Vingtième dimanche du temps ordinaire; 14 août 1977; Lectures : Jérémie 38,4-6.8-10; Hébreux 12,1-4 : Luc 12,49-53.
Le Message du Prophète
Le secret du bonheur
La paix consiste à être en harmonie avec le plan de Dieu. Lorsqu’une vie, une famille, un peuple est en harmonie avec la volonté de Dieu, il existe une paix authentique. La paix authentique, et dans ma pastorale, je veux incorporer ce concept, c’est lorsque l’histoire des hommes reflète fidèlement l’Histoire du Salut. Il n’existe pas deux histoires. L’histoire des hommes, de tous et de chacun de ceux et celles qui forment la patrie, cette histoire n’est pas séparée de l’Histoire du Salut, du dessein de Dieu. C’est comme un projet que Dieu a, comme le projet que présente un architecte pour construire un édifice. Pendant qu’il construit sur ces lignes maîtresses, quelques ouvriers creusent des trous où bon leur semble, clouent des planches ailleurs, construisent selon leurs caprices, ainsi la réalisation de l’architecte est un échec. Il en est de même pour Dieu avec son Histoire du Salut, son projet qu’il a pour nous se perd lorsque les humains veulent construire le monde selon leurs caprices, selon leurs égoïsmes et non pas selon le projet de Dieu.
La paix consisterait alors à savoir ce que Dieu attend de cette société, ce que Dieu veut de ma vie, ce que Dieu veut de la république. C’est ce que devraient se demander les gouvernants, les constructeurs, et tous ceux qui peuvent changer les destinées de la patrie, avec leur argent, avec leur capacité politique, avec leur technique, et non plus se fier à leurs caprices. Comme de bons constructeurs, ils devraient être continuellement attentifs au plan architectural de cette patrie et la construire selon ces lignes directrices. Alors, il y a la paix. « La paix n’est pas, selon le Concile, l’absence de guerre. La paix n’est pas un équilibre de deux forces qui sont en conflit. La paix n’est sûrement pas le signe de la mort par répression lorsqu’on ne peut parler, la paix des cimetières. » La véritable paix est celle qui est basée sur la justice et l’équité dans le plan de Dieu qui nous a créés à son image et sa ressemblance, et nous a donné à tous, la capacité de construire le bien commun de la république. Ce n’est pas un petit groupe que Dieu a choisi, mais tous les Salvadoriens. Nous avons tous le droit de participer à notre propre destin, à notre propre bien commun. Il n’y a pas de place pour aucune exclusion. C’est le droit humain! 14/08/77, p.172-173, I-II.
Pourquoi la division?
Dans une famille de cinq, dit le Christ, deux seront contre trois et trois seront contre deux. Et jusque dans le plus intime : une fille avec sa mère ne sera pas d’accord, parce qu’une comprend et l’autre veut une paix fictive; et dans une société il y aura de la division tant que des esprits bornés à leur façon de penser selon leurs caprices, voudront construire une paix sur des bases d’injustice, sur l’égoïsme, sur la répression, sur les offenses aux droits humains. Ainsi, on ne construit pas la paix. 14/08/77, p.173, I-II.
Le prophète annonce le projet de Dieu
Le prophète doit déplaire à la société lorsque la société n’est pas avec Dieu. Et le prophète, lui, réclame. C’est ainsi que Jérémie se fâcha (Je 38,4-6.8-10). On ne le voulait pas. Voyez comment les accusations contre les prophètes de tous les temps sont les mêmes. Lorsqu’il dérange la conscience égoïste ou celle qui est contre le plan de Dieu, il faut l’éliminer, l’assassiner, le jeter à la fosse, le persécuter, ne pas le laisser dire cette parole qui dérange, mais le prophète ne peut pas dire autre chose. 14/08/77, p.174, I-II.
Les prophètes appellent à la conversion
C’est toujours pareil, mes frères, dénoncer le péché de la société, appeler les pécheurs à la conversion, c’est ce que fait aujourd’hui l’Église de San Salvador.
Pour son péché d’injustice sociale, que Jérémie dénonçait déjà, pour la sécurité religieuse que plusieurs gardaient dans leurs anciennes traditions sans les rénover, sans se fier à la volonté de Dieu, jusqu’aux prêtres furent déportés, parce qu’eux aussi furent serviles et annoncèrent des paroles trompeuses et flatteuses au roi, à l’armée, au peuple qui voulait continuer dans ses idolâtries. 14/08/77, p.175, I-II.
Les prophètes annonçaient aussi l’Espérance
Mais il y a une espérance, et c’est ici que se termine mon humble homélie, commentant cette Parole d’aujourd’hui. Les prophètes annoncèrent des malheurs qui arrivèrent; mais ils annoncèrent également une espérance. Au milieu des lamentations, Jérémie annonça que ce peuple, déjà corrigé, retournerait; et il dit une chose très belle pour les persécutés. Il mettait son espérance justement dans les expatriés, dans les déportés, ce reste d’Israël qui laissa également quelques exemplaires en Palestine, hommes fidèles qui écoutaient sa parole. Ils étaient l’espérance que ce message ne tombait pas dans le vide. Je sens, mes frères, une grande espérance, parce que je sais que cette parole de l’homélie dominicale entre dans beaucoup de cœurs. 14/08/77, p.175-176, I-II.
Fête de l’Assomption : 15 août 1977; Lectures : Apocalypse 11,19a.12,1-6a.10ab; I Corinthiens 15,20-26; Luc 1,39-56.
Service de l’Église
Le destin de l’homme
Comment Marie sert-elle? En premier lieu, en indiquant aux hommes et aux femmes leur destinée éternelle et c’est pourquoi, à partir de cette lumière des cieux, elle illumine la dignité des êtres humains, des droits de la personne. C’est pourquoi l’Église s’affaire avec autant d’ardeur à défendre la dignité, la liberté, les droits humains, parce qu’elle sait que cet homme ne doit pas être le jouet des pouvoirs de cette Terre, sinon qu’il est destiné, comme Marie, au Règne des cieux. Il est un fils de Dieu qui est en pèlerinage sur cette Terre, mais sa véritable destinée n’est pas celle-ci. Et c’est le grand service de l’Église, en premier lieu, comme Marie qui est montée au Ciel avec son corps et son âme, d’appeler tous les esprits et tous les corps à cette haute destinée de l’humanité. 15/08/77, p.177, I-II.
Vingt-et-unième dimanche du temps ordinaire; 21 août 1977; Lectures : Isaïe 66,18-21; Hébreux 12,5-7.11-13; Luc 13,22-30.
Caractéristiques de notre Église
Tâchons de nous situer dans la lignée de l’Église actuelle parce que la ligne que nous suivons actuellement dans l’archidiocèse n’est pas un caprice ni un lavage de cerveau comme plusieurs le disent. Nous tâchons simplement de nous situer dans la ligne de Vatican II et de Medellín qui sont les références autorisées et que le Pape a ratifiées dans son encyclique
Evangelii Nuntiandi, où il nous parle d’une évangélisation du monde qui ne peut être séparée de la promotion humaine. Celle-ci a été la cause des difficultés et des conflits que l’Église a rencontrés. Il ne pourrait en être autrement lorsqu’on désire faire la promotion de la personne humaine en défendant sa dignité et en proclamant un Évangile qui ne peut tourner le dos au monde et qui se situe dans le monde non pas pour être mondain, mais pour le sanctifier. 21/08/77, p.183, I-II.
Les laïcs ce sont tous les baptisés qui ne sont pas clercs ni religieux, mais qui, par leur baptême, possèdent un sacerdoce. Lamentablement, ils n’exercent pas ce sacerdoce parce que plusieurs ont été baptisés sans savoir ce dont il s’agit. Mais, grâce à Dieu, du Concile Vatican II a surgi un grand mouvement pour réveiller cette conscience du Peuple de Dieu et lui faire sentir son sacerdoce, sa responsabilité d’Église. 21/08/77, p.184, I-II.
L’Église est le Christ qui poursuit sa marche vers Jérusalem en passant par les villes et les villages. N’est-ce pas fantastique de penser que cette Église missionnaire donne à la vie de tous ceux qui la composent un sens de pèlerinage? Personne ne doit s’installer. Nous devons tous marcher avec le bâton du pèlerin. Oui nous devons rendre ce monde heureux, mais en sachant que nous sommes de passage sur cette Terre. Aujourd’hui nous l’habitons, hier nos ancêtres qui ne sont plus parmi nous l’habitèrent et demain les générations futures l’occuperont alors que nous n’existerons plus.
L’humanité est un pèlerinage continuel. Et le Christ veut marcher avec cette histoire, avec l’Histoire de tous les temps. De telle sorte que le Christ qui fut avec nos ancêtres et avec nous maintenant sera avec la postérité. Nous sommes en pèlerinage et l’un des buts principaux de l’Église doit être l’établissement de l’Église dans tous les endroits du monde. Comme dans la précieuse phrase d’Isaïe : « jusque sur ces côtes inconnues. » 21/08/77, p.186, I-II.
2) L’Église eschatologique
L’eschatologie est une caractéristique de cette Église qui par son espérance sait que l’Histoire ne se consomme pas sur cette Terre. Son espérance lui fait voir les cieux nouveaux, une Terre nouvelle où la justice, l’amour et la paix régneront. Le chrétien sait que, même si nous travaillons très dur au bien-être sur cette Terre, cela demeurera toujours provisoire, pèlerin, missionnaire, de passage, mais il faut tout de même continuer à travailler. Notre espérance ne trouve pas sa consommation sur cette Terre, mais dans l’éternité de Dieu, où le Règne de Dieu sera parfait. Cette perspective du Salut éternel, du Règne de Dieu qui se consume dans la gloire, cette Église de bras tendus vers l’avant, cette Église de regards tournés vers le Ciel, c’est cela, l’eschatologie, l’Église eschatologique.
Cette Église ne peut se faire complice d’aucune idéologie qui s’efforce de créer sur cette Terre un règne où les humains seront complètement heureux. C’est pourquoi l’Église ne peut être communiste. L’Église ne peut davantage être capitaliste parce que le capitalisme est également myope. Il regarde seulement son bonheur, sa passion, son ciel, sur ses terres, dans ses palais, avec son argent et ses biens de la Terre. Cette installation ne convient pas à l’Église. L’Église est eschatologique. C’est ici que l’Église se tourne vers les pauvres pour leur dire : vous êtes les plus aptes à comprendre cette espérance, cette eschatologie.
Nous nous tournons vers eux non pas pour les rendre conformistes, parce que l’eschatologie, l’attente du Ciel à venir, n’est pas pour s’endormir. Les communistes nous accusent faussement en affirmant que nous prêchons l’opium du peuple et qu’annonçant aux hommes un règne dans l’au-delà nous leur enlevons toute envie de lutter sur cette Terre. Qui sait ce qui donne le plus envie aux humains de lutter, le communisme ou l’Église? L’Église, parce que tout en annonçant une espérance dans le Ciel, elle dit aux humains que ce Ciel il faut le gagner et que c’est dans la mesure où nous travaillons ici-bas et que nous accomplissons nos devoirs que notre vie sera récompensée pour l’éternité. Ainsi, à un homme qui aura mieux accompli ses devoirs, correspondra une eschatologie, un Ciel plus vaste, plus riche. Personne n’est plus ambitieux que les saints et les chrétiens parce qu’ils n’ambitionnent pas d’un règne sur cette Terre où les hommes meurent, mais un Règne dans l’éternité, où les humains vivront pour toujours la joie d’avoir contribué en anticipant le Règne de Dieu en ce monde.
Les ennemis de l’Église du Salvador se scandalisent lorsqu’on leur dit que le Règne des cieux, l’Église qui est le commencement de ce Règne, doit s’établir dès maintenant en ce monde. Qu’il ne faut pas attendre la mort pour être heureux, que Dieu nous veut heureux sur Terre parce qu’Il veut que se reflète ce Règne des cieux nouveaux et de cette Terre nouvelle sur cette Terre de pèlerinage. On entrevoit déjà ce Ciel plus beau dont la Terre est déjà le reflet. La parole que le Christ nous a enseigné aujourd’hui (Lc 13,22-30), nous dit que ce Règne de Dieu est déjà à l’œuvre sur cette Terre et que seuls ceux qui lutteront pour passer par la porte étroite, iront à Lui, à sa base définitive, mais dès cette Terre, ceux qui ne se seront pas efforcés d’entrer dans son Royaume demeureront au-dehors. Cela veut dire que celui qui n’a pas travaillé au cours de sa vie pour entrer dans le Règne de Dieu, ne doit pas s’attendre à ce qu’on lui ouvre à l’heure de sa mort.
Écoutez bien l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 13,25-27) : « Dès que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, resté dehors, vous vous serez mis à frapper à la porte en disant “Seigneur ouvre-nous!”, Il vous répondra : “Je ne sais d’où vous êtes!” Alors, vous vous mettrez à dire : “Nous avons mangé et bu avec toi, tu as enseigné sur nos places.” Mais il vous répondra : “Je ne sais d’où vous êtes; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.” » Il ne suffit pas de porter le nom de chrétien et de vivre comme un païen pour se présenter au Ciel et dire : « Jésus me connaît. » Jésus dit ici qu’Il méconnaît tous ceux qui n’ont pas voulu faire de leur titre de chrétien une profession de vie, un appel chrétien à vivre cette eschatologie, cette espérance, ce Ciel.
Le Concile Vatican II et les documents de Medellín ont merveilleusement mis en lumière le sens eschatologique de l’Église, en invitant les humains, à partir de la Résurrection du Christ qui fait maintenant partie de l’Histoire du monde, à travailler sur cette Terre pour construire une réalisation de ce Règne qui se consommera dans l’éternité. Mais le Christ ressuscité dans lequel nous croyons rattache déjà les devoirs de cette Terre aux récompenses de l’éternité. Si nous croyons vraiment au Christ ressuscité qui nous attend et qui à sa venue dans la gloire récompensera selon leurs mérites ceux qui auront travaillé avec Lui, cela signifie qu’il faut effectivement travailler mes frères. Et tous ceux qui empêchent l’établissement de ce Règne trahissent également leur vocation d’être humain.
Le Concile dit cette phrase magnifique : « Tout chrétien qui néglige ses devoirs temporels, ses devoirs envers son prochain, ne peut prétendre qu’il aime Dieu, il met en danger son propre Salut. » Cela répond à la question qu’on fit à Jésus (Lc 13,23) : « Seigneur, est-ce le petit nombre qui sera sauvé? » Pour Jésus le nombre importe peu, parce que ce qui suit est un grand enseignement de la force stricte et de la nécessité d’accomplir la vie chrétienne. Nous dirions en nos mots qu’il importe peu que nous soyons nombreux ou non, ce qui importe c’est que nous accomplissons bien notre devoir sur la Terre. Que nous nous efforçons d’entrer par la porte étroite et que nous ne marchions pas sur la large voie de l’égoïsme et des injustices de cette Terre. 21/08/77, p.187-189, I-II.
3) L’Église en processus de conversion
Je ne me fatiguerais pas de crier cette parole : Conversion. La conversion c’est comme de faire demi-tour. La conversion, c’est se demander à chaque instant : qu'est-ce que Dieu veut de ma vie? Et si Dieu veut le contraire de ce que désire mon caprice? Faire ce que Dieu veut c’est me convertir, faire mon caprice c’est me pervertir. Qu’est-ce que Dieu attend du pouvoir politique par exemple? Il veut que ces forces s’unissent moralement, par des lois saines, les volontés de tous les citoyens au bien commun; mais Dieu ne veut pas qu’on utilise le pouvoir pour outrager, pour frapper les gens, les villes et les peuples. Cela c’est de la perversion. Qu’attend Dieu du capital, de l’homme riche? Qu’il se convertisse, c’est-à-dire qu’il sache donner aux choses créées par Dieu, qui lui appartiennent toujours, un sens orienté vers le bien-être de tous. 21/08/77, p.189-190, I-II.
Tout passera, seule demeurera l’Église avec sa parole eschatologique qui dit que ce qui ne passe pas est éternel et ce qui vaut la peine c’est de se sauver en vérité. Le Salut débute déjà sur cette Terre parce que celui qui lutte pour implanter le Règne de Dieu dans la société et dans l’Histoire participera également au Règne de Dieu dans le Ciel. Et celui qui s’oppose, qui rejette ou qui répudie l’Église, le Règne de Dieu, ses ministres, ceux qui l’annoncent, sont des obstacles au Règne de Dieu et ils persécutent l’Église parce qu’ils l’empêchent de réaliser son ministère.
Ne nous installons pas sur cette Terre. Préoccupons-nous de marcher avec Jésus. Observez combien est significatif ce passage de l’Évangile de saint Luc qui nous a décrit la mission du Christ comme un chemin vers le Calvaire. L’Église marche aussi vers ce Calvaire, vers la Croix, mais elle sait que derrière la Croix, trois jours après, est la Résurrection, l’allégresse, le Règne, les Cieux nouveaux et la Terre nouvelle. Marchons donc avec Jésus. N’ayons pas peur des amertumes du calvaire. Sachons renoncer à tout ce qui constitue le péché et s’oppose au Règne de Dieu. Ne limitons pas la félicité et le Salut seulement à cette Terre, ni non plus en ce Ciel, mais dans la combinaison la plus sage et la plus merveilleuse qui consiste à bien accomplir la loi de Dieu sur cette Terre pour mériter la récompense en son Ciel. Sachons donc être de vaillants chrétiens, déjà que l’Église, grâce à ses trois caractéristiques, est celle qui maintient et qui sème l’espérance et l’allégresse dans le cœur de tous les Salvadoriens. 21/08/77, p.191, I-II.
Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire; 28 août 1977; Lectures : Ecclésiaste 3,19-21)30-31; Hébreux 12,22-23; Luc 14,1)7-14.
L’Église de l’Alliance et de la Pauvreté
L’Église proclame, comme toujours, à la lumière du jour, que son message continue d’être celui de Jésus-Christ. Elle n’enseigne pas en théorie de nous aimer, mais que c’est en s’incarnant dans la réalité que nous nous aimerons les uns les autres. Là où l’on se hait, là où l’homme s’est converti en un loup pour l’homme, c’est l’extorsion de l’homme par l’homme qui continue d’être une triste réalité. L’exploitation n’a pas lieu d’être dans un environnement chrétien et l’Église veut débusquer du monde le péché qui salit l’histoire. Je répète que l’histoire de chaque peuple, concrètement dans l’histoire de notre pays, du Salvador, Dieu veut l’employer pour son Histoire de Salut. C’est pourquoi l’Église, envoyée par Dieu pour purifier l’Histoire pour en faire une source de Salut, devra continuer de dénoncer les péchés dans l’Histoire. Qu’importe où l’on rencontre le péché, il constitue une entrave au Règne de Dieu qui ne peut s’implanter en ce monde parce que le péché l’en empêche. C’est pour cela que les communautés chrétiennes continuent d’être fidèles à leur mission de chasser le péché du monde, en demeurant fidèles à Jésus-Christ. 28/08/77, p.193, I-II.
Les communautés ont besoin de prêtres; Dieu suscite en elles les vocations. Il manque seulement la formation. Mais, ces communautés ecclésiales de base, ce dialogue qui se fait plus intime dans les paroisses sont malheureusement interprétés comme de la subversion, comme une intrusion de l’Église en politique. Il s’agit plutôt d’une maturation de la foi que nous recherchons pour éveiller le sens de la dignité de l’homme, de la famille, pour dire à l’être humain d’entreprendre sa promotion chrétiennement, qu’il vive sa propre destinée, qu’il la construise par ses propres efforts. […]
Notre patrie a beaucoup à attendre des groupes humains qui se conscientisent, qui se rendent dignes et qui naturellement doivent être critiques des effets de l’injustice. C’est cela qui dérange et c’est pourquoi on les maltraite. C’est précisément pour cela que l’Église doit poursuivre sa mission pour ne plus avoir un peuple endormi dans l’ignorance. Pour que nous cessions d’entendre cette calomnie du communisme que l’Église est l’opium du peuple. Au contraire, l’Église éveille bien mieux les consciences que toutes les idéologies de la Terre pour une éternité, une espérance qui contribue à ce que l’humain soit davantage l’artisan de son propre destin et de sa propre communauté. 28/08/77, p.194, I-II.
Il y a des changements dans cette Église parce que l’Église est le Corps du Christ dans l’Histoire, c’est-à-dire qu’elle doit être le Christ en cette heure et en ce pays. Elle doit parler comme le Christ parlerait aujourd’hui, ici, dans cette chaire, dans cette cathédrale. Et si elle le fait, elle est l’authentique Église du Christ et elle doit s’élever contre tous ceux qui offensent la loi de Dieu et qui essaient d’entraver le projet du Règne de Dieu en ce monde. Une politique abusive de son pouvoir, un capital égoïste, idolâtre de l’argent, ainsi que certains pauvres qui ne veulent pas s’améliorer afin d’être eux aussi les acteurs de leur propre destinée, tous ceux-là sont pécheurs; et la voix du Christ qui dénonçait le péché de son époque, d’Hérode, de Pilate et des pharisiens, serait celle qui dénoncerait aujourd’hui toutes ces manifestations d’entrave à l’unique Seigneur de l’Histoire : Christ, Dieu, Roi de nos cœurs.
Plan de l’homélie :
1) L’Église de l’Alliance de Dieu et des hommes
2) L’Église de la véritable pauvreté
1) L’Église de l’Alliance de Dieu et des hommes
Quiconque se rappelle ici ces pages si belles de l’Exode où Dieu se présenta comme pour se faire craindre d’un peuple enclin à l’idolâtrie. Il est l’unique Dieu véritable, le Dieu vivant, et ce Dieu voulut établir une alliance avec un peuple qui l’adorerait Lui seulement, qui au milieu de tant de peuples idolâtres rendrait un culte unique au seul Dieu véritable. C’est pour cela qu’Il signa sur cette montagne, remplie de sa majesté, les tables de la loi. Les dix commandements de la loi de Dieu qui continuent de prévaloir avec toute leur force dans notre ère chrétienne furent promulgués à l’époque du Dieu terrible, sous un Dieu qui faisait peur. Vous n’avez pas entendu cette voix du peuple qui en L’entendant demanda à Moïse que Dieu cesse de leur parler parce qu’ils en avaient peur.
C’est ainsi que fut préservée la foi dans le Dieu unique. Et l’Alliance de la loi ancienne fut respectée par ce peuple tant qu’il y avait ces manifestations de Dieu. Mais lorsque se présentait la tentation de l’idolâtrie, ce peuple tombait dedans. Quand ce peuple se laissait influencer par l’or, l’argent, le pouvoir politique, il faisait des alliances avec les rois de la Terre, il se vendait pour de l’argent et c’est alors que venaient les châtiments de Dieu.
La déportation d’Israël à Babylone, les châtiments de Dieu avec les maladies, diverses manifestations dans le peuple, la Bible les interprète comme le signal d’un Dieu qui réclame son alliance. Leurs idolâtries, leurs péchés, les éloignaient de Dieu et Celui-ci les châtiait non pour les rejeter à jamais, mais pour les attirer à Lui à nouveau.
Vous êtes du nombre de ceux qui sont venus ici pour entendre la parole de saint Paul qui dit (He 12,22-23) : « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, et des myriades d’anges, réunion de fête, et de l’assemblé des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, d’un Dieu juge universel, et des esprits des justes qui ont été rendus parfaits… » Il me semble y voir nos martyres de l’archidiocèse, ceux qui sont morts aujourd’hui, victimes de l’injustice et de la calomnie.
Vous êtes déjà parvenus à votre destination, derrière cette procession d’anges, de nobles, de bienheureux qui continuent de suivre cette procession de l’archidiocèse à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure, dans les paroisses, dans les chapelles, dans les cantons qui demeurent fidèles à leur foi. Votre espérance est certaine parce qu’elle s’appuie sur le Médiateur de la Nouvelle Alliance, de Jésus qui est le motif de mon espérance.
Frères, ne suivons jamais l’Église pour les hommes qui la composent, ses évêques, ses prêtres, nous sommes pécheurs. Priez pour que nous demeurions fidèles comme vous, mais ma foi d’évêque s’appuie en Jésus. Priez pour que la foi de mes chers prêtres s’appuie en Jésus, pour que la foi de mes chères religieuses, si unies, si engagées dans une quantité d’œuvres, s’appuie également en Jésus. Priez pour que la foi de tant de séculiers qui ont rencontré dans l’Église une raison de croire et d’espérer. Cette raison de la foi et de l’espérance c’est Jésus vivant, ressuscité qui est la tête de toute cette longue procession d’anges, de bienheureux et de fidèles qui demeurent en pèlerinage en ce monde.
Jésus est la source de l’espérance, en Lui s’appuie ce que j’enseigne, en Jésus se trouve la vérité de ce que je dis. L’Église, dis-je dans ma lettre pastorale, n’est pas autre chose que le Corps de Jésus. Il est la forteresse de l’Église, parce que ce n’est pas simplement un homme, sinon un Dieu qui se fit homme, qui vit et qui règne pour les siècles des siècles. 28/08/77, p.197-199, I-II.
2) L’Église de la véritable pauvreté
Humilité et pauvreté sont deux sœurs jumelles. Autrement dit, elles sont une seule et même chose. Le véritable pauvre est celui qui ne possède rien et qui sait qu’il ne compte sur rien, que tout ce qu’il a lui provient de Dieu. Lorsque la Vierge dit dans son précieux Magnificat (Lc 1,53) : « Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. » Que veut-elle dire? Ce n’est pas parce que la Vierge déprécie les riches, mais les autosuffisants, les orgueilleux, ceux qui n’ont pas besoin de Dieu, ceux qui sont idolâtres des choses de la Terre. Ils se fient à leur argent davantage qu’à Dieu, plus que dans l’amour à leur prochain. Ils se fient à leur pouvoir, parce qu’aujourd’hui ils ont les armes, ils accablent et ils sont orgueilleux.
Ceux-là sont ceux que Dieu renvoie les mains vides. Mais celui qui est humble, même s’il possède du pouvoir, mais qui ne met pas sa foi en cela et qui sait que ces choses s’en vont avec le vent. Les hommes ne sont pas stables au pouvoir, ils passent. La véritable humilité consiste à tout espérer de Dieu; et si aujourd’hui j’ai un pouvoir sur la Terre, je dois reconnaître qu’il me vient de Dieu et que je dois l’utiliser selon Dieu. Car Dieu peut aussi dire, comme au roi Saul : « Ce roi ne me satisfait plus, je le renvoie les mains vides et à sa place je mettrai cet humble pasteur, David, un roi selon mon cœur. »
Le pouvoir de la Terre se perd, frères, souvenez-vous que l’humilité est la vérité. Celui qui est véritablement riche s’appuie sur la richesse de Dieu, et ceux-là sont les véritables membres de l’Alliance. Cette Église de l’archidiocèse, héritière de l’Alliance d’Abraham, de Moïse et du Christ, est maintenant véritablement authentique, parce qu’elle ne s’appuie plus sur aucun pouvoir, sur aucun argent. Aujourd’hui l’Église est pauvre, aujourd’hui l’Église sait que les puissants la rejettent, mais que l’aiment ceux qui mettent leur confiance en Dieu.
Je vous invite, très chers fils de l’Église à ne jamais trahir cette alliance avec notre Dieu parce que c’est ce qu’Il abhorre. Quand son peuple n’a plus foi dans sa propre valeur et qu’il s’appuie sur Babylone ou sur l’Égypte, Dieu le rejette et le peuple est alors victime de son propre manque de confiance. Mais lorsqu’Israël était encerclé d’ennemis puissants et qu’elle mettait sa confiance dans le Dieu unique, Israël vainquait. C’est l’Église que je veux, une Église qui ne s’appuie pas sur les privilèges et les valeurs des biens de la Terre, une Église toujours plus détachée des biens terrestres, des choses humaines pour pouvoir les juger avec plus de liberté depuis la perspective de l’Évangile, de sa pauvreté. Il ne s’agit pas d’une pauvreté démagogique parce que cela n’est pas la pauvreté. Celui qui feint d’être pauvre pour faire la révolution, semer la haine, celui-là n’est pas pauvre, il porte en soi une confiance dans sa révolution et cela déjà ne le fait pas authentiquement pauvre. Parce que l’Église ne se fie en aucune révolution de la Terre, elle ne sème pas la haine, parce que là nous ne rencontrerons rien qui puisse semer l’amour à Dieu et l’amour envers le prochain, au Règne de Dieu sur la Terre, à partir de la véritable pauvreté, de la véritable humilité. C’est cela, l’Église dont nous rêvons, celle que je crois que nous sommes en train de construire dans notre archidiocèse. 28/08/77, p.199-200, I-II.
Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire; 4 septembre 1977; Lectures : Sagesse 9,13-19; Philémon 9b-10,12-17; Luc 14,25-33.
L’Église de l’Esprit saint et de la Croix
Cette Église que nous possédons, que nous sommes arrivés à connaître par la grâce de Dieu, non par nos mérites, cette Église que nous avons l’immense honneur de servir, n’est pas une invention de la sagesse humaine, mais la réalisation des idéaux de Dieu sur la Terre. Pour comprendre cela, et nous ne le comprendrons jamais entièrement sur cette Terre, efforçons-nous à tout le moins de ne pas nous opposer en péchant contre l’Esprit saint. Tâchons de pénétrer toujours davantage en ce mystère chaque dimanche où la Parole de Dieu nous désigne avec clarté ce qu’Il veut de l’Église en ce monde, au cœur de l’humanité qu’Il aime et à qui Il envoie l’Église pour la sauver et l’illuminer. Les deux points que je développerai sont les suivants :
1) L’Église et l’Esprit saint
2) L’Église de la Croix et du détachement
C’est ce que je développerai à la suite des lectures que nous venons d’entendre, (Sg 9,13-19; Ph 9b-17; Lc 14,25-33). Je m’appuie sur la seconde lecture, l’épître de Paul à Philémon qui nous présente la figure de l’authentique chrétien, de l’authentique promoteur de la libération humaine et de la justice sociale dans l’Église.
1) L’Église et l’Esprit saint
En premier lieu, la première lecture nous invite à nous élever derrière la sagesse de Dieu, parce que (Sg 9,14-17) : « Les pensées des mortels sont timides, et instables nos réflexions; un corps corruptible, en effet, appesantit l’âme, et cette tente d’argile alourdit l’esprit aux mille soucis. Nous avons peine à imaginer ce qui est sur la Terre, et ce qui est à notre portée nous ne le trouvons qu’avec effort, mais ce qui est dans les cieux, qui l’a découvert? Et ta volonté qui l’a connue sans que tu aies donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit saint? » C’est cela, l’Église, un creuset de l’humanité où Dieu verse son Esprit divin pour qu’à partir de là, elle puisse illuminer l’humanité tout entière.
Plus vous vous croyez scientifiques, plus je vous défie de découvrir une opposition véritable entre votre science qui vous rend si fier et l’humble foi de notre Dieu qui nous a révélé le dessein du Salut éternel! La science ne saurait être authentique tant qu’elle ne s’est pas confrontée avec l’humble foi. Le véritable sage est celui qui dans les différents domaines des sciences atteint cette sagesse. L’humble l’atteint par sa prière et sa simplicité. Le sage et le rustique, s’ils sont des hommes de foi, devront demeurer humbles pour observer les desseins de la sagesse divine qui veut nous sauver, non par la science humaine, mais par la sagesse de l’humilité, de la croix, de l’austérité et du sacrifice. 04/09/77, p.203, I-II.
Les contemplatifs, ceux qui laissent les préoccupations matérielles pour se consacrer au grand travail de contemplation de la beauté de Dieu, puis de là nous apportent les beautés qui enchantent l’humanité, cela demeure un travail actuel dans l’Église. Qui dirait aujourd’hui dans cette ère d’activisme qu’il existe des monastères d’hommes et de femmes contemplatives, et que les communautés religieuses ont des heures de profondes méditations où ils délaissent leurs occupations pour se consacrer à la contemplation. De même, pour les prêtres, si nous désirons demeurer fidèles à notre mission, nous savons que tout ne consiste pas en prédication et en travail et ce qui nous fait avancer bien souvent, c’est lorsque nous sommes agenouillés devant le Seigneur en prière contemplative. C’est de là que provient tout ce que nous disons, comme une expérience de félicité, de satisfaction profonde et c’est ce que nous appelons aujourd’hui l’Église.
Le cardinal Pironio, grand promoteur de la libération authentique en Amérique latine, en arrive à dire que si cette soif de libération des peuples opprimés, marginalisés dans la pauvreté, dans la faim, dans l’analphabétisme, crient pour une libération à laquelle ils ont droit, que c’est l’Esprit saint qui clame à l’intérieur de cette multitude affamée et que l’Église ne peut demeurer sourde à cette voix de l’Esprit saint qui clame à travers ces gens. C’est pourquoi l’on qualifie l’Église de subversive et de tous les qualificatifs imaginables alors qu’elle est guidée par la voix de l’Esprit qui clame à partir de la misère de notre monde. Il appelle à une plus grande justice, à une plus grande fraternité entre les hommes. C’est la voix de l’Esprit qui l’appelle et pour savoir ausculter cette voix de l’Esprit et pour lui apporter la réponse qu’elle attend, l’Église doit se mettre en prière devant l’Esprit saint. Et, grâce à Dieu, il y a beaucoup de prières dans notre Église. L’équilibre de cette voix de l’Esprit qui clame du cœur de la misère humaine de nos peuples est la voix qui clame depuis la contemplation et la prière, c’est ce qui fait de l’Église, l’authentique libératrice de l’Amérique latine, libératrice qui se fonde sur la force de la sagesse de Dieu, libératrice à partir de l’Esprit saint. 04/09/77, p.204-205, I-II.
Je vous ai déjà dit que certains ont mis de côté la prière comme quelque chose de dépassé. La prière continue d’être valide, vous ai-je dit, nous pourrions répéter encore cet exercice aujourd’hui : tente de t’imaginer le plus grand possible, car tout est bien peu pour celui qui s’est fait à l’image de Dieu. Qui es-tu? Tu es l’image de Dieu, tu as beaucoup d’infini, beaucoup d’incommensurable, tu es grand, il n’y a pas de doute. La prière ne va pas vous diminuer, elle ne vous demande qu’une seule chose, combien davantage l’humble cache ses qualités, celui qui comme Marie sait dire : « Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses. » Chacun de nous possède sa grandeur, Dieu ne serait pas l’auteur de ma vie si j’étais quelqu’un d’inutile. Je vaux beaucoup, tu vaux beaucoup, nous valons tous beaucoup parce que nous sommes les créatures de Dieu et Dieu a produit à profusion des merveilles en chacun de nous.
C’est cela, la lutte authentique de l’Église et tant qu’on portera atteinte aux droits humains, tant qu’il y aura des arrestations arbitraires, tant qu’il y aura des tortures. L’Église se sentira persécutée et dérangée. Parce que l’Église apprécie l’être humain et ne peut tolérer qu’une image de Dieu soit piétinée par ceux qui s’abrutissent en foulant au pied d’autres hommes. L’Église veut précisément embellir cette image, c’est pourquoi je vous dis : combien plus lorsque tu penses à tes capacités intellectuelles, volitives, d’organisation, de beauté, etc. Mais tout cela aura une fin. Arrive alors le moment où tu comprends tes limites, sache qu’il demeure quelque chose de plus grand en toi. En ce moment, tu es déjà en train de prier, tu reconnais que tu n’es pas un Dieu, qu’aussi grand que tu puisses être il existe une limite où tu éprouves la nécessité de Dieu. Tu en as besoin et c’est alors que tu dis : « Seigneur, pour ce qui me manque, pour ma petitesse. » C’est alors que je commence à apercevoir depuis la limite de ma grandeur, l’infinie grandeur de Dieu et que débute ma contemplation, ma prière, ma supplique, ma demande de pardon parce que je l’ai offensé, mais c’est surtout de l’Action de grâce dont j’ai besoin : « Seigneur, sans Toi je ne suis rien. »
Faire cela, mes frères, plusieurs fois, vivre de cela, c’est répondre à la parole d’aujourd’hui, lorsqu’elle nous dit en terminant cette lecture (Sg 9,18) : « Ainsi ont été rendus les droits, les sentiers de ceux qui sont sur la Terre, ainsi les hommes ont été instruits de ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés. »
Qu’il est facile d’être agréable à Dieu, il suffit de reconnaître sa sagesse infinie et de s’inspirer d’elle pour notre propre sagesse, de développer toutes nos capacités, mais en ressentant toujours le besoin de Dieu. C’est cela, le service que l’Église apporte à l’humanité actuelle. Parce que l’Église veut se purifier de tout ce qui embrouille cette sagesse divine, qu’elle cherche à être la sagesse des humains, parce que l’Église appelle à la conversion et dénonce le péché contre la sagesse divine, à ceux qui mettent leur espérance dans les fausses idoles. C’est pourquoi on la persécute, pour la cause de la sagesse de Dieu, parce qu’elle affirme davantage en son cœur qu’il ne vaut pas la peine de plaire aux hommes et aux femmes, surtout lorsqu’ils sont orgueilleux et idolâtres, alors que nous courrons le risque de perdre la simplicité de la sagesse divine.
C’est ce que nous devrions demander au Seigneur : « Préserve-nous, Seigneur, par la simplicité de ta sagesse, que nous n’allions pas nous perdre pour des intrigues ou pour vouloir gagner socialement ou politiquement, pour vouloir nous élever sur la Terre. » « Malheur à ceux qui veulent sauver leur vie, dit le Christ, ils la perdront. Par contre, ceux qui la risqueront à cause de moi la sauveront. » Et de ceux-ci il en existe bon nombre dans notre archidiocèse, des hommes qui exposent leur vie au risque de la perdre, comme l’ont perdue et continue de la perdre nombre de nos catéchistes, de nos prêtres, de gens qui, pour demeurer fidèles à leur mission et à la sagesse de Dieu, deviennent indésirables, persécutés par la sagesse humaine et qui périssent de façons cruelles comme nous l’avons encore vu ces derniers jours. 04/09/77, p.204-206, I-II.
2) L’Église de la Croix et du détachement
Jésus-Christ dit : « Mets-toi à méditer sur ta capacité de détachement, ta capacité de Croix. Je ne t’offre pas une couronne de roses, ni des avantages sociaux ou politiques. Je t’offre uniquement la Croix. Celui qui veut venir avec moi doit être si détaché que même l’amour qu’il porte à sa mère ou à son épouse ne doit pas constituer un obstacle pour me suivre. » L’amour du Christ est si absolu, la lumière de la sagesse divine que le Christ a apportée au monde est si limpide que pour Le suivre on ne peut Le suivre à moitié. S’il est normal d’aimer sa mère, son épouse et ses enfants, la patrie et tout ce que la Terre contient, cela doit être dans un sens hiérarchique, sous la hiérarchie de l’Amour absolu, sous la disposition de tout Lui abandonner lorsque le Christ nous appelle à tout laisser. Comme nous sommes prompts à rechercher la protection sur cette Terre et combien nous mettons peu notre confiance dans la Croix!
Cependant, c’est le détachement que la foi nous demande. C’est la Croix du Christ qui est la clé de la véritable libération. Si aujourd’hui nous parlons beaucoup de libération, s’il existe de nombreux faux libérateurs, le libérateur chrétien doit composer, comme clé et comme pratique, avec la Croix du Christ.
La Croix c’est le Salut. Mais la Croix ne doit pas s’appuyer sur les choses de cette Terre parce qu’elle apporte la sagesse et la force de Dieu. Elle nous offre sa protection, elle ne demande pas et elle n’a pas besoin de la protection de la Terre. L’Église offre sa protection à qui veut l’accepter, pour l’éternité, pour l’absolu, mais lorsqu’elle s’engage dans le témoignage de cette Croix détachée et persécutée, elle se sait aimée de Dieu. Les appuis de la Terre rendent moins éloquente sa crédibilité, elle doit demeurer disposée, dit le Concile, à renoncer à tous les avantages de la Terre afin de se manifester dénudée, crue comme l’est la Croix authentique de notre Seigneur Jésus-Christ. […]
Depuis le Calvaire de chaque autel de la messe dominicale, elle continue à nous dire : « Ceci est le pain qui se convertit en mon corps, le calice de mon sang, qui apporte le pardon aux hommes. » Et c’est uniquement à partir du pardon de la Croix que nous pouvons espérer la libération de l’Amérique latine et de ses peuples. Qui veut être mon collaborateur? Qui veut embrasser cette Croix pour l’apporter au monde et la planter comme signe de l’unique Salut? Puisse Dieu, mes frères, qu’au fond du cœur de chacun de ceux qui participent à cette réflexion, nous disions au Seigneur que nous embrassons sa Croix et que nous voulons vivre une Église qui soit véritablement signe et sacrement de Salut pour notre patrie et pour notre temps. 04/09/77, p.207-209, I-II.