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Dix-septième dimanche du temps ordinaire; 24 juillet 1977; Lectures : Genèse 18,20-32; Colossiens 2,12-14; Luc 11,1-13.
L’Église de l’archidiocèse
Chacun a ses propres problèmes et bienheureux l’homme qui a des problèmes parce que celui qui dit qu’il n’en a pas est si pauvre qu’il ne se rend même pas compte qu’il vit. Tous ceux qui vivent ont des problèmes. L’Église est si humaine qu’elle ressent, comme les siens, les problèmes liés à la douleur à l’estomac de l’enfant à la maison, la dette qui ne peut être remboursée, l’emploi qu’on n’arrive pas à trouver. Tout cela nous touche pleinement, la sensation, l’angoisse de ceux qui souffrent injustement.

L’Église désire que notre pays surmonte la crise actuelle, elle veut que l’ordre et la justice soient rétablis, elle veut aussi s’unir à toutes les forces positives qui sont réellement intéressées à la construction d’un pays plus juste. L’Église désire être comprise, en ce sens, et que cessent toutes les diffamations et la persécution qui lui sont adressées. L’Église cherche elle aussi à gagner sa bataille, mais même si elle la perdait, nous croyons qu’elle a déjà gagné la bataille fondamentale. L’Histoire se souviendra qu’en ces moments de crise au Salvador, avec toutes ses limites et ses erreurs, l’Église humanisa ce pays avec la clarté de sa parole, avec l’honnêteté de ses actions, avec sa force dans l’épreuve et la souffrance et également par son option envers les plus démunis. 24/07/77, p.137-139, I-II.
 
Devoir de dénoncer le péché

À la lumière de la Parole d’aujourd’hui, il apparaît que l’Église a le devoir de dénoncer le péché. Qu’est-ce que le péché? Le péché c’est la mort de Dieu, c’est ce qui a été capable de mettre Dieu à mort sur une croix. Le péché c’est l’outrage à la loi de Dieu, c’est comme si l’on piétinait le dessein de Dieu. Le péché c’est le manque de respect à la volonté de Dieu et alors, l’homme qui veut chercher son bonheur au-dehors de Dieu, ou contre Dieu, place son bonheur dans les créatures, dans l’argent, dans le pouvoir politique, dans la chair, dans la luxure, dans un amour adultère. Cela, c’est tourné le dos à Dieu, qu’il s’agisse de l’argent, de la politique ou de la luxure, peu importe.

Monseigneur Pironio analyse le péché social de l’Amérique latine et il dit : « Cette iniquité sociale dans laquelle vit nos pays constitue une offense à Dieu qui peut être expliquée en premier lieu par le fait que les êtres humains ne comprennent pas leur dignité et ne font pas assez d’effort pour se faire valoir, ils vivent dans un conformisme qui est le véritable opium du peuple. » Cela est très courant. Les riches ne doivent pas penser qu’ils sont les seuls responsables du péché social. Les paresseux, les marginaux le sont également, tous ceux en fait qui ne luttent pas pour connaître leur dignité et pour s’améliorer, tous ceux qui s’endorment et qui restent tranquilles comme s’ils attendaient que d’autres réalisent leur destin, cela aussi est un péché.

C’est à partir de là que l’Église doit motiver cet homme endormi et c’est pourquoi nous avons ces centres de promotions paysannes, ces groupes de réflexions de la Bible, tout cela promeut et, grâce à Dieu, nous voyons de nombreux ouvriers, paysans, gens exclus qui sont en train d’apprendre le véritable sens de leur dignité. Et dans la mesure où ils apprennent à connaître leur dignité, ils s’éveillent également à la grande injustice qui les exclut. Si je suis moi aussi fils de Dieu, je dois aussi m’éveiller, je dois prendre part à la politique du bien commun de ma patrie, j’ai droit moi aussi aux biens que Dieu a créés pour tous. Non par la lutte des classes, ni par la violence, parce que l’Église, nous le répétons, ne prêche pas le communisme. Même si l’Église se sent solidaire de tous ceux qui luttent pour des revendications sociales, économiques ou politiques, elle porte dans son cœur une mystique très différente des autres libérateurs. 24/07/77, p.140-141, I-II.
 
Dans la ligne de l’Évangile

Qu’on tienne bien compte de ceci : la posture de l’Église qui travaille à la promotion humaine ne suit pas les lignes du communisme, mais plutôt les lignes de l’Évangile. Celui-ci est un péché auquel l’Église doit s’opposer. L’Église travaille à la promotion des paysans, des exclus et c’est pour cela qu’elle est considérée comme subversive, qu’on l’expulse et qu’on la persécute. L’Église ne peut s’arrêter de faire cette promotion et de dire : « Ne dors pas, tu es un fils de Dieu, travaille pour ta dignité, soit l’artisan de ton propre destin, contribue à ton propre bien commun. » L’Église ne peut pas abandonner, elle ne peut pas renoncer à cette mission de promotion que l’Évangile même l’oblige à prêcher. Et les collèges catholiques et les centres de jeunesse doivent éveiller la véritable conscience de l’homme qui a été marginalisé et qui s’est fait complice du péché social.

Mais il existe aussi une autre source à ce péché d’injustice, dit Monseigneur Pironio, c’est le péché personnel de celui qui accapare ce que Dieu a créé pour le bonheur de tous. N’allez pas dire que l’Église dit de tout répartir à parts égales entre tous, c’est une objection stupide qu’on attribue souvent à l’Église, comment pourrait-on répartir de manière égale entre tous et demain nous aurions terminé avec tout. Il ne s’agit pas de cela, il s’agit d’une transformation de la propriété privée. Il s’agit de faire en sorte que tout en respectant la propriété privée, l’on sache y donner un véritable sens social qui ne consiste pas seulement à produire toujours davantage, sinon à produire plus pour le bien commun de tous. Il s’agit ici de ce que Dieu a produit et fait fructifier pour que cela apporte le bonheur à tant de gens qui ne possèdent pas le nécessaire. Il s’agit là aussi d’un péché social qui, comme dans le cas de Sodome et Gomorrhe, clame vers le Ciel et amène Dieu à venir observer le fonctionnement de ces choses.

Un autre péché social qui crie aussi vers le Ciel est l’exclusion politique. Tous les hommes ont reçu de Dieu une capacité pour contribuer au bien commun. Ne pas laisser la personne humaine se réaliser en apportant au bien de la nation ce qu’elle peut donner, constitue également un abus, un accaparement des biens que Dieu a créés pour tous. L’Église ne peut non plus se taire devant les injustices de l’ordre économique, de l’ordre politique et social. Et elle ne se taira pas parce que l’Église serait alors complice de ceux qui excluent et endorment le peuple pour abuser et accaparer l’économie et la politique.

C’est cela, la voix de l’Église, frères, et tant qu’on ne lui laissera pas la liberté de proclamer ces vérités de son Évangile, il y aura de la persécution. Il s’agit de choses substantielles, non pas de choses sans importance. Ce sont des questions de vie ou de mort pour le Règne de Dieu sur cette Terre, où le Christ a voulu l’établir. C’est pour cela que le péché institutionnalisé est un péché structurel qui devient la norme.

Nous savons déjà mes frères que le péché dépend du cœur de chacun, mais c’est également du cœur de chaque personne que provient l’organisation de la société avec ces structures injustes, où l’être humain ne peut pas se développer à l’image et à la ressemblance de Dieu.

C’est pourquoi tous les professionnels, les personnes qualifiées et l’Église également, doivent apporter, pour faire la volonté de Dieu, pour que ses desseins ne soient pas frustrés par le péché des hommes et des femmes. 24/07/77, p.141-142, I-II.
 
Prier comme il se doit

C’est pour cela qu’existe l’Église, pour nous enseigner à prier. Mais pour enseigner à prier comme il se doit. Pas cette pratique qui endort, qui dit de se conformer, de vivre pauvre en attendant la récompense que Dieu te donnera au Ciel. Cela, ce n’est pas du christianisme, c’est pour cela qu’on nous traita d’opiums du peuple, et en cela les communistes avaient bien raison, parce que pendant que ceux-ci travaillaient, les chrétiens priaient et ne faisaient rien. Mais, ici, le christianisme l’emporte sur le communisme. Quand il travaille comme un communiste et qu’il croit en Dieu comme un chrétien.

Voyez la différence, parce que l’Église doit travailler à cette double promotion, celle d’éveiller l’homme pour qu’il développe ses capacités et celle de lui faire croire en Dieu, le Transcendant, sans lequel, avons-nous dit dans la prière d’aujourd’hui, rien n’est valide, rien n’est puissant. C’est cela, la liberté, si nous parvenons à donner à l’Église cette liberté authentique. C’est pour cela que nous avons dit au gouvernement que le dialogue servira précisément à apprendre à parler le même langage. Un groupe de réflexion de la part du gouvernement et un autre groupe en provenance de l’Église afin de ne plus qualifier de subversif et de politique ce qui est en fait la promotion évangélique et chrétienne, pour ne plus expulser des prêtres uniquement parce qu’ils enseignent à travailler et à prier dans un véritable sens moderne d’évangélisation. Lorsque nous réfléchissons dans une ambiance de confiance envers l’Église qui travaille pour cette promotion, celle-ci demeure tout à fait disposée à collaborer à cette humanisation de l’être humain, à l’humanisation du capital et du travail. Cela n’est pas autre chose que ce que l’Église désire. 24/07/77, p.143-144, I-II.


Dix-huitième dimanche du temps ordinaire; 31 juillet 1977; Lectures : Ecclésiaste 1,2)2,21-23; Corinthiens 3,1-5.9-11; Luc 12,13-21)
Sentir avec l’Église
La Parole de Dieu de ce dimanche nous invite à voir les choses dans leur véritable perspective. C’est le message que je voudrais souligner ce matin, le message de la transcendance. La transcendance est une parole qui signifie la perspective éternelle, divine. C’est uniquement lorsque l’on regarde le monde, les choses qu’il renferme et les richesses de la Terre à partir de la perspective de Dieu qui en est l’origine que tout cela prend un sens. Lorsque nous observons les biens, les richesses de la Terre sans tenir compte de Dieu, tout cela est vain. Ainsi le décrit le Concile dans une phrase lapidaire de la Constitution de l’Église dans le monde de ce temps : « La créature se dissipe sans son Créateur. » Je vais vous lire tout ce paragraphe du Concile qui m’apparaît être le meilleur commentaire des lectures d’aujourd’hui (Qo 1,2;2,21-23; Co 3,1-5.9-11; Lc 12,13-21). 31/07/77, p.148, I-II.
 
La créature se dissipe sans son Créateur

Si par autonomie de la réalité terrestre, on veut dire que les choses créées et la société elle-même jouissent de lois et de valeurs propres que l’humain doit découvrir, employer et ordonner peu à peu, cela est absolument légitime. N’est-ce pas cela que les hommes de notre temps réclament impérieusement? C’est que cela répond, en plus, à la volonté du Créateur. Puisque par la nature même de la création, toute chose est dotée de consistance, de vérités et de bontés qui lui sont propres ainsi que d’un ordre réglé, que l’humain doit respecter dans la connaissance de la méthodologie particulière à chacune des arts et des sciences. C’est pourquoi l’investigation méthodique dans tous les champs du savoir, réalisée d’une manière authentiquement scientifique et conforme aux normes morales, ne sera jamais contraire à la foi, car les réalités profanes et les réalités de la foi possèdent leur origine en un même Dieu. Plus encore, celui qui avec persévérance et humilité s’efforce de pénétrer les secrets de la réalité est porté, sans le savoir, par la main de Dieu qui soutient toutes choses en leur permettant d’être. Nous déplorons à ce sujet certaines attitudes qui, pour ne pas avoir bien compris le sens de l’autonomie légitime de la science, se sont produites à plusieurs reprises chez les chrétiens et qui ont contribué à établir une opposition entre la science et la foi.

Mais si par autonomie du temporel on veut dire que la réalité créée est indépendante de Dieu et que les humains peuvent en user sans référence au Créateur, le mensonge enveloppé dans de telles paroles ne trompera aucun croyant. La créature sans le Créateur disparaît. En plus de cela, combien de gens croient en Dieu, peu importe leur religion? Ils entendirent toujours la manifestation de la voix de Dieu dans le langage de la création. Plus encore, en oubliant Dieu, la propre créature apparaît obscurcie. 31/07/77, p.148-149, I-II.
 
Lorsque l’Ancien Testament nous dit (Qo 1,2) : « Vanité, tout n’est que vanité! » Cela est une perspective de la création qui fait abstraction du Créateur. Tout est vain en vérité. Les choses n’ont pas de sens en soi. Seulement cette autonomie dont nous a parlée le Concile, c’est-à-dire que les choses possèdent leur être, leur beauté, leur propre valeur grâce à Dieu. En ce sens, les choses qu’on regarde avec cette transcendance, avec cette orientation, cette perspective éternelle, retrouvent toute leur beauté. Donc, elles ne sont plus vaines, possédant leur propre beauté intrinsèque, en tenant compte que tout provient de Dieu.

C’est en ce sens également qu’il nous faut analyser l’Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ de ce dimanche (Lc 12,13-21). À cet homme qui lui demande sa collaboration afin que son frère partage avec lui son héritage, Jésus répond qu’Il n’est pas juge des problèmes temporels. Il lui signifie par là de regarder vers l’origine des choses qui ne sont pas elles-mêmes la source de la félicité, que ce n’est pas par l’avoir que les humains seront heureux, mais en regardant vers Dieu et vers sa volonté à l’endroit de toutes ces choses. Le Christ leur dit (Lc 12,15) : « Attention! Gardez-vous de toute cupidité, car, au sein même de l’abondance, la vie d’un homme n’est pas assurée par ses biens. »

Le Christ fait ici une admonestation envers les biens terrestres. L’Église comme le Christ n’est pas dans le monde pour être juge ou arbitre des biens temporels. La mission de l’Église, a dit clairement le Concile, n’est pas de caractère social, politique ou économique, c’est une mission religieuse. La mission de l’Église est de donner aux choses, à la politique, aux biens de la Terre, leur dimension religieuse, leur transcendance. C'est pourquoi l’Église sent comme plus intimement les biens terrestres parce qu’elle les sait unis à la volonté de son Créateur. Elle doit dénoncer lorsque ces biens terrestres créés sont subordonnés au péché par les humains.

Ce n’est pas ainsi que Dieu désire que nous utilisions les biens de la Terre. Ce n’est pas la cupidité qui est la loi des choses terrestres. Ce n’est pas l’égoïsme, les biens ne doivent pas servir qu’à rendre heureuse une minorité. La volonté de Dieu qui a créé les choses pour le bonheur et pour le bien de tous exige de nous, à l’intérieur de l’Église, de donner aux choses leur transcendance, leur sens selon la volonté divine.

Ce qui se produit lorsque l’être humain perd cette vision de la transcendance est merveilleusement décrit par l’Évangile d’aujourd’hui. Ce riche dont le bonheur consistait à regarder l’abondance de sa récolte, à remplir ses greniers et qui croyait avoir une belle vie en profitant de ses biens avait oublié la mort, il avait oublié Dieu. C’est pourquoi l’Évangile nous dit (Lc 12,20) : « Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura? »  

C’est la vanité dont nous parle la première lecture, avoir tant travaillé pour ses acquisitions et devoir tout laisser. Les biens matériels ne s’emportent pas, seul demeure l’utilisation de ces biens selon la volonté de Dieu. Seules les attitudes intérieures de l’homme l’accompagneront jusqu’au jugement éternel : avoir usé des biens de la Terre sans perdre la perspective de la transcendance, être demeuré uni à Dieu.

C’est cela, la mission de l’Église dans le monde actuel : réclamer aux humains de regarder avec transcendance toutes leurs attitudes, tous leurs biens; la politique, l’économie, le social, tout ce que contient la Terre; les devoirs temporels, les droits de l’homme, l’Église a beaucoup à voir avec tout cela, mais là n’est pas la fin de sa mission. Parce que sa mission doit être, exactement, de leur donner un sens transcendant, d’orienter vers Dieu les cœurs des hommes. Et, à partir de ces cœurs convertis à Dieu, créer un monde meilleur, un monde plus conforme à la volonté de Dieu où nous nous sentirons tous frères et fils d’un même Créateur.

La vie et les biens que la vie nous donne ne possèdent pas de sens en soi. Ils sont vanités, ils se dissipent, se diluent tant que nous ne les regardons pas dans leur origine qui est Dieu qui donne aux choses leur beauté et leur consistance. Et, s’il en est ainsi, nous devons user des biens de ce monde en ayant les yeux rivés sur Dieu pour connaître sa volonté sur ce que nous usons. N’oublions pas Dieu, n’oublions pas qu’un jour nous devrons rendre compte de notre attitude vis-à-vis des biens de ce monde et que nous recevrons alors une réponse de Dieu qui sera une récompense ou une punition. Que l’on use donc des biens de ce monde selon la volonté de Dieu et non d’une autre manière.

Pour accomplir ce devoir, l’Église souffre la persécution, l’incompréhension. Mais l’Église ne peut parler autrement, elle doit inquiéter les hommes qui veulent dormir sur leurs biens, sur leurs triomphes, sur leurs pouvoirs. L’Église se doit de dire, comme le Christ dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Insensés, vous ne savez donc pas que vous devrez rendre compte à Dieu pour ces choses? Vous avez oublié que les choses ont leur raison d’être, leur existence, leur consistance, leur valeur, leur beauté, seulement parce que Dieu leur donne ces capacités!»  31/07/77, p.148-151, I-II.


Fête du Divin Sauveur du monde; 6 août 1977; Lectures : Daniel 7,9-10.13-14; II Pierre 1,16-19; Luc 9,28b-36.
L’Église, Corps du Christ dans l’Histoire
Commençons par nous demander si ces changements évidents de l’Église moderne sont une trahison à l’Évangile ou au contraire une exigence de fidélité à ce même Évangile. Quels sont ces changements?

L’Église dans le monde

En premier lieu, l’Église a compris qu’elle vivait un peu en tournant le dos au monde et elle s’est transformée pour dialoguer avec le monde. Selon ces mots du Concile Vatican II tirés de sa si belle constitution Gaudium et Spes (1), les joies, les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement solidaire du genre humain et de son histoire. 06/08/77, p.153, I-II.
 
L’unité de l’Histoire

Parce que nous vivions comme deux histoires parallèles qui allaient seulement se rencontrer après la mort. L’on prêchait à l’histoire de la Terre, à l’histoire de la patrie, comme un conformisme, comme quelque chose qui ne nous intéressait pas puisque nous avions les yeux tournés vers le Ciel. Mais l’Église, en réfléchissant, réalisa à quel point la Bible constitue en fait l’histoire d’un peuple, mais une histoire entrelacée de l’Histoire du Salut, entièrement pénétrée du dessein salvateur du Christ. C’est pourquoi l’Église a conclu qu’il n’y a pas lieu d’avoir cette démarcation si tranchée entre l’histoire profane et l’Histoire du Salut, sinon que l’histoire de tout peuple constitue la marque concrète de Dieu qui veut sauver ce peuple au moyen de son Église. Et si l’Église s’identifie avec ce peuple, qu’elle marche avec l’histoire et qu’elle dit aux Salvadoriens : nous devons nous sauver avec notre propre histoire, mais une histoire entièrement pénétrée de la lumière du Salut et de l’espérance chrétienne. Toute l’histoire du Salvador, toute sa politique, toute son économie et tout ce qui constitue la vie concrète des Salvadoriens doit être illuminée par la foi. Il ne doit pas y avoir de divorce (entre ces deux dimensions). Cela doit être l’histoire de la patrie pénétrée du dessein de Dieu pour que nous la vivions avec foi et espérance comme une histoire qui amène le Salut en Jésus-Christ. 06/08/77, p.153-154, I-II.
 
Fidélité de l’Église au Christ

Un Christ authentique et véritable continue d’être le Christ de cette Église, un Dieu et un homme véritable. Dieu est le seul qui puisse donner une explication au commencement et à la fin de chaque vie humaine. Il connaît, mieux que quiconque, le mystère de l’être humain et de l’histoire du Salvador, Il est le Roi de notre histoire. L’homme qui s’est incarné il y a vingt siècles, Dieu qui s’est fait homme dans l’histoire d’un pays dominé par une puissance étrangère et qui vit sa Palestine, son Nazareth, comme un Salvadorien se doit de vivre sa propre histoire.

La Bonne Nouvelle que le Christ nous apporta était l’annonce d’une grande espérance, la constitution d’une humanité où tous se sentiraient frères et où Dieu serait le Père de tous. Dans cet effort pour connaître ce Dieu véritable, ils découvrirent que leur prochain est en fait l’image de Dieu et, dans l’effort d’aimer leur prochain, en fait, ils s’approchaient de Dieu. 06/08/77, p.155, I-II.
 
L’Église, poursuit l’œuvre de Jésus

Ce message du Règne de Dieu qui s’approche est celui que l’Église continue de prêcher. Le Règne de Dieu s’approche et quand les humains comprennent ce message d’il y a vingt siècles, sur les lèvres des évangélisateurs de 1 977, qu’ils s’aiment, ils vivent en communauté et détestent les différences (inégalités). Ils savent que le Règne de Dieu ne peut pas être là où le péché prédomine. Ils disent : convertissez-vous. La conversion, c’est le mot d’ordre de l’Église. Elle ne prêche pas avec haine et ressentiment, mais avec l’amour de Celui qui veut qu’ils se sauvent, qu’ils se convertissent.

C’est pour cela qu’est venu le Fils de Dieu. Est-ce qu’ils se convertirent les riches du temps de Jésus? Peu d’entre eux, mais ceux qui se convertirent donnèrent à leur richesse un sens de fraternité avec les autres. Les pécheurs qui se convertirent rencontrèrent, dans le Christ, l’allégresse de se sentir frères sans différence, rien de plus que de se sentir tous frères du même Père. C’est ce que continue d’enseigner l’Église.

C’est pourquoi lorsqu’on l’accuse d’être subversive, de prêcher la haine, de diviser les classes sociales, on la calomnie dans ce qu’elle possède de plus douloureux et délicat dans sa conscience. L’Église jamais ne prêche la haine. L’Église proclame toujours l’amour. Lorsqu’elle critique contre ce que l’Assemblée épiscopale de Medellín a dénommé : « la violence institutionnalisée », elle doit crier violemment comme les prophètes qui dénonçaient violemment l’ordre injuste de leur temps. Ce n’est pas que l’Église prêche la violence, c’est plutôt parce que d’autres ont provoqué la violence, la haine, la torture, la douleur, l’inégalité sociale, que l’Église doit être forte dans son langage, car c’est celui du Christ qui sans haine ni vengeance, veut arracher les âmes au règne du péché pour les conduire au Règne de Dieu.

Comme le Christ, l’Église a une préférence pour celui qui souffre, non pas pour être partial, mais afin de signaler à tous le chemin de la charité, le chemin de l’amour. Elle dit à tous, aux pauvres également, qu’ils doivent se convertir, que la situation d’injustice sociale qui règne sur notre continent n’est pas seulement la faute des riches et des puissants. Il y a également des pauvres qui ne veulent pas améliorer leur sort, qui vivent dans la paresse, qui n’essaient pas de refaire leur vie et de vivre comme des enfants de Dieu, et qui collaborent également à cette situation d’injustice sociale. L’Église enseigne la promotion humaine pour l’éveiller de son conformisme infirme et le rendre actif, comme artisan de son propre destin.

L’Église doit souffrir, car elle dérange ceux qui désirent avoir des masses endormies, des hommes et des femmes incapables de critiquer, des gens incapables de se refaire et de faire leur propre histoire. Ces dominants sentent qu’on leur enlève cette triste situation de l’exploitation de l’homme par l’homme et ils ne veulent pas céder. C’est pour cela que l’Église enseigne ce message de libération authentique du Christ, en réalisant la promotion de certains et en essayant d’arracher les autres à leur propre égoïsme. Elle dit à tous, comme le Christ en son temps, qu’il faut se convertir à Dieu, que son Royaume est proche et que nous serons coupables si nous ne contribuons pas à sa construction en ce monde. 06/08/77, p.155-156, I-II.

L’archidiocèse du Divin Sauveur

Ce n’est pas de la haine ce que l’Église prêche, mais l’amour. Si parfois elle se fait violente, c’est pour arracher les âmes au règne du péché et les convertir au Seigneur. Ce n’est pas du marxisme puisque l’Église ne s’identifie avec aucun système politique ou social et qu’à l’intérieur des systèmes, elle ne fait que défendre son éthique religieuse. C’est ainsi qu’elle peut dire au communisme athée qu’il demeure incompatible avec la transcendance et la foi en Dieu, et au matérialisme du capitalisme libéral qu’il est athée, qu’il est idolâtre, parce qu’il adore son argent et que pour défendre celui-ci, peu lui importe d’offenser la dignité des autres. Il pèche également gravement. 06/08/77, p.157, I-II.
 
Le témoignage d’une Église persécutée

Nous disons également au Christ que nous lui offrons une Église tâchée de sang, une Église avec ses vêtements blancs, mais tâchés par la persécution. Il y a eu et il y a encore de la persécution parce que, théologiquement, persécution signifie : empêcher le message de l’Église. Et c’est ce qui s’est produit. On a empêché le message authentique de l’Église. On veut nous mettre des restrictions, des mesures pour nous dire comment nous devons prêcher. Mais nous, c’est le Christ que nous devons écouter, comme lorsque ce matin nous avons dit au Père éternel (II Pie 1,17) : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur. »

Nous avons souffert la persécution dans la personne de nos prêtres. Il n’est pas nécessaire de le répéter, mais sachez et ayez conscience que l’Église est également persécutée dans les destinataires de son message, dans son peuple, dans ses paysans, dans ses groupes de réflexion, où l’on sème l’épouvante et la terreur ce qui fait que plusieurs ont peur et n’osent plus s’approcher. Ceci en langage authentique s’appelle de la persécution. Mais l’Église ce matin lève ses yeux vers le Divin Époux pour lui dire : « Je te rends grâce, parce que mon espérance est en Toi, parce je me livre à Toi et qu’au travers de la persécution s’éveille le courage de mes fils » et de tous ceux qui sont disposés à donner leur vie pour défendre cette foi que nous devons professer. 06/08/77, p.158, I-II.


Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire; 7 août 1977; Lectures : Sagesse 18,6-9; Hébreux 11,1-2)8-9; Luc 12,32-48.
Le Divin Sauveur du monde
« La nuit où l’on doit veiller dans l’attente du retour du maître, c’est l’Histoire. »
 
Unité de l’Histoire Profane et de l’Histoire du Salut

Un des changements de l’Église actuelle, c’est d’avoir aboli cette dichotomie, cette séparation entre l’Église et le monde. Cela implique également l’unité de l’histoire profane et de l’Histoire du Salut. Il s’était créé dans notre spiritualité, dans notre manière de penser comme Église, une dévalorisation du monde. L’histoire profane des hommes nous apparaissait comme un « en attendant », comme un temps d’épreuves qui était parallèle à l’histoire spirituelle du Salut de Dieu. Il y avait une séparation presque infranchissable entre le matériel et le spirituel, entre le profane et le sacré. Cela avait pour conséquence une espèce de conformisme, nous passions au travers de la vie, de l’histoire, comme au travers d’une épreuve, et après, nous aurions droit à notre récompense dans le Ciel, le Salut éternel. Nous cherchions à ne pas être condamnés à l’enfer. Ainsi, nous avions l’image de l’histoire comme quelque chose qui demeurait séparée de nous.

Mais lorsque l’Église actuelle, en approfondissant dans sa méditation, surtout dans la Parole de Dieu telle qu’elle nous est révélée dans la Bible, parvient à découvrir que Dieu possède un dessein pour sauver les hommes, en se prévalant pour cela de l’histoire profane qui est l’histoire de son Peuple Israël où Il tisse son dessein de Salut. Ce paradigme se réalise dans l’histoire de tous les peuples. L’histoire du Salvador, avec ces processus, avec sa politique, avec ses forces et ses lacunes, avec ses préoccupations, c’est l’histoire des Salvadoriens, et c’est dans cette histoire que Dieu veut nous rencontrer et nous sauver. 07/08/77, p.161-162, I-II.
 
La Mission de l’Église est de sanctifier l’Histoire

C’est à partir de là, en tant que Règne de Dieu sur la Terre, que l’Église aime cette Histoire, qu’elle aime la patrie comme nul autre. Mais ce Règne de Dieu, elle veut qu’il se reflète dans toutes les pages de l’Histoire. C’est pour cela, parce qu’elle s’identifie davantage avec ce monde, avec cette histoire, que l’Église connaît les ombres du mystère de l’iniquité qu’est le péché. Parce que si l’histoire profane pour sa part ne coïncide pas avec le Salut, avec les desseins salvateurs de Dieu, c’est par notre faute. C’est parce que les hommes, les Salvadoriens, nous l’avons corrompue, nous avons fait régner le péché dans l’histoire. L’Église qui est avec Dieu, et non avec le péché, a comme mission d’extirper le péché de l’histoire.

C’est de là que proviennent les conflits entre l’Église et l’histoire parce que l’Église ne peut tolérer le péché et qu’elle sait que sa mission est de sanctifier l’histoire du Salvador, de la libérer de tout ce qui la rend esclave du péché. C’est cela, la mission de l’Église et de tous ceux qui la forment, non seulement les prêtres, mais vous également, chers catholiques. Les baptisés sont le Règne de Dieu.
Le peuple, précisément ce peuple qui suit le Christ avec enthousiasme, c’est cela, l’histoire authentique. Non pas ceux qui mettent des idoles dans l’histoire pour nous éloigner de l’adoration du Dieu véritable. 07/08/77, p.162, I-II.

La foi d’Abraham : Commencement de l’Histoire du Salut
Un Israélite, un humble pasteur, est choisi par Dieu (toujours les pauvres) et à ce pasteur d’Israël, Dieu dit : « Je t’ai choisi. Laisse ta parenté et ton pays et marche vers la terre que je te montrerai. » Et cet homme croit. Cette parole, de ce dimanche, est un appel à la foi et le plus beau personnage de cette foi c’est Abraham, le Père des croyants. Parce qu’en entendant Dieu lui dire « Je t’ai choisi, viens, Je vais te montrer une terre », il abandonne sa sécurité, il s’en va en croyant en cette Parole, sans savoir où est cette terre. C’est cela, la foi : croire en la Parole d’un Dieu qui ne peut pas nous tromper. Il sait où est cette terre, moi je l’ignore, mais je quitte ma terre, ma sécurité, mes avoirs et je vais avec Lui. C’est ainsi que commence le pèlerinage de la foi, sans destination précise. Mais la destination la plus sûre c’est la Parole de Dieu et Abraham marche sans but, seulement guidé par Dieu.
 
Le Seigneur va lui exiger une autre épreuve. Il lui a promis qu’il aurait une descendance nombreuse où seraient bénies toutes les nations du monde. Mais Abraham est déjà vieux et sa femme, Sara, est stérile. C’est impossible! Cependant, Dieu l’a dit, et il croit. Et un jour, la stérilité de Sara est fécondée d’un fils, Isaac. Abraham saute de joie parce que de ce fils va descendre le peuple que Dieu lui a promis. C’est pourquoi cela paraît si absurde lorsque Dieu demande à Abraham de lui sacrifier son fils Isaac. Mais Abraham, obéissant, va avec son fils sur la montagne. Il est disposé à planter son poignard pour sacrifier son propre fils, celui de tous ses espoirs. Parce que dit saint Paul (He 11,1-2)8-9) en commentant ce moment : « Abraham sait que Dieu est même capable de ressusciter les morts. » C’est la foi dans l’impossible. Et ce moment, où Abraham va tuer son fils et où Dieu le retient parce qu’il ne désirait qu’éprouver sa foi, Paul le compare à la foi des chrétiens qui croit dans Celui qui est mort sur la croix, qui ressuscita et qui vit. Isaac est la figure du Christ mort, parce que Dieu le voulait mort et ressuscité, parce que Dieu Lui a rendu la vie.

Abraham est le premier croyant du mystère pascal. Ce fils qui représente tous ses espoirs est presque surgi de la mort, mais un mort qui est ressuscité et qui vit pour les siècles. Ainsi, la foi d’Abraham est le signe de notre foi et quand il meurt sans avoir connu la terre que Dieu lui avait promise. Ses fils, les patriarches de l’Ancien Testament, vivent de cette foi, ils savent que Dieu ne peut trahir sa promesse. Cela apparaît comme une illusion au milieu des peuples profanes, mais cette foi est ce qui donne consistance à cette histoire. 07/08/77, p.163, I-II.
 
Dieu sauve son peuple

En Égypte, un prisonnier descendant des patriarches, devient le principal protagoniste de l’histoire d’Israël. Observez comment Dieu mène l’Histoire non seulement de son Peuple Israël, sinon de l’Égypte également, parce qu’en ce pays va débuter un autre précieux chapitre de l’histoire : Moïse. Ce dernier est le confident de Dieu qui lui a dit : « J’ai entendu la clameur de mon peuple, Je veux le délivrer. Tu vas te présenter devant le Pharaon pour lui dire de laisser sortir mon peuple vers la terre que Je lui ai promise. » Jusqu’à quand Dieu va-t-il accomplir cette promesse faite à Abraham? Il n’existe pas encore de terre pour eux en ce monde, cependant la foi d’Israël continue d’espérer, mais déjà on entrevoit la liberté d’un peuple opprimé. Et malgré l’insignifiance de Moïse lorsqu’il demande « Qui suis-je pour me présenter devant le Pharaon? », qui possède tout ce pouvoir politique, avec son armée, avec ses chars, l’omnipotence humaine devant la petitesse humaine, ce sont là les moments de l’Histoire de Dieu.

L’espérance et la foi animent Moïse, et Dieu est avec ce peuple. Commence alors le récit de l’Exode, le second livre de la Bible. Lisons-le. Dans les moments de répression au Salvador, sur notre Terre, ne désespérons pas. La situation d’Israël en Égypte était beaucoup plus difficile. L’Exode est le chant de victoire de Dieu. La première lecture d’aujourd’hui, celle du livre de la Sagesse, capte précisément ce moment où, en cette sainte nuit, l’ange du Seigneur va passer en faisant périr tous les premiers-nés d’Égypte pour châtier le crime de ce pays.

Frères, il n’y a pas de crime qui demeure impuni. Celui qui blesse par l’épée périra par l’épée, a dit la Bible. Tous ces outrages du pouvoir de la patrie ne peuvent demeurer impunis. Et l’ange exterminateur passe par les terres d’Égypte et cette nuit il y eut des lamentations dans les foyers de ce peuple parce que Dieu châtia les crimes du Pharaon. Comme apparaît terrible l’autorité lorsqu’elle n’accomplit pas son devoir, quand elle veut faire prévaloir la force des armes contre l’impuissance des peuples désarmés. Israël au grand complet se lamentait et c’est alors que débute l’exode de ce peuple opprimé et le livre sacré que nous avons lu aujourd’hui nous raconte cette nuit sainte. Le livre de la Sagesse (18,6-9) nous rapporte qu’en cette nuit Israël sentit que Dieu accomplissait sa promesse. C’est ainsi qu’ils initièrent la célébration pascale. Cette nourriture faite de laitue amère et d’agneau fut le premier repas pascal. Depuis lors, tous les ans, Israël célèbre cette nuit de la liberté qui fut transmise aux chrétiens par le Christ. C’est la Pâque chrétienne qui continue d’être le souvenir d’un peuple opprimé que Dieu libère par son espérance et sa foi dans le Seigneur. 07/08/77, p.163-164, I-II.
 
Dans le Christ, le Salut est offert à tous les peuples

Dans le Christ se réalise l’histoire de tous les peuples. Bienheureux les peuples qui accueillent le Christ comme leur Rédempteur. En Lui, s’accomplit la promesse faite à Abraham. En Lui, se réalise la liberté faite par Moïse. En Lui, s’accomplissent tous les prophètes et tous les patriarches. Ce peuple que Dieu promit à Abraham et que celui-ci commença à chercher sans but, guidé uniquement par la foi en Dieu, c’est le peuple d’Israël que Moïse conduit à la Terre promise. Celle-ci n’est pas tant un lieu géographique qu’un peuple de saints, de prophètes, qui parviendra à fleurir dans une vierge qui sera mère et demeurera vierge, Marie. De ses entrailles naîtra enfin la promesse faite à Abraham, le Rédempteur véritable non seulement d’Israël, mais de tous les peuples : le Christ notre Seigneur. 07/08/77, p.164-165, I-II.
 
La Foi et l’Espérance Sauveront le Monde

Ce que veut faire la Parole d’aujourd’hui, c’est semer la foi et l’espérance dans chaque cœur. C’est pourquoi l’espérance doit être, avec la foi, ce qui distingue les véritables catholiques, de ceux qui ont perdu la foi et l’espérance et qui ont mis leur confiance dans les choses de la Terre. Ce n’est ni le pouvoir politique, ni la sagesse des hommes et de la technique, ni la toute-puissance de l’argent, qui sauveront le peuple. C’est cette foi dans la petitesse et dans l’humiliation du Christ qui le sauvera. C’est l’espérance dans le Tout-Puissant, cette foi en Dieu Notre Seigneur qui nous sauvera. Aucune révolution de la Terre qui prétend construire un monde meilleur en se fondant sur la haine, sur la violence, les séquestrations, les ressentiments, ne pourra advenir au véritable Règne de Dieu. Dieu ne marche pas par là, sur des mares de sang et de torture. Dieu veut régner sur des chemins propres d’espérance et d’amour.

Très cher peuple salvadorien, que les fêtes patronales du Divin Sauveur éveillent en nous la foi d’Abraham, l’espérance de Moïse, la foi et l’espérance du peuple, qui même au milieu de l’oppression, se confie dans le Seigneur. Le Seigneur vient, Il viendra à son heure, non lorsque nous le voulons. Vivons cette espérance.
Il existe un très beau chapitre du Concile Vatican II qui m’apparaît le plus beau commentaire de ces lectures d’aujourd’hui (Lc 12,32-48) lorsque le Christ Notre Seigneur nous dit que le Règne des cieux est semblable à celui qui veille et qui attend le maître qui doit venir. Malheur à celui qui ne prend pas garde en cette nuit, s’il croit que le Seigneur ne viendra plus et qu’il se met à frapper tous ceux qui sont à son service en se sentant propriétaires de la maison alors qu’il n’est qu’un simple serviteur. Quand le Seigneur viendra, Il le surprendra parce que celui-ci n’est pas le maître de la maison, il n’en est que le serviteur. Par contre, bienheureux seront ces employés fidèles qui se seront préparés et qui, selon la mode ample des vêtements orientaux, se seront ceint la taille afin d’être prêts au travail, de sorte que lorsque le Seigneur arrivera, ils n’auront qu’à courir Lui ouvrir la porte et à Le servir. Bienheureux dit le Christ, parce que le Seigneur Lui-même sera leur serviteur en se réjouissant d’avoir des employés si fidèles. 07/08/77, p.165, I-II.
 
Nous espérons la Plénitude du Seigneur

Cette nuit, l’attente de ce matin, cette espérance de la venue du maître, c’est l’Histoire du monde. Le Concile dit : « L’Église qui initia il y a déjà vingt siècles dans le Christ ressuscité, la rénovation du monde, espère la plénitude de cette perfection dans la venue du Seigneur. » N’oublions pas, chers catholiques, que nous sommes les serviteurs qui vivent dans l’attente du Seigneur qui doit venir. Puisse Dieu que cela ne soit oublié de personne. Ni non plus de ceux qui se croient les maîtres du monde parce qu’ils détiennent les pouvoirs entre leurs mains. Eux aussi sont les employés du Seigneur qui va venir et l’Évangile de ce matin se termine sur cette terrible sentence : « À celui qui a été confié davantage, qui possède de plus grandes responsabilités, il sera demandé davantage, il sera jugé avec une plus grande sévérité. » Celui qui a reçu davantage et qui aurait pu rendre heureux le monde avec ses biens, mais qui ne vécut qu’égoïstement, s’illusionnait comme le mauvais serviteur qui se sentit propriétaire de tout ce dont il avait la charge. Il rêvait et le jour du réveil viendra et il se retrouvera devant le vrai propriétaire de toutes choses, face au maître des peuples, face au Seigneur de l’Histoire.

Nous espérons, mais cette espérance n’est pas une illusion. Le Concile nous invite à donner raison de notre espérance. Ce n’est pas une espérance irrationnelle. Ce n’est pas une espérance qui prêche le conformisme : « Conformez-vous et vous connaîtrez le bonheur dans le Ciel. » Ne prêchez pas ainsi l’Évangile, celle dont les lectures d’aujourd’hui (Sg 18,6-9; Heb. 11,1-2)8-9; Lc 12,32-48) nous donnent le sens eschatologique. Non pas comme saint Matthieu, le premier évangéliste qui nous présente également cette eschatologie, cette venue du Christ, mais comme s’il ne se préoccupait pas de ce côté de l’Histoire. Par contre, saint Luc qui écrit dans un environnement païen, où l’on donne sens aux choses présentes, continue de leur donner de l’importance. Ces choses sont belles, l’or et argent sont précieux. Cette ambition, cette autorité, ce pouvoir, tout cela a de la valeur, mais saint Luc nous dit : « Oui, cela a beaucoup de valeur, mais usez-en comme quelqu’un qui un jour devra en rendre compte. » C’est ce qu’affirme le Concile qui a cherché à dialoguer avec le monde présent. Il dit à celui-ci : « Oui, toutes ces choses sont précieuses. L’amour du mariage est beau. La beauté des créatures, Dieu nous l’a donnée. Tout cela est magnifique seulement si cela possède le sens de la transcendance, d’un Dieu qui les a créés et à qui il nous faudra rendre des comptes pour l’usage que nous aurons fait de ces choses. 07/08/77, p.166, I-II.
 
Espérer et construire le Règne de Dieu

Cela est si vrai que le jugement final ne sera pas uniquement celui de la conduite individuelle de chaque homme. Il nous sera également demandé des comptes sur le péché social, de ce péché qui naissant dans le cœur de chaque homme, se cristallise dans des situations injustes, pour être châtié non seulement dans la personne qui le commet, sinon dans la société qui a fait de ce péché un péché social. Il en est de même pour le bien. La vertu d’un individu ne sera pas uniquement récompensée chez lui, mais dans l’heureuse société qui reflétera sur cette Terre le Règne de Dieu. C’est pourquoi nous vous invitons à travailler pour un monde plus juste, plus équitable, où nous nous sentirons tous de véritables fils de Dieu en pèlerinage vers le Règne. Il ne s’agit pas là d’une espérance ingénue qui croit qu’en ce monde les hommes et les femmes vont construire ce monde définitif. Pour l’Église, cela n’existe pas sur cette Terre. Elle demande que se reflète, dans l’histoire, ce monde définitif que nous espérons. […] Le Règne de Dieu est déjà venu, il est présent dans votre cœur. 07/08/77, p.166-167, I-II.
 
Notre Espérance est la Véritable Réalité

Le Christ vit mes frères. Le Divin Sauveur du Monde n’est pas une illusion dans la piété du cœur. C’est un personnage, Dieu-homme qui vit, centre de l’Histoire, et qui nous pousse tous à construire un monde qui soit véritablement digne de cette vie qui ne périt point. En
 
Lui est notre espérance.

Oui, on se moque de nous, comme je sais qu’ils rient en torturant nos catéchistes et nos prêtres. « Où sont tes espérances? » leur demandent-ils. Et ils croient que les fusils et les coups de pieds qu’ils leur donnent sont plus forts que l’espérance que leurs victimes portent en leur cœur. L’espérance demeurera après tout cela. Tout cela sera englouti dans les eaux de la Mer Rouge comme cette armée qui se croyait toute puissante devant le Peuple de Dieu.

L’espérance du Seigneur chanta la victoire dans ce chant de Moïse : signal de la victoire éternelle que tous pourront chanter si nous vivons vraiment dans l’humilité d’Abraham, de Moïse et de tous les saints qui ont vécu sur la Terre en sachant qu’en Jésus-Christ ressuscité a déjà été décrétée la transformation du monde et que personne ne pourra l’arrêter. 07/08/77, p.167-168, I-II.

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