Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
LE CHRIST M’A AIMÉ ET S’EST LIVRÉ POUR MOI, Vendredi Saint, 8 avril
Allocution de Paul VI à l’issue du Chemin de Croix au Colisée
Frères,
Nous sommes troublé ! On ne peut pas suivre le Chemin de la Croix sans que se répercute dans notre esprit le drame douloureux du supplice extraordinairement infamant infligé au Seigneur Jésus ; la cruauté de la peine et l’injustice de la condamnation nous émeuvent profondément. « Il n’a rien fait de mal » (Lc 23,41). Même le centurion qui avait commandé le peloton d’exécution devait reconnaître : « C’était vin homme juste » (ibid. 47). Et de même pour tous ceux qui étaient présents à ce cruel spectacle.
Et nous, Frères ? Nous aussi, si nous avons suivi le triste chemin, si ,nous avons perçu le caractère sacrificiel et donc universel de la mort subie par Jésus-Christ, nous nous sentons impliqués dans sa mise à mort, nous sommes complices ! Mais c’est précisément au moment où notre compassion se retourne contre nous-mêmes comme une accusation inévitable de la mort de cette victime innocente que notre remords se transforme en espérance, se change en reconnaissance et en pleurs de joie. Lui, Jésus, le Fils de l’homme, Lui, le Fils de Dieu, il a été crucifié par nos péchés, il nous faut pleurer ; il a été crucifié pour nos péchés, réjouissons-nous. Nous venons de rappeler la tragédie rédemptrice de l’Agneau qui a donné sa vie pour nous, pour chacun d’entre nous. Le mystère s’ouvre, avec les paroles de Saint Paul : « Lui, le Christ, m’a aimé, et s’est livré lui-même pour moi » (Ga 2,20), et monte alors à nos lèvres le cri de ces paroles : « Seigneur, je vous donne tout » (Pascal, Bossuet).
Et les autres ? Nous pensons à la multitude humaine bien plus innombrable que celle qui est maintenant devant nous, à la multitude de la société, du monde.
Lui parviendra-t-il au moins l’écho de cette grande histoire de douleur et d’amour qu’est le Chemin de Croix ? De douleur, qui est fille ou du moins de la même famille que la violation de l’ordre, de cette violation plus grande qu’est le péché ; d’amour, de cette sorte d’amour, disons-le, tel qu’il n’y en a pas de plus grand, sinon dans le sacrifice de celui qui donne sa propre vie pour celui qu’il aime, et comme il se manifeste dans l’Évangile de la Croix (Jn 15,13). Eh bien, auditeurs lointains et pourtant si proches pour notre esprit, sachez que maintenant vous êtes aussi présents ici, dans notre affection, dans notre estime, dans notre prière pour vous !
Quant à vous, hommes de pensée, où trouverez-vous une lumière plus grande que dans cette sagesse de la Croix, victorieuse grâce au mystère qui enveloppe la vie humaine ? Et vous, qui avez le pouvoir, où trouverez-vous la force de rendre votre travail efficace, sinon dans les perspectives d’un amour généreux ? Et vous, les travailleurs, que le souci de votre pain quotidien met souvent en lutte systématique contre la société, qui vous donnera le pain de la vie, de la liberté et de la justice, sinon Celui qui peut dire sans manquer à sa promesse : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et je referai vos forces » (Mt 11,29) ?
Oh ! comme nous voudrions qu’en cet instant où la Croix du Christ se fait lumineuse, il répande par son sang divin sa divine certitude de bonté, d’espérance et de béatitude ! Oh ! qu’il le puisse, dans un rayonnement sans limite, avec notre Bénédiction Apostolique !


LE SACREMENT DE L’AMOUR QUI TRANSFORME NOTRE VIE, 12 juin
Homélie du Pape en la Fête-Dieu
Vénérables Frères et très chers Fils !
Nous célébrons aujourd’hui à Rome la fête du « Corpus Domini » — (la Fête-Dieu), non plus le jour traditionnel, le jeudi suivant le dimanche dédié à la Très-Sainte Trinité, mais bien le dimanche suivant cette dernière fête. Ce déplacement, rendu nécessaire pour harmoniser le calendrier liturgique au calendrier civil ne signifie d’aucune manière la moindre diminution du culte à la Très-Sainte Eucharistie. Au contraire cette mesure tend plutôt à raffermir ce culte, à le rendre plus accessible, à en permettre une meilleure participation à tout le Peuple fidèle. À vous, Pasteurs de l’Église de Dieu, à vous Prêtres, ministres de ce grand sacrifice et sacrement, à vous Religieux et Religieuses qui professez une dévotion toute particulière à l’égard de l’Eucharistie, et à vous tous, Catholiques invités toujours au mystérieux et très saint banquet eucharistique, nous adressons la plus vive recommandation de renouveler l’éternel engagement de célébrer avec une conviction inaltérée, ou plutôt accrue, cette très belle fête, due souverainement au Christ qui, venant à notre rencontre avec une telle prodigalité d’amour et de grâce, est vraiment, ineffablement, pour chacun de nous comme pour toute la communauté catholique le Pain de vie pour notre pèlerinage dans le temps vers l’éternelle possession de Dieu.
Vénérables Frères et très chers Fils !
Écoutez cette année encore quelques mots sur le « Corpus Domini », dans une attitude de prière ! Le premier objectif de cette célébration est pédagogique, c’est-à-dire éducatif ; celui de nous rendre attentifs, exultants, conscients de la réalité du mystère eucharistique. L’homme est un être qui s’habitue aux choses extraordinaires et souvent il réduit l’impression exceptionnelle d’un moment donné à une expression ordinaire, conventionnelle et superficielle. L’homme s’habitue ; et même il finit par trouver normales les réalités qui dépassent sa faculté d’entendement. Il les considère comme contenues dans un espace purement verbal qui les qualifie, sans leur attribuer ni reconnaître l’exubérante richesse de signification intérieure qui leur est propre. Cela se passe souvent ainsi pour cet ineffable sacrement de l’Eucharistie qui n’offre plus à notre connaissance sensible que les images apparentes, les espèces du pain et du vin, alors que ces espèces qui, sur l’autel contiennent les éléments d’un sacrifice, cachent la chair et le sang d’une victime immolée, du Christ crucifié, Corps uni à son propre sang, à son âme, et à la divinité du Verbe. Oui, c’est cela le « mystère de Foi » présent dans l’Eucharistie (cf. Concile de Trente, Décr. De Euch., ch. 3). Ceci constitue le premier effort spirituel auquel nous invite et nous oblige ce Sacrement, un effort de connaissance non soutenu par une expérience sensible — qui va bien au-delà des apparences (si éloquentes cependant, mais d’une signification autre que matérielle et ordinaire, (cf. Jn 6,63), mais un effort de foi, d’adhésion donc à une Parole qui domine les choses créées, une Parole, un Verbe divin présent.
Pour accéder au Sacrement de l’Amour il faut franchir le seuil de la Foi (cf. St Thomas III, 73, 3 ad 3). Mystère de la Foi ! Et comme nous sommes entrés dans le camp de la Foi qui nous invite à lire dans les signes sacramentels l’ineffable Réalité qu’ils localisent et représentent, le Christ sacrifié et se faisant nourriture spirituelle pour nous, une question, en même temps timide et audacieuse, se forme dans notre âme ébahie : pourquoi as-tu voulu, ô Seigneur, assumer cette apparence ? pourquoi viens-tu à nous ainsi caché et ainsi dévoilé ? Retenons un instant notre souffle et écoutons. Oui, une parole de Jésus est pour ainsi dire prononcée par le don eucharistique mis devant nous ; écoutons-la de nouveau dans l’Évangile ; Jésus dit encore et toujours : « Venez à moi, vous tous qui peinez et portez un fardeau accablant, et je vous soulagerai » (Mt 11,18). Jésus est donc dans une attitude d’invitation, de connaissance et de compassion pour nous, et même d’offre, de promesse, d’amitié, de bonté, de remède à nos maux, de consolateur, et plus encore d’aliment, de pain, de source d’énergie et de vie. « Je suis le pain de vie » (Jn 6,48), suggère le Seigneur dans son éloquent silence.
Jésus, pain ! Jésus, aliment ? Mais où veut-il en venir, le Seigneur ? N’est-ce pas trop, déjà, qu’il soit venu dans le monde pour nous ? ou mieux qu’il se soit rendu accessible au point de multiplier sa présence sacramentelle pour chaque autel, pour chaque table, où, son autre présence représentative et opérante, celle du Prêtre, rend possible la multiplication sans fin de ce prodige ? (cf. De la Taille, Mysterium Fidei, Eluc. 36, et ss.).
Les aspects de cette doctrine se dilatent et se multiplient au fur et à mesure qu’on y réfléchit, au point de confondre notre esprit si l’intention du Seigneur ne nous avait pas été éclairée par la célèbre parole de l’Apôtre Paul à qui cette Basilique est dédiée, une parole devenue extrêmement courante dans notre langage religieux. Et quelle est cette divine et suprême intention, et quelle est cette parole qui nous l’éclairé ? Cette parole, ce terme c’est « communion », en grec koinonia, une expression verbale qui nous monte toujours aux lèvres quand nous voulons indiquer que nous nous approchons de ce sacrement : « communier, faire la communion » signifie s’approcher de la Sainte Table, recevoir l’Eucharistie, recevoir Jésus dans le sacrement qui, dans sa profonde réalité, consiste en l’unité du Corps mystique du Seigneur (cf. St Thomas III, 73, 3). En utilisant un langage humain, nous donnons plutôt au terme « communion » un sens bien à nous, subjectif comme si cet acte était exprimé de manière adéquate par le geste de nous approcher de l’Eucharistie, tandis que nous faisons moins attention à l’initiative du Christ qui nous donne la possibilité de le recevoir, Lui, qui s’offre à nous en instituant et en renouvelant cet admirable sacrement avec les saintes paroles : « Prenez et mangez ; Ceci est mon corps donné en sacrifice pour vous... Ceci est le calice de mon sang versé pour vous... ». Ici se trouve révélée l’intention extrême de Jésus à l’égard des hommes appelés à sa religion, intention finalement déclarée : l’amour : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13 et ss. ; cf Pr 8,31).
Sommes-nous dignes ? non, certainement — sommes-nous capables de pénétrer au cœur de cette « exaltation » religieuse ? Combien d’hommes ne sont pas capables de la comprendre ; et combien, même s’ils en entrevoient le secret, ne savent pas l’accepter ? Ici l’amour envers Dieu, le grand, le suprême de Dieu. Nous sommes aimés avant même que nous soyons disposés à aimer ; Il nous a aimés le premier (1Jn 4,10-19) et, tant de fois, nous nous sommes soustraits à son amour, nous qu’il a créés, faits pour Lui ; nous avons refusé de nous rencontrer avec Lui (cf. la parabole de l’invitation au banquet, Mt 22,1-10 Lc 14,15-24), peut-être par une lâche et secrète crainte d’être conquis à un Amour qui changerait notre vie... L’Eucharistie est l’invitation la plus directe, la plus forte à l’amitié, à la compagnie du Christ. Et de plus, l’Eucharistie est l’aliment qui nous donne l’énergie et la joie pour y répondre. L’Eucharistie place ainsi le problème de notre vie sur un suprême jeu d’Amour, de choix, de fidélité ; et, si nous l’acceptions, de religieux ce jeu se fait social, suivant les paroles révélatrices de l’Apôtre Paul que nous répéterons comme conclusion et souvenir de cette célébration. L’Amour reçu de Jésus dans l’Eucharistie est une communion avec Lui et, pour cela même, il se transforme et se manifeste dans notre communion avec les frères, effectifs ou possibles, que tous les hommes sont pour nous. Nourris du corps réel et sacramentel du Christ, nous devenons toujours Plus intimement le Corps mystique du Christ : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas une communion au sang de Jésus-Christ ? Et le pain que nous rompons, n’est-il pas une communion au corps de Jésus-Christ ? Parce qu’il y a un seul pain, nous ne sommes qu’un corps, malgré notre grand nombre, attendu que nous recevons tous notre part de ce pain unique » (1Co 10,16-17).
Répétons avec Saint Augustin : « Ô Sacrement de piété ! Ô signe d’unité ! Ô lien de charité ! Qui veut vivre, a de quoi vivre » (Tr 26, 19 ; PL. 35, 1615). Qu’il en soit ainsi pour nous, Frères et Fils bien-aimés !


LÀ OÙ EST PIERRE, LÀ EST L’EGLISE, 29 juin 1977
Pour la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul, le Pape affirme : « Ubi Petrus, ibi Ecclesia »
Durant la concélébration du mercredi 29 juin en la Basilique Saint Pierre de Rome, Paul VI a prononcé un discours dont voici la traduction :
Comme il est prescrit avec sagesse, nous suspendons un moment le rite pour en méditer, pour en pénétrer, avec quelque pensée, avec une vigilante prière, la signification.
Ce rite, que nous présente-t-il ? Il nous présente deux personnages : les deux Apôtres Pierre et Paul, auxquels Rome fait remonter ses propres origines chrétiennes. Ils sont des témoins ; à chacun d’eux nous pouvons rapporter, bien qu’à des titres différents, les paroles que le Seigneur adressa au groupe des apôtres, avant son Ascension : « vous serez mes témoins... » (Ac 1,8). Il leur fut confère, à eux, une mission spécifique, celle de répandre un Message, le message évangélique, une Parole ; une doctrine, une Vérité que « l’Esprit de Vérité » leur enseigna (Jn 16,13), avec le pouvoir simultané de promulguer certains rites, les sacrements, qui communiquent des effets surnaturels.
Aujourd’hui, nous les commémorons solennellement ! et tout ce qui est offert ici, immédiatement, à notre sensibilité, nous stimule à célébrer joyeusement leur mémoire historique, vénérable, glorieuse ; c’est leur fête que nous voulons exalter ; et tout nous en offre le motif : le rythme annuel du temps qui nous rappelle que ce jour béni est lié à la commémoration des Saints Pierre et Paul ; dé même notre présence dans la Basilique monumentale érigée sur les tombes des Apôtres eux-mêmes entraîne notre pensée vers leurs saintes figures au point qu’on arrive, presque spontanément, à penser qu’ils sont vivants parmi nous ; puis l’histoire séculaire qui remonte à ces deux annonciateurs de l’Évangile dans l’Urbs semble assumer une actualité presque réelle devant nos yeux heureux et émerveillés d’en contempler le panorama ; et, enfin, la piété qui fait naître sur les lèvres de tous quelque prière pour obtenir l’intercession des Saints Apôtres accroît, jusqu’à en faire déborder nos âmes, la confiance de notre conversation avec eux, Saint Pierre et Saint Paul.
Tout ceci est vrai, et c’est très bien. Cette fête est la nôtre, et la joie qui en caractérise la liturgie caractérise également l’esprit de celui qui la vit et l’exprime. Faisons donc en sorte que cet effort d’attention se résolve avant tout en un sentiment de sécurité intérieure. Ou, disons mieux, un sentiment intérieur de foi. Nous sommes cernés de signes, de stimulants qui suffisent à la réveiller, à la fortifier. La religion assume ici un accent de joyeuse certitude, particulièrement propice dans la solitude spirituelle qui est le propre de notre siècle, dans l’accoutumance à la mentalité vacillante et désolante du subjectivisme mal entendu — du pluralisme comme on l’appelle — en matière de religion ; un subjectivisme donc, en vertu duquel chacun se croit autorisé à penser à la religion de la manière qui plaît le plus à son propre arbitre critique ou à sa propre fantaisie affranchie de la précision sans équivoque du dogme catholique. Ici, la foi, ramenée à ses sources apostoliques et à l’autorité magistrale qui la professe, la défend et l’enseigne, retrouve sa consistance objective garantie par la parole originelle du Christ : « Qui vous écoute, m’écoute » (Lc 10,16). La personnalité du fidèle qui accepte, qui croit, qui tâche de conformer sa vie à sa propre foi, puise à la source de la Vérité transcendante (Ga 2,16 Ga 3,11), se recompose et devient forte ; forte pour soutenir, pour diffuser ce merveilleux complexe de vérités qui est, précisément, la clé de l’interprétation, de l’explication supérieure du monde et de la destinée humaine ; il est le rayonnement missionnaire de la foi, la raison du programme apostolique de l’Église. Nous connaissons le caractère tout à fait spécial des pouvoirs d’évangélisation conférés par le Christ à ses disciples, et parmi ceux-ci, aux Douze à qui Il a conféré le titre d’Apôtre (Lc 6,13), avec une considération toute particulière pour Pierre, pasteur des pasteurs (Jn 21,17 Lc 22,32 Ac 1,16 etc. ) et une autorité extraordinaire conférée également à Paul qui dit de lui-même : « Positus sum ego praedicator et apostolus... doctor gentium in fede et veritate — j’ai été établi, moi, héraut et apôtre, docteur des gentils, dans la foi et la vérité » (1Tm 2,7 Rm 15,16 cf Journet, L’Église du Verbe Incarné, I, Rm 180 et ss. ).
Nous savons comment non seulement le nom, mais aussi le ministère des deux Apôtres est lié à Rome (cf. Epître de Saint Paul aux Romains et son incarcération à Rome, Ac 28), et comment la discussion au sujet de remplacement de la tombe de Pierre s’est heureusement conclue pour en revendiquer le siège et l’histoire, précisément dans les fondations de la Basilique qui nous accueille exactement là où le Prince des Apôtres reçut la sépulture et eut son mausolée conçu par Michel-Ange.
Et il n’est certainement personne qui ne sache que l’histoire de la religion catholique, c’est-à-dire de l’Église, a eu son centre et son siège en cette Basilique. Ici, nous pouvons répéter avec une conviction toujours émue et comme confirmation sensible de l’affirmation de Saint Ambroise : « Ubi Petrus, ibi Ecclesia » (L’Église est là où est Pierre). Nous la répéterons, cette maxime-synthèse, pour retrouver dans le souvenir apostolique la vertu dont l’Église qui vit et qui souffre a besoin aujourd’hui. Les paroles que Jésus lui-même eut pour ses deux apôtres de prédilection : « J’ai prié pour toi », Pierre (Lc 22,32) ; et, concernant Paul : « Cet homme m’est un instrument de choix pour porter mon nom devant les païens, les rois et les fils d’Israël » (Ac 9,15), constituent encore aujourd’hui, pour nous qui avons tant besoin de forces, une garantie pour la foi, pour l’unité, pour la charité. C’est une promesse, c’est un réconfort pour nous dont le mandat apostolique tient des Apôtres sa nature et son urgence ; c’est une invitation, c’est un message que nous devons porter aux hommes de notre temps, à nos frères, prédisposés, peut-être par le même esprit de vertige qui les entraîne, à se rendre à notre fortune apostolique.
Nous sommes heureux de saluer tous ceux qui sont venus participer à cette cérémonie, et entourer le Pape et les nouveaux Cardinaux de leur affection et de leur prière. La fête des saints Pierre et Paul invite au courage de la foi, à l’unité du Peuple de Dieu autour de ses Pasteurs, et à l’attachement à l’Église. Que l’intercession des bienheureux Apôtres aide chacun à donner joyeusement ce témoignage.
Nous désirons également adresser quelques mots aux fidèles de langue allemande. Vous avez pu participer à la cérémonie en l’honneur des nouveaux cardinaux et, aujourd’hui, vous fêtez avec nous les Saints Apôtres Pierre et Paul. Que de force pour votre foi, que d’assurance pour votre témoignage de Chrétiens peuvent vous apporter ces deux événements !
Chers Frères et Sœurs, puissiez-vous retirer tous leurs fruits de ces deux cérémonies ; c’est ce que nous souhaitons en vous bénissant.


LE VERBE S’EST FAIT CHAIR, 24 décembre 1977
Homélie du Pape à la Messe de Minuit
Frères et Fils très chers !
Vous attendez de Nous une parole qui résonne déjà dans vos âmes ; et le fait de l’entendre encore en cette nuit et en ce lieu en fait reconnaître la nouveauté éternelle, la force de vérité, la merveilleuse et béatifiante joie. Et nos lèvres répètent l’annonce de l’ange, qui brilla dans la nuit, à Bethléem, il y a 1977 ans, et qui, réconfortant les humbles bergers épouvantés qui veillaient dehors sur leurs troupeaux, annonça l’ineffable événement qui s’accomplit alors dans une étable voisine : « Je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple. Aujourd’hui, dans la cité de David (Bethléem), il vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur » (Lc 2,10-11).
C’est ainsi ! C’est ainsi, Frères et Fils ! C’est ainsi et Nous voulons avec humilité et sans crainte faire parvenir notre cri à tous ceux qui « ont des oreilles pour entendre » (Mt 11,15). Un événement et une joie ; voici cette grande nouvelle qui est double !
Le fait : il semble presque insignifiant. Un enfant qui naît et dans quelles conditions humiliantes ! Nos enfants le savent bien, lorsqu’ils font leurs crèches, témoignages naïfs mais authentiques de la réalité évangélique. Mais la réalité évangélique laisse transparaître une réalité concomitante et ineffable : cet enfant apparaît comme vivant d’une filiation divine transcendante, « Filius Altissimi vocatibur » (Lc 1,32). Nous faisons nôtres les expressions enthousiastes de notre célèbre prédécesseur, saint Léon le Grand, lorsqu’il s’écrie : « Notre Sauveur, Frères bien-aimés, est né aujourd’hui : réjouissons-nous ! Il n’y a pas de place pour la tristesse lorsque c’est le jour de naissance de la vie qui, écartant la crainte de la mort, nous donne la joie de l’éternité promise » (Serm. I de Nativitate Dom.).
Ainsi pendant que le mystère suprême de la vie trinitaire du Dieu unique se révèle dans les trois personnes distinctes, le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, et tous les deux unis dans l’Esprit Saint, un autre mystère enveloppe d’une merveille inexprimable notre rapport religieux avec Dieu, en ouvrant le ciel à la vision de la gloire de la transcendance divine infinie, et dépassant dans un don d’incomparable amour toute distance : la proximité, le voisinage du Christ-Dieu fait homme nous montre qu’il est avec nous, qu’il est à notre recherche ». « Car la grâce de Dieu est apparue, apportant le salut à tous les hommes » (Tt 2,11 Tt 3,4).
Frères et vous, tous les hommes ! Qu’est-ce Noël, sinon cet événement historique, cosmique, profondément communautaire puisque adressé à tous, et pourtant incomparablement intime et personnel pour chacun de nous, puisque le Verbe éternel de Dieu, grâce auquel nous vivons déjà de notre existence naturelle (cf. Ac 11,23-28), est venu à notre recherche ; lui, l’éternel, il s’est inséré dans le temps ; lui, l’infini, il s’est anéanti, « prenant la condition d’esclave et devenu semblable aux hommes, il est apparu comme un homme, et il s’est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2,6 ss.).
Nos oreilles sont hélas, habituées à un tel message, et nos cœurs sont sourds à un tel appel, un appel d’amour : « Dieu a tant aimé le monde... » (Jn 3,16) ; bien plus, soyons précis : chacun de nous peut dire avec saint Paul : « Il m’a aimé, et il a donné sa vie pour moi... » (Ga 2,20) !
Noël est cette venue du Verbe de Dieu fait homme parmi nous. Et chacun de nous peut dire : c’est pour moi ! Noël est ce prodige. Noël est cette merveille. Noël est cette joie. Et la parole de Pascal monte alors à nos lèvres : « Joie, Joie, Joie, pleurs de joie » !
Oh, que cette célébration nocturne de la naissance du Christ soit vraiment pour nous tous, soit pour l’Église entière, soit pour le monde, une révélation renouvelée du mystère ineffable de l’Incarnation, une source de bonheur incessant : Amen.


LA MATERNITÉ DIVINE DE MARIE ET LA PAIX, 1er janvier 1978, Journée mondiale de la Paix
Le Pape Paul VI a célébré l’Eucharistie le dimanche 1er janvier, jour où l’Église fête la Maternité divine de Marie, en la Basilique Sainte-Marie-Majeure. Dans son homélie, le Saint-Père, célébrant la Journée Mondiale de la Paix, a lancé un vibrant appel aux jeunes. Voici la traduction de l’homélie :
Rassemblés par la foi en cette Basilique élevée par notre prédécesseur Sixte III quelques années après le Concile d’Éphèse qui en 431 avait proclamé solennellement Marie la « Theotokos », c’est-à-dire la Mère de Dieu, nous unissons dans notre célébration la louange pour ce très haut privilège que Dieu accorda à la Vierge Mère et la réflexion sur les exigences chrétiennes de la paix dans le monde.
Dans ce temple splendide, expression toute spéciale de la dévotion mariale du peuple romain, l’histoire et l’art se sont admirablement amalgamés au cours des siècles. Sa beauté classique et sa mystérieuse suggestivité nous invitent à de sereines et joyeuses pensées. Les différentes étapes du salut brillent dans ses antiques mosaïques. La scène sublime du couronnement de Marie, œuvre de Jacopo Torriti, resplendit dans l’abside, et, à côté des souvenirs de la Grotte de Bethléem, dans une composition sculpturale d’Arnolfo de Gambie, les Mages adorent le Verbe Incarné.
C’est précisément ce cadre merveilleux, créé par la piété de nos ancêtres, que nous avons choisi pour célébrer la Journée de la Paix ; et, une fois de plus, nous voulons adresser à toute l’humanité la parole sereine et solennelle de la Paix.
La Journée de la Paix ne concerne pas la paix d’une journée, d’une seule journée.
Commémorée le premier jour de l’année civile, elle apporte chaque fois quelque chose à l’année qui vient : une célébration commune qui s’inscrit, comme vœux et comme promesse, en tête du calendrier ; mais elle apporte également un thème que nous avons proposé et qui constitue l’occasion et la source d’une convergence d’intentions à dimension universelle. Convergence dans la prière pour les catholiques et pour tous les chrétiens qui veulent s’y associer ; convergence dans l’étude et dans la réflexion pour les responsables de la conduite collective de la société et pour tous les hommes de bonne volonté ; convergence dans une action en commun : témoignage ainsi rendu au monde moyennant un effort solidaire pour défendre tous les habitants de notre planète, si gravement menacés aujourd’hui par l’ »absurdité de la guerre moderne », comme nous l’avons souligné dans notre Message ; un effort solidaire pour édifier la paix dont la conscience de l’humanité ressent toujours plus la nécessité absolue.
Chacun des thèmes des diverses « Journées pour la Paix » complète les précédents comme une pierre s’ajoute aux autres pour construire une maison : cette maison de la Paix qui, comme l’a dit notre vénéré prédécesseur Jean XXIII, est basée sur quatre colonnes « la vérité, la justice, la solidarité agissante et la liberté » (cf. Encycl. Pacem in Terris, PT 47).
Mais la pensée qui domine la célébration d’aujourd’hui se révèle spontanément dans le binôme : Marie et la Paix.
N’y a-t-il pas un lien entre la maternité divine de Marie et la Paix, que nous célébrons le jour même de sa fête, un lien qui n’est nullement accidentel, mais qui tire sa réalité et son fruit de tout le patrimoine dogmatique, patristique, théologique et mystique de l’Église du Christ ?
N’y a-t-il pas également une raison historique qui s’y ajoute et fait que nous nous soyons ici rassemblés, très chers fils et filles romains de naissance ou d’adoption ? N’êtes-vous pas venus, en fait, pour continuer et confirmer ce matin, par votre présence, la pratique profondément religieuse et filiale de vos ancêtres, diocésains de cette Église de Rome qui a choisi, pour rendre un hommage tout particulier à la Mère de Dieu, l’octave de la Nativité, déjà avant qu’une telle date marquât en Occident le début de l’année civile ?
Et, à vos côtés, n’est-ce pas également toute l’Église, tout le Peuple de Dieu qui se trouve mystiquement rassemblé en cette Basilique Patriarcale pour célébrer en même temps la Maternité de Marie et la Paix, cette paix que son Fils Jésus-Christ est venu apporter au monde ?
Mais il n’est pas nécessaire d’aller très loin dans notre réflexion. S’il existe une relation entre la Maternité divine de Marie et la Paix, quel rapport y a-t-il entre cette maternité et le refus de la violence qui fait partie du thème choisi pour la « Journée » de cette année 1978 ?
Oui, le lien existe.
Et les études des théologiens et des exégètes se multiplient à ce sujet, le soulignent toujours plus selon la perspective qui leur est propre, rejoignant dans leurs conclusions le jugement spontané des populations.
Que l’on considère, comme nous l’avons fait dans notre récent Message pour cette « Journée », la violence sous son aspect collectif international, c’est-à-dire celui de la guerre moderne qui nous menace avec sa « suprême irrationalité , » avec son « absurdité » et avec la triste hypothèse de la guerre spatiale, ou qu’on la considère sous les multiples aspects de la violence passionnée de la criminalité croissante, ou de la violence civile érigée en système, une question fondamentale s’impose : quelles sont les causes de tels comportements et des idées ou des sentiments qui les inspirent ?
Ces causes nous les avons plusieurs fois rappelées dans nos précédents Messages, en particulier dans ceux sur le désarmement et sur la défense de la vie.
Ce matin nous ne voulons en rappeler qu’une seule : le choc provoqué dans la société par les conditions de vie « sous-humaines » (cf. Gaudium et Spes, GS 27).
De telles conditions de vie provoquent, surtout chez les jeunes, des sentiments de frustration qui déchaînent des réactions de violence et d’agressivité contre certaines structures et conjonctures de la société contemporaine qui voudrait les réduire au rôle de simples instruments passifs.
Mais leur contestation, instinctive ou organisée, porte non seulement sur les conséquences de ces pénibles situations, mais se tourne également vers une société comblée de bien-être matériel, satisfaite et jouisseuse, mais dépourvue d’idéaux supérieurs qui donnent un sens et une valeur à la vie » (Message de Noël, 20 décembre 1968).
En somme, une société, « désacralisée », une société sans âme, une société sans amour.
Qui sont, le plus souvent, ces violents, dont les actes, provoquant la crainte ou l’horreur, nous imposent comme un devoir d’en préserver nos coexistences humaines ? Bien souvent, trop souvent, les coupables de ces actes intolérables sont des oubliés, des marginaux, des méprisés qui ne sont pas ou ne se sentent pas aimés. Avides surtout d’avoir, plus que d’être ; témoins et souvent victimes de l’injustice des plus forts ou, dans quelques cas bien connus, victimes de la « violence structurale de certains régimes politiques », comment pourraient-ils se sentir autres que des « fils égarés » dans cette société anonyme qui les a engendrés, puis, souvent, abandonnés, sans échelle fixe des valeurs, c’est-à-dire sans boussole, sans étoile, sans l’étoile de Noël ?
Dans le secret de leur cœur, ces « orphelins » n’aspirent-ils pas, du fond de cette société marâtre, à une société maternelle et, finalement, à la maternité religieuse de la Mère universelle, à la maternité de Marie ?
La parole du Christ sur la croix : « Femme, voici ton fils » (Jn 19,26-27), ne s’adressait-elle pas à eux, à travers Saint Jean « Mère, voici tes fils » ?
Et n’est-ce pas à eux que le Christ agonisant disait « Fils, voici votre Mère », une mère qui vous aime, une mère à aimer, une mère au sommet d’une société de l’amour ?
Mère, donc, de Dieu et du Rédempteur (Lumen Gentium, LG 53), du Nouvel Adam dans lequel et par lequel tous les hommes sont frères (cf. Rm 8,29), Marie, Nouvelle Eve (cf. Lumen Gentium, LG 63) devient ainsi la mère de tous les vivants (cf. ibid. 56), notre mère très aimante (cf. ibid, 53) : Membre suréminent et absolument unique de l’Église (ibid., 53), Elle en est le modèle (ibid., 63) ; Elle est l’image et les prémices de l’Église qui doit s’achever dans le siècle à venir (ibid., 68). Ici une nouvelle vision s’offre à nous, c’est-à-dire le reflet de la Vierge dans l’Église, comme le dit Saint Augustin : Marie « figuram in se sanctae Ecclesiae demonstrat » — Marie reflète en elle-même l’image de l’Église (De Symbolo, c. I ; PL 40, 661 ; H. de Lubac, Méditations sur l’Église, p. 245). Mère du Christ-Roi, Prince de la paix (Is 9,6), Marie devient, par le fait même, Reine et Mère de la Paix. Enumérant les titres de Marie, le Concile Vatican II ne la sépare jamais de l’Église.
Et ainsi, c’est l’Église, toute l’Église qui doit, elle aussi, à l’exemple de Marie, vivre toujours plus intensément sa propre maternité universelle (cf. Lumen Gentium LG 64) à l’égard de toute la famille humaine, actuellement si peu humaine parce que désacralisée.
« Mater et Magistra », l’Église du Christ n’a pas la prétention d’édifier la paix du monde sans Lui ou à sa place ; mais en proclamant le Royaume de Dieu dans toutes les nations elle entend, en même temps « révéler à l’homme, le sens de sa propre existence », sachant que « quiconque suit le Christ, Homme parfait, devient lui-même plus homme » (Gaudium et Spes, GS 41).
Retournant en pensée à Marie Reine de la Paix, nous rappelons volontiers que, voulant exalter ce titre dû à la Vierge, notre vénéré prédécesseur le Pape Benoît XV a fait élever en cette Basilique à la fin de la première guerre mondiale, un monument en son honneur.
Et surtout qu’on ne pense pas que la Paix, dont la Vierge est porteuse, doive être confondue avec la faiblesse et l’insensibilité des timides ou des lâches : rappelons-nous la plus belle des hymnes de la liturgie mariale, le Magnificat où la voix vibrante et fière de Marie s’élève pour donner force et courage aux promoteurs de la Paix : « Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe ; il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles » (Lc 1,51-52).
À Marie, nous entendons confier la cause de la paix dans le monde entier et, en particulier, à la chère nation du Liban, qui est un exemple de pays entraîné dans la spirale de la violence, moins par des causes internes que par la répercussion de situations qui, dans cette région, n’ont pas encore trouvé de justes solutions ; le Liban en a été, en somme, plus que toute autre une victime.
En cette Journée de la Paix, nous vous exhortons donc, vous ici présents, ainsi que tous les fidèles, à prier pour ce pays Notre-Dame du Liban afin que soient hâtées la réconciliation de ses fils et la reprise non seulement matérielle mais aussi morale et spirituelle de la nation.
À l’heure où l’on entrevoit des espérances de paix au Moyen Orient, la réconciliation des différents groupes libanais et la sereine coexistence des populations peuvent constituer un facteur et un exemple de réconciliation et de refus de la violence de la part de tous les peuples de cette région.
Concluant ces réflexions nous voulons adresser un pressant appel à tous nos fils et à chacun d’eux en particulier : que tous et chacun s’efforcent d’apporter une efficace, généreuse et authentique contribution à la Paix dans le monde, avant tout en éliminant du cœur toute forme de violence, tout sentiment de domination sur le prochain. En agissant ainsi vous marchez déjà sur la voie de la Paix universelle qui se base sur la Paix agissante des individus en particulier. Si vous voulez faire régner la Paix dans le monde entier, vous devrez la faire régner dans votre cœur, dans votre famille, à votre foyer, dans votre quartier, dans votre ville, dans votre région, dans votre pays. Alors, les autres également ressentiront le charme et la joie de pouvoir vivre sereinement et de pouvoir se prodiguer pour que ce bien immense devienne une aspiration, une exigence et un patrimoine pour tout le monde.
Et tout cela nous vous le disons en particulier à vous, Jeunes gens et Adolescents, aujourd’hui si nombreux en cette Basilique. Nous avons voulu terminer notre récent Message pour la Journée de la Paix en nous adressant plus particulièrement aux Jeunes et aux Adolescents du Monde entier, parce que vous êtes capables d’une extraordinaire ouverture et d’une joyeuse disponibilité que, malheureusement, les adultes ont parfois oubliées ou perdues.
Vous aussi, Jeunes gens et Adolescents vous avez votre mot à dire et à faire entendre aux aînés, une parole fraîche, neuve originale. Dites-la, cette parole de paix, ce « non à la violence », dites-la avec énergie, avec force, avec la force de votre cœur pur, de vos yeux limpides, de votre joie de vivre, mais de vivre dans un monde « où la justice et la paix se sont embrassées » (Ps 84 [85], 11).
Dans vos idéaux et dans votre comportement, donnez toujours la première place à l’amour, c’est-à-dire à la compréhension, à la bienveillance, à la solidarité, à l’égard d’autrui. Renforcez votre volonté convaincue de paix dans la prière, personnelle ou communautaire ; dans les échanges et dans les méditations où vous vous efforcez de connaître toujours plus profondément le Christ et de comprendre son Message dans tout ce qu’il exige ; dans les Sacrements et surtout le Sacrement de l’Eucharistie dans lequel le Christ lui-même vous donne la foi, l’espérance et, spécialement, la charité ; renforcez enfin cette conviction dans la fidélité filiale à la Vierge Marie.
Si votre conviction est ferme et décidée vous serez, dans toutes les manifestations de votre jeunesse, des témoins de la Paix et de l’Amour du Christ qui est en vous.
Jeunes gens, adolescentes et enfants, vous portez en vous l’avenir du monde et de l’histoire. Ce monde sera meilleur, plus fraternel, plus juste si déjà, dès à présent, toute votre vie est ouverte à la grâce du Christ, à l’idéal de l’Amour et de la Paix que vous enseigne l’Évangile.
Daigne Marie, Reine de la Paix, « Salus Populus Romanus », intercéder pour ces intentions.


FIDÉLITÉ AU CHRIST ET FIDÉLITÉ À L’ÉGLISE, 2 février 1978
Le 2 février, fête de la Présentation de Jésus au Temple, le Pape a présidé en la Chapelle Clémentine le rite de la bénédiction et de l’offrande des Cierges.
Après la lecture de l’Évangile le Saint-Père a adressé aux assistants un discours dont voici la traduction :
Très chers Fils,
Suivant une antique tradition vous êtes venus aujourd’hui, comme représentants des vénérables Chapitres des Basiliques Patriarcales romaines et des Instituts religieux masculins, offrir un cierge au Successeur de Pierre.
Ce geste, chargé de symbolisme liturgique, est accompli dans le contexte de la présente célébration qui commémore une des étapes les plus importantes de l’Incarnation : Jésus, à peine âgé de 40 jours est apporté à Jérusalem par Marie, sa Mère et par Joseph pour être « offert » à Dieu (cf. Lc 2,22).
C’est la première entrée du Messie dans le Temple, centre de convergence des aspirations et des désirs des israélites pieux (cf. Ps 121 [122], 1), lieu privilégié de la présence de Dieu parmi son peuple. Obéissant à la Loi, Jésus réalisait ce qu’avait entrevu le prophète Malachie : « Soudain arrivera dans son Temple le Seigneur que vous réclamez et le Roi de l’Alliance que vous désirez, voici qu’il arrive, dit le Seigneur des armées » (Mt 3,1).
Dans les pages de Luc, qui a des touches délicates pour décrire l’épisode, au centre il y a le Christ, encore enfant mais présenté comme Celui qui prend possession du lieu sacré, comme la victime du sacrifice parfait, maintenant offerte et préparée et qui, quelques années plus tard, dans la même ville sainte, mais hors des portes (cf. He 13,12), sera immolée pour le salut du monde.
Autour de lui, quatre personnes : la Mère d’abord, qui tremblante et heureuse le tient dans les bras. Elle avait répondu à l’Ange Gabriel : « Me voici. Je suis la servante du Seigneur. Qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38). Elle a pleinement accepté le dessein de Dieu, et avec une foi sûre et forte elle a pris la voie tracée par le très-Haut, toujours fidèle à sa Parole (cf. Lumen Gentium, LG 58, 62, 64).
Il y a Joseph, l’homme « juste » (cf. Mt 1,19), qui aime et se donne en silence. Lui aussi, devant la révélation de l’Ange, a renoncé à son projet de vie et a accepté sereinement celui que lui a préparé la volonté de Dieu, prenant, sans hésiter, la voie de sa virginale épouse (cf. Mt 1,24 Mt 2, 14, Mt 21).
Il y a le vieux Siméon : sa vie ne fut jamais qu’une ardente attente, une attentive écoute de la Parole de Dieu : il n’aurait pas vu la mort sans avoir d’abord vu le Messie du Seigneur. Mais dans le Temple où il s’est rendu, poussé par l’Esprit, que trouve-t-il, que voit-il, que touche-t-il ? Était-ce le Messie, libérateur et triomphant au milieu du bruit éclatant des trompettes de la victoire ? Loin de cela ! Seulement un petit enfant, fils de pauvres. Et cependant Siméon a l’intuition que ce bambin est le « salut » de Dieu, la « lumière » de la nation, la vraie « gloire d’Israël » (cf. Lc 2,30-31). Maintenant que le vieux Siméon a réalisé le songe d’une vie entière, il peut s’embarquer en paix vers les rivages de l’éternité. Il y a enfin une femme âgée, Anne. Elle aussi, demeurée veuve très jeune, a passé le reste de sa vie dans la prière et dans le jeûne, attendant...
Autour de Jésus il y a donc deux hommes et deux femmes, chacun prenant part, de manière personnelle et originale, à l’histoire du salut, mais présentant tous une caractéristique commune : la fidélité à la Parole de Dieu, à sa volonté qui se manifeste dans la Loi ou qui s’entrevoit dans les événements de la vie quotidienne. Ces vertus éminemment évangéliques doivent être à la base de la vie spirituelle et ecclésiale des chrétiens, mais plus spécialement de la vôtre, prêtres et religieux, qui vous êtes offerts à Dieu d’une manière toute particulière, à l’exemple du Christ qui entrant dans le monde, a dit au Père : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit : ‘Voici, je viens... pour faire, ô Dieu, ta volonté’ » (He 10,5-7). La donation de Jésus au Père fut, dès son entrée dans le monde définitive et inconditionnelle. Ne saurait être différent le don de soi que font ceux qui entendent se consacrer ou qui se sont déjà consacrés à Dieu par des engagements où leur propre personne est impliquée.
Avant tout, la fidélité au Christ : Lui, et Lui seul, doit être Taxe portant de la vie du chrétien, du prêtre, du religieux (cf. Phm 1,21 1Co 2,2) ; l’ami authentique (cf. Jn 15,14-15) ; le frère (Mt 12,50) ; celui qui vaut la peine qu’on abandonne tout et qu’on le suive (Mt 8,22 Mt 19,21 Mc 2,14 Mc 8,34 Mc 10,21 Lc 5,27 Lc 18,22). Ceci comporte la fidélité à Sa personne, à Son enseignement, à Son message, sans manipulations ou corrections mais, au contraire, avec l’intention concrète des renoncements et des sacrifices (Mt 16,24).
Mais la fidélité au Christ « ne peut être séparée de la fidélité à son Église » (Presbyterorum Ordinis, PO 14). Comment serait-il d’ailleurs possible de séparer le Christ-Époux de son Épouse immaculée, la Tête de son Corps ? « Le Christ a aimé l’Église et il s’est livré pour elle ». Amour et fidélité non pas à une Église abstraite et utopiste, mais à l’Église pèlerine à travers les vicissitudes de l’histoire, l’Église-communauté de personnes avec leurs richesses intérieures, avec leur sainteté, mais aussi avec la pesanteur de leurs limites et avec la charge périlleuse de leur liberté.
La fidélité au Christ et à son Église se réalise dans la fidélité à sa propre vocation. Aux nombreux religieux ici présents, et à tous les religieux épars dans le monde, nous voulons répéter en la présente circonstance, la reconnaissance publique du Concile Vatican II : « Le saint Concile approuve et loue les hommes et les femmes, les Frères et les Sœurs, qui, dans les monastères, ou dans les écoles et les hôpitaux, ou dans les missions, honorent l’Épouse du Christ par la constante et humble fidélité à cette consécration, et rendent à tous les hommes les services généreux les plus divers (Lumen Gentium, 46).
L’humble et persévérante fidélité à la consécration s’explique, pour vous, religieux, se réalise et se manifeste dans l’amour, dans l’estime, dans la pratique quotidienne des conseils évangéliques de la pauvreté, de la chasteté, de l’obéissance. Il nous plaît de noter que dans l’épisode de la Présentation au Temple, Luc souligne précisément ces trois vertus évangéliques caractéristiques, présentes et agissantes dans ses acteurs. La pauvreté : Marie et Joseph sont contraints, vu leur situation économique, à faire à Dieu l’offrande propre aux indigents. La pureté : Vierge est la Mère de Dieu, vierge de son Époux Joseph ; la vieille Anne est louée pour son chaste veuvage. L’obéissance : Marie et Joseph obéissent à la Loi ; Siméon et Anne sont dociles à la motion du Saint-Esprit.
Très chers Fils ! que le cierge que vous nous offrez soit le symbole, non seulement de votre foi mais aussi de votre fidélité : que celle-ci soit lumineuse, sereine, forte, efficiente ; qu’elle guide vos pensées, vos intentions, vos projets, vos initiatives. Jésus « le Premier et le Dernier » murmure à nos oreilles les consolantes paroles : « Soyez fidèles jusqu’à la mort et je vous donnerai la couronne de vie » (Ap 2,10). Amen !
suivant