Treizième dimanche du temps ordinaire; 26 juin 1977; Lectures : Rois 19,16b,19-21; Galates 4,31)5,1)13-18; Luc 9,51-62.
Responsabilité du Règne…
Vous tous, chers laïcs, religieux, religieuses et prêtres, nous sommes le Peuple de Dieu et sur nos épaules repose la responsabilité de ce Règne de Dieu. Personne ne doit demeurer spectateur. Nous devons tous être dans l’arène de la lutte pour implanter en ce monde ce Règne de Dieu, chacun selon sa vocation. 26/06/77, p.107, I-II.
Détachement
Il en existe plusieurs qui comme ceux que le Christ rejeta, sont médiocres. Ils désirent davantage s’accommoder avec leur famille, avec les biens de ce monde. Ils ne sont pas capables de se détacher, mais cette vocation chrétienne en est une de détachement. Le Fils de l’homme a vécu détaché des biens de ce monde. L’Église qu’Il a fondée ne doit pas s’appuyer sur aucun pouvoir, comme dirent les évêques à Medellín. Elle doit être détachée de tout pouvoir, que ce soit économique ou politique, et de toutes classes sociales. Elle doit s’appuyer sur elle-même. Nous le répéterons sans cesse, cela ne signifie pas que nous ayons de la haine envers quelque classe que ce soit. Au contraire, cela veut dire aimer toutes les classes. Que l’on sente que cette Église est nécessaire parce qu’elle offre aux gens la faveur d’être sauvés. Ce ne sont pas les gens qui offrent à l’Église la faveur de l’appuyer. 26/06/77, p.108, I-II.
L’Église libre de la Terre se confie en Dieu
Cette épître de saint Paul (Gal 4,31; 5,1, 13-18) traite de la justification, du fait que l’homme ne se justifie pas par ses œuvres terrestres, mais par sa foi en Jésus-Christ. Lorsqu’il travaille à ses tâches en ayant à l’esprit le Christ Notre Seigneur, celui-ci donne leur véritable sens aux occupations terrestres. C’est une Église qui transcende, une Église qui n’offre pas le Paradis sur la Terre, une Église qui, comme le Christ n’offre à ses disciples ni le nid de l’oiseau, ni même une grotte où se reposer. Une Église qui détient toute sa joie et toute son efficacité dans sa propre liberté. […]
« Votre vocation est la liberté! » Combien belle est la consigne de l’Église : La liberté! C’est une parole qui se répète beaucoup de nos jours, mais si nous l’analysons à la lumière de l’Évangile, de la Parole de Dieu, c’est une Parole qui porte un contenu très difficile. Et saint Paul commence en faisant cette distinction : « Ce n’est pas une liberté d’égoïste. » La liberté n’est pas le libertinage. La liberté ne veut pas dire faire tout ce dont j’ai envie. La liberté c’est la justification, celle de celui qui a commencé à se libérer de son péché. C’est ici que réside la racine de tous les maux. Cette voix de la liberté est partie prenante du message de la justification. 26/06/77, p.108-109, I-II.
Le Christ de la liberté
Le Christ se dirige vers Jérusalem où Il va réaliser la grande œuvre de la Liberté. Pour réaliser le dessein de son Père, Il marche résolument vers le sacrifice de la Croix, mais de là vers la liberté de la Résurrection. Il doit d’abord passer plusieurs épreuves, mais le Christ va nous donner la liberté par sa mort sur la Croix. C’est uniquement ainsi que l’être humain pourra atteindre la véritable Liberté, parce que le péché de l’homme ne peut être pardonné que par la Rédemption du Christ.
Frères, en premier lieu, la liberté à laquelle nous devons aspirer ne pourrait faire abstraction du Christ. Seul le Christ est le Libérateur, parce que la Liberté arrache le péché, enlève le péché, affranchit le péché. C’est pourquoi l’Église spirituelle par essence, essentiellement religieuse, doit prêcher avant tout la pénitence, la conversion. Si un homme ne se convertit pas de son péché, il ne peut pas être libre, ni libérer les autres. C’est pourquoi l’Église réaffirme sa Libération. Elle n’est pas communiste. Que cela soit bien clair, car on m’accuse d’être communiste. L’Église n’a jamais prêché le communisme parce que si elle prétend libérer les hommes et les femmes c’est à partir du Christ. C’est ce que nous avons toujours enseigné, la liberté que l’Église propose est avant tout la liberté dans la justification, dans le repentir du péché, dans le détachement de l’égoïsme, dans le renoncement à tout ce qui en dérive, dans toutes les conséquences du péché. 26/06/77, p.109, I-II.
La violence surgit du péché
Ces différences de classe sociales, cette injuste distribution des biens, cette non-participation au bien commun de la République à laquelle tous Salvadoriens ont droit, ces outrages dans les cachots, ces tortures, ces humiliations des peuples, sont le produit du péché. Si nous vivions justifiés, si nous n’avions pas le péché dans l’âme, personne n’aurait le courage d’utiliser un fusil contre un autre homme. Si nous avions la conscience chrétienne, si nous étions de véritables chrétiens, nous n’abuserions pas du pouvoir. Certains politiciens seraient chrétiens, et en partant de la sincérité de la justification, ils chercheraient le véritable bien du Règne de Dieu qui rend les nations plus heureuses. C’est pourquoi l’Église doit choquer, parce qu’elle enseigne le Règne de l’amour, de la liberté qui provient de la liberté vis-à-vis du péché. Sinon mes frères, et voici un autre aspect de l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 9,51-62), surgit la violence. Et la violence, comme dit le Pape, n’est ni évangélique, ni chrétienne.
Pourquoi est-ce que nous vivons dans cette ambiance de violence? Un environnement de violence qui nous fait craindre pour le moindre pas que nous faisons dans la rue! De quel droit une organisation, véritable ou fausse, peu importe, peut-elle menacer de mort les Jésuites et exiger qu’ils s’en aillent? C’est cela, la voix de la violence! La violence ne se justifie pas par le christianisme. Comme nous touchons à ce point, j’aimerais rappeler que les Jésuites ne sont pas une secte séparée de l’Église. Et même si c’était le cas, nous avons déjà suffisamment démontré que ce qui nous importe c’est la dignité humaine, le droit à la vie. Nous avons plaidé en faveur de la défense de ces droits même lorsqu’il s’agit de personnes qui ne sont pas membres de notre Église. 26/06/77, p.110, I-II.
Violence institutionnelle, violence de réponse
Il existe trois sortes de violences : la violence institutionnelle, celle des Samaritains qui s’appropriaient la maison de leur prochain, ne veulent pas héberger le pèlerin, la violence institutionnelle c’est celle qui opprime en abusant du droit. Je désire clarifier ici le rôle de l’autorité. L’autorité est un droit et il est certain que la Bible dit que toute autorité vient de Dieu, lorsque le Christ était devant Ponce Pilate ce dernier lui dit : « Tu ne me réponds pas? » Et le Christ lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir s’il ne t’était accordé d’en haut. » Tout pouvoir provient d’en haut, c’est pour cela précisément, parce qu’il vient de Dieu, que celui qui le détient doit en user selon la volonté de Dieu. Lorsqu’une autorité abuse des droits de Dieu, des commandements de la loi de Dieu, par exemple : ne pas tuer, ne pas torturer, ne pas faire le mal, on considère qu’elle a outrepassé ses limites. C’est ainsi que l’apôtre Pierre qui apprit la doctrine du Christ lui-même, dit aux autorités de Jérusalem : « Il ne nous est pas permis d’obéir aux hommes plutôt que d’obéir à Dieu. »
L’autorité provient de Dieu et c’est pourquoi nous lui obéissons pourvu qu’elle demeure dans les limites de la loi de Dieu. Si un prêtre, par esprit servile, proclame que toute autorité vient de Dieu et qu’elle est pour cela respectable indistinctement de ses actes, ce serait là une manipulation du concept d’autorité. Et il est triste que les phrases qui leur conviennent soient répétées par tous les médias. On utilise ainsi la crédulité des gens, mais l’Église peut tomber dans ce défaut. C’est pourquoi nous devons être très précis lorsque nous étudions la doctrine du Seigneur. Ce n’est pas parce qu’une telle phrase de l’Évangile dit ceci qu’il faut oublier les autres parties de la révélation divine.
Cette violence s’institutionnalise si elle veut abuser du pouvoir ou du droit. Alors surgit ce qui se produit aujourd’hui en Amérique latine : « Il existe, disent les pères à Medellín, comme un signe des temps, une soif universelle de libération. » Et l’Église sent que cette aspiration profonde de l’homme latino-américain provient de l’Esprit saint qui lui inspire sa dignité et lui fait voir la disgrâce dans laquelle il vit. L’Église ne peut demeurer sourde à cette clameur. Elle doit donner sa réponse, une réponse qui n’a rien de violent. Devant cette situation de violence qui s’institutionnalise surgissent des mouvements de libération qui ne sont pas de l’Église : La lutte des classes, la haine, la violence armée. Cela n’est pas chrétien non plus.
L’Église doit préparer ses hommes, et elle le fait en ce moment, pour qu’ils vivent une véritable liberté des enfants de Dieu, qu’ils sachent que la racine du mal de notre continent est dans le cœur de chacun, dans le péché. Cette liberté proviendra de la violence que chaque chrétien doit se faire à soi-même pour vivre selon l’Évangile. » 26/06/77, p.111-112, I-II.
La violence du Christ c’est le détachement
Jésus-Christ fait appel à la violence envers soi-même lorsqu’Il dit à celui qui désire aller faire ses adieux à sa famille : « Laisse les morts enterrer les morts. » Une violence envers soi-même signifie le détachement de tout, c’est la violence que chacun doit se faire à soi-même pour ne jamais se satisfaire des médiocrités de la vie, pour se surpasser, pour être meilleur. La liberté que l’Église propose n’est pas économique ni politique, pour que les gens aient davantage. Cela apparaît très secondaire à l’Église. Si elle recherche un bien-être sur cette Terre, son espérance demeure tournée vers le Ciel.
C’est pour cela que le Christ enseigna à l’Église à dire qu’on ne peut servir deux maîtres, que tous ceux qui font des choses de la Terre une idole tournent le dos à Dieu. Nous devons nous agenouiller devant Dieu et tourner le dos à toutes les autres choses qui ne sont pas de Dieu. Nous devons nous prévaloir des biens de ce monde – argent, pouvoir, richesses –, pour servir le bien commun, pour faire le bien aux autres, regardant toujours vers Dieu, Celui que nous devons servir. Ce qui est fatal dans notre situation c’est cette idolâtrie qui nous sépare de Dieu, même lorsque matériellement nous nous définissons comme chrétiens. 26/06/77, p.112, I-II.
Quatorzième dimanche du temps ordinaire; 3 juillet 1977; Lectures : Isaïe 66,10-14a; Galates 6,14; Luc 10,1-12.
La Paix
Tout au long de l’année liturgique, l’Église poursuit un but : approfondir de plus en plus dans l’âme du peuple cette révélation divine qui est la lumière qui clarifie toutes les confusions et qui nous enseigne le bon chemin à suivre pour connaître mieux le projet divin que Dieu a pour nous. Bienheureux, les hommes et les femmes qui captent cette lumière et en font le moteur de leur vie. Tel est le message d’aujourd’hui sur un problème qui répond à l’angoisse de notre temps : la Paix.
Le Christ apporte la paix
Allez de par le monde et annoncez ceci, qui est le résumé de ma Rédemption : Paix à cette demeure. Et s’il s’y trouve des gens de bonne volonté, là demeurera cette paix. Mais s’il y a de l’orgueil, de l’arrogance, s’il s’y trouve du refus de Dieu, cette paix ne demeurera pas là, elle reviendra sur vous; et dans un geste de celui qui a souffert du rejet, secouez vos sandales face à ceux-ci, comme pour leur dire : vous n’êtes pas dignes de ce message de Dieu. Et la paix vous suivra et il y aura des gens qui l’accueilleront. Il y aura également toujours des gens qui la rejetteront. (Lc 10,1-12)
Je suis un crucifié pour le monde. Le monde ne me comprend pas. Moi non plus, je ne désire pas participer à ce monde, je suis un crucifié pour le monde et le monde est un crucifié pour moi. Et j’emmène ce trésor de la paix dans mon cœur, le partageant avec tous ceux qui désirent le recevoir. (Ga 6,14)
« Je suis un crucifié pour le Christ. Loin de moi, l’idée de me glorifier en autre chose qui ne soit pas la Croix du Christ. » Et je vous le répète avec une joie immense, que pour moi, c’est le moment glorieux de l’Église de San Salvador. Bienheureux, ceux qui le comprennent et le vivent. Ne cherchez pas votre gloire dans les apparats glorieux de ce monde. Ne cherchez pas le pouvoir et la force dans les puissances de l’argent ou des choses de la Terre. Toutes ces choses sont crucifiées à mes yeux; elles ne valent rien. Je suis pour elles également un crucifié. Bienheureux, celui qui sait se détacher des apparences de ce monde pour devenir un véritable instrument de la paix.
« Bienheureux, également, les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu. » C’est la grande angoisse de notre temps, et ici, au Salvador, nous le ressentons : il n’y a pas de Paix. Nous avons eu du plaisir à entendre ces mots dans la bouche du nouveau président, criant paix pour le peuple, paix pour les familles, paix pour le cœur de chacun. Nous nous réjouissons que ce nouveau gouvernement ait ce désir de paix, mais cela nous préoccupe de savoir s’il veut suivre le véritable chemin pour rencontrer la paix. Et c’est ici que l’Église est disposée au dialogue avec tous les hommes, principalement avec ceux qui possèdent en leurs mains le pouvoir politique et le pouvoir économique, pour leur dire ce qu’est la paix et la grande capacité qu’ils possèdent s’ils désirent suivre la voie de l’Évangile. 03/07/77, p.115-116, I-II.
Ce qu’est la paix
Il y a un chapitre dans Vatican II qui traite de la paix et il y a un des documents de la réflexion des évêques avec le Pape à Medellín qui traite également de cette question. De ces documents qui illuminent le magistère actuel de l’Église, je voudrais citer le commentaire, le plus autorisé pour les lectures bibliques d’aujourd’hui, qui, précisément, veut être un message de paix véritable.
Ces deux documents affirment que la paix n’est pas uniquement l’absence de guerre. C’est une notion très négative. Nous ne pouvons pas dire qu’il y a la paix lorsqu’il n’y a pas de guerre. Actuellement, il n’y a pas de guerre dans plusieurs pays; dans presque tout le monde, il n’y a pas de guerre actuellement, et cependant, nulle part il n’existe une paix authentique. Il ne suffit pas qu’il n’y ait pas de guerre. L’équilibre de deux forces adverses, ce n’est pas la paix. L’Union Soviétique et les États-Unis se menacent mutuellement, ce n’est pas exactement la paix qui existe actuellement entre les deux superpuissances. Ce qu’il y a, c’est la peur, la peur de savoir qui est le plus puissant. Cela n’est pas la paix.
Deux garçons, deux hommes qui se menacent de se battre, il n’y a pas encore de bagarre, mais ce n’est pas non plus la paix. Il y a la peur entre les deux puissances. Et le Pape a dit : « Personne ne peut parler de paix avec un fusil à la main; cela c’est la peur. »
Ce n’est pas non plus la paix, affirme le Concile, lorsque dans l’hégémonie despotique, on cherche à soumettre un peuple, un être humain. C’est la paix de la mort, la paix de la répression. Ce n’est pas la paix non plus. Qu’est-ce donc que la paix? La paix, dit le Concile, c’est la définition d’Isaïe le prophète, dont Pie XII fit la devise de son précieux emblème :
Opus justiciae pax, « la paix est le fruit de la justice ». Oui, c’est cela, la paix. Il y aura la paix seulement lorsqu’il y aura la justice, lorsqu’il n’y a pas de justice, il n’y a pas de paix. La Paix c’est le produit de l’ordre voulu par Dieu, mais les êtres humains doivent la conquérir comme un grand bien au sein de la société : lorsqu’il n’y a pas de répression, lorsqu’il n’y a pas de ségrégation, lorsque tous les hommes peuvent jouir de leurs droits légitimes, lorsque la liberté existe, lorsqu’il n’y a pas de crainte, lorsqu’il n’y a pas de peuples étouffés par les armes, lorsqu’il n’existe pas de cachots où gémissent sans liberté tant d’enfants de Dieu, où il n’y a pas de tortures, où il n’y a pas de violations des droits de l’homme. 03/07/77, p.116, I-II.
Paix et Justice
C’est pourquoi la patrie s’emplit d’espérance lorsque le gouvernement dit qu’il ne peut y avoir de paix s’il n’y a pas de justice. Mais, il est nécessaire d’ajouter des actes à ces paroles. Il est nécessaire que disparaissent tant de situations injustes. Medellín décrivit cette situation de l’Amérique latine et en arriva à dire ces paroles qui en scandalisèrent plusieurs :
« En Amérique latine, il existe une situation d’injustice. Il existe une violence institutionnalisée. » Ce ne sont pas là des paroles marxistes, ce sont des paroles catholiques, ce sont des paroles de l’Évangile. Parce que là où existe une puissance qui opprime les faibles et qui ne les laisse pas vivre justement selon leurs droits, leur dignité humaine, là existe une situation d’injustice. Et Medellín dit cette phrase lapidaire : « Si le développement est le nouveau nom de la paix, les peuples qui vivent en situation de sous-développement sont une provocation continuelle de violence. » Et si la violence existe, cela provient d’une affliction, d’une angoisse. S’il existe véritablement un désir de paix et si nous reconnaissons que la justice est la racine de la paix, tous ceux qui peuvent changer cette situation de violence sont obligés de le faire.
Nous espérons que ce péché d’omission que nous dénoncions au commencement de la messe touche la conscience de plusieurs qui peuvent faire beaucoup et ne le font pas, peut-être parce qu’ils sont conquis par leur situation confortable, par leur salaire, pour ne pas tomber en disgrâce politique, pour ne pas perdre la faveur des puissants. Ils seraient des traîtres à la loi de Dieu, ils seraient des pécheurs par omission, si, par peur de perdre leur vie sur Terre, ils ne faisaient pas ce qu’ils doivent faire pour donner à leurs paysans, à leur peuple, à la société, au bien commun, une respiration de paix sur une justice plus équitable. La violence, affirment le Concile et Medellín avec le Pape, n’est ni chrétienne, ni évangélique. »
« Il est nécessaire que la pacification, les enfants de la paix, les fils et les filles de Dieu travaillent pour un monde meilleur en s’inspirant non pas de la violence, mais d’une paix qui soit féconde, d’une paix qui exige l’accomplissement du droit, qui exige le respect de la dignité humaine, et qu’ils ne se conforment jamais pour éviter les problèmes avec ceux qui violent les droits de l’humanité. »[…]
Paix et Amour
« Pardonne-leur, Père, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ils sont idolâtres de leur argent, de leur pouvoir. S’ils te connaissaient, ils t’aimeraient. C’est pourquoi, davantage que la haine et le ressentiment, cela m’attriste de voir ces pauvres idolâtres qui ne connaissent pas la force de cet amour que tu m’as donné. Donne-leur, Seigneur, à eux aussi. 03/07/77, p. 118, I-II.
La paix des hommes de bonne volonté
Ici, nous faisons la distinction avec une autre paix, la paix que l’Église partage avec le monde, la paix que peuvent avoir également les non chrétiens, la paix des hommes de bonne volonté que nous chantons dans le Gloria de la messe : « Paix aux hommes de bonne volonté. » Que signifie cette autre paix? La paix qui provient d’un amour naturel; la paix de l’homme qui, même sans connaître Dieu, est capable de découvrir cette force intime de se solidariser avec celui qui souffre, d’apporter un peu de bien-être au désolé, de dénoncer les injustices devant les richesses injustes. Cela c’est la paix de tous les hommes… Et ici, je fais un appel, même à ceux qui ne croient pas en cette foi qui nous a réunis en cette messe dominicale. Plusieurs qui écoutent par la radio, sans être catholiques, sans que leur importe la messe de chaque jour; ceux que la prière de leur épouse ou de leur mère, de ceux qui ont rencontré la paix divine, les dérange. À ceux qui n’ont pas encore rencontré cette paix, je voudrais vous dire : très chers amis, même sans croire en ce Christ et en cette paix de l’âme, ne sentez-vous pas cette capacité de pardonner? Ne sentez-vous pas la force de dire non à cette rancœur que vous portez depuis longtemps dans votre cœur? Vous êtes incrédules, sans le Christ. Ne sentez-vous pas qu’il n’est pas nécessaire de croire au Christ, il suffit d’être un homme, pour se sentir solidaire du pauvre, de celui qui ne possède rien, et pour ressentir l’injustice devant autant d’inégalités présentes dans notre société? Alors nous faisons appel à vous tous. Vous aussi vous pouvez être des artisans de la paix. 03/07/77, I-II, p. 119.
Artisan de la Paix
Cette pauvreté me fait sentir les richesses du monde comme crucifiées pour moi et moi comme étant crucifié selon les critères de ce monde, c’est cela, la véritable pauvreté. Bienheureux les pauvres de cœurs, ceux dont le cœur sent le besoin de Dieu, ceux qui dans la Croix et dans le sacrifice rencontrent l’allégresse de la vie, ceux qui ont appris dans le Crucifié le véritable secret de la paix, qui consiste à aimer Dieu jusqu’à l’excès de se laisser tuer pour lui, et aimer le prochain, jusqu’à être crucifié pour ses prochains. Cela est l’amour des rédempteurs modernes, celui du Christ, celui de toujours. Seulement ces bienheureux seront de véritables artisans de paix, de ceux dont le Christ parle dans le sermon des béatitudes : « Bienheureux, ceux qui vont semer la paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu. » 03/07/77, p.121, I-II.
Quinzième dimanche du temps ordinaire; 10 juillet 1977; Lectures : Deutéronome 30,10-14; Colossiens 1,15-20; Luc 10,25-37.
L’Intériorité
« Le Règne de Dieu est au-dedans de vous. » Nous vivons au-dehors de nous-mêmes. Ils sont peu nombreux les hommes qui en vérité entrent au-dedans d’eux-mêmes, et c’est pourquoi il y a tant de problèmes.
Plan de l’homélie :
1) Se convertir de l’intérieur
2) Participer au bien commun
3) Christ, le résumé de tout
4) L’homme au cœur de la Création
5) L’Amour transforme le monde
6) L’Amour dans le travail
1) Se convertir de l’intérieur
L’homme n’est pas grand s’il ne se regarde pas de l’intérieur. Le Concile initia pour le monde moderne, à partir du cœur de l’Église, un humanisme nouveau, un humanisme chrétien qui nous apprend que c’est à partir de son intériorité que l’être humain peut comprendre que sa vocation la plus élevée est son intimité avec Dieu, et que dans le cœur de chacun, il y a comme une petite cellule intime où Dieu vient parler seul à seul avec l’homme ou la femme. C’est là que l’homme se définit et décide son propre destin, son propre rôle en ce monde.
Si chacun de ceux qui vivent des problèmes en ce moment, entraient dans cette petite cellule, et à partir de là, écoutaient la voix du Seigneur qui nous parle en notre propre conscience, combien pourrait-on faire, chacun de nous, pour améliorer l’atmosphère de la société et de la famille où nous vivons. Et si tous les Salvadoriens, ce dimanche où la Parole de Dieu est une Parole d’amour, nous prenions la résolution véritable, de vivre le principal des commandements, nous donnerions à l’intimité de notre être sa propre raison d’être. Je vous le jure, mes frères, que ce dimanche marquerait le changement total et qu’il n’y aurait plus besoin d’attendre que les changements arrivent du dehors, parce que chacun apporte de son propre intérieur ce que la patrie et le monde ont besoin parce que le monde et l’Histoire ne se construiront pas sans nous. Nous sommes partis prenante de la construction de l’Histoire et c’est en cela qu’évolue actuellement l’humanité. 10/07/77, p.122-123, I-II.
2) Participer au bien commun
C’est pourquoi, un des signes des temps actuels est ce désir de participer, ce droit qu’a chacun et chacune de participer à la construction de son propre bien commun. C’est pour cela, qu’une des infractions les plus dangereuses de l’heure actuelle est la répression, cette manière de croire que : « Seulement nous, pouvons gouverner, les autres nous devons les enlever de notre chemin. » Chaque homme peut apporter beaucoup, c’est ainsi que s’établit la confiance. Ce n’est pas en excluant qu’on construit le bien commun. Ce n’est pas en expulsant ceux qui ne me conviennent pas que je vais enrichir le bien de ma patrie. C’est en tentant de gagner tout le bon qui existe en chacun, en essayant de l’extraire dans un climat de confiance, avec une force qui n’est pas une force physique - comme celui qui traiterait avec des êtres irrationnels - mais avec une force morale qui attire le bien de tous, surtout des jeunes inquiets, afin que chacun apporte de sa propre intériorité, de sa propre responsabilité, de sa façon d’être, pour élever cette belle pyramide que l’on nomme le bien commun. Le bien que nous faisons aux autres et qui crée des conditions de bonté, de confiance, de liberté, de paix, afin que tous nous construisions une véritable république. République signifie la chose publique, ce qui appartient à tous et ce que tous nous avons l’obligation de construire. 10/07/77, p.123, I-II.
3) Christ, le résumé de tout
Mes frères, comme est belle la perspective chrétienne! Le Christ est l’Homme-Dieu et en tant qu’homme, nous voyons que l’homme est capable d’aimer énormément, et en tant que Dieu, nous savons qu’Il est le commencement et la fin de toutes choses. Le Christ, en tant qu’homme et en tant que Dieu, nous donne les choses, Il nous donne la synthèse, le résumé final de tout ce qui existe. Seulement en Lui, nous pouvons connaître la félicité, la prospérité, l’amour, la liberté, la paix. Éliminer le Christ, avertit le Concile, c’est se suicider. Et Il le disait aux gouvernants parce que celui qui méprise le Christ et ce qui Le représente en ce monde, son Église, parce qu’Il est la tête du corps qu’est l’Église, et celui qui déprécie cette tête et ce corps, se suicide, parce qu’il perd la vision universelle des choses et il perd le sens de la vie humaine. Il ne voit plus l’homme que comme un rival, un obstacle, un fauve qu’il frappe à coup de bâton, brutalement.
Mais, si en chaque homme nous voyons, comme nous l’a dit Paul VI à la fin du Concile : ce Concile nous a enseigné à regarder le Christ et, à partir du Christ, à regarder chaque homme, et alors nous verrons dans le visage de chacun, encore plus transparent et plus beau, davantage encore lorsque le purifient la douleur, la pauvreté, l’angoisse, la souffrance, le visage du Christ qui est aussi celui d’un homme qui souffre, le visage d’un crucifié, le visage d’un pauvre, le visage d’un saint. Et dans le visage de chacun, nous apprendrions à reconnaître le visage du Christ. Aimons chacun avec le critère par lequel nous serons jugés à la fin des temps : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire. »
Et lorsque, surpris, les gens lui demandèrent : « Quand, Seigneur, t’avons-nous vu sur la Terre et t’avons-nous secouru? » Il leur répondit : « Tout ce que vous avez fait pour l’un de ces pauvres, c’est à moi que vous l’avez fait. » Ce sera une épouvantable surprise, mes frères, quand beaucoup de bons samaritains, même sans avoir la foi dans le Christ, même sans être catholiques et sans persécuter l’Église, rencontreront, lors du jugement final, le Salut tandis que beaucoup de chrétiens seront laissés au-dehors, parce qu’ils n’auront pas accompli cette loi de l’amour, de la miséricorde.
Qu’est-ce qui rend grands ce visage et la condition humaine? C’est précisément cette vision de foi : regarder en chaque homme le visage du Christ; et alors, le Seigneur peut nous dire la jolie parabole du Samaritain (Lc 10,25-37). Pour moi, prêtre, il s’agit d’un rappel terrible. Moi qui travaille à l’accomplissement de la Parole de Dieu, je me reconnais dans le Lévite et le prêtre qui passèrent leur chemin devant le blessé sans lui venir en aide. Celui qui dénonce doit être prêt également à être dénoncé. Et je vous l’ai dit mille fois, mes frères, lorsqu’il y a dans notre attitude sacerdotale quelque chose d’indigne de l’amour qui doit inspirer le prédicateur de la Parole de Dieu, dénoncez-le, mais avec amour, avec charité. N’allez pas commettre le même péché que vous dénoncez : dire au prêtre qu’il est un marxiste, qu’il est un « tiers-mondiste », qu’il est un objet de scandale. Cela doit se faire avec charité, dans l’idée de corriger, ainsi l’on gagne une âme à Dieu. Et c’est un devoir que les chrétiens doivent remplir. Mais, si cela se fait avec cette fureur avec laquelle sont écrits de nombreux espaces payés dans les journaux, et jusqu’avec des menaces de mort, cela n’est pas défendre la vérité, ni l’amour. C’est l’égoïsme le plus crasse, et vous péchez alors plus gravement que les déficiences que vous pouvez rencontrer en nous, prédicateurs de la Parole de Dieu, qui, en tant qu’êtres humains, sommes exposés aussi à commettre des erreurs. Mais si nous les commettons, ce n’est pas avec la fureur, avec cet esprit criminel qui menace de mort le prédicateur. 10/07/77, p.124-125, I-II.
4) L’Homme au cœur de la création
Le sanctuaire intime de la Création c’est l’homme, parce qu’en aucune autre chose, Dieu n’a mis autant de Lui-même que dans le cœur d’un homme, d’une femme, d’un enfant, d’un ancien, d’un jeune. Quelle est cette originalité de l’être humain dans la création? Être libre, être intelligent, mais surtout cette immense capacité d’aimer. La loi de Dieu est l’amour; et c’est pourquoi l’écrivain de l’Ancien Testament nous dit (Dt 30,10-14) : « Tu n’as pas besoin d’aller le chercher de l’autre côté de la mer, ni dans les hauteurs du ciel; c’est dans ton propre cœur qu’est le Règne de Dieu. » Tu sens que tu aimes, mais n’aime pas de n’importe quelle manière. Aime avec cet amour qui a rendu saint les saints. Quel bonheur sentirais-je, mes frères, si comme fruit de cette parole que je vous transmets de la part de Dieu, j’éveillais, dans l’intimité de chaque cœur qui m’écoute, l’inquiétude de faire fleurir, encore davantage, cette capacité d’aimer que vous avez, ce respect envers votre propre dignité et, à partir de votre propre dignité et de votre amour-propre, respectez la dignité des autres, aimez les autres, parce que nous avons cette capacité d’aimer. Celle-ci ne vient pas de nous, nous l’avons reçue de Dieu. Ainsi se nomme dans la Bible ce don d’une famille à des amis intimes, dans ce partage du bonheur de manger ensemble, ils se donnent à eux-mêmes. Dieu nous fait cette « agape », nous donne son amour, afin que nous aussi, à partir de notre cœur, nous donnions à Dieu et à notre prochain comme une invitation à partager notre repas, une « agape » où nous nous sentons heureux parce que nous partageons avec Dieu et avec tous les hommes, sans exception, cette immense capacité d’aimer.
Aimons-nous parce que nous sommes le cœur de la Création. Ni l’étoile, ni la fleur, ni l’oiseau, ni l’aurore, ni la mer, ni le paysage ne possèdent ce que possède un être humain : cette capacité d’aimer. C’est ce qui donne sens à l’aurore, à l’oiseau et à la fleur; parce que c’est l’humain, avec sa capacité d’aimer, qui coupe la fleur, qui écoute le concert des oiseaux et admire les aurores, pour les élever à Dieu et lui dire : « Seigneur, combien grandes sont tes œuvres, comme Tu es digne de louanges! » Mais lorsque l’homme n’aime pas, lorsqu’il n’use pas de cette capacité du cœur que Dieu lui a donnée au milieu de la Création, c’est déjà un reproche. Et l’enfer débute, lorsqu’on commence à haïr. […]
Ceux qui ne peuvent voir l’Église sans sentir de la rancœur, du ressentiment, sont des cœurs gagnés par Satan. Satan est la haine, l’envie, le mal. Tous ceux qui torturent d’autres hommes sont l’enfer. Tous ceux qui déprécient la dignité humaine et la transgressent sont inspirés par Satan; ce n’est pas l’amour. 10/07/77, p.125-126, I-II.
5) L’Amour transforme le monde
L’amour est le seul qui puisse transformer le monde. C’est pourquoi, si vraiment dans ce gouvernement il y a un désir de paix, il doit aller à la racine de la paix : justice et amour. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ton âme, de tout ton être. […]
C’est pourquoi, sur cette Terre, il n’existe pas de joie plus grande, ni d’occupation plus noble que celle des saints qui travaillent le cœur tourné vers Dieu. Nous ne faisons pas ici allusion à la bigoterie qui consiste à seulement penser à Dieu et à oublier nos devoirs de la Terre. Si, dans la parabole du bon Samaritain, nous avons la condamnation de tous ceux qui croyant honorer Dieu, oublient leur prochain; ni le lévite, ni aucun homme ne peut prétexter aller à la messe, aller adorer Dieu, en oubliant les besoins de son prochain. Il s’agit ici d’un mouvement actuel dont l’Église est en train de faire la promotion, et plusieurs, lorsqu’elle parle de l’être humain, croient que l’Église s’éloigne de sa destinée éternelle. Le Pape, à la clôture du Concile Vatican II, démentit cette accusation. Si nous nous inclinons vers l’être nécessiteux, angoissé, dans sa pauvreté, dans sa misère, c’est parce que le cœur de l’Église est tourné vers Dieu. Lorsque tu fais les choses par amour pour Dieu, cette action est sainte. C’est dans l’intention de l’homme qu’est sa façon d’être. […] Lorsque tu fais ce que tu fais par amour pour Dieu, tout ce que tu fais est saint. 10/07/77, p.126-127, I-II.
6) L’Amour dans le travail
On construisait une cathédrale et un observateur demanda aux travailleurs tandis qu’ils sculptaient les pierres : « Et toi, pourquoi travailles-tu ici? » Et l’ouvrier matérialiste lui répond : « Parce que si je ne travaille pas je ne mange pas, parce que mon salaire me sert à gagner le pain et à me nourrir. » L’observateur demanda à un second travailleur : « Et toi pourquoi travailles-tu ici? » Parce qu’il n’existe rien de plus beau au monde qu’une cathédrale gothique et qu’à chacune des pierres que je pose, je pense que c’est ma contribution à l’art. » C’était un homme un peu plus spirituel, mais il n’était pas parvenu au sommet. L’observateur s’adressa à un troisième ouvrier et lui demanda : « Et toi pourquoi travailles-tu ici? » Et ce saint ouvrier lui répondit : « Parce qu’il s’agit d’une cathédrale, parce que d’ici vont s’élever de nombreuses prières à Dieu et que je les anticipe déjà par mon travail. Je travaille en priant. » C’est cela, la sainteté. Trois hommes qui font la même chose, mais l’un d’eux perd ses mérites pour Dieu tandis que l’autre gagne tout pour Dieu.[…]
Au soir de la vie, on te demandera des comptes sur ton amour, dit une poésie fameuse de Jean de la Croix. Ne l’oublions pas, au soir de notre vie, lorsqu’elle déclinera comme le soleil au crépuscule, c’est sur cela que le Seigneur nous demandera des comptes. Non pas de tout ce que vous aurez fait, ni des œuvres extérieures, qui bien souvent ne sont que prétextes à la vanité, sinon dans l’amour que vous aurez mis dans chaque chose. C’est le message d’aujourd’hui et c’est pourquoi nous avons répété que la violence n’est pas évangélique, que la véritable force de l’Église c’est l’amour. […]
On ne peut récolter ce qu’on ne sème pas. Comment pensons-nous pouvoir récolter de l’amour dans notre république, si nous semons seulement de la haine? Semons de l’amour, profitons de toutes les occasions, des plus difficiles, comme de pardonner à un ennemi, et des plus petites, comme sont les tâches quotidiennes. Donnons à notre vie un sens inspiré par l’amour et nous verrons comment le monde se transforme non seulement à partir des choses extérieures, parce que le Règne de Dieu n’est pas de l’autre côté de la mer ni dans les hauteurs du ciel, mais dans l’intimité de ton cœur. 10/07/77, p.127-128, I-II.
Notre Dame du Carmel : 16 juillet 1977; Lectures : Zacharie 2,14-17; Luc 2,15b-19.
La Vierge du Carmel
1) La Vierge nous offre une promesse de Salut
Je tiens d’abord à dire que le scapulaire de la Vierge du Carmel est un signe de l’espérance que porte chacun en son âme, en son cœur, dans sa vie. Celui qui meurt en la portant ne verra pas les flammes de l’enfer. Mais je voudrais en détromper plusieurs et leur dire qu’il ne s’agit pas là d’une fausse promesse, c’est-à-dire qu’elle ne s’appuie pas sur notre propre réalité. La promesse de la Vierge veut éveiller dans le cœur de chacun ce sentiment eschatologique, c’est-à-dire cette promesse de l’au-delà : travaillez sur cette Terre avec l’âme et le cœur tournés vers le Ciel en sachant que personne ne peut s’installer définitivement en ce monde, sinon que nous sommes des pèlerins en route vers l’éternité, en nous souvenant que les choses de la Terre passent, que l’éternel est ce qui demeure. C’est cela, avant tout la transcendance!
La Vierge, comme l’Église, comme le Christ, nous offre un message transcendant et c’est ce qui donne à l’Église son originalité que ne possède aucune autre promesse de libération. […] L’Église veut un monde meilleur, mais elle sait que la perfection ne se réalisera jamais dans l’histoire, qu’elle se situe au-delà, ce Salut d’où nous vient la Vierge, cette destinée céleste où notre mère nous attend, cette destinée en ce paradis d’où trouve son origine le scapulaire, lien qui nous rattache à cette éternité. Personne ne porte le scapulaire en ne pensant qu’aux paradis de la Terre, au contraire, en pensant au Salut éternel, où après ma mort je vais être sauvé. Cela est très bien, cultivons cela, ne perdons pas de vue ce premier message de la Vierge, la spiritualité.
Et lorsque le Saint-Père, recueillant l’opinion de tous les évêques du monde, exprimée au Synode de 1 974, écrivit cette fameuse exhortation sur l’évangélisation du monde actuel, le Pape dit qu’il entendit, dans la voix des évêques, la clameur des immenses misères du monde. Et les pères et le Pape parlent de libérer le monde de ces misères. Mais, le Pape insiste également, avec les évêques, sur le fait que les prémisses du Salut chrétien sont spirituelles, célestes et éternelles. Que jamais un homme qui travaille pour la libération sur la Terre, n’oublie cette espérance du Ciel. Frères, réaffirmons ce matin notre espérance de ce Ciel auquel fait si explicitement référence le saint scapulaire de la Vierge, portons-le toujours, ayant à l’esprit qu’en cette éternité, nous demandera des comptes sur le travail que nous aurons fait sur Terre. 16/07/77, p.131-132, I-II.
2) Un Salut qui nous réclame de travailler dans l’Histoire
Le scapulaire nous engage aussi envers cette Terre, dans l’accomplissement des devoirs de ce monde. C’est ce que l’Église accentue actuellement. Lorsqu’elle réclame une société plus juste, une meilleure distribution des richesses, une politique plus respectueuse des droits de l’homme, l’Église ne se mêle pas de politique, ni n’est devenue marxiste communiste. L’Église dit aux hommes la même chose que le scapulaire : « Seul sera sauvé celui qui sait user des biens de ce monde avec le cœur de Dieu. » En ce moment, il existe de nombreux injustes, il se produit beaucoup d’outrages à la dignité humaine et plusieurs injustices envers les pauvres et ceux-ci en commettent eux-mêmes envers le riche. Il existe de nombreuses situations de péché.
C’est ainsi qu’en parlèrent les évêques autorisés par le Pape réunis à Medellín, en Amérique, il existe une situation de péché, une injustice qui fait presque partie des mœurs et il est nécessaire que les chrétiens s’emploient à transformer cette situation de péché. Le chrétien ne doit pas tolérer que l’ennemi de Dieu, le péché, règne en ce monde. Le chrétien doit travailler afin que le péché soit marginalisé et pour que le Règne de Dieu s’implante. Lutter pour cela ce n’est pas du communisme. Lutter pour cela ce n’est pas se mêler de politique. C’est simplement l’Évangile qui réclame à l’être humain, au chrétien d’aujourd’hui, de s’engager davantage dans l’Histoire. 16/07/77, p.132-133, I-II.
Obligation de travailler pour le bien
Le Concile dit : « Tous ceux qui ne travaillent pas dans l’accomplissement fidèle de la loi de Dieu, dans la gestion des choses temporelles, offensent Dieu. » Il offense également l’amour du prochain. Est paresseux celui qui ne fait rien pour son prochain et il met en danger son propre Salut. Il existe ici non seulement le danger du purgatoire, mais aussi celui de l’enfer, pour celui qui pouvant faire le bien ne le fit pas.
Ce sont les Béatitudes que la Bible dit de ceux qui se sauvent, des saints, parce qu’ils purent commettre le mal et ne le firent pas. Au contraire, on dira de celui qui se condamne : Il put faire le bien, mais par égoïsme, il ne le fit pas, il eut entre ses mains le pouvoir de changer les destinées de la république, de la rendre heureuse, plus juste, plus pacifique, mais il n’en fit rien. Tous ceux qui eurent entre leurs mains la capacité, la responsabilité et ne surent pas en profiter se le feront réclamer au jour du jugement final, dans le jugement de leur propre vie. 16/07/77, p.133, I-II.
Évolution de la tradition de l’Église, changement d’attitude
Il est nécessaire d’expliquer en quoi consiste le Salut. La doctrine actuelle de l’Église authentique inspirée par l’Esprit saint dit à ce propos : Il ne suffit plus de dire : « Le Salut de l’âme. » Observez bien, plusieurs personnes disent : « Du moment que je sauve mon âme, peu importe la façon dont je vis. » Le problème c’est que tu ne vas pas sauver ton âme seule. C’est ce que dit le Concile lorsqu’il affirme : « Il ne suffit pas de sauver son âme. » Il faut sauver l’homme, âme et corps, cœur, intelligence et volonté. L’homme comme individu et l’homme comme membre d’une société. C’est la société qu’il faut sauver. C’est tout le monde, disait Pie XII, qu’il faut sauver de la barbarie pour le rendre humain et de l’humain, le rendre divin. C’est-à-dire que toutes les coutumes qui entrent en contradiction avec l’Évangile doivent être éliminées si nous voulons sauver l’homme. Il faut sauver non seulement l’âme à l’heure de la mort, mais l’homme qui vit dans l’histoire. Il faut donner à la jeunesse, à l’enfance d’aujourd’hui, une société, un environnement, des conditions de vie où ils puissent développer pleinement la vocation que Dieu leur a donnée. Ce n’est pas parce qu’ils sont pauvres qu’ils doivent demeurer en marge et ne pas faire leur entrée à l’université. Il nous faut adapter à notre environnement des conditions où la personne humaine, image de Dieu, puisse participer au bien commun de la république et bénéficier de ces biens que Dieu a créés pour tous. C’est cela, la doctrine du Salut. 16/07/77, p.134, I-II.