HOMÉLIE JEAN-PAUL II, 22 Novembre 1998
4. Tandis que l'Église universelle se prépare à franchir le seuil du troisième millénaire de l'ère chrétienne, les pasteurs de l'Océanie sont rassemblés dans la communion, unis au Successeur de Pierre, pour chercher à donner un nouvel élan à la sollicitude pastorale qui les pousse à annoncer la royauté du Christ dans la diversité des cultures et des traditions humaines, sociales et religieuses, et dans l'admirable multiplicité de leurs peuples.
Dans la deuxième lecture, l'apôtre Paul explique en quoi consiste le royaume dont parle Jésus. Il écrit aux Colossiens : il faut rendre grâce à Dieu qui "nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés" (1, 13-14). C'est précisément cette rémission des péchés qui est devenue l'héritage du bon larron au Calvaire. Il fut le premier à faire l'expérience du fait que le Christ est roi, parce qu'il est Rédempteur.
Ensuite, l'Apôtre explique ce qu'est la royauté du Christ : "Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature, car c'est en Lui que tout fut créé, dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles. Tout est créé par Lui et pour Lui. Il est avant tous les êtres et tout subsiste en Lui" (Col 1, 15-17). Le Christ est donc Roi avant tout comme premier-né de toute créature.
Le texte paulinien poursuit : "Il est aussi la tête du corps, c'est-à-dire de l'Église. Il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, puisqu'il devait avoir en tout la primauté. Car Dieu a voulu que, dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par Lui et pour Lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix" (Ibid. 1, 18-20). Par ces paroles, l'Apôtre confirme à nouveau et justifie ce qu'il avait révélé sur l'essence de la royauté du Christ : le Christ est Roi comme premier-né d'entre les morts. En d'autres termes, comme Rédempteur du monde, le Christ crucifié et ressuscité est le Roi de l'humanité nouvelle.
Amen.
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II à la MESSE DE MINUIT, Noël, 25 décembre 1998
1. « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie : aujourd'hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur » (Lc 2, 10-11).
En cette Nuit sainte, la liturgie nous invite à célébrer dans la joie le grand événement de la naissance de Jésus à Bethléem. Comme nous l'avons entendu dans l'Évangile de Luc, il vient au jour dans une famille pauvre en moyens matériels, mais riche en joie. Il naît dans une étable, car il n'y a pas de place pour lui à l'auberge (cf. Lc 2, 7). Il est déposé dans la mangeoire, car il n'y a pas de berceau pour lui. Il vient au monde dans l'abandon total, à l'insu de tous, et en même temps il est accueilli et reconnu d'abord par les bergers, qui reçoivent de l'ange l'annonce de sa naissance.
L'événement cache un mystère. C'est ce que révèlent les chœurs des messagers célestes, qui chantent la naissance de Jésus et proclament « gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes, qu'il aime » (Lc 2, 14). Au cours des siècles, la louange se fait prière, montant du cœur des multitudes qui, dans la Nuit sainte, continuent à accueillir le Fils de Dieu.
2. Mysterium : événement et mystère. Un homme est né ; il est le Fils éternel du Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre. Le mystère de Dieu se révèle dans cet événement extraordinaire. Dans le Verbe qui se fait homme se manifeste la merveille du Dieu incarné. Le mystère éclaire l'événement de la naissance : un enfant est adoré par les bergers dans la grotte, à Bethléem. C'est « le Sauveur du monde », c'est « le Christ Seigneur » (cf. Lc 2, 11). Leurs yeux voient un nouveau-né enveloppé dans des langes et déposé dans une mangeoire et, dans ce "signe", grâce à la lumière intérieure de la foi, ils reconnaissent le Messie qu'avaient annoncé les prophètes.
3. Voici l'Emmanuel, le Dieu-avec-nous, qui vient remplir de grâce la terre. Il vient au monde pour transformer la création. Il se fait homme parmi les hommes, afin que, en lui et par lui, tout être humain puisse se rénover profondément. Par sa naissance, il nous introduit tous dans la sphère de la divinité, offrant à quiconque s'ouvre dans la foi à l'accueil du don de sa personne la possibilité de participer à sa vie divine elle-même.
Voilà le sens du salut dont les bergers entendent parler la nuit de Bethléem : "Il vous est né un Sauveur" (Lc 2, 11). La venue du Christ parmi nous est le centre de l'histoire, qui prend dès lors une nouvelle dimension. En un certain sens, c'est Dieu lui-même qui écrit l'histoire en s'insérant en son milieu. L'événement de l'Incarnation se déploie au point d'embrasser toute l'étendue de l'histoire humaine, de la création à la parousie. Voilà pourquoi, dans la liturgie, toute la création chante en exprimant sa joie : les fleuves applaudissent, les arbres de la forêt exultent, toutes les îles se réjouissent (cf. Ps 98, 8 ; 96, 12 ; 97, 1).
Tout être créé sur la face de la terre accueille cette annonce. Dans le silence et la stupeur du monde entier retentit l'écho universel de ce que la liturgie met sur les lèvres de l'Église : Christus natus est nobis. Venite, adoremus !
4. Le Christ est né pour nous, venez l'adorer ! Je pense déjà au Noël de l'an prochain, où, s'il plaît à Dieu, j'inaugurerai le grand Jubilé par l'ouverture de la Porte sainte. Ce sera une grande Année sainte, en vérité, car elle célébrera d'une manière tout à fait particulière le bimillénaire de l'événement-mystère de l'Incarnation, grâce auquel l'humanité a atteint le sommet de sa vocation. Dieu s'est fait Homme pour rendre l'homme participant de sa divinité.
Voilà l'annonce du salut ; voilà le message du saint Noël ! L'Église le proclame aussi par ma bouche, en cette nuit, afin que les peuples et les nations de toute la terre l'entendent : Christus natus est nobis - Le Christ est né pour nous. Venite, adoremus ! Venez, adorons-le !
HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Vendredi 1er janvier 1999
1. Christus heri et hodie,
Principium et Finis,
Alpha et Omega...
« Le Christ est vivant hier et aujourd'hui :
Il est le Principe et la Fin,
Il est l'Alpha et l'Oméga.
Le temps et les siècles Lui appartiennent.
À Lui gloire et pouvoir
pour les siècles des siècles »
(Missel Romain, Préparation du cierge pascal).
Chaque année, durant la veillée pascale, l'Église renouvelle cette acclamation solennelle au Christ, Seigneur du temps. Le premier de l'An également, nous proclamons cette vérité, lors du passage entre « hier » et « aujourd'hui » : « hier », lorsque nous avons rendu grâce à Dieu à la fin de l'année ; « aujourd'hui », alors que nous saluons l'année nouvelle qui commence. Heri et hodie. Nous célébrons le Christ qui, comme le dit l'Écriture, est « le même hier, aujourd'hui et à jamais » (He 13, 8). Il est le Seigneur de l'histoire, c'est à Lui qu'appartiennent les siècles et les millénaires.
Alors que nous commençons l'année 1999, la dernière année avant le grand Jubilé, le mystère de l'histoire semble être révélé à nos yeux avec une intensité plus profonde. C'est précisément pour cela que l'Église a voulu imprimer le signe trinitaire de la présence du Dieu vivant au cours du triennat de préparation immédiate à l'événement jubilaire.
2. Le premier jour de la nouvelle année, qui conclut l'Octave du Noël du Seigneur, est consacré à la Très Sainte Vierge, vénérée comme la Mère de Dieu. L'Évangile nous rappelle qu'Elle « conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19). Ainsi fut-il à Bethléem, au Golgotha au pied de la Croix, et le jour de la Pentecôte, lorsque l'Esprit Saint descendit au Cénacle.
Et il en est ainsi, aujourd'hui également. La Mère de Dieu et des hommes conserve et médite dans son cœur tous les problèmes de l'humanité, grands et difficiles. L'Alma Redemptoris Mater marche avec nous et nous guide, avec une tendresse maternelle, vers l'avenir. Elle aide ainsi l'humanité à franchir tous les « seuils » des années, des siècles, des millénaires, en soutenant son espérance en Celui qui est le Seigneur de l'histoire.
3. Heri et hodie. Hier et aujourd'hui. « Hier » nous invite à la rétrospection. Lorsque nous tournons notre regard vers les événements de ce siècle qui touche à son terme, deux guerres mondiales se présentent à nos yeux : cimetières, tombes des victimes, familles détruites, pleurs et désespoir, misère et souffrance. Comment oublier les camps de la mort, comment oublier les fils d'Israël cruellement exterminés, les saints martyrs : Père Maximilien Kolbe, sœur Édith Stein et tant d'autres ?
Notre siècle est cependant également le siècle de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, dont on a récemment célébré le cinquantième anniversaire. Précisément en considération de cet anniversaire, j'ai voulu rappeler dans le Message traditionnel pour la Journée mondiale de la Paix célébrée aujourd'hui, que le secret de la Paix véritable réside dans le respect des droits humains. « La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine... constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde » (Ibid., n. 3).
Le Concile Vatican II, le Concile qui a préparé l'Église à entrer dans le troisième millénaire, a affirmé que le monde, théâtre de l'histoire du genre humain, est libéré de l'esclavage du péché grâce au Christ crucifié et ressuscité, et il est « destiné selon le dessein de Dieu à se transformer et à parvenir à son accomplissement » (cf. Gaudium et spes, n. 2). Voilà comment les croyants considèrent le monde à notre époque, alors qu'ils avancent progressivement vers le seuil de l'An 2000.
4. Le Verbe éternel, se faisant homme, est entré dans le monde et l'a accueilli pour le racheter. Le monde n'est donc pas seulement marqué par le terrible héritage du péché, mais il est avant tout un monde sauvé par le Christ, le Fils de Dieu, crucifié et ressuscité. Jésus est le Rédempteur du monde, le Seigneur de l'histoire. Eius sunt tempora et saecula : les années et les siècles lui appartiennent. C'est pourquoi, nous croyons que, en entrant dans le troisième millénaire avec le Christ, nous collaborerons à la transformation du monde qu'Il a racheté. Mundus creatus, mundus redentus.
Malheureusement, l'humanité cède à l'influence du mal de différentes façons. Toutefois, touchée par la grâce, elle se relève sans cesse et, guidée par la force de la rédemption, elle marche vers le bien. Elle marche vers le Christ, selon le projet de Dieu le Père.
« Jésus-Christ est le Principe et la Fin,
l'Alpha et l'Oméga,
le temps et les siècles Lui appartiennent ».
Nous commençons cette nouvelle année en son nom. Que Marie obtienne pour nous d'être ses fidèles disciples, car à travers les paroles et les œuvres nous Lui rendons gloire et honneur pour les siècles des siècles.
Ipsi gloria et imperium
per universa aeternitatis saecula.
Amen !
ORDINATIONS ÉPISCOPALES
HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Mercredi 6 janvier 1999, solennité de l'Épiphanie du Seigneur
1. « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas saisie » (Jn 1, 5).
Toute la liturgie parle aujourd'hui de la lumière du Christ, de cette lumière qui s'est allumée pendant la Nuit Sainte. La même lumière qui conduisit les pasteurs à l'étable de Bethléem indique la route, le jour de l'Épiphanie, aux Rois mages venus de l'Orient pour adorer le Roi des Juifs et elle resplendit pour tous les hommes et pour tous les peuples qui aspirent à rencontrer Dieu.
Dans sa recherche spirituelle, l'être humain dispose déjà naturellement d'une lumière qui le guide : c'est la raison, grâce à laquelle il peut s'orienter, même si c'est à tâtons (cf. Ac 17, 27), vers son Créateur. Mais, étant donné qu'il est facile de perdre sa route, Dieu lui-même est venu nous secourir grâce à la lumière de la révélation, qui a atteint sa plénitude dans l'incarnation du Verbe, Parole éternelle de vérité.
L'Épiphanie célèbre l'apparition dans le monde de cette Lumière divine avec laquelle le Fils de Dieu est allé à la rencontre de la faible lumière de la raison humaine. La solennité d'aujourd'hui présente ainsi la relation intime qui existe entre la raison et la foi, les deux ailes dont dispose l'esprit humain pour s'élever vers la contemplation de la vérité, comme je l'ai rappelé dans la récente Encyclique Fides et ratio.
2. Le Christ n'est pas seulement la lumière qui illumine le chemin de l'homme. Il est également devenu chemin pour ses pas incertains vers Dieu, source de la vie. Un jour, il dira aux Apôtres : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi. Si vous me connaissez vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l'avez vu » (Jn 14, 6-7). Et, face à l'objection de Philippe, il ajoutera : « Qui m'a vu a vu le Père [...] Je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14, 9.11). L'épiphanie du Fils est l'épiphanie du Père.
N'est-ce pas là, en définitive, le but de la venue du Christ dans le monde ? Il a lui-même déclaré qu'il était venu pour « faire connaître le Père », pour « expliquer » aux hommes qui est Dieu, pour révéler son visage, son « nom » (Jn 17, 6). La vie éternelle se trouve dans la rencontre avec le Père (cf. Jn 17, 3). Comme cette réflexion est donc opportune, en particulier en l'année consacrée au Père !
L'Église poursuit dans les siècles la mission de son Seigneur : son engagement premier est de faire connaître à tous les hommes le visage du Père, en reflétant la lumière du Christ, lumen gentium, lumière d'amour, de vérité, de paix. C'est pourquoi le divin Maître a envoyé les Apôtres dans le monde, et continue d'envoyer, dans le même Esprit, les évêques qui sont leurs successeurs.
3. En la solennité de l'Épiphanie, selon une tradition significative, l'Évêque de Rome confère l'Ordination épiscopale à plusieurs prélats, et j'ai aujourd'hui la joie de vous consacrer, très chers frères, afin que, dans la plénitude du sacerdoce, vous deveniez des ministres de l'épiphanie de Dieu parmi les hommes. À chacun d'entre vous sont confiées des tâches spécifiques diverses, mais visant toutes à diffuser l'unique Évangile du salut parmi les hommes.
Toi, Mgr Alessandro D'Errico, comme Nonce apostolique au Pakistan ; toi, Mgr Salvatore Pennacchio, comme que mon Représentant au Rwanda ; et toi, Mgr Alain Lebeaupin, comme Nonce apostolique en Equateur, vous serez les témoins de l'unité et de la communion entre les Églises locales et le Siège apostolique.
À toi, Mgr Cesare Mazzolari, est confié le diocèse de Rumbek, au Soudan, une terre dont la population, victime depuis des années de souffrances indicibles, attend une paix juste, dans le respect des droits humains de tous, à commencer par les plus faibles ; et toi, Mgr Pierre Tran Dinh Tu, tu es quant à toi appelé à devenir un messager d'espérance dans le diocèse de Phú Cuong, au Viêt-nam, parmi tes frères et sœurs dans la foi, éprouvés par de nombreuses difficultés.
Toi, Mgr Diarmuid Martin, Secrétaire du Conseil pontifical « Justice et Paix » ; et toi, Mgr José Luis Redrado Marchite, Secrétaire du Conseil pontifical pour la Pastorale des Services de la Santé, vous poursuivrez votre précieux service au sein de la Curie romaine, en ayant devant vous le vaste horizon de l'Église toute entière.
Ta mission est riche d'attentes, Mgr Rafael Cob García, Vicaire apostolique de Puyo, en Equateur ; ainsi que la tienne, Mgr Mattew Moolakkattu, Auxiliaire de l'Évêque de Kottayam des Syro-malabars, en Inde : vos personnes me rappellent l'Asie et l'Amérique, des continents pour lesquels nous avons récemment célébré deux Assemblées spéciales du Synode des Évêques.
Que le Seigneur veuille que chacun de vous, nouveaux Évêques à qui j'ai aujourd'hui imposé les mains, apporte partout, à travers les paroles et les œuvres, la joyeuse annonce de l'Épiphanie, dans laquelle le Fils de Dieu a révélé au monde le visage du Père riche de miséricorde.
4. Le monde, désormais au seuil du troisième millénaire, a plus que jamais besoin de faire l'expérience de la bonté divine ; de ressentir l'amour de Dieu pour chaque personne.
L'oracle du prophète Isaïe est également approprié pour notre époque : « Tandis que les ténèbres s'étendent sur la terre et l'obscurité sur les peuples, sur toi se lève Yahvé, et sa gloire sur toi paraît » (Is 60, 2-3). Sur la ligne de fait, pour ainsi dire, entre le second et le troisième millénaire, l'Église est appelée à se revêtir de lumière (cf. Is 60, 1), pour briller comme la ville construite sur le mont : l'Église ne peut pas rester cachée (cf. Mt 5, 14), car les hommes ont besoin d'en recueillir le message de lumière et d'espérance et de rendre gloire au Père qui est dans les cieux (cf. Mt 5, 16).
Conscients de cette tâche apostolique et missionnaire, qui appartient à tout le peuple chrétien, mais en particulier à ceux que l'Esprit Saint a placés comme évêques pour diriger l'Église de Dieu (cf. Ac 20, 28), nous nous rendons en pèlerinage à Bethléem pour nous unir aux Rois mages d'Orient, tandis qu'ils offrent des dons au Roi nouveau-né.
Cependant, c'est lui le don véritable : Jésus, le don de Dieu au monde. C'est lui que nous devons accueillir, pour l'apporter, à notre tour, à ceux que nous rencontrerons sur notre chemin. Il est l'épiphanie pour tous, la manifestation de Dieu espérance de l'homme, de Dieu libération de l'homme, de Dieu salut de l'homme.
À Bethléem, le Christ est né pour nous.
Venez, adorons-le !
Amen.
FÊTE DU BAPTÊME DU SEIGNEUR
HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Dimanche 10 janvier 1999
1. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur » (Mt 3, 17).
Ces paroles retentissent en ce jour de la fête du Baptême de Jésus. Elles nous invitent à revivre le moment où Jésus, baptisé par Jean, sort des eaux du fleuve Jourdain et est présenté par Dieu comme son Fils unique, l'Agneau qui prend sur lui le péché du monde. Une voix se fait entendre du ciel, alors que l'Esprit Saint, sous la forme d'une colombe, se pose sur Jésus, qui commence publiquement sa mission de salut ; une mission caractérisée par le style du serviteur humble et doux, prêt au partage et au don total de soi : « Il ne crie pas il n'élève pas le ton [...] il ne brise pas le roseau froissé, il n'éteint pas la mèche qui faiblit, fidèlement, il présente le droit » (Is 42, 2-3).
La liturgie nous fait revivre la scène évangélique suggestive : parmi la foule qui s'avance en pénitence vers Jean le Baptiste, pour recevoir le baptême, se trouve également Jésus. Voilà, la promesse va se réaliser et une ère nouvelle s'ouvre à l'humanité tout entière. Cet homme, dont l'apparence ne diffère pas de celle de tous les autres, est en réalité Dieu qui est venu parmi nous pour donner à ceux qui l'accueilleront le pouvoir de « devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu » (Jn 1, 12-13).
2. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » (Chant lors de la lecture de l'Évangile).
Aujourd'hui, cette annonce et cette invitation, riches d'espérance pour l'humanité, retentissent en particulier pour les enfants qui, d'ici peu, à travers le sacrement du Baptême, deviendront de nouvelles créatures. Participant désormais au mystère de la mort et de la résurrection du Christ, ils seront enrichis du don de la foi et seront incorporés au sein du Peuple de l'Alliance Nouvelle et définitive, qui est l'Église. Le Père fera d'eux dans le Christ ses enfants adoptifs, en révélant pour eux un projet de vie particulier : écouter son Fils comme des disciples, afin d'être appelés et d'être réellement ses enfants.
L'Esprit Saint descendra sur chacun d'eux et, comme cela s'est produit pour nous le jour de notre Baptême, ils jouiront eux aussi de cette vie que le Père donne aux croyants à travers Jésus, le Rédempteur de l'homme. De cette immense richesse de dons naîtra pour eux, comme pour chaque baptisé, une tâche unique, que l'Apôtre Paul ne se lasse pas d'indiquer aux premiers chrétiens à travers les paroles suivantes : « Laissez-vous mener par l'Esprit » (Ga 5, 16), c'est-à-dire vivez et agissez constamment dans l'amour de Dieu.
Je forme le vœu que le Baptême, reçu aujourd'hui par ces petits enfants, puisse les rendre, tout au long de leur existence, des témoins courageux de l'Évangile. Cela sera possible grâce à leur engagement constant. Cependant, votre œuvre éducative sera également nécessaire, chers parents qui rendez aujourd'hui grâce au Seigneur pour les dons extraordinaires qu'il accorde à vos enfants, de même que sera également nécessaire le soutien des parrains et des marraines.
3. Très chers frères et sœurs, accueillez l'invitation que l'Église vous adresse : soyez leurs « éducateurs dans la foi », afin que se développe en eux le germe de la vie nouvelle et qu'il parvienne à sa pleine maturité. Aidez-les par vos paroles et surtout à travers votre exemple.
Puissiez-vous leur apprendre bientôt à aimer le Christ, à le prier sans cesse, à l'imiter dans une adhésion constante à son appel. Vous avez reçu en leur nom, dans le symbole du cierge, la flamme de la foi : veillez à ce qu'elle soit constamment alimentée, afin que chacun d'eux, dans la connaissance et dans l'amour de Jésus, agisse toujours selon la sagesse évangélique. Ils deviendront ainsi de véritables disciples du Seigneur et de joyeux apôtres de son Évangile.
Je confie à la Vierge Marie chacun de ces enfants et leurs familles respectives. Que la Madone aide chacun à parcourir avec fidélité le chemin inauguré par le sacrement du Baptême.
FÊTE DE LA PRÉSENTATION DU SEIGNEUR AU TEMPLE
HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Mardi 2 février 1999
1. « Lumière pour éclairer les nations » (Lc 2, 32).
Le passage de l'Évangile que nous venons d'entendre, tiré du récit de saint Luc, rappelle l'événement qui eut lieu à Jérusalem le quarantième jour après la naissance de Jésus : sa présentation au Temple. Il s'agit de l'un des cas où le temps liturgique reflète le temps de l'histoire : en effet, aujourd'hui, quarante jours se sont écoulés depuis le 25 décembre, solennité du Noël du Seigneur.
Ce fait n'est pas sans signification. Il indique que la fête de la Présentation de Jésus au Temple constitue comme une « charnière », qui sépare et relie l'étape initiale de sa vie sur la terre, la naissance, de celle qui en sera l'accomplissement, sa mort et sa résurrection. Aujourd'hui, nous quittons définitivement le temps de Noël et nous nous dirigeons vers le temps quadragésimal, qui commencera dans quinze jours avec le Mercredi des Cendres.
Les paroles prophétiques prononcées par le vieux Syméon mettent en lumière la mission de l'Enfant amené par ses parents au Temple : « Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs » (Lc 2, 34-35). Syméon dit à Marie : « Et toi-même, une épée te transpercera l'âme » (Lc 2, 35). Les chants de Bethléem viennent de se taire et déjà se profile la croix du Golgotha, et cela se produit dans le Temple, le lieu où sont offerts les sacrifices. L'événement que nous commémorons aujourd'hui constitue donc comme un pont entre les deux temps forts de l'année de l'Église.
2. La seconde lecture, tirée de la Lettre aux Hébreux, offre un commentaire intéressant de cet événement. L'Auteur formule une observation qui nous invite à réfléchir : commentant le sacerdoce du Christ, il souligne comment le Fils de Dieu « se charge de la descendance d'Abraham » (cf. He 2, 16). Abraham est le Père des croyants : tous les croyants sont donc, d'une façon ou d'une autre, compris dans cette « descendance d'Abraham » pour laquelle l'Enfant, qui est dans les bras de Marie, est présenté au Temple. L'événement qui s'accomplit sous les yeux de ces quelques témoins privilégiés constitue une première annonce du sacrifice de la Croix.
Le texte biblique affirme que le Fils de Dieu, solidaire des hommes, partage leur condition de faiblesse et de fragilité jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la mort, dans le but d'opérer une libération radicale de l'humanité, en vainquant une fois pour toute l'adversaire, le diable, qui trouve précisément dans la mort son point fort sur les êtres humains et sur chaque créature (cf. He 2, 14-15).
Dans cette admirable synthèse, l'Auteur inspiré exprime toute la vérité sur la rédemption du monde. Il souligne l'importance du sacrifice sacerdotal du Christ, qui « a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple » (He 2, 17).
Précisément parce qu'elle souligne le lien profond qui unit le mystère de l'Incarnation à celui de la Rédemption, la Lettre aux Hébreux constitue un commentaire adapté à l'événement liturgique que nous célébrons aujourd'hui. Elle souligne la mission rédemptrice du Christ, à laquelle tout le Peuple de la Nouvelle Alliance participe. Vous participez à cette mission de façon particulière, très chères personnes consacrées, qui remplissez la Basilique vaticane et que je salue avec une grande affection. Cette fête de la Présentation est de façon particulière votre fête : en effet, nous célébrons la troisième Journée de la Vie consacrée.
3. Je suis reconnaissant au Cardinal Éduardo Martínez Somalo, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique, qui préside cette Eucharistie. À travers sa personne, je salue et je remercie ceux qui, à Rome et dans le monde, travaillent au service de la Vie consacrée.
En ce moment, ma pensée s'adresse avec une affection particulière à toutes les personnes consacrées de la terre : il s'agit d'hommes et de femmes qui ont choisi de suivre le Christ de façon radicale dans la pauvreté, dans la virginité et dans l'obéissance. Je pense aux hôpitaux, aux écoles, aux oratoires, où ils œuvrent dans une attitude de dévouement total au service de leurs frères, pour le Royaume de Dieu : je pense aux milliers de monastères, dans lesquels on vit la communion avec Dieu dans un intense rythme de prière et de travail ; je pense aux laïcs consacrés, témoins discrets dans le monde, et aux nombreuses personnes en première ligne parmi les plus pauvres et les exclus.
Comment ne pas rappeler ici les religieux et les religieuses qui, récemment encore, ont versé leur sang alors qu'ils accomplissaient un service apostolique souvent difficile et pénible ? Fidèles à leur mission spirituelle et caritative, ils ont uni le sacrifice de leur vie à celui du Christ pour le salut de l'humanité. La prière de l'Église est aujourd'hui dédiée à chaque personne consacrée, mais tout particulièrement à eux. Elle rend grâce pour le don de cette vocation et l'invoque ardemment : en effet, les personnes consacrées contribuent de façon déterminante à l'œuvre de l'évangélisation, en lui conférant la force prophétique qui provient de l'aspect radical de leur choix évangélique.
4. L'Église vit de l'événement et du mystère. En ces journées, elle vit de l'événement de la Présentation du Seigneur au Temple, en cherchant à approfondir le mystère qui y est contenu. Cependant, d'une certaine façon, l'Église puise chaque jour à cet événement de la vie du Christ, en méditant sa signification spirituelle. En effet, chaque soir, dans les églises et dans les monastères, dans les chapelles et dans les maisons retentissent dans le monde entier les paroles du vieux Syméon, qui viennent d'être proclamées :
« Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole,
laisser ton serviteur en paix ;
car mes yeux ont vu ton salut,
que tu as préparé à la face de tous les peuples ;
lumière pour éclairer les nations
et gloire de ton peuple Israël » (Lc 2, 29-32).
C'est ainsi que pria Syméon, auquel il avait été donné de voir la réalisation des promesses de l'Ancienne Alliance. Ainsi prie l'Église, qui, sans épargner ses énergies, se prodigue pour apporter à tous les peuples le don de la Nouvelle Alliance.
Dans la mystérieuse rencontre entre Syméon et Marie, se rencontrent l'Ancien et le Nouveau Testament. Ensemble, le vieux prophète et la jeune Mère rendent grâce pour cette lumière qui a empêché les ténèbres de vaincre. C'est une Lumière qui brille dans le cœur de l'existence humaine : le Christ, Sauveur et Rédempteur du monde, « lumière pour éclairer les nations et gloire de son peuple Israël ». Amen !
CÉLÉBRATION PÉNITENTIELLE EN LA BASILIQUE SAINTE-SABINE
SUR L'AVENTIN