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HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II, Basilique Saint-Pierre, Mercredi 24 décembre 1997
1. « Voici que je viens vous annoncer une grande joie... Aujourd'hui vous est né un Sauveur... Il est le Messie, le Seigneur » (Lc 2,10-11).
Aujourd'hui ! Cet « aujourd'hui », qui retentit dans la liturgie, ne porte pas seulement sur l'événement qui eut lieu voici maintenant deux mille ans et qui changea l'histoire du monde. Il concerne aussi cette Nuit sainte, où nous sommes rassemblés ici, dans la Basilique Saint-Pierre, en communion spirituelle avec tous ceux qui célèbrent la solennité de Noël dans toutes les régions du monde. Jusque dans les lieux les plus reculés des cinq continents retentissent en cette nuit les paroles angéliques qu'ont entendues les bergers de Bethléem : « Voici que je viens vous annoncer une grande joie... Aujourd'hui vous est né un Sauveur... Il est le Messie, le Seigneur » (Lc 2,10-11).
Jésus naquit dans une étable, comme le raconte l'Évangile de Luc, « car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc 2,7). Marie, sa Mère, et Joseph n'avaient été accueillis dans aucune maison de Bethléem. Marie dut déposer le Sauveur du monde dans une mangeoire, seul berceau disponible pour le fils de Dieu fait homme. Telle est la réalité de la Nativité du Seigneur. Nous y revenons chaque année : nous la redécouvrons ainsi, nous la vivons ainsi chaque fois avec le même étonnement.
2. La naissance du Messie ! C'est l'événement central dans l'histoire de l'humanité. Dans un obscur pressentiment, tout le genre humain l'attendait ; le Peuple élu l'attendait en connaissance de cause.
Le prophète Isaïe est le témoin privilégié de cette attente, tout au long de la période liturgique de l'Avent, ainsi qu'en cette vigile solennelle, car, dans les siècles lointains, il tourne son regard inspiré sur cette unique nuit à venir à Bethléem. Ayant vécu bien des siècles avant, il parle de cet événement et de son mystère comme s'il en avait été un témoin oculaire : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné » ― « Puer natus est nobis, Filius datus est nobis » (Is 9,5).
Voici l'événement historique mêlé de mystère : la naissance d'un tendre enfant pleinement humain, mais qui est en même temps le Fils unique du Père. C'est le Fils non pas créé, mais engendré éternellement, Fils de la même substance que le Père. « Dieu, né de Dieu, Lumière, née de la Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu ». C'est le Verbe « par qui tout a été fait ».
Nous proclamerons tout à l'heure ces vérités dans le Credo et nous ajouterons : « Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme ». En professant notre foi avec toute l'Église, nous reconnaîtrons cette nuit encore la grâce surprenante que la miséricorde du Seigneur nous accorde.
Israël, le Peuple de Dieu de l'ancienne Alliance, a été élu pour porter au monde, comme « rameau sorti de la souche de David », le Messie, le Sauveur et le Rédempteur de toute l'humanité. Avec un représentant insigne de ce Peuple, le prophète Isaïe, nous nous tournons donc vers Bethléem, en portant vers elle le regard de l'attente messianique. Dans la lumière divine, nous pouvons entrevoir comment l'ancienne Alliance s'accomplit et comment, par la naissance du Christ, se révèle une Alliance nouvelle et éternelle.
3. Saint Paul parle de cette nouvelle Alliance dans la Lettre à Tite que nous venons d'entendre : « La grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tt 2,11). C'est cette grâce qui permet à l'humanité de vivre dans l'attente du « bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur », Lui qui « s'est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien » (Tt 2,14).
Chers Frères et Sœurs, ce message de grâce nous est adressé aujourd'hui ! Écoutez-le donc ! À tous ceux « que Dieu aime », à ceux qui entendent l'appel à prier et à veiller en cette sainte Nuit de Noël, je répète dans la joie : l'amour de Dieu pour nous a été révélé ! Son amour est grâce et fidélité, miséricorde et vérité. C'est Lui qui, en nous libérant des ténèbres du péché et de la mort, est devenu le fondement solide et inébranlable de l'espérance de tout être humain.
Le chant liturgique le redit avec une joyeuse insistance : Venez, adorons ! Venez de toutes les régions du monde contempler ce qui est arrivé dans la grotte de Bethléem. Le Rédempteur nous est né, et c'est aujourd'hui, pour nous et pour tous, le don du salut.
4. Insondable est la profondeur du mystère de l'Incarnation ! De ce fait, la liturgie de la Nativité du Seigneur est très riche : au cours des Messes de minuit, de l'aurore et du jour, divers textes liturgiques jettent des traits de lumière sur ce grand événement que le Seigneur veut faire connaître à ceux qui l'attendent et le cherchent (cf. Lc. 2,15).
Dans le mystère de Noël se manifeste en plénitude la vérité de son dessein de salut sur l'homme et sur le monde. L'homme n'est pas seul sauvé, mais toute la création, invitée à chanter au Seigneur un chant nouveau, exulte de joie avec toutes les nations de la terre (cf. Ps 95/96).
C'est justement ce chant de louange qui a retenti avec une magnifique solennité sur la pauvre étable de Bethléem. Nous lisons chez saint Luc que les troupes célestes louaient Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime » (Lc 2,14).
En Dieu réside la plénitude de la gloire. Cette nuit, la gloire de Dieu devient le patrimoine de toute la création et, tout particulièrement, de l'homme. Oui, le Fils éternel, Celui en qui le Père a mis son amour de toute éternité, s'est fait Homme, et sa naissance terrestre, dans la nuit de Bethléem, montre une fois pour toutes qu'en Lui tout homme est inclus dans le mystère de la prédilection divine, qui est source de la paix définitive.
« Paix aux hommes, qu'il aime ». Oui, paix à l'humanité ! C'est là mon vœu de Noël. Chers Frères et Sœurs, pendant cette nuit et toute l'octave de Noël, implorons du Seigneur cette grâce si nécessaire. Prions pour que toute l'humanité sache reconnaître dans le Fils de Marie, né à Bethléem, le Rédempteur du monde, qui apporte les dons de l'amour et de la paix. Amen !
CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II, XIIIe Journée mondiale de la Jeunesse, Dimanche 5 Avril 1998
1. « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur » (Lc 19, 38).
Le Dimanche des Rameaux nous fait revivre l'entrée de Jésus à Jérusalem, à l'approche de Pâques. Le passage évangélique nous l'a présenté alors qu'il entre dans la ville, entouré d'une foule en fête. On peut dire que ce jour-là, les attentes d'Israël à l'égard du Messie atteignirent leur sommet. Il s'agissait d'attentes alimentées par les paroles des prophètes antiques et confirmées par Jésus de Nazareth à travers son enseignement et, en particulier, à travers les signes accomplis.
Jésus répondit ainsi aux pharisiens qui lui demandaient de faire taire la foule : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40). Il se référait, en particulier, aux murs du temple de Jérusalem, construit en vue de la venue du Messie et reconstruit avec un grand soin après avoir été détruit au moment de la déportation babylonienne. La mémoire de la destruction et de la reconstruction du temple était demeurée vivante dans la conscience d'Israël et Jésus faisait référence à cette conscience lorsqu'il affirmait : « Détruisez ce Sanctuaire et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 19). De la même façon que l'antique temple de Jérusalem fut détruit et reconstruit, le nouveau temple parfait du corps de Jésus devait mourir sur la Croix et ressusciter le troisième jour (cf. ibid., 2, 21-22).
2. En entrant à Jérusalem, Jésus sait cependant que la joie manifestée par la foule l'introduit au cœur du « mysterium » du salut. Il est conscient qu'il va à la rencontre de la mort et qu'il ne recevra pas une couronne royale, mais une couronne d'épine.
Les lectures de la célébration d'aujourd'hui portent l'empreinte de la souffrance du Messie et atteignent leur sommet dans la description que l'évangéliste Luc fait de celle-ci dans le récit de la passion. Cet indicible mystère de douleur et d'amour est présenté par le prophète Isaïe, qui est considéré comme l'évangéliste de l'Ancien Testament, ainsi que par le Psaume responsorial et le refrain que nous venons de chanter : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »Saint Paul le reprend dans sa Lettre aux Philippiens, dont s'inspire l'antienne qui nous accompagnera au cours du « Triduum Sacrum » : « Obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! » (cf. 2, 8). Lors de la veillée pascale, nous ajouterons : « Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom, qui est au dessus de tout nom » (Ph 2, 9).
Lors de la célébration eucharistique, l'Église fait chaque jour mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur : « Nous annonçons ta mort, Seigneur,— reprennent les fidèles après la consécration — nous proclamons ta résurrection, en attendant ta venue ».
3. Depuis plus de dix ans, le Dimanche des Rameaux est devenu un rendez-vous attendu pour la célébration de la Journée mondiale de la Jeunesse. Le fait que l'Église, précisément en ce jour, prête son attention aux jeunes est, en lui-même, très éloquent. Et non seulement parce qu'il y a deux mille ans, ce furent les jeunes en fête qui accompagnèrent le Christ, lors de son entrée triomphale à Jérusalem — pueri Hebraeorum —, mais surtout parce qu'après vingt siècles d'histoire chrétienne, les jeunes, guidés par leur sensibilité et une juste intuition, découvrent dans la liturgie du Dimanche des Rameaux un message qui leur est adressé en particulier.
Chers jeunes, le message de la Croix vous est aujourd'hui reproposé. C'est à vous, qui serez les adultes du troisième millénaire, qu'est confiée cette Croix qui sera remise d'ici peu par un groupe de jeunes français à une délégation de la jeunesse de Rome et d'Italie. De Rome à Buenos Aires ; de Buenos Aires à Saint-Jacques-de-Compostelle ; de Saint-Jacques-de-Compostelle à Czéstochowa ; de Jasna Góra à Denver ; de Denver à Manille ; de Manille à Paris ; cette Croix a pérégriné avec les jeunes, d'un pays à l'autre, d'un continent à l'autre. Votre choix, jeunes chrétiens, est clair : découvrir dans la Croix du Christ le sens de votre existence et la source de votre enthousiasme missionnaire.
Dès d'aujourd'hui, elle partira en pèlerinage dans les diocèses d'Italie, jusqu'à la Journée mondiale de la Jeunesse de l'An 2000, qui sera célébrée ici à Rome, à l'occasion du grand Jubilé. Ensuite, à l'arrivée du nouveau millénaire, elle reprendra sa marche à travers le monde entier, montrant ainsi que la Croix marche avec les jeunes et que les jeunes marchent avec la Croix.
4. Comment ne pas rendre grâce au Christ pour cette alliance singulière, qui rassemble les jeunes croyants ? À présent, je voudrais remercier tous ceux qui, en guidant les jeunes dans cette initiative providentielle, ont contribué au grand pèlerinage de la Croix sur les routes du monde. Je pense en particulier avec affection et reconnaissance au très cher Cardinal Éduardo Pironio, récemment disparu. Il fut présent et présida de nombreuses célébrations de la Journée mondiale de la Jeunesse. Que le Seigneur le comble des récompenses célestes promises aux serviteurs bons et fidèles !
Tandis que dans un instant, la Croix passera de façon symbolique de Paris à Rome, permettez que l'Évêque de cette ville proclame avec la liturgie : Ave Crux, spes unica ! Nous te saluons, ô Sainte Croix ! En toi, vient à nous Celui qui, il y a vingt siècles, fut acclamé par d'autres jeunes et par la foule à Jérusalem : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ».
Nous nous unissons tous à ce chant en répétant : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Oui ! Béni sois-tu, ô Christ, qui aujourd'hui aussi viens à nous avec ton message d'amour et de vie. Et bénie ta Sainte Croix, de laquelle jaillit le salut du monde hier, aujourd'hui et à jamais.
Ave Crux ! Loué soit Jésus-Christ !
MESSE CHRISMALE


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II, Basilique Saint-Pierre, Jeudi Saint 9 avril 1998
1. « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction » (Lc 4, 18).
Ces paroles du Livre du prophète Isaïe, rapportées par l'évangéliste Luc, reviennent plusieurs fois dans la liturgie chrismale d'aujourd'hui, et en constituent presque le fil conducteur. Elles rappellent un geste rituel qui possède une longue tradition dans l'Ancienne Alliance, car il se répète dans l'histoire du Peuple élu lors de la consécration de prêtres, de prophètes et de rois. À travers le signe de l'onction, Dieu lui-même confie la mission sacerdotale, royale et prophétique aux hommes qu'Il appelle, et il rend sa bénédiction visible pour l'accomplissement de la tâche qui leur est confiée.
Ceux qui ont été oints dans l'Ancienne Alliance, l'ont été en vue d'une seule personne, de celui qui devait venir : le Christ, l'unique et définitif « Consacré », l'« Oint » par excellence. Ce sera l'Incarnation du Verbe qui révélera le mystère de Dieu Créateur et Père qui, à travers l'onction de l'Esprit Saint, envoie son Fils unique dans le monde.
À présent, il se tient dans la synagogue de Nazareth. Nazareth est son village : c'est là qu'Il a vécu et travaillé pendant des années à un humble établi de charpentier. Aujourd'hui, cependant, Il est présent dans la synagogue revêtu d'une qualité nouvelle : sur les rives du Jourdain, après le baptême de Jean, il a reçu l'investiture solennelle de l'Esprit, qui l'a poussé à commencer la mission messianique pour accomplir la volonté salvifique du Père. Et maintenant, il se présente à ses concitoyens en prononçant les paroles d'Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19). C'est là qu'il conclut sa lecture et, après une pause, il prononce quelques paroles qui coupent le souffle à ses auditeurs : « Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture » (Lc 4, 21). La déclaration ne laisse place à aucun doute : Il est l'« Oint », Il est le « Consacré » ; c'est à Lui que le prophète Isaïe fait allusion. C'est en Lui que s'accomplit la promesse du Père.
2. Aujourd'hui, Jeudi saint, nous sommes rassemblés dans la Basilique Saint-Pierre pour méditer sur cet événement : comme les consacrés de l'Ancienne Alliance, nous aussi, nous tournons notre regard vers Celui que le Livre de l'Apocalypse appelle « le témoin fidèle, le premier-né d'entre les morts, le Prince des rois de la terre » (1, 5). Nous regardons vers Celui qu'ils ont transpercé (cf. Jn 19, 37). En donnant sa vie pour nous libérer du péché (cf. Jn 15, 13), Il nous a révélé son « grand amour » ; il s'est présenté comme le véritable et définitif Consacré par l'onction qui, dans la puissance de l'Esprit Saint, nous rachète au moyen de la Croix. C'est sur le Calvaire que s'accomplissent en plénitude les paroles suivantes : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction » (Lc 4, 18).
Cette consécration et le sacrifice de la Croix constituent respectivement l'inauguration et l'accomplissement de la mission du Verbe incarné. De l'acte suprême d'amour consommé sur le Golgotha, le Jeudi saint commémore la manifestation sacramentelle instituée par Jésus au Cénacle, alors que le Vendredi saint en souligne l'aspect historique dramatique et cruel. Dans sa double dimension, ce sacrifice marque le début de la « nouvelle » onction de l'Esprit Saint et représente le gage de la descente du Paraclet sur les Apôtres et sur l'Église qui, dans un certain sens, célèbre donc aujourd'hui sa naissance.
3. Chers frères prêtres, nous sommes réunis ce matin autour de la table eucharistique le jour saint où nous faisons mémoire de la naissance de notre sacerdoce ! Aujourd'hui, nous célébrons l'« onction » particulière qui, dans le Christ, est aussi devenue la nôtre. Lorsque, durant le rite de notre Ordination, nos mains ont été ointes par l'évêque avec le saint chrême, nous sommes devenus des ministres saints et des signes efficaces de la rédemption et participants de l'onction sacerdotale du Christ. À partir de ce moment, la puissance de l'Esprit Saint, qui s'est répandue sur nous, a transformé notre existence pour toujours. Cette puissance divine est toujours présente en nous et elle nous accompagnera jusqu'à la fin.
Alors que nous nous apprêtons à entrer dans les jours saints où nous commémorerons la mort et la résurrection du Seigneur, nous voulons renouveler notre action de grâce à l'Esprit Saint pour le don inestimable qui nous a été fait dans le sacerdoce. Comment ne pas nous sentir les débiteurs de Celui qui a voulu nous associer à cette admirable dignité ? Que ce sentiment nous pousse à rendre grâce au Seigneur pour les merveilles qu'il a accomplies au cours de notre existence ; qu'il nous aide à considérer avec une ferme espérance notre ministère, en demandant humblement pardon pour nos infidélités éventuelles.
Que Marie nous soutienne car, comme Elle, nous nous laissons conduire par l'Esprit pour suivre Jésus jusqu'au terme de notre mission terrestre. J'ai écrit dans la Lettre de cette année aux prêtres : « Accompagné par Marie, le prêtre saura renouveler chaque jour sa consécration, jusqu'à ce que, sous la conduite de l'Esprit lui-même, invoqué avec confiance sur la route humaine et sacerdotale, il pénètre dans l'océan de lumière de la Trinité » (n. 7).
Dans cette perspective et avec cette espérance, nous poursuivons avec confiance la route que le Seigneur ouvre devant nous jour après jour. Son Esprit divin nous soutient et nous aide.
Veni, Sancte Spiritus ! Amen.
JEAN-PAUL II
Le Saint-Père préside la dans la basilique Saint-Jean-de-Latran


HOMÉLIE, Messe « in Cena Domini », Jeudi 9 avril 1998
1. « Verbum caro, panem verum/ Verbo carnem efficit... ».
« La Parole du Seigneur/transforma le pain et le vin :/ le pain en chair, le vin en sang,/il les consacra en mémoire./Ce ne sont pas les sens, mais la foi, qui prouva cette vérité ».
Ces expressions poétiques de saint Thomas d'Aquin résument bien la liturgie des Vêpres « in Cena Domini » d'aujourd'hui, et nous aident à entrer dans le cœur du mystère que nous célébrons. Nous lisons dans l'Évangile : « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin » (Jn 13, 1). Aujourd'hui est le jour au cours duquel nous rappelons l'institution de l'Eucharistie, don de l'amour et source intarissable d'amour. C'est en elle qu'est écrit et enraciné le nouveau commandement : « Mandatum novum do vobis... » : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 34).
2. L'amour atteint son sommet dans le don que la personne fait d'elle-même, sans réserve, à Dieu et à ses frères. En lavant les pieds des Apôtres, le Maître leur présente une attitude de service : « Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 13-14). À travers ce geste, Jésus révèle un trait caractéristique de sa mission : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22, 27). Le véritable disciple du Christ est donc uniquement celui qui « prend part » à son expérience, devenant comme Lui prêt à servir les autres également à travers le sacrifice personnel. En effet, le service, c'est-à-dire prendre soin des besoins de son prochain, constitue l'essence de tout pouvoir bien ordonné : régner signifie servir. Le ministère sacerdotal, dont nous célébrons et vénérons l'institution, suppose une attitude de disponibilité humble, avant tout envers les plus indigents. Ce n'est qu'à cette lumière que nous pouvons saisir pleinement l'événement de la dernière Cène, que nous commémorons.
3. Le Jeudi saint est qualifié par la liturgie d'« aujourd'hui eucharistique », jour au cours duquel « Jésus-Christ notre Seigneur confia à ses disciples le mystère de son Corps et de son Sang, afin qu'ils le célébrassent en sa mémoire » (Canon romain pour le Jeudi saint). Avant d'être immolé sur la Croix le Vendredi saint, Il institua le Sacrement qui perpétue son offrande en tout temps. Au cours de toute Sainte Messe, l'Église fait mémoire de cet événement historique décisif. Avec une vive émotion, le prêtre, sur l'autel, se penche sur les dons eucharistiques pour prononcer les mêmes paroles que prononça le Christ « la nuit où il fut livré ». Il répète sur le pain : « Ceci est mon corps, qui est [donné] pour vous » (1 Co 11, 24), puis sur la coupe de vin : « Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon sang » (1 Co 11, 25). Depuis ce Jeudi saint, il y a presque deux mille ans, jusqu'à ce soir, Jeudi saint de l'année 1998, l'Église vit à travers l'Eucharistie, se laisse former par l'Eucharistie, et continue de la célébrer dans l'attente du retour de son Seigneur.
Faisons nôtre, ce soir, l'invitation de saint Augustin : Ô Église bien-aimée, « manduca vitam, bibe vitam : habebis vitam, et integra est vita ! » : « mange la vie, bois la vie : tu auras la vie et elle restera intacte ! » (Sermo CXXXI, I, 1).
4. « Pange, lingua, gloriosi/Corporis mysterium/Sanguinisque pretiosi... ». Nous adorons ce « mysterium fidei », dont se nourrit sans cesse l'Église. Le sens vif et émouvant du don suprême qu'est pour nous l'Eucharistie se ravive dans notre cœur.
Tout comme se ravive la gratitude liée à la reconnaissance du fait qu'il n'y a rien en nous qui n'ait été donné par le Père de toute miséricorde (cf. 2 Co 1, 3). L'Eucharistie, le grand « mystère de la foi », reste avant tout et surtout un don, quelque chose que nous avons « reçu ». C'est ce que répète saint Paul, en commençant son récit de la dernière Cène par ces paroles : « Pour moi, en effet, j'ai reçu du Seigneur ce qu'à mon tour je vous ai transmis » (1 Co 11, 23). L'Église l'a reçu du Christ et, en célébrant ce sacrement, elle rend grâce au Père céleste pour ce qu'Il a fait pour nous dans Jésus, son Fils.
Nous accueillons lors de chaque célébration eucharistique ce don toujours nouveau : laissons son pouvoir divin imprégner nos cœurs et les rendre capables d'annoncer la mort du Seigneur dans l'attente de sa venue. « Mysterium fidei » chante le prêtre après la consécration, et les fidèles répondent : « Mortem tuam annuntiamus, Domine... » : « Nous annonçons ta mort, Seigneur, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue ». La somme de la foi pascale de l'Église est contenue dans l'Eucharistie.
Ce soir également, nous rendons grâce au Seigneur, qui a institué ce grand sacrement. Nous le célébrons et nous le recevons pour trouver en lui la force d'avancer sur les chemins de l'existence en attendant le jour du Seigneur. Nous serons alors introduits dans la demeure où le Christ, le Prêtre suprême, est entré à travers le sacrifice de son Corps et de son Sang.
5. « Ave, verum corpus, natum de Maria Vergine » : « Nous te saluons, véritable corps, né de la Vierge Marie », prie aujourd'hui l'Église. Que Marie nous accompagne dans cette « attente de sa venue », elle dont Jésus a pris corps, le même corps que nous partageons ce soir fraternellement dans le banquet eucharistique.
« Esto nobis praegustatum mortis in examine » : « Qu'il nous soit déjà donné de goûter ta personne au moment décisif de la mort ». Oui, prends-nous par la main, ô Jésus Eucharistie, en cette heure suprême qui nous introduira dans la lumière de ton éternité : « O Iesu dulcis ! O Iesu pie ! O Iesu, fili Mariae ! ».
JEAN-PAUL II


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE POUR LA VEILLÉE PASCALE, 11 avril 1998
1. « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gn 1, 26). « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27).
En cette Veillée pascale, la liturgie proclame le premier chapitre du Livre de la Genèse, qui évoque le mystère de la création et, en particulier, de la création de l'homme. Une fois encore notre attention se concentre sur le mystère de l'homme, qui se manifeste pleinement dans le Christ et par le Christ.
« Fiat lux », « faciamus hominem » [Que la lumière soit - Faisons l'homme] : ces paroles de la Genèse trouvent toute leur vérité, quand elles sont passées au creuset de la Pâque du Verbe (cf. Ps. 11 [12], 7). Pendant le calme du Samedi saint, dans le silence de la Parole, elles arrivent à la plénitude de leur signification : cette « lumière » est une lumière nouvelle, qui ne connaît pas de déclin ; cet « homme » est « l'homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l'image de Dieu » (Ep 4, 24).
La nouvelle création se réalise dans la Pâque. Dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ tout est sauvé, et tout redevient parfaitement bon, selon le dessein originel de Dieu.
Avant tout, l'homme, fils prodigue qui a dilapidé dans le péché le bien précieux de sa liberté, recouvre sa dignité perdue. « Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram » [Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance]. Comme ces paroles résonnent vraies et profondes dans la nuit de Pâques ! Et quelle ineffable actualité elles revêtent pour l'homme de notre temps, si conscient de sa capacité à dominer l'univers, mais souvent si désorienté par rapport au sens authentique de son existence, dans laquelle il ne sait plus reconnaître les traces du Créateur !
2. À ce propos, me viennent à l'esprit quelques passages de la Constitution Gaudium et spes du Concile Vatican II, qui s'harmonisent bien avec l'admirable symphonie des lectures de la Veillée pascale. En effet, à le considérer attentivement, ce document conciliaire révèle un caractère profondément pascal, aussi bien dans son contenu que dans son inspiration originelle. Nous y lisons : « En réalité, le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. En effet, Adam, le premier homme, était la figure de l'homme à venir (cf. Rm 5, 14), c'est-à-dire, du Christ Seigneur. Le Christ...est "l'Image du Dieu invisible" (Col 1, 15). Il est l'homme parfait qui a restauré pour les fils d'Adam la ressemblance divine, déformée depuis le premier péché... Par son incarnation, le Fils de Dieu lui-même s'est en quelque sorte uni à tout homme... En souffrant pour nous, il ne nous a pas simplement donné l'exemple, afin que nous suivions ses traces, mais il a ouvert une voie nouvelle : si nous la suivons, la vie et la mort sont sanctifiées et acquièrent un sens nouveau. Devenu conforme à l'image du Fils qui est le Premier-né d'une multitude de frères, le chrétien reçoit les "prémices de l'Esprit" (Rm 8, 23)... Par cet esprit, qui est le "gage de l'héritage" (Ep 1, 14), tout l'homme est intérieurement renouvelé jusqu'à la "rédemption du corps" (Rm 8, 23) : "Si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par l'Esprit qui habite en vous" (Rm 8, 11). Le chrétien... associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l'espérance, va au-devant de la résurrection » (n. 22).
3. Ces paroles du récent Concile nous proposent de nouveau le mystère de la vocation de tout baptisé. Elles vous le proposent de façon particulière à vous, chers catéchumènes, qui, selon l'antique tradition de l'Église, allez recevoir le Baptême au cours de cette Veillée sainte. Nous vous saluons avec affection et nous vous remercions de votre témoignage.
Vous venez de différentes nations du monde : Canada, Chine, Colombie, Inde, Italie, Pologne, Afrique du Sud.
Chers amis, le Baptême constitue, en un sens tout à fait spécial, votre Pâque, le sacrement de votre rédemption, de votre nouvelle naissance dans le Christ par la foi et par l'œuvre de l'Esprit Saint, grâce à laquelle vous pourrez appeler Dieu du nom de « Père », et vous serez fils dans le Fils.
Nous souhaitons que la vie nouvelle, qui va vous être donnée au cours de cette nuit très sainte, se développe en vous jusqu'à sa plénitude, produisant des fruits abondants d'amour, de joie et de paix, des fruits de vie éternelle.
4. « O vere beata nox ! » [Ô nuit de vrai bonheur !], chante l'Église dans la Louange pascale, se souvenant des grandes œuvres de Dieu accomplies dans l'Ancienne Alliance, durant l'exode des Israélites sortis d'Égypte. C'est l'annonce prophétique de l'exode du genre humain de l'esclavage de la mort à la vie nouvelle par la Pâque du Christ.
O vere beata nox ! [Ô nuit de vrai bonheur !], voulons-nous répéter avec l'hymne pascale, en contemplant le mystère universel de l'homme à la lumière de la résurrection du Christ. Au commencement Dieu l'a créé à son image et à sa ressemblance. Par l'œuvre du Christ crucifié et ressuscité, cette ressemblance avec Dieu, ternie par le péché, a été restaurée et portée à son sommet. Et nous pouvons dire à la suite d'un auteur ancien : Homme, regarde-toi ! Reconnais ta dignité et ta vocation ! Le Christ, vainqueur de la mort en cette nuit très sainte, ouvre devant toi les portes de la vie et de l'immortalité.
Faisant écho à la proclamation du diacre dans le chant de l'annonce pascale, je redis avec joie : Annuntio vobis gaudium magnum : surrexit Dominus vere ! Surrexit hodie ! [Je vous annonce une grande joie : le Seigneur est vraiment ressuscité ! Aujourd'hui il est ressuscité !]
Amen !
JEAN-PAUL II


HOMÉLIE, 19 Avril 1998
(…)
2. Nous ouvrons cette Assemblée synodale le deuxième dimanche de Pâques. La liturgie rappelle aujourd'hui ce qui se produisit au Cénacle de Jérusalem, le dimanche après la Résurrection, lorsque le Christ apparut de nouveau aux Apôtres, cette fois en présence de Thomas. En effet, une apparition avait déjà eu lieu huit jours avant, mais Thomas était absent et, quand les autres lui dirent : "Nous avons vu le Seigneur !", il refusa de croire et déclara : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas !" (Jn 20,25).
Thomas l'incrédule ! C'est justement à cause de lui que le Christ apparut huit jours plus tard au Cénacle, entrant alors que les portes étaient closes. Il dit à ceux qui étaient là : "La paix soit avec vous !", puis s'adressa à Thomas : "Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant !" (Jn 20,27). Thomas prononça alors les paroles qui expriment toute la foi de l'Église apostolique : "Mon Seigneur et mon Dieu !" (Jn 20,28). Et le Christ déclara : "Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu" (Jn 20,29).
3. "Heureux ceux qui croient sans avoir vu". Les Apôtres furent des témoins oculaires de la vie, de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Après eux, d'autres, qui n'ont pu voir tout cela de leurs yeux, devront accepter la vérité transmise par les premiers témoins pour devenir eux-mêmes à leur tour des témoins. La foi de l'Église se transmet et demeure vivante grâce à cette chaîne de témoins qui s'allonge de génération en génération. Ainsi, du Cénacle de Jérusalem, l'Église s'est répandue dans tous les pays et sur tous les continents.
Selon une tradition très ancienne, l'Évangile fut apporté en Inde par saint Thomas, l'Apôtre auquel le Seigneur a dit : "Parce que tu m'as vu, tu crois". Thomas, non plus incrédule mais désormais convaincu de la résurrection de son Seigneur, transmit à beaucoup d'autres personnes la certitude exprimée dans sa confession de foi : "Mon Seigneur et mon Dieu !". Sa foi est toujours vivante en Inde et en Asie.
Chers Frères dans l'épiscopat venus ici, l'Église que vous représentez, édifiée sur les fondations des Apôtres, se réunit à Rome aujourd'hui, au seuil du troisième millénaire, pour les travaux synodaux, dans le but de transmettre aux générations à venir le témoignage rendu au Christ par les Apôtres, le témoignage que Thomas rendait il y a près de vingt siècles.
(…)
Amen !
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