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HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Front Mountain Road  (Moncton), Jeudi, 13 septembre 1984
1. “S’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, mettez le comble à ma joie en restant bien unis, ayez le même amour . . . ne recherchez pas chacun votre propre intérêt, pensez aussi à celui des autres. Ayez entre vous les sentiments qui furent ceux du Christ Jésus” (Phil. 2, 1-5).
Ces mots de saint Paul aux chrétiens de Philippes, ils sont aussi pour vous, chers Frères et Sœurs de Moncton, de l’Acadie et de toute la province du Nouveau-Brunswick. Je vous encourage à former des communautés humaines exemplaires par leur pratique de la solidarité ; je vous exhorte à garder à vos communautés ecclésiales la dignité que leur donne le Christ : conformez-vous à l’inspiration de l’Évangile, recherchez ce qui est juste aux yeux de Dieu. Ayez le courage de la foi, le dynamisme de la charité et la force de l’espérance chrétienne, quelles que soient les épreuves. Oui, ouvrez vos communautés à l’Esprit du Christ.
Pour approfondir cet appel, je vous propose l’exemple et les paroles du saint évêque que l’on fête aujourd’hui, l’un des plus célèbres des premiers siècles de l’Orient chrétien : saint Jean Chrysostome. Le psaume exprimait admirablement son âme : “Faire ta volonté, mon Dieu, voilà ce que j’aime . . . j’ai annoncé ta justice dans la grande assemblée ; vois, je ne retiens pas mes lèvres, toi tu le sais” (Ps. 40 (39), 9-10). Ce pasteur hors pair n’a cessé en effet d’ouvrir la bouche pour éclairer son peuple, pour le former, pour l’entraîner dans sa vocation chrétienne ; on l’a appelé Chrysostome, c’est-à-dire “bouche d’or”. Et son enseignement, tout imprégné de la Parole de Dieu et de la contemplation du mystère du Christ, a su trouver une expression claire, persuasive, concrète, qui provoque les chrétiens de tous les temps aux choix essentiels à leur salut, à la réalisation de la “justice”.
2. À la fin du quatrième siècle, dans une Église en pleine croissance Jean vivait à Antioche de Syrie. Il aurait pu réussir dans le monde des tribunaux, du théâtre et des lettres, mais il préféra, après son baptême vers l’âge de vingt ans, s’initier à l’étude des livres saints et se consacrer au service de l’Église. Il essaya de vivre la contemplation et l’ascèse dans les solitudes montagneuses. Puis, durant onze ans, comme diacre et prêtre, il prêcha inlassablement l’Évangile aux foules d’Antioche. Il fut appelé en 397 à devenir Patriarche de Constantinople, où il ne put exercer librement son épiscopat que durant six ans. Devant ce milieu croyant et sensible à la piété, mais enclin aux passions, aux intrigues de cour, aux manifestations mondaines, au luxe des riches, au laisser-aller des moines et des clercs, il ne voulut en rien atténuer la vigueur et la clarté de l’Évangile, les exigences du baptême chrétien et de l’eucharistie, du sacerdoce, de la charité, de la dignité du pauvre. Vraiment, “il n’a pas retenu ses lèvres pour annoncer la justice”. Et pas davantage durant les deux exils que lui imposa l’impératrice Eudoxie après l’avoir fait déposer, aggravant encore sa deuxième déportation sur le chemin du Caucase, où il mourut le 14 septembre 407. On peut bien le considérer comme un martyr du courage pastoral. Mais ce que nous retiendrons surtout, c’est qu’il a su former un peuple chrétien, des communautés chrétiennes dignes de ce nom.
3. L’éloquence de sa “bouche d’or” venait de la puissance de sa foi. Avec saint Paul, il pouvait dire : “J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé” (2 Cor. 4, 13). Et cette foi imprégnée d’amour entraînait son zèle apostolique. “Tout ce que nous vivons, c’est pour vous, afin que la grâce soit plus abondante ; en vous rendant plus nombreux, elle fera monter une immense action de grâce pour la gloire de Dieu” (Ibid. 4, 15).
En fait, ce zèle du pasteur avait sa source dans l’union au Christ. Cette union était particulièrement vive lorsque le grand évêque de Constantinople devait connaître la souffrance et la persécution. Il pouvait dire lui aussi à la suite de saint Paul : “Nous portons sans cesse dans notre corps l’agonie de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps” (Ibid. 4,10). L’union avec le Christ souffrant et agonisant a donné son efficacité à son service apostolique et en a fait une source de vie surnaturelle pour les autres : “La mort fait son œuvre en nous, et la vie en vous” (Ibid. 4, 12).
4. Des jugements iniques, des vexations, des diffamations et des persécutions, Jean Chrysostome n’avait pas peur. Il n’en annonçait que plus fermement les exigences de l’Évangile, par fidélité au Christ et par charité pour ceux dont il voulait la conversion. Mais cette force inébranlable ne contredisait jamais la charité. Il a vraiment vécu les paroles de Jésus rapportées dans l’Évangile de Luc que nous venons d’entendre : “Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient” (Luc. 6, 27-28). Son éloquence lui attirait le succès auprès des foules - à Antioche, à Constantinople, même dans son exil en Asie Mineure -, mais sa franchise lui attirait aussi la haine d’un certain nombre. Il l’avait mise uniquement au service de la vérité et de la justice ; il l’a payé très cher, souffrant profondément dans son cœur et dans son corps. Cela ne l’a pas détourné d’aimer et de chercher le bien des autres, car il donnait sans chercher à recevoir : “Faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour . . . Donnez, et l’on vous donnera” (Luc. 6, 35. 38). Plutôt que de voir ses partisans verser le sang de ses compatriotes, c’est lui qui se livra aux soldats.
Voilà le pasteur, chers Frères et Sœurs, qui a formé une génération de chrétiens dans une grande partie de l’Orient, par sa parole et par l’exemple de sa vie. Voilà le témoin qui vous est présenté aujourd’hui, à vous qui cherchez à fortifier vos communautés ecclésiales.
5. Le Concile Vatican II a parlé de la “communauté chrétienne”, signe de la présence de Dieu dans le monde : “Par le sacrifice eucharistique, elle passe au Père avec le Christ ; nourrie avec soin de la Parole de Dieu, elle présente le témoignage du Christ ; elle marche enfin dans la charité et est enflammée d’esprit apostolique” (Ad Gentes, 15). Puissent vos paroisses et vos diverses communautés réaliser ce programme ! Mais pour le réaliser selon l’Évangile, il nous est bon d’écouter encore Jean Chrysostome exprimer sa foi : “Est-ce à ma propre force que je fais confiance ? Je possède sa parole : voilà mon appui, voilà ma sécurité, voilà mon havre de paix” (S. Jean Chrysostome, Hom. avant le départ en exil, 1-3 : PG 52, 427-430). Pénétrez-vous de cette parole, disait-il encore, “vous avez un besoin continuel de trouver votre force dans l’Écriture”. Il demande aussi que l’on prie sans cesse, partout, dans le temple de Dieu qu’est le cœur humain.
Jean Chrysostome prend soin de préparer les candidats au baptême, et surtout d’aider les baptisés à comprendre la grandeur du don que Dieu leur a fait dans ce sacrement. Il parle avec enthousiasme de l’eucharistie qui nous fait participer à la victoire de Pâques. Mais il n’oublie pas que le “premier chemin de la conversion, c’est la condamnation de nos fautes. Commence toi-même par dire tes fautes pour être justifié” (PG 49, 263-264).
6. Cette insistance de Jean Chrysostome sur le don de la grâce, sur la foi, la prière, les sacrements, débouche toujours sur les exigences de comportement chrétien qui s’en suivent nécessairement sous peine d’illogisme ou d’hypocrisie. Et c’est là qu’il parle avec une vigueur étonnante de la charité, de l’amour du prochain.
Cet amour est réconciliation : “Qu’aucun de ceux qui ont un ennemi n’approche de la Table sainte . . . va d’abord te réconcilier, puis reçois le sacrement” (S. Jean Chrysostome, Hom. au peuple d'Antioche).
Cet amour est volonté d’unité et de fraternité : “L’Église n’existe pas pour que nous restions divisés en y venant, mais bien pour que nos divisions y soient éteintes : c’est le sens de l’assemblée. Si c’est pour l’eucharistie que nous venons, ne posons aucun acte qui contredise l’eucharistie” (Eiusdem, Hom. sur 2 Cor. 24, 2 ; 27, 3-5).
Cet amour est respect et accueil du pauvre : “Tu veux honorer le Corps du Christ. Ne le méprise pas lorsqu’il est nu. Ne l’honore pas ici, dans l’église, par des tissus de soie, tandis que tu le laisses dehors souffrir du froid et du manque de vêtements... Dieu n’a pas besoin de calices d’or, mais d’âmes qui soient en or... Commence par rassasier l’affamé, et avec ce qui te restera, tu orneras l’autel” (PG 619-622).
L’amour est recherche de ce qui est utile au prochain : “Rien n’est plus froid qu’un chrétien indifférent au salut d’autrui” (Ibid. 60, 162-164). “Nous négligeons le salut de nos enfants. Nous recherchons seulement le profit. Nous nous occupons davantage des ânes et des chevaux que de nos fils . . . Qu’y a-t-il de comparable à l’art de former une âme ?” (Ibid. 580-584).
L’amour est apostolat, il est zèle missionnaire jusqu’au bout du monde. “Dieu ne nous demande pas de réussir mais de travailler . . . Si le Christ, modèle des pasteurs, a travaillé jusqu’à la fin à la conversion d’un homme désespéré (Judas), que ne devons-nous pas faire pour ceux à l’égard desquels il nous a été ordonné d’espérer ?” (S. Jean Chrysostome, Hom. sur la Cananéenne, 10-11). “Le levain, tout en disparaissant dans la masse, n’y perd pas sa force ; au contraire, il la communique peu à peu . . . C’est le Christ seul qui donne au levain sa puissance . . . et quand la masse a fermenté, elle devient du levain à son tour, pour tout le reste” (S. Jean Chrysostome, XLVI hom. sur Matth. 2-3).
Ces quelques paroles fortes de saint Jean Chrysostome vous disent la foi, la charité, le courage apostolique et l’espérance qu’il a voulu partager avec ses frères.
PÈLERINAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Ars (France), Lundi, 6 octobre 1986
1. “Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages”  (Mt 9, 35)
C’est ainsi que Jésus accomplissait sa mission de Messie en Terre Sainte, sans aller au-delà des frontières du pays.
C’est ce qui continue à se passer, lorsque les disciples de Jésus portent l’Évangile “jusqu’aux extrémités de la terre”. Le Sauveur leur a dit : “Je suis avec vous” (Mt 28, 20). Là où ils annoncent l’Évangile, il est présent Lui aussi.
Parfois cette présence - la présence salvatrice da Christ - est ressentie d’une manière particulière. Et alors, sur la grande mappemonde de l’évangélisation, une ville on un village acquiert un rayonnement particulier.
C’est bien ce qui s’est produit dans ce village d’Ars au siècle dernier, dans les années où le Cure Jean-Marie Vianney accomplissait ici le service sacerdotal. Peu à peu, toute la France, et même les autres pays, les autres parties du monde, en sont venus à connaître le Curé d’Ars. On venait de partout pour l’approcher, pour l’écouter parler de l’amour de Dieu, pour être guéri et libéré de son péché. Après sa mort, son exemple a pris un nouvel éclat. Pie XI l’a déclaré saint Patron des curés du monde entier. Et aujourd’hui, il y a ici des représentants des prêtres de très nombreux pays. Oui, à travers ce prêtre, c’est le Christ qui est devenu spécialement présent en ce coin de France.
2. Jean-Marie Vianney est venu à Ars pour y exercer le “sacerdoce saint”, pour “présenter des offrandes spirituelles que Dieu accepte à cause du Christ Jésus” (1 P 2, 5). Lui-même offrait ces sacrifices. Il offrait chaque jour, avec quelle ferveur, le Sacrifice du Christ. “Toutes les bonnes œuvres réunis n’équivalent pas au Sacrifice de la Messe, parce que . . . la sainte Messe est l’œuvre de Dieu” (“Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, sa pensée, son cœur”, ed. Abbé Bernard Nodet, Le Puy 1958, p. 107) . Il invitait les fidèles à y unir leur vie “en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu” (Rm 12, 1). II s’offrait lui-même : “Qu’un prêtre fait donc bien de s’offrir en sacrifice tous les matins” (Nodet, 107) , Il offrait toute sa vie, constamment uni à Dieu dans la prière, dévoré par le service spirituel de ses fidèles, marqué secrètement par les pénitences personnelles acceptées pour leur conversion et son propre salut. Il a cherché à imiter le Christ jusqu’aux limites des possibilités humaines. Et il est devenu non seulement prêtre, mais victime, offrande, comme Jésus.
Il savait et il proclamait avec clarté que Jésus-Christ est “la pierre vivante” et que tous les hommes - par Lui, avec Lui et en Lui - devaient eux aussi devenir “des pierres vivantes qui servent à construire le temple spirituel” (1 P 2, 5).
En France, chers Frères et Sœurs, vous avez de très nombreuses églises, des temples splendides où le génie des artistes a cherché, à partir des pierres inertes, à former en quelque sorte un espace extérieur pour la présence de Dieu.
Jean-Marie Vianney s’est épanoui en bénéficiant de toute la splendide tradition de ces temples. Lui-même s’employait à embellir sa petite église, selon le goût de son époque, de manière à honorer Dieu et à favoriser la prière de son peuple. Cependant il savait qu’aucun espace extérieur ne peut être cette “construction” dont parle saint Pierre dans sa première lettre, car aucun d’eux n’est par lui-même un “temple spirituel”.
Le temple spirituel doit être édifié avec les “pierres vivantes” du sacerdoce saint, commun à tous les croyants baptisés. Et la racine de ce sacerdoce est unique ; il n’a qu’une source : Jésus-Christ.
3. Jésus-Christ ! Jean-Marie Vianney est venu à Ars pour annoncer à ses paroissiens cette vérité fondamentale de notre foi : Jésus-Christ, la pierre angulaire, choisie par Dieu, afin que sur elle s’élève le temple du salut éternel de toute l’humanité, le temple qui réunit “tout le peuple des rachetés” (Prière eucharistique III), le peuple des sauvés.
Et ce temple est en même temps celui de la gloire de Dieu que l’homme est appelé à contempler, à laquelle il participera, selon les magnifiques paroles de saint Irénée de Lyon : a La splendeur de Dieu donne la vie ; ils auront donc part à la vie, ceux qui voient Dieu . . . La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu” (Adversus haereses, IV, 20, 5-7). Cette foi faisait dire au Curé d’Ars : “Notre amour sera la mesure de la gloire que nous aurons en Paradis. L’amour de Dieu remplira et inondera tout . . . Nous le verrons . . . Jésus est tout pour nous . . . Vous ne faites tous ensemble qu’un même corps avec Jésus-Christ” (Nodet, 245-249).
Il est vrai que cette pierre angulaire - Jésus-Christ - a été rejetée par les hommes, rejetée jusqu’à la condamnation à la mort de la croix, sur le Golgotha ; mais pour Dieu, il demeure la pierre “choisie et de grande valeur”. On lit en effet dans l’Écriture : “Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur. Celui qui croit en elle ne sera pas confondu” (1 P 2, 6).
4. Jean-Marie Vianney est venu à Ars comme un homme qui avait cru. Il avait cru de toute son âme et de tout cœur, avec toute la grâce de son sacerdoce.
Il avait cru dans le Christ comme pierre angulaire. “Celui qui croit en elle ne sera pas confondu”.
Le Curé d’Ars a apporté à ses paroissiens cette certitude fondamentale de la foi : la certitude du salut qui est en Jésus-Christ.
“Ainsi donc, honneur à vous qui avez la foi, mais pour ceux qui refusent de croire . . . la peine éliminée par les bâtisseurs est devenue . . . une pierre sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber. Ces gens-là butent en refusant d’obéir à la Parole” (1 P 2, 7-8).
Voilà ce que Pierre a enseigné. Voilà ce que le Curé d’Ars a enseigné.
Le mot de “salut” est celui qui revient le plus souvent sur les lèvres de Jean-Marie Vianney. Il n’a cessé d’avertir ses fidèles, spécialement les âmes tièdes, indifférentes, pécheresses, incrédules, du risque qu’elles couraient pour leur salut, en refusant de suivre la voie de la foi et de l’amour tracée par le Sauveur ; il voulait leur éviter de tomber, d’être perdues, éloignées de la Lumière et de l’Amour pour toujours. Mais il ajoutait : “Ce Bon Sauveur est si rempli d’amour qu’il nous cherche partout” (Nodet, 50).
Les paroles de Pierre et du Curé d’Ars ne sont-elles pas un écho des paroles prophétiques que Syméon avait auparavant prononcées sur Jésus nouveau-né, quarante jours après sa naissance : “Il provoquera la chute et le relèvement de beaucoup . . . il sera un signe en butte à la contradiction” ? (Lc 2, 34)
5. Le Curé d’Ars a eu la même foi dans le Christ Jésus que Syméon et l’Apôtre Pierre. “Le salut ne se trouve en aucun autre” (Act 4, 12).
Fort de cette foi, il est venu ici, envoyé par l’évêque pour rendre présente et efficace l’œuvre du salut.
Ses paroissiens d’alors n’étaient peut-être pas très familiarisés avec les questions de foi, le Vicaire général l’avait averti : “Il n’y a pas beaucoup d’amour de Dieu dans cette paroisse, vous en mettrez”. Mais voilà qu’à ces gens d’Ars - et à tous ceux qui viendraient se joindre à eux - il n’hésitait pas à annoncer, par sa parole et par sa vie, ce message de Pierre qui résonne si fortement dans l’enseignement du Concile Vatican II : “Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu” (1 P 2, 9).
Oui, voilà ce que vous êtes, chers Frères et Sœurs. Telle est votre dignité, telle est votre vocation de laïcs baptisés et confirmés.
“Vous êtes donc chargés d’annoncer les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière”.
Le Curé d’Ars a marché lui-même dans cette lumière. Et il savait qu’elle était destinée à tous : tous sont appelés à cette “admirable lumière” (1 P 2, 9).
Depuis lors, le Concile Vatican II a souligné cette dignité et cette responsabilité des baptisés : ils participent au sacerdoce du Christ pour l’exercice du culte spirituel, à sa fonction prophétique pour témoigner, à son service royal ; “ils ont reçu à un titre égal la foi qui introduit dans la justice de Dieu . . . ; commune est la dignité des membres du fait de leur régénération dans le Christ ; commune la grâce d’adoption filiale ; commune la vocation à la perfection . . . à la sainteté” (Lumen Gentium, 32), Le Curé d’Ars n’a cessé de rappeler aux fidèles leur dignité d’êtres aimés de Dieu, sanctifiés par le Christ, et appelés à le suivre.
6. Oui, tous sont appelés, et constamment appelés, à venir à la lumière, à sortir des ténèbres. Parfois, de ténèbres très profondes. De ténèbres qui obscurcissent l’esprit, des ténèbres du péché. De l’obscurité de l’incroyance.
Cent ans après, le Concile Vatican II aura devant les yeux la même réalité. Il cherchera les chemins de rencontre, de dialogue avec les non-croyants, avec les croyants des autres religions. En sachant que, en définitive, il s’agit toujours du “dialogue du salut”, comme l’a si bien dit mon prédécesseur Paul VI.
Le Curé d’Ars savait bien, lui aussi, que ce qui importe, c’est le dialogue du salut. Et il le faisait constamment progresser avec tous les moyens que lui permettait son époque. Pourrait-on lui reprocher d’avoir mené ce dialogue du salut dans des lieux aussi simples, aussi frustes, qui nous émeuvent encore : cette vieille chaire de catéchisme, ce confessionnal qu’il a occupé de manière inlassable ?
7. Ce qui compte, c’est d’abord le fait qu’il s’agissait d’un vrai dialogue du salut, d’un dialogue étonnamment fructueux, qui nous laisse, aujourd’hui encore, confondus.
Le fruits qu’il donnait étaient dus à cette “admirable lumière” qui ne vient pas de l’homme, mais de Dieu. Le ministère sacerdotal du pardon est toujours un don d’en haut ; par le prêtre qui a été ordonné à ce ministère, c’est le Christ qui éclaire, qui guérit, qui pardonne. L’âme brûlante d’amour du Curé d’Ars se prêtait merveilleusement à cette action du Christ.
Les fruits qu’il donnait étaient des fruits de miséricorde, c’est-à-dire de l’amour miséricordieux de Dieu, grâce auquel “ceux qui semblaient privés de miséricorde” revenaient de 1à comme “ayant obtenu la miséricorde” (1 P 2, 10). Ils en revenaient convertis. Ils s’en retournaient absous de leurs péchés.
Le Curé d’Ars prêtait au Christ ces paroles : “Je chargerai mes ministres de leur annoncer que je suis toujours prêt à les recevoir, que ma miséricorde est infinie” (Nodet, 135).
Oh, chers Frères et Sœurs, mesurez-vous suffisamment la grâce inouïe qu'il y a à être absous de ses péchés, à revenir à l'amour de Dieu, à l'état d'amitié avec lui, à être habité par lui, à renaitre à la Vie de Dieu, à être réintégré dans le peuple de ceux qui sont sanctifiés par Dieu ? Regardez-vous la croix où le Christ a donné sa vie pour cette rédemption ? Désirez-vous ce pardon, cette renaissance spirituelle, qu'on ne saurait se donner soi-même, et sans lesquels la communion à Dieu et à nos frères n'est pas vraie ? Vous y préparez-vous sérieusement ? Allez-vous demander ce sacrement de réconciliation à vos prêtres ? Le vivez-vous et le célébrez-vous dignement ?
Grace à l'humble service du Curé d’Ars, ceux qui n'étaient "pas le peuple de Dieu" devenaient le vrai "peuple de Dieu", le temple de pierres vivantes, édifié sur la pierre angulaire, sur le Christ.
8. Edifier l'Église ! C'est ce que le Curé d'Ars a fait dans ce village.
La conversion, le pardon, préparés par sa prédication rude et simple, devaient permettre à ses paroissiens de progresser dans la vie d'union à Dieu, dans le comportement chrétien, dans le témoignage et les responsabilités apostoliques.
L'eucharistie était le sommet du rassemblement paroissial. Il la célébrait de telle sorte que chacun prenait une vive conscience de la présence du Christ. Il invitait à la communion fréquente ceux qui s'étaient préparés.
Il apprenait à ses paroissiens à prier, à adorer le Saint-Sacrement. Ou plutôt, eux-mêmes se sentaient attirés à venir prier comme lui dans cette église.
Il veillait à ce qu'aucun travail ni affaire n'empêche la célébration du dimanche. En prenant le risque d'opposition calomnieuse, il combattait, dans sa prédication, les mœurs ou les habitudes qui lui paraissaient opposées à l'esprit de vérité, à l'honnêteté, à la pureté, à la charité selon l'Évangile, mais il favorisait les saines fêtes populaires.
Sa paroisse prit vite un nouveau visage- Lui-même ne manquait pas d'aller sur place visiter les malades, les familles. Il se souciait spécialement des pauvres, des orphelines de a "La Providence", des enfants sans instruction. Il réunissait les jeunes filles. Il fortifiait les pères et mères de famille dans leurs responsabilités éducatives. Il regroupait des confréries. Il suscitait la coopération des paroissiens qui, en un sens, prenaient en charge les œuvres. Il s’adjoignait des collaborateurs qu’il formait. Il mettait en œuvre les missions populaires. Il éduquait à la prière et à l’entraide missionnaire, en ce temps où un autre fils de ce diocèse, saint Pierre Chanel, partait pour l’Océanie et mourait martyr à Futuna.
Ainsi le Curé d’Ars encourageait les vocations diverses au service de l’Église, avec les moyens, selon les méthodes et suivants les besoins de son temps. Avec les laïcs, il édifiait ici le temple de Dieu, en communion avec ses confrères prêtres, son Évêque et le Pape.
Mais tout le monde savait à quel point son ministère irremplaçable de prêtre, accompli au nom de Jésus-Christ, avec l’Esprit Saint, avait déclenché, animé et nourri ce progrès.
9. Ainsi donc le Christ s’est bien arrêté ici, à Ars, au temps où Jean-Marie Vianney y était curé.
Oui, il s’est arrêté. II a vu “les foules” des hommes et des femmes du siècle dernier qui “étaient fatiguées et abattues”, comme des brebis sans berger” (Mt 9, 36).
Le Christ s’est arrêté ici comme le Bon Pasteur. “Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, disait Jean-Marie Vianney, c’est 1à le plus grand trésor que le Bon Dieu puisse accorder à une paroisse et un des plus précieux dons de la miséricorde divine” (Nodet, 104).
Et de ce lieu, le Christ a dit à ses disciples, comme autrefois en Palestine, il a dit à toute l’Église qui est en France, à l’Église répandue par toute la terre : “La moisson est abondante et les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson” (Mt 9, 37-38).
Aujourd’hui, il le dit pareillement, car les besoins sont immenses, pressants.
Les évêques, successeurs des Apôtres, le successeur de Pierre, voient plus que d’autres l’ampleur de la moisson, avec les promesses d’un renouveau, et aussi la misère des âmes abandonnées à elles-mêmes, sans ouvriers apostoliques.
Les prêtres ont une vive conscience de ce besoin, eux qui voient en maints endroits leurs rangs clairsemés, et qui attendent l’engagement de plus jeunes dans le sacerdoce ou la vie religieuse.
Les laïcs, les foyers en sont tout autant convaincus, eux qui comptent sur le ministère du prêtre pour nourrir leur foi et stimuler leur vie apostolique.
Les enfants et les jeunes le savent bien, eux qui ont besoin du prêtre pour devenir des disciples de Jésus, et peut-être partager sa joie de se consacrer entièrement au service du Seigneur, à sa moisson,
Et nous tous, qui sommes réunis ici, après avoir médité sur la vie et le service de saint Jean-Marie Vianney, Curé d’Ars, cet “ouvrier” insolite de la moisson où s’opère le salut des hommes,
nous élevons une supplication instante vers le Maître de la moisson,
nous prions pour la France, pour l’Église à travers le monde entier :
envoie des ouvriers dans ta moisson !
envoie des ouvriers !
PÈLERINAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE
CÉLÉBRATION DE LA PAROLE SUR LA PLACE CARNOT


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Nancy, Lundi, 10 octobre 1988
1. « Pourquoi avoir peur, hommes de peu de foi ? ».
Voilà comment Jésus interpellait les disciples. Voilà comment il interpelle sans cesse son Église, voilà comment il vous interpelle, chers Frères et Sœurs du diocèse de Nancy.
Ce jour-là, les Apôtres avaient dû faire face à une violente tempête, comme cela arrive parfois sur le lac de Galilée. Eux-mêmes, pêcheurs chevronnés, se voyaient perdus. Et pourtant, Jésus était dans la barque. Et il allait, au sein même de l’épreuve, révéler le mystère de sa personne : il est le Sauveur, auquel même le vent et la mer obéissent.
Au-delà de la fureur des flots, nous pensons à toutes les puissances du mal, du péché, de la corruption, de la mort, qui se déchaînent parfois contre l’Église, contre la communauté des disciples du Christ, et qui menacent en même temps les hommes et les femmes de ce monde dans leur vie et leur dignité. La barque de l’Église est au milieu du monde ; Jésus est monté à bord, ou plutôt, c’est sa barque.
2. Cette barque a tenu bon et elle s’est frayé un chemin au milieu des turbulences de l’histoire. Beaucoup d’événements et de maux ont pu troubler sa paix, du dehors et même du dedans ; les premières persécutions à Jérusalem, puis à Rome, à partir de Néron, où Pierre a donné l’exemple de la fermeté dans le témoignage ; puis les querelles théologiques qui ont divisé les chrétiens ; les invasions qui ont obligé à reprendre l’évangélisation ; les menaces d’affadissement du sens religieux et moral, voire la corruption, nécessitant sans cesse des réformes, comme au temps de mon prédécesseur Léon IX, ancien Évêque de Toul.
On pourrait également décrire, dans l’histoire profane, beaucoup de bouleversements et de tournants qui ont affecté aussi la vie des chrétiens. Cette région a connu, notamment, nombre de guerres, depuis quatre siècles, avec leur cortège de misères ; en saluant la délégation du diocèse de Verdun qui est venue se joindre à nous, je pense, entre autres, à la première guerre mondiale qui a littéralement labouré le sol en y semant d’innombrables victimes. Mais Dieu a toujours permis que la barque reprenne son chemin. Une invincible espérance a animé les Lorrains. La foi chrétienne a, dans une large mesure, inspiré la persévérance ou la reprise, depuis les siècles de chrétienté où elle marquait tout le tissu social. Vous avez hérité de cette force. Des figures de saints, de missionnaires, ont jalonné cette histoire, comme celui que je viens de béatifier au Lesotho, le Père Joseph Gérard, et celui qui a pris place parmi les saints martyrs du Vietnam, le Père Augustin Schoeffler. Bien d’autres chrétiens ont laissé chez vous un sillage lumineux de foi, de justice, de paix ; c’est le souvenir que vous gardez, entre beaucoup d’autres, du roi Stanislas et de son épouse. Rendez grâce à Dieu pour tous ces témoignages !
3. Aujourd’hui, d’importantes mutations économiques, sociales, religieuses, viennent assombrir l’horizon – comme vous les avez vous mêmes évoquées – ; elles créent de nouvelles difficultés sans qu’apparaissent actuellement les solutions ; certains espoirs humains semblent sombrer. Les mines et la sidérurgie lourde – un temps si dynamiques que l’on avait sollicité la main d’œuvre étrangère – ont dû réduire leur activité. Des milliers d’emplois ont été supprimés. La vie des familles en est durement affectée, et la crise touche évidemment les autres secteurs. Le chômage et le sous-emploi sont des drames humains que les chrétiens, comme les autres, doivent prendre en considérations ; ce phénomène est malheureusement répandu largement dans les pays industrialisés comme dans les pays en voie de développement : l’encyclique « Sollicitudo Rei Socialis » l’a souligné[1].  C’est grave, car cela peut entraîner la dégradation ou même la perte du respect que tout homme et toute femme se doit à soi-même. La situation des immigrés, dans ce cas, est spécialement précaire. L’absence d’avenir professionnel est redoutable pour les jeunes. Et de nouvelles pauvretés apparaissent.
Vous êtes conscients également de beaucoup d’autres menaces. L’homme ne vit pas seulement de pain. La sécularisation marque vos régions, avec sa tendance à séparer la religion du reste de la vie. L’affaiblissement de la foi se manifeste aussi par l’éloignement de la pratique religieuse. L’indifférence religieuse s’installe et rend imperméable aux appels spirituels. Le fléchissement du sens moral retentit particulièrement dans la vie des familles, qu’il s’agisse de la préparation au sacrement du mariage, de la fidélité, de l’accueil de la vie. La rareté, des vocations sacerdotales, religieuses et missionnaires est un autre symptôme des tempêtes qui vous assaillent. Cet épisode de l’Évangile prend ici une actualité saisissante.
4. Or, dans la barque, Jésus dormit. Physiquement, c’était bien nature !, après la journée épuisante qu’il venait de passer à accueillir, à enseigner, à guérir. Mais les Apôtres sont désemparés. Cette présence apparemment inerte ne leur suffit pas. Ils ont peur. Ils doutent. Ils désespèrent.
Combien de gens, aujourd’hui, en proie à leurs problèmes, à leurs angoisses, se découragent ou se replient sur eux-mêmes ? Ils parlent du silence de Dieu, comme si Dieu les avait abandonnés à la souffrance, à la mort, les laissant à leurs propres forces, à leur fragilité humaine. En réalité, obsédés par leur épreuve, comme Job, ils risquent de ne plus voir que cette face des choses. Effectivement, il y dans le monde une face obscure, conséquence mystérieuse du mal depuis la première rupture avec Dieu ; le mal se trouve surtout dans les cœurs qui manquent de foi. Mais les croyants sont invités aussi à voir Dieu à l’œuvre dans les possibilités étonnantes de la Création, dans les dynamismes qu’il a mis dans l’intelligence et le cœur des hommes coresponsables de leur destin ; à discerner l’action secrète de l’Esprit Saint que Jésus a envoyé.
5. Les Apôtres réveillèrent Jésus. Leur geste d’impatience traduisait un doute dans sa puissance salvatrice, mais leur prière exprimait une confiance jaillie de leurs cœurs angoissés : « Seigneur, sauve-nous, nous sommes perdus ».
Et nous, avons-nous à « réveiller » Jésus ou son Esprit Saint ? Dieu, à vrai dire, n’a jamais cessé d’être présent à notre vie, de veiller sur nous, en respectant notre liberté. Son Esprit Saint demeure en nos âmes de baptisés, de confirmés, de diacres, de prêtres, d’évêques. Mais sa puissance se déploie d’abord dans les cœurs humains qui sont attentifs à sa présence. Dieu attend que nous nous tournions vers lui, en secouant l’indifférence religieuse qui risque de nous engourdir, en réveillant la foi qui sommeille, en ravivant l’amour que l’Esprit Saint a répandu dans nos cœurs. Prennent alors une importance décisive : la prière sincère adressée au Sauveur, les sacrements qui nous transmettent la Vie qui vient de lui, l’approfondissement de son message révélé, à travers la catéchèse et la formation permanente, et les divers efforts pour mettre en pratique sa charité : celui qui fait la vérité, vient à la lumière. Ce surcroît de foi, qui rend tout possible, est déjà le fruit de la grâce. Chers Frères et Sœurs, priez-vous assez le Seigneur de réveiller en vous la foi, d’augmenter votre foi ? « Pourquoi avez vous peur, hommes de peu de foi ? ».
6. Alors Jésus se leva et il calma le vent et la mer. « Quel est donc cet homme ? ».
L’événement annonçait le jour unique de Pâque où le Christ, après sa vie mortelle, s’est levé du tombeau, comme il s’était dressé dans la barque. Les puissances du mal se sont liguées contre lui, au maximum, comme une tempête irrésistible. Les adversaires l’ont fait condamner à la mort de la croix. Les amis ont été impuissants. Le péché semblait l’avoir vaincu, comme tant d’innocents dans l’histoire du monde. Il a semblé abandonné de Dieu. Il a été mis au rang des morts. En réalité, il a donné sa vie en aimant jusqu’à l’extrême. Il a détruit le péché dans ses racines de haine et d’orgueil. Il a enlevé à la mort son aiguillon. Il a libéré ses frères de l’empire du mal.
Dieu n’a pas permis que son Fils connût la corruption. Il l’a ressuscité à une Vie nouvelle, éternelle. Et, depuis lors, rien n’est plus comme avant. La puissance de cette Vie est secrètement à l’œuvre dans tout l’univers, par l’Esprit Saint. Et le Christ, à la droite du Père, intercède pour nous[2]. Telle est la certitude que les Apôtres, témoins, nous ont transmise. Telle est notre foi. Telle est l’expérience que les croyants ne cessent de faire dans l’Église. Avec saint Paul, nous pouvons dire : « Nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés... Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur »[3].  Cet amour aura le dernier mot.
Au milieu de nous, le cierge pascal rappelle cette victoire de Pâques. Nous allons proclamer notre foi au Christ. Quel est donc cet homme ? Pour Pierre, comme pour le successeur de Pierre, et pour vous, c’est le Fils du Dieu vivant[4],  associé depuis le commencement à toute l’œuvre de la Création, maître de la mer et des vents. C’est Dieu fait homme pour notre salut, le Témoin fidèle de Dieu le Père, qui nous indique la route par sa Parole et tous ses gestes. C’est le Rédempteur, le Sauveur qui rachète les hommes du péché et de la mort. Il est le premier-né de toute créature, il est la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église[5].
7. Mais cette foi ne signifie pas que les problèmes humains soient résolus dans notre monde, que les efforts humains soient inutiles. « Toute la création, jusqu’à ce jour, gémit en travail d’enfantement... et nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit... notre salut est objet d’espérance »[6].
Le salut que le Christ nous a acquis, la grâce qu’il nous accorde, ne nous dispensent nullement de prendre en considération les misères et les chances de notre société, comme aussi les difficultés et les dynamismes de notre vie ecclésiale, de chercher les meilleurs remèdes à nos maux avec toutes les ressources de notre intelligence et de notre cœur, de les mettre en œuvre avec courage et solidarité. Dieu ne supprime pas notre responsabilité d’hommes : il la suscite, il la soutient, il l’oriente, selon des principes qui garantissent à longue échéance le progrès authentiquement humain. Et ce progrès a aussi beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, comme ébauche du monde transfiguré que Dieu prépare au-delà de ce temps[7].
Il en est ainsi pour le chômage. Dans l’immédiat, les solutions techniques sont difficiles à trouver. C’est toute une restructuration économique a imaginer et a mettre en œuvre. Si la foi ne dicte pas de réponses toutes faites, elle donne le courage d’entreprendre, de chercher le type de développement qui convient, en tenant compte des nouvelles solidarités européennes et mondiales ; elle suggère de réévaluer le travail humain conformément à la dignité de la personne ; elle invite à soutenir ceux qui, aujourd’hui, sont les plus touchés, les déshérités de toute sorte, les nouveaux pauvres, dans les divers milieux sociaux. Autrement dit, la foi ravive l’espérance et l’amour qui permettent de créer un monde nouveau.
De même, la foi inspire la façon d’accueillir les étrangers, de respecter les travailleurs immigrés, de leur ménager une place équitable dans la vie sociale et professionnelle.
La foi incite à chercher une nouvelle présence d’Église auprès du monde des universitaires, de plus en plus nombreux à Nancy, dans le monde de la haute technologie et des services correspondants, afin que les valeurs spirituelles donnent un sens à ce progrès culturel et scientifique.
La foi ne se résout pas au laisser-aller des mœurs : elle met tout en œuvre pour que la famille remplisse sa mission indispensable d’éducation de la foi et de l’amour, comme le rappelait l’exhortation « Familiaris Consortio ».
Le chantier est immense. Il attend la collaboration de tous les membres de l’Église. Vous disposez d’ailleurs de merveilleuses ressources que le synode diocésain va encourager, notamment la relance des vocations, la participation de plus en plus grande des laïcs dans la vie de l’Église, les initiatives dans les domaines de la catéchèse, des moyens de communication sociale, du service des pauvres, l’engagement des mouvements d’action catholique et de renouveau spirituel.
8. Les moyens ne vous manqueront pas. Mai ce qui est décisif, c’est l’audace d’entreprendre, c’est le souffle, c’est la patience, c’est l’espérance. Ce sont les grâces de l’Esprit de Dieu. Le souffle de Dieu, c’est l’Esprit Saint. Demandez-le, sans vous lasser. Demandez-le avec la Vierge Marie présente à la Pentecôte. Notre-Dame du Bon Secours, si honorée dans votre diocèse. Ayez la foi, le Seigneur ressuscité demeure au milieu de son Église et en vous-mêmes. Il est dans votre barque. Il ne dort pas. Il veille. Et vous, réveillez votre foi en sa puissance. Réveillez-la autour de vous. Redressez-vous ! Le Christ vous dit, comme à Pierre et à ses frères : soyez sans crainte. Avancez au large et jetez vos filets[8]. Une nouvelle pêche vous attend : une nouvelle évangélisation de votre région, de l’Europe vous attend. Ensemble, avec le Seigneur, vous édifierez un monde nouveau, selon le dessein de Dieu, au souffle de l’Amour qui vient de Dieu.
Amen.
CONCÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE DE LA VEILLÉE PASCALE


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II, Basilique Saint-Pierre, Samedi Saint, 29 mars 1997
1. « Que la lumière soit ! » (Gn 1,3).
Au cours de la Vigile pascale, la liturgie fait retentir ces paroles tirées du livre de la Genèse. Elles constituent un puissant fil conducteur de cette admirable célébration. Au début, on bénit le « feu nouveau » et on y allume le cierge pascal, qui est porté en procession jusqu'à l'autel. Le cierge entre et s'avance d'abord dans l'obscurité, jusqu'au moment où, après le chant du troisième Lumen Christi, la lumière revient dans la Basilique tout entière.
C'est ainsi qu'ont été liés les éléments des ténèbres et de la lumière, de la mort et de la vie. Sur ce fond retentit le récit biblique de la création. Dieu dit : « Que la lumière soit ! » (Gn 1,3). Il s'agit, en un sens, du premier pas vers la vie. En cette nuit doit s'accomplir un passage unique de la mort à la vie, et le rite de la lumière, accompagné par les paroles de la Genèse, en donne la première annonce.
2. Dans le prologue de son Évangile, saint Jean écrit, à propos du Verbe qui s'est fait chair : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jn 1,4). Cette sainte nuit devient donc une extraordinaire manifestation de la vie qui est la lumière des hommes. Toute l'Église participe à cette manifestation, spécialement les catéchumènes qui reçoivent le baptême au cours de cette Vigile.
La Basilique Saint-Pierre vous reçoit pour cette célébration solennelle, chers Frères et Sœurs, qui allez être baptisés dans le Christ notre Pâque. Deux d'entre vous viennent d'Albanie et deux du Zaïre, des pays qui vivent des heures dramatiques de leur histoire : que le Seigneur veuille écouter le cri des pauvres et les guider sur le chemin de la paix et de la liberté ! D'autres parmi vous viennent du Bénin, du Cap-Vert, de Chine, de Taiwan. Je prie pour chacun d'entre vous qui, en cette assemblée, représentez les prémices de la nouvelle humanité rachetée par le Christ, pour que vous soyez toujours de fidèles témoins de son Évangile.
Les lectures liturgiques de la Veillée pascale unissent les deux éléments du feu et de l'eau. L'élément du feu, qui donne la lumière, et l'élément de l'eau, qui devient la matière du sacrement de la renaissance, c'est-à-dire du saint Baptême. « Personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jn 3,5). Le passage des Israélites à travers la Mer Rouge, c'est-à-dire la libération de l'esclavage d'Égypte, est une figure et pour ainsi dire une anticipation du baptême qui libère de l'esclavage du péché.
3. Les nombreux motifs qui, dans la liturgie de la Vigile de Pâques, sont présents dans les lectures bibliques, convergent et s'entrelacent pour former une sorte d'image unique. C'est l'Apôtre Paul qui présente cette vérité de la manière la plus complète dans la lettre aux Romains, qui vient d'être proclamée : « Ne le savez-vous donc pas ? Nous tous qui avons été baptisés en Jésus Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts » (Rm 6,3-4).
Ces paroles nous conduisent au centre même de la vérité du christianisme. La mort du Christ, la mort rédemptrice, est le début du passage à la vie, qui s'est manifesté par sa résurrection. « Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, poursuit saint Paul, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d'entre les morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui, la mort n'a plus aucun pouvoir » (Rm 6,8-9).
4. Tenant à la main le flambeau de la Parole de Dieu, l'Église qui célèbre la Veillée pascale s'arrête comme sur un dernier seuil. Elle s'arrête pour une longue attente, au cours de cette nuit tout entière. Près du tombeau, nous attendons l'événement qui s'est produit voici deux mille ans. Les premiers témoins de cet événement extraordinaire furent les femmes de Jérusalem : elles arrivèrent au lieu où Jésus avait été enseveli le Vendredi Saint et elles trouvèrent le tombeau vide. Une voix les surprit : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ! Il est ressuscité, il n'est pas ici. Voici l'endroit où on l'avait déposé. Et maintenant allez dire à ses disciples et à Pierre : 'Il vous précède en Galilée'. Là vous le verrez, comme il vous l'a dit » (Mc 16,6-7).
Personne n'a vu de ses yeux la résurrection du Christ. Les femmes, venues au tombeau, furent les premières à constater que l'événement s'était déjà produit.
L'Église, réunie pour la Vigile pascale, écoute à nouveau ce témoignage, dans une attente silencieuse, et elle manifeste ensuite sa grande joie. Nous l'avons entendu annoncer il y a peu par la bouche du diacre : « Annuntio vobis gaudium magnum... », « Je vous annonce une grande joie, Alléluia ! ».
Recevons cette annonce avec un cœur ouvert, participons ensemble à la grande joie de l'Église.
Le Christ est vraiment ressuscité ! Alléluia !
VOYAGE APOSTOLIQUE À PARIS, À L'OCCASION DE LA
XII JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE
(21-24 AOÛT 1997)
CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE POUR LA
XIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II, Hippodrome de Longchamp, Dimanche 24 août 1997
1. « Maître, où demeures-tu ? » (Jn 1, 38) Cette question fut posée un jour à Jésus de Nazareth par deux jeunes hommes. Cela se passait au bord du Jourdain. Jésus était venu recevoir le baptême de Jean ; mais le Baptiste, voyant Jésus venir à sa rencontre, dit : « Voici l'Agneau de Dieu » (Jn 1, 36). Ces paroles prophétiques désignaient le Rédempteur, celui qui allait donner sa vie pour le salut du monde. Ainsi, dès le baptême au Jourdain, Jean désignait le Crucifié. Ce furent précisément deux disciples de Jean-Baptiste qui, entendant ces paroles, suivirent Jésus : cela n'est-il pas riche de sens ? Quand Jésus leur demanda : « Que cherchez-vous ? » (Jn 1, 38), ils répondirent eux aussi par une question : « Rabbi (c'est-à-dire : Maître), où demeures-tu ? » (Ibid.) Jésus leur répondit : « "Venez, et vous verrez". Ils l'accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jn 1, 39). Ils devinrent les premiers disciples de Jésus. L'un d'eux était André, qui conduisit aussi à Jésus son frère Simon Pierre.
Chers amis, je suis heureux de pouvoir méditer cet Évangile avec vous, en commun avec les Cardinaux et les Évêques qui m'entourent. Je suis heureux de les saluer, en particulier le Cardinal Éduardo Pironio, qui a tant travaillé pour les Journées mondiales. Ma gratitude va au Cardinal Jean-Marie Lustiger pour son accueil, à Mgr Michel Dubost, aux Évêques de France et à ceux de nombreux pays du monde qui vous accompagnent et qui ont enrichi vos réflexions. Je salue aussi cordialement les prêtres concélébrants, les religieux, les religieuses, tous les responsables de vos mouvements et de vos groupes diocésains.
Je remercie de leur présence nos frères chrétiens d'autres communautés, ainsi que les personnalités civiles qui ont tenu à s'associer à cette célébration liturgique.
En vous saluant tous à nouveau, je tiens en particulier à dire mes encouragements affectueux à ceux parmi vous qui sont handicapés ; nous leur sommes reconnaissants d'être venus avec nous et de nous apporter leur témoignage de foi et d'espérance. Je porte également dans la prière tous les malades, soignés à l'hôpital ou à la maison.
Au nom de vous tous, je voudrais aussi exprimer notre gratitude aux nombreux volontaires qui assurent avec dévouement et compétence l'organisation de votre rassemblement.
2. Le bref fragment de l'Évangile de Jean que nous avons entendu dit l'essentiel du programme de la Journée mondiale de la Jeunesse : un échange de questions, puis une réponse qui est un appel. En présentant cette rencontre avec Jésus, la liturgie veut montrer aujourd'hui ce qui compte le plus dans votre vie. Et moi, Successeur de Pierre, je suis venu vous demander de poser, vous aussi, cette question au Christ : « Où demeures-tu ? »  Si vous lui adressez sincèrement cette question, vous pourrez entendre sa réponse et recevoir de lui le courage et la force de le suivre.
La question est le fruit d'une recherche. L'homme cherche Dieu. L'homme jeune comprend au fond de lui-même que cette recherche est la loi intérieure de son existence. L'être humain cherche sa voie dans le monde visible ; et, à travers le monde visible, il cherche l'invisible au long de son voyage spirituel. Chacun de nous peut redire les paroles du psalmiste : « C'est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face » (Ps 27/26, 8-9). Chacun de nous a son histoire personnelle et porte en lui-même le désir de voir Dieu, un désir que l'on éprouve en même temps que l'on découvre le monde créé. Ce monde est merveilleux et riche, il déploie devant l'humanité ses innombrables richesses, il séduit, il attire la raison autant que la volonté. Mais, en fin de compte, il ne comble pas l'esprit. L'homme se rend compte que ce monde, dans la diversité de ses richesses, est superficiel et précaire ; en un sens, il est voué à la mort. Nous prenons davantage conscience aujourd'hui de la fragilité de notre terre, trop souvent dégradée par la main même de l'homme à qui le Créateur l'a confiée.
Quant à l'homme lui-même, il vient au monde, il naît du sein maternel, il grandit et mûrit ; il découvre sa vocation et développe sa personnalité au cours de ses années d'activité ; puis approche le moment où il doit quitter ce monde. Plus longue est sa vie, plus l'homme ressent sa propre précarité, plus il se pose la question de l'immortalité : qu'y a-t-il au-delà des frontières de la mort ? Alors, au fond de l'être, surgit la question posée à Celui qui a vaincu la mort : « Rabbi, où demeures-tu ? »  Maître, toi qui aimes et respectes la personne humaine, toi qui as partagé la souffrance des hommes, toi qui éclaires le mystère de l'existence humaine, fais-nous découvrir le vrai sens de notre vie et de notre vocation ! « C'est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face » (Ps 27/26,8-9).
3. Au bord du Jourdain, et bien plus tard encore, les disciples ne savaient pas qui était vraiment Jésus. Il leur faudra beaucoup de temps pour comprendre le mystère du Fils de Dieu. Nous aussi, nous portons en nous le désir de connaître celui qui révèle le visage de Dieu. Le Christ répond à la question des disciples par toute sa mission messianique. Il enseignait ; pour confirmer la vérité de ce qu'il proclamait, il faisait de grands prodiges, il guérissait les malades, ressuscitait les morts, calmait les tempêtes de la mer. Mais tout ce cheminement hors du commun parvint à sa plénitude sur le Golgotha. C'est en le contemplant sur la Croix, dans le regard de la foi, que l'on peut "voir" qui est le Christ Sauveur, lui qui portait nos souffrances, le juste qui a fait de sa vie un sacrifice et qui justifiera les multitudes (cf. Is 53,4.10-11).
Saint Paul résume la sagesse suprême dans la deuxième lecture de ce jour, par des paroles très impressionnantes : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. L'Écriture dit en effet : "La sagesse des sages, je la mènerai à sa perte, et je rejetterai l'intelligence des intelligents". [...] Puisque le monde, avec toute sa sagesse, n'a pas su reconnaître Dieu à travers les œuvres de la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu'est la proclamation de l'Évangile. [...] Nous proclamons un Messie crucifié » (1 Co 1, 18-23). L'Apôtre parlait aux gens de son temps, aux fils d'Israël qui avaient reçu la révélation de Dieu sur le mont Sinaï et aux Grecs qui élaboraient une haute sagesse humaine, une grande philosophie. Mais désormais, la fin et le sommet de la sagesse, c'est le Christ crucifié, non seulement à cause de sa parole, mais parce qu'il s'est donné lui-même pour le salut de l'humanité.
Avec son exceptionnelle ardeur, saint Paul répète : « Nous prêchons le Christ crucifié ». Celui qui, aux yeux des hommes, semble n'être que faiblesse et folie, nous proclamons qu'il est Puissance et Sagesse, plénitude de la Vérité. Il est vrai qu'en nous la confiance connaît des hauts et des bas. Il est vrai que notre regard de foi est souvent obscurci par le doute et par notre propre faiblesse. Humbles et pauvres pécheurs, acceptons le message de la Croix. Pour répondre à notre question : « Rabbi, où demeures-tu ? », le Christ nous adresse un appel : venez et vous verrez ; dans la Croix vous verrez le signe lumineux de la rédemption du monde, la présence aimante du Dieu vivant. Parce qu'ils ont saisi que la Croix domine l'histoire, les chrétiens ont placé le crucifix dans les églises et au bord des chemins, ou ils le portent sur leur cœur. Car la Croix est un signe véritable de la présence du Fils de Dieu ; par ce signe se révèle le Rédempteur du monde.
4. « Rabbi, où demeures-tu ? » L'Église nous répond chaque jour : le Christ est présent dans l'Eucharistie, le sacrement de sa mort et de sa résurrection. En elle et par elle, vous reconnaissez la demeure du Dieu vivant dans l'histoire de l'homme. Car l'Eucharistie est le sacrement de l'amour vainqueur de la mort ; elle est le sacrement de l'Alliance, pur don d'amour pour la réconciliation des hommes ; elle est le don de la présence réelle de Jésus, le Rédempteur, dans le pain qui est son Corps livré, dans le vin qui est son sang versé pour la multitude. Par l'Eucharistie, sans cesse renouvelée dans tous les peuples du monde, le Christ constitue son Église : il nous unit dans la louange et l'action de grâce pour le salut, dans la communion que seul l'amour infini peut sceller. Notre rassemblement mondial prend tout son sens à présent, par la célébration de la Messe. Jeunes, mes amis, que votre présence soit une réelle adhésion dans la foi ! Car voici que le Christ répond à votre question et, en même temps, aux questions de tous les hommes qui cherchent le Dieu vivant. Il répond par son invitation : ceci est mon Corps, mangez-en tous. Il confie au Père son désir suprême de l'unité dans la même communion de tous ceux qu'il aime.
5. La réponse à la question « Rabbi, où demeures-tu ? » comporte donc de nombreuses dimensions. Elle a une dimension historique, pascale et sacramentelle. La première lecture d'aujourd'hui nous suggère encore une autre dimension de la réponse à la question-thème de la Journée mondiale de la Jeunesse : le Christ habite dans son Peuple. C'est le peuple dont parle le Deutéronome, en rapport avec l'histoire d'Israël : « Par amour pour vous, le Seigneur vous a fait sortir par la force de sa main, et vous a délivrés de la maison d'esclavage. [...] Vous saurez donc que le Seigneur votre Dieu est le vrai Dieu, le Dieu fidèle qui garde son Alliance pour mille générations » (Dt 7,8-9). Israël est le peuple que Dieu s'est choisi, et avec lequel il a fait Alliance.
Dans la Nouvelle Alliance, l'élection de Dieu s'élargit à tous les peuples de la terre. En Jésus Christ, Dieu a choisi toute l'humanité. Il a révélé l'universalité de l'élection par la rédemption. Dans le Christ, il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, tous ne font plus qu'un (cf. Ga 3, 28). Tous ont été appelés à participer à la vie de Dieu, grâce à la mort et à la résurrection du Christ. Notre rencontre, en cette Journée internationale de la Jeunesse, n'illustre-t-elle pas cette vérité ? Vous tous, rassemblés ici, venus de tant de pays et de continents, vous êtes les témoins de la vocation universelle du Peuple de Dieu racheté par le Christ ! La dernière réponse à la question « Rabbi, où demeures-tu ? » doit donc être entendue ainsi : je demeure dans tous les êtres humains sauvés. Oui, le Christ habite son Peuple, qui a plongé ses racines dans tous les peuples de la terre, le peuple qui Le suit, Lui, le Seigneur crucifié et ressuscité, le Rédempteur du monde, le Maître qui a les paroles de la vie éternelle, Lui « la Tête du peuple nouveau et universel des fils de Dieu » (Lumen gentium, n.13). Le Concile Vatican II l'a dit admirablement : c'est Lui qui « nous a donné d'avoir part à son Esprit, qui étant un et le même dans la Tête et dans les membres, vivifie le corps tout entier » (ibid., n.7). Grâce à l'Église qui nous fait participer à la vie même du Seigneur, nous pouvons tous maintenant reprendre la parole de Pierre à Jésus : À qui irons-nous ? À qui d'autre irons-nous ? (cf. Jn 6, 68).
6. Chers jeunes, votre chemin ne s'arrête pas ici. Le temps ne s'arrête pas aujourd'hui. Partez sur les routes du monde, sur les routes de l'humanité, en demeurant unis dans l'Église du Christ !
Continuez de contempler la gloire de Dieu, l'amour de Dieu ; et vous serez éclairés pour bâtir la civilisation de l'amour, pour aider l'homme à voir le monde transfiguré par la sagesse et l'amour éternels.
Pardonnés et réconciliés, soyez fidèles à votre baptême ! Témoignez de l'Évangile ! Membres de l'Église, actifs et responsables, soyez disciples et témoins du Christ qui révèle le Père, demeurez dans l'unité de l'Esprit qui donne la vie !
MESSE AVEC LES ÉVÊQUES, LES PRÊTRES, LES RELIGIEUX,
LES RELIGIEUSES ET LES REPRÉSENTANTS DU CONGRÈS
THÉOLOGIQUE ET PASTORAL


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II, Cathédrale métropolitaine de São Sebastião, Rio de Janeiro, Samedi 4 octobre 1997
Loué soit Jésus-Christ !
« Il y eut des noces à Cana » (Jn 2, 1).
1. Aujourd'hui, la liturgie nous conduit à Cana de Galilée. Une fois de plus, nous prenons part aux noces qui y furent célébrées et auxquelles furent invités Jésus, sa mère et ses disciples. Ce détail laisse penser que le banquet nuptial eut lieu dans la maison de personnes que Jésus connaissait, puisque lui aussi avait grandi en Galilée. Humainement parlant, qui aurait pu prévoir que cette occasion devait marquer, dans un certain sens, le début de son activité messianique ? Et pourtant, il en fut ainsi. Ce fut en effet là, à Cana, que Jésus, sollicité par sa mère, accomplit son premier miracle, transformant l'eau en vin.
L'évangéliste Jean, témoin oculaire de l'événement, a décrit en détail la succession des faits. Dans sa description, tout apparaît empli d'une profonde signification. Et, étant donné que nous sommes réunis ici pour participer à la Rencontre mondiale avec les Familles, nous devons découvrir peu à peu ces significations. Le miracle accompli à Cana de Galilée, comme d'autres miracles de Jésus, constitue un signe : il indique l'action de Dieu dans la vie de l'homme. Il est nécessaire de méditer sur cette action pour découvrir le sens plus profond de ce qui eut lieu là-bas.
Le banquet nuptial de Cana nous conduit à réfléchir sur le mariage, dont le mystère renferme la présence du Christ. N'est-il pas légitime de voir dans la présence du Fils de Dieu à ces noces, un indice du fait que le mariage devrait être un signe efficace de sa présence ?
2. Le regard tourné vers les noces de Cana et vers ses invités, je m'adresse à vous, représentants des grands peuples d'Amérique latine et du reste du monde, à l'occasion du Saint Sacrifice de la Messe célébrée avec vous, évêques et prêtres, qui êtes accompagnés par les religieux, les représentants du Congrès théologique et pastoral de cette IIe Rencontre mondiale de la Famille, et les fidèles réunis dans cette cathédrale métropolitaine de São Sebastião de Rio de Janeiro.
Je désire avant tout saluer mon vénéré frère, le Cardinal Eugênio de Araújo Sales, Archevêque de cette Église traditionnelle et dynamique, que je connais et que j'estime depuis de nombreuses années ; je sais combien il est lié au Siège de Pierre. Que les bénédictions des Apôtres Pierre et Paul retombent sur cette ville, sur ses paroisses et sur les initiatives pastorales ; sur les divers centres de formation du clergé, en particulier sur le séminaire archidiocésain de Saint-Joseph, dynamique et riche de vocations sacerdotales, qui accueille également de nombreux séminaristes venus d'autres diocèses ; sur l'Université pontificale catholique ; sur les nombreuses congrégations religieuses, les instituts séculiers et les mouvements apostoliques ; sur l'Abbaye de Notre-Dame de Montserrat ; sur les confréries méritantes et, de façon générale, car il est impossible de mentionner tout le monde, mais je ne voudrais oublier personne, sur les organismes d'assistance qui se prodiguent tant pour la protection de ceux qui en ont le plus besoin.
Je vous salue, très chers frères dans l'épiscopat du Brésil et du monde, ainsi que vous, qui représentez les ordinaires pour les fidèles des rites orientaux ; je vous salue également, prêtres, religieux, religieuses et animateurs de la Mission populaire de l'archidiocèse ; ainsi que vous, délégués du Congrès théologique pastoral, et les représentants des Églises chrétiennes de dénominations diverses et de la communauté musulmane, ici présents. Je désire vous saluer tous, en vous exprimant mon affection profonde, mes meilleurs vœux de bien et ma Bénédiction.
3. Retournons en esprit au banquet nuptial de Cana de Galilée, dont la description évangélique nous permet de contempler le mariage dans la perspective sacramentelle. Comme nous le lisons dans le Livre de la Genèse, l'homme quitte son père et sa mère, s'unit à son épouse pour former, dans un certain sens, un seul corps avec elle (cf. Gn 2, 24). Le Christ répètera ces paroles de l'Ancien Testament en parlant aux Pharisiens, qui lui posaient des questions au sujet de l'indissolubilité du mariage. Ils se référaient aux prescriptions de la Loi de Moïse, qui permettaient, dans certains cas, la séparation des conjoints, c'est-à-dire le divorce. Le Christ leur répondit : « C'est en raison de votre dureté de cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; mais dès l'origine il n'en fut pas ainsi » (Mt 19, 8). Et il cita les paroles du Livre de la Genèse : « N'avez-vous pas lu que le Créateur, dès l'origine, les fit homme et femme [...] Ainsi donc l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair ? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! Ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le séparer » (Mt 19, 4-6).
À la base de tout l'ordre social se trouve donc ce principe d'unité et d'indissolubilité du mariage, principe sur lequel se fonde l'institution de la famille et toute la vie familiale. Ce principe reçoit une confirmation et une nouvelle force dans l'élévation du mariage à la dignité de sacrement.
Et quelle grande dignité, très chers frères et sœurs ! Il s'agit de la participation à la vie de Dieu, c'est-à-dire de la grâce sanctificatrice et des grâces innombrables qui accompagnent la vocation au mariage, la condition de parents et la condition familiale. L'événement de Cana de Galilée semble nous conduire précisément à cela. L'admirable transformation de l'eau en vin ! Voilà que l'eau, notre boisson la plus commune, acquiert, grâce à l'action du Christ, un nouveau caractère : elle devient vin, c'est-à-dire une boisson, en un certain sens, d'une plus grande valeur. La signification de ces symboles — de l'eau et du vin — trouve son expression dans la Sainte Messe. Au cours de l'Offertoire, en unissant un peu d'eau au vin, nous demandons à Dieu, à travers le Christ, de participer à sa vie dans le Sacrifice eucharistique. Le mariage, la condition de parents, la maternité, la paternité, la famille : tout appartient à l'ordre de la nature, depuis que Dieu a créé l'homme et la femme ; et tout cela, à travers l'action du Christ, est élevé à l'ordre surnaturel. Le sacrement du mariage devient une façon de participer à la vie de Dieu. L'homme et la femme qui croient dans le Christ, qui s'unissent comme conjoints, peuvent, pour leur part, confesser : nos corps sont rachetés, l'union conjugale est rachetée. La condition de parents, la maternité, la paternité et tout ce qui renferme l'empreinte de la sainteté, est racheté.
Cette vérité apparaît dans toute sa clarté lorsque l'on lit, par exemple, la vie des parents de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus ; et cela n'est qu'un des innombrables exemples. Nombreux sont ceux qui connaissent les fruits de l'institution sacramentelle du mariage. À travers notre Rencontre de Rio de Janeiro, nous remercions Dieu pour tous ces fruits, pour l'œuvre de sanctification des couples et des familles, que nous devons au Christ. C'est pour cette raison que l'Église ne cesse de présenter, dans son intégralité, la doctrine du Christ sur le mariage en ce qui concerne son unité et son indissolubilité.
4. La première Lecture, tirée du Livre d'Esther, rappelle le salut de la nation, grâce à l'intervention de cette fille d'Israël, lors de la période de captivité babylonienne. Ce passage de l'Écriture nous fait comprendre également la vocation au mariage, et de façon particulière, l'immense service qu'elle rend à la vie humaine, à la vie de chaque personne et de tous les peuples de la terre : « Écoute, ma fille, regarde et tends l'oreille [...] alors le roi désirera ta beauté » (Ps 45 [44], 11- 12). Aujourd'hui, le Pape désire dire la même chose à chaque famille humaine : « Écoute, regarde : Dieu veut que tu sois belle, que tu vives la plénitude de la dignité humaine et de la sainteté du Christ, que tu sois au service de l'amour et de la vie. Tu es née des mains du Créateur et tu as été sanctifiée par l'Esprit Paraclet, pour devenir l'espérance de toutes les nations ».
Puisse ce service à l'humanité révéler aux conjoints qu'une manifestation claire de la sainteté de leur mariage est précisément la joie avec laquelle ils accueillent et demandent au Seigneur des vocations parmi leurs enfants. C'est pourquoi, qu'il me soit permis d'ajouter que « la famille ouverte aux valeurs transcendantes, au service joyeux du prochain, à l'accomplissement généreux et fidèle de ses obligations et toujours consciente de sa participation au mystère de la croix glorieuse du Christ, devient le premier et le meilleur séminaire de la vocation à une vie consacrée au Royaume de Dieu » (Familiaris consortio, n. 53). Je suis heureux, en cette circonstance, de saluer et de bénir avec une affection paternelle toutes les familles brésiliennes qui ont un enfant qui se prépare au ministère sacerdotal ou à la vie religieuse, ou une fille en route vers la consécration totale à Dieu. Je confie ces jeunes garçons et ces jeunes filles à la protection de la Sainte Famille.
Que la Très Sainte Vierge Marie, espérance des chrétiens, nous donne la force et l'assurance nécessaires au cours de notre chemin sur la terre. C'est pourquoi nous lui demandons : sois notre chemin, car Toi, Mère bénie, tu connais les chemins et les sentiers qui, grâce à ton amour, conduisent à l'amour et à la gloire de Dieu.
Loué soit Jésus-Christ !











HOMÉLIE DU CARDINAL RATZINGER, Pentling, 24 août 1986
«En ce temps-là, Jésus traversait villes et villages, enseignant, tandis qu'il faisait route vers Jérusalem».
Il ne l'a pas fait seulement alors: il le fait encore aujourd'hui. Aujourd'hui encore, il est avec nous tous en chemin vers Jérusalem, c'est-à-dire en chemin vers la cité nouvelle qui n'a plus besoin de temple, puisqu'il habite parmi nous, vers la cité nouvelle dans laquelle Dieu sera tout en tous, et ainsi nous serons tous l'un dans l'autre et l'un à l'autre. Lui, en réalité, ne s'est pas éloigné de l'histoire, mais il l'accompagne, de sorte qu'il nous accompagne vers cette Jérusalem, la cité vraie et définitive: et c'est pour cela, que l'autre chose est aussi possible, c'est-à-dire qu'il continue à traverser villes et villages, pour enseigner: même ici, à Pentling. Même ici, il est parmi nous et nous enseigne. Il est présent de diverses manières. Il est présent dans le mystère de l'Eucharistie, qui nous est toujours ouvert. Il est présent dans les sacrements. Il est présent à travers son Saint Evangile. Et puis aussi, du le mur de l'église, de la croix, il pose son regard sur le chemin quotidien de chacun de nous, il nous regarde et nous enseigne.
Prêtons attention à l'Évangile d'aujourd'hui pour mieux comprendre ce qu'il nous dit, ce qu'il veut nous enseigner (1).
Il y a un homme qui aimerait beaucoup savoir quel sera l'issue ultime de l'histoire. Il lui demande s'ils seront peu ou nombreux, ceux qui à la fin seront sauvés. La réponse de Jésus est à la fois un reproche et un encouragement: «Efforcez-vous». Cela signifie que ce n'est pas à nous qu'il revient de nous demander comment l'histoire va finir; que nous ne devrions pas chercher à nous ériger nous-mêmes en juge universel, comme si nous regardions les cartes de Dieu pour tenter de comprendre la logique de ce monde et de nos propres vies. Chaque fois que nous faisons cela, chaque fois que nous prétendons résoudre et donner par nous-mêmes un jugement sur l'ensemble de l'histoire et de nos vies, nous nous égarons. Les hommes qui veulent faire cela finissent par vivre dans l'amertume, dans la colère et même dans l'inimitié envers Dieu, et cela parce qu'il est vrai que depuis la petite et partielle perspective de notre vie, nous ne pouvons pas voir et comprendre le tout.
C'est ce que Dieu dit à Job: «Cesse de vouloir être le juge universel! Ce faisant, tu ne feras que t'égarer». Quand nous commençons à vouloir dire à Dieu s'il devrait permettre Auschwitz ou non, s'il a été juste en ceci ou cela, nous choisissons une perspective que nous ne connaissons pas et à la fin, nous ne pouvons être que malheureux et confus.
La tâche qui nous est donnée est une autre: ne pas élucubrer, mais vivre! Telle est la réponse de Jésus: vivre dans la confiance, autrement dit, porter notre vie devant lui et, autant que nous le pouvons, aider les autres à porter la leur, tout comme ils nous aident à porter la nôtre. Et, conformément à la lecture que nous venons d'entendre, reconnaître précisément dans ce qui nous arrive de plus incompréhensible qu'il nous traite comme des fils et des filles, que précisément dans ce que nous ne comprenons pas, il est celui qui nous aime. Si nous faisons cela, si nous cessons de vouloir juger, et si nous marchons, nous avançons, nous nous efforçons, alors nous acquérons le juste regard envers lui.
«Efforcez-vous!», telle est sa réponse. Cela signifie, d'abord, que la manière juste de vivre, l'humanité authentique qui mène au salut, à la joie définitive, exige un effort, et aujourd'hui, cela nous est devenu étranger. Nous nous efforçons dans de nombreuses activités: pour notre travail, pour des choses techniques, pour le sport. Mais nous oublions trop souvent que, pour que cela réussise, ce qui mérite un effort, ce qui nécessite un effort, c'est aussi l'être authentiquement hommes, rester devant Dieu et avec Dieu de la manière juste. Et c'est là ce qui nous est recommandé ici: plus que toutes les autres choses qui justifient certes l'effort, ce qui mérite tous nos efforts, c'est la vie elle-même, devenir juste devant Dieu et devant son prochain. Sans effort, la vie ne peut pas réussir.
Efforcez-vous! La vie a besoin d'efforts, ce qui signifie aussi: cela vaut la peine de faire des efforts. L'effort ne débouche pas sur le néant. Dieu nous attend et quand parfois, il nous fait faire des efforts, quand parfois il nous rend la vie difficile, justement à ce moment, il nous nous conduit sur le chemin au bout duquel la porte est ouverte.
C'est donc sa réponse en termes généraux: «Ne pas élucubrer sur ce qui sera un jour, mais vivre». S'efforcer, pour l'effort que Dieu fait pour nous.

Note
(1) Lecture du jour (Lc 13, 22-30):
Dans sa marche vers Jérusalem, Jésus passait par les villes et les villages en enseignant. Quelqu'un lui demanda : « Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » Jésus leur dit : « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : 'Seigneur, ouvre-nous', il vous répondra : 'Je ne sais pas d'où vous êtes.'
Alors vous vous mettrez à dire : 'Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.' Il vous répondra : 'Je ne sais pas d'où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.'
Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »