Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Treizième dimanche du temps ordinaire; 1er juillet 1979; Lectures : Sagesse 1,13-15 et 2,23-25; II Corinthiens 8,7-9.13-15; Marc 5,21-43.
Le Christ, vie et richesse de l’homme
Chaque dimanche, c’est Pâques, chaque dimanche doit raviver en nous l’espérance que nous suivons un Christ vivant qui ne mourra jamais et qui possède la force de nous donner le Salut. Chaque dimanche annonce la nécessité d’incarner le mystère du Christ et de dénoncer ce qui s’oppose à sa réalisation. C’est pourquoi l’année liturgique, célébrant ces mystères éternels, tente de s’appliquer aux situations concrètes par où passe l’histoire de chaque peuple. Ce n’est pas la même chose de prêcher ce dimanche à Rome, ou en Pologne, ou en Afrique, ou en Argentine ou au Nicaragua, qu’ici au Salvador. La Parole de Dieu, qu’aujourd’hui nous venons de proclamer en ce dimanche du premier juillet 1979, est pour nous, Salvadoriens. Nous devons la regarder à partir de cette perspective : le mystère de notre Salut. Parce que l’histoire de chaque peuple et de chaque humain de chaque famille est comme l’instrument de Dieu pour sauver cet homme, ce peuple, cette famille. C’est pour cela qu’il peut sembler souvent que la prédication touche à des choses très dangereuses et qu’il serait plus facile de se taire; mais alors, la parole évangélique n’accomplirait pas sa mission d’illuminer du mystère du Christ la réalité du peuple.
 
Plan de l’homélie :
1) Le Christ, pouvoir divin qui donne la vie
2) Le Christ, justice et amour qui comblent les différences sociales
3) Une foi authentique dans le Christ, unique solution à nos problèmes. 01/07/79, p.40, VII.
 
1) Le Christ, pouvoir divin qui donne la vie

En premier lieu, observons le Christ comme un pouvoir qui donne la vie : l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 5,21-43) nous Le présente devant la fillette morte, la prenant par la main et lui redonnant la vie. Ou encore, rendant la santé à une femme qui souffrait d’une infirmité incurable depuis douze ans. C’est l’image la plus belle du pouvoir de la vie au milieu de la mort, de l’infirmité et de la maladie. Aux côtés de cette enfant morte, nous voyons tant de jeunes gens et de jeunes filles, tant d’hommes, de femmes et d’enfants morts. L’Empire de la mort passe sur la Terre et surtout sur notre pays où la mort violente est pratiquement devenue l’air que nous respirons; les hôpitaux avec des blessés, conséquences des violences ou des infirmités naturelles, les cimetières qui se remplissent chaque jour davantage de morts. Au milieu de tous ces signes de désespoir est présente la lumière du pouvoir qui donne la vie : Jésus-Christ.
 
A) Par le Verbe, Dieu créa la vie

Ce Christ, face à l’enfant morte, la fille de Jaïre, c’est le Dieu éternel qui s’est fait homme, mais avant cela, nous raconte l’Évangile sublime de saint Jean, Il était la Parole qui était présente aux côtés de Dieu et c’est par cette Parole que Dieu créa toutes les choses.
Cette Parole est la vie et celle-ci était la lumière des hommes. Christ est la plénitude d’où provient toute cette vie qui est ici en cette cathédrale, celle qui anime la vie de notre patrie. Il n’existe pas de vie en ce monde qui ne provienne pas de Dieu, pouvoir qui donne la vie.
 
Aspects positifs

La première lecture (Sg 1,13-15; 2,23-25) nous fait remonter à cette médiation, au Dieu de la Vie. Dieu ne créa pas la mort ni ne s’amuse de la destruction des êtres vivants. Il créa tout pour que nous subsistions. Les créatures du monde sont salutaires; il n’existe pas en elles un venin de mort. Dieu créa l’homme incorruptible; Il le fit à l’image de sa propre nature. Le Dieu éternel voulut avoir un Fils sur la Terre qui ne meurt point. Cela apparaît clairement dans cette parole de Dieu (Sg 2,23) que nous proclamons aujourd’hui et qui nous dit que Dieu n’a pas créé la mort. Dieu créa la vie et Il veut qu’elle subsiste et ne meure pas. Fils de l’Immortel, nous devons être également immortels! Alors pourquoi la mort existe-t-elle en ce monde? 01/07/79, p.40-41, VII.
 
Le péché détruisit la vie. Dieu ne créa pas la mort

La première lecture d’aujourd’hui est sans doute celle d’où saint Paul tira la pensée sublime de son épître aux Romains (5,12) : « Pour un qui pécha entra la mort. »
 
La mort est le fruit du péché

Selon le plan primitif de Dieu, selon la lecture d’aujourd’hui (Sg 1,13-15; 2,23-25) dans le monde d’alors, il n’y avait pas le venin de la mort ni l’Empire de l’abîme. L’abîme que les Hébreux appelaient le « Schéol » est comme une figure de la mort, du pouvoir de l’Enfer; « l’Hadès », comme la nommaient aussi les Grecs. La mort, que nous représentons avec un crâne et une faux pour faucher la vie, apparaît dans les Saintes Écritures comme un pouvoir étrange. Comme dit la Parole d’aujourd’hui (Sg 2,24) : « C’est par l’envie du diable qu’entra la mort en ce monde, ils en font l’expérience ceux qui lui appartiennent. » C’est une triste condition de devoir payer ce tribut au diable. La mort est un tribut au pouvoir qui détruit la vie.

Dieu ne voulait pas la mort. Si la mort s’implanta, c’est parce qu’un homme ouvrit la porte au péché. Par la désobéissance d’Adam – le premier homme, père de tous les humains – entra la mort qui est passée à toute l’humanité. C’est un pouvoir étrange; c’est pourquoi saint Paul nous parle d’une désobéissance, de quelque chose qui gémit, de quelque chose qui n’est pas normal, de quelque chose qui est un ennemi qui continuera à passer.
 
Provoquer la mort c’est multiplier la présence du péché

La mort est surtout un signe de péché lorsque la produisent, aussi directement que parmi nous, la violence, l’assassinat, la torture d’où proviennent tant de morts, découpés et tirés à la mer, jetés dans les dépotoirs, tout cela est l’Empire de l’Enfer. Ceux qui produisent la mort appartiennent au Diable. Ils en font eux-mêmes l’expérience, ceux qui appartiennent au Diable, collaborateurs, agents du Démon, imposteurs qui apportent quelque chose d’étranger au plan de Dieu. C’est pourquoi l’Église ne se fatiguera jamais de dénoncer tout ce qui produit la mort. La mort, même la mort naturelle, est le produit et la conséquence du péché. 01/07/79, p.41-42, VII.
 
Signes de la Rédemption, de la mort et de la maladie

Le Concile dit : « La foi chrétienne enseigne que la mort corporelle qui entra dans l’Histoire en conséquence du péché sera vaincue lorsque l’omnipotent et le miséricordieux Sauveur réintégrera l’humain dans le Salut perdu par le péché. » Le Christ, le Dieu qui créa la vie dans les origines et qui ne voulait pas la mort, lorsqu’Il vit que l’empire de la mort s’implanta en ce monde, vint pour récupérer la vie. 01/07/79, p.45, VII.
 
2) Le Christ, justice et amour qui comblent les différences sociales

Explication de la collecte pour l’Église de Jérusalem chez saint Paul, (II Co 8,7-9,13-15), thème de la doctrine sociale. Observons avec confiance le Seigneur dans d’autres aspects de l’Évangile d’aujourd’hui. La seconde lecture de saint Paul aux Corinthiens traite d’une collecte, qu’a promue l’apôtre à Corinthe pour aider les chrétiens démunis de Jérusalem. Il leur dit la doctrine sociale de l’Église, germe de ce que doit être le trésor de notre temps : les encycliques depuis Rerum Novarum de Léon XIII jusqu’à Populorum Progressio, Mater et Magistra, Pacem in Terris, le Concile, Medellín et Puebla. Une lumière qui scintille sur l’ambiance d’injustice de notre Amérique et sur le monde. Saint Paul dit aux Corinthiens : « Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, mais d’établir l’égalité. En cette occasion, ce que vous avez en trop compensera ce qu’ils ont en moins pour qu’un jour ce qu’ils auront en trop compense ce que vous aurez en moins : cela fera l’égalité. »

C’est ce qu’affirme l’Écriture. Cela nous rappelle ici un épisode pittoresque du peuple d’Israël lorsqu’il traversait le désert et qu’il mangeait la manne. Qu’il ne devait cueillir rien de plus que le strict nécessaire pour la journée. Certains voulurent en cueillir davantage, et il en resta moins pour les autres, mais la Bible dit : « Celui qui en cueillait davantage, il ne lui en restait pas et, celui qui en ramassait moins, il ne lui en manquait pas. »

Dieu est Celui qui nous fait ces dons, Celui qui nous donne les récoltes, Celui qui fait fleurir et mûrir le café de nos fermes, Il veut le bonheur de tous ses enfants. Saint Paul dit : « Il ne s’agit pas que certains donnent pour demeurer sans rien, mais qu’on partage, qu’on égalise nos richesses. » 01/07/79, p.46, VII.
 
B) Le grand thème de l’Amérique latine

À ce sujet, je voudrais vous inviter aujourd’hui à regarder ensemble comment le document de l’Épiscopat latino-américain réuni à Puebla traite cette pastorale que l’on nomme : « L’option préférentielle pour les pauvres. » Le document réalise, à la lumière de la réalité de l’Amérique latine, une analyse fondée de notre impressionnante injustice sociale.
 
Constatations

Les évêques à Puebla dirent : « Nous voyons, à la lumière de la foi, comme un scandale et une contradiction avec l’être chrétien, la croissante brèche entre les riches et les pauvres. Le luxe de quelques-uns devient une insulte contre la misère des grandes masses. Cela est contraire au plan du Créateur et à l’honneur que l’on y doit. Dans cette angoisse et cette douleur, l’Église discerne une situation de péché social. Ainsi comme nous disions de la mort qui est l’indice du péché, nous pouvons dire également : L’inégalité sociale est l’indice du péché. » C’est ce qu’affirme explicitement l’épiscopat latino-américain à Puebla; inégalité encore plus grave parce que cela se produit dans des nations qui se disent catholiques et qui ont le pouvoir de changer. Citant les paroles de Jean Paul II à Oaxaca, au Mexique, ils disent : « Qu’on leur enlève ces barrières de l’exploitation contre lesquelles se brisent les meilleurs efforts de promotions humaines! » (No.28)

Le document continue en constatant ceci : « Nous vérifions, comme la plus dévastatrice et humiliante flagellation, la situation inhumaine de pauvreté où vivent des millions de latino-américains, situation de mortalité infantile, de manque de logement adéquat, problème de santé, salaire de famine, chômage et sous-emploi, malnutrition, instabilité du travail, migrations massives forcées et désemparées, etc. » (No.29)

« En analysant plus à fond cette situation, nous découvrons que cette pauvreté n’est pas une étape fortuite, mais le produit de situations et de structures économiques, sociales et politiques, même s’il existe d’autres causes de la misère. Nous n’allons pas nier qu’il existe des pauvres qui le sont par leur propre faute, à cause de leurs vices, mais cela n’enlève pas le fait qu’il existe des structures brutales, horribles, où il est impossible de faire des progrès, même pour le mieux intentionné. État interne de nos pays qui rencontrent dans plusieurs cas, origine et appui dans des mécanismes qui sont imprégnés non pas d’authentiques valeurs humaines, mais d’un matérialisme qui produit, au niveau international, des riches toujours plus riches au prix de pauvres toujours plus pauvres. Cette réalité exige la conversion personnelle et la transformation profonde des structures afin qu’elles répondent aux aspirations légitimes du peuple envers une véritable justice sociale. Ces changements n’ont pas été effectués ou l’ont été trop lentement dans l’expérience de l’Amérique latine. » (Nº 30) 01/07/79, p.46-47, VII.
 
De Medellín à Puebla : nécessité de conversion

Ces constatations de Puebla nous amènent à une réflexion pastorale qui nous incite à prendre des mesures pastorales. Les évêques disent clairement : « Nous reprenons, avec une espérance renouvelée dans la force vivifiante de l’Esprit, la position de la Seconde Conférence de Medellín, d’une option préférentielle et solidaire pour les pauvres… Nous affirmons la nécessité de la conversion de toute l’Église en faveur d’une option préférentielle et solidaire pour les pauvres, ayant comme perspective une libération intégrale… (Nº 1134) »

Et plus clairement sur l’Église, ils disent : « Ce ne sont pas tous qui, dans l’Église d’Amérique latine, se sont engagés suffisamment avec les pauvres; nous ne nous préoccupons pas toujours de leur sort, et nous ne sommes pas toujours solidaires avec eux. Être à leur service exige, en effet, une conversion et une purification constante, chez tous les chrétiens, pour obtenir une identification qui soit chaque jour plus complète avec le Christ pauvre avec les pauvres » (Nº 1140). Il s’agit d’un appel, mes frères, qui depuis l’évêque jusqu’au dernier fidèle, en passant par les prêtres et les religieuses et les institutions catholiques, réclame une révision. C’est un scandale, dans notre environnement qui reflète la réalité décrite par Puebla, qu’il y ait des personnes ou des institutions dans l’Église qui se désintéressent du pauvre et qui vivent dans le confort. Un effort de conversion est nécessaire. 01/07/79, p.47, VII.
 
Persécution

Déjà, dans la pratique, Puebla fait la constatation de ce qu’il en a coûté, ces dix dernières années, afin de demeurer fidèles à cet engagement de Medellín : « La dénonciation prophétique de l’Église et ses compromis concrets avec le pauvre l’ont amené, en de nombreuses occasions, à des persécutions et des vexations de plusieurs formes. Les pauvres eux-mêmes ont été les premières victimes de ces vexations.

À ce sujet, je veux souligner l’information que l’on m’a remise en entrant dans la cathédrale, selon laquelle en ce jour précisément nous soulignions le premier anniversaire de la mort du père Hermógenes López de San Pedro Pinula, assassiné au Guatemala pour s’être solidarisé avec les pauvres. Nos prêtres assassinés dans le diocèse l’ont été pour cette même option préférentielle pour les pauvres. L’égoïsme de ceux qui veulent que rien ne change n’a pas pu tolérer cette voix. Ils sont capables d’acheter avec leur argent les mains des assassins pour que se taisent les voix qui crient justice en faveur de ceux qui n’ont aucune justice. C’est cela la conversion qui nous est demandée à tous parce que l’Église n’est pas un démagogue qui demande uniquement le changement des structures. Ayons cela en tête : ce que demande l’Église, avant tout, est la conversion du cœur.

C’est pourquoi les organisations politiques et populaires qui luttent pour les justes revendications du peuple, doivent se rappeler que jusqu’à ce qu’elles incorporent à cette lutte et à cet effort, la sainteté et l’amplitude de la libération en Jésus-Christ du péché, et qu’ils en fassent la promotion jusqu’à la sainteté, ce ne seront que des libérations partielles et souvent mutilées par le péché. Demain elles se convertiront en des structures nouvelles, mais aussi violentes envers le pauvre; ils seront les nouveaux riches, rien de plus. Je désire seulement que ceux qui luttent véritablement pour un monde plus juste, en constatant l’injustice dans laquelle nous vivons, commencent par changer leur cœur. Et dire aussi à tous ceux que Dieu a favorisés par de grands biens : convertissez-vous! 01/07/79, p.47-48, VII.
 
Communautés Ecclésiales de Base, Potentiel des Pauvres

Au souvenir de Puebla, parmi les réalités d’Amérique latine, les évêques ont dit que, dans les communautés ecclésiales de base, nous rencontrions un trésor. Ce sont là leurs paroles : « L’engagement avec les pauvres et les opprimés et l’émergence des communautés de base a aidé l’Église d’Amérique latine à découvrir le potentiel évangélisateur des pauvres, en ce qu’ils interpellent constamment, appelant à la conversion, parce qu’ils réalisent dans leur vie les valeurs évangéliques de solidarité, de service, et de disponibilité pour accueillir le don de Dieu » (Nº 1147) C’est ici qu’apparaît cette recette merveilleuse que, grâce à Dieu, notre diocèse tente de mettre en pratique : les communautés ecclésiales de base. Ces groupes de réflexion chrétienne ne sont pas subversifs!

Il s’agit de réflexions où l’homme et la femme apprennent cette vertu évangélique de la pauvreté indispensable chez le riche et chez le pauvre. Je fais ici un appel à toutes les paroisses et tous les agents de pastoral, aux religieuses qui travaillent dans les villages. Je vous félicite parce que déjà, nous pouvons dénombrer plusieurs communautés ecclésiales de base. Mais là où existe encore la méfiance, rappelez-vous que l’école efficace pour découvrir ces valeurs de nos pauvres paysans, le trésor caché dans tant de cœurs, c’est la communauté ecclésiale de base. 01/07/79, p.48, VII.
 
C) Quelle est la véritable pauvreté? La clé d’interprétation se trouve dans le message de Puebla.

Il y a une phrase dans la salutation de Puebla aux peuples d’Amérique latine qui me paraît être la règle pour ceux qui croient faussement que lorsque l’Église se proclame l’Église des pauvres, elle se morcelle et déprécie les riches. En aucune manière! Le message est universel. Dieu veut sauver les riches également, mais précisément parce qu’Il veut les sauver, il leur dit qu’ils ne peuvent être sauvés tant qu’ils ne se convertissent pas au Christ qui vit parmi les pauvres; le message de Puebla dit qu’en cela consiste la pauvreté : « accepter et assumer la cause des pauvres comme s’il s’agissait de votre propre cause, la cause du Christ. » « Tout ce que tu as fait à un de ceux-ci, aussi humble soit-il, c’est à moi que tu l’as fait. » 01/07/79, p.49, VII.

Il ne suffit pas d’être pauvre matériellement, mais d’animer cette pauvreté d’un véritable esprit évangélique. Le secret, mes frères, n’est pas, comme saint Paul nous le rappelle aujourd’hui, de se déprendre matériellement des choses et de demeurer sans aucun bien. Ne rien posséder ne suffit pas. Je veux dire aux pauvres qui n’ont rien qu’il ne suffit pas de ne rien avoir; si on ne met pas l’Esprit évangélique dans cette pauvreté, ce n’est pas la pauvreté que le Christ désire.

Au riche, il ne suffit pas d’avoir un faux esprit qui ne s’incarne pas dans une pauvreté réelle. Aux riches, je veux dire également qu’une pauvreté spirituelle ne suffit pas, une espèce de désir inopérant; à ceux-ci, je leur dis : tant que vous n’incarnerez pas ces désirs de pauvreté évangélique dans des réalisations qui s’intéressent à la cause des pauvres comme si c’était la vôtre, comme s’il s’agissait du Christ, vous continuerez d’être nommés : « ceux que Dieu déprécie » parce que vous placez davantage votre confiance dans votre argent et c’est ce qui vous distingue de ceux que vous considérez comme des hommes de seconde classe.

Nous devons arriver, pauvres et riches, à avoir un esprit évangélique de pauvreté, non pas en utopie et en théorie, mais en réalité qui s’intéresse, qui réalise des œuvres. « Partagez comme le Christ, disait saint Paul dans la seconde lecture d’aujourd’hui (II Co), qui étant riche se fit pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté. » C’est cela la dialectique de la pauvreté évangélique, c’est pourquoi saint Paul dit aux Corinthiens : « Vous allez donner aux pauvres de Jérusalem qui n’ont rien, non pas dans un sens paternaliste parce que Jérusalem également partagera avec vous ce qu’elle possède. Ils ont beaucoup de pauvreté évangélique, et beaucoup le sens de la sainteté. » C’est cela que je voulais vous dire : « Nous ne devons secourir personne avec un sentiment de supériorité, que celui qui donne matériellement reçoive spirituellement. Il y a un échange de biens que seulement peut comprendre un véritable esprit de pauvreté. Cela permet au riche de se sentir très proche du pauvre et de ne pas faire en sorte que le pauvre se sente inférieur au riche sinon dans un rapport d’échange d’égal à égal : donner et recevoir, “égaliser” comme dit saint Paul. » 01/07/79, p.49, VII.
 
3) Une foi authentique dans le Christ, unique solution à nos problèmes

Finalement, pour comprendre le Christ, pouvoir qui donne la vie et pour L’accepter depuis les versants de la richesse ou de la pauvreté, et faire du Christ la force qui unit dans la justice et dans l’amour, une chose est nécessaire, et ce dimanche, c’est la réponse que le Christ attend de nous : la foi.
 
Attitude de Jaïre

Le geste de Jaïre est merveilleux. S’agenouillant devant le Christ, il dit (Mc 5,23.35) : « Ma petite-fille est à toute extrémité, vient lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Tandis qu’il parlait encore arrivent de chez le chef de synagogue des gens qui disent : “Ta fille est morte; pourquoi déranges-tu encore le Maître?”
 
Réponse de Jésus

Le Christ dit (Mc 5,36) : « Sois sans crainte, aie seulement la foi. » Ce fut la seule condition qu’Il exigea, même si cela provoqua les moqueries de plusieurs : elle n’est pas morte, elle ne fait que dormir. Et la prenant par la main, Il lui dit cette parole araméenne que saint Marc a conservée (5,41) : « Talitha koum », ce qui se traduit par « Fillette, je te le dis, lève-toi! » Et en un geste très humain, le Christ l’aide à se lever et la rend à ses parents en leur disant de lui donner à manger. Elle s’éveilla avec la faim.
 
Attitude de l’hémorroïsse

Quel geste plus merveilleux également que celui de l’hémorroïsse! C’est ainsi que l’Évangile nomme cette femme qui souffrait depuis des années de perte de sang. Et elle cherchait parmi la multitude, à toucher la robe du Maître, avec une foi si grande qu’elle se disait (Mc 5,28) : « Si je touche au moins ses vêtements, je serai sauvée. » Elle réussit à le faire et elle fut guérie.
 
Réponse de Jésus

Le Christ sentit qu’une force était sortie de Lui devant cette foi qui l’avait touchée. Celle-ci était très différente des autres qui le touchaient par curiosité. Il se retourna aussitôt pour connaître celui ou celle qui l’avait touché. (Mc 5,33-34) : « Alors la femme craintive et tremblante, sachant bien ce qui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Et Il lui dit : “Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix et sois guérie de ton infirmité.” »
 
La foi n’est pas quelque chose de magique

Nous terminons en disant que la foi de cette communauté, la foi audacieuse qui lui fait suivre fidèlement le Christ, ne consiste pas en une foi magique. La foi qui arracha ces miracles de l’Évangile d’aujourd’hui est une foi qui consiste dans une disposition de confiance totale en Jésus qui nous conduit à une libre acceptation du Sauveur. C’est ce que je vous souhaite, une confiance totale en Jésus comme celle de Jaïre, comme celle de l’hémorroïsse, parce qu’alors oui, nous aurons un peuple qui espère véritablement dans la justice de Dieu.
 
Témoignage de notre peuple

À ce propos, en tant que voix du peuple, des suppliques des humbles, des expressions de foi des lettres que je reçois, je dois vous transmettre ces témoignages. Une jeune d’Ilobasco, Émérite Miranda, me supplie de remercier publiquement la guérison miraculeuse de sa mère : « Remerciements à la Petite Vierge des désemparées et au Sacré-Cœur de Jésus, à qui j’ai demandé à genoux, de toute ma foi et avec des larmes dans les yeux, pour la santé de ma mère et j’ai été exaucé. Je vous demande la charité de faire parvenir à tous les catholiques ce témoignage, que lorsqu’ils prient avec foi, les miracles sont possibles. »

Nous avons aussi le cas de José Ascensio Orellana, amené à l’Institut de Sécurité Sociale avec une hémorragie. Il me charge de rendre grâce à Dieu parce ce que c’est avec foi qu’il Lui a demandé son aide. Il publie maintenant son témoignage sans aucune peine, pour dire à tous que la foi n’est pas quelque chose d’il y a vingt siècles; la foi demeure actuelle. Ce qu’elle a pu réaliser dans la guérison de ces témoins de l’Évangile qui se sont confiés dans le Christ! Je vous demande mes frères : pourquoi Jésus-Christ ne le réaliserait-il pas avec notre peuple? Peuple qui se sent cerner par la bannière du péché : la mort, l’assassinat, la maladie, la pauvreté, l’injustice institutionnalisée. Viendra un ordre nouveau, viendront des hommes nouveaux, ils auront la foi, la foi en Jésus-Christ… 01/07/79, p.53-54, VII.


Quatorzième dimanche du temps ordinaire; 8 juillet 1979; Lectures : Ézéquiel 2,2-5; II Corinthiens 12,7-10; Marc 6,1-3.
Le Prophète, Présence de Dieu dans la société
L’avantage d’assister à la messe tous les dimanches, dans l’ambiance où nous vivons, a augmenté. Cela constitue non seulement dans l’ordre naturel une véritable thérapie – c’est comme laisser l’air pollué pour grimper jusqu’à un sommet et s’approcher de Dieu – sinon, et surtout, c’est qu’inspirés par la foi nous venons vivre de nouveau l’Alliance que Dieu a faite avec le peuple. En tant que membres d’un peuple qui est allié à Dieu, notre messe dominicale suppose une révision autant des droits que nous avons face à ce Dieu qui nous a promis d’être notre Dieu, de nous traiter comme des amis lorsque nous nous adressons à Lui, ainsi comme, et surtout, de réviser nos devoirs envers Dieu. Afin que le Seigneur n’ait pas à nous rejeter comme un peuple qui n’a pas été fidèle à son Alliance. […]
Nous sommes le peuple consacré à Dieu

En révisant les lectures bibliques qui illuminent notre réflexion et notre réalité, nous avons rencontré exactement aujourd’hui, un thème qui nous concerne tous, parce que je vais le répéter : nous sommes le peuple consacré à Dieu. Distinguons toujours ceci : quand nous disons le Peuple de Dieu, nous ne faisons pas référence au peuple en général. C’est une prétention des groupes humains que de vouloir se constituer en interprètes du peuple. Le peuple est très autonome, très varié, très polymorphe. Nul ne peut s’arroger le droit de dire : « Je suis la voix du peuple. » C’est pourquoi le peuple de Dieu est le groupe des disciples de Dieu, c’est le groupe des hommes et des femmes qui, inspirés par la foi, viennent le dimanche inspirer leur conduite de la Parole divine pour être plus agréable à Dieu et, à partir de cette union avec Dieu, être un peuple lumineux pour le peuple en général. C’est cela, l’Église.

Je voudrais que nous ayons clairement à l’esprit que ma prédication et notre réflexion mutuelle se fait en tant que Peuple de Dieu, en tant que groupe bien distinct du peuple en général. Nous respectons les idéologies, les façons de penser de ceux qui ne veulent pas être Peuple de Dieu, mais depuis notre identité de Peuple de Dieu, nous croyons en quelque chose et nous exigeons que l’on respecte cette manière de croire, ainsi que la liberté avec laquelle Dieu nous a commandé d’aimer le monde et de proclamer son message de toute part. La Parole de Dieu ne peut être enchaînée. […]
 
Plan de l’homélie :
1) L’Initiative de Dieu (C’est Lui qui veut des prophètes)
2) Le prophète est un Instrument de Dieu (Il s’avance parce que Dieu lui ordonne)
3) La Société reçoit ou rejette Dieu dans la personne du prophète
 
1) L’Initiative de Dieu (C’est Lui qui veut des prophètes)

Comme dans l’Alliance il y a toujours trois protagonistes : Dieu, le prophète et le peuple.

A) Dans la première lecture, nous retrouvons Ézéquiel (2,2-5), un des grands prophètes de l’Ancien Testament, confessant cette grande vérité : « L’Esprit entra en moi et Il me dit : “Fils d’homme, Je t’envoie.” » Quelle belle définition du prophète! L’Esprit entra en moi, je ne suis rien de plus qu’un fils d’homme, un fils d’Adam, comme nous pouvons aussi le traduire. Nous ne sommes pas Dieu, nous n’avons pas la vérité absolue, nous sommes les fils de la Terre. Notre seule grandeur c’est l’ouverture à Dieu pour lui dire comme les prophètes : « Je suis ici, Seigneur, envoie-moi. »
 
Dans chaque cas il y a une vocation, une consécration et une mission

Mais l’initiative de t’envoyer n’est pas la tienne. Personne ne peut se constituer prophète d’aucun peuple tant que Dieu ne l’a pas appelé et tant que Dieu ne l’a pas consacré et envoyé. Ces trois choses unissent le prophète à Dieu. Mais l’initiative de l’appeler, de le consacrer et de l’envoyer n’appartient qu’à Dieu.
 
Nécessité et objectif

Le Concile Vatican II explique comment est cette initiative de Dieu dans son document sur la Révélation divine qui dit (D.V. 2,1-6) : « Il a plu à Dieu dans sa bonté et sa sagesse, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté : par le Christ, Verbe fait chair, les hommes ont, dans le Saint-Esprit, accès auprès du Père, et deviennent participants de la nature divine. Ainsi, par cette révélation, provenant de l’immensité de sa charité, Dieu qui est invisible, s’adresse aux hommes comme à des amis, et converse avec eux pour les inviter à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette communion. » C’est cela, l’initiative de Dieu, de Lui provient toute idée de se communiquer aux êtres humains, de nous révéler son mystère infini. Ses projets de Salut nous ne les connaîtrions pas s’il ne nous les avait pas révélés. « Je veux que vous connaissiez – non plus comme des serviteurs, mais comme des amis – mes projets de Salut et d’amour. »
 
B) L’Évangile d’aujourd’hui (Mc 6,1-6) nous présente le Christ comme source de prophétie. Il arrive à Nazareth accompagné de ses apôtres. C’est la seconde fois, et cette fois il va se produire un dénouement désillusionnant, pour ne pas dire fracassant. Mais ce qui nous intéresse c’est cette phrase de saint Marc : « Il commença à enseigner dans la synagogue. » C’est cela être prophète : enseigner, être un maître.
 
Le Christ est cette même Parole éternelle

Être prophète ne signifie pas uniquement deviner le futur – comme l’idée populaire que nous en avons –, le prophète, au sens propre, c’est celui qui parle au nom d’un Autre et le Christ est venu non seulement au nom d’un Autre, sinon qu’Il était Dieu. Il est la Parole Éternelle, oint de l’Esprit qui unit son Verbe Éternel à une nature humaine avec laquelle Il parla un langage que nous pouvons comprendre. Son origine, sa source, est l’initiative même de Dieu. Si nous regardons le Christ dans la réflexion de ce dimanche, non pas comme un prophète, mais comme un Dieu qui a accepté de venir porter au monde la plénitude de l’initiative de Dieu.
 
C) Paul lui-même a reçu du Christ la vocation, la consécration et la mission pour être prophète des peuples païens. Quand les chrétiens du temps de Paul suspectèrent : « Si celui-ci est un persécuteur, comment peut-il dire qu’il veut être apôtres? » Le Christ dit : « Ne l’appelez pas persécuteur, Je l’ai converti, J’en ai fait un apôtre pour qu’il apporte mon nom aux nations païennes. » Ce fut là la grande mission de Paul, apporter l’Évangile non pas aux Juifs pour qui existait le groupe des apôtres, mais aux gentils. Il est le dernier, le persécuteur, il a été choisi pour accomplir une mission plus ardue, selon l’initiative du Christ. « Va vers les peuples gentils et annonce-leur le Salut. » Et Paul dira : « Je ne suis pas digne de m’appeler apôtre, mais Lui m’a choisi et Il m’a fait aussi apôtre. » C’est là l’origine du sens du mot prophétique : Dieu détient l’initiative. » 08/07/79, p.57-58, VII.
 
2) Le prophète est un Instrument de Dieu (Il s’avance parce que Dieu lui ordonne)

Je crois que c’est ici où s’expliquent davantage les Écritures divines qui ont été lues aujourd’hui (Ez 2,2-5; II Cor. 12,7-10; Mc 6,1).
 
A) Explication brève du « prophétisme » : annonce de la pensée de l’autre

Le prophétisme a toujours existé, c’était une nécessité que toute religion ressentait, d’avoir des hommes qui soient les interprètes de la volonté de leurs dieux, même s’il s’agissait de fausses religions. Il y eut aussi des prophètes, peut-être faux même si nous l’avons souvent répété ici. Le Salut n’appartient pas exclusivement à la Bible, ni à l’Église. Dieu possède mille autres chemins, Il se prévaut même des religions naturelles, pour apporter, au moyen des hommes inspirés, le message qui fut le Salut de plusieurs qui ne furent pas baptisés et qui savourent sans doute aujourd’hui le Ciel, peut être plus haut que de nombreux baptisés, parce qu’ils furent fidèles à ce que la voix de l’Esprit disait au travers de ces hommes. Mais nous nous référons ici de manière spéciale aux prophètes classiques, ceux que Dieu appela et que la Sainte Bible nous raconte, ceux qui furent d’authentique instrument de Dieu.
 
B) Dieu continue d’être le principal
 
Effets de l’Esprit : Il met sur ses pieds le Fils de l’Homme

Regardons comment Ézéquiel se présente aujourd’hui : « L’Esprit entra en moi et Il me mit sur pied. » C’est cela le premier effet. L’homme n’est pas plus que le fils d’Adam, poussière, créature, mélangé aux mensonges de la Terre. Si Dieu appelle un fils de la Terre pour qu’il ouvre cette capacité de recevoir l’Esprit de Dieu, la première chose qu’il fait c’est qu’il se met sur pied, il s’élève, il existe une dimension verticale qui l’unit à Dieu et au nom duquel il doit parler.
 
Autre effet : Il peut dire : « Ainsi parle le Seigneur. » Présence de Dieu

Le prophète, rempli de l’Esprit de Dieu, va vers le monde et réalise ce que nous avons dit comme thème de cette homélie : la Présence de Dieu dans la société, dans l’histoire et dans le monde. (Ez 2,4-6) : « Ils ne pourront plus dire que Dieu ne leur a pas parlé : “Ainsi parle le Seigneur Yahvé.” Qu’ils t’entendent ou qu’ils ne t’entendent pas, tu es la présence de Dieu au milieu de la société – Dieu, souvent, dérage. » N’aie pas peur. Mais le peuple dira : « Il y eut un prophète qui nous annonça la présence de Dieu. »
 
Capacité pour accomplir sa mission

Le prophète, boue de la terre qui regarde la mission que Dieu lui a confiée, par exemple, quand Dieu dit à Moïse : « Va vers le pharaon et dis-lui de laisser sortir mon peuple d’Égypte. » Comme Moïse s’est senti petit! « Seigneur, qui suis-je pour me présenter au gouvernant et faire sortir mon peuple? » Ce sont des missions impossibles qui excèdent exagérément, infiniment, quelque chose que Dieu seul peut faire. Quand le Yahvé dit à Jonas : « Va prêcher à Ninive, » le prophète préfère s’enfuir. La mission est si grande que Dieu doit l’amener de force pour qu’il accomplisse la mission de prêcher à Ninive. La première impression que le prophète sent c’est sa petitesse, son inadéquate petitesse devant la grandeur de la mission. Cependant, Dieu lui dit : « Ne dis pas que tu ne peux pas. J’irai avec toi. » Nul ne peut s’opposer à cette présence qui va avec le prophète.
Danger de vanité qu’encourt le prophète. La seconde lecture (II Cor 12,7-10) nous dit comment le prophète conjure le danger de la vanité. Sa mission est si identique au message de Dieu que souvent, comme pour Jean Baptiste, on croit que c’est lui le Rédempteur. Ils voulurent adorer Paul et à Pierre ils voulurent lui offrir des victimes si bien qu’ils durent dirent : « Non, prenez garde, nous sommes simplement des hommes. Adorez Dieu, obéissez à Dieu. C’est par nous, ses instruments imparfaits, qu’Il parle. Que ne se terminent pas en nous, personnes humaines, l’hommage, le respect et l’obéissance, dirigez-les vers Dieu. »
 
« Une épine dans ma chair. »

Saint Paul, défendant sa cause prophétique, dans la deuxième épître aux Corinthiens, nous dit qu’il eut des visions merveilleuses qui le firent se sentir très supérieur à tous les hommes. Il a vu de si près la majesté de Dieu, le dénouement de l’Histoire, la fin terrible des mauvais et le Salut des bons. Il connaît tout cela mieux que quiconque et il pourrait se sentir presque un Dieu, et cependant, il dit (II Cor 12,7) : « Et pour que l’excellence même de ces révélations ne m’enorgueillisse pas, il m’a été mis une écharde en la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter pour que je ne m’enorgueillisse pas! »

Il s’agit d’un des passages les plus difficiles de la Bible. Qu’est-ce que cette épine dans la chair? Selon les exégètes modernes, il s’agirait d’une maladie chronique. Qui sait si c’était une douleur de la vue, des crampes que lui donnait un mal d’estomac, quelque chose qui le faisait se sentir si inutile qu’il pouvait dire : « Une écharde m’a été mise… » Voyez comment sont perçues la maladie, la douleur, l’humiliation lorsqu’on a la foi : comme une épine de Satan, parce qu’il est le seul à poser des obstacles au Règne de Dieu.
 
La force de la faiblesse : « Ma grâce te suffit. »

Alors, Paul raconte, dans le passage d’aujourd’hui, qu’à la vue de cette faiblesse et de cette gêne, par trois fois il avait demandé au Seigneur de lui retirer cette épine de Satan et le Seigneur ne lui enleva point sinon qu’Il lui dit (II Cor 12,8) : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. » Quelle révélation plus belle pour un prophète! La santé n’est pas nécessaire. Ainsi, tout perclus, tu es l’instrument que Je veux parce que tu parais si faible et inutile, davantage luira la majesté et la puissance du Seigneur.
Joie de souffrir pour le Christ

(II Cor 12,10) : « C’est pourquoi, conclut saint Paul humblement, je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les détresses, dans les persécutions et les angoisses endurées pour le Christ… » Frères, quelle belle expérience que de s’efforcer de suivre un peu le Christ et en échange de cela, recevoir en ce monde, quantité d’insultes, de méfiances, de calomnies en plus de perdre des amitiés parce qu’on nous considère suspect! Tout cela s’est prophétisé et Paul jouissait de cela comme tous ceux qui savent se réjouir dans leur faiblesse. Comme je suis inutile pour les hommes, comme la persécution me rend méprisable, comme j’apparais inutile pour ceux qui peut-être me crurent grand et qui maintenant me voient comme un objet, comme un déchet, aujourd’hui je suis rempli de joie, dit saint Paul, parce qu’ainsi résidera en moi la force du Christ. « Parce que lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » Quel paradoxe que celui des prophètes! « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort! » » 08/07/79, p.58-60, VII.
 
L’Église, une mission prophétique

C’est l’œuvre de Dieu et c’est pour cela que nous n’avons pas peur de la mission prophétique que le Seigneur nous a confiée. Je m’imagine déjà quelqu’un en train de se dire : « Il se prend pour un prophète! » Ce n’est pas que je me prenne pour un prophète, c’est que vous et moi, nous sommes un peuple prophétique, c’est que tout baptisé a reçu une part dans la mission prophétique du Christ.
Le Christ a confié cette mission aux apôtres et à leurs successeurs
Christ, le grand prophète qui est venu nous apporter la consommation de la mission prophétique, devient le message et le messager, Il est celui qui envoie ses messagers, les apôtres et leurs successeurs, afin que la mission du Christ parvienne jusqu’aux confins de la Terre. Mais cette dernière n’est pas seulement le fait de la hiérarchie, mais, comme le dit le Concile (L.G. 12) : « Le Peuple saint de Dieu prend part également à la fonction prophétique du Christ, en rendant un vivant témoignage à son endroit, avant tout par une vie de foi et de charité et en offrant à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confesse son nom.

L’ensemble des fidèles qui ont reçu l’onction du Saint ne peut pas errer dans la foi et il manifeste cette prérogative au moyen du sens surnaturel de la foi commune à tout le peuple, lorsque, “depuis les évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs”, il fait entendre son accord universel dans les domaines de la foi et de la morale. » Cela veut dire qu’en vous, Peuple de Dieu, vous tous, ainsi que mes prêtres, les collaborateurs du Peuple de Dieu, tous ceux qui sont évêques, prêtres, religieuses, institutions catholiques, fidèles, familles chrétiennes, nous formons le Peuple de Dieu et le Christ, prophète, nous a rendu participant de sa mission prophétique. L’Esprit du Christ nous a oints depuis le jour de notre baptême et nous formons donc un peuple qui ne peut se tromper dans la foi. Quelle consolation cela me donne! Vous ne vous trompez pas lorsque vous écoutez votre évêque et lorsque vous venez, avec une constance qui m’émeut, à la messe à la cathédrale, pour entendre mes pauvres paroles. Il n’y a pas un rejet, sinon qu’au contraire, je sens qu’augmente dans le cœur du peuple la crédibilité de la parole de l’évêque. Je sens que le peuple est mon prophète et qu’il m’enseigne avec l’onction que l’Esprit saint a réalisée lors de son baptême et qui le rend incapable d’accepter une doctrine équivoque ou erronée. En tant que peuple vous rejetteriez cette doctrine comme l’organisme rejette les corps étrangers.
 
Participation du Peuple de Dieu à la mission prophétique

Il est fantastique de penser qu’autant les fidèles que j’essaie de conduire vers l’Évangile par ma prédication, tout comme la fidélité avec laquelle vous voulez être fidèle au Christ, non pas à moi, coïncident dans la sécurité de l’existence de l’infaillibilité que le Concile a proclamée. Celle-ci n’est due à aucune force humaine, ni au fanatisme ou à un esprit partisan, mais à l’Esprit saint qui oint le peuple et ses hiérarques pour qu’ils vivent toujours la vérité que le Christ apporta. En ce sens, vous et moi, nous sommes prophètes, nous sommes le peuple prophétique et nous avons donc l’obligation de réaliser notre mission prophétique. Tous : le père de famille est prophète dans son foyer, la mère de famille est prophète pour son époux et pour ses enfants, les jeunes sont prophètes dans leur collège. Nous le sommes tous si nous voulons vraiment vivre cette mission de la vérité apportée par le Christ pour éclairer les mensonges du monde, nous devons réaliser cette mission si difficile.

Mais nous constatons que ce n’est pas nous, nous sommes menteurs, nous sommes enclins au péché et à suivre nos mauvaises passions. Comme l’Église serait en mauvais état si elle ne reposait que sur les forces humaines! Comme Ézéquiel, nous sommes de la boue de la terre, mais depuis le jour où le Seigneur nous a élevés, où Il nous a mis sur pied par le baptême, où Il nous a faits fils de Dieu, Il nous a oints d’un charisme, d’une vocation et Il nous envoie dans l’ensemble du Peuple de Dieu, certains en tant qu’évêque, d’autres comme curé, aumônier, religieuse, père de famille, journalier ou professionnel. Si nous vivons véritablement la beauté de cette foi, nous formons tous le peuple prophétique de Dieu. 08/07/79, p.60-61, VII.

Le Concile dit : « Dans le monde, les chrétiens et les non chrétiens vivent de manière confondue, rien ne les distingue, cependant, dans le cœur du chrétien, est présente une onction qui le rend responsable de ce monde, les autres, peut être, ne peuvent voir cette responsabilité. »

Je voudrais ce matin faire appel à cette vocation prophétique que vous avez tous. Et je voudrais vous dire, comme je l’ai dit déjà : si on nous enlève la radio, si on nous enlève le journal, qu’on ne nous laisse plus parler, qu’on tue les prêtres et l’évêque, et qu’il n’y a plus que vous, un peuple sans prêtre, vous devez être un microphone de Dieu. Chacun d’entre vous doit devenir un messager, un prophète. L’Église existera toujours tant qu’il y aura un baptisé, et cet unique baptisé qui demeurerait en ce monde, aurait la responsabilité devant le monde, de maintenir bien haut la bannière de la vérité du Seigneur et de sa justice divine.

C’est pourquoi cela me désole de penser à la lâcheté d’autant de chrétiens et à la trahison de nombreux baptisés. Mais qu’êtes-vous en train de faire, vous, les baptisés qui appartenez aux hautes sphères politiques? Où est votre baptême? Baptisés dans les professions, dans les chantiers, au marché, peu importe où nous allions, il y a un baptisé, une Église, un prophète et là doit être dit une parole au nom de la vérité qui éclaire les mensonges de la Terre. Ne soyons pas lâches, ne cachons pas le talent que Dieu nous a donné depuis le jour de notre baptême et vivons en vérité la beauté et la responsabilité d’être un peuple prophétique.

Il devrait réfléchir ceux qui se moquent de moi, comme si j’étais un fou qui se croit prophète. Je ne me suis jamais pris pour un prophète au sens d’être le seul prophète dans le peuple parce que je sais que vous et moi, Peuple de Dieu, nous formons le peuple prophétique. Mon rôle est uniquement de susciter chez ce peuple, son sens prophétique que je ne peux leur donner moi-même, puisque c’est l’Esprit qui le donne à chacun. Chacun de vous peut ainsi dire en toute vérité : « L’Esprit entra en moi dès le jour de mon baptême et Il m’a envoyé vers la société salvadorienne, au peuple du Salvador. »

Si aujourd’hui, les choses vont si mal, c’est parce que la mission prophétique est un échec chez de nombreux baptisés. Mais grâce à Dieu, je veux dire également qu’il y a dans notre archidiocèse un éveil prophétique au sein des communautés ecclésiales de base, dans les groupes qui étudient la Parole de Dieu, dans cette conscience critique qui est en train de se former dans notre christianisme qui ne veut plus être un christianisme de masse, sinon un christianisme conscient qui, avant de recevoir le baptême, veut recevoir une catéchèse; qui avant de se marier s’instruit pour savoir à quoi il s’engage et pour être réellement l’honneur de ce Peuple de Dieu. Je me réjouis et je veux féliciter l’Église de l’Archidiocèse dans ces efforts pour éveiller le sens prophétique de nos chrétiens. Ce charisme ne nous manquera jamais.

Lorsqu’est mort le père Rafael Palacios, assassiné à Santa Tecla, j’ai dit que son cadavre continuait de dénoncer non seulement les crimes commis à l’extérieur de l’Église, sinon également les péchés commis à l’intérieur de l’Église. Le prophète dénonce aussi les péchés internes de l’Église et pourquoi pas? Si les évêques, les papes, les prêtres, les nonces, les religieuses, les collèges catholiques, si l’Église est formée d’hommes et que nous sommes pécheurs, nous avons besoin que quelqu’un nous appelle à la conversion, que quelqu’un ne nous laisse pas nous installer dans une religion qui deviendrait quelque chose d’intouchable. La religion a besoin de prophètes et grâce à Dieu nous les avons parce qu’il serait très triste qu’une Église se sente tellement propriétaire de la vérité qu’elle rejetterait tout le reste. Une Église qui ne fait que condamner, une Église qui ne fait que regarder le péché chez les autres et qui ne voit pas la poutre qu’elle a dans l’œil, celle-ci n’est pas l’Église authentique du Christ. […]

C’est certain qu’il y a des façons de critiquer l’Église et lorsque les critiques deviennent des contestations insubordonnées, des caprices, c’est mal. Mais quand la critique se fait prophétisme, le prophète dit aussi à l’Église : « Voici ce que dit le Seigneur! » et il lit l’Évangile et peut être que l’évêque ou le prêtre ne procède pas conformément à l’Évangile, qu’ils doivent se convertir à l’amour avec lequel nous devons aimer et suivre Notre Seigneur Jésus-Christ. 08/07/79, p.62-63, VII.
 
La société sent la Présence de Dieu dans ses prophètes

Et le Salvador sentirait la présence de Dieu si le peuple des baptisés était véritablement saint et prophétique. Merci à Dieu, s’il y a dans le foyer, un père saint qui est une désapprobation des péchés de ses enfants. Merci à Dieu également si dans une fabrique existe un ouvrier, un patron saint, qui est un refus des injustices qui s’y commettent. Merci à Dieu qu’il demeure ici et là des prophètes et que surgisse au sein du peuple ce sens critique. C’est pour cela que nous sentons la présence de Dieu et le sort du prophète ne peut être autre que celui rapporté aujourd’hui dans les Saintes Écritures.

Le Christ dans sa patrie, pour une seconde fois, essuie un échec. Le Christ fut à sa ville natale, c’est le dernier épisode de la première partie de saint Marc. Il y avait déjà été et les gens en avaient fait l’éloge, mais maintenant qu’Il revient, ceux-ci connaissent davantage le contenu de son message qu’Il prêche et ce qu’Il exige, c’est pourquoi Il leur apparaît dur.

Théologie de saint Marc (première partie : le Mystère du Messie). Dans cette théologie, qui est l’Évangile de cette année, la première partie de son Évangile qui se termine aujourd’hui par ce triste dénouement veut être une présentation du Christ comme Messie. Elle contient peu de prédications, mais de nombreux événements. Le prophète parle par ses œuvres davantage que par ses paroles, sa présence attire ou repousse, selon la société qui l’écoute.
 
Doutes, offenses, rejet

Alors, ils le rejetèrent avec des doutes comme nous avons entendu dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 6,2-3) : « D’où cela lui vient-il? Et qu’est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains? Celui-là n’est pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joseph, de Jude et de Simon? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous? Et ils étaient choqués à son sujet. » Voyez, Jésus lui-même reçoit cette réaction du peuple. Comme est terrible la réaction de la société devant le prophète! Il y a sous ses questions des insultes à peine voilées. Chez les Juifs, personne n’est cité par sa mère, mais toujours par son père comme pour couronner la légitimité. Fils d’un tel, c’étaient des noms d’hommes. Lorsqu’on disait : « Fils de… », une femme seule, cela frôlait l’insulte. […]
 
Comment s’explique ce phénomène :

Le succès d’un prophète, ce n’est pas d’être accueilli, mais qu’on sache qu’il y eut un prophète. La première lecture d’aujourd’hui nous explique mieux ce phénomène. Lorsque Dieu appelle Ézéquiel, Il lui dit (2,3-5) : « Fils d’homme, je t’envoie vers les Israélites, vers les rebelles qui se sont rebellés contre moi. Eux et leurs pères se sont révoltés contre moi jusqu’à ce jour. Les fils ont la tête dure et le cœur obstiné; je t’envoie vers eux pour leur dire : “Ainsi parle le Seigneur Yahvé.” Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, c’est une engeance de rebelles, ils sauront qu’il y a un prophète parmi eux. » Le succès du prophète ce n’est pas que se convertissent ceux qui entendent la prédication, si cela se produit, béni soit Dieu! Dieu est parvenu à sa fin au moyen de son instrument, mais si le prophète ne parvient pas à ce que ces gens entêtés se convertissent, peu importe. Son succès consiste en cela : que ce peuple entêté, pécheur et infidèle reconnaisse pour le moins qu’il y eut un prophète qui leur parla au nom de Dieu. C’est ce qui est terrible de la société qui rejette la Parole de l’Évangile lorsqu’elle ne correspond pas avec son égoïsme, avec ses injustices, alors surgit une quantité de questions : « Mais d’où lui provient une telle sagesse? Qui est-ce qui le manipule? Cela ne vient pas de lui. » Et toutes ces accusations stupides qui vraiment, au lieu d’aider à comprendre – a-t-il raison ou tort? –, demeure un rejet. On dit qu’un bon conseiller doit être accueilli même s’il s’agit du
 
Diable. Un bon conseiller ne doit pas être rejeté.

Christ confirme : le riche Épulon avait les prophètes pour le prévenir. Il y a une page terrible dans l’Évangile lorsqu’un riche est condamné et que de l’enfer il veut qu’on envoie dire à ses frères de se convertir avant qu’il ne soit trop tard. Il dit à Abraham : « Donne la permission à un mort d’aller dire à mes frères de ne pas être comme j’ai été pour qu’ils ne viennent pas en ce lieu. » Abraham lui répondit : « Non, là-bas ils ont les prophètes, s’ils n’entendent pas les prophètes, quand bien même un mort irait leur dire, ils n’écouteraient pas. » Les gens sont si attachés aux idolâtries de la Terre que celui qui adore l’or, l’argent, le pouvoir, l’outrage, l’injustice ou la passion l’a si collé au cœur que même si un mort venait lui parler, il n’en ferait aucun cas, il préfère ses dieux. Il entendrait encore bien moins la voix d’un pauvre prophète qui au nom de Dieu vient lui dire : « Voici ce que dit le Seigneur : soyez juste, n’outragez pas tant. »

Il y a une réclamation chez le prophète Ézéquiel lui-même dont je ne voudrais pas perdre l’opportunité de souligner. Vous la connaissez déjà. Lorsque Dieu, à un autre endroit, dit au prophète Ézéquiel : « Lève-toi, va-t-en au champ et là Je te parlerai. Je me suis levé et je suis allé à la campagne où Il me dit (Ez 3,17-19) : “Fils d’homme, je t’ai fait guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si Je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertis pas, si tu ne parles pas pour avertir le méchant d’abandonner sa conduite mauvaise afin qu’il vive, le méchant, lui, mourra de sa faute, mais c’est à toi que je demanderai compte de son sang. Si au contraire tu as averti le méchant et qu’il ne s’est pas converti de sa méchanceté et de sa mauvaise conduite, il mourra, lui, de sa faute, mais toi, tu auras sauvé ta vie.” Comme est terrible la mission du prophète, il doit parler même s’il sait qu’ils ne vont pas en tenir compte. S’ils n’en font pas cas, ils se perdront par leur faute, mais la responsabilité du prophète est sauve. Il y eut quelqu’un qui dit : “Voici ce que dit le Seigneur.” » Et si grâce à Dieu le méchant l’entend, il se sauvera et ce sera aussi la gloire du prophète qui l’en avertit.
 
Dieu et sa révélation dérangent : le péché cause le mal

Nous ne pouvons pas nous taire, en tant qu’Église prophétique, en un monde si corrompu, si injuste. Ce serait là la réalisation de cette terrible comparaison : « Elle serait semblable à un chien muet. » À quoi sert un chien muet qui ne protège pas la maison? Et si nous désirons savoir ce qui se passe en Amérique latine, j’ai à la main le document de Puebla pour vous en lire un passage : « Les angoisses et les frustrations qui se produisent dans notre peuple, sont dues au péché qui possède des dimensions personnelles et sociales très vastes. Et s’il y a dans le peuple des espoirs et des attentes, ils naissent de son profond sens religieux et de sa richesse humaine. » Voyez comment Puebla fait l’éloge et louange la qualité de nos peuples latino-américains! Ils sont dignes d’un meilleur sort! Un peuple profondément religieux, une richesse humaine qu’il serait trop long d’énumérer présentement.

Si ce peuple, avec de si bonnes qualités, souffre des désillusions, des frustrations, des angoisses, des craintes, comme celles dont nous souffrons, Puebla demande : « Quelle en est la cause? Le péché qui a pris des dimensions personnelles et sociales très amples. » Alors, que doit faire l’Église d’Amérique latine? Puebla dit également : « L’action positive de l’Église en défense des droits humains et son engagement avec les pauvres a amené des groupes économiquement puissants qui se croient les champions du catholicisme, à se sentir abandonnés par l’Église qui selon eux, aurait délaissé sa mission “spirituelle”. » Cela reflète bien la réalité de l’Amérique latine, lorsque l’Église, dans sa soif de conversion à l’Évangile, voit que son rôle est d’être aux côtés des pauvres, de la victime, de l’exclu et qu’elle doit parler en son nom, qu’elle doit réclamer pour lui, plusieurs personnes qui appartiennent aux hautes classes et qui se sentent les propriétaires de l’Église, sentent que l’Église les a abandonnés. Ils pensent que celle-ci a oublié sa mission spirituelle, qu’elle ne prêche plus la spiritualité, mais uniquement la politique. Ce n’est pas cela, c’est qu’elle signale le péché et cette société doit écouter ce signalement et se convertir pour être comme Dieu le veut.

« Il y en a plusieurs, dit Puebla, autres qui se disent catholiques, à leur façon, et qui n’acceptent pas les postulats de base de l’Église. » C’est pourquoi notre prédication actuelle, qui a de l’écho chez ceux qui veulent que l’Église soit quelque chose dans le monde, ne peut parler d’une autre manière qu’en dénonçant autant d’injustices et en défendant autant de droits outragés. Mais Puebla dit finalement cette chose dont nous devons tenir compte : « Plusieurs valorisent davantage leur propre idéologie que leur foi et leur appartenance à l’Église. » Ici, on fait référence à ceux qui, luttant pour de justes revendications, s’éloignent de l’Église et qui ne professent plus le christianisme sinon une autre idéologie qui est très éloignée de lui.

Mais voyez comment l’Église prophétique, de la part de Dieu, se retrouve dans une position très difficile et il est fort compréhensible qu’elle soit critiquée, qu’elle soit marginalisée, puisque le Christ lui-même fut marginalisé, qu’on le méprisa et qu’on l’insulta. Les apôtres et les prophètes ont couru le même sort que tous ceux qui désirent demeurer fidèles à l’Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ. 08/07/79, p.63-66, VII.

suivant