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Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire; 11 septembre 1977; Lectures : Exode 32,7-11)13-14; Timothée 1,12-17; Luc 15,1-32.
L’Église de la véritable Indépendance, l’Église de la Liberté authentique
Péché social

Le péché social existe. Quand les évêques latino-américains dénoncèrent le péché de l’injustice sociale comme péché institutionnel de l’Amérique latine, ils faisaient écho à cette page de l’Exode (32,7-11)13-14) lorsque Dieu lui-même dit à Moïse : « Ton peuple a péché. Il s’est éloigné de la voie que Je lui avais tracée. Je vais détruire ce peuple. » Et c’est l’intervention de Moïse, véritable libérateur devant Dieu. 11/09/77, p.212, I-II.
 
Pécheur repenti

Je voudrais inviter chaque Salvadorien au repentir et cela, peu importe son péché et sa situation actuelle. En cette heure où nous célébrons l’anniversaire de la patrie, combien de fils de celle-ci se noient dans le vice, se traînent par terre en ignorant leur dignité humaine et salvadorienne. Combien de couples en conflit, combien y a-t-il d’époux adultères, de fils dégénérés, combien y a-t-il de jeunes qui se perdent dans le vice au lieu de s’alimenter de grands idéaux pour le futur, combien existe-t-il de familles déchirées, combien d’angoisses des disparus, combien de douleurs dans ces cadavres ambulants dans les cachots de nos prisons, torturés, horriblement flagellés, disparus injustement, morts vivants de notre patrie. C’est l’image d’un peuple auquel Dieu pourrait s’approcher le 15 septembre et dire à nouveau comme Il dit à Moïse : « Mon pauvre peuple salvadorien, le pauvre peuple qui s’est éloigné des chemins du bonheur que Je lui avais tracés. » Un revirement s’impose, frères. 11/09/77, p.213, I-II.
 
Éloignement de Dieu

« L’homme a été créé par Dieu, disait saint Augustin, et son cœur demeure inquiet tant qu’il ne repose pas en Dieu. » Dieu m’a fait pour Lui et toute ma raison d’être, la culture de mes qualités, le développement de mes facultés, toute ma vie sera heureuse en se développant si elle a pour centre la gloire de Dieu. Saint Ignace de Loyola le dit en employant ces formules jésuites : Ad mayorem Dei gloriam, « À la plus grande gloire de Dieu ». C’est pour cela que les jésuites travaillent et qu’ils avancent jusqu’aux frontières dangereuses de l’Église, qu’ils continuent même si on les menace de mort s’ils ne s’en vont pas. Parce qu’ils travaillent pour la gloire de Dieu et si à cet endroit la mort les surprend, celle-ci ne pourra pas leur enlever la gloire de Dieu qu’ils continueront de savourer pour toujours, dans la mesure où ils la cultivent ici, dès cette vie. Bienheureux l’homme qui sait travailler pour la gloire de Dieu, qui sent qu’en aucune autre partie du monde il ne peut être aussi heureux que sous la loi du Seigneur.

La bête insensée qui se frappe contre une roche ne fait aucun mal à la roche, elle se fait du mal à elle-même. Il en est de même pour le pécheur, pour celui qui persécute l’Église. Celui qui tue des prêtres, qui les expulse, qui torture le catéchiste est en train de ruer dans les brancards. L’Église ne bronche pas. L’Église demeure même si cela ne paraît pas dans les journaux, même si on la critique. L’Église est un rocher qui demeurera pour toujours. C’est pourquoi il vaut mieux rester fidèle à cette Église que de recevoir de l’argent pour l’espionner. Il vaut mieux être un humble fils de l’Église que d’être bien politiquement et économiquement, mais en piétinant cette pauvre Église. Parfois, il me semble que c’est nous, mes frères, qui détruisons la maison paternelle. Il nous faut d’abord beaucoup réfléchir. 11/09/77, p.214-215, I-II.
 
Inégalités

Dans le monde actuel, il existe de nombreuses inégalités sociales, où les richesses font que plusieurs se sentent les euphories de l’enfant prodigue. Le père ne manque pas, la maison paternelle ne manque pas. Ici il y a des amis, il y a un banquet, il y a des fêtes, toutes les portes s’ouvrent à l’argent. C’est pour cela que le Christ faisait ces admonestations sévères envers les richesses, non que les richesses soient mauvaises en soi, mais parce que l’homme, à l’imitation du fils prodigue, met tout son plaisir, tout son pouvoir, toute sa joie dans l’argent. C’est comme ce que Dieu dit à Moïse dans la première lecture (Ex 32,7-11)13-14) – observez comment le Seigneur a bien défini ici la position d’une richesse qui s’est convertie en idolâtrie : « Je vois ce peuple à la nuque raide. Ils se sont détournés du chemin que Je leur avais indiqué. Ils se sont fabriqué un taureau de métal », un veau d’or.

Qu’est-ce d’autre que la richesse lorsqu’on ne pense plus à Dieu? Une idole d’or, un veau d’or qu’ils adorent et auquel ils offrent des sacrifices. Quels sacrifices énormes sont faits devant cette idole qu’est l’argent, non seulement des sacrifices, mais aussi des iniquités. On paie pour tuer, on paie le péché et on se vend, tout est commercialisé, tout est licite pour de l’argent.

Et parce que l’Église veut demeurer fidèle à ce Dieu unique et qu’elle parle comme Moïse contre les faux dieux que les humains idolâtrent, l’Église doit souffrir. Sa mission prophétique est douloureuse, mais nécessaire. Elle prie comme Moïse à Dieu : « Seigneur aie miséricorde de ce peuple. Fais-lui sentir la vanité de ces choses. Seigneur ne les condamne pas. » Très chers frères, nous n’avons jamais prêché avec ressentiment ou avec haine. Nous prêchons avec des regrets, avec amour, avec douleur, parce que l’idolâtrie de l’argent fait que plusieurs de nos frères se perdent, parce que le cœur de l’homme est en train de se métalliser. 11/09/77, p.215, I-II.

Sans Bonheur

Lorsque l’Église se nomme l’Église des pauvres, cela ne consiste pas en cette pauvreté pécheresse. L’Église s’approche du pécheur pauvre pour lui dire : « Convertis-toi, valorise-toi, ne t’endors pas. Tu dois comprendre ta propre dignité. » Et cette mission de promotion humaine que l’Église est en train de mener à terme, dérange également parce qu’il convient à plusieurs d’avoir des masses de gens endormis, des êtres qui ne s’éveillent pas, des personnes conformistes, satisfaites de la nourriture des porcs.(Parabole de l’enfant prodigue). L’Église n’est pas d’accord avec cette pauvreté pécheresse. Oui, elle veut la pauvreté, mais la pauvreté avec dignité, pas celle qui est le fruit d’une injustice et qu’on doit combattre pour atteindre la digne pauvreté du foyer de Nazareth. Joseph et Marie étaient pauvres, mais quelle pauvreté plus sainte, quelle pauvreté plus digne. Grâce à Dieu nous avons des pauvres qui sont eux aussi de cette catégorie parmi nous. C’est cette catégorie de pauvres dignes, de pauvres saints, que Jésus Christ proclame : « Bienheureux ceux qui ont faim, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui ont faim de justice. » C’est à partir de là que l’Église, suivant l’exemple du Christ, proclame que c’est cette pauvreté qui va sauver le monde; parce que les riches et les pauvres doivent se faire pauvres à partir de la pauvreté évangélique, non pas à partir de la pauvreté qui est le fruit du désordre, et du vice; sinon à partir de la pauvreté qui est de tout espérer de Dieu, qui est de tourner le dos au veau d’or pour adorer le seul Dieu, qui est de partager le bonheur d’avoir avec tous ceux qui n’ont rien, qui est la joie d’aimer. Parce que ce pauvre pécheur dans la profondeur de sa misère sent l’appel de l’amour. 11/09/77, p.216, I-II.
 
Mouvement de conversion

Frères, nous avons souvent dit que l’Église appelle à la conversion, que lorsqu’elle clame contre le péché, contre les outrages, contre des formes si nombreuses de péché présent dans notre environnement, elle ne fait pas cela par triomphalisme, comme si elle se sentait supérieure. Elle fait cela, se sachant elle-même pécheresse, en sentant l’appel de l’amour, de la conversion, de la maison du Père qui nous espère. Vous avez entendu le cri d’angoisse du fils, mais au même moment rempli de confiance (Lc 15,17-19) : « Combien de journaliers dans la maison de mon père ont du pain en abondance, tandis que moi je meurs de faim? Je vais me mettre en chemin vers la maison de mon père et je lui dirai : “Père, j’ai péché contre toi et le ciel, je ne mérite plus d’être appelé ton fils.” »

C’est l’heure de la conversion. Comme je voudrais, frères, qu’au lieu de mes pauvres paroles, ce soit la voix de votre propre conscience. Que vous entendiez là-bas dans l’antre de votre péché - que ce soit comme adorateur du veau d’or ou comme pauvre victime de votre mauvaise volonté, vous lamentant sur votre condition de pécheurs; sentez que Dieu vous appelle, que l’amour vous espère, l’amour qui triomphe parce que là, à l’autre bout du chemin, dans sa maison ensoleillée, le pauvre vieux sortait tous les jours pour guetter s’il ne voyait pas son fils ruiné revenir chez lui. Et un jour il s’émeut de voir venir sur le chemin une figure squelettique, repentie, mal à l’aise, et son cœur se serre. « C’est mon fils, » et il court à sa rencontre.

L’Église est pour les pécheurs. Le Christ est venu pour les pécheurs, « pour moi le premier » disait saint Paul. Nous rencontrons maintenant le fils prodigue dans sa troisième phase, celle que je voudrais pour vous tous et pour moi : le retour, où l’amour attend à bras ouverts. Je ne serai pas rejeté aussi grand que soient mes péchés. Je vous le répète frères, parce que j’ai reçu ces jours-ci des confidences très profondes de pécheurs qui m’ont dit : « Est-ce que le Seigneur me pardonnera si mes péchés sont si grands? » C’est sûr qu’Il te pardonne, aussi grandes que soient tes fautes, plus grande est sa bonté. Aucun péché ne peut éteindre l’incendie d’amour de Dieu. Au contraire, cet amour de Dieu, comme un incendie, détruira tout la malice des péchés qui existent en ce monde. 11/09/77, p.217, I-II.
 
Changement des structures et des cœurs

Je voudrais, très chers frères, comme fruit de cette réflexion à la veille du jour de la patrie, vous rappeler ce que l’Église enseigne que les structures sociales, le péché institutionnel dans lequel nous vivons doivent être changés. Tout cela doit changer, cela ne peut pas continuer ainsi. Tous ces outrages dont j’ai fait mention au début. Les noms des victimes changent, mais la cause demeure la même. Nous vivons une situation d’inégalité, d’injustices, de péché et le remède ce n’est pas de réprimer par la force des armes, de payer pour tuer la voix qui parle. Cela ne réglera rien, cela fait empirer les choses, cela fait fleurir davantage le cri prophétique de l’Église. Ce qui fonctionne c’est de se mettre à changer à partir de la position de chacun, du gouvernement, du capital, de l’ouvrier, du jeune travailleur, du propriétaire de plantations afin qu’il y ait davantage de justice et d’amour.

Mais les changements de structures ne suffisent pas, dit Medellín : « Tant que nous n’aurons pas d’hommes nouveaux, nous n’aurons pas un continent nouveau. » Tant que nous n’aurons pas de Salvadoriens nouveaux, nous n’aurons pas une patrie meilleure, libre, véritablement indépendante; parce que le véritable esclavage est ici dans le cœur du Salvadorien. Attaché au péché on ne peut être un agent de libération. Nous devons rompre la chaîne du péché : nous devons imiter le fils prodigue, sentir qu’on ne peut changer avec la nourriture des porcs, la situation injuste du pays. Ce n’est pas en rapiéçant, en raccommodant, en fustigeant, en torturant, et en réprimant; il s’agit là des caroubes des cochons. Il est nécessaire de retourner sincèrement vers Dieu : le peuple, comme Moïse qui conduit Israël, doit se repentir et demander pardon à Dieu; l’individu, chacun et chacune d’entre nous, responsable de sa propre destinée; et tous ensemble, responsables de la réalité de la patrie. Que chaque Salvadorien rentre dans l’intimité de son cœur et dise en vérité : « Suis-je un agent de libération pour ma patrie? Me suis-je libéré de mes propres péchés en premier lieu? Tant que je serai un esclave de Satan dans le péché, cela ne sert à rien que je me regroupe, que je m’associe, que je crie libération; je ne suis pas un agent de libération. C’est pour cela que l’Église amène en cette heure de nécessaire libération du peuple, la mystique de la libération du péché à partir de la profondeur du cœur de l’enfant prodige.

Peu importe ce que nous avons été, l’enfant prodigue disparaît comme pécheurs dans les bras de son père et recommence à être le bon fils qu’il était. Et Paul (I Tm 1,12-17), le persécuteur, violent et blasphémateur, comme lui-même le rappelle, n’est plus qu’un apôtre désormais, parce qu’il a aimé le Christ, qu’il s’est laissé inondé par l’Amour. Nous croyons en l’Amour, frères, en l’Amour qui m’attend, en l’Amour qui veut cette patrie plus heureuse, en l’Amour qui veut que chaque Salvadorien soit plus digne, en l’Amour qui espère l’enfant prodigue qui s’alimente encore de caroubes. Cet Amour veut donner le véritable pain de la dignité humaine, le véritable éveil d’une conscience digne. Je souhaite à tous que le 15 septembre prochain (fête nationale) soit véritablement un jour de rencontre du fils prodigue et de la nation pécheresse avec Dieu qui est l’amour, qui pardonne et qui nous veut heureux. 11/09/77, p.217-218, I-II.


Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire; 18 septembre 1977; Lectures : Amos 8,4-7; I Timothée 2,1-8; Luc 16,1-13.
La Parole de Dieu dans le monde d’aujourd’hui
La lumière de la Parole éternelle

L’objet de la prédication de l’homélie n’est pas autre chose que de dire à vous tous, qui participez à cette réflexion de la Parole de Dieu, que celle-ci s’accomplit aujourd’hui. C’est une actualisation de la Parole éternelle du Seigneur. Ce que nous prêchons à la messe n’est aucunement par démagogie comme certains nous en accusent, ni parce que nous avons le délire de la persécution, mais parce que nous voulons illuminer avec la Parole éternelle du Seigneur, la réalité où l’Église de notre archidiocèse se meut afin que tous ceux qui la composent, sachent juger les choses de l’Histoire, non pas avec des critères personnels, sinon à la lumière de la Parole éternelle du Seigneur, celle qui demeure pour toujours.

Nos opinions, nos jugements humains, sont faillibles parce qu’elles proviennent des hommes et des femmes, mais la Parole du Seigneur ne peut pas faillir. C’est de là qu’un chrétien doit apprendre tout au long de sa vie à éclairer la marche de l’Histoire, les événements de sa vie, avec la Parole éternelle du Seigneur. Combien d’événements de cette histoire vertigineuse de notre patrie, en nos jours, nous faut-il éclairer de cette Parole de Sagesse éternelle?

Ce ne sont pas les jugements humains, mais le jugement de Dieu, que le chrétien doit rechercher. Ce ne sont pas les jugements humains qui produisent la rectitude d’une œuvre, sinon la lumière de la pensée de Dieu.

Nous ne sommes pas étrangers aux préoccupations de chacun d’entre vous, de vos familles. Vos tribulations, vos espoirs, vos joies et vos chagrins de chaque jour ne sont pas étrangers au cœur de l’Église. Mais nous sommes dans l’impossibilité d’illuminer un à un les circonstances d’une vie si exubérante comme l’est celle des Salvadoriens. Je vous invite à l’analyser, à la lumière de l’amour chrétien, de la Parole de Dieu. Sachez interpréter les événements de votre propre vie. Pour le chrétien il n’y a pas d’autres critères que la foi et l’amour qui illumine la parole de l’homme qui parle. Le message éternel de Dieu est ce que nous devons découvrir. Ne prenez pas l’attitude du mépris pour celui qui vous parle parce que le mépris que mes actes ou mes paroles peuvent vous causer ne se limite pas à ma personne. Mes paroles portent en elles la garantie du Christ qui dit à ses prédicateurs : « Celui qui vous méprise, me méprise aussi et celui qui vous écoute, m’écoute également.  » 18/09/77, p.219-220, I-II.

L’Église de notre diocèse, malgré les difficultés, veut être une Église qui répond à sa vocation, à l’appel que le Seigneur lui fait précisément en ces circonstances pour qu’elle devienne chaque jour plus authentiquement l’Église de Jésus-Christ qui ne s’appuie pas sur les forces humaines, sinon qu’elle élève l’humain jusqu’aux forces de l’Évangile qui s’expriment dans cette liberté, dans cet esprit de pauvreté, dans ce sens de confiance et d’amour en Dieu qui est précisément sa valeur et sa force. 18/09/77, p.222, I-II.
 
L’injustice

Les hommes et les femmes ne savent pas utiliser la paix que Dieu nous donne, nous ne l’employons que pour engendrer du désordre. Les temps de paix se prêtent à l’abus du commerce et c’est là qu’arrive le prophète, dans un contexte épouvantable d’extorsion où le riche veut s’accaparer de tout, où le pauvre est chaque jour plus pauvre et le riche chaque jour plus riche. Dans cette ambiance de relations économiques injustes, où la religion est devenue un commerce, où l’on tire profit du sabbat et de la nouvelle lune. Tandis que la loi de Moïse commandait de se reposer et de ne pas faire de commerce, on employait ce temps pour tramer de meilleures affaires en s’efforçant d’exploiter davantage.

À ces gens injustes, qui se servaient de la religion comme d’un trampoline pour leur argent, se présente le prophète Amos (8,4-7) pour leur dire : « Écoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre, et voudriez faire disparaître les humbles du pays, vous qui dites : “Quand donc sera passée la ‘néoménie’ pour que nous vendions du grain, et le sabbat, que nous écoulions le froment?” » Ils ne pensaient pas à Dieu. Ils ne pensaient qu’à vendre leur blé et leur grain, ils pensaient à la meilleure façon d’exploiter, comme les en accuse le prophète : « Nous diminuerons la mesure, nous augmenterons le sicle, nous fausserons les balances pour tromper. Nous achèterons les faibles à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales; et nous vendrons les déchets du froment. » Jusqu’à la coquille du riz, ils vendaient, ils faisaient un négoce des déchets eux-mêmes. Mais devant cette attitude, le prophète leur rappelle une chose : « Yahvé l’a juré par l’orgueil de Jacob : jamais je n’oublierai aucune de leurs actions. »

C’est cela, le soutien du prophète, c’est que derrière lui se tient Dieu, qui commande de dénoncer les injustices. C’est pourquoi, mes frères, devant les difficultés de dénoncer les injustices, les prophètes ont peur, parce que la vengeance est terrible. Mais en même temps ils sentent la confiance d’un Dieu qui les appuie. « J’irai avec toi, disait Dieu aux prophètes, parce que c’est moi qu’ils offensent quand ils offensent et extorquent le pauvre, le nécessiteux, quand ils exploitent. »

Jésus aussi prend la parole dans l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 16,1-13) pour dénoncer l’injustice d’un administrateur infidèle. Souvent, les administrateurs sont plus cruels que les propriétaires eux-mêmes. Si vous avez déjà partagé la vie des pauvres qui travaillent dans les fermes et les plantations, vous avez pu vous rendre compte à quel point certains administrateurs sont fanatiques pour bien paraître aux yeux de leurs patrons en estropiant et en outrageant le pauvre nécessiteux, celui à qui on enlève le travaille. Comme ces paroles qui m’ont été rapportées d’Aguilares : « Que l’évêque te donne un travail, que les curés te donnent un emploi. » C’est se moquer de la dignité de l’homme.

Très chers frères, comme disent les évêques à Medellín, dans le document sur la justice : « La situation d’Amérique latine a été longuement étudiée. Il n’est pas nécessaire d’en dire davantage, mais de conclure seulement qu’une misère de masse a été créée et que celle-ci clame vers le Ciel. » Ce sont là des paroles du magistère de l’Église d’Amérique latine. Une situation d’injustice qui clame vers le Ciel, et cela ne peut pas continuer ainsi. C’est une nécessité de transformation, de changements nécessaires, à laquelle nous devons tous apporter notre labeur. Non pas tous avec la même efficacité, puisque nous ne contrôlons pas tous les mêmes rênes, mais chacun peut y contribuer. Les lectures d’aujourd’hui (Amos 8,4-7; I Tim 2,1-8; Lc 16,1-13) nous indiquent des moyens très efficaces parmi toutes ses idées. Un chrétien doit être un homme qui combat avec ses idées, non par la violence. Je ne me fatiguerai jamais de répéter : oui, il existe une violence, c’est la violence du Christ sur la croix qui se laisse tuer pour que le monde soit plus juste. Faisons-nous violence à nous-mêmes, à notre égoïsme, à notre avarice, à nos envies. Nous devons vaincre ces lacunes de notre cœur avec ces paroles salutaires que nous offrent les Paroles divines d’aujourd’hui. 18/09/77, p.222-223, I-II.
 
La valeur du temporel

En premier lieu, il nous faut retenir la valeur relative des biens, des biens temporels, et le jugement de Dieu sur ceux-ci. Observez bien comment débute la parabole d’aujourd’hui (Lc 16,1-2) : « Il était un homme riche qui avait un intendant et celui-ci lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le fit appeler et lui dit : “Qu’est-ce que j’entends dire de toi? Rends compte de ta gestion, car tu peux plus gérer mes biens désormais.” » C’est l’allusion que le Christ fait : les biens de la Terre sont de Dieu, l’homme les possède comme un administrateur, mais le propriétaire demandera des comptes à chacun, à chaque copropriétaire, à chaque propriétaire terrien, du plus grand au plus petit, comment il a administré les biens que Dieu a créés pour le bien-être de toute l’humanité. Il y a un jugement de Dieu devant nous et quand le Christ tire la morale de cette parabole (Lc 16,8) : « Et le maître loua cet intendant malhonnête d’avoir agi de façon avisée. Car les fils de ce monde-ci sont plus avisés envers leurs propres congénères que les fils de la lumière. » Et Il nous invite (Lc 16,9) : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin qu’au jour où il viendra à manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes éternelles. »

Les biens temporels possèdent une valeur, nous n’allons pas le nier. Le Concile Vatican II a affirmé que tout ce que le Créateur a fait possède une autonomie, une valeur, mais une autonomie dans le sens que chaque chose vaut en soi, mais non pas dans le sens de faire abstraction de Dieu. Face à Lui toutes les valeurs de l’histoire et du monde sont relatives. Elles possèdent toutes une valeur pour autant qu’elles servent à accomplir le dessein de Dieu. Mais quel est donc ce dessein? 18/09/77, p. 223-224, I-II.
 
Christ, la richesse absolue

La seconde lecture d’aujourd’hui (I Tm 2,1-8) est très riche. Je vous invite à la méditer dans vos foyers, où Dieu nous décrit son dessein (2,5) : « Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous. » C’est cela, le véritable absolu du chrétien : Dieu et son Christ. Le Christ est la richesse absolue de l’homme. Pour gagner le Christ, il faut tout perdre. Lui-même nous disait : « Celui qui ne renonce pas à sa famille et à lui-même n’est pas digne de me suivre. » Tous ceux qui donnent un sens d’idolâtrie à l’argent, s’en sont déjà fait un absolu. Ils s’en sont fait un Dieu, un veau d’or, et devant lui, ils se prosternent et offrent des sacrifices. Peu leur importe d’avoir à tuer des gens pour conserver leur situation.

L’unique valeur pour le chrétien, c’est Dieu, c’est le Christ. L’unique richesse pour laquelle il vaut la peine de tout perdre, c’est Celui qui paya de sa vie le prix de ma Rédemption. À quoi servirait-il à l’homme de gagner le monde entier si à la fin il perd sa vie? À quoi sert la jouissance de tous les biens de la Terre, extorqués de la manière dont nous a décrit Amos, si maintenant je me lamente, comme le mauvais riche (Lc 16,19-31) qui est enfoui dans les flammes de l’enfer parce qu’il a mal administré ces richesses? C’est pour cela que l’Église a été fondée, pour le Salut de tous, comme nous a dit saint Paul (I Tim 2,4) : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. » C’est ce que Dieu veut, le Salut de tous.

Cela fait souffrir l’Église et l’Évangile qu’il y ait autant de gens qui idolâtrent l’argent et qui tournent le dos à Dieu, parce que cela est un chemin de perdition, ils vont se condamner. Et parce que nous voulons qu’ils se convertissent à l’unique Dieu véritable, nous leur prêchons la fausseté des biens de ce monde, que demeure-t-il de tout cela, comme nous dit la parole d’aujourd’hui : « Alors que tout cela passe, pouvoir rencontrer des amis dans la demeure éternelle. »

Ils diront : « Cela est encore loin, c’est ici que je dois jouir de la vie. » Ils ressemblent à des enfants auxquels on demande : qu'est-ce qui est plus grand la lune ou le volcan de San Salvador? Et en voyant de si près ce volcan qui leur semble si grand, ils répondent : le volcan est le plus grand. Mais la lune, comme elle est bien plus loin, nous apparaît toute petite alors qu’elle est immense. Il en est de même de la myopie envers les biens temporels.

Comme nous les avons présents, comme devant l’argent s’ouvrent toutes les portes, comme le fils prodigue dans ses jours d’abondances. Tant qu’il en a, les amis abondent, mais, lorsqu’ils perdent tout, ils comprennent que la lune était bien plus grande, que dans le cœur de l’homme il existe une valeur infinie, très supérieure à tous les biens créés et temporels et que c’est pour ceux-là qu’il nous faut lutter, pour ce cœur que le Christ a mérité précisément s’il sait se détacher des biens de ce monde, les employant en conformité avec la volonté de Dieu. 18/09/77, p.224-225, I-II.
 
Vocation du laïc

Le Concile dit que la vie du laïc est comme entrecroisée par la présence des biens temporels, de là la nécessité d’avoir des critères très fins pour donner aux choses leur véritable sens et le grand danger c’est qu’à force de vivre parmi les biens de la Terre, nous finissions par devenir nous-mêmes de la terre. Il est nécessaire que le baptisé, le séculier qui a à manipuler les choses temporelles, ait des critères bien sains qui contribuent à construire ce monde conformément au dessein de Dieu, faisant en sorte de mieux distribuer les biens entre tous, pour que nous nous sentions tous des fils et des filles de Dieu.

Comme Amos, le prophète de la justice sociale, qui dit que ce qui le fait le plus souffrir c’est de voir ce peuple, avec autant d’écarts sociaux, porté un contre-témoignage à l’alliance qu’ils ont faite avec Dieu. C’est ce que nous pouvons dire du peuple chrétien. Ces inégalités injustes, ces masses de misère qui clament vers le Ciel, sont un contre signe de notre christianisme. Elles disent devant Dieu que nous croyons davantage dans les choses de la Terre que dans l’Alliance de l’Amour que nous avons faite avec Lui. Par cette Alliance avec Dieu tous les hommes doivent se sentir frères. Si nous avons une Alliance de peuple avec Dieu, ce peuple doit posséder une éthique qu’il doit vivre selon la relation qu’il entretient avec Dieu. L’être humain sera d’autant plus le fils de Dieu qu’il se fera frère des hommes, et il sera d’autant moins fils de Dieu qu’il se sentira moins frère de son prochain, parce qu’il ne le considère pas comme une image de Dieu et comme son propre frère. 18/09/77, p.225, I-II.
 
Travailler et prier pour un chemin meilleur.

Priez « pour les rois et pour tous ceux qui nous commandent » (I Tim 2,1). Frères, la position de l’Église face au gouvernement ne signifie pas que nous l’avons excommunié et que nous ne prions pas pour lui. Je vous demande de prier pour ceux qui nous gouvernent, et précisément, au moment où le pays a davantage besoin de tranquillité pour vivre honorablement, pour ne plus vivre ces angoisses, pour qu’il n’y ait plus de semaine où nous devons rapporter ces faits sanglants, de violence et de crimes. Il est nécessaire que l’autorité puisse compter sur l’aide de Dieu, comme dit le Psaume : « Si le Seigneur ne protège pas la cité, c’est en vain que font le guet ceux qui en ont la charge. » Si le Seigneur ne construit pas notre civilisation, c’est en vain qu’ils font des projets, dans le dos du peuple. Très chers frères, nous devons prier beaucoup le Seigneur, encore plus lorsque les situations s’aggravent. C’est comme si Dieu était en train de nous éprouver pour voir si nous avons confiance en Lui ou si nous avons déjà coupé les liens avec le Seigneur.

Élevons une prière, dit saint Paul (I Tm 2,1-8), qui a les mains propres, qui a les mains immaculées. Dieu entend aussi le pécheur qui élève ses mains tachées de sang. Et puisse Dieu que tant de mains tachées du sang de notre patrie s’élèvent vers le Seigneur, horrifiées de leur souillure pour demander qu’Il les nettoie. Mais ceux qui, grâce à Dieu, ont les mains propres, les enfants, les malades, ceux qui souffrent en élevant leurs mains innocentes et souffrantes au Seigneur, comme le peuple d’Israël en Égypte, le Seigneur prendra pitié d’eux et dira comme à Moïse en Égypte : « J’ai entendu la clameur de mon peuple qui gémit. »

C’est la prière que Dieu ne peut pas ignorer. C’est la Parole sur laquelle nous avons médité aujourd’hui qui demeure toujours d’actualité. Même s’il s’agit d’un prophète qui a parlé sept siècles avant le Christ, sa parole demeure actuelle devant les injustices des gens d’aujourd’hui. Même si la parabole est un outil pédagogique des temps du Christ, elle devient actuelle aujourd’hui, comme un avis que nous devons être prêts à comparaître devant Dieu qui attend la durée de la vie de chacun, pour lui demander des comptes sur son administration. L’homme doit imiter en cela la sagesse de cet administrateur qui s’est fait des amis même en commettant des fraudes.

Ce n’est pas que l’Évangile loue ici la fraude, il existe de nombreuses interprétations à ce passage. Par exemple, que les administrateurs au temps de Jésus étaient des esclaves et que leur salaire provenait des hauts taux d’intérêt qu’ils ajoutaient aux biens qu’ils administraient, ainsi un esclave pouvait renoncer à ses intérêts. « Je te pardonne les intérêts, rembourse seulement ce que tu dois à mon Seigneur, » et ainsi il n’y avait aucune fraude. Mais même s’il y avait eu une fraude ce n’est pas ce qu’on cherche à justifier ici. Ce qui est justifié et louangé ici c’est la sagesse, l’astuce, d’avoir prévu la venue d’heures de crise où ces biens temporels viendraient à manquer parce qu’ils ne sont pas éternels. Il faut les utiliser maintenant pour faire la charité, pour faire le bien, pour les administrer selon Dieu et alors je rencontrerai le jugement magnanime de Dieu et il y aura des gens qui intercéderont pour moi.

Très chers frères, la Parole de Dieu ne pourrait pas être plus pratique, il s’agit de notre vie. Nous nous préoccupons pour les biens matériels sans lesquels nous ne pouvons pas vivre et c’est pour cela qu’il est nécessaire de mieux nous organiser selon la pensée de Dieu. Mais l’Église ce n’est pas de la sociologie. C’est la lumière de l’Évangile, c’est la lumière de la foi, mais à partir de la foi, elle peut illuminer la sociologie, la politique, l’économie, pour que les hommes qui manœuvrent ces choses s’inspirent, non pas de leurs intérêts égoïstes, sinon du jugement de Dieu, des desseins que Dieu avait lorsqu’Il créa le monde pour que nous soyons tous ses enfants. 18/09/77, p.226-227, I-II.


Notre Dame de la Miséricorde : 24 septembre 1977
L’Église hiérarchique
Préoccupations de l’Église

Le Concile Vatican II dit : « Cette Église est, en même temps qu’une société visible, une conductrice de biens invisibles. » C’est une société hiérarchique composée d’hommes concrets qui la gouvernent, qui la régissent, qui lui enseignent, qui la servent. Cela n’est rien de moins que l’ensemble humain qui transmet au travers de ce canal qu’est la hiérarchie, le prêtre, l’organisation de l’Église pour transmettre la vérité et la vie éternelle que le Christ apporta au monde. Et employant une comparaison qui est toute une théologie en soi, le Concile affirme que l’Église est la continuation de l’Incarnation du Christ en ce monde. Qu’est-ce que cette Incarnation? C’est le mystère par lequel un Dieu avec sa vie éternelle est venu se faire homme, pour manifester par ses gestes d’hommes la transmission de cette vie, de cette vérité, de ce pouvoir, de cette consolation. Ainsi, lorsque la main du Christ touchait les yeux d’un aveugle, c’était la vertu de Dieu qui rendait la vue aux aveugles, et lorsque la voix humaine du Christ criait devant la tombe de Lazarre : « Lazarre, réveille-toi », c’était la vertu de Dieu qui au travers de cette voix humaine appelait un mort à la vie. 24/09/77, p.229, I-II.
 
Peuple de Dieu

L’Église d’aujourd’hui est aussi engagée pour que les catholiques apprennent à la lumière de leur spiritualité chrétienne à lire les grands enjeux sociaux, économiques, politiques, non parce que l’Église désire se lancer en politique, mais parce qu’elle a la responsabilité de signaler aux peuples et aux hommes les droits chemins de Dieu et de dénoncer également les chemins tordus, les outrages à la dignité humaine, les outrages à la liberté et à tout ce qui est sacré chez l’être humain. Ne croyez pas que l’Église s’éloigne de sa mission en prêchant cette dimension sociale. Tentez de comprendre la nouvelle mentalité de l’Église et depuis votre rôle de laïc, sans peur, mais avec un grand amour à la vérité, au Christ, à l’Église qui vous aime tendrement, sachez donner votre visage pour le Christ. Ne soyez pas craintifs et encore moins des traîtres de cette Église, parce que lamentablement, dans le diocèse nous devons lutter pour implanter un Règne de Dieu qui soit authentique. Dans cette lutte nous rencontrons malheureusement ceux dont saint Paul disait qu’auparavant ils étaient des chrétiens, mais maintenant pour des avantages politiques, pour leur bénéfice personnel, social ou économique, pour un salaire sans doute misérable, trahissent leur baptême et se convertissent en espions et en persécuteurs de leurs propres frères. 24/09/77, p.231, I-II.
 
Tâche de l’Église

Qu’on laisse notre Église marcher, qu’on ne se méfie pas d’elle. C’est une Église qui prêche l’amour et qui, si elle prêche contre le péché du monde, doit ressentir qu’elle dérange les pécheurs, non pas pour les offenser, mais pour les convertir. Nous devons aussi comprendre ce message limpide de l’amour sans qu’il soit tergiversé par ces calomnies si viles qui en ces jours circulent chez le peuple. Que personne ne se laisse tromper, l’Église possède des intentions très claires pour implanter le Règne de Dieu dans les cœurs, dans les familles, chez les peuples et c’est ce qu’elle recherche. C’est ce à quoi nous invitons les prêtres, les religieux, les laïcs et les jeunes. Tous les secteurs humains, par le baptême, possèdent cet engagement de travailler pour l’implantation du Règne de Dieu. 24/09/77, p.232, I-II.


Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire; 25 septembre 1977; Lectures : Amos 6,1a.4-7; I Timothée 6,11-16; Luc 16,19-31.
L’usage correct des biens que Dieu a créés
J’aime toujours illustrer par des faits de la vie civique et de la vie ecclésiale, la Parole de Dieu. Celle-ci atteint alors des objectifs concrets, comme le soleil qui traduit dans la couleur des fleurs, dans l’énergie de la vie et dans tout ce qu’il signifie pour la nature. C’est ce que signifie la Parole de Dieu pour ma vie, pour ta vie, pour la société. Efforçons-nous d’entendre cette Parole qui nous illumine tous les dimanches, à partir de la sainte Bible, non pas comme des livres anciens qui ne signifient plus rien pour notre temps.

Le prophète Amos vécut sept siècles avant le Christ, mais il se retrouva dans une situation sociale très semblable à la nôtre, sa voix n’appartient pas aux siècles oubliés, sa voix devient actualité pour le Salvador de 1977. Le Christ nous raconte une parabole si terrible, du sort du riche et du pauvre qui se transforme dans l’autre vie. Ce n’est pas une histoire que le Christ raconte pour adoucir les oreilles de ces auditeurs d’il y a vingt siècles, c’est une admonestation sérieuse d’un Dieu qui nous dit pourquoi Il nous a créés et quel est l’usage que nous devons avoir des biens. 25/09/77, p.237, I-II.
 
Le bon usage des biens

Nous recherchons toujours le positif dans le message de Dieu, mais au côté du positif que constitue la loi de Dieu, le dessein amoureux que le Seigneur a pour nous, les hommes intronisent toujours un aspect négatif, le péché, la lutte contre le Règne de Dieu. Et cela durera tout au long des siècles. Que personne ne s’étonne que l’Église se dise persécutée. Elle doit l’être par le règne des ténèbres. Tant que l’Église proclame cette volonté de Dieu, elle rencontrera toujours la volonté de l’anti-Dieu, de l’Antéchrist, des ombres du péché, du mystère de l’injustice qui tente de s’introniser. Ici, le prophète Amos nous décrit cet empire des ténèbres sous l’aspect du luxe, de cette vie voluptueuse qu’il nous décrit bien, malgré qu’il ne soit qu’un pasteur du désert de Judée, envoyé contre sa volonté par ce même Dieu, au règne du nord d’Israël. Ce royaume, sous l’empire de Jéroboam II, est une société qui vit dans l’abondance et dans la paix. Elle ne sait pas profiter de ce temps de paix pour adorer Dieu et Lui rendre grâce, mais en abuse plutôt par une vie très luxueuse. 25/09/77, p.237, I-II.
 
La propriété privée

Pourront demander le riche Épulon et les riches du nord de la Galilée et tous ceux qui ont une vie moelleuse et commode : quel péché est-ce cela? Il semble qu’il n’y ait pas de péché. Le premier des péchés, c’est d’avoir perverti le sens de la propriété. Comme disaient les païens, en définissant la propriété privée, Jus utendi et abutendi, « droit d’user et d’abuser », si c’est à moi, pourquoi n’en ferais-je pas ce que j’en ai envie? Non, le droit de propriété a ses limites, ceux que nous indique la lecture sacrée de saint Paul à Timothée. Dieu donne vie aux choses du monde et nous devons connaître pourquoi Dieu les a créées. S’il est certain que la propriété privée est un droit, elle possède cependant, comme l’affirme notre constitution, une fonction sociale. Une fonction qui n’est pas précisément, comme l’on dit lorsqu’on défendait les intérêts devant les dangers de la loi de l’ISTA, seulement pour produire plus. Ce n’est pas cela, la fonction sociale, produire plus. Produire davantage oui, mais pour le bien commun.

Les biens que Dieu a créés pour tous, doivent être canalisés par des structures en fonction du bien, en fonction du bonheur de tous et pour que ne se produise plus ce terrible contraste qui nous a été signalé par les lectures d’aujourd’hui : tandis qu’ils s’attablaient à un banquet, un pauvre, assis à leur porte, ne pouvait même pas manger les miettes qui tombaient de leur table. 25/09/77, p.238, I-II.
 
L’insensibilité

Et nous avons ici, frères, les conséquences de cette vie moelleuse et ses terribles erreurs. En plus de ce faux concept de propriété privée, le plus terrible c’est ceci : les êtres humains se métallisent, ils deviennent insensibles. Qu’est-ce que Jésus dénonce ici (Lc 16,19-31) lorsqu’Il dit que pendant que le riche faisait bonne chair, « Lazare gisait près de son portail, tout couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche, mais personne ne lui en donnait. Bien, plus, les chiens eux-mêmes venaient lécher ses ulcères. » Les chiens eux-mêmes étaient plus chanceux que lui, ils pouvaient manger les restes que le riche leur lançait en nettoyant ses plats, mais au pauvre on n’offrait même pas cela. Ou comme nous dit la première lecture (Amos 6,1a.4-7), après nous avoir décrit ces orgies : « Ils ne s’affligent pas de la ruine de Joseph! » Joseph était la tribu la plus nécessiteuse et les nécessiteux de Joseph représentaient comme la pauvreté suprême de la misère, tandis que les autres dans l’abondance demeuraient insensibles.

C’est cela, le péché grave, l’insensibilité. Et ici, frères, je ne dis pas seulement cela des grands riches, mais aussi de nous tous, qui, lorsque nous avons quelque chose à manger, quand bien même ne serait-ce qu’une glace, un sandwich, une tortilla, peut être quand mangeant nous devenons insensibles au pauvre qui n’a même pas cela. Pourquoi ne pas partager, comme disent les prophètes, jusqu’à notre pauvreté? C’est une trahison, selon le prophète Amos, contre l’Alliance de Yahvé. Si Dieu avait fait une alliance avec ce peuple : « vous serez mon peuple et Je serai votre Dieu. » C’était à la condition qu’ils se sentent tous membres du Peuple de Dieu, frères les uns des autres. Tant et si bien que nous lisons une loi dans le Lévitique, chapitre 25, qui dit : « La terre ne peut pas être vendue pour toujours, parce que la terre est mienne et que vous êtes pour moi des étrangers et des invités. »

C’était le concept des riches d’Israël qui étaient comme les rentiers de Dieu, comme si Dieu leur avait loué une terre, la propriété privée devait être considérée à la lumière de Dieu et le pauvre était le représentant de Dieu auquel il fallait payer cette rente de la terre. C’est de là que vient l’idée que les riches et les pauvres devaient s’asseoir ensemble pour partager comme deux mendiants. Dieu fait la charité au riche, mais ce dernier doit faire de même envers le pauvre. 25/09/77, p.239, I-II.
 
Partager les richesses

Ce n’est pas un mal d’avoir. Puisse Dieu qu’un jour nous soyons tous riches. Le mal c’est l’insensibilité. Le beau c’est celui qui a, qui donne et qui partage comme un frère, comme un compagnon de mendicité avec le pauvre. Tu es un mendiant, moi aussi j’en suis un parce que ce que je possède m’a été prêté par Dieu. À l’heure de ma mort, je devrai tout remettre, partageons ce qui est le cadeau mutuel de Dieu. Rendons grâce tous les deux au Seigneur. Comme les violences, les haines et les luttes de classes disparaîtraient. Jamais, à partir de ma position de pasteur, je n’ai illuminé par la théologie, que grâce à Dieu j’ai étudiée, jamais je n’ai prêché la lutte des classes. Ces calomnies sont pour moi d’autant plus offensantes, quand elles veulent me critiquer d’ignorer ma mission sublime de prêcher l’amour et jamais la subversion.

Dieu a donné à tous pour que nous fassions tous de ce monde, créé par Dieu pour le bonheur de tous, une antichambre de ce Règne des cieux. Je dis dans ma pastorale : « L’Église est conscience qu’en ce monde nous n’aurons pas un paradis parfait, mais nous avons l’obligation de refléter en ce monde imparfait, quelque chose du reflet amoureux de l’éternité. Et nous les chrétiens qui vivent vraiment l’espérance de ce Ciel, nous vivons en espérant cet au-delà, en tentant de le gagner précisément en faisant la justice et l’amour sur cette Terre. » Parce que, comme dit le Concile, et je l’ai souvent répété, contre la calomnie du marxisme, qui qualifie l’Église d’être l’opium du peuple, parce qu’en prêchant l’Éternité elle oublierait la Terre : mensonge! L’Église, prêchant l’Éternité, dit avec le Concile, que l’homme qui ne travaille pas aux biens temporels, qui ne les administre pas selon le cœur de Dieu ne collabore pas avec Dieu ni ne fait le bien à ses frères et met en danger son propre Salut. De sorte qu’il existe une relation bien directe entre le Salut que j’attends après ma mort et mon présent travail temporel, personne qui est injuste sur cette Terre n’aura part dans le Règne des cieux où règnent la justice et l’amour. 25/09/77, p.239, I-II.
 
Insensibilité devant Dieu

Ces deux épisodes, d’Amos et de Jésus-Christ, nous disent, comme les prophètes, comment la voix de Dieu leur parvenait pour leur annoncer précisément cette espérance et pour faire des hommes plus justes, plus humains, plus compréhensifs. Parce qu’en plus, très chers frères, et cela est plus grave encore, c’est une autre grande dérive du luxe, de cet abus de la propriété, de cette soif d’avoir et de vivre commodément et qui s’importe peu de leur prochain. Il existe une autre insensibilité beaucoup plus terrible, l’insensibilité face à Dieu. Vous avez entendu la fin de la parabole, quand le riche depuis l’enfer, demande au père Abraham d’envoyer un prophète, un messager à ses cinq frères qui sont encore sur la Terre en abusant de leurs propriétés, afin qu’ils se convertissent et qu’ils ne viennent pas à tomber là où il a eu la disgrâce de sombrer. Et la réponse est terrible (Lc 16,29-31) : « Ils ont Moïse et les prophètes; qu’ils les écoutent. » Là ils ont l’Église catholique qui prêche; ils ont leurs prédicateurs de la justice sociale et du Règne de Dieu, qu’ils les écoutent. « Non, Père Abraham, dit le riche depuis l’enfer, mais si quelqu’un de chez les morts va les trouver, ils se repentiront. » Et la réponse est terrible, quand Abraham lui dit à la fin de la parabole : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus. » Quelle phrase terrible!

Je ne sais pas si vous avez déjà médité une fois, mes frères, quand le Christ apparaît attaché devant Hérode, le luxueux, le sensuel, l’adultère, qui veut entendre une parole du Christ pour se moquer de Lui, quelle est l’attitude du Christ? Le silence, pas une parole. Malheur à ces cœurs où le Christ est déjà muet, malheur à ces foyers où le Christ ne se sent plus, malheur aux pécheurs, aux criminels qui ne ressentent pas les remords de leur conscience, même si un mort ressuscite, ils ne l’écouteraient pas. Ils sont déjà pétrifiés. Quelle phrase terrible mes frères. Je voudrais que nous gravions cela dans notre cœur pour que nous ne devenions jamais insensibles jusqu’aux remords mêmes de Dieu qui nous appelle dans la conscience.

Comme je voudrais que mon humble voix, au lieu d’être si déformée par les intérêts égoïstes, de ceux qui adulent pour rester bien. Que ceux-ci prennent au sérieux qu’il s’agit de la Parole de Dieu et que le mépris qu’ils ont inscrit sur ces feuilles volantes, n’est pas destiné qu’à moi et à mes prêtres. « Celui qui vous méprise, dit le Christ à moi et à mes prêtres, me méprise également et celui qui me méprise, méprise le Père qui m’envoie. » C’est que moi qui vous parle en ce moment, je suis la Parole de Dieu. Et si au lieu de ma figure, c’était celle d’un de ces morts récents, d’un de ces assassinés, d’un de ceux qui sont morts dans les tortures et dont on ne sait rien, qui se tiendrait debout ici dans cette cathédrale et parlerait. Je crois que la situation ne changerait pas parce que les cœurs ne veulent pas entendre ni même s’il s’agissait d’un mort qui viendrait leur dire : cela va très mal au Salvador, il n’est pas nécessaire de feindre à l’étranger que tout va bien ici.

Il faut nous embellir de l’intérieur pour que notre patrie apparaisse belle à l’étranger. Mais tant qu’il y aura des mères qui pleurent leurs fils, tant qu’il aura des tortures dans nos centres de sécurité, tant qu’il y aura des abus de sybarite dans la propriété privée, tant qu’existera ce désordre épouvantable, il ne pourra pas y avoir de paix et les actes violents et sanglants continueront. Avec la répression on ne met fin à rien. Il est nécessaire de devenir rationnel et d’entendre la voix de Dieu et d’organiser une société plus juste, qui soit davantage selon le cœur de Dieu. Tout le reste n’est que rapiéçage. Tout le reste ce ne sont que des répressions du moment. Les noms des assassins vont changer, mais il y aura toujours des assassinats. Les violences continueront de changer de nom, mais il y aura toujours une forte violence, tant qu’on ne changera pas la racine d’où jaillit comme d’une source, toutes ces choses si horribles de notre réalité. » 25/09/77, p.239-240, I-II.
 
Le bon usage des biens

Quel est donc le bon usage des richesses, des biens? Ah, si l’on tenait compte de la Parole de Dieu, comme les peuples, les sociétés, les hommes, les familles, comme nous ferions de la Terre un paradis! Dans la seconde lecture d’aujourd’hui (I Tm 6,11-16), nous avons des normes très précieuses qui si elles étaient l’inspiration d’un changement de structure au Salvador, disparaîtraient toutes ces choses que nous ne voulons pas qu’elles soient. Paul le dit à Timothée, son disciple, en premier lieu : « Sers Dieu. » Nous devons nous considérer ainsi. Dieu est le Seigneur et tout, dit saint Paul, a été créé par ce Dieu qui donne la vie au monde au moyen de Jésus-Christ qui doit revenir pour demander des comptes aux humains sur la manière dont ils auront usé de ce monde créé par Dieu. (I Tim 6,16) : « Le seul qui possède l’immortalité, qui habite dans une lumière inaccessible, que nul d’entre les hommes n’a vu ni ne peut voir. À lui appartiennent honneur et puissance à jamais! »

Que notre vie soit ainsi, théocentrique, que Dieu soit le centre de ma vie et qu’à partir de Lui dérivent toutes mes relations envers mon prochain, qu’à partir de Dieu dérive l’usage des choses qu’Il a créées. Que depuis Dieu, centre qui illumine mon éthique, je sois honoré pour mon honnêteté, que je ne dise pas de mensonges, que je ne déforme pas les informations, que je ne calomnie pas parce que je sais que Dieu va me demander des comptes.  Qu’à partir de Dieu, nous dit saint Paul (I Tim 6,11-12) : « Poursuis la justice, la piété, la foi, la charité, la constance, la douceur. Combats le bon combat de la foi. »   Frères, c’est un combat dans lequel nous sommes engagés, c’est le combat de la foi, non des armes ni de la violence, sinon des idées, des convictions, la violence à nous-mêmes en premier lieu, sous l’inspiration de la foi, sous les exigences de ce que saint Paul dit merveilleusement (6,14) : « Garde le commandement sans tache et sans reproche. »

Le commandement c’est l’ensemble des choses que Dieu nous a révélées et que l’homme, en tant que serviteur, a l’obligation d’observer. Mais quand on a été enlevé le joug de Dieu et qu’on ne L’entend plus dans notre conscience, alors, mes frères, tous et chacun veulent être un Dieu. Il se produit alors un cataclysme, comme si le soleil perdait son centre de gravité et que les planètes qui tournent autour de lui, comme prises de folies, entraient en collision les unes avec les autres. C’est ainsi. Le soleil, c’est Dieu et tant que les humains tournent autour de ce soleil avec une éthique qui leur vient de Dieu, les hommes vivront comme des frères. […] Nous ne nous fatiguerons pas de prêcher l’amour. Il est la force qui vaincra le monde. Nous ne nous fatiguerons pas de prêcher l’Amour même si nous voyons que les vagues de violence viennent inonder le feu de l’amour chrétien, l’amour doit vaincre. Il est l’unique qui peut vaincre. 25/09/77, p.241, I-II.
 
Dieu est le centre de la vie

Très chers frères, prenons comme si elle nous était adressée personnellement l’admonestation de saint Paul à son disciple Timothée. Faisons de notre vie un système solaire dont le soleil est Dieu, faisons de notre vie une vie théocentrique et, finalement, une vie qui possède un profond sens eschatologique. Qu’est-ce que cela veut dire? Nous l’avons déjà signalé ici : l’eschatologie est la fin, l’espérance que nous attendons, l’au-delà qui apparaît si brillamment éclairé dans les lectures d’aujourd’hui. Comme se termine la première lecture, Amos (6,1a.4-7) qui n’annonce pas un enfer dans l’au-delà, sinon un enfer dès cette Terre. Peu d’années après ces dénonciations d’Amos, l’empire d’Assyrie vint et accomplit ce qu’Amos avait prédit dans le dernier verset d’aujourd’hui (6,7) : « C’est pourquoi ils seront maintenant déportés, en tête des déportés, c’en est fait de l’orgie des vautrés! » Si nous ne mettons pas fin par notre bonne volonté à ses abus, Dieu y mettra fin, en se prévalant souvent des empires de cette Terre. L’anticommunisme avec lequel plusieurs veulent défendre leur propriété privée, n’est pas un anticommunisme d’amour à Dieu, c’est un anticommunisme d’amour à leurs richesses. Mais du communisme Dieu peut se prévaloir, comme Il se prévalut du règne d’Assyrie pour châtier le désordre du règne d’Israël.

Comme est terrible, frères, le dénouement des désordres de la vie. De Dieu, personne ne se moque, sa Loi régnera pour toujours. Et ce Dieu qui est Amour pour nous se convertit en justice quand on n’a pas su comprendre l’invitation de l’Amour. Est-ce possible que l’Amour de Dieu ait fait l’enfer? Nous avons ici dans la lecture d’aujourd’hui, l’amour d’un amoureux moins précieux. Je crois que je fais ici appel à l’expérience de plusieurs d’entre vous qui êtes tombés amoureux et avez reçu l’injure du refus de votre amour. Elle vous méprise, elle ne veut plus rien savoir de votre amour. Ne sentez-vous pas alors que votre cœur devient comme un enfer? Que voudriez-vous faire du dédain de tant de tendresse? Dieu est ainsi, Il nous aime tant que nous vivons, Il attend notre conversion. Même s’il s’agit du plus grand pécheur, comme nous l’avons dit ces derniers dimanches, appelant à la pénitence, Dieu espère. Mais quand la patience de Dieu se termine dans l’amour, commence sa justice. Et alors, ni même un doigt mouillé pour calmer l’ardeur de la langue de celui qui est enfer ne lui fut concédé. Ce qui signifie, selon les exégètes, qu’en enfer il n’existe aucune consolation.

Frères, ce n’est pas retourner au Moyen Âge que de parler de l’enfer. C’est vous mettre sous les yeux la justice infinie de Dieu, de laquelle nul ne doit se moquer. Organisons à temps notre patrie. Organisons les biens que Dieu nous a donnés pour le bonheur de tous les Salvadoriens. Faisons de cette république, si belle en dons naturels de Dieu, une antichambre du paradis du Seigneur et nous aurons le bonheur d’être reçu comme le pauvre Lazare. 25/09/77, p.242-243,  I-II.
 
Pauvreté interne

Et quand nous disons pauvre, frères, nous parlons de l’attitude intérieure du cœur. Gravons bien cette idée dans notre esprit que pauvre ne sont pas tous ceux qui manquent de biens matériels, ainsi comme riche ne sont pas tous ceux qui abondent de biens matériels. Selon la Bible, riche et pauvre obéissent à deux attitudes internes du cœur. C’est la seule parabole où il y a un nom, celui du protagoniste, Lazare qui signifie : « Celui qui se confie en Dieu. » C’est cela, être pauvre, se confier en Dieu.

Riche par contre, selon le Christ, lorsqu’Il s’adresse à ses auditeurs dans cette parabole du riche intendant, deux versets plus hauts que ceux que nous avons lus aujourd’hui, Il dit ceci, en se référant à la parabole de l’administrateur injuste (Lc 16,14-15) : « Les pharisiens, qui sont amis de l’argent, entendaient cela et ils se moquaient de lui. » Il leur dit : « Vous êtes, vous, ceux qui se donnent pour justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs; car ce qui est élevé pour les hommes est l’objet de dégoût devant Dieu. » Le Christ définit ici qui est le riche selon la Bible.

Le riche que Dieu déprécie, c’est celui qui aime ces biens jusqu’au point de se moquer de Dieu : « Si Dieu ne me secourt pas, mon Dieu c’est mon argent. » Celui qui adore comme une idole dans son cœur l’argent, celui qui sert, comme dit le Christ, ne peut servir Dieu et l’argent. Mais une attitude comme celle de Lazare, de ne pas placer sa confiance dans les choses de la Terre, sinon dans sa confiance en Dieu, C’est cela, l’attitude de la pauvreté.

De même, il existe de nombreux pauvres qui ne possèdent pas de biens matériels, mais qui ne mettent pas leur confiance en Dieu, ceux-là non plus ne sont pas pauvres. C’est eux que nous voulons éveiller parce qu’ils sont en train de perdre l’occasion que Dieu leur offre de se faire les pauvres de la Bible, quand changera l’attitude intérieure de leur cœur. Qu’ils mettent leur confiance en Dieu, non dans un conformisme qui ne lutte pas pour améliorer leurs conditions de vie. Tous doivent faire des efforts et Dieu ne bénit pas la paresse sinon l’effort de ceux qui mettent leur confiance en eux et en Dieu. 25/09/77, p.243, I-II.

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