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Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire; 24 septembre 1978; Lectures : Isaïe 55,6-9; Philippiens 1,20c-24,27a; Matthieu 20,1-16.
Les Crises du Règne de Dieu
Au Moyen âge, la Vierge inspira un ordre d’hommes généreux qui, devant le problème de l’esclavage, dans les prisons musulmanes, s’organisèrent pour aller racheter ces prisonniers. En plus d’apporter de grandes quantités d’argent qu’ils recueillaient en Europe à cette fin, ils faisaient le vœu de rester eux-mêmes prisonniers au lieu de ceux qui étaient détenus, pour que ces derniers acquièrent la liberté. Il s’agit d’une page très glorieuse de l’effort de l’Église pour la libération des humains. La défense des droits humains n’est pas une chose d’aujourd’hui, elle a toujours été la cause de l’Évangile.

Saluons les prisonniers parce que ce jour est considéré comme étant le jour de la patronne des centres carcéraux. On honore aujourd’hui la Vierge de la Merci, dans ces centres où l’on souffre beaucoup.
La Vierge de la Merci, présente aujourd’hui dans les souffrances des prisons, illuminant Dieu sait quelle cruauté; apportant consolation à ceux qui loin de leur famille, souffrent un isolement inhumain. Elle est tout un symbole pour l’heure que nous traversons. Hier, j’ai eu l’opportunité de célébrer la Sainte messe et d’assister à la confirmation d’un groupe de femmes, au Centre de Réforme pour Femmes, appelé vulgairement la Prison des Femmes. La présence des religieuses du Bon Pasteur convertit ce centre en un véritable foyer de formation. La présence de la chapelle de la communauté apporte une présence de soleil qui illumine les ténèbres; on ne s’y sent presque pas en prison. Combien est bénéfique la présence de l’espérance chrétienne, de la requête de la foi! Même lorsqu’elle illumine des situations difficiles, même si l’incarcération est méritée, le prisonnier doit payer ses fautes; mais il doit rencontrer là, une école pour qu’il puisse réintégrer la société. Je désire féliciter les sœurs du Bon Pasteur pour ce labeur qui est comme un indice de ce que devraient être les prisons dans notre pays. 24/09/78, p.199-200, V.

Qu’est-ce qu’une Église qui se fonde sur les communautés ecclésiales de base? Comment devient-on conscient du christianisme? Comment se forme une conscience critique à partir de l’Évangile en regard des réalités du pays? Ces groupes sont ceux qui sont souvent victimes de persécutions, ceux qu’on cherche à interdire, à éliminer, à terroriser, mais je peux vous assurer qu’il s’agit là de réunions nettement évangéliques. Naturellement, lorsque l’Évangile est absorbé et qu’il oriente un groupe, cela donne une pensée critique et cela dérange l’ordre établi. Et lorsque celui-ci n’est pas juste, il n’est pas évangélique. L’Évangile se heurte brutalement contre les réalités antiévangéliques; mais l’Église ne peut s’empêcher de continuer de former la conscience évangélique de ses chrétiens. 24/09/78, p.200, V.

Dans un de ses discours, le Pape insista sur la nécessité d’intervention de l’Église en présentant et en recommandant des solutions aux grands problèmes de la liberté, de la justice et de la paix pour que les laïcs catholiques luttent afin de résoudre ces problèmes. Il apporta un éclaircissement très utile : que la libération politique, sociale et économique, que beaucoup d’hommes et de femmes recherchent, ne coïncide pas avec la libération en Jésus-Christ. Entendons-nous bien. Dans une de mes lettres pastorales, j’explique qu’un des services de l’Église est d’appuyer ces efforts de revendications du peuple; et le meilleur service que l’Église apporte, c’est de dire quel est son propre critère de libération. C’est ici que le Pape (Paul VI) dit : « Ne coïncide pas signifie qu’on ne peut mesurer la libération chrétienne par la libération terrestre. » Cela ne signifie pas qu’elles soient incompatibles, mais comme le dit ma lettre pastorale, la grande libération chrétienne englobe et intègre ces efforts libérateurs de la Terre. Nous disons à tous ceux qui travaillent pour un monde meilleur, pour une société plus juste, tout cela est bon, mais souvenez-vous que tout ne se termine pas là. L’être humain possède aussi une vocation éternelle et divine, et si nous désirons un monde plus juste pour lui, durant son existence sur Terre, n’oublions pas que le définitif est sa libération transcendantale. Celle qu’apporta le Christ en nous sauvant du péché et en nous élevant à la grâce des enfants de Dieu qui doivent vivre éternellement libres. En ce sens, si nous sommes d’accord avec le Pape, ces libérations ne coïncident pas, mais elles ne sont pas opposées non plus, de sorte que nous ne pouvons pas dire que nous sommes avec le Pape lorsque nous négligeons les réalités terrestres pour ne penser qu’à celles du ciel. Le Pape appuie également tous ces efforts de justice et de liberté dans le monde.

Autre aspect de l’actualité catholique : L’Église polonaise demanda de lire à tous les pupitres de Pologne, une lettre pastorale signée par tous les évêques. La vie sociale d’une nation, disent-ils, requiert de l’ouverture et une place pour l’expression de l’opinion publique. Les personnes qui contrôlent les moyens de communication dans ces deux pays ont à l’esprit leur unique intérêt, autant en Pologne qu’au Salvador, pouvons-nous dire, que nous avons le droit de manifester notre critique et notre opinion. Si l’on n’apprécie pas cet effort de liberté, cela veut dire, disent les évêques polonais, qu’on nous considère simplement comme des objets, afin que ceux qui ont pris le pouvoir manipulent les citoyens dépourvus de la possibilité de prononcer publiquement leurs opinions.

Observez, mes frères, l’Église, en n’importe quelle situation – ici, parce que la situation n’est pas communiste, mais capitaliste –, mais en Pologne où la situation n’est pas capitaliste, mais communiste, dans l’un et l’autre lieu, l’Église ne s’inféode pas, ni au communisme, ni au capitalisme, mais elle proclame la liberté évangélique. Sachez lire les journaux, vous ai-je dit à plusieurs reprises, parce que ce que disent ici les évêques polonais est bien triste : « Les moyens de communication qui ont le devoir d’informer et de satisfaire ce droit à l’information qu’a toute personne, sont souvent les instruments qui se laissent manipuler par le pouvoir politique ou économique pour dénaturer, pour fausser les informations qui ne sont déjà plus de l’information, mais qui se convertissent en propagande politique. »

Cette Église qui est en train de s’édifier avec cette mystique, avec cette présence, même si elle apparaît humble, comme nous l’avons défini dans les réalisations de notre archidiocèse, est entourée par un monde gigantesque. Combien de fois je pense au pauvre David face à Goliath; l’Église, c’est David, mais celui-ci put dire à Goliath qui se moquait de lui à cause de sa petite taille : « Tu viens à moi en t’appuyant sur ton armée et sur tes forces; je viens à toi en m’appuyant sur le nom du Seigneur. » Et au nom du Seigneur l’humble berger, David, avec une pierre dans le front, abat de sa hauteur Goliath le géant. L’Église doit affronter le géant de tous les temps : les idoles qu’adorent les humains. Comment cela se réalise-t-il? Avant de vous le dire je veux que nous prenions conscience que toute cette Église dont je viens de vous parler, de ses réalisations concrètes, ici dans l’archidiocèse, en Pologne, à Rome, où n’importe où ailleurs, c’est la même Église, qui précisément ce dimanche 24 septembre 1978, est en train de lire dans ses temples ces mêmes lectures que nous venons d’entendre : Isaïe 55, 6-9; Philippiens 1,20-24,27 et Matthieu 20,1-16. Quelle belle discipline! L’Évangile de Matthieu a été l’aliment de tout le peuple universel de Dieu en cette année.

Et comme je vous le disais, c’est un évangile précieusement organisé. J’ai envoyé à plusieurs personnes qui me l’ont demandé le schéma de l’Évangile qu’on trouve dans le prologue des évangiles synoptiques, dans l’édition de la Bible de Jérusalem. Tous les passages que nous avons lus au cours des dimanches précédents se réfèrent à l’Église, au Règne de Dieu, comme communauté qui commence dès maintenant avec vous, avec nous, les hommes et les femmes qui croyons en ce Christ, et qui Le suivons. Il nous a été donné dans ces chapitres, les normes en quoi doit correspondre cette communauté, le chef qui est son fondement : le Pape. Les chapitres 19 à 25 de Saint Matthieu nous présentent la crise par où doit passer l’Église, le Règne de Dieu, avant son établissement définitif. Ici nous retrouvons des paraboles sublimes, comme celle que nous avons lue aujourd’hui, où l’on parle des conflits d’idées, de critères différents entre Dieu et les hommes. Et tout ce passage se termine avec le discours majestueux du Christ, que l’on nomme discours eschatologique où Il nous parle de la fin de l’Histoire et du commencement de l’éternité, où le Seigneur nous parle du jugement final. «Venez à moi, bénis de mon Père, parce que tout le bien que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. Allez, maudits, au feu éternel, parce que vos exclusions, tous ces pauvres que vous avez dépréciés, c’est moi que vous avez déprécié. »

Ce précieux discours conclut cette section dont nous commençons à vous offrir ce dimanche et que j’intitulerai : « Les crises du Règne de Dieu. » En présentant ces crises dans les lectures d’aujourd’hui, mon premier point sera : recherchez quelle est la volonté de Dieu. Le second point sera : cette volonté de Dieu provoque des crises dans les volontés humaines. Et le troisième point est celui-ci : saint Paul, dans la seconde lecture d’aujourd’hui, se présente comme le juif qui sentit cette crise et qui la résolut en faveur du Règne de Dieu.

Comme Paul, tout homme aujourd’hui est appelé à résoudre sa crise.
Si, en cette heure de 1978, quelqu’un ne connaît pas de crises religieuses, ce n’est pas une personne de son temps. Cela ne m’inquiète pas qu’il y ait des crises. Plusieurs l’ont déjà résolu comme saint Paul. D’autres ont choisi de les résoudre, comme aurait pu le faire saint Paul, en haïssant l’Église. Mais regardons tout d’abord quelle est la pensée de Dieu dans les lectures d’aujourd’hui. Isaïe (55,8-9) : « Vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ne sont pas vos voies. Comme les cieux sont élevés au-dessus de la Terre, autant sont élevées mes voix au-dessus de vos voies. » Et lorsqu’aujourd’hui se déroule la parabole du Christ, nous évoquons la crise dont il va être victime, dans sa propre vie, parce que déjà, dans cette section (Mt 20,1-16), on commence la narration de la passion du Christ. Il dit, face à la critique des travailleurs de la vigne que sa récompense est généreuse, que ce n’est pas comme ils pensent que Lui rétribue les humains. Parce que vous êtes misérables dans vos calculs, vous voulez que moi, Dieu, je sois mesquin. Quelle est la pensée de Dieu? Elle est au-dessus de notre pensée, et bénit soit Dieu! Dieu ne s’identifie pas aux pensées des êtres humains. Plusieurs voudraient, comme dit la chanson, un Dieu de poche; un Dieu qui s’accommode de mes idoles; un Dieu qui se contente que je paie mes ouvriers le moins possible; un Dieu qui approuve mes outrages. Comment certaines gens peuvent-elles prier ce Dieu, dire le Notre Père, si elles le traitent comme l’un de leurs serviteurs ou de leurs travailleurs.

Isaïe dit : « Aujourd’hui, Dieu se laisse rencontrer. Recherchez Dieu pendant qu’on peut le rencontrer. C’est un Dieu qui s’approche pour que nous l’invoquions. C’est un Dieu qui offre sa piété, riche en pardon. » Chers frères pécheurs, moi, le plus pécheur d’entre vous tous, je voudrais vous communiquer cette espérance et cette joie que je ressens dans ma misère, lorsque je pense que le Dieu que j’adore, est un Dieu qui m’appelle à sa piété, qui est riche en pardon. Pour cela, j’essaie de m’approcher de Lui, non pas avec arrogance ni en voulant qu’Il s’abaisse à mes misères, mais en tâchant de me repentir de mes péchés et appelant à tous pour qu’ils Le cherchent. Comme dit Isaïe (55,6) aujourd’hui : « Cherchez Yahvé pendant qu’il se laisse trouver, invoquez-le pendant qu’Il est proche. » Viendra un moment où il sera trop tard, et je ne voudrai pas qu’en cette heure du jugement de Dieu, qui sera terrible pour ceux qui ne L’auront pas recherché, alors qu’on pouvait encore le trouver. » 24/09/78, p.204-206, V.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 20,1-16), Dieu apparaît en prenant l’initiative. Il sort à la recherche de travailleurs. Frères, vous croyez que ceux qui sont ici dans la cathédrale le sont de leur propre initiative? Cela est certain, parce que nous sommes libres et personne n’est venu ici de force. C’est cela la délicatesse de Dieu qui me fit libre et qui, derrière ma liberté, me donne sa grâce, son attirance afin que j’utilise cette liberté pour le rechercher. Mais l’initiative de venir à la messe provient de Dieu qui m’a donné la liberté et me donne aussi l’attirance de rechercher le bien. On ne vient pas à l’Église pour célébrer une réunion; on y vient pour adorer Dieu. On ne vient pas à l’Église par curiosité politique; on y vient avec piété pour chercher Dieu. Dieu sort à notre rencontre. Pour nous tous, Il marche à notre rencontre. Il sortit à la première heure, lorsque le jour commence à paraître, au début de la matinée, à midi, à trois heures de l’après-midi et jusqu’à la tombée du jour. Il sort à la recherche de travailleurs : « Venez travailler, qu’est-ce que vous attendez au milieu de la place – parce que personne n’est venu les chercher – venez, je vais vous payer le juste salaire. » Car selon le système injuste de ce temps, le salaire dépendait du bon vouloir du patron. Ce n’est pas de cela que la parabole fait l’éloge. Ce que la parole désire enseigner, c’est l’initiative de Dieu, et sa générosité de payer la même chose aux ouvriers de la dernière heure qu’à ceux qui arrivèrent au début. La récompense de Dieu est généreuse et ceux qui sont venus à la première heure se fâchent contre Dieu parce qu’ils se sentent propriétaires de l’Église. Nous, les bons, vous, les mauvais qui venez à peine d’arriver; nous voudrions qu’à ceux-ci on paie moins qu’à nous, parce que nous croyons que Dieu est notre débiteur?

Frères, devant ce Dieu qui nous est révélé, qui même devant le plus grand des pécheurs, à la dernière heure de sa vie, l’amour avec lequel cet homme retourne à Dieu et le reconnaît – souvenez-vous du bon larron : Seigneur souviens-toi de moi lorsque tu seras dans ton Royaume. Le Christ lui répond : aujourd'hui même, tu entreras avec moi dans le Paradis – combien riche est Dieu en miséricorde et en pardon. Devant Dieu, nous n’avons aucun privilège ni aucun droit. Si nous l’avons servi depuis notre plus tendre jeunesse, bénit soit Dieu!, nous avons fait bon usage de notre vie, mais cela ne nous donne aucun droit à nous sentir propriétaires de l’Église même si nous sommes des évêques, même si nous sommes des prêtres. Nous pouvons avoir davantage besoin de la miséricorde de Dieu, que le pécheur qui vient à peine de se convertir et qui par son amour est peut-être plus proche de Dieu que ceux qui se sentent propriétaires de l’Église.

Dieu est bon. Personne ne peut juger ses initiatives, faire appel à sa miséricorde, demander comme le bon larron, ne serait-ce qu’un souvenir de Dieu, car Il me donnera davantage qu’un souvenir. J’essaie de vous présenter le Dieu de la Bible, le Dieu des lectures d’aujourd’hui. C’est ainsi qu’est notre Dieu. Béni soit-Il! Il nous a donné de connaître comment Il appelle à toute heure, et, chaque heure, Il est disposé à nous recevoir. Les crimes que nous avons commis n’importent pas. C’est pourquoi, mes frères, je vous répète ce que je vous ai dit tant de fois, vous adressant la parole au travers de la radio, à ceux qui peut-être sont les auteurs de tant d’injustices et de violences, à ceux qui ont fait pleurer tant de foyers, à ceux qui se souillèrent du sang de tant d’assassinats, à ceux qui ont les mains souillées de tortures, à ceux qui ont fait taire leur conscience. Ceux qui ne souffrent pas de voir sous leurs bottes un homme humilié, souffrant, peut-être sur le point de mourir; à ceux-là, je leur dis : tes crimes n’importent pas, ils sont laids, ils sont horribles, tu as outragé la dignité humaine, mais Dieu t’appelle et te pardonne. Et peut-être qu’ici vient la répugnance de ceux qui se sentent les ouvriers de la première heure. Comment puis-je être au ciel avec ces criminels?
Frères, au Ciel il n’y a pas de criminels. Le plus grand criminel qui s’est repenti de ses péchés est déjà un fils de Dieu. La prostituée Marie-Madeleine, lorsqu’elle pleure sur ses péchés, la société continue de la montrer du doigt : regardez s’Il était un prophète, Il saurait de qui il s’agit et qui est en train de le toucher; mais le Christ se retourne pour prendre sa défense, ce n’est déjà plus une pécheresse, elle a beaucoup aimé, elle s’est repentie de ses fautes, c’est déjà sainte Marie-Madeleine. Les péchés du passé ne comptent plus, ils se sont envolés. C’est pourquoi la justification chrétienne se nomme renaissance. C’est ce que dit le Christ à Nicodème : si tu ne nais pas de nouveau… Tout homme qui se repent de ses fautes, laisse comme une coquille vide sa mauvaise vie passée et comme une chrysalide, le papillon qui naît de nouveau abandonne son cocon, il est déjà un être nouveau. Il n’a plus rien à voir avec ce qu’il fut auparavant. Béni soit Dieu! C’est cela la générosité de Dieu. Nous ne pouvons pas la comprendre, parce que nous savons dire cette chose si cruelle : je lui pardonne, mais je n’oublie pas. Cela n’est pas chrétien. Dieu pardonne et oublie.

Quelle est la réaction que produit cette pensée de Dieu? Le Dieu qui se révèle est si bon, qu’Il rencontre chez les êtres humains le conflit. La parabole nous dit : « Ils se mirent à protester contre leur maître. » Un des conflits les plus sérieux de l’histoire de l’Église, est celui qui affleure aujourd’hui dans l’Évangile de saint Matthieu, dans cette section, et que saint Paul a eu à souffrir dans sa propre chair. Il s’agit du fait que le Christ avait apporté une nouvelle religion. Et les Juifs qui vivaient selon l’ancienne religion, enseignée par Moïse, croyaient qu’il était nécessaire de continuer d’observer les lois hébraïques; tandis que Paul et ceux qui prêchaient aux Gentils, qui n’étaient pas Juifs, disaient qu’il n’était pas nécessaire de se faire Juif, d’être circoncis et de garder les lois de Moïse, mais plutôt de croire dans le Christ, sans plus.
 
Ce conflit se reflète aujourd’hui dans la parabole (Mt 20,1-16). L’objectif de cette parabole des travailleurs de la vigne reflète la crise du premier christianisme : C’étaient les pharisiens, les Juifs qui se convertissaient au christianisme, qui se sentaient les propriétaires de celui-ci parce que la Bible, c’était eux, et le Christ était le Messie attendu du peuple juif. Ils disaient qu’ils étaient venus adorer Dieu dès les premières heures du jour. Ils pensaient qu’ils avaient des droits, au contraire de ces Gentils que saint Paul allait rencontrer en leur enseignant ce même Christ. Les Juifs convertis les considéraient comme des chrétiens de second ordre. Saint Paul et la communauté primitive disaient que c’est uniquement par le Christ que s’obtient le Salut. Les Juifs ne se sauveront pas pour avoir gardé la loi de Moïse, mais pour leur foi en Jésus-Christ. Et le Gentil, le païen, se sauve par le Christ. L’un et l’autre n’ont aucun autre droit que celui de gratitude envers le Christ. C’est ce que résolut la première communauté, ainsi comme trouve sa solution la parabole d’aujourd’hui : payant le même salaire à tous, c’est-à-dire leur donnant à connaître le Dieu que je viens de vous présenter; un Dieu qui ne reconnaît pas de privilèges autres que la sainteté de chaque être humain, peu importe d’où il provient.

Pour Dieu, les classes sociales n’existent pas; pour Dieu, les catégories humaines n’existent pas. L’unique catégorie, c’est de croire au Christ et de vivre conformément à cette foi. L’explication, nous la découvrons dans la lecture d’aujourd’hui (Is 55,6-9) : « Mes pensées ne sont pas vos pensées. Serais-tu jaloux parce que je suis bon? » Le conflit actuel de l’Église apparaît semblable à ceux d’autrefois. Ils se nomment progressistes ou traditionnels. Il y a ceux qui ont une spiritualité qui ne se préoccupe que du ciel et pour qui tous les efforts de l’Église sur cette Terre leur apparaissent être du communisme. Il y en a d’autres qui se préoccupent des biens de ce monde, mais avec tant d’entrain qu’ils en oublient la transcendance du Ciel. Les conflits existent encore aujourd’hui. Mais souvenons-nous, mes frères, que la vocation de l’homme, comme dit le Concile, est terrestre et céleste. La première lecture (Is 55,6-9) nous donne un cadre pour interpréter la situation actuelle.

Lorsqu’Isaïe parle de chercher Dieu pendant que l’on peut encore le faire, il n’oublie pas les choses de la Terre. Au contraire, le cadre où enseigne Isaïe est celui de la déportation, de l’exclusion de la patrie où vivait le peuple juif. L’heure du retour arrive et l’exil va se terminer. Mais Isaïe leur disait qu’il ne suffit pas de retourner à la patrie, qu’une rénovation morale est nécessaire parce que c’est pour leurs péchés que Dieu les a punis à être les esclaves d’autres hommes. Pour retourner à la patrie, la liberté de Dieu, la conversion du cœur est nécessaire.

Vous voyez alors, et vous pouvez l’étudier dans la Lettre pastorale où je dis qu’un des plus importants services que l’Église a apporté aux revendications de la Terre, c’est de les incorporer et de les orienter vers les fins transcendantes de la libération. Une libération qui oublie ce Dieu que nous devons rechercher; une libération qui ne tiendrait pas compte de la nécessaire libération du péché ne serait pas la libération de Dieu. Et cela ne servirait à rien, disent les évêques à Medellín (pour que vous voyez qu’ils ne sont pas communistes), rien ne servirait de changer les structures, les gouvernements, les situations, tant que le cœur de l’homme ne change pas. À quoi sert de manœuvrer de nouvelles structures si c’est avec un cœur égoïste? Nous n’aurions alors que des hommes nouveaux dans les mêmes situations anciennes. Ce que l’Église plaide, c’est une rénovation intérieure, transcendance du regard pour rechercher la véritable liberté. Sans cette perspective éternelle, divine de Dieu, rien ne sert, ou très peu, les libérations de la Terre. Tenons compte de cela pour que vous ne disiez pas après que nous prêchons le communisme, la lutte des classes; mais ce que nous prêchons, c’est la rénovation de l’être humain, la transcendance de Dieu, l’amour qui provient seulement d’en haut, même si cela nous en coûte. 24/09/78, p.206-209, V.

Ma vie n’a pas d’autre sens. Prêcher le Christ, l’honorer dans ma vie et dans ma mort. Mon éternité aussi m’attend pour vivre éternellement avec Lui. Frères, c’est cela la véritable réaction devant la crise de la foi, devant les situations difficiles. Je vous demande de lire l’ensemble de cette épître aux Philippiens – seulement cinq chapitres – parce que saint Paul nous y donne des normes de valeurs, un courage pour affronter des situations qui s’apparentent aujourd’hui à celles qu’il a vécues. Aucune lâcheté! Même les chaînes de la prison le réjouissent parce qu’il fait connaître le Christ à tous les soldats. Comme celui qui dit : Ici, dans la caserne des militaires, enchaîné, je fais connaître ce Christ auquel je crois. Et celui qui désire l’entendre – plusieurs militaires se convertirent – parce que Dieu appelle tous, même celui qui torture. Et le Christ sera la réponse devant la crise des hommes. Vous n’avez pas rencontré le Christ? Vous ne pouvez pas être heureux si vous n’avez pas fait la connaissance du Seigneur. C’est pourquoi, mes frères, vivons la crise de notre Église non pas par lâcheté, mais pour être fidèles à notre foi, à notre Christ. […]

La Parole de Dieu n’est pas attachée, disait saint Paul. C’est pourquoi cette Parole est notre force. Croire au Christ est notre solution. L’aimer, ne pas avoir peur, à cause des hommes, de la vérité que le Christ nous offre. 24/09/78, p.210, V.


Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire; 1er octobre 1978; Lectures : Ézéquiel 18,25-28; Philippiens 2,1-11; Matthieu 21,28-32.
L’Église de Jean-Paul I
La justice de Dieu est impartiale, qu’il s’agisse de Papes, de rois ou de simples chrétiens. Le Peuple de Dieu se doit d’implorer la miséricorde du Seigneur, parce que personne ne se sauve par ses propres mérites – nous l’avons appris ici en lisant saint Paul (Ph 2,1-11)–, mais en s’appuyant sur la miséricorde infinie et dans les mérites infinis de Notre Seigneur Jésus-Christ.
 
Plan de l’homélie :
1) La Responsabilité personnelle des hommes
2) L’Église de la communion
3) Le Christ Notre Seigneur
 
1) La Responsabilité personnelle des hommes

Dans la première lecture (Ez 18,25-28) d’aujourd’hui et dans la parabole des deux fils (Mt 21,28-32), apparaît une chose : la responsabilité personnelle des hommes et la volonté de Dieu en ce qui les concerne. Il dit à ses deux fils, c'est-à-dire à l’humanité : « Aujourd’hui je veux que tu ailles travailler à ma vigne, je veux te donner la Vie et une vocation. » Tous ceux qui se trouvent ici en train de faire cette réflexion nous avons une vocation – dès le départ la vocation de vivre, la vocation de l’intelligence, les talents, les professions – c’est ce que nous commande le Seigneur dont la volonté s’inspire de sa Justice. Jean vint pour nous enseigner la Justice de Dieu et les commandements du Seigneur. Le Pape Jean-Paul I, qui était un grand catéchiste, parsemait d’enseignements catéchistiques ses audiences les plus solennelles en leur parlant comme le fait tout bon catéchiste de la loi de Dieu.
C’est la volonté de Dieu. C’est la mission des hommes. Et face à ce Dieu qui nous commande, l’être humain peut répondre de deux manières comme la parabole nous l’indique : « Je ne veux pas y aller », c’est le cri de Lucifer : « Je ne servirai pas », c’est le cri des pécheurs, c’est le cri de la rébellion, c’est malheureusement la majorité des hommes qui croient que la liberté leur a été donnée pour rejeter Dieu et non pour rechercher Dieu librement. Combien de fils mal élevés disent à Dieu : « Je ne veux pas! », comme l’enfant qui tape du pied devant sa mère, c’est souvent ainsi que nous sommes devant Dieu : « Je ne veux pas! »

L’autre fils, celui qui est bien élevé répond à Dieu : « Oui, avec grand plaisir je vais y aller », mais il n’y alla pas. Le premier se repentant, dit à son père : « Je vais y aller », ou sans rien dire il s’en va faire la volonté de son père. Le Christ demande : « Qui des deux fils fit la volonté de son père? » Et nous tous pouvons Lui répondre comme répondirent ses auditeurs : le premier répondit non, mais y alla et le second, le bien élevé, en apparence, désobéit à son père.
Le Christ en tire les conséquences, quelles conséquences difficiles! Rappelez-vous que nous sommes dans la section de l’Évangile de saint Matthieu où, réfléchissant sur les premières communautés chrétiennes, il nous présente le conflit, la crise qui existera toujours au sein de l’Église, entre la volonté de Dieu et celle des hommes. Et là se trouvaient, face au Christ, les dirigeants d’Israël : prêtres, gouvernants politiques, professionnels (selon l’époque) et le Christ, sans crainte, leur dit une chose bien dure (Mt 21,31) : « En vérité, je vous le dis, les publicains et les prostitués arrivent avant vous au Royaume de Dieu. » Croyez-moi mes frères, j’ai bien aimé me remémorer cette parole du Christ pour dire à tous les pécheurs et à moi le premier, d’avoir confiance dans le Seigneur, que si nous avons eu l’audace de lui répondre : « Je ne veux pas te servir » et que nous sommes allés sur les chemins des plaisirs interdits ou des gains illicites (comme était la vie des publicains et des prostituées), le Christ nous dit que nous pouvons passer devant ceux qui se croient sur le bon chemin du Règne des Cieux. Qui est certain d’avoir obéi?

En effet, dit le Christ : « Jean prêcha la pénitence en disant aux pécheurs : convertissez-vous; et plusieurs prostituées et de nombreux publicains crurent en Jean. Mais vous, les dirigeants, vous n’avez pas voulu le croire, bien plus, vous l’avez calomnié. Jean est venu pour prêcher la justice et vous l’avez traité de possédé. Si le terme communiste avait existé, ils l’auraient traité de communiste. Tous ceux qui prêchent la justice finissent par rencontrer tôt ou tard le rocher dur de ceux qui ne veulent pas se convertir et orienter leur vie et leurs relations avec les autres selon les chemins de la justice. Ceux-ci se doivent de qualifier de ces épithètes Jean-Baptiste et tous les autres qui tentèrent de l’imiter. Parce qu’ils ne le crurent pas, le Christ leur dit : Jean est venu et vous ne l’avez pas cru. Mais par contre, les pécheurs l’écoutèrent comme une Parole d’espérance : Dieu peut nous pardonner.

À propos, puisque nous rendons hommage à la pensée de Jean-Paul I, un des épisodes qui m’a ému beaucoup, parmi ceux de son bref pontificat. On raconte qu’une femme s’approcha du trône pontifical durant une audience générale pour lui dire : « Saint-Père, je me sens si vide, pécheresse, est-ce que je me sauverai? Est-ce que le Seigneur me pardonnera? » Et le Saint-Père lui répondit : « Quel âge as-tu? » Elle lui répondit : « J’ai trente ans. » Il lui répondit : « Pourquoi t’affliges-tu? Tu es jeune, tu as encore plus ou moins quarante années encore devant toi. Pourquoi ne profites-tu pas de ta vie pour te repentir et pour marcher par le bon chemin? Et sur le chemin de cette prostituée se fit la lumière que Jean-Baptiste alluma il y a vingt siècles. C’est la lumière que l’Église continue d’allumer et je n’ai pas honte que mon humble parole connaisse l’immense honneur d’être un rayon de lumière et d’espérance qui arrive peut-être jusqu’aux bordels, jusqu’aux repères des criminels, jusqu’aux tavernes des viciés. Je sais qu’on m’écoute en de nombreux lieux.

Puisse Dieu, la Parole du Christ parvenir aujourd’hui à ceux qui en ont davantage besoin. Les publicains et les prostituées marchent devant sur les chemins du Royaume lorsqu’ils entendent Jean qui est venu prêcher le repentir et la justice, et non pas vous, menteurs et orgueilleux qui ne cherchent qu’à critiquer et à dénaturer la Parole de l’Évangile. Puisse le Seigneur qu’il ne soit pas trop tard lorsque vous vous repentirez de vos erreurs. 01/10/78, p.221-222, V.

« La première lecture (Ez 18,25-28) d’aujourd’hui ratifie cette pensée de la parabole (Mt 21,28-32). Ce sont les temps où Israël, alors que vivait Ézéquiel, ressentait le châtiment de l’Exil comme une punition de Dieu. Ils pensaient que leurs pères étaient pécheurs, et qu’ils devaient expier les péchés de leurs pères. Et le prophète Ézéquiel est un des prophètes qui s’est démarqué pour avoir souligné la responsabilité personnelle de celui qui pèche. Souvenez-vous lorsque les apôtres demandèrent au Christ au sujet d’un aveugle : « Qui a péché, lui ou ses parents? » Et le Christ répond : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché, il est aveugle afin de révéler la gloire de Dieu. » Mais même lorsqu’il y a péché, dit le prophète Ézéquiel : « Chacun demeure responsable devant Dieu de sa propre conscience. » N’oublions pas cela mes frères. Il est certain que les évêques à Medellín dirent qu’il existe un péché structurel, un péché communautaire, social, c’est ce que nous appelons : l’environnement. Mais par delà l’environnement, par delà les structures de péché, Dieu ne demandera pas des comptes aux structures, il en demandera aux hommes et aux femmes qui vivent dans ces structures. Le jugement de Dieu, dit le prophète Ézéquiel, sera selon son procédé. Si un mauvais s’est converti et qu’il a accompli le droit et la justice, il vivra. Dieu le sauvera parce qu’il s’est converti et si un bon, aussi saint qu’il soit, se pervertit et commet les œuvres du mal, par ses œuvres il se perdra, il mourra.

Ne marchez pas en disant, dit le prophète, que cela est injuste. Et Dieu leur répond : « N’est-ce pas vous qui êtes injustes? » Dieu est juste lorsqu’il rend à chacun selon ses œuvres. Frères, chacun est responsable de son propre destin. Plusieurs croient en un destin aveugle, comme si une force surnaturelle les dirigeait et à cause de cela, ils ne peuvent cesser d’être méchant. Le mal, c’est de croire à cela, ce serait comme dire à Dieu : « Tu ne m’as pas fait libre. » La dernière parole appartient toujours à l’individu, pour être bon ou pour être mauvais et le ciel ou l’enfer, ce n’est pas Dieu qui les donne, c’est chacun qui fait son choix. Tu veux être mauvais et persévérer dans le mal et mourir dans tes injustices, tu mourras, tu te condamneras toi-même. Tu te trouves sur les chemins du mal; les publicains et les prostituées sont mentionnés aujourd’hui, mais nous pourrions leur ajouter plusieurs autres classes de gens jusqu’à ceux qui sont responsables de ces mêmes structures de péché, ceux qui abusent du pouvoir dans le gouvernement se trouvent sur les chemins du péché, ceux qui abusent du pouvoir économique sont également sur ce chemin. Et s’ils ne se convertissent pas et ne cherchent point le chemin de la justice, ils ne vivront pas éternellement par leur propre faute.

À la lumière de ce principe moral authentique de Dieu, qu’il est divertissant d’attendre pour voir si le Pape va être d’accord ou en désaccord avec ce que je dis. Face à Jean Paul I, ils n’eurent pas le temps de le cataloguer, de quel côté était-il? Certains espéraient que le Pape appuierait leur orientation, et d’autres espéraient que ce soit la leur, comme si la morale de chacun ne dépendait pas de lui-même, mais dépendait du Pape. Il est certain que le Pape est le maître qui illumine, mais la façon de suivre cette lumière est le problème de chacun. Il n’est pas nécessaire d’attendre que le Pape dise que le capitalisme égoïste et matérialiste est mal, pour affirmer : Le Pape est avec les communistes. Comme on a dit lorsque le Pape a dit qu’il était impossible de collaborer avec le communisme. Alors, ils dirent : voyez, le Pape est avec les capitalistes. Comme il est facile d’interpréter lorsqu’on a déjà une intention, un préjugé. Il existe une conscience chez l’être humain et le Pape est le maître qui au nom de Dieu l’illumine, mais comme les hommes sont aveugles lorsqu’ils sont passionnés. Combien de fois avons-nous vu pleurer une bonne épouse parce que son mari s’est épris d’une adultère? Il est passionné et il est difficile qu’il croie la voix de Dieu qui l’appelle et lui dit : « Cela n’est pas licite. » Ce fut le cas de Jean Baptiste devant Hérode qui s’était épris de la femme de son propre frère – et, lorsque Jean Baptiste lui dit « cela n’est pas permis », Hérode le fit assassiner, on lui coupa la tête. C’est le destin des prophètes parce qu’ils se doivent de dénoncer les plaies les plus douloureuses. Ils doivent courir le risque de subir la colère de ceux qui ne veulent pas entendre. Qui sera le Pape? Quelle orientation prendra-t-il? Quelle qu’elle soit, elle ne peut être différente de celle de Jean Baptiste. Jean vint prêcher la justice et les hommes, quel que soit le Pape, nous devons rechercher les chemins de la justice, de l’amour, de la bonté, et de la sainteté. Pour aussi juste que soit un Pape, l’injuste qui ne veut pas se convertir, se condamnera, le Pape lui se sauvera. C’est cela la morale, c’est cela l’Église de Jean Paul I, c’est l’Église de Jean Baptiste, c’est l’Église de Paul. 01/10/78, p.222-223, V.
 
2) L’Église de la communion

Je prends ma seconde réflexion de saint Paul. Dans la seconde lecture d’aujourd’hui (Ph 2,1-11), saint Paul nous charge de demeurer unis, il nous enseigne quelles sont les causes de la désunion. Bon examen de conscience pour regarder en face le Pape qui travailla pendant son bref pontificat pour l’unité de l’Église, et au-dehors de l’Église, pour l’unité œcuménique qu’il entrevoyait avec espoir.

Écoutez saint Paul qui nous dit les causes de la désunion : « C’est travailler par envie, œuvrer par ostentation, s’enfermer dans ses propres intérêts. » C’est ce qui apparaît dans l’épître d’aujourd’hui et là nous sont signalées les causes des grands maux de la société. Si l’on travaille par envie, il n’y a pas de noblesse. L’envie c’est de mettre des bâtons dans les roues de celui qui peut faire le bien et se réjouir du malheur des autres. Et il y a beaucoup de bâtons, beaucoup d’envie en ce moment, par ostentation.

Très chers frères, j’aimerais insister maintenant, précisément pour vous rappeler la figure de Jean-Paul I devant cet appel de saint Paul de ne pas faire consister notre foi en de vaines ostentations. Le Pape, parlant il y a à peine huit jours, lors de la prise de possession de la Basilique de Saint-Jean Latran, dit : « Ceux-là sont le véritable trésor de l’Église : les pauvres. Par conséquent, ils doivent être assistés par ceux qui le peuvent, sans être humiliés ni offensés par l’ostentation de la richesse, par l’argent mal dépensé en choses futiles au lieu d’être investi lorsque cela est possible, dans des entreprises mutuellement avantageuses. » Voyez comment le Pape ratifie que l’Église authentique ne peut être autre que l’Église qui se préoccupe et sent la situation des pauvres. Les pauvres qui représentent véritablement la présence du Seigneur : « Tout ce que vous avez fait à l’un d’entre eux, c’est à moi que vous l’avez fait. »
Et saint Paul nous présente aussi dans cette Église de la communion le fondement de l’unité. Qu’est-ce qu’apportera l’humilité à nos grands problèmes de division? Saint Paul signale que l’humilité est la recherche des intérêts des autres. Quelles indications plus justes! L’homme orgueilleux, celui qui refuse d’être moins que les autres, celui qui veut être au-dessus de tous, ne trouve jamais sa place, et avec lui il n’y a pas de place pour les autres non plus. Par contre, l’humble, celui dont saint Paul nous dit qu’il recherche dans le service des autres sa véritable félicité, c’est Jean-Paul I, celui qui parvient au poste le plus élevé de l’humanité : Pape. Et depuis cet endroit, il nous rappelait toujours ses origines : fils d’un simple ouvrier, il nous appela tous à la préférence pour le dépouillement, pour la simplicité. Lui qui refusa d’être couronné de la tiare pontificale, qui ne voulait plus employer la chaise à porteurs, un homme simple et humble, qui est l’instrument, le modèle des hommes d’aujourd’hui pour être artisans de la paix. 01/10/78, p.223-225, V.
 
3) Le Christ Notre Seigneur

Et le fondement le plus grandiose, cela est ma dernière réflexion : C’est Jésus-Christ Notre Seigneur. Saint Paul termine cette précieuse lecture d’aujourd’hui (Ph 2,1-11), en nous invitant à avoir les mêmes sentiments que Jésus-Christ, et il nous le décrit. Et c’est là le sommet de nos réflexions : le Christ. Parce que si les Papes modernes ont ému le monde par leur exemple de sagesse, c’est parce qu’ils ont employé tous leurs talents à exprimer cette grande vérité : Le Christ vit dans l’Église. L’Église n’est pas autre chose que la prolongation de la mission du Christ.

Et saint Paul dans son épître nous dit qui est le Christ qui anime cette Église. Premièrement, c’est un Christ qui préexistait dans l’éternité. Il possède la même nature que Dieu. Bien avant d’être conçu dans les entrailles de la Vierge, Il existait. Dès le commencement du monde était le Verbe, nous dit saint Jean, et ce Dieu éternel n’a ni début ni n’aura de fin.

Deuxièmement, Il se fit homme. C’est ce que saint Paul appelle la Kénose. C’est un mot grec qui signifie se vider de soi-même, se dépouiller de son rang de Dieu, à la manière d’un souverain qui laisserait son trône et ses attributs royaux et se revêtirait de haillons paysans afin d’être au milieu de son peuple sans les gêner par sa présence royale. Le Christ se revêtit de l’humanité et apparut comme n’importe quel homme. S’Il était ici en cette cathédrale, parmi les gens qui ont la bonté de m’écouter, Il paraîtrait semblable à quiconque, je ne le reconnaîtrais pas, et pourtant il est le Fils de Dieu dans un corps d’homme. Mais cela ne Lui suffit pas d’être semblable à nous, sinon qu’Il s’humilia jusqu’à paraître semblable à la figure d’un esclave pour mourir comme l’un d’eux, crucifié sur une croix comme un bandit, comme le déchet d’Israël qui devait être mis à mort au-dehors de la cité, comme une ordure. C’est cela le Christ, le Dieu qui s’humilie jusqu’à cette Kénose, jusqu’à se vider profondément de Lui-même.

C’est pourquoi nous dit saint Paul : « Dieu l’éleva jusqu’aux plus hautes cimes, pour qu’en son honneur se plie tous les genoux dans le Ciel, sur la Terre et dans les abîmes et que toutes langues confessent qu’Il est le Christ Notre Seigneur. »

Très chers frères, cela est la gloire de l’Église : porter dans ses entrailles toute la kénose du Christ et c’est pour cela qu’elle se doit d’être humble et pauvre. Une Église hautaine, une Église qui s’appuie sur les pouvoirs de la Terre, une Église sans Kénose, une Église remplie d’orgueil, une Église autosuffisante n’est pas l’Église de la Kénose de saint Paul, n’est pas l’Église des Papes authentiques. L’Église véritable est celle qui, avec Jean-Paul I, peut dire dans son discours d’inauguration qu’elle se sent comme saint Pierre lorsqu’il commença à marcher sur les eaux, il tremblait de peur jusqu’à ce que le Christ lui dise : « Homme de peu de foi, pourquoi crains-tu? »

C’est cela la force de l’Église, ce n’est pas la force des hommes. Comme un mendiant, il y a à peine un mois, le Pape lors de sa cérémonie d’installation comme Souverain Pontife – vous avez pu la voir à la télévision – paressait semblable à un mendiant lorsqu’il demandait à chaque cardinal la bonté de leur amitié, de leur collaboration, de leur aide. « Parce que nous ne nous imaginons jamais monter si haut, aidez-moi! » C’est cela l’humilité, c’est cela la Kénose divine, mais en même temps, sa grande espérance est sa glorification. L’Église des Pâques, l’Église de la Résurrection, l’Église qui ne connaîtra pas de fin parce que Dieu l’a font épouse de ce nom qui est au-dessus de tous les autres. Et c’est Lui que nous allons honorer dans notre eucharistie d’aujourd’hui. 01/10/78, p.225-226, V.

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