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Christ Roi; 26 novembre 1978; Lectures : Ézéquiel 34,11-12; Corinthiens 15,20-26a, 28; Matthieu 25,31-46.
Son Règne sera sans fin
Nous allons maintenant analyser comment finit cette année liturgique qui se termine par la dernière page de l’Évangile de saint Matthieu. Ce n’est pas la dernière page de l’Évangile, mais le dernier discours du Christ, le discours eschatologique. Comme si saint Matthieu, en organisant son Évangile, nous offrait aujourd’hui son plus beau résumé, l’essentiel du message que le Christ entend laisser aux hommes. Nous ne devons pas confondre la scène du jugement universel (Mt 25,31-46) en l’interprétant au pied de la lettre. Prenons garde aux lectures fondamentalistes. Il s’agit d’une réflexion ecclésiale pour nous présenter sous une forme qui fait appel à notre imaginaire, l’essentiel du message chrétien. […]
 
Plan de l’homélie :
Pourquoi le Règne du Christ sera-t-il sans fin?
1) Parce que Dieu est son fondement. Il provient de Dieu, il se dirige vers Lui, et il se réalise en faisant la volonté de Dieu.
2) Parce que sa loi est l’amour. Et le Pape vient de nous dire : « Seul l’amour construit ». Tout règne qui se fonde sur la répression, sur la violence et la haine, ne peut pas durer. Son Règne est d’amour et c’est pour cela qu’il sera un Règne éternel.
3) Parce que son Roi est Jésus-Christ, le Vivant éternel.

Dites-moi, même si c’est une de ces pensées qui en ce moment me frappent l’esprit, parce que le plus beau de ce moment de réflexion est de nous situer entièrement dans la Parole de Dieu, impliqués dans notre histoire, sans oublier que nous avons les pieds sur Terre et que nous avançons ici au Salvador avec cette histoire concrète. Situons-nous entièrement dans ce Règne de Dieu, ici, Salvadoriens de notre temps, pour qu’Il nous illumine. 26/11/78, p.324-325, V.
 
1) Les fondements et l’origine de ce Règne sont en Dieu

Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 25,34), lorsque le Christ appelle les bienheureux, Il leur dit : « Venez, bénis de mon Père, recevez le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. » Ce n’est pas un Règne improvisé. Observez comment l’Histoire débute par la Volonté de Dieu. L’Histoire, s’il est certain que nous, les humains, avons la tâche de la construire, Dieu en demeure le Seigneur. L’Histoire provient de la volonté de Dieu. La création fut le premier geste de Dieu. Il n’existait rien et, dès les débuts de la création, Dieu avait à l’esprit ce que serait son Royaume. Les princes de cette création, les êtres humains, vont parvenir à déboucher sur le Règne du Salut, au Règne de la gloire. C’est pour cela que le Règne du Christ est éternel. Il n’a pas été inventé par les humains. C’est dans la pensée de Dieu qu’il trouve son origine. Et lorsque la seconde lecture (Co 15,20-26a,28) nous dit que le Christ, comme un Roi qui a tout conquis, que tout Lui appartient, dit au Père éternel la parole suivante, la satisfaction suprême de l’homme qui a accompli son devoir comme Il le dit sur la Croix : « Tout est accompli », à la fin des temps, je m’imagine le Christ, Roi Universel des choses conquises pour la Rédemption disant : mission accomplie.

Saint Paul dit (Co 15,28) : « Il livrera son Royaume au Père pour que Dieu soit tout en tous. » Ne vous apparaît-il pas, mes frères, qu’il s’agit là d’une gloire très belle, moi, créature de la création, je ne suis qu’un atome dans ce Royaume que le Christ livrera à son Père, un Règne qui ne se terminera jamais. Qui est seul dans l’Histoire? Qui est un atome qui se perd dans la distance? Tout est prévu, jusqu’au plus petit enfant, jusqu’au cueilleur de café qui n’est pas apprécié de ses frères, jusqu’au plus petit rencontrera sa place dans ce Royaume que le Christ livrera au Père pour qu’Il soit tout en tous, sans exception. Qui sera grand dans ce Royaume des Cieux? Celui qui se sera davantage rempli du Christ.

Si Dieu est l’origine de ce Règne et c’est pourquoi il sera sans fin, Dieu en est également le but. Lorsque le Christ livrera ce Règne au Père, nous comprendrons alors que seul Dieu est l’absolu et que tout le reste est relatif. Dieu seul est absolu; Il est le seul qui embrasse entièrement l’Histoire du début jusqu’à la fin. Avant le commencement, Il vivait et après son achèvement, Il continuera de vivre. L’Histoire n’est rien d’autre qu’un petit épisode que Dieu est en train de juger. Lorsque le Christ livrera l’Histoire au Père, ce Règne continuera d’exister éternellement comme un ornement, comme un vêtement, comme un palais, comme un temple de Dieu. Nous sommes des pierres vivantes, dit saint Pierre, édifiant ce Règne éternel de Dieu.

Dans la première lecture d’aujourd’hui (Ez 34,11-12), Dieu apparaît comme un être jaloux de sa propriété, de son Règne. Moi-même, en regardant les tristes visages des mauvais pasteurs qui ne savent pas interpréter la volonté de Dieu pour guider son peuple, pasteurs qui se repaissent eux-mêmes plutôt que de faire paître leur troupeau, gouvernements et pasteurs du règne civil et ecclésiastique qui font consister le Règne en une « egolâtrie. » Ce n’est pas cela que Dieu veut. Alors, ce peuple, puni par la mauvaise conduite de leurs pasteurs, « retournera de son exode, dit Dieu, et Moi-même, Je recueillerai les brebis qui se sont dispersées dans la tempête; Je vais les conduire et Je vais les livrer à mon Fils, le Messie. »

Ce qui ce passe aujourd’hui dans l’Église, c’est que le Père éternel nous a choisis et nous a livrés à son Fils pour travailler à l’édification de son Règne, souvenez-vous de la dernière prière du Christ le Jeudi saint : « Père, Je te rends grâce pour ce groupe de disciples, ils sont à Toi, Tu me les as donnés, Je te les rends, Je n’en ai égaré aucun, si ce n’est ce fils de perdition. » Ce fils de perdition, Judas, se perd parce qu’il n’a pas su accueillir ce Règne de Dieu. Je voudrais qu’il n’y ait aucun Judas dans l’Église et que tous, nous nous sauvions avec le Christ. 26/11/78, p.325-326, V.
 
2) Sa loi est l’Amour

Ce Règne a Dieu pour fondement. En second lieu, ce Règne a l’Amour comme loi. Ne l’oublions pas; c’est précisément le message de l’Évangile d’aujourd’hui. Saint Jean de la Croix dit dans un verset extraordinaire : « Au soir de ta vie, on te jugera d’après ton amour. » C’est sur cela que l’on nous jugera. On ne jugera pas à savoir si j’ai gagné beaucoup d’argent, si j’ai eu beaucoup de succès, si je fus grand selon le monde, si on m’applaudit. Rien de cela; tout cela passe. On me jugera d’après l’amour.

L’essence du message du Christ se trouve à la page du jugement final, comme nous le présente aujourd’hui saint Matthieu (25,35) : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger. J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire. » Saint Matthieu ne renonce pas à la foi. La foi est la première impulsion de l’humain lorsqu’il s’approche du Christ; mais une foi qui ne s’accomplit pas dans un amour pratique, dans des œuvres, est une foi morte. Combien affirment connaître le Christ, disant qu’ils le prient? Oui, ils le prient comme le prêtre de l’Évangile qui laissa le pauvre samaritain blessé au bord de la route, comme le pauvre juif pressé d’aller prier. La foi ne suffit pas.

Plusieurs ont cherché à s’enhardir lorsque le Pape, cette semaine, a dit aux religieux de ne pas se radicaliser en politique. Ils croient entendre que le Pape dit aux religieux de ne pas se mêler de politique. Observez bien, je vous ai déjà dit d’être critiques dans votre écoute. Ce que le Pape condamne, c’est la radicalisation. Si un prêtre ou un religieux devient uniquement « horizontaliste », qu’il ne lutte que pour les causes de la rédemption temporelle, oui, il trahit sa vocation. Ce que le Pape a dit, et c’est ce que je dis humblement également dans ma lettre pastorale, lorsque je dis aux prêtres que la plus grande mission que la libération des hommes attend d’eux, c’est de les motiver avec cette haute libération du Christ. Mais le Pape ne l’exclut pas. Si nous avons écouté son homélie de Saint-Jean de Latran, il dit que, en tant que nouvel évêque de Rome, il se solidarise avec les revendications du peuple qu’il se doit de guider.  Il a dit que la lutte pour les droits humains est une tâche actuelle de l’Église, mais que de se radicaliser en politique, ce serait, selon la page de l’Évangile d’aujourd’hui, se dédier uniquement à donner à manger à ceux qui ont faim, se dédier seulement à donner de l’eau aux assoiffés, se dédier exclusivement à l’être humain. Mais, lisez tout le passage de ce matin, alors qu’ils vont être sauvés, observant qu’ils n’ont jamais vu le Christ, Il leur dit (cf. Mt 25,38-40) : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger. » Ils lui demandèrent quand Seigneur? Et Il leur dit cette parole : « Chaque fois que vous l’avez fait pour le plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

L’horizontal devient vertical, lorsque notre charité motive le véritable amour à Dieu. C’est pourquoi nous ne devons jamais mépriser le pauvre, le cueilleur de café ou de canne à sucre ou de coton, le paysan qui cherche aujourd’hui en caravane le revenu nécessaire à une année entière. Pensons-y, mes frères, n’oublions pas qu’il s’agit là du visage du Christ, visage du Christ entre les sacs et les paniers des cueilleurs, visage du Christ entre la torture et les mauvais traitements des prisons, visage du Christ mourant de faim chez les enfants qui n’ont rien à manger, visage du Christ du nécessiteux qui demande une voix à l’Église pour le défendre. Comment l’Église pourrait-elle lui refuser ce service si c’est le Christ qui lui demande? Je ne veux pas être, à l’heure du jugement final, parmi ceux qui seront rejetés (Mt 25,41) : « Éloigne-toi de moi et va-t-en au feu éternel, parce que j’ai eu faim et tu ne m’as pas donné à manger; j’étais dans le besoin et tu ne m’as pas secouru. » « Tu te soucies davantage de la pureté de ton orthodoxie, tu te soucies davantage de ton précieux temps de prière, de ta congrégation, de ton collège, pour ne pas te contaminer avec les misérables, tu te préoccupes davantage de ton prestige social et politique, et pour cela, tu déprécies celui qui était moi en train de te demander de l’aide. » C’est cela le critère avec lequel le Christ va nous juger. Son Règne est l’amour, un amour qui construit.

Quelle surprise aurons-nous en cette heure! Comme cette page de l’Évangile renverse ce en quoi nous mettons nos priorités? J’ai entendu cette semaine ce commentaire des paroles du Pape : « On voit que le Pape remet les choses à leur place. Il a dit aux religieux de reprendre leurs habits. » Cela apparaît bien secondaire. Ce que le Pape leur a dit, c’est qu’ils soient fiers de leurs habits, mais l’habit ne fait pas le moine, ce qui fait le moine, c’est l’amour, c’est l’amour du Christ qui se traduit au bénéfice et en amour du prochain. Aussi élégant que soit un prêtre ou un religieux, s’il abandonne un blessé sur le chemin, ce n’est pas un bon prêtre, même bien habillé.
Je ne défends pas ici la sécularisation de certains, mais je dis l’essentiel de l’Évangile, non pas l’accidentel! Je dis qu’en cette heure, nous serons surpris lorsque nous verrons que ce que nous croyions nécessaire, le Christ n’en fera aucun cas et ce que nous croyions inutile, sera ce que le Christ examinera. Comment as-tu traité l’affamé, l’assoiffé, celui qui me représentait? Dans ces pays où le Christ est si profondément présent, chers frères, il serait dommage d’avoir vécu, saturés de la présence du Christ (parce que nous sommes saturés de pauvres) et de ne pas l’avoir reconnu. Avoir vécu tant d’années, peut-être dans le confort, dans les richesses, dans le bien-être politique et ne pas s’être préoccupés de ce Christ qui était à nos portes ou que nous avons rencontré dans nos rues. Je demande pardon à Dieu ce matin pour ne pas avoir toujours été le chrétien que Dieu va examiner à l’heure de ma mort. Je veux réparer ma faute pour vous dire à tous, mes frères, avec qui je partage la responsabilité d’être Église, Règne de Dieu, qui réalise véritablement ce Règne de Dieu que nous avons, comme loi, l’amour. 26/11/78, p.326-328, V.
 
3) Son Roi est Jésus-Christ, l’Éternel Vivant

Finalement, le Règne sera éternel parce que son Roi, c’est le Christ. La seconde lecture (Co 15,20-28) est précieuse en ce sens. Observez bien l’Évangile. Saint Matthieu est original lorsqu’il dit, appelant le Christ : un nom que le Christ ne se donna pas et qu’Il rejeta lorsqu’on voulut le faire roi, Il s’enfuit. Saint Matthieu et les premiers chrétiens Le considèrent comme un roi, non pas au sens temporel, comme l’entendaient les juifs, mais le Roi véritable. Alors dira le Roi, convoquant toutes les nations de la Terre, lorsque viendra sa gloire et qu’Il s’assoira sur son trône, Il dira trois paroles qui sont classiques dans l’espérance des chrétiens : Parousie, parole grecque qui dans l’antiquité s’utilisait pour signifier qu’un nouveau gouvernant allait arriver chez un peuple, c’était la parousie. Ou encore la parole Épiphanie qui signifie la manifestation, lorsque l’on va présenter un roi, lorsque va être couronné un pape, c’est son épiphanie. Et la parole Apocalypse, qui signifie également révélation, la manifestation. Ces trois paroles sont celles que Saint Matthieu a à l’esprit en nous décrivant cela : « Lorsque viendra le Roi entouré de ses anges et qu’Il s’assoira sur son trône pour convoquer toutes les nations. Ce sera alors la grande Parousie, l’Épiphanie du Christ. » Selon la seconde lecture, les trois pouvoirs d’un roi, non pas un roi de pacotille, ce n’est pas le roi qui devant Ponce Pilate, est l’objet de la risée des soldats qui le couronnèrent d’épines en se moquant de lui. Ce Roi sera différent, c’est le même, mais Il ne viendra plus pour souffrir, sinon pour juger.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui apparaissent les trois grands pouvoirs de toute autorité : pouvoir législatif, pouvoir judiciaire et pouvoir coercitif. Le législatif, c’est le pouvoir d’éditer des lois. Le judiciaire, c’est le pouvoir d’appliquer ces lois, de juger les hommes qui violent ces lois. Et le pouvoir coercitif, la faculté de punir les rebelles. Lorsque le Christ juge selon la loi de l’amour, Il est législateur et juge, Il départagera les uns pour les condamner, les autres pour les sauver. Il est le Juge Suprême. Alors resplendira la véritable justice qui aujourd’hui est tant ridiculisée jusque dans les plus hauts tribunaux. Cela sera le haut tribunal devant qui il n’y aura pas de corruption. Et le pouvoir coercitif, non pas parce qu’il a des armes dans les mains, mais parce qu’il possède le pouvoir de la raison, du droit et de la force, pourra faire que sa parole se réalise. (Mt 25,41) « Allez au feu, maudits », et ce sera comme cela parce que l’Évangile d’aujourd’hui se termine ainsi (Mt 25,46) : « Et ces pauvres iront à la punition éternelle, tandis que les autres iront au Règne qui ne connaîtra pas de fin. »

Saint Paul nous présente aujourd’hui ce Règne avec une amplitude cosmique. C’est toute la création que Dieu a voulu placer sous l’Empire du Christ. Il voulut instaurer toutes les choses en Christ qui est la clé de la création. C’est pourquoi saint Paul parle des prémices. C’est une parole également très biblique, très liturgique qui signifie le premier d’une récolte. Lorsque l’on apporte au temple les premiers grains que produisent les semences, ce sont les prémices. Et la récolte à laquelle il se réfère ici est celle de la Résurrection. La Résurrection de nous tous est assurée comme lorsque les prémices garantissent le succès de la récolte. Si les premiers grains sont aussi gros, combien va être réussie la récolte! Si cette récolte de Résurrection est si splendide, Christ ressuscité, nous allons tous ressusciter.

Tête de l’humanité, parce que si la mort est venue en ce monde par un être humain et qu’aujourd’hui nous mourons tous, c’est parce que la sentence de mort donnée au premier Adam continue de s’accomplir chez toute sa descendance. La mort est un mystère de solidarité. La Résurrection et la vie éternelle sont en solidarité également avec un second Adam qui est venu pour être à la tête du genre humain pour sa Rédemption.
 
L’importance du baptême

Par le baptême un enfant s’incorpore à cette tête de la Rédemption. C’est pourquoi le Christ disait : « Si vous ne renaissez pas de l’eau et de l’Esprit saint, vous ne pourrez pas entrer dans le Royaume de Dieu. » Le baptême est nécessaire. La confirmation n’est pas tant nécessaire que le baptême, elle est la confirmation du baptême. Le baptême, c’est incorporer l’enfant à la Rédemption du Christ et nous espérons qu’il aura l’usage de la raison pour ratifier cette incorporation, avec sa propre connaissance, alors ce sera la confirmation. Saint Paul nous dit aujourd’hui que les princes, les pouvoirs et les forces de ce monde seront éliminés, que les ennemis du Christ seront réduits en tabouret et en tapis où Il reposera ses pieds. Il s’agit d’une description bien pittoresque pour signifier que l’arrogance et l’orgueil qui, aujourd’hui, s’unissent contre l’Église du Christ : à la persécution, à la haine, à la diffamation, tel sera son destin. « Je placerai tes ennemis sous tes pieds. » Et lorsque toutes les puissances auront été dominées, Il livrera le Royaume à son Père. C’est cela le Libérateur authentique, la libération de tous les esclavages. Mais lorsque nous annonçons ici ce Règne du Christ, nous ne nous éloignons pas de notre histoire, nous disons aussi que ces pages de violence que nous sommes en train de vivre au Salvador seront soumises au Règne de Dieu et ceux qui ont été coupables seront un tabouret sous ses pieds, s’ils ne se convertissent pas à temps. 26/11/78, p.328-330, V.


Premier dimanche de l’avent; 3 décembre 1978; Lectures : Isaïe 63,16b-17; 64,1.3b-6; I Corinthiens 1,3-9; Marc 13,33-37.
L’avent, le temps de l’Espérance heureuse
Nous tenterons d’imiter saint Pierre et ne prenez pas mal que l’évêque utilise la cathédrale pour prêcher l’Évangile. Non pas un Évangile désincarné, mais en l’incarnant, en illuminant la réalité de notre temps. Qui de vous n’attend pas aujourd’hui une parole de l’Évangile qui éclaire la mort de notre cher frère le Père Ernesto Barrera? Je dois la dire! Qui de vous ne s’attend pas aujourd’hui à ce que je parle de l’enlèvement d’un Hollandais et de deux Anglais dans notre pays? Il faut le dire également! Et cela, ce n’est pas laisser l’Évangile pour se mêler de politique. Au contraire, c’est apporter l’Évangile, comme Pierre, aux besoins de ceux qui l’entendent.
Aujourd’hui, je vais avoir l’opportunité de prêcher, en tirant des lectures de la Bible (Is 63,16b-17; 64,1.3b-6; I Cor 1,3-9; Mc 13,33-37), sur les sentiments qu’un chrétien doit avoir en ce temps de l’avent. C’est pour cela que nous prêchons dans l’Église, pour faire une orientation chrétienne, pour christianiser la vie de ceux qui écoutent. Je n’ai pas d’autre prétention, je ne suis rien de plus qu’un prédicateur de la Parole de Dieu et je sais que la solution est en vous : dans la bonne volonté avec laquelle vous recevez le message de Dieu et que vous vous efforcez de le rendre vivant. J’essaierai également de vivre ces quatre semaines de l’avent, de préparation à Noël, dans l’espérance heureuse, mais vivant ces vertus que nous signale maintenant la Parole du Seigneur.
 
Plan de l’homélie :
1) Pauvreté et faim de Dieu
2) Vigilance et Foi
3) Présence chrétienne et active dans le monde

C’est cela, l’avent! C’est cela le message de l’espérance heureuse de l’avent! Comme vous voyez, la Parole de l’Évangile nous apporte la joie, elle nous apporte l’optimisme sans nous éloigner de la dure réalité que nous vivons. Dans le cœur du chrétien, il y a de la joie, de l’espérance et de la force, et rien ne peut nous enlever l’heureuse Espérance du Seigneur. 03/12/78, p.10-11, VI.
 
1) Pauvreté et faim de Dieu
 
L’avent est un appel à l’esprit de pauvreté et à la faim de Dieu.
 
A) Temps de conversion

L’avent est la préparation de Noël, c’est un temps de conversion. Celui qui se convertit cherche Dieu. Mais comment pourrait-il rechercher Dieu, celui qui ignore qu’il a besoin de Dieu? Personne ne désire la liberté s’il n’est pas conscient d’être enchaîné, esclave d’une situation. On ne peut désirer la liberté si on n’a pas conscience d’être opprimé. Pourtant, c’est exactement cela la pauvreté. Lorsque nous parlons de l’Église des pauvres, nous ne faisons pas de la dialectique marxiste, comme s’il y avait une autre Église, celle des riches. Ce que nous disons c’est que le Christ, inspiré par l’Esprit de Dieu, a dit : « Le Seigneur m’a envoyé pour évangéliser les pauvres. » Cette Parole signifie que pour L’écouter il est nécessaire de se faire pauvre. La pauvreté de l’avent consiste en une faim de Dieu. Le pauvre a faim et la faim que l’avent veut susciter c’est celle que vous avez entendue dans la première lecture (Is 63-64).
 
B) Situation du retour d’Exil.

La première lecture d’Isaïe nous décrit une situation sociale et religieuse des juifs qui reviennent d’exil, mais qui en arrivant à Jérusalem, retrouvent un temple abandonné, ils rencontrent le vide. Ils ne rencontrent pas ce à quoi ils s’attendaient : une communauté humaine pleine de chaleur et de joie. Alors, un homme pieux parmi ceux qui revenaient d’exil, en voyant cette solitude, ces rues abandonnées, les déchets d’une oppression étrangère qui a détruit la cité, se regarde lui-même et tous ceux qui comme lui sont les survivants de l’exil et il les voit pessimistes et nombre d’entre eux, pécheurs. Vous n’avez pas appris la leçon! Dieu nous a châtiés pour nos péchés!
 
Surgit alors – lisez en entier les chapitres 63 et 64 d’Isaïe où apparaît cette belle requête de laquelle, aujourd’hui nous n’avons entendu qu’un court extrait (Is 63,17-19) : « Pourquoi, Yahvé, nous laisser errer loin de tes voies et endurcir nos cœurs en refusant ta crainte? Reviens, à cause de tes serviteurs et des tribus de ton héritage. Pour bien peu de temps, ton peuple saint a joui de son héritage; nos ennemis ont piétiné ton sanctuaire. Nous sommes, depuis longtemps, des gens sur qui tu ne règnes plus et qui ne portent plus ton nom. Ah! si tu déchirais les cieux et descendais – devant ta face, les montagnes seraient ébranlées. » Ça, c’est la faim de Dieu! L’homme qui sent le vide et qui s’oppose à l’homme autosuffisant. En ce sens, le riche signifie l’homme orgueilleux, le riche cela peut être un pauvre qui même s’il ne possède pas de grands biens, mais qui croit qu’il n’a pas besoin de personne, ni de Dieu.

C’est cela la richesse qui est abominable aux yeux de Dieu, celle dont parle la Vierge, humble, mais énergique : « Il a renvoyé les riches les mains vides – ceux qui croient qu’ils ont tout – et par contre Il a rempli de biens les affamés – ceux qui ont besoin de Dieu. » C’est cela, la première vertu de l’avent. Je vous supplie de faire l’effort de vous libérer de vos propres autosuffisances, car cela est une vertu qui correspond à la préparation de Noël. Il faut attendre le présent de Noël non pas des richesses de la Terre, mais de l’unique riche qui soit, de Dieu qui vient pour remplir le vide que ne peuvent remplir tous les cadeaux quand il y a de l’orgueil et de la vanité dans le cœur.

Examinons notre cœur pour voir si nous avons des sentiments de pauvre, si nous faisons véritablement honneur à l’Église des pauvres, de ceux qui ont faim de Dieu, de ceux qui sentent que sans Dieu tout est vide, tout est impure. Quand le psalmiste dit : « Nous étions tous impurs, notre justice est comme un linge sale, nous flétrissons comme des feuillages, nos fautes nous emportent comme le vent. » Quelle belle prière pour les Salvadoriens! Comme la paix nous fait défaut, combien de sang, combien de crime, combien de terreur! Et quand nous disons terroristes, nous ne pensons pas seulement à ceux qui persécutent ceux qui portent des uniformes, mais également le terrorisme officiel qui est aussi horrible, qui tue et remplit de peur…
 
C) Le motif de notre Espérance : la Fidélité du Seigneur

La seconde lecture nous parle du motif de notre Espérance, de cette faim de Dieu. Pourquoi est-ce que nous espérons tout de Dieu? Serait-ce de l’aliénation comme le prétendent les matérialistes ? : Vous ne luttez pas sur la Terre parce que vous attendez tout de Dieu. Non! Nous travaillons, mais nous espérons tout de Dieu parce que le Seigneur est fidèle, nous a rappelé saint Paul aujourd’hui (I Cor 1,3-9). Et tout vient de là-haut : la vie, l’intelligence, les qualités humaines qui peuvent rendre une patrie meilleure, l’intelligence que plusieurs emploie pour détruire et opprimer, pour s’enrichir égoïstement et non pour être des instruments de Dieu pour le bonheur de tous… C’est pourquoi la vertu de ce temps est une attitude qui espère tout de Dieu, mais qui travaille également et collabore, ce que comme être humain nous devons faire. 03/12/78, p.11-13, VI.
 
2) Vigilance de la Foi
 
Vigilance active

La seconde vertu qui apparaît aujourd’hui dans les lectures bibliques est celle que le Christ nous dit dans l’Évangile de saint Marc (13,33-37). Ici avec un profond respect nous nous inclinons devant le nouveau livre de l’année avec une page qui est comme l’origine et la synthèse de ce que nous allons dire tout au long de l’année. L’Évangile de saint Marc est le plus bref parce que cette Parole est brève et nécessaire (13,33-34) : « Soyez sur vos gardes, veillez, car vous ne savez pas quand ce sera le moment. Il en sera comme d’un homme parti en voyage : il a quitté sa maison, donné pouvoir à ses serviteurs, à chacun sa tâche, et au portier il a recommandé de veiller. » C’est ce que je dis à tous : veillez! C’est le mot d’ordre de l’avent : veillez! Je vais vous expliquer maintenant le sens liturgique de ce mot si merveilleux : avent!
 
A) L’avent est une Venue

L’avent est le nom que nous donnons à ces semaines de préparation de Noël parce que notre esprit est en attente de Celui qui vient. Saint Paul, dans la lecture d’aujourd’hui (I Cor 1,3-9), nous dit de nous préparer à cette Venue. L’avent nous rappelle la première Venue du Christ qu’avaient présagé les prophètes de l’Ancien Testament en annonçant la Venue d’un Dieu qui viendrait pour nous sauver dans la douleur et l’humilité. L’avent recueille toutes les pages des prophètes. L’avent actualise dans l’appétit de Dieu des hommes et des femmes d’aujourd’hui, tous les soupires des prophètes : « Puisse Dieu le Seigneur venir pour sauver son peuple! » L’avent, c’est célébrer la Venue du Salut que le Christ réalisa il y a vingt siècles, mais ce n’est pas de l’histoire passée, c’est le futur.

L’avent signifie également la seconde Venue du Christ quand Il viendra juger, lorsqu’Il viendra commencer son œuvre. Maintenant nous sommes en train de réaliser cette œuvre dans l’Église en bâtissant le Règne de Dieu. Hors de l’Église aussi, tout homme qui lutte pour la justice, tout homme qui fait la promotion de justes revendications dans une ambiance injuste est en train de travailler pour le Règne de Dieu et cela se peut fort bien qu’il ne soit pas chrétien. L’Église ne contient pas tout le Règne de Dieu. Celui-ci est plus au-dehors des frontières de l’Église et, pourtant, l’Église apprécie tout ce qui correspond à sa lutte pour implanter le Règne de Dieu. Une Église qui s’efforce uniquement de demeurer pure, sans se contaminer, cela ne serait pas une Église de Dieu au service des hommes.

L’Église authentique est celle qui ne craint pas de discuter avec les prostitués et les publicains comme le Christ avec les pécheurs, avec les marxistes, avec ceux du Bloc Populaire Révolutionnaire, avec les membres des différents groupes, dans le but de leur apporter le véritable message du Salut. Le Christ vient pour sauver l’être humain, peu importe où il se trouve. Il veut sortir à tous les carrefours, Il veut sortir de son Église, de ses chrétiens, dans l’attente du Jugement final, quand l’Histoire va être consommée, quand seront créés les Cieux nouveaux où il n’y aura plus d’injustice; où celles-ci seront conduites à l’endroit qui leur convient, parce que c’est au Seigneur qu’appartiendra le dernier mot.
 
B) Présence du Christ dans le monde actuel

Vigilance de la foi, une vigilance qui rend présent le Christ au sein du monde actuel. Celui-ci est déjà à l’œuvre dans la préparation des Cieux nouveaux. Le chrétien n’est pas un homme qui espère tout du futur, il sait que le Christ, depuis vingt siècles déjà, travaille au cœur de l’humanité. L’humanité qui se convertit au Christ est l’homme nouveau dont a besoin la société pour organiser le monde selon le cœur de Dieu.

La restauration du monde est déjà initiée, dit le Concile solennellement : « Depuis que le Christ est venu en apportant la vie de Dieu pour l’injecter dans le cœur de l’histoire, la levure divine est à l’œuvre dans l’humanité et bienheureux ceux qui la rencontrent et s’incorporent à elle. » C’est pourquoi on critique une Église qui tente de rendre présent le Christ au sein des péchés et des erreurs actuelles. On veut conserver un Évangile si désincarné que, pour le moins, il ne se mélange en rien avec le monde qu’il faut sauver. Le Christ est déjà présent dans l’Histoire, le Christ est déjà dans les entrailles du peuple, Il est déjà en train d’engendrer les Cieux nouveaux et la Terre nouvelle et le travail de l’avent est précisément cette vigilance et cette foi pour savoir découvrir ce Christ qui vient à nous continuellement.
 
C) L’avent : Vie de l’Église

L’avent, ce n’est pas seulement les quatre semaines préparatoires de Noël, sinon que l’avent est la vie de l’Église. L’avent est la présence du Christ qui se prévaut de ses prédicateurs, de ses prêtres, de ses catéchètes, de ses collèges catholiques, de toute œuvre qui tend à réaliser le véritable Règne de Dieu, pour dire aux hommes que la prophétie d’Isaïe est déjà accomplie : Emmanuel, Dieu avec nous! […]

La liturgie n’est pas de l’histoire ancienne, ce n’est pas un simple mémorial. La liturgie possède la capacité de rendre présent le mystère du Christ. Par exemple, cette période de l’avent signifie pour nous, catholiques, que tout l’Esprit du Christ qui vient pour sauver le monde veut se faire présence, espérance et force chez le peuple salvadorien et que le Seigneur peut nous sauver aujourd’hui, parce que tout ce mystère salvateur est présent si nous savons en profiter. […]

L’avent devrait appeler mon attention pour que je sache découvrir en chaque frère que je salue, en chaque ami auquel je donne la main, en chaque mendiant qui me demande du pain, en chaque ouvrier qui veut user du droit d’organisation syndicale, en chaque paysan qui va chercher du travail dans les plantations, le visage du Christ. Je ne serais pas capable alors de le voler, de le dénoncer, de lui nier ses droits, parce que c’est le Christ et tout ce que je Lui fais, le Christ en tiendra compte comme s’il s’agissait de sa personne. C’est cela l’avent, le Christ qui vit en nous. 03/12/78, p.13-15, VI.
 
3) Présence chrétienne et active dans le monde
 
A) Le mystère de l’homme s’éclaircit seulement dans le mystère du
 
Verbe Incarné

Finalement, frères, l’avent est la présence chrétienne en ce monde. Nous célébrons le geste infiniment amoureux de Dieu qui a tant aimé le monde qu’Il donna son propre Verbe, sa propre Parole, son Propre Fils, pour qu’Il se fasse homme dans les entrailles de Marie. Celle-ci est un personnage central de l’avent. Grâce à cette femme très pure, Dieu rencontra dans le sein d’une femme très sainte, un endroit où le Très Saint Verbe de Dieu se fit homme. Mais remarquez bien que le Christ se fit homme de son peuple et de son temps, Il vécut comme un juif, Il travailla comme un ouvrier de Nazareth et dès lors, Il continue de s’incarner chez tous les hommes. Si plusieurs se sont éloignés de l’Église, c’est précisément parce que l’Église s’est aliénée un peu de l’humanité. Mais une Église qui sait sentir comme sien tout ce qui est humain et qui veut s’incarner dans la douleur, l’espérance, l’angoisse de tous ceux qui souffrent et se réjouissent, cette Église sera le Christ aimé et espéré, le Christ présent et cela dépend de nous.
 
B) Nous nous enrichissons dans le Christ : profusion des charismes

Nous sommes ceux qui allons rendre présent le Christ. […]
L’avent est un appel pour dire que même dans le monde le plus pourri on peut vivre la joie la plus intime et on peut être un témoin du Christ devant une société corrompue. Devant un monde qui a besoin d’évidentes transformations sociales, comment n’allons-nous pas demander aux chrétiens qui incarnent la justice du christianisme, qui la vivent dans leur foyer, de s’efforcer d’être des agents de changement, d’être des hommes nouveaux? Parce que comme dit Medellín : « Rien ne sert de changer les structures si nous n’avons pas des hommes nouveaux qui manœuvrent ces structures. » Des hommes avec les mêmes vices, avec les mêmes égoïsmes…, si nous changeons les structures, si nous réalisons des transformations agraires, mais que nous en usons avec cette même mentalité égoïste, ce que nous aurons ce sera de nouveaux riches, de nouvelles situations d’outrages, de nouvelles offenses. Les changements de structures ne suffisent pas. C’est cela le christianisme et c’est sur cela que j’insiste. Comprenez bien que le changement que prêche l’Église se réalise à partir du cœur de l’homme. Des hommes nouveaux qui savent être ferment d’une société nouvelle. […]

Le Pape Paul VI disait : « Je n’insisterai jamais suffisamment sur le fait que l’évangélisation ne s’épuise pas dans la prédication et dans les enseignements d’une doctrine parce que cela doit conduire à la vie, à la vie naturelle, à celle qui donne un sens nouveau grâce aux perspectives évangéliques qui l’ouvrent et à la vie surnaturelle qui n’est pas une négation, sinon une purification et une élévation de la vie naturelle. Cette vie surnaturelle rencontre sa plus vive expression dans les sept sacrements et dans l’admirable fécondité de la grâce et de la sainteté qu’ils contiennent. Mais si les sacrements sont administrés sans le solide apport d’une catéchèse sacramentelle et d’une catéchèse globale, on finira par leur enlever une grande part de leur efficacité. » C’est ce qui est lamentable parmi nous, que nous ayons habitué notre peuple à recevoir des sacrements sans conscience. 03/12/78, p.15-18, VI.

Ma troisième lettre pastorale : l’Église et les organisations politiques populaires, fait référence au rôle du prêtre et c’est la norme qui est exigée de tous : « Il est normal et fréquent que les prêtres eux-mêmes et leurs plus intimes collaborateurs laïcs, précisément parce qu’ils s’intéressent à réaliser une évangélisation incarnée et engagée, sentent au vif les problèmes politiques et que, comme personnes et citoyens, ils ressentent davantage de sympathie pour un parti ou une organisation populaire que pour une autre. Il est compréhensible également que lorsqu’on leur demande d’orienter chrétiennement la direction d’activités politiques des chrétiens en faveur de la justice, ils collaborent. Mais c’est notre devoir de leur rappeler et de leur demander que dans n’importe quel travail sacerdotal ou pastoral que leur demandent des individus, des partis ou des organisations, ils ont toujours comme premier objectif, d’être des animateurs et des orienteurs dans la justice que la foi exige, selon les grands principes chrétiens que nous avons rappelés ici. » 03/12/78, p.23, VI.


Second dimanche de l’avent; 10 décembre 1978; Lectures : Isaïe 40,1-5.9-11; II P 3,8-14; Marc 1,1-8.
Le Seigneur vient, préparons son chemin.
Plan de l’homélie :
1) La venue de Dieu pour nous sauver
2) Les chemins par où Dieu arrive à l’homme
3) Le Christ est le chemin
 
1) La venue de Dieu pour nous sauver
 
A) Le sens liturgique de l’avent :

La venue de Dieu pour nous sauver est le sens liturgique de la Parole qui donne son style et son unité à cette période intense de la préparation de Noël sous le nom suggestif d’adventus, l’avènement, la venue, la préparation à cette rencontre. Qui n’a pas connu dans sa vie une psychologie de l’avent? La préparation pour recevoir un ami, le fils, l’épouse, la mère qui vient de loin. On prépare la maison, on prépare la bienvenue, une fête d’autant plus cordiale que la personne est désirée. Cela nous indique quelque chose, ce que cherche à inculquer l’Église au cours de cette période, un accueil chaleureux.
 
B) Sens théologique : La venue de Dieu pour nous sauver.

Il existe un sens théologique que le Concile Vatican II exprime en ces mots lorsqu’il parle de la dignité humaine : « L’aspect le plus sublime de la raison humaine se trouve dans cette vocation de l’homme de communiquer avec Dieu. […] L’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet amour et s’abandonne à son Créateur (G.S. 19,1) ». De même, le grand humaniste saint Augustin nous dit : « Tu nous fis pour Toi et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en Toi. » Il existe une attraction mutuelle entre le Dieu qui nous créa pour Lui et les humains qui ont reçu son intelligence, sa liberté et de nombreuses capacités, non pas pour les gaspiller, ni pour en abuser, sinon pour rencontrer sa plénitude en cet objet de sa nature, en ce principe et cette fin de leur être.

C) Les trois lectures révèlent ce destin de l’homme qui correspond au désir de Dieu

C’est pourquoi ces trois lectures (Is 40,1-5.9-11; II P 3,8-14; Mc 1,1-8) qui veulent conférer spiritualité à ce dimanche et à cette semaine des chrétiens, nous parlent précisément de ce destin de l’humain qui correspond au désir de Dieu. Et lorsque le cœur de l’être humain exprime toute la noblesse du plus intime de ses sentiments, comme vous venez d’entendre, un homme de ce monde, un séculier, qui parle de son anxiété de comparaître devant Dieu. Il réclame la dignité d’être à l’image de Dieu, l’homme sent qu’il ne sera jamais satisfait tant qu’il n’aura pas rencontré ce Dieu qui aspire également à cette rencontre. 10/12/78, p.26, VI.
 
Première lecture

A) De l’Exil à la Patrie.

Cette lecture correspond à la fin de l’exil à Babylone. Ces chapitres appartiennent au second Isaïe. Un prophète anonyme inspiré des espoirs d’Isaïe voit que s’approche déjà la fin de la punition de Dieu. Enfin s’achève cet exil! Enfin, nous retournons vers notre patrie! Et ils entendent alors comme un commandement de Dieu (Is 40,1-2) : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée. »
 
B) L’Épiphanie dans le désert

(Is 40,3) : Une voix crie : « Dans le désert, frayez le chemin de Yahvé. » Et l’on commence à décrire en forme de procession, comme une épiphanie, une manifestation de Dieu qui va faire briller parmi l’aridité du désert, le chemin d’un peuple qui revient de la déportation, avec la joie de se retrouver à nouveau dans sa patrie. Les Bédouins du désert disent que lorsque le vent se lève, il produit un bruit étrange qui ressemble à un gémissement humain. Eux-mêmes se demandent et se répondent : « Entendez-vous comme gémit le vent? C’est le désert qui se lamente et pleure parce qu’il voudrait être une prairie. » Quoi de plus étrange! Sable, poussière, soleil, aridité! Oui, vraiment, l’esprit de l’oriental sent l’anxiété transformer ces sables en jardins, en prairies, en boisés. Ce fut ce que ressentit Isaïe et il voulut exprimer par cette transformation de l’aridité du désert en un jardin, l’espérance d’un peuple qui revient de l’esclavage, du châtiment de l’oppression, aux bras de la liberté, à l’allégresse de se sentir un peuple digne, autonome.

C) Sens Rédempteur : le péché est déjà payé

Toute la première lecture est imprégnée d’un sens rédempteur. Le prophète ne tait pas le fait que tout cela soit advenu à cause des péchés, des idolâtries, des injustices sociales, des abus des rois au pouvoir. C’est pourquoi Dieu a châtié son peuple, mais dit le prophète : « Dieu est satisfait. » Ce n’est pas que Dieu se complaise à faire souffrir les hommes, mêmes s’ils sont pécheurs. C’est que Dieu veut faire sentir à l’homme qu’il ne peut trouver dans les choses de la Terre l’allégresse que Dieu lui donne. Il est le seul à pouvoir remplir le cœur de l’être humain. Dieu est jaloux et c’est pourquoi Il fait sentir le vide lorsque les humains s’éloignent de Lui. 10/12/78, p.27, VI.
 
Seconde Lecture

A) La consommation de la rencontre

Il ne faut pas confondre la proximité théologique avec la proximité cosmique. La seconde épître de saint Pierre (3,8-14) s’oriente aussi en ce sens d’une rencontre avec Dieu. Et saint Pierre nous dit, ce que nous dirions en terme moderne comme ceci. Il ne faut pas confondre la proximité théologique avec la proximité cosmique. Je vais vous expliquer. Il y avait au temps des apôtres une préoccupation très grande : est-ce que la venue du Christ qui avait été promise pour juger le monde allait se réaliser déjà, allait-il voir cela de leurs yeux? Et lorsqu’ils mouraient, plusieurs de leur génération s’affligeaient parce que leurs ennemis se moquaient d’eux : « Pauvres rêveurs, ils attendent quelque chose qui n’arrivera jamais! » Alors, saint Pierre écrit pour consolider cette espérance (II P 3,8) : « Mais voici un point très cher que vous ne devez pas ignorer : c’est que devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. » Pour Dieu, les références chronologiques ne valent pas, le temps n’existe pas.
 
B) Ce qui intéresse Dieu, c’est de sauver

Pour Dieu, ce qui prévaut c’est une préoccupation plus profonde (II P 3, 9) : « Le Seigneur use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. » Ce qu’Il désire c’est faire la rencontre des hommes. Il se peut qu’Il arrive à une heure tardive, lorsque la vie se termine et que dans la vieillesse on ne recueille que les fruits pourris d’une jeunesse mal vécue. Mais alors, Dieu attend encore avec patience cette rencontre avec l’homme. Cela peut être pendant la jeunesse, et nous avons alors cette jeunesse qui a rencontré l’allégresse dans son Dieu. Enfin, pour Dieu le temps est comme la comparaison de mille ans avec un jour. Pour Dieu il y a quelque chose de plus profond, son œuvre salvatrice, sa rencontre avec l’homme, qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un vieillard, que ce soit dans le présent ou dans le futur. Ce qu’Il attend c’est que toute la famille qu’Il a créée en ce monde soit pour partager avec Lui l’allégresse, la félicité, la vie divine. « Tu nous fis pour Toi. »
 
C) Destinée des hommes et des peuples… les cieux nouveaux et une Terre nouvelle

C’est pour cela que la seconde lecture nous parle de ce destin des hommes et des peuples, marchant vers une terre nouvelle et vers des cieux nouveaux, pour que nous ne demeurions pas agenouillés devant les idoles des biens de cette Terre, que saint Pierre nous dit qu’ils vont être consumés.
 
D) La seconde épître de saint Pierre
Elle est celle qui exprime avec un langage plus apocalyptique la destruction des éléments. Inspirée, sans doute, des apocalypses contemporaines non précisément chrétiennes et qui pressentait une fin des choses matérielles, qui parlaient d’un cataclysme et des incendies des cieux et des éléments. Il n’est pas nécessaire de prendre cela au pied de la lettre. Ce que nous devons comprendre de ce langage oriental, fantastique, d’incendies et d’apocalypses, c’est une grande réalité : ce qui existe dans le temps possède une valeur relative qui s’achèvera avec le temps. Seuls les Cieux nouveaux et la Terre nouvelle que Dieu a promis sont le véritable paradis où s’établira pour toujours la rencontre de Dieu avec les hommes! C’est vers là que nous marchons! Depuis ici, depuis cette Terre, en cette rencontre que les hommes peuvent déjà réaliser, dans leur propre cœur, dans leur propre vie, dans leur propre foyer. Cela doit être un Dieu qui se rencontre déjà!

Très chers frères, qui pourrait donner l’éloquence du prophète à mes paroles pour qu’elles puissent secouer l’inertie de tous ceux qui sont agenouillés devant les biens de la Terre? Ceux qui veulent l’or, l’argent, les terres, le pouvoir, la politique et qui veulent que leurs dieux soient éternels. Tout cela va se terminer! Seule demeurera la satisfaction d’avoir été un homme dans la politique ou dans les affaires, fidèle à la volonté de Dieu. Il faut savoir user, selon sa volonté, le relatif et le transitoire des biens de la Terre. N’en faites pas des absolus! Il n’y a qu’un seul absolu : Celui qui nous attend dans les Cieux qui ne passeront pas et sur la Terre qui n’aura pas de fin. « Il n’existe qu’un Dieu et il n’y en a pas d’autres au-dehors de moi », disait-Il avec un zèle divin. Afin que vous n’adoriez rien sur la Terre, sinon que sur la Terre et dans l’éternité vous sachiez que l’être humain a été créé par Dieu et que c’est en Dieu seul qu’il peut rencontrer satisfaction.

C’est ce que veut être le message de l’avent : le Seigneur qui vient et l’homme qui veut sortir à sa rencontre, l’Église qui prépare sa communauté pour Noël, pour la célébrer non pas comme une fête profane de commerce, de vices, de grandes bouffes, de cadeaux. Comme il est triste que le Noël ait été commercialisé et profanée. Nous n’avons pas compris que cette fête est le désir ardent de Dieu de rencontrer l’humain et celui-ci ne sera pas heureux tant qu’il n’aura pas fait la rencontre avec Dieu. 10/12/78, p.27-29, VI.
 
2) Les chemins par où Dieu arrive à l’homme

Par cela, je veux répondre à une seconde question, à une seconde réflexion. Par quels chemins Dieu se présente-t-il dans notre histoire? Par quels chemins vais-je rencontrer concrètement ce Dieu qui vient me sauver? Par quels chemins le Salvador, à ce carrefour, en ce chemin sans issue, va-t-il rencontrer le Salut en ce Dieu? Peut-être va-t-on rire de nous comme on se moquait des chrétiens à qui saint Pierre s’adressait? Non mes frères! Ce n’est pas une illusion, Dieu vient et ses chemins sont bien près de nous. Dieu sauve dans l’histoire, dans la vie qui est l’histoire propre de chacun, c’est là que Dieu vient à notre rencontre. Quelle satisfaction de savoir qu’il n’est pas nécessaire d’aller le chercher dans le désert, qu’il n’est pas nécessaire d’aller le rechercher à tel ou tel endroit du monde! Dieu est dans ton propre cœur. « Le Règne de Dieu est dans vos cœurs », disait le Christ. C’est là que se trouvent les chemins de Dieu, ce sont les chemins de l’histoire, les chemins concrets de notre vie nationale, familiale, privée.
 
A) Réminiscence des chemins qu’on préparait aux rois et aux dieux
Il est beau d’entendre aujourd’hui la façon dont le prophète Isaïe nous décrit les chemins d’Israël : « Par où Dieu viendra-t-Il à notre rencontre, nous, pauvres exilés, humiliés, opprimés par un pouvoir envahisseur qui nous enleva la liberté et nous fit captifs? » Qui l’aurait dit que, précisément par ces mêmes chemins par où étaient venus les envahisseurs pour aller humilier la Terre sainte, par là allait revenir triomphant, en chantant l’allégresse du retour. « Quelle joie lorsqu’ils me dirent, allons à la maison du Seigneur. » Jérusalem est la vie du Juif, sans elle ils se sentaient comme morts. Souvenez-vous de ce merveilleux psaume des rivières de Babylone : « Nos oppresseurs nous demandaient de chanter un chant à notre Dieu. Comment allons-nous chanter sur une terre étrangère? Qu’on me cloue la langue au palais et que ma main sèche si je t’oublie Jérusalem! » Quel sens patriotique! Je crois que le sens patriotique s’avive lors de l’exil, surtout lorsqu’on vit dans l’espoir du retour, la patrie n’est pas perdue. Dieu se prévaut de ces humiliations pour me donner plus de joie lorsque je reviens converti. Les histoires du temps d’Isaïe nous relatent que lorsqu’on allait porter l’image d’un dieu ou bien qu’un empereur ou un roi allait visiter une ville, on préparait son chemin, comme aujourd’hui encore l’on décore les chemins pour la visite d’une personne importante. C’est pourquoi Isaïe utilise cette image (40,3-5) : « Aplanissez une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées, que les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements en large vallée; alors, la gloire de Yahvé se révélera et toute chair, d’un coup, le verra. » Ce passage d’Isaïe a le privilège d’avoir donné la comparaison du chemin à la vie de chacun.
 
B) La vie est le chemin de chacun, sa conduite
Le chemin par où Dieu veut rencontrer l’être humain, c’est sa propre vie et c’est pourquoi on le nomme le chemin de la vie. Plus que tout, ma conduite révèle comment j’ai dirigé ma vie. S’il s’agit d’une vie mal dirigée, elle ne m’amène pas vers cette rencontre avec Dieu, s’il s’agit d’une conduite conforme à la loi et à la volonté de Dieu, alors je m’en vais à sa rencontre. La rencontre entre Dieu et un peuple procède de la même manière. Comment se conduit l’histoire du Salvador, ainsi sera la rencontre de Dieu avec notre pays. Si elle s’est mal conduite, si elle a été matérialiste et qu’en elle abondait l’injustice, ce ne sont pas là les chemins du Seigneur.
« Aplanissez les chemins », c’est cela, la voix de l’avent, la voix des prophètes qui résonnait pleinement chez Jean Baptiste, la dernière fleur des prophètes : « Le Seigneur arrive. Préparez ses chemins. » 10/12/78, p.29-30, VI.
 
Seconde lecture

Le Seigneur est patient, cela ne veut pas dire d’être paresseux, sinon que nous nous convertissions. L’Église lorsque saint Pierre nous dit également ceci dans la seconde lecture d’aujourd’hui (II P 3,9) :
« Le Seigneur a beaucoup de patience envers vous parce qu’Il veut que personne ne périsse, sinon que tous se convertissent. » Ce sont là les chemins! L’Évangile est précieux. Je vous supplie qu’en cette année où la lecture de base est saint Marc, que nous sachions accueillir de ce secrétaire de saint Pierre, la plus belle expression de l’Évangile. Parce que Marc comme saint Paul nous disent que l’Évangile n’a pas pour objectif de nous raconter la vie du Christ. L’Évangile est cette même force, cette même présence divine du Christ qui est venu au monde. C’est pourquoi nous entendons dans le premier verset de saint Marc en ce dimanche (Mc 1,1) : « Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. » Comme quelqu’un qui dirait : tout est dans la connaissance du Christ, peu importe de connaître les histoires, les miracles, ce qui importe c’est de découvrir son identité. Dieu qui est venu dans l’histoire d’Israël, en cet humble fils de la Vierge de Nazareth. Et ainsi, nous Le rencontrerons également dans chaque vie qui se fait chrétienne, le Christ ira à la rencontre de chaque peuple et de chacun dans la mesure où nous saurons l’accueillir.
 
A) L’Évangile, synthèse de tous les Kérygmes

L’Évangile de saint Marc résume aujourd’hui la prédication de saint Jean Baptiste, du Christ et de l’Église, en une parole (1,3) : « Préparez les chemins du Seigneur! »
 
B) Jean Baptiste : témoignage de vie, chemin pour le peuple

La figure de Jean le Baptiste est un chemin, un homme qui fait un chemin. C’est ce que devrait être la vie de chaque chrétien : un homme qui se fait chemin, qui se fait lumière, qui se fait témoin, qui par son intégrité, par ses vertus, comme saint Jean-Baptiste, prêche non seulement lorsqu’il annonce la venue de l’Agneau de Dieu, mais également par sa tenue austère, de pauvreté, de sincérité, de simplicité, de vaillance, d’affrontement, même s’il s’agit du roi qui va lui couper la tête : « Il ne t’est pas permis! » Et il crie sa dénonciation même si cela doit lui coûter la vie. Jean Baptiste est le modèle du chemin. Seuls ces hommes sont le phare qui indique les chemins. Seuls ces hommes peuvent dire avec la grandeur qu’ils ont et que les peuples les suivent. Mais il dit cependant (Mc 1,7) : « Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales. » Je ne fais rien d’autre que d’indiquer Celui qui sauve le monde. Je ne suis pas le Sauveur.

Le chrétien doit avoir cette transparence comme Jean-Baptiste pour indiquer qu’il existe un pouvoir qui sauve le monde : Dieu qui s’est fait homme : Jésus-Christ! Et comme Jean Paul II, dans la solennité de son inauguration pontificale en pleine Place Saint-Pierre qui crie la même chose que Jean Baptiste : « Ouvrez les portes au Christ. N’ayez pas peur. Et je dis à tous les domaines, celui de la politique, de l’économie, à ceux des hommes du monde entier, n’ayez pas peur. Lui seul possède les paroles. Lui seul a les paroles de vie éternelle. » C’est cela, la mission de l’Église, pour chacun de nous qui sommes l’Église, si vraiment nous voulons faire honneur à ce peuple de Dieu dont nous sommes membres par le baptême, nous devons être les plus transparents possible à la présence du Christ, Sauveur des hommes dans le monde et ne pas croire en d’autres saluts, sinon prêcher l’unique Sauveur; et ne pas confondre cette libération intégrale du Christ avec ses autres libérations partielles de la Terre. 10/12/78, p.30-31, VI.
 
3) Le Christ est le chemin

Ma troisième réflexion porte sur le Christ. Il est le grand chemin de la rencontre de l’homme avec Dieu. Mais, avant de terminer sur cette pensée, je veux m’attarder ici, parce que s’il est vrai que notre vie, l’histoire de notre peuple sont les chemins concrets par où Dieu vient à notre rencontre en 1978, pour sauver les Salvadoriens, il est nécessaire de connaître ces chemins. C’est pourquoi je me préoccupe que cette prédication de l’Évangile ne se désincarne pas, que la prédication de ce dimanche illumine les réalités de notre semaine. C’est ce que je fais ici, à partir d’une perspective bien incomplète, parce que notre histoire est beaucoup plus complexe et que chaque famille, chacun de nous comme individu possède sa propre histoire. Je m’efforce d’offrir un exemple de la façon dont nous devons faire un effort pour méditer la Parole de Dieu, illuminant la réalité de notre histoire, de notre vie. Chacun, chaque famille, doit illuminer l’histoire de son propre foyer, de sa propre conscience à la lumière de l’Évangile qui est l’unique qui illumine et sauve. 10/12/78, p.32, VI.

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