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Vingt-septième dimanche du temps ordinaire; 8 octobre 1978; Lectures : Isaïe 5,1-7; Philippiens 1,20c-24,27a; Matthieu 20,1-16.
L’Église, Vigne du Seigneur
J’ai intitulé l’homélie d’aujourd’hui : «L’Église, Vigne du Seigneur », et je vais vous la présenter comme d’habitude en trois points
 
Plan de l’homélie :
1) La Seigneur planta l’Église dans le monde comme une vigne
2) Dans cette vigne, qui est l’Église, se reflètent les crises du Règne de Dieu
3) La Victoire sera du Christ à travers son Église
 
1) La Seigneur planta l’Église dans le monde comme une vigne

À la lumière de ces pensées, nous allons voir si notre Église, dans l’archidiocèse, est l’authentique vigne que planta le Seigneur. Et à partir de cette vigne, qui est une crise continuelle en ce monde, nous éclairerons également la réalité historique qui nous entoure parce qu’en cela aussi se reconnaît l’authenticité du message du Christ, au moyen de cette Église sarment.

En premier lieu, le Seigneur planta l’Église comme une vigne. Il est sûr qu’au temps d’Isaïe (5,1-7) l’Église du Christ n’existait pas encore, mais nous venons de dire dans le psaume de réponse, que la vigne est le peuple d’Israël, peuple favori dans lequel Dieu va présager, annoncer, et perfectionner sa pédagogie jusqu’à parvenir au jour où le Christ fonda une Église, notre Église, cette multitude de la cathédrale, tous ces baptisés qui se réunissent aujourd’hui autour de ces autels, c’est l’Israël de Dieu, c’est le nouveau peuple que le Seigneur planta. Dans cet Israël qui se traduit au Nouveau Testament, l’Église du Christ, il y a deux éléments qui sont d’une grande importance et dont nous devons tenir compte. L’élément humain, la terre où s’enracine cette vigne et deuxièmement, comme en toute vigne, le sarment chrétien. Le sol où est plantée cette vigne c’est l’être humain, c’est nous, ce furent nos ancêtres, ce fut Israël et la descendance d’Abraham, ce sont tous les peuples. Dieu a créé le monde et dans le monde, il a créé le genre humain, avec une capacité merveilleuse pour qu’en lui soit semé ce sarment chrétien.

Mais avant d’être chrétien, la société doit être humaine. Et ici, il est merveilleux de lire la seconde lecture de saint Paul (Ph 4,6-9) qui nous parle précisément des valeurs humaines. Frères, tout ce qui est vrai, noble, juste, pur, aimable, louable, prenez tout cela en compte. Ce n’est plus le temps de vivre cette dichotomie entre le créé et le racheté. Le même Verbe de Dieu qui s’est fait chair pour racheter le monde et pour christianiser le monde, est le Verbe qui avant de s’incarner, était la Parole de Dieu par qui ont été créé toutes les choses. C’est-à-dire qu’avant de planter ce sarment du Christ, Dieu a créé une humanité ayant la capacité de recevoir toute la sagesse divine que suppose ce sarment planté dans l’humanité.
Il est certain qu’on peut distinguer théologiquement la nature et la grâce, que ce n’est pas toutes vérités, toutes bontés, qui sont spirituelles, mais il est certain que ce qui est surnaturel, tout ce qui doit être récompensé pour l’éternité, tout le noble, le saint des humains possède d’abord et avant tout une base naturelle, de sorte que nous disons en théologie, que la grâce ne détruit pas la nature, qu’au contraire, la grâce suppose la nature. C’est pourquoi un criminel, un menteur, un traître, qui n’est pas humain, ne peut pas entrer dans le Royaume des cieux, il doit d’abord se convertir et être avant tout un homme. L’hypocrisie n’entre pas dans le christianisme.

Lorsque le Concile Vatican II, parlant du peuple de Dieu et se référant aux non chrétiens, aux non baptisés, à ce monde immense que nous appelons les terres de missions, les terres païennes, le Concile dit une phrase très respectueuse dans Lumen Gentium 16 : « En effet, tout ce que l’on trouve chez eux de bon et de vrai, l’Église le considère comme un terrain propice à l’Évangile et un don de Celui qui éclaire tout homme, pour qu’il obtienne finalement la vie. » Voyez quelle belle aurore du christianisme éclaire déjà ces peuples où le missionnaire va avec le sarment chrétien et là il rencontre un terrain propice à la réception de l’Évangile. Rappelez-vous cet événement, lorsque saint Paul reçoit l’appel d’un peuple païen qui lui demande de venir et de les aider. Et Paul y reconnaît la voix de l’Esprit qui clame depuis le paganisme, depuis les gentils.

Frères, combien de bonté, combien de vérité, combien de bien y a-t-il au-delà des frontières chrétiennes? Respectons cela, parce que souvent nous croyons, parce que nous sommes de l’Église, que nous sommes les meilleurs au monde. Qui sait? Qui sait si ici à l’intérieur de l’Église nous ne sommes pas moins bons, moins nobles, moins humains que ceux qui sont au-dehors de l’Église où ils espèrent avec la préparation de l’Évangile, avec une noblesse véritablement digne, que leur parvienne le christianisme. Et c’est alors qu’arrive à cette terre déjà imbibée, à cette terre dont saint Paul nous a décrit toute la bonté, toute la noblesse, le pure, l’aimable, le juste. Frères, tout cela n’est pas perdu, tout cela est une préparation à la réception de l’Évangile et c’est pourquoi nous ne devons pas être fanatiques. Le fanatisme parmi les chrétiens a fait beaucoup de mal, c’est l’orgueil du fils aîné qui dénonce l’enfant prodige : celui-ci est mal, je suis bon. Mais c’est le fils prodigue qui était le meilleur des deux parce qu’il venait avec un cœur repenti apporter davantage d’amour que de repentir à son père, alors que le fils aîné, aigri par sa fausse fidélité, était hypocrite.

Le sarment chrétien a été décrit par les récents documents de l’Église avec des traits émouvants. Je me souviens lorsque Paul VI, cet homme merveilleux, celui dont on a dit que l’histoire l’aimera davantage que ces propres contemporains. Nous ne connaissons pas encore tout le trésor de l’ecclésiologie que nous a laissé Paul VI, qui dans sa première encyclique disait : « Qu’est-ce que fait le baptême? Le baptême est le moment où le sarment chrétien est semé comme une vigne surnaturelle de Dieu dans l’âme naturellement chrétienne (comme disait Tertullien). Tout homme est naturellement chrétien. Il existe un germe de noblesse, mais le chrétien ne provient pas de lui, c’est pour cela qu’on le nomme surnaturel, parce qu’il vient sur la nature, il se situe au-delà de mes exigences. » Alors le baptême, respectons ce moment précieux où un fils de la chair, peut-être né d’un couple noble, loyal et bon, mais qui n’est rien d’autre que le fils de la chair, qui par le baptême va être incorporé au sarment de Dieu. Dieu va planter sa main dans le cœur de ce petit enfant que va baptiser le christianisme, le sarment, le Christ. Définissant ce moment du baptême, Paul VI disait : « Il s’agit d’une vigne nouvelle qui ne perd rien de son humanité, sauf l’héritage déplorable du péché originel et qui est capable de rendre compte des meilleures expressions humaines et d’expérimenter les fruits les plus riches et les plus purs. »

Quelle chose plus belle! Le christianisme ne vient pas pour enlever nos qualités humaines. Ceux qui croient que l’Église vient avec des idées subversives, avec des rivalités politiques ou de société, ceux qui croient appuyer l’Église uniquement dans les valeurs humaines, oublient ce chant, lorsque les mages viennent demander à Hérode où est né le Christ, où Dieu a planté le sarment qui va donner naissance à la vie éternelle de l’humanité. Hérode fut jaloux de ce nouveau Roi et l’Église chante : Hérode, n’aie pas peur, Il ne vient par pour enlever les pouvoirs temporels Celui qui vient pour nous offrir des règnes éternels. C’est cela le christianisme, il n’entre pas en rivalité avec les pouvoirs de la terre, Il vient pour donner des germes d’éternité aux pouvoirs et à tous ceux qui veulent semer ce sarment dans leur cœur. Le christianisme est le germe d’une vie nouvelle, les hommes nouveaux, les sociétés nouvelles ne changeront pas leur système, cela continuera d’être un système démocratique, mais si des chrétiens sont véritablement ceux qui vivent ce système démocratique, ils ne feront pas de celle-ci une farce, ils en feront plutôt le canal pour animer la société de la vie de Dieu, ouvrant des causes, des expressions de liberté, de dignité, valorisant le noble et le bon qu’il y a dans le genre humain et dans la société salvadorienne.

Réprimer l’Église pour l’empêcher de planter son sarment chrétien, c’est être très ingénu ou très pervers. Quand, déjà au crépuscule de sa vie, avec plus de maturité, Paul VI écrit sur la mission de l’Église en ce monde et de l’évangélisation. Dans Evangelii Nuntiandi numéro 19, il dit : « La fin de l’évangélisation est de transformer les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêts, les lignes de pensée qui sont en contradiction avec la Parole de Dieu et avec le dessein du Salut. » C’est pour cela qu’il dit : « Nous ne devons pas évangéliser d’une manière décorative, comme celui qui donne une couche de peinture au-dessus d’un morceau pourri qu’il cherche à dissimuler. » C’est malheureusement cela l’évangélisation de plusieurs qui veulent être bien avec le Christ et avec le démon de ce monde. Nous ne pouvons évangéliser ce qui demeure pervers, nous ne pouvons pas appeler au baptême celui qui vit dans l’égoïsme. Évangéliser c’est s’engager, c’est mettre au service de Dieu toutes ces qualités humaines que par héritage naturel nous avons reçues de nos parents. Toute cette culture qui par héritage est la figure, l’âme, le sens de la patrie. Le christianisme est la manière la plus patriotique qu’il puisse y avoir.

C’est ici, dans l’atmosphère chrétienne de nos temples, dans nos réflexions de la Parole, dans les groupes des communautés de base, c’est là où est prêché le patriotisme authentique. Le persécuter, c’est détruire la patrie. Persécuter le christianisme, c’est se suicider.
Quel est le fruit alors, à la lumière de la Parole d’aujourd’hui, de cette vigne que planta la main du Seigneur sur notre terre? Faisons-Lui honneur, mes frères, quelle coïncidence heureuse, nous allons célébrer bientôt, le jour de la race. Célébrons-le dans un sens d’Action de grâce, parce que les missionnaires apportèrent le sarment chrétien à notre Amérique. La noblesse était déjà présente chez nos Amérindiens. Était déjà présent ici ce qu’il y a de bon chez l’être humain, mais ils n’étaient que les fils de la chair, ils ne possédaient que l’héritage naturel. Sans doute que, comme saint Paul, les missionnaires d’il y a cinq siècles auraient pu dire aux indigènes d’Amérique : tout le noble, le juste, le pure, l’aimable, le louable, tenons en compte. Il est dommage que l’évangélisation n’ait pas eu une notion aussi claire que celle que l’Église possède aujourd’hui. Il est regrettable également que cette œuvre fût entreprise avec l’épée et les armes de sorte que la croix et le signe des chrétiens leur furent imposés de force. Ce n’est pas ainsi qu’on convainc un peuple. Ce n’est pas en imposant une civilisation étrangère, en anéantissant toutes les bonnes valeurs de ceux qui étaient ici. Grâce à Dieu, la pastorale moderne redécouvre tout ce qu’il y a de noble, de saint, de bon qu’il y avait également chez nos indigènes et qui court encore dans leurs veines. Ces valeurs constituent encore une exigence du sarment du Christ qui veut être planté dans une terre authentique, dans une terre véritable.

C’est pourquoi l’Église réclame l’autonomie pour annoncer ce que le Christ lui commande de prêcher sans être conditionné par ce que les autres veulent entendre. C’est le sarment de Dieu qui vient se greffer avec ses germes de vie éternelle sur cette terre naturelle que les hommes lui ont préparée, dans la mesure où, même humainement, nous tentons de nous ennoblir. N’oublions pas mes frères, ces deux éléments pour être de bons chrétiens. L’élément naturel, cultivons-le.

Ces vertus d’honnêteté, de justice, de loyauté, tout ce qui constitue l’amitié sincère, même sans être chrétiens nous la ressentons même envers les païens, parce qu’il existe de nombreuses qualités chez l’être humain. Mais comme chrétien, cultivons également ce second élément. Ce que nous donna le baptême, ce que sema le Christ, les sacrements. Vivons dans la grâce en fuyant le péché, vivons conformément à la loi du Seigneur, et alors, comme disait Isaïe, les fruits seront ceux-ci. Lorsque Dieu déplore l’échec de sa vigne, avec quelle tristesse il annonce (la vigne du Seigneur des Armées c’est la maison d’Israël, ce sont les hommes de Judas) (Is 5,7) : « Il attendait le droit et voici l’iniquité, la justice et voici les cris. » L’humain et le chrétien, au Salvador, devraient avoir produit la paix, le droit et la justice. Comme notre patrie serait différente si elle avait produit ce que Dieu planta, mais Celui-ci se sent détruit devant certaines sociétés, et je crois que les pages d’Isaïe (5,1-7) et de saint Paul (Ph 4,6-9) de ce dimanche reflètent la triste réalité salvadorienne.

« J’attendais le droit et J’ai l’assassinat, J’attendais la justice et J’ai les lamentations. » Il ne s’agit pas de semer la discorde, mais de crier vers Dieu qui pleure, Dieu ressent la lamentation du peuple parce qu’il se commet de nombreux outrages à la dignité. Dieu entend les complaintes des paysans qui ne peuvent plus dormir dans leur maison parce qu’ils fuient la nuit, Il entend les pleurs des enfants qui réclament leurs pères qui ont disparu : où sont-ils? Ce n’est pas cela que Dieu attendait, non pas une patrie salvadorienne comme celle que nous vivons, qui devrait être le fruit d’une semence d’humanisme et de christianisme. 08/10/78, p.229-233, V.

Le sarment du Christ semble frustré, si ce n’était que grâce à Dieu, il existe aussi, comme nous allons voir, bien du bon au Salvador. Mais je voudrais me concentrer d’abord sur ce second point. Dieu sema une vigne est c’est son Église. Et dans cette Église, comme dans une zone de rencontre entre Dieu et les hommes – entre la terre que les hommes préparent et la vigne que Dieu sema –, ici se reflètent les énormes crises du Royaume de Dieu. Je voudrais vous rappeler, que pendant toute cette année, la lecture de base des dimanches a été celle de l’Évangile de saint Matthieu duquel je vous ai déjà expliqué le schéma (selon les exégètes, il s’agit de l’Évangile le mieux organisé pour présenter la grande nouvelle que le Christ apporta au monde : le Règne de Dieu est parvenu aux humains). Et nous nous retrouvons déjà dans cette dernière section de l’Évangile (21,33-43) qui nous relate l’entrée de Jésus à Jérusalem. Dans cette section, on nous décrit ce moment de crise où le Christ affronte les prêtres, les pharisiens, les dirigeants de Jérusalem qui vont trahir l’histoire. Le Règne de Dieu apparaît en crise. Les paraboles du Christ reflètent cette crise. La Parole d’aujourd’hui est terrible. Les mêmes dirigeants d’Israël, mentionnés dans l’Évangile : les membres du sanhédrin, les sénateurs qui dans le langage d’aujourd’hui seraient les évêques, les députés, les ministres, les gouvernants, les dirigeants du peuple, la classe capitaliste, ceux qui détiennent la puissance de l’argent – c’est à ceux-là que le Christ fait face et c’est à eux que fait référence la parabole de la vigne.
 
2) Dans cette vigne, qui est l’Église, se reflètent les crises du Règne de Dieu

Un seigneur fit planter une vigne et la loua. À l’époque de la récolte, il envoya ses serviteurs pour en recevoir les fruits, comme cela était courant à l’époque de Jésus, il se produit alors un litige entre le propriétaire et les vignerons. Un conflit de travail, dirions-nous, mais si terrible qu’ils tuèrent les envoyés du seigneur, ils allèrent même jusqu’à tuer son propre fils qui est la représentation du Christ (Cf. Mt 21,33-43). Et alors le Christ demande, en se faisant presque l’écho de la prophétie d’Isaïe (5,3-4) : « Soyez juge entre moi et ma vigne. Que pouvais-je encore faire pour ma vigne que je n’aie fait? Pourquoi espérais-je avoir de beaux raisins, et a-t-elle donné des raisins sauvages? » Ce sont de fruits vains qui ne peuvent être mangés, qui ne servent à rien, tant de travail pour cela. Et si l’on produisit des fruits, cela fut dans le conflit et l’on refusa de donner au seigneur les fruits de sa vigne et ils tuèrent les envoyés, il s’agit des prophètes, des envoyés de Dieu, de ceux qui dénoncent les injustices des hommes. C’est cela la crise. C’est la crise que l’Évangile doit vivre tout au long de l’histoire. Un Dieu qui sème une vigne et qui espère des fruits, mais qui au lieu d’y recueillir des fruits, ne reçoit que des crimes, des assassinats, ce qu’Il n’a pas semé, et par ailleurs des injustes qui outragent ses prophètes et ses envoyés.

Saint Paul, juif mais chrétien avant tout, analyse dans son épître aux Romains, que nous avons étudiés il y a quelques dimanches, cette crise en disant : « J’ai été envoyé aux gentils parce que vous, les Juifs, l’Israël où Dieu a planté sa vigne vous êtes rendus indignes, vous avez refusé d’obéir à Dieu, vous avez préféré les lois de Moïse à la foi en Jésus-Christ et c’est pour cela que nous les chrétiens (qui savons que Moïse et ses lois, l’Ancien Testament, sont dépassés, que seul demeure ce qui a été confirmé par le Christ) nous tournons vers les peuples païens et que je prêche à ceux-ci. (Rm 11,13-14) : « Or je vous le dis, les païens, je suis bien l’apôtre des païens et j’honore mon ministère, mais c’est avec l’espoir d’exciter la jalousie de ceux de mon sang et d’en sauver quelques-uns. » Et l’épître aux Romains dit cette phrase si précieuse, afin que personne ne s’enorgueillisse en croyant que la vigne chrétienne est le résultat de ses propres efforts, saint Paul dit : « De sorte que la désobéissance des Juifs et la révolte des gentils qui refusèrent d’accepter le Christ et qui maintenant l’acceptent, nous enferme tous, Juifs et gentils dans le péché pour que Dieu soit le Rédempteur de tous les hommes. »
C’est le plan de Dieu, nous devons nous sentir pécheurs, les Juifs qui furent les privilégiés. La terre où Dieu planta sa vigne dédaigna cette vigne et c’est pour cela qu’elle s’étendit au peuple gentil. Les gentils que nous sommes, avons accepté cette vigne. Béni soit Dieu! Que nous dit cette cathédrale remplie de fidèles? Que cette vigne possède des grappes remplies d’espérance. Et alors, le peuple juif quand il songera à la grandeur qu’il méprisa, se convertira au Christ. Ainsi comme à nous, gentils, nous ont été pardonnés nos péchés et a été semé en nous le sarment chrétien, pour les Juifs également, leur sera pardonnés leurs péchés et le sarment chrétien y sera semé également, car le projet de Dieu se sert de ces crises de l’histoire de l’Église. […]

Il y a des crises dans le cœur de chaque chrétien et je vous dis, très chers frères, si en ce moment un chrétien au Salvador ne ressent pas cette crise, c’est qu’il n’a pas réfléchi sur la signification du message de Dieu et de sa semence en ce monde. Plusieurs ont déjà surmonté cette crise et se sont engagés pour le Règne de Dieu. Plusieurs l’ont surmontée dans le sens contraire et se sont installés dans leurs commodités. Il est plus facile de dire que l’Église est communiste, qui va la suivre? Mais quelques-uns, s’ils sont en crise, ne savent pas quoi faire. La faute n’est pas de Dieu ni de l’Église. La faute est de la liberté de chacun, qui doit résoudre dans sa propre conscience, avec qui il est. Et Dieu Notre Seigneur vous offre ses fruits merveilleux si vous laissez grandir en vous ce sarment qui produira des grappes merveilleuses de Vie Éternelle. C’est cela le plan de Dieu, c’est pourquoi l’Église est la vigne où le Règne de Dieu sera toujours en crise. Bienheureux ceux qui sentent et vivent la crise et qui la résolvent par un engagement avec Notre Seigneur.
Je me réjouis énormément qu’en cette heure de crise, précisément, plusieurs qui étaient endormis se soient réveillés ou tout au moins se demandent où est la vérité. Recherchez-la. Saint Paul nous indique le chemin avec la prière, avec la réflexion, apprenant à discerner le bon. Ce sont des critères merveilleux. Où est le noble, le bon, le juste, c’est par là que se trouve Dieu. Qu’en plus de ces biens naturels se trouvent la grâce, la sainteté, les sacrements, l’allégresse de la conscience divinisée par Dieu. C’est là qu’est Dieu. Non pas ailleurs, dans des accommodations qui produisent une paix très factice, des victoires très fausses. C’est pourquoi je vous invite à ce que nous vivions avec cette Église l’intensité de sa communauté, de sa foi, de son espérance. 08/10/78, p.233-235, V.
 
3) La Victoire sera du Christ à travers son Église

« Je suis la Vérité et la Vie!, dit le Seigneur, et tous ceux qui demeurent avec moi, porteront de nombreux fruits. » C’est un appel à ce que nous secondions les désirs de Dieu qui veut que sa vigne produise de nombreux fruits. Faisons en sorte qu’en notre cœur ce sarment qui a été planté le jour de notre baptême, produise non seulement ces vertus naturelles, si propres au peuple salvadorien. Celles-ci sont une gloire, je les ai déjà mentionnées sous plusieurs aspects, mais cela ne suffit pas. Semons en cette terre d’abondance, le sarment du Christ, la Vie éternelle, la foi, la prière, notre messe dominicale, les sacrements, tout cela qui nous élève à des perspectives transcendantes et qui nous fait espérer même au milieu des crises et des difficultés des injustices et des outrages de cette terre, la grande espérance que tout n’est pas perdu, parce que la vigne du Seigneur est bien plantée en notre terre. 08/10/78, p.239, V.


Vingt-huitième dimanche du temps ordinaire; 15 octobre 1978; Lectures : Isaïe 25,6-10a; Philippiens 4,12-14,19-20; Matthieu 22,1-14.
Festin de Dieu avec les hommes
La crise qui prépare l’avènement définitif du Règne de Dieu, une crise suscitée par l’opposition croissante des chefs juifs, est annoncée par le Maître Divin lui-même dans ce qui va couronner cette section, le discours eschatologique (Mt 22,1-14). Le Christ est déjà entré à Jérusalem et ces épisodes ont lieu peu avant sa mort. Dans une lutte oratoire avec ceux qui s’opposent, dans les faits, au Royaume de Dieu. S’adressant aux dirigeants juifs, Il leur dit qu’à cause de leur opposition orgueilleuse, Il va leur enlever le Règne pour l’offrir aux Gentils. C’est comme s’Il leur disait : il est encore temps, ouvrez-vous à la conversion. Quelle responsabilité terrible est celle des dirigeants des peuples parce que ce sont eux qui conduisent le peuple. C’est pourquoi je voudrais que ma parole en tant que dirigeant spirituel, vous la compreniez dans le même sens où l’Évangile se situe. Elle doit choquer; elle ne peut pas plaire à tous; il y aura ceux qui la rejetteront et le Christ nous donna l’exemple. Ceux qui Le rejetèrent furent précisément les dirigeants qui accusaient le Christ d’être en train de dénaturer l’histoire d’Israël; et le Christ ne la dénaturait pas; au contraire, Il l’orientait vers sa destinée véritable. C’étaient eux qui la faussaient.

Il est nécessaire de se situer à cette époque pour comprendre le langage actuel de l’Église, un langage qui n’est ni politique, ni subversif, qui ne recherche pas la rébellion. C’est un langage qui prêche l’amour en disant au peuple : c’est par-là que nous devons aller. Et je dis à ceux qui essaient d’orienter l’histoire vers un autre but qu’ils sont en train de fausser le chemin. 15/10/78, p.241-242, V.

Nous sommes, par ailleurs, à la fin de l’année liturgique. Déjà, dans les premiers jours de décembre, à la fin de novembre, va débuter l’année liturgique avec le premier dimanche de l’avent. Nous devons nous y situer comme l’étudiant qui, à la fin de l’année scolaire, recueille les fruits de ses études lors des examens finaux, de sa graduation, lors des fêtes de promotion. Grâce à Dieu, que pour nous aussi, ces derniers dimanches marquent cette préoccupation, celle du gradué qui se prépare à ses examens finaux, lorsqu’il fait des insomnies et qu’il étudie pour décrocher son diplôme, mais l’année liturgique est bien davantage qu’un diplôme académique. Quelqu’un me réjouit beaucoup lorsqu’il me dit que : « mes homélies du dimanche étaient comme des cours universitaires ». Je n’ai jamais prétendu faire une telle chose, mais être un humble catéchiste, un évangélisateur du peuple, rien de plus. Mais il est certain que l’humble chaire de l’évangélisation vaut beaucoup plus que toutes les chaires des sciences des hommes, parce qu’elle enseigne à l’humanité le vrai sens de la vie, ses véritables relations avec Dieu, ses responsabilités dans la société, c’est cela que nous tâchons de faire. C’est pourquoi je vous avise que nous sommes sur le point de terminer l’année liturgique avec saint Matthieu et que débute déjà une autre année. Comme celui qui donne un autre cours, avec un autre évangile, mais c’est toujours le Christ qui est le maître.

Maintenant nous comprenons comment l’Évangile n’est pas le même, d’une semaine à l’autre, du passé et du futur. Oui, l’Évangile est le même, mais le contexte historique où on l’interprète est bien distinct entre celui de la communauté où saint Matthieu réfléchissait pour écrire son Évangile et le contexte actuel de notre communauté diocésaine ou en d’autres lieux, qui sont en syntonie pour méditer ce même message de Notre Seigneur Jésus-Christ. Voilà pourquoi nous avons coutume de faire la chronique de la semaine, et il m’est pénible de le faire parce, que non seulement nous devons évoquer cette vie simple, florissante, et fervente de notre Église, mais également le contexte de l’opposition, de persécution, de mauvaise compréhension qui encercle notre communauté qui désire vivre et s’orienter selon le Christ. 15/10/78, p.242-243, V.

Maintenant, je voudrais seulement extraire de la lecture de la Parole de Dieu, ces trois pensées sous le titre que j’ai choisi pour cette homélie : Le festin de Dieu avec les hommes. Ma première réflexion est : Dieu prépare un festin avec les hommes; ma seconde réflexion est : Dieu fait de l’Église la messagère de son festin pour tous les êtres humains; et ma troisième réflexion : Tous les êtres humains sont invités, mais tous ne furent pas dignes de l’invitation.
 
1) Dieu prépare un festin et le motif c’est qu’il célèbre les noces de son Fils

Quelle belle façon de s’exprimer ont saint Matthieu et ses premiers chrétiens, sur le mystère de la Rédemption des hommes et des femmes, et sur le mystère de l’Incarnation. La Rédemption est une initiative de Dieu qui veut sauver l’humanité de sa chute dans le péché, et faire de cette humanité pécheresse, une épouse pour son Fils. Le moment où le Verbe s’est fait chair dans les entrailles de Marie est le moment des fiançailles entre Dieu et l’humanité. Ce fruit des entrailles virginales de Marie est la représentation de l’humanité, dit le petit catéchisme, à ce moment, Dieu créa un corps humain auquel Il infusa une âme humaine, mais pour une personne humaine, Il ne lui donna rien de moins que celle de Dieu. Nous tous, lorsque nous avons été conçus dans le ventre de nos mères, nous avons reçu ces trois éléments : corps, âme et personne. Mais notre personne n’est pas divine et c’est cela la grande différence avec ce produit des entrailles de Marie. En tant que corps et âme, le Christ est l’égal de nous tous, Il ne possède pas une chair différente des autres humains; c’est un homme comme les autres. Mais cette chair est assumée par sa personne divine et c’est pourquoi cet homme est également Dieu, parce que la personne de Dieu soutient tous les actes spirituels et corporels de Jésus-Christ. C’est ce que les théologiens appellent l’union hypostatique, parole grecque qui signifie personnel. Hypostase veut dire personne, union dans la personne du Verbe.

C’est le festin que le Seigneur célèbre avec les humains. Les prophètes l’annoncèrent avec une figure si poétique comme Isaïe (25,6) dans la lecture de ce matin : « Sur ce mont, Je vais célébrer avec tous les peuples – remarquez l’Incarnation déjà étendue à tous les peuples – un festin de mets succulents, un festin de vins anciens, de viandes moelleuses et de vins généreux. » Ce sont des images matérielles pour exprimer ce que nous, chrétiens rachetés, nous avons dans notre Église : la grâce de Dieu, les charismes, la richesse de son pardon, l’allégresse de la conscience tranquille, la vocation suivie avec fidélité. Tout cela est supérieur à une messe servie avec des vins et des mets généreux. La Messe de chaque dimanche, ne nous apparaît-elle pas, même si nous ne servons pas ni vin ni viande, comme lorsque nous sortons de la cathédrale, nous sortons comme ceux qui sortent d’un banquet de roi. Plus qu’un roi, nous avons été en présence de Dieu et ceux qui y étaient préparés se sont avancés à recevoir le pain céleste, le banquet du Roi qui célèbre les noces de son Fils. Qu’elle est belle, la communion, qu’elle est belle, l’eucharistie!

Et ce même prophète, se rapportant des images matérielles à la signification spirituelle de ce festin de Dieu utilise cette belle expression (Is 25,7-8) : « Il a détruit sur cette montagne, le voile qui voilait tous les peuples et le tissu tendu sur toutes les nations; Il a fait disparaître la mort à jamais. Le Seigneur Yahvé a essuyé les pleurs sur tous les visages, Il ôtera l’opprobre de son peuple sur toute la Terre, car Yahvé a parlé. » N’est-ce pas pour chanter un chant d’espérance et se remplir d’optimisme, savoir que ce christianisme nous vient du Christ au travers de la Vierge Marie et s’incarne dans tous les humains qui ont la foi est une présence d’un Dieu qui nous est promise? Non, mes frères, le Salvador n’a pas à vivre toujours ainsi. Il arrachera ce voile d’ignominie qui recouvre tous ses peuples. Il essuiera les pleurs de tant de mères qui n’ont déjà plus de larmes d’avoir tant pleuré, parce que leurs fils sont disparus. Ici aussi, Il enlèvera la douleur de tant de foyers qui souffrent. En ce dimanche, Il enlèvera le mystère de la séquestration d’êtres chers ou l’assassinat ou la torture ou le tourment. Tout cela ne vient pas de Dieu. Le festin de Dieu viendra. Espérez l’heure du Seigneur. Ayons foi; tout cela passera comme un cauchemar de la Patrie et nous nous réveillerons au grand festin du Seigneur. Remplissons notre cœur de cette espérance. 15/10/78, p.246-247, V.
 
2) L’Église, messagère du festin de Dieu

Comment le Salut peut-il exister en dehors de l’Église? Le Concile dit : « Tous ceux qui sont arrivés à connaître l’organisation de l’Église catholique en tant qu’instrument où sont réunis tous les instruments du Salut, ne l’acceptent pas avec tous ses moyens, ne peuvent se sauver. » […] Le Concile dit également : « Tous ceux qui ignorent, sans faute, l’Évangile du Christ et son Église, mais qui recherchent, malgré cela, Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de la grâce d’accomplir les œuvres de sa volonté, connue par le moyen de leur conscience, peuvent atteindre le Salut éternel. » « Comme il est consolateur de penser que même ceux qui, non pas par mauvaise volonté, mais par ignorance, ne connaissent pas ces moyens que l’Église leur offre, mais qui s’efforcent de vivre honnêtement, saintement. La Grâce de Dieu ils la recevront par des chemins qui ne sont pas ceux des sacrements de l’Église. Ils recevront la grâce, l’Esprit saint, le Christ parce que, sans le Christ il n’y a pas de Salut. C’est pourquoi ils le connaîtront à leur manière. » Ce sont là les messages de l’Église.

Je vais vous citer la seconde lecture de saint Paul (Ph 4,12-14,19-20) parce qu’il s’agit là du modèle des messagers de l’Église. Je vous ai déjà fait mention du contexte dans lequel fut écrite l’épître que nous venons de lire depuis trois dimanches, l’épître de saint Paul aux Philippiens a été écrite en prison. Paul est effrayé comme tous les prisonniers. Que vont-ils faire de moi? se demande-t-il. Il est cependant rempli d’une grande confiance. Il remercie les Philippiens qui lui ont envoyé une aide économique par l’entremise d’un chrétien. C’est alors qu’il prononce cette parole que nous avons lue aujourd’hui : « Je vous remercie d’avoir partagé avec moi au moyen de cette aumône, les tribulations, mais avec une saine indépendance des biens matériels – c’est ce qu’est l’apôtre saint Paul. Sachez que je suis entraîné à tout et en tout : le jeûne et la faim, l’abondance et la privation. Je peux tout endurer dans la foi en Celui qui me réconforte. » Ou, dit autrement, merci beaucoup de me nourrir. Si j’étais en train de mourir et que personne ne se préoccupait de moi, sachez que je me confie dans le Seigneur et que le don que vous avez placé entre mes mains et dont je vous remercie, je le reçois parce qu’en paiement, mon Dieu comblera vos nécessités avec magnificence, conformément à sa richesse dans le Christ Jésus.

Quelle belle attitude que celle de l’homme indépendant, celle de l’homme qui n’appuie pas sa prédication et son Église sur l’argent! Cela nous coûte énormément dans notre Église. Frères, demeurons autonomes de l’idole de l’argent, de l’idole du pouvoir et présentons-nous au monde comme saint Paul, audacieusement libres. Remerciez celui qui nous fait une offrande, mais sachez que cela n’est pas nécessaire, que ces dons ne vont pas conditionner ma prédication. Merci beaucoup, sachant que je me dois à Dieu et non à vous. Merci beaucoup, même si vous nous aviez oubliés, je vous aimerais tout autant et je prêcherais la même chose. C’est cela en vérité, le message du festin de Dieu. Et je voudrais invoquer cette valeur et cette indépendance, cette audace du prédicateur authentique de Paul, pour dire à tous les catéchistes, à tous les prêtres, à toutes les institutions catholiques, à tous ceux qui veulent vivre une Église évangélique et authentique : soyons indépendants non pas au sens d’être arrogants et orgueilleux, mais dans le sens d’adorer l’unique Dieu et de placer en Dieu toute notre confiance. Je peux tout en Celui qui est ma force. Lui oui, ma force est le Seigneur. Ma richesse est le Christ. Mon espérance est le Seigneur, en Lui ma Patrie se sauvera. C’est Lui que je prie, c’est en Lui que je me confie, c’est Lui que je prêche. Cela est d’autant plus authentique lorsque vous y croyez, vous sentirez alors davantage la richesse du festin de Dieu dans vos propres cœurs. 15/10/78, p.248-249, V.

Tant que vous unirez votre confiance dans le Christ et votre confiance dans l’argent, vous ne jouirez pas du festin de Dieu.
C’est pour cela finalement que je pose cette question : qui sont les invités? Et selon les lectures que nous avons entendues aujourd’hui, du prophète Isaïe : « Dieu prépare un banquet pour tous les peuples et Il arrachera le voile d’ignominie qui les recouvre. Tous sont appelés. » Et lorsque le Seigneur envoie appeler au banquet préparé pour la noce de son Fils, remarquez qu’il y a deux appels : un appel au peuple privilégié, Israël; mais ils ne furent pas dignes. Souvenez-vous du contexte dans lequel nous parle Jésus (Mt 22,1-14). C’est la dernière semaine de sa vie. C’est le sommet de la lutte, de l’antagonisme entre le véritable Évangile qu’Il enseigne et la fausse religion que les pharisiens et les dirigeants du peuple de Judée ont établie. Cette lutte est sur le point d’arriver à son dénouement tragique de la crucifixion, mais le Christ ne cesse pas de leur dire directement ce qu’Il est venu leur dire : vous n’avez pas été dignes de l’invitation de Dieu. Ce n’est pas que l’on doit annoncer l’Évangile aux pauvres uniquement, les riches aussi sont appelés; mais pour comprendre cet appel, il est nécessaire d’avoir l’âme d’un pauvre et c’est cela qui est difficile. Autonomie vis-à-vis des biens matériels afin de ressentir l’unique nécessité de Dieu, c’est seulement ainsi qu’on peut accepter et désirer le Règne de Dieu.

Le Christ nous donne ici la réponse à une calomnie que l’on entend si fréquemment : pourquoi l’Église ne prêche-t-elle qu’aux pauvres? Pourquoi l’Église des pauvres? Est-ce que nous, les riches n’avons pas d’âme? C’est certain que oui, nous vous aimons profondément et nous désirons que vous vous sauviez, que vous n’alliez pas périr emprisonnés par vos propres idoles. Nous vous demandons de vous spiritualiser, de vous faire une âme de pauvre, de sentir la nécessité, l’angoisse du nécessiteux. Alors, dit le roi : sortez sur les chemins; là où se trouve le peuple pauvre, appelez-le, amenez-le ici. On remplit alors la salle qui avait été préparée pour les privilégiés, mais ceux-ci ne furent pas dignes. Alors, la salle se remplit de toutes classes de gens. Ici vient une autre parabole : alors, le roi entra pour se présenter aux invités, mais il en rencontra un qui ne portait pas un vêtement de fête. Est-ce une faute de courtoisie, pour aussi pauvre que soit un homme qui est invité à une fête de cette classe, même si c’est avec son linge rapiécé, mais propre, on essaie de se présenter le plus décemment possible. L’on voit que cet individu était un de ces types qui n’accorde pas d’importance à ces attentions et cela également, ce n’est pas de la courtoisie. L’Église ne saurait être non plus en faveur de ce manque d’éducation. Et le Seigneur s’adresse à l’homme qui, malgré toutes les bontés du Seigneur d’inviter les pauvres, ne s’est pas montré digne. Le Seigneur lui dit : « Ami, comment es-tu rentré ici sans porter de vêtements de fête? » Il n’ouvrit pas la bouche; il n’avait aucune raison pour s’excuser. Il avait manqué et c’est ici que vient une grande leçon.

Le Concile Vatican II, lorsque nous avons lu en premier ce passage, qu’en l’Église de Dieu se trouve tous les moyens pour se sauver, ajoute ce passage terrible : « Ne se sauve pas cependant, même s’il est incorporé à l’Église, celui qui ne persévère pas dans la charité, appartenant à l’Église de corps, mais non de cœur. » Il ne suffit pas de venir à la messe le dimanche; il ne suffit pas d’être appelé catholique; il ne suffit pas d’amener l’enfant se faire baptiser, même si c’est lors d’une grande fête de société. Les apparences ne suffisent pas, Dieu ne se satisfait pas d’apparences. Dieu veut que ceux qui participent à son festin fassent un effort personnel, parce que le Christ est le principal qui nous sauve, mais Il ne te sauvera pas sans toi, disait saint Augustin. Il ne te sauvera pas sans toi, Celui qui put te créer sans toi. Pour te créer, Il n’avait pas besoin de ton consentement, mais pour te sauver, Il a besoin que tu utilises ta liberté, que tu saches user de tes biens, de ta personne, de tes choses, librement avec un sentiment de justice et de charité.

Très chers frères, c’est cela la précieuse leçon du festin de Dieu avec les hommes. Qui sont les appelés? nous dit en terminant l’Évangile. Plusieurs sont les appelés. Tous les peuples sont appelés. Pour Dieu, il n’existe pas de catégories ni pour l’Église, il n’existe pas de distinction. C’est pourquoi l’Église dérange ceux qui veulent maintenir ces distinctions. Mais pour l’Église, il n’existe qu’une catégorie : les justes, ceux qui accomplissent l’Évangile, ceux qui entrent au festin de Dieu avec des vêtements de fête, avec la conversion du cœur. C’est pour cela qu’ils sont invités au festin de Dieu. Plusieurs ne peuvent pas y entrer encore. 15/10/78, p.249-251, V.

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