qu’est l’Église et qui en Jésus-Christ doivent avoir leurs lois.
 
F) La famille éducatrice de la foi.

C’est ici où la phrase de Medellín rencontre toute sa réalisation : « Éducatrice de la foi ». N’oubliez pas ces trois phrases sur la famille que dit Medellín : « Formatrice de personnes », « Promotrice du développement », et « Éducatrice de la foi ». C’est cela la dimension ecclésiale. « Les époux chrétiens sont pour eux-mêmes, pour leurs enfants et les autres familles, coopérateurs de la grâce et témoins de la foi. Ils sont pour leurs enfants les premiers prédicateurs de la foi et les premiers éducateurs. Ils doivent inculquer la doctrine chrétienne et les vertus évangéliques aux enfants qu’ils ont reçus amoureusement de Dieu et réaliser cette mission au moyen de la Parole et de l’exemple, de telle sorte que, grâce à l’exemple et la prière en famille, les enfants et même ceux qui vivent dans le cercle familial rencontreront plus facilement le chemin du sens humain, du Salut et de la sainteté. »

Et se référant aux difficultés propres d’Amérique latine, puisque c’est à cette fin que Medellín a eu lieu : « Nous savons que de nombreuses familles en Amérique latine ont été incapables d’être éducatrices dans la foi ou, pour ne pas avoir été bien constituées, se sont désintégrées; d’autres parce qu’elles ont transmis cette éducation en termes de simples traditionalistes, souvent avec des connotations mystiques et superstitieuses. De là la nécessité de doter les familles actuelles d’éléments qui restituent leurs capacités évangéliques, en accord avec la doctrine de l’Église. »

Je crois qu’ici se reflètent plusieurs situations familiales! Je vous dis avec douleur, très chers frères, non pas pour vous offenser, que si nous regardons en vérité le mal qui nous entoure, ayons la vaillance de faire ce que me disait une orpheline abandonnée par ses parents, mais qui est arrivée à l’heure de son mariage : « Je fais attention, me disait-elle, parce que je veux donner à mes enfants ce que mes parents n’ont pas pu me donner. »

Ainsi naîtrait une humanité nouvelle! Je ne dis pas cela pour offenser personne, mais nous formons un véritable ensemble de familles désintégrées. Je m’adresse surtout aux jeunes afin qu’ils cherchent à créer des familles qui sachent donner à leurs enfants ce qu’ils n’ont peut-être pas eu la chance de recevoir à cause de la séparation de leurs parents.

Je ne dis pas cela pour vous offenser, je vous dis cela parce que je désire pour notre Patrie des cellules familiales plus saines. Je vous dis cela parce que depuis l’Église, je vois aussi les grandes déficiences de notre christianisme que Medellín nous a décrites aujourd’hui : Superstitions, traditionalisme, scandales de la vérité que l’Église prêche. Lorsqu’on a de l’argent, on va jusqu’à publier ces scandales comme s’il s’agissait de défendre de véritables valeurs. On ne se rend pas compte que l’on défend l’indéfendable : le mensonge, la fausseté, un traditionalisme sans vie et, bien pire encore, des intérêts économiques que lamentablement l’Église servit, mais ce fut le péché d’une Église erronée qui ne disait pas la vérité lorsqu’elle devait être dite.

Aujourd’hui, nous voulons vous dire également, très chers frères qui êtes peut-être dans l’erreur, que la vérité se situe en une foi, en un christianisme qui adore Dieu et qui donne aux choses de la Terre leur valeur relative et non absolue. Un christianisme qui enseigne qu’il faut éduquer les enfants qui naissent non pas dans ces traditions empoisonnées, mais dans la pure vérité qui naît de l’Évangile, celle que je voudrais vous donner en vérité. Ne défigurez pas mes paroles. Ne défigurez pas mes bonnes intentions de vous donner une vitalité de chrétien tel que je crois que l’Église vous signale depuis Vatican II, depuis les réflexions de Medellín qui dénoncèrent la définition erronée que l’on donne à la famille qu’il est nécessaire de redresser. Travaillons-y donc! 31/12/78, p.84-87, VI.
 
3) Le Christ vit et se révèle au monde dans la famille

Cette Église possède la dimension religieuse et cette dimension ecclésiale parce que dans son sein se trouve Celui qui est tout : le Christ Notre Seigneur, qui vit et se révèle dans la famille.
Comme je voudrais aujourd’hui que toutes les familles sentent que le Christ vit en votre sein! Que le Christ est dans l’enfance de cet enfant, dans l’inquiétude de cette jeunesse, dans la préoccupation de ce père et de cette mère, dans la vénérable vieillesse de ce grand-père, de cette grand-mère. Là se trouve le Christ, si on le recherche vraiment comme il apparaît dans l’Évangile d’aujourd’hui. C’est le même Christ de la Rédemption qui voulut naître dans une famille. C’est le même Christ qui avait besoin de notre monde, de notre histoire, mais qui voulut s’incarner dans une famille concrète. C’est le Christ qui se révéla à Siméon et à Anne.
 
A) Le Christ se révéla à Siméon

Siméon attendait la consolation d’Israël et il savait qu’il n’allait pas mourir sans voir le Christ. Et lorsqu’il le vit dans ses mains, il prononça cette belle prophétie (Lc 2,29-35) : « Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix; car mes yeux ont vu ton Salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël. » Son père et sa mère étaient dans l’étonnement de ce qui se disait de lui. Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : « Vois! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction – et toi-même, une épée te transpercera l’âme! –, afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs. »

Le Christ est un signe de contradiction. Les bons ou les mauvais qui se repentent recevront de Lui le pardon et la miséricorde, mais également, Il sera signe de perdition pour plusieurs qui Le rejetteront à cause de leurs péchés, de leur égoïsme et de leur orgueil. Le Christ est une pierre de scandale! C’est pourquoi cela me fait un immense honneur lorsqu’on me rejette parce que je ressemble un peu à Jésus-Christ qui fut également une pierre de scandale. Siméon prophétisa que l’Église, disciple du Christ, devra être comme Lui. Pour certains, elle sera signe de Salut.

Les conversions de plusieurs me rendent heureux. Ainsi, comme je ressens également la douleur de plusieurs obstinations, de plusieurs qui rejettent le Christ comme ces hypocrites de pharisiens qui, non par manque de clarté, parce qu’en cela le Christ fut très clair, mais à cause de la mauvaise volonté de leur cœur qui leur obscurcissait la vue et qu’ils ne pouvaient voir rien de bon dans le Seigneur. C’est le signe du Christ et Siméon dit à Marie que son cœur sera transpercé par une épée.

Mères de famille – surtout vous, les mères de jeunes enfants –, que diriez-vous si en allant faire baptiser votre enfant, un prophète vous disait : « Cet enfant va avoir une fin tragique. » Vous ne vivriez plus tranquille. Quand sera cette heure terrible? Marie vécut comme cette mère, attendant l’heure où allait s’accomplir cette prophétie de l’épée qui allait lui transpercer le cœur. Certains disent que cette épée pouvait être le sentiment d’humilité d’une personne, qui par son humilité se sent si petite devant la grandeur de sa vocation qu’il lui semble que Dieu s’est trompé. Pourquoi le Seigneur m’a-t-il choisie? Et Marie se sentait si petite devant la grandeur de sa collaboration à la Rédemption, devant le mystère du Salut des hommes qu’elle sentit comme une épée; quand au pied de la Croix elle sentit non pas une, mais sept épées lui traverser le cœur devant la douleur de son Fils comme la tradition l’affirme.
 
B) Le Christ qui se révéla à Anne

Anne, la vieille centenaire, comme quoi tous les âges se valent pour annoncer le Christ, annonçait la libération d’Israël. Je m’imagine cette petite vieille qui, à la vue du Christ sortant de la cathédrale dans les bras de la Vierge, disant à tout le monde : « Le Rédempteur est arrivé! » et elle remplissait par cette nouvelle le cœur de tous ceux qui l’écoutaient. Puisse Dieu que nous soyons tous prophètes en ce sens d’annoncer le Seigneur! 31/12/78, p.87-88, VI.
 
Faits de la semaine

Le Christ, signe de contradiction. L’histoire se répète. Nous devons dans nos homélies dominicales éclairer la réalité à la lumière de l’Évangile. Ma première préoccupation, ne l’oubliez pas, c’est d’être catéchiste, d’enseigner la religion et j’ai la satisfaction de le faire. Après vient l’illumination, par cette doctrine, de la réalité. Cela n’est pas le plus important, mais c’est la marque du réel où l’on se doit de vivre cette doctrine. C’est pour cela, pour que nous comprenions qu’il s’agit d’une doctrine qui est actuelle et qu’aujourd’hui aussi au Salvador de 1978 s’accomplit la prophétie du Christ signe de contradiction et, que le peuple de Dieu continue d’être appelée pour être la Sainte Famille du Christ, tandis que d’autres ne veulent pas entendre cet appel, que maintenant je me réfère aux réalités concrètes, à notre semaine historique. 31/12/78, p.89, VI.

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