Trentième dimanche du temps ordinaire, 29 octobre 1978; Lectures : Exode 2,21-27; Thessaloniciens 1,5c-10; Matthieu 22,34-40.
Dans les lectures d’aujourd’hui (Ex 2,21-27; Th 1,5c-10; Mt 22,34-40) il me semble rencontrer un magnifique résumé d’un des textes les plus denses du Concile Vatican II quand il parle de l’Église comme peuple messianique (L.G.9) : « Ce peuple messianique, s’il ne comprend pas effectivement tous les hommes et n’apparaît parfois que comme un petit troupeau, n’en subsiste pas moins au sein de toute l’humanité comme un germe très fort d’unité, d’espérance et de Salut. Établi par le Christ en communion de vie, de charité et de vérité, il lui sert d’instrument pour la Rédemption de tous et il est envoyé au monde entier comme lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5,13-16). »
C’est ce que nous sommes, c’est ce que nous devons être si nous voulons vraiment construire l’Église. Je voudrais ratifier que la raison de ma prédication, que la raison d’être de nos réunions et de nos réflexions chrétiennes autour de la Parole de Dieu, possède cette finalité, que chaque jour nous nous constituons davantage comme Peuple de Dieu comme disciples du Christ, nous sentant véritablement comme un germe très fort d’unité, d’espérance et de Salut. Que le monde, que notre patrie, sache reconnaître dans les groupes chrétiens non pas des gens suspects, mais au contraire, des personnes qui soient vraiment Lumière du Monde et Sel de la Terre.
C’est pourquoi j’aime savoir concrètement quelle est cette communauté qui est en train de participer à la réflexion de ce matin. Ce n’est pas une communauté chrétienne réunie dans une église d’Europe ou d’Afrique ou d’un autre pays de notre continent, c’est l’Église d’ici, de l’archidiocèse de San Salvador, dans cette Cathédrale. Et ce sont aussi ces communautés qui se réunissent là-bas dans les chapelles et qui écoutent cette messe à la radio pour la méditer. Ce sont les communautés de tel ou tel canton, de tel hameau. Dans ce cas, nous devons sentir cette communauté avec ses réalités de joie et de tristesse. C’est ici que j’ai plaisir à faire avec vous un bilan de joie et d’espérance pour que nous sentions tous cette communion de vie, d’amour et de vérité. Pour que nous partagions notre sentiment d’être des Salvadoriens chrétiens ou de ceux qui sans être Salvadoriens, se sont identifiés à notre communauté et qui vivent pleinement dans cette Église.
Observez bien comment le Concile ne se fait pas d’illusion de ce que l’Église sera. Elle ne sera pas la totalité du peuple, souvent elle peut être réduite à un tout petit groupe et c’est ainsi que le Christ le disait à ses disciples : « N’ayez pas crainte, petit troupeau » (
pusillus grex). Une expression tendre du Seigneur pour nous dire de ne pas croire que c’est tout le monde qui va accepter cette parole, mais qu’il y aura toujours un groupe, même réduit. Que ce groupe demeure dans la joie, disait-Il, parce que le Père vous désire et qu’Il vous donnera son Royaume. Vous êtes le germe de l’unité et du Salut du monde, vous êtes l’espérance. Oui, très chers frères, soyons en vérité des communautés chrétiennes qui soient saintes, disciples du Christ, remplies d’espérance et unies dans l’amour. Nous ne prétendons pas à la gloire des grandes foules, mais à la solidité d’un amour et d’une vie qui nous vient de Dieu. 29/10/78, p.259-260, V 4.
Plan de l’homélie :
1) Communauté de Vie
2) Communauté de Vérité
3) Communion de Foi
4) Communauté de Charité
1) Communauté de Vie
Je vais vous lire ce passage du Livre des Actes des Apôtres pour que vous voyiez que ce qui se passe actuellement dans nos communautés chrétiennes, ici dans l’archidiocèse, est l’histoire de toujours. La communauté de Thessalonique est née peut-être quinze ou vingt ans après l’Ascension du Seigneur. Les épîtres aux Thessaloniciens sont les premières lettres du Nouveau Testament. C’est une communauté nouvelle, pourrions-nous dire. Souvenez-vous d’il y a vingt ans, plusieurs ne connaissent pas ce qui s’est passé il y a vingt ans, en 1958, il en était de même à Thessalonique. Plusieurs personnes avaient connu et entendu de la bouche même des apôtres le récit du passage du Fils de Dieu fait homme, qui est mort sur la croix, qui est ressuscité et que croire en Lui donnait le Salut.
Ceux qui le virent de si près à Jérusalem, les Juifs, ne le comprirent pas. Ce fut un petit groupe qui adhéra au Christ. C’est pour cela que les apôtres prirent la décision d’aller annoncer la Bonne Nouvelle au-dehors de la Palestine, parce que là les gens étaient dans l’attente de cette nouvelle. C’est ici que cela se produisit selon le Livre des Actes (17,5) : « Mais les Juifs, pris de jalousie, ramassèrent sur la place quelques mauvais sujets, provoquèrent des attroupements et répandirent le tumulte dans la ville. Ils se présentèrent alors à la maison de Jason, cherchant Paul et Silas pour les produire devant l’assemblée du peuple. » Ce Jason était un chrétien récemment converti qui donnait l’hospitalité à Paul et à Silas parce qu’ils avaient été chassés de la Synagogue, c’est-à-dire du temple officiel où Paul avait commencé à enseigner aux Juifs. Ils ne voulurent plus le recevoir et ils lui dirent : « Tu ne peux plus enseigner ici parce que ta doctrine est contraire à nos traditions. »
Ces lieux de réunions sont semblables à celles que nous ont enlevées ces usurpateurs qui mettent à la porte les chrétiens. Paul, avec son groupe de chrétiens, s’en alla à la maison d’un ami, Jason et c’est là que les autorités religieuses vinrent pour le faire comparaître devant le peuple. Devant les magistrats ils crièrent (Ac 17,6-7) : « Ces gens qui ont révolutionné le monde entier, les voilà maintenant ici, et Jason les reçoit chez lui. Tous ces gens-là contreviennent aux édits de César en affirmant qu’il y a un autre roi, Jésus. »
À quoi cela vous fait-il penser? N’est-ce pas comme cela se produit actuellement envers ceux qu’on accuse d’être subversifs, d’être contre l’autorité, ceux qui doivent être emprisonnés? N’est-ce pas étrange que l’histoire de nos communautés soit une histoire de persécution. Chaque fois que les chrétiens ont tenté d’affirmer véritablement que Jésus est Roi et Seigneur, et que nous avons voulu proclamer son Évangile comme unique Parole du Salut, chaque fois que nous avons dénoncé, à partir de la Parole de Dieu, tous les abus du pouvoir du monde, les persécutions ont surgi.
Ils emprisonnèrent Jason et ils exigèrent une forte caution avant de le relâcher, nous rapporte le Livre des Actes des Apôtres. Mais aussitôt après, nous raconte saint Paul dans son épître aux Thessaloniciens, ce que vous avez entendu aujourd’hui (Th 1,5c-10) quel éloge plus merveilleux (6-8) : « Vous vous êtes mis à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole, parmi bien des tribulations, avec la joie de l’Esprit saint : vous êtes aussi devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et d’Achaïe. De chez vous en effet, la Parole du Seigneur a retenti de tous côtés, votre foi en Dieu s’est si bien répandue que nous n’avons plus besoin d’en rien dire. » Voyez, une communauté de vie. C’est cela l’Église, une communion de vie. C’est parce que les motifs qui nous réunissent maintenant dans la cathédrale, dans nos chapelles, dans nos rencontres chrétiennes, ce n’est pas pour nous souvenir d’un mort. Ils sont pauvres les chrétiens qui croient que leur religion n’est qu’un musée de souvenir et qui ne cherchent qu’à la conserver sans lui faire courir de risque. Non, frères, la communion de l’Église c’est la vie, c’est une communion de vie qui doit être confrontée avec la vie du monde actuel. Elle est vie, ses lois, ses dogmes, ses croyances doivent se convertir en vie.
Celui qui ne veut pas comprendre ainsi la religion de l’Éternel Vivant, du Christ qui ne mourra jamais, d’un Dieu Vivant qui va accompagner le peuple et qui dit dès la première lecture d’aujourd’hui (cf. Ex 2,23-24) : « Ne commettez pas l’injustice, parce que ce pauvre, cette victime de l’usure ou du prêt injuste, clame vers le ciel et Je l’entendrai. » Je suis le Dieu Vivant.
Notre religion est Vie et c’est là le plus merveilleux que je voudrais que vous reteniez. Je voudrais également rendre grâce à Dieu parce que cette prédication de la religion comme une vie est ce qui a donné à plusieurs qui étaient morts dans la foi, la Résurrection et la Vie. Cela vaut la peine de croire, d’aller à la messe le dimanche et de s’y alimenter de la Parole de Vie, non pas pour ce que les autres en disent, mais parce que je suis du Christ, le Vivant par excellence. Alors, courage, très chers frères et sœurs, je sais que pour plusieurs est arrivée l’heure de l’épreuve et que plusieurs ont fui lâchement : catéchistes, célébrants de la Parole, des gens qui partageaient avec nous les joies de nos réunions et qui ont été effrayés. Des personnes que nous croyions très fortes sont dans la peur, c’est parce qu’elles ont oublié qu’il s’agit d’une religion de vie et qui en tant que telle se doit de se heurter avec ce qui n’est pas la vie de Dieu, ce qui vit dans le règne de ténèbres et du péché du monde. 29/10/78, p. 264-265, V.
2) Communauté de Vérité
Un autre aspect de la communion de l’Église, c’est que cette dernière en est une de vérité. Il est bon de savoir que notre foi chrétienne est la Vérité. Aucun homme ne peut se dire propriétaire de la Vérité, personne n’est infaillible, seul Dieu. Mais lorsqu’un homme croit en Celui qui est la source de la Vérité et s’y abandonne, c’est un homme de foi, cet homme a la Vérité même s’il ne la comprend pas, par le fait même qu’il l’a acceptée. Je voudrais que tous mes chers auditeurs soient des hommes et des femmes de foi auxquels saint Paul pourrait dire comme il disait aux chrétiens de Thessalonique : « Je connais l’activité de votre foi, la foi est active parce que la foi est la Vie. » Je voudrais que nos communautés soient comme ce qu’en dit saint Paul de Thessalonique (1,8-10) : « Votre foi en Dieu s’est répandue, si bien que nous n’avons plus besoin de n’en rien dire. On raconte là-bas comment nous sommes venus chez vous, et comment vous vous êtes tournés vers Dieu, abandonnant les idoles pour servir le Dieu vivant et véritable, dans l’attente de son Fils qui viendra des cieux, qu’Il a ressuscité des morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient. »
Une communauté chrétienne s’évangélise pour évangéliser. Une lumière s’allume pour éclairer, on ne l’allume pas pour la mettre sur le boisseau, disait le Christ. On l’allume et on la met bien haut pour qu’elle éclaire toute la maisonnée. C’est cela une communauté véritable. Une communauté est un groupe d’hommes et de femmes qui ont rencontré dans le Christ et dans son Évangile la Vérité et qui la suivent et s’unissent pour s’y consacrer toujours davantage. Ce n’est pas simplement une conversion individuelle, c’est une conversion communautaire, c’est une famille qui croit, c’est un groupe qui accepte Dieu. Et comme groupe, chacun sent que l’autre le fortifie et que dans les moments de faiblesse, ils s’aident mutuellement. Ils s’aiment et ils croient, donnant de la lumière, de telle sorte que le prédicateur n’a déjà plus besoin de prêcher quand les chrétiens font de leur vie une prédication. […]
Dans ce passage de l’épître aux Thessaloniciens il y a trois choses que nous devons retenir. Premièrement, le monothéisme, c’est-à-dire renoncer à toutes les idoles pour croire dans le Dieu unique. Deuxièmement, une christologie, un Fils de Dieu qui se fit homme qui s’appelle le Christ et dans lequel nous croyons parce qu’Il est mort et qu’Il est ressuscité. Et, troisièmement, une eschatologie, un au-delà, une attente du Fils du Dieu vivant dans l’éternité qui viendra juger les vivants et les morts et qui condamne déjà le péché en ce monde et qui le condamnera lorsqu’Il dira : « Allez, maudits, au feu éternel », à tous ceux qui ne voulurent pas se convertir en vérité.
C’est là le résumé du contenu de notre foi : La communion en vérité contient ces trois grandes vérités : croire dans l’unique Dieu véritable et pour Celui-ci, renoncer à tous les faux pouvoirs. Vous souvenez-vous dimanche dernier lorsque Jean-Paul II parlait précisément du pouvoir de la tiare, qui est le pouvoir du Christ que tout le peuple de Dieu doit porter. Il disait donc : « Ouvrez les portes à cette puissance du Christ, n’ayez pas peur, ouvrez-Lui les champs de l’économie, de la politique et du social. » Ne dites pas que le Pape ne parle pas de politique, alors qu’il dit d’ouvrir au Christ le champ de la politique. Celui-ci va prêcher son Règne à la politique, sans quoi celle-ci se convertit en ce terrible drame de l’homme qui devient un loup pour les autres. Seul le Christ peut donner un sens humain à la relation du capital et du travail. Seul le Christ peut donner une relation d’humanité, de compréhension. Maintenant que l’heure arrive des récoltes des fruits de notre terre, cela devrait être pour le bonheur de tous ceux qui naissent sur cette terre. Dans le sens chrétien que nous a rapporté la première lecture des privilégiés et des pauvres, afin que nous sachions répartir avec équité et justice ce que Dieu a créé pour tous. […]
L’Observatore Romano nous rapporte ce commentaire du cardinal Wojtyla : « Il existe certainement en ce monde une grande charge de foi – il existe une marge considérable de liberté pour la mission de l’Église – disait le Cardinal – mais bien souvent il ne s’agit que d’une marge. Il suffit d’observer les principales tendances qui prévalent dans les médias de communication sociale, il suffit de prêter attention à ce qui est passé sous silence et ce qui est dit à haute voix. Il suffit d’affiner son oreille pour percevoir ce qui rencontre l’opposition la plus grande et pour voir que là également, où le Christ est accepté, il y a en même temps une opposition envers ce qui à trait à la vérité pleine et entière de la personne du Christ, de sa mission et de son évangélisation. C’est comme si on cherchait à le modeler, à l’adapter sur mesure à nos dimensions humaines, de l’ère du progrès et au programme de la civilisation moderne qui en est une de consommation et non de fins transcendantes. Il existe une opposition au Christ à partir de ces attitudes et on ne supporte pas la vérité proclamée et rappelée en son nom. Cette opposition au Christ, en même temps qu’elle y fait référence, inclusivement de la part de ceux qui se disent ses disciples, est un symptôme significatif des temps dans lesquels nous vivons. […]
Le Concile Vatican II fait également mention de l’athéisme (G.S.19,3) : « Dans cette genèse de l’athéisme, les croyants peuvent avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire d’eux qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent. » Si le communisme est athée, ne soyez pas étonné d’entendre que le capitalisme est quant à lui un athéisme pratique, et s’il accorde une marge à la foi, c’est une marge rien de plus. Et parlant de cette forme historique d’opposition au Christ, dans laquelle ont une grande part de responsabilité ce faux christianisme de ceux qui défendent davantage leur égoïsme que le propre Christ, le cardinal Wojtyla continue en disant : « C’est là une forme d’opposition directe au Christ. » Voyez que l’Église n’est pas communiste. Ce Cardinal a longtemps vécu sous le régime communiste, et je dis également cela à partir des exigences de la justice sociale de l’Église, que le communisme est une forme d’opposition directe au Christ, un rejet ouvert de l’Évangile, une négation de la vérité de Dieu sur l’homme et sur le monde que l’Évangile proclame. Cette négation assume parfois des caractères de brutalités. Mais parfois on se demande : où se trouve l’opposition la plus brutale? J’ai su qu’il existe encore des pays où les églises de toutes confessions sont fermées, où les prêtres sont condamnés à mort pour avoir administré le baptême. Chez nous, certains prêtres ont été assassinés pour avoir prêché la justice sociale.
Quelle différence y a-t-il entre ce monde et le nôtre? Qui sait, peut être qu’en ces pays il existe encore des catacombes chrétiennes et des cirques où les témoins du Christ étaient lancés aux fauves pour être dévorés. Cependant, la persécution contemporaine, typique des dernières années du XX
e siècle, offre un panorama complètement distinct de l’ancienne, elle possède une signification tout à fait différente. 29/10/78, p.265-268, V.
3) Communion de Foi
Comme est belle, cette méditation du cardinal Wojtyla, mais ces deux pensées ne suffisent pas pour que vous voyiez, chers frères, que si notre Église – et c’est là ma conclusion – si notre Église est communion de foi, ne vous laissez pas tromper par les petites marges de foi et de liberté que veulent bien nous laisser certains systèmes qui se prétendent protecteurs de l’Église. Si nous sommes vraiment une communion de foi, nous ne devons pas être satisfaits tant que nous ne sentirons pas que cette foi est vie et que nous la portons dans notre vie, sans peur des situations, quelles qu’elles soient.
Le cardinal Wojtyla rappelle les temps des catacombes et des cirques des martyrs, il nous remémore également, lui qui l’a vécu dans sa propre chair, les prisons du marxisme. À nous également il nous arrive de vivre l’emprisonnement et les tortures du système capitaliste. Ce qui importe c’est qu’en n’importe quel système, la foi dans le Christ soit la torche qui donne la sérénité, la valeur et l’espérance à cette vie. 29/10/78, p.268, V.
4) Communauté de Charité
Et finalement la communion de la Charité. Je l’ai gardée pour la fin parce que les lectures d’aujourd’hui étaient suffisamment explicites. La première lecture de l’Exode, celle de ce livre de l’Alliance, où Dieu établit une alliance avec les hommes et les femmes. « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple », mais comme dans toute alliance, il y a des conditions. Et suivent alors un ensemble de lois que vous pourrez lire dans ces chapitres de l’Exode. Je m’attarderai ici uniquement aux lois sociales (Ex 22,20-22) : « Vous n’opprimerez pas ni n’abandonnerez l’étranger parce que vous avez été vous-mêmes des étrangers en Égypte. Vous n’exploiterez pas la veuve et l’orphelin parce que si vous les exploitez, ils se lamenteront et Je les entendrai. » Quel argument plus terrible! Tout ce que vous faites à un pauvre, le Christ le vit. Comme m’a ému l’affliction de cette pauvre veuve du gardien d’un poste d’essence qui est mort assassiné, comment elle a tenté de sauver son mari. Ces fils croyaient qu’il était encore en vie dans un hôpital, mais ils apprirent qu’il avait été enterré près de Suchitoto. C’est cela, la clameur des veuves et des orphelins qui clament vers Dieu et Dieu ne demeurera pas sourd : « Ma colère s’enflammera et Je ferai mourir par l’épée ceux qui ont fait ces veuves et ces orphelins. » La Bible est terrible. […] « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta volonté et le second commandement est semblable à ceci : tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Frères, l’original du Christ ce n’est pas d’avoir prononcé des paroles que tout Juif savait déjà et disait comme une profession de foi dans la fameuse
Sema. Ce mot hébreu signifie « écoute », parce qu’il commence en disant : « Écoute Israël, il n’y a qu’un seul Dieu. » Dans ce fameux texte de la
Sema, le Christ nous rappelle que Dieu est le principal. En cela, le Christ ne diffère pas des autres juifs, Il rappelle ce que dit la Bible. Mais ce qui est original chez le Christ c’est, ne l’oublions pas, qu’avec ce précepte de poids, principal, « Tu aimeras ton Dieu », Il mit sur le même niveau : « et ton prochain comme toi-même. » C’est ce qui est original du christianisme, que la même motivation avec laquelle tu aimes Dieu, doit être celle avec laquelle tu aimes ton prochain. C’est cela, la caractéristique de l’Évangile, c’est le commandement nouveau que le Christ redit au moment où Il fait ses adieux : « Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés. » Parce que Je n’ai pas seulement aimé le Père de tout mon cœur, car par amour pour Lui, Je vous ai aimé aussi jusqu’au point de donner ma vie. C’est cela qui est original dans notre foi. Frères, il est très facile de dire, comme une évasion : je vais à l’Église pour adorer Dieu et peu m’importe mon prochain. C’est la parabole du Bon Samaritain. Un prêtre et un Lévite, des hommes d’Église, ne firent rien parce qu’ils devaient aller prier au temple, ils laissèrent abandonner le pauvre blessé et en cela ils ne furent pas les prochains du Christ. 29/10/78, p. 269-270, V.
Trente-et-unième dimanche ordinaire; 5 novembre 1978; Lectures : Malachie 1,14b-2,2b.8-10; Thessaloniciens 2,7b-9.13; Matthieu 23,1-12.
L’Église Sainte mais qui a besoin de purification.
Tout ce chapitre 23 de saint Matthieu est un modèle d’homélie, il est une dénonciation terrible contre la religion officielle, contre les abus, contre les vanités, une réclamation d’authenticité. Rappelez-vous que selon le schéma de saint Matthieu que nous avons étudié durant toute l’année, nous sommes maintenant arrivés aux derniers dimanches de l’année. Celui où le Christ se trouve au milieu d’une crise par où doit passer le Royaume avant de pouvoir s’implanter : l’opposition, la mauvaise interprétation, la calomnie, la tentation de ne pas vouloir entendre. C’est dans cette ambiance qu’est écrit par saint Matthieu, le chapitre 23 qui est non seulement un portrait biographique du Christ, mais qui est également la réflexion des premiers chrétiens sur les enseignements du Christ et comment cette communauté judéo-chrétienne est en train de les vivre. Ils étaient juifs, la majeure partie convertie au christianisme. Ils se sentaient épiés par les autres juifs qui étaient demeurés fidèles au judaïsme, et par les prosélytes gagnés par ces mêmes juifs qui étaient bien plus fanatiques que ceux-ci et qui considéraient les chrétiens comme des renégats. Dans les mots d’aujourd’hui nous dirions qu’ils étaient subversifs. Cette subversion suit le Christ authentiquement en sachant qu’elle n’est pas une subversion, mais qu’elle est la véritable fidélité au Seigneur, réfléchie en communauté. 05/11/78, p.273, V.
« Mes frères, je voudrais donner à cette homélie un titre audacieux, presque sacrilège, mais le Concile Vatican II en fait lui-même mention : l’Église sainte, mais qui a besoin de Purification. » Cette parole se trouve dans le numéro 8 de
Lumen Gentium et tout le texte dit ceci : « Au contraire du Christ, saint innocent, immaculé qui ne connut pas le péché, sinon qu’Il vint uniquement pour expier les péchés du peuple, l’Église, elle, contient dans son propre sein les pécheurs. C’est ce qui fait qu’elle est à la fois sainte et qu’elle ressent le besoin de purification, qu’elle avance continuellement par le sentier de la pénitence et de la rénovation. » Pour moi, c’est là le plus beau passage du Concile. Nous ferions très mal de croire que le meilleur dans le monde est l’Église. Plusieurs considèrent ainsi l’Église, incapable de péché, immaculée, intouchable. Mais le Concile a dit non, en son sein existent des pécheurs. Évêques, prêtres, religieuses, couples, nous nous appelons chrétiens, mais nous sommes en même temps pécheurs, nécessiteux de la purification et pour nous le véritable chemin demeure le sentier de la pénitence et de la rénovation. Malheur au chrétien! Malheur à l’évêque! Malheur au prêtre qui se sent si parfait qu’il peut tromper les autres. Comme il va être corrigé par Jésus-Christ maintenant. Et dans cette pensée de l’homélie, l’Église sainte et nécessiteuse de purification, comme de coutume, je vous présente ces trois points de réflexions :
Plan de l’homélie :
1) Les péchés de l’Église
2) La Sainteté de l’Église
3) Où se trouve la source de cette sainteté d’une Église pécheresse, mais qui aspire à la sainteté?
La source se situe dans ce que nous dit saint Paul de l’Église (Th 2,13) : « Vous avez reçu la Parole de Dieu comme Parole de Dieu et non comme une parole d’homme », c’est là qu’est le secret. 05/11/78, p.274-275, V.
1) Les péchés de l’Église
Commençons par le premier point : les péchés de l’Église. Déjà la première lecture d’aujourd’hui (Ml 1,14b-2,2b. 8-10), pour laquelle on essaie toujours de faire un parallèle avec l’Évangile du jour, est prise du prophète Malachie. Avec quelle franchise s’exprime-t-il en ce temps où se restructurait le culte du temple de Jérusalem, alors qu’il y avait une certaine prospérité – c’est souvent cela le mal : le bien-être dans l’Église amène un relâchement. Les prêtres qui se sentent à l’aise dans leur paroisse, faites très attention! Les chrétiens qui sentent que l’Évangile ne les dérange pas : Faites bien attention à ce bien-être que peut procurer le culte sans engagement auquel fait référence la terrible prophétie de Malachie (2,1;7-9) : « Et maintenant à vous ce commandement! Car c’est aux lèvres du prêtre de garder le savoir et c’est de sa bouche qu’on recherche l’enseignement : il est messager de Yahvé. Mais vous vous êtes éloignés de la voie; vous en avez fait trébucher un grand nombre par l’enseignement. Et moi je vous ai rendus méprisables et vils pour tout le peuple.» Il n’existe rien de pire qu’un mauvais prêtre. Si le sel devient insipide, à quoi peut-il servir? disait le Christ, rien d’autre qu’à être jeté au sol et foulé au pied par les hommes. Combien triste est la parole du prêtre lorsqu’il a perdu sa crédibilité, elle est comme une boîte de métal qui sonne vide.
Vous n’avez pas gardé mes voies, Dieu se fie à des humains pour appliquer la loi, si c’est un tel, ou une telle, tant mieux; si c’est un pauvre, un moins que rien, personne n’y prête attention. L’Église des pauvres est un critère d’authenticité, parce que ce n’est pas une Église de classe, cela ne signifie pas qu’elle déprécie les riches. Elle dit aux riches que s’ils ne deviennent pas comme les pauvres dans leur cœur, ils ne pourront pas entrer dans le Royaume des Cieux. Le véritable prédicateur du Christ c’est l’Église des pauvres pour rencontrer dans la pauvreté, dans la misère; dans l’espérance de celui qui prie dans le bidonville, dans la douleur, dans le fait de ne pas être entendu, un Dieu qui écoute et c’est seulement en s’approchant de cette voix que l’on peut également sentir la présence de Dieu.
Mais en plus de cette prophétie, l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 23,1-12) est bien plus terrible encore. Je ne voudrais pas me limiter uniquement aux versets officiels de ce dimanche, j’ai apporté la Bible pour que tout le chapitre 23, qui est une terrible dénonciation de la première communauté chrétienne qui réfléchit sur ce que le Christ nous a laissé comme enseignement, pour voir comment nous le vivions. Mais dans le passage officiel d’aujourd’hui nous rencontrons déjà ces péchés de l’Église (Mt 23,2-3). « Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les pharisiens : faites donc et observez tout ce qu’ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas. » Le premier péché de l’Église est lorsqu’il existe une contradiction entre ce qui s’enseigne et ce qui se fait.
Les évêques écrivaient au mois de mars de l’année dernière, dans un communiqué officiel : « Celui qui dénonce doit être disposé à être dénoncé », et c’est à notre tour maintenant. Aujourd’hui dans une réflexion de communauté, en toute franchise, je vous invite en tant que peuple prophétique qui possède l’obligation de dénoncer les injustices du monde, à ce que nous nous regardions nous-mêmes, des pasteurs jusqu’aux fidèles, pour voir si notre dénonciation n’est parfois qu’hypocrisie, nous disons, mais nous ne faisons rien.
Un autre péché dans la lecture d’aujourd’hui (Mt 23,4) : « Ils lient des fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à remuer le petit doigt. » Cela est l’interprétation rigoureuse, parfois inhumaine de la loi. Plusieurs moralistes, quelques professeurs ou conseillers : comme il nous est facile d’imposer des fardeaux que nous ne serions pas capables de porter nous-mêmes!
Un autre péché plus épouvantable et très fréquent chez les ecclésiastiques : la vanité et l’hypocrisie. Tout ce qu’ils font c’est pour être vu des gens, ils allongent leurs phylactères – les phylactères étaient des rubans qui se terminaient par une petite boîte où étaient copiés des passages de la loi – afin d’accomplir sous une forme matérielle un commandement de Dieu : « Porte la loi devant tes yeux. » Mais ceux-ci l’entendaient d’une façon si matérielle qu’ils copiaient dans des petites boîtes la loi et qu’ils se les collaient sur les yeux, ou sur le front, ceux-là s’appelaient les phylactères. Ou bien ils remplissaient les doublures de leur manteau – vêtements amples des pharisiens qui passaient sur les places et à l’épaisseur de leur doublure se reconnaissait la majesté de leur pouvoir sacré, de leur sagesse. Combien de vanité, et grâce à Dieu les Papes modernes ont renoncé à la tiare, aux capes royales et à toute cette emphase qui nous fit tant de mal par la vanité ecclésiastique.
Une religion d’ostentation, de ceux qui aiment être salués. En Orient, lorsque le rang social de la personne est plus grand, d’autant plus long sera le salut. Et l’on s’entretenait en de longues salutations pour paraître important. Mais le Christ dit (Mt 23, 8) : « Pour vous, ne vous faites pas appeler Rabbi », car vous n’avez qu’un Maître, et vous vous êtes des frères : car vous n’avez qu’un Père céleste. »
Quelle réflexion ecclésiastique! Déjà sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait : nous nous confondons avec les titres qu’il nous faut donner aux prélats, excellence ou éminence, et nous ne nous entendons plus. Cela apparaît souvent comme une plaisanterie : Excellence, excellence. Alors combien plus beau est le simple nom de chrétien! C’est pourquoi l’Évangile nous fustige et je voudrais en toute franchise chrétienne que nous tous, en débutant par moi-même, nous nous convertissions à cette terrible diatribe de Notre-Seigneur Jésus-Christ. (Mt 23,11) : « Que le plus grand parmi vous se fasse votre serviteur. » C’est le point de départ, c’est en cela que doit consister la véritable grandeur de l’être humain. Lorsque plus grand, il possède davantage d’autorité, qu’il ne manifeste pas en phylactère, ni en protocole, ni en vêtements, qu’il le démontre par son service, par la simplicité, en étant le premier à offrir. Parce que celui à qui Dieu a donné autorité, Il lui a donné la grâce pour servir ce peuple non pas pour le malmener, pour l’outrager, ou pour lui mettre des charges, mais pour l’aider et le servir. 05/11/78, p.275-276, V.
Après cette lecture officielle de l’Évangile, le verset 13 et les suivants comprennent sept terribles menaces du Christ que je ne veux pas perdre ce matin pour que nous priions ensemble pour ne pas tomber dans ces malédictions du Seigneur. (Mt 23, 13) : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le Royaume des cieux! Vous n’entrez certes pas vous-mêmes, et vous ne laissez même pas entrer ceux qui le voudraient! » Il se réfère aux Juifs enfermés dans leurs synagogues qui expulsaient ceux qui se faisaient chrétiens et qu’ils considéraient comme des renégats. C’est pourquoi le Christ leur dit : « Pour avoir rejeté le Christ, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux et à ceux qui veulent entrer vous leur fermez les portes. Vous avez les clés de la connaissance, vous connaissez mieux la loi, mais vous n’avez pas su reconnaître le Christ qui est l’accomplissement de la loi. » Ne nous fions pas trop à notre sagesse théologique, à nos connaissances religieuses, si ce n’est de l’humilité qui accepte le Christ, rien ne sert cette connaissance de la loi.
Deuxièmement (Mt 23,15) : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui parcourez mers et continents pour gagner un prosélyte, et, quand vous l’avez gagné, vous le rendez digne de la géhenne deux fois plus que vous. » En ces premières années du christianisme, les juifs parcouraient toutes les terres connues – quelque chose de semblable à ce que font les protestants actuellement à la recherche de prosélytes – et lorsqu’ils y parvenaient, ils les rendaient plus fanatiques qu’eux-mêmes dans leur haine envers les chrétiens. C’est pourquoi le Christ dit qu’ils les rendent deux fois plus condamnables qu’eux-mêmes. À quoi sert de gagner un homme pour la perdition?
Troisièmement (Mt 23,16-22) : « Malheur à vous, guides aveugles, qui dites : “Si l’on jure par le sanctuaire, cela ne compte pas; mais si l’on jure par l’or du sanctuaire, on est tenu.” Insensés et aveugles! Quel est donc le plus digne, l’or ou le sanctuaire qui a rendu cet or sacré? Vous dites encore : “Si l’on jure par l’autel, cela ne compte pas; mais si l’on jure par l’offrande qui est dessus, on est tenu.”
Aveugles! Quel est donc le plus digne, l’offrande ou l’autel qui rend cette offrande sacrée? Aussi bien jurer par l’autel, c’est jurer par lui et par tout ce qui est dessus; jurer par le sanctuaire, c’est jurer par lui et par Celui qui l’habite; jurer par le ciel, c’est jurer par le trône de Dieu et par Celui qui y siège. »
C’était typique des pharisiens et des scribes dans un grand nombre de cas, mais la plupart du temps, il s’agissait de faux motifs pour échapper aux engagements. C’est à cela que se réfère le Christ : vous avez inventé des formules et vous ne vous êtes pas aperçus que l’intention de celui qui dit une formule est de jurer ou de ne pas jurer. Si vous avez promis sous serment, vous êtes obligés, ne recherchons pas une casuistique pour échapper aux engagements que nous avons contractés avec Dieu.
Quatrième malédiction (Mt 23, 23) : «Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi; c’est ceci qu’il fallait pratiquer, sans négliger cela. » Il existait une loi qui consistait à payer la dîme pour les biens que Dieu nous donne sur la Terre, mais ces hommes de la loi en étaient arrivés à tant de méticulosités qu’ils se confiaient en ces petites choses du cumin et de la menthe et qu’ils n’accomplissaient plus le plus difficile et le plus important de la loi. C’est pourquoi le Christ emploie cette terrible comparaison : « Guides aveugles, vous arrêtez au filtre le moustique et vous engloutissez le chameau. » (Mt 23,24).
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui purifiez l’extérieur de la coupe et de l’écuelle, quand l’intérieur est rempli par rapine et intempérance! Pharisien aveugle! Purifie d’abord l’intérieur de ta coupe et de l’écuelle, afin que l’intérieur aussi devienne pur. Hypocrites qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors, ils ont belle apparence, mais au-dedans, ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture. Vous de même, au-dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence de justes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23,25-28)
Quelles belles comparaisons! Combien d’apparences remplies de rapines et d’injustice? Comme est divertissante une société où chacun vêtu de soie et de sandales se salue avec courtoisie, et qui de l’intérieur se détesterait les uns les autres. Comme sont belles les officines, la bureaucratie, les tables des tribunaux! Mais là comparaît un homme entre deux gardes nationaux avec des marques évidentes de tortures, qui doit répéter ce qu’on l’a forcé à dire sous la torture, parce que le juge est incapable d’éloigner les gardes pour que le pauvre homme puisse dire la vérité. Comme sont belles les façades de nos prisons, celles de nos bases militaires! Mais là au-dedans c’est l’enfer : de véritables sépulcres où l’on meurt comme disparus.
Malheur à vous les scribes et les pharisiens hypocrites, qui bâtissez les sépulcres des prophètes et décorez les tombeaux des justes, tout en disant : « Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes. » Ainsi, vous en témoignez contre vous-mêmes, vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes! Eh bien! Vous comblez la mesure de vos pères! (Mt 23,29-32)
Quelle pensée profonde du Christ! À quoi sert-il de chanter l’éloge des prophètes que nos ancêtres ont tués surtout si nous continuons à tuer les prophètes? C’est pourquoi le Christ dit qu’ils comblent la mesure de leurs pères : « Serpents, race de vipères, comment pourrez-vous échapper à la condamnation de la géhenne? » (Mt 23,33). « Vous comblez la mesure » signifie que le Christ est l’expression maximum des prophètes. Il ne parle pas du passé, mais du présent parce que les scribes et les pharisiens trament déjà comment le faire crucifier. Ils vont ainsi combler cette mer de sang et de crimes, d’hypocrisie et de pourriture, qu’ont commis leurs ancêtres. L’iniquité de votre injustice arrive à son comble, serpents, races de vipères. 05/11/78, p.277-278, V.
C’est pourquoi je vous envoie, et ici le Christ se réfère au Nouveau Testament qui est l’histoire que nous connaissons. Quelle tristesse que le Salvador se trouve taché aussi par cette parole du Christ (Mt 23,34-36) : « C’est pourquoi voici que j’envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes : vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues et les pourchasserez de ville en ville, pour que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang de l’innocent Abel jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l’autel. En vérité, je vous le dis, tout cela va retomber sur votre génération. » Cela se passe près de l’année soixante-dix de notre ère. Déjà, les Romains planifient le siège de Jérusalem. Déjà ce comble de l’ingratitude des hommes qui ne voulurent pas recevoir les envoyés de Dieu, dont le plus grand, le Fils de Dieu fait homme qui prêcha l’amour, la justice, la liberté. Il ne fut pas compris, Lui aussi ils le tuèrent.
Frères, Dieu est infiniment bon, mais aussi infiniment juste et tout ce sang, tous ces crimes, toutes ces hypocrisies. Et ici depuis le début je vous dis que je ne me réfère pas uniquement à ce qui se produit à l’extérieur de l’Église, nous sommes dans une dénonciation intime de nous-mêmes. Toute notre iniquité de pasteur, toute notre hypocrisie de prêtre, tous nos manques de sainteté, de vie consacrée, tout le manque de fidélité de tant de ménages chrétiens, mais adultères, de tant de jeunes qui ne vivent pas la pureté qui correspond à ce que Dieu leur demande, de tant de sociétés où l’on ouvre des bordels, où existent tous les centres du vice; de tant d’apparences! Tout cela ne peut demeurer ainsi. Ce serait un Dieu maquereau et injuste si tout cela devait demeurer sans connaître un jour la colère du Seigneur. Et elle arrive, nous dit le Christ. 05/11/78, p. 278-279, V.
2) La Sainteté de l’Église
Saint Paul dans la seconde lecture (Th 2,7b-9.13) affirme qu’il ne travaille pas pour son profit personnel. Avec quelle tendresse il écrit aux gens de Thessalonique : « Nous nous sommes faits tout aimables au milieu de vous. Comme une mère nourrit ses enfants et les entoure de soins, telle était notre tendresse pour vous que nous aurions voulu vous livrer en même temps que l’Évangile de Dieu, notre propre vie. » S’il demeure certain que l’Évangile est la première lecture qui ait été une terrible mise en garde contre les mauvais pasteurs, dans la sainte Église qui a toujours besoin de purification, il y a également un riche arsenal de sainteté.
Qu’il est réconfortant de savoir qu’en ces derniers mois, alors que l’Église avait besoin de Papes, elle put trouver parmi ses pasteurs deux hommes méconnus qui étaient riches comme saint Paul. Et comme Paul, il y a non seulement des pasteurs, mais également des religieux, des prêtres, des laïcs, qui peuvent dirent qu’ils aiment le peuple comme une mère et qui se donnent pour lui. 05/11/78, p.286-287, V.
3) Où se trouve la source de cette sainteté d’une Église pécheresse, mais qui aspire à la sainteté?
Je termine en répondant à cette question : où se trouve le secret de cette conversion, de cette rénovation de l’Église? Dans la seconde lecture d’aujourd’hui, saint Paul dit : « Voilà pourquoi, de notre côté, nous ne cessons de rendre grâce à Dieu de ce que, une fois reçue la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l’avez accueillie, non comme une parole d’hommes, mais comme ce qu’elle est réellement, la Parole de Dieu. Et cette parole reste active en vous, les croyants. »
C’est le secret de la sainteté. Dans le sein de l’Église, nous avons beaucoup de pécheurs, mais lorsque ceux-ci accueillent cette parole de pardon, d’espérance et de foi, nous commençons à nous convertir. Peu importe le péché quand la Parole de Dieu a commencé à rendre un homme nouveau. Grâce à Dieu, il en existe beaucoup dans notre archidiocèse. Je peux dire, comme saint Paul à plusieurs, non pas à tous, mais à plusieurs : je rends grâce à Dieu parce que vous recevez ma parole pour ce qu’elle est en vérité, la Parole de Dieu. Cependant, de nombreux autres la reçoivent comme une parole d’homme, comme la parole d’un ennemi, comme une parole de subversion, comme une parole qui veut le mal. C’est la triste destinée de celui qui prêche la Parole de Dieu, être comme le Christ un signe de contradiction. Mais béni soit Dieu. Même si ce que je dis ne sert que de pauvres véhicules. Ce qui importe, c’est ce qui se trouve à l’intérieur de ce véhicule : la Parole de Dieu qui est accueillie dans les cœurs et qui y opère la sainteté et la vie. C’est pourquoi nous retrouvons de nombreux signes de sainteté à l’intérieur de nos communautés. 05/11/78, p.287, V.