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HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Jeudi 3 juin 1999, Solennité du Corpus Domini
1. Lauda Sion, Salvatorem ! Loue, Sion, le Sauveur !
Loue ton Sauveur, communauté chrétienne de Rome, réunie devant cette basilique-cathédrale, consacrée au Christ Sauveur et à son précurseur, Jean-Baptiste ! Loue-le, car « il assure ton sol dans la paix, de la graisse du froment te rassasie » (Psaume responsorial, 147, 14).
La solennité du Corpus Domini est une fête de louange et d'action de grâce. En elle, le peuple chrétien se réunit autour de l'autel pour contempler et adorer le Mystère eucharistique, mémorial du sacrifice du Christ, qui a donné à tous les hommes le salut et la paix. Cette année, notre célébration solennelle, et, dans peu de temps, la traditionnelle procession, qui nous conduira de cette place à Sainte-Marie-Majeure, ont une finalité particulière : elles veulent être une prière unanime et implorante pour la paix.
Tandis que nous adorons le Corps de Celui qui est notre Chef, comment ne pas devenir solidaires de ses membres qui souffrent à cause de la guerre ? Oui, très chers frères et sœurs, romains et pèlerins, ce soir, nous voulons prier ensemble pour la paix ; nous voulons prier, de façon particulière, pour la paix dans les Balkans. Que la Parole de Dieu, que nous venons d'écouter, nous illumine et nous guide.
2. Dans la première Lecture, le commandement du Seigneur a retenti : « Souviens-toi de tout le chemin que Yahvé ton Dieu t'a fait faire » (Dt 8, 2). « Souviens-toi » ! Telle est la première parole. Non pas une invitation, mais un commandement que le Seigneur adresse à son peuple, avant de l'introduire dans la terre promise. Il lui ordonne de ne pas oublier.
Pour avoir la paix, qui est la synthèse de tous les biens promis par Dieu, il faut avant tout ne pas oublier, mais préserver l'expérience passée. Même des erreurs, il est possible de tirer un enseignement utile pour mieux orienter son chemin.
En regardant ce siècle et le millénaire qui touche à sa fin, comment ne pas rappeler à la mémoire les terribles épreuves que l'humanité a dû supporter ? Nous ne pouvons pas oublier : au contraire, nous devons nous souvenir. Aide-nous, Dieu, notre Père, à tirer les justes leçons des épisodes que nous avons vécus et de ceux qui nous ont précédés !
3. L'histoire parle de grandes aspirations à la paix, mais également des déceptions répétées que l'humanité a dû subir, entre larmes et sang. Précisément aujourd'hui, le 3 juin, il y a 36 ans, mourait Jean XXIII, le Pape de Pacem in terris. Quel chœur unanime de louanges accueillit ce document, dans lequel étaient tracées les grandes lignes de l'édification d'une paix véritable dans le monde ! Mais combien de fois au cours de ces années a-t-on dû encore assister au déferlement de la violence de la guerre sur l'une ou l'autre partie de la planète ?
Toutefois, le croyant ne se rend pas. Il sait qu'il peut toujours compter sur l'aide de Dieu. À cet égard, les paroles prononcées par Jésus lors de la dernière Cène sont éloquentes : « Je vous laisse la paix, c'est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jn 14, 27). Aujourd'hui, nous voulons une fois de plus l'accueillir et la comprendre en profondeur. Nous entrons spirituellement dans le Cénacle pour contempler le Christ qui donne, sous les espèces du pain et du vin, son corps et son sang, anticipant dans le sacrement le Calvaire. C'est de cette façon qu'il nous donne la paix. Saint Paul commentera : « Car c'est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n'en a fait qu'un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine [...] par la croix » (Ep 2, 14.16).
En se donnant, le Christ nous a donné la paix. Sa paix n'est pas la paix du monde, faite souvent de stratégies et de compromis, lorsqu'il ne s'agit pas d'abus et de violences. La paix du Christ est le fruit de sa Pâque : c'est-à-dire qu'elle est le fruit de son sacrifice qui extirpe la racine de la haine et de la violence et réconcilie les hommes avec Dieu et entre eux ; c'est le trophée de sa victoire sur le péché et sur la mort, de sa guerre pacifique contre le mal dans le monde, combattue et remportée avec les armes de la vérité et de l'amour.
4. Ce n'est pas par hasard si c'est précisément ce salut qui fleurit sur les lèvres du Christ ressuscité. Apparaissant aux Apôtres, il leur montre d'abord sur ses mains et son côté les signes de la dure lutte soutenue, puis leur souhaite : « Paix à vous ! » (Jn 20, 19.21.26). Il communique sa paix aux disciples comme don très précieux, qu'il ne faut pas tenir jalousement caché, mais qu'il faut diffuser à travers le témoignage.
Très chers amis, ce soir, en portant en procession l'Eucharistie, sacrement du Christ, notre Pâques, nous porterons dans les rues de la Ville l'annonce de la paix qu'Il nous a laissée et que le monde ne peut donner. Nous marcherons en nous interrogeant sur notre témoignage personnel en faveur de la paix. En effet, il ne suffit pas de parler de paix, si l'on ne s'engage pas ensuite à cultiver dans notre cœur des sentiments de paix et à les manifester dans les rapports quotidiens avec ceux qui nous sont proches.
Nous porterons l'Eucharistie en procession et nous élèverons notre prière implorante au « Prince de la paix » pour la proche terre des Balkans, où trop de sang innocent a déjà été versé et trop d'offenses ont été perpétrées contre la dignité et les droits des hommes et des peuples.
Notre prière est réconfortée ce soir par les perspectives d'espérance, qui semblent finalement s'être ouvertes.
5. « Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde » (Jn 6, 51). Dans le texte évangélique que nous venons d'écouter, ces paroles de Jésus nous ont fait comprendre quelle est la source de la paix véritable. Le Christ est notre paix, le « pain » offert pour la vie du monde. Il est le « pain » que Dieu le Père a préparé, afin que l'humanité ait la vie et l'ait en abondance (cf. Jn 10, 10).
Dieu n'a pas épargné son Fils, mais l'a donné comme salut pour tous, comme Pain dont se nourrir pour avoir la vie. Le langage du Christ est clair : pour avoir la vie, il ne suffit pas de croire en Dieu, il faut vivre en Lui (cf. Jc, 2, 14). C'est pourquoi le Verbe s'est incarné, il est mort et ressuscité et nous a donné son Esprit ; c'est pourquoi il nous a laissé l'Eucharistie, afin que l'on puisse vivre de Lui, comme lui vit du Père. L'Eucharistie est le sacrement du don que le Christ nous a fait de lui-même : c'est le Sacrement de l'amour et de la paix, qui est plénitude de vie.
6. « Pain vivant, qui donne la vie ! ».
Seigneur Jésus, face à Toi, notre Pâque et notre paix, nous nous engageons à nous opposer sans violence aux violences de l'homme sur l'homme.
Prostrés à tes pieds, ô Christ, nous voulons aujourd'hui partager le pain de l'espérance avec nos frères désespérés ; le pain de la paix avec nos frères martyrisés par la purification ethnique et la guerre ; le pain de la vie avec nos frères menacés chaque jour par les armes de destruction et de mort.
Avec les victimes innocentes et sans défense, ô Christ, nous voulons partager le pain vivant de ta paix. « Pour eux nous t'offrons et eux aussi t'offrent ce sacrifice de louange » (Canon romain), afin que Toi, ô Christ, né de la Vierge Marie, Reine de la paix, sois pour nous, avec le Père et l'Esprit Saint, source de vie, d'amour et de paix. Amen !
VOYAGE APOSTOLIQUE EN POLOGNE -
ACTE DE DÉVOTION AU SACRÉ-COEUR DE JÉSUS


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Dimanche 6 juin 1999, Elblag
1. « Nous rendons honneur à ton Cœur, ô notre Jésus, ô Jésus... ».
Je rends grâce à la Divine Providence de pouvoir, avec vous qui êtes ici présents, rendre louange et gloire au Sacré-Cœur de Jésus, dans lequel s'est manifesté de la façon la plus complète l'amour paternel de Dieu. Je me réjouis, de ce que la pieuse pratique de réciter ou de chanter, chaque jour du mois de juin, les Litanies au Sacré-Cœur de Jésus est si vivante en Pologne et se poursuit toujours.
2. « Cœur de Jésus, source de vie et de sainteté, aie pitié de nous ».
Ainsi l'évoquons-nous dans les Litanies. Tout ce que Dieu voulait nous dire à propos de sa personne et de son amour, il l'a déposé dans le cœur de Jésus et, à travers ce cœur, il l'a exprimé. Nous nous trouvons face à un mystère insondable. À travers le Cœur de Jésus, nous lisons l'éternel dessein divin du salut du monde. Et il s'agit d'un projet d'amour. Les litanies que nous avons chantées de façon admirable contiennent toute cette vérité.
Nous sommes venus ici aujourd'hui, pour contempler l'amour du Seigneur Jésus, sa bonté qui embrasse chaque homme ; pour contempler son Cœur ardent d'amour pour le Père, dans la plénitude de l'Esprit Saint. Le Christ qui nous aime, nous montre son Cœur comme source de vie et de sainteté, comme source de notre rédemption. Pour comprendre de façon plus approfondie cette invocation, il faut peut-être revenir à la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, dans la petite ville de Sychar, près du puits, qui se trouvait là depuis l'époque du patriarche Jacob. Elle était venue puiser de l'eau. Alors Jésus lui dit : « Donne-moi à boire », et elle lui répondit : « Comment ! toi qui es juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? ». L'évangéliste ajoute alors que les juifs ne s'entendaient pas avec les Samaritains. Elle reçut alors la réponse de Jésus : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive [...] l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant en vie éternelle » (cf. Jn 4, 1-14). Ce sont là des paroles mystérieuses.
Jésus est une source ; c'est de lui que jaillit la vie divine de l'homme. Il suffit de s'approcher de lui, de demeurer en lui, pour obtenir cette vie. Et qu'est-ce que cette vie, sinon le début de la sainteté de l'homme ? De la sainteté qui est en Dieu et que l'homme peut atteindre avec l'aide de la grâce ? Nous désirons tous boire au cœur divin, qui est source de vie et de sainteté.
3. « Heureux qui observe le droit, qui pratique en tout temps la justice » (Ps 105 [106], 3).
Chers frères et sœurs, la méditation de l'amour de Dieu, qui s'est révélé dans le Cœur de son Fils, exige de l'homme une réponse cohérente. Nous n'avons pas seulement été appelés à contempler le mystère de l'amour du Christ, mais à y participer. Le Christ dit : « Si vous m'aimez, observez mes commandements » (Jn 14, 15). De cette façon, il nous lance un appel puissant et, dans le même temps, il nous pose une condition : si tu veux m'aimer, observe mes commandements, observe la sainte loi de Dieu, pratique les sentiers que Dieu t'a indiqués et que je t'ai indiqués à travers l'exemple de ma vie.
La volonté de Dieu est que nous observions ses commandements, c'est-à-dire la loi de Dieu donnée sur le Mont Sinaï à Israël, à travers Moïse. La loi donnée à tous les hommes. Nous connaissons ces commandements. Beaucoup d'entre vous les répètent chaque jour dans la prière. Il s'agit d'une coutume très belle et pieuse. Répétons-les tels qu'ils sont écrits dans le Livre de l'Exode, pour confirmer et pour renouveler ce que nous nous rappelons.
« Je suis Yahvé, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude :
Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi.
Tu ne prononceras pas le nom de Yahvé ton Dieu à faux,
tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier ;
honore ton père et ta mère, afin que se prolongent tes jours sur la terre que te donne Yahvé ton Dieu.
Tu ne tueras pas.
Tu ne commettras pas d'adultère.
Tu ne voleras pas.
Tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain.
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain.
Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain » (cf. Ex 20, 2-7).
Voilà le fondement de la morale donnée à l'homme par le Créateur : le Décalogue, les dix paroles de Dieu prononcées avec fermeté sur le Sinaï et confirmées par le Christ lors du discours sur la Montagne, dans le contexte des huit béatitudes. Le Créateur, qui est dans le même temps le législateur suprême, a inscrit dans le cœur de l'homme tout l'ordre de la vérité. Cet ordre conditionne le bien et l'ordre moral et il constitue la base de la dignité de l'homme créé à l'image de Dieu. Les commandements ont été donnés pour le bien de l'homme, pour son bien personnel, familial et social. Ils représentent véritablement la route à suivre pour l'homme. L'ordre matériel à lui seul ne suffit pas. Il doit être complété et enrichi par l'ordre surnaturel. Grâce à celui-ci, la vie acquiert un sens nouveau et l'homme devient meilleur. En effet, la vie a besoin de forces et de valeurs divines, surnaturelles, ce n'est qu'alors qu'elle acquiert sa pleine splendeur. Le Christ confirma cette loi de l'Ancienne Alliance. Dans le discours de la montagne, il parla avec clarté à ceux qui l'écoutaient : « N'allez pas croire que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Mt 5, 17).
Le Christ est venu pour accomplir la loi, tout d'abord pour la compléter dans son contenu et sa signification, puis pour en révéler ainsi son sens complet et toute sa profondeur : la loi est parfaite lorsqu'elle est imprégnée de l'amour de Dieu et du prochain. L'amour est ce qui décide de la perfection morale de l'homme, de sa ressemblance avec Dieu. « Celui qui a mes commandements et les garde, - dit le Christ - c'est celui-là qui m'aime ; or celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; et je l'aimerai et je me manifesterai à lui » (Jn 14, 21). La fonction liturgique d'aujourd'hui, consacrée au Très Saint Cœur de Jésus, nous rappelle cet amour de Dieu, intensément désiré par l'homme, et elle indique qu'une réponse concrète à cet amour consiste à observer dans la vie quotidienne les commandements de Dieu. Dieu a voulu qu'ils ne s'effacent pas de la mémoire, mais qu'ils demeurent imprimés pour toujours dans les consciences des hommes, afin que l'homme, en connaissant et en observant les commandements, « ait la vie éternelle ».
4. « Heureux qui observe le droit ».
Le Psalmiste appelle ainsi celui qui marche sur la voie des commandements et les observe jusqu'à la fin (cf. Ps 118 [119], 32-33). En effet, l'observance de la loi divine est le fondement pour obtenir le don de la vie éternelle, c'est-à-dire du bonheur qui ne connaît pas de fin. À la question du jeune homme riche : « Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle ? » (Mt 19, 16). Jésus répondit : « Su tu veux entrer dans la vie, observe les commandements » (Mt 19, 17). Cet appel du Christ est particulièrement actuel dans la réalité d'aujourd'hui, dans laquelle de nombreuses personnes vivent comme si Dieu n'existait pas. La tentation d'organiser le monde et sa propre vie sans Dieu, voire même contre Dieu, sans ses commandements et sans l'Évangile, existe et nous menace également. Et la vie humaine et le monde construits sans Dieu, se retourneront à la fin contre l'homme. Nous en avons eu de nombreuses preuves en ce XXème siècle qui s'achève. Transgresser les commandements divins, abandonner le chemin tracé par Dieu, signifie tomber dans l'esclavage du péché, et « le salaire du péché est la mort » (Rm 6, 23).
Nous nous trouvons face à la réalité du péché. Celui-ci constitue une offense à Dieu, il constitue une désobéissance à Dieu, à sa loi, à la norme morale, que Dieu donna à l'homme, en l'inscrivant dans le cœur humain, en la confirmant et la perfectionnant à travers la Révélation. Le péché s'oppose à l'amour de Dieu pour nous et détourne nos cœurs de Lui. Le péché est « l'amour de soi porté jusqu'au mépris de Dieu », comme le dit saint Augustin (De Civitate Dei, 14, 28). Le péché est un mal profond, dans toutes ses dimensions. À commencer par le péché originel, et en passant par tous les péchés personnels de chaque homme, par les péchés sociaux, les péchés qui pèsent sur toute l'histoire de l'humanité.
Nous devons constamment être conscients de ce grand mal, nous devons constamment acquérir une sensibilité subtile et une claire connaissance du germe de mort contenu dans le péché. Il s'agit ici de ce que l'on a l'habitude d'appeler le sens du péché. Il puise sa source à la conscience morale de l'homme, il est lié à la connaissance de Dieu, au sens de l'union avec le Créateur, Seigneur et Père. Plus cette conscience de l'union avec Dieu est profonde, renforcée par la vie sacramentelle de l'homme, et par la prière sincère, plus le sens du péché est clair. La réalité de Dieu révèle et illumine le mystère de l'homme. Faisons tous ce qui est en notre pouvoir pour rendre nos consciences sensibles et les sauvegarder de la déformation ou de l'insensibilité.
Voyons quelles sont les grandes tâches que Dieu nous assigne. Nous devons établir en nous un homme véritable, à l'image et à la ressemblance de Dieu. Un homme qui aime la loi de Dieu et qui veut vivre selon celle-ci. Le Psalmiste qui s'écrie : « Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon péché, lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi » (Ps 50 [51], 3-4), n'est-il pas pour nous un exemple touchant d'un homme qui se présente repenti devant Dieu ? Il désire la metanoia de son propre cœur, pour devenir une créature nouvelle, différente, transformée par la puissance de Dieu.
Saint Adalbert se présente à nous. Nous ressentons sa présence ici, car c'est sur cette terre qu'il donna sa vie pour le Christ. Depuis mille ans, il nous dit, à travers le témoignage du martyre, que la sainteté s'obtient par le sacrifice, qu'il n'y a pas de place pour le compromis, qu'il faut être fidèle jusqu'au bout, qu'il faut avoir le courage de protéger l'image de Dieu dans son âme, jusqu'au sacrifice suprême. Sa mort comme martyr lance un appel aux hommes afin que, en mourant au mal et au péché, ils laissent naître en eux un homme nouveau, un homme de Dieu, qui observe les commandements du Seigneur.
5. Très chers frères et sœurs, nous contemplons le Sacré-Cœur de Jésus, qui est source de vie, car à travers lui s'est accomplie la victoire sur la mort. Il est également source de sainteté, car en lui est vaincu le péché, qui est l'ennemi de la sainteté, l'ennemi du développement spirituel de l'homme. Du Cœur du Seigneur Jésus, commence la sainteté de chacun de nous. Apprenons de ce Cœur l'amour pour Dieu et la compréhension du mystère du péché - mysterium iniquitatis.
Accomplissons des actes de réparation au Divin Cœur pour les péchés commis par nous et par nos proches. Réparons le refus de la bonté et de l'amour de Dieu.
Approchons-nous chaque jour de cette source d'où jaillissent les sources d'eau vive. Avec la Samaritaine, demandons : « Donne-nous cette eau », car elle donne la vie éternelle.
Cœur de Jésus, foyer ardent de charité,
Cœur de Jésus, source de vie et de sainteté,
Cœur de Jésus, propitiation pour nos péchés
- aie pitié de nous. Amen.
VOYAGE APOSTOLIQUE EN POLOGNE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Mardi 8 juin 1999, Elk
1. « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer chez toi » (Lc 19, 5).
Saint Luc, dans l'Évangile que nous venons d'entendre, nous rapporte la rencontre de Jésus avec un homme très riche appelé Zachée, chef des publicains. Comme il était de petite taille, il monta sur un arbre pour voir le Christ. Il entendit alors les paroles du maître : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer chez toi ». Jésus avait remarqué le geste de Zachée : il interpréta son désir et anticipa l'invitation. D'aucuns furent même stupéfaits du fait que Jésus aille trouver un pécheur. Zachée, heureux de la visite « reçut Jésus plein de joie » (cf. Lc 19, 6), c'est-à-dire qu'il ouvrit généreusement la porte de sa maison et de son cœur à la rencontre avec le Sauveur.
(…)
3. « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres » (Lc 19, 8). Le Christ « la lumière du monde » (cf. Jn 8, 12) a apporté sa lumière dans la maison de Zachée, et de façon particulière dans son cœur. Grâce à la proximité de Jésus, de ses paroles et de son enseignement, la transformation du cœur de cet homme commence à s'accomplir. Sur le seuil de sa maison, Zachée déclare déjà : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j'ai extorqué quelque chose à quelqu'un, je lui rends le quadruple » (Lc 19, 8). À partir de l'exemple de Zachée, nous voyons comment le Christ illumine les ténèbres de la conscience humaine. À sa lumière, les horizons de l'existence s'élargissent : c'est le début de la prise de conscience des autres hommes et de leurs nécessités. Le sens du lien avec l'autre, la conscience de la dimension sociale de l'homme et, en conséquence, le sens de la justice, naissent. « Le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité » enseigne saint Paul (Ep 5, 9). L'ouverture vers l'autre homme, vers le prochain, constitue l'un des fruits principaux d'une conversion sincère. L'homme se défait de son attitude égoïste « être pour lui-même » et se tourne vers les autres, ressent le besoin d'« être pour les autres », d'être pour ses frères.
Une telle ouverture du cœur dans la rencontre avec le Christ est le gage du salut, comme le révèle la suite de l'entretien avec Zachée : « Et Jésus lui dit : "Aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison [...] car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu" » (Lc 19, 9-10).
Aujourd'hui aussi, la description que Luc fait de l'événement qui eut lieu à Jéricho, n'a pas perdu de son importance. Il contient l'invitation du Christ, qui « est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et rédemption » (1 Co 1, 30). Et comme jadis il se présenta à Zachée, en ce moment aussi le Christ se présente à l'homme de notre siècle. Il semble présenter à chacun en particulier sa proposition : « Il me faut aujourd'hui demeurer chez toi » (Lc 19, 5).
Chers frères et sœurs, cet « aujourd'hui » est important, il constitue comme une sollicitation. Dans la vie, il existe des questions tellement importantes et tellement urgentes qu'elles ne peuvent pas être renvoyées ni laissées pour le lendemain. Elles doivent être affrontées aujourd'hui même. Le Psalmiste s'exclame : « Aujourd'hui si vous écoutiez sa voix ! N'endurcissez pas vos cœurs » (Ps 94 [95], 8). « L'appel des humbles » (Jb 34, 28) du monde entier s'élève sans cesse de cette terre et parvient à Dieu. C'est le cri des enfants, des femmes, des personnes âgées, des réfugiés, de ceux qui ont subi un tort, des victimes de la guerre, des chômeurs. Les pauvres sont également parmi nous : les sans-abris, les mendiants, les affamés, les méprisés, ceux qui sont oubliés par leurs proches et par la société, les exclus et les humiliés, les victimes de divers vices. Un grand nombre d'entre eux tentent même de cacher leur misère humaine, mais il faut savoir les reconnaître. Il y a également les personnes qui souffrent dans les hôpitaux, les enfants orphelins et les jeunes qui font l'expérience des difficultés et des problèmes de leur âge.
« Il y a des situations persistantes de misère qui ne peuvent pas ne pas secouer la conscience du chrétien et lui rappeler le devoir d'y faire face d'urgence, de manière personnelle ou communautaire. [...] Aujourd'hui encore s'ouvrent devant nous de vastes espaces dans lesquels la charité de Dieu doit se faire présente par l'Œuvre des chrétiens », comme je l'ai écrit dans le dernier Message pour le Carême (cf. ORLF n. 3, du 19 janvier 1999). L'« aujourd'hui » du Christ devrait donc retentir avec toute sa force dans chaque cœur et le rendre sensible aux œuvres de miséricorde. « La plainte et l'appel des humbles » exige une réponse concrète et généreuse de notre part. Elle exige la disponibilité à servir le prochain. Nous sommes invités par le Christ. Nous sommes constamment appelés. Chacun de façon différente. En effet, en divers lieux l'homme souffre et appelle l'homme. Il a besoin de sa présence, de son aide. Combien est importante cette présence du cœur humain et de la solidarité humaine !
N'endurcissons pas nos cœurs lorsque nous entendons « l'appel des humbles ». Cherchons à entendre ce cri. Cherchons à agir et à vivre de façon à ce que dans notre patrie ne fasse défaut à personne un toit sur la tête et du pain sur la table ; que personne ne se sente seul, abandonné. Par cet appel, je m'adresse à tous mes compatriotes. Je connais tout ce qui est accompli en Pologne pour prévenir la misère et l'indigence qui se multiplient. À ce point, je désire souligner l'activité des sections de la Caritas de l'Église, diocésaines et paroissiales. Elles entreprennent en effet diverses initiatives, entre autres au cours de l'Avent et du Carême, en apportant ainsi de l'aide à des personnes seules et à des groupes sociaux entiers. Elles accomplissent également des activités de formation et d'éducation. Cette aide s'étend parfois au-delà des frontières de la Pologne. Récemment ont été créés de nombreux centres d'assistance sociale, hospices, cantines, centres caritatifs, maisons pour les mères seules, instituts pour l'enfance, garderies, centres de protection ou pour les handicapés. Il ne s'agit que de quelques exemples de cette immense œuvre de bon samaritain. Je désire également souligner l'effort de l'État et des institutions privées, celui de personnes seules, ainsi que des volontaires qui y sont engagés. Il faut également citer les initiatives visant à remédier au phénomène préoccupant de la croissance de la pauvreté dans divers milieux et diverses régions. Il s'agit d'une contribution réelle et visible au développement de la civilisation de l'amour en terre polonaise.
Nous devons toujours nous rappeler que le développement économique du pays doit prendre en considération la grandeur de la dignité et de la vocation de l'homme qui « a été créé à l'image et ressemblance de Dieu » (cf. Gn 1, 26). L'homme ne peut faire les frais du développement et du progrès économique, limitant ses exigences fondamentales. L'homme doit être le sujet du développement, c'est-à-dire le point de référence primordial. Le développement et le progrès économique ne peuvent pas être poursuivis à tout prix ! Ils ne seraient pas dignes de l'homme (cf. Sollicitudo rei socialis, n. 27). L'Église d'aujourd'hui annonce et cherche à réaliser l'option préférentielle en faveur des pauvres. Il ne s'agit pas seulement ici d'un sentiment fugace, ou d'une action immédiate, mais d'une volonté réelle et persévérante d'agir en faveur du bien de ceux qui se trouvent dans le besoin et qui sont souvent privés d'espérance en un avenir meilleur.
4. « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3).
Dès le début de son activité messianique, en parlant dans la synagogue de Nazareth, Jésus dit : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres » (Lc 4, 18). Il considérait les pauvres comme les héritiers privilégiés du royaume. Cela signifie que seuls « ceux qui ont une âme de pauvre » sont en mesure de recevoir le Royaume de Dieu de tout leur cœur. La rencontre de Zachée avec Jésus montre qu'un homme riche peut lui aussi participer à la béatitude du Christ pour ceux qui ont une âme de pauvre.
Celui qui a une âme de pauvre est celui qui est disposé à utiliser avec générosité ses richesses en faveur des personnes dans le besoin. On voit ainsi qu'il n'est pas attaché à ces richesses. On voit qu'il comprend bien la finalité essentielle de celles-ci. En effet, les biens matériels existent pour servir aux autres, en particulier ceux qui sont dans le besoin. L'Église admet la propriété personnelle de ces biens, s'ils sont utilisés dans ce but.
Aujourd'hui, nous rappelons la reine sainte Edwige. Sa générosité envers les pauvres est célèbre. Bien qu'elle fût riche elle n'oubliait pas les indigents. Elle est pour nous un exemple et un modèle, elle représente la façon dont il faut vivre et mettre en pratique l'enseignement du Christ sur l'amour et sur la miséricorde et devenir semblable à celui qui, comme le dit saint Paul « pour nous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin de nous enrichir par sa pauvreté » (cf. 2 Co 8, 9).
« Heureux ceux qui ont une âme de pauvre ». Tel est le cri du Christ que chaque chrétien, chaque croyant devrait écouter aujourd'hui. Il y a tellement besoin d'hommes qui aient une âme de pauvre, c'est-à-dire ouverts à l'accueil de la vérité et de la grâce, ouverts aux grandes choses de Dieu ; d'hommes au grand cœur qui ne se laissent pas subjuguer par la splendeur des richesses de ce monde et qui ne permettent pas qu'elles dominent leur cœur. Ils sont véritablement forts, car emplis de la richesse de la grâce de Dieu. Ils vivent en ayant conscience de recevoir de Dieu, sans cesse et sans fin.
« De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ, le Nazaréen, marche ! » (Ac 3, 6) ; les Apôtres Pierre et Jean répondent par ces paroles à la requête de l'impotent. Ils lui donnèrent le bien suprême qu'il pouvait désirer. Pauvres, ils donnèrent au pauvre la plus grande richesse : au nom du Christ, ils lui restituèrent la santé. Grâce à ce fait, ils confessèrent la vérité, ce qui est le rôle des confesseurs du Christ à travers les générations.
Ceux qui ont une âme de pauvre, sans posséder eux-mêmes de l'argent ou de l'or, ont, grâce au Christ, un pouvoir supérieur à ceux qui peuvent donner toutes les richesses du monde. Ces hommes sont réellement heureux, car c'est à eux qu'appartient le Royaume des cieux. Amen.


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Vendredi 29 juin 1999, Solennité des saints Pierre et Paul
1. « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! (Mt 16, 16).
Pierre, se faisant le porte-parole du groupe des Apôtres, proclame sa foi en Jésus de Nazareth, le Messie attendu, Sauveur du monde. En réponse à sa profession de foi, le Christ lui confie la mission d'être le fondement visible sur lequel s'appuie l'édifice tout entier de la communauté des croyants : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18).
Telle est la foi qui, au cours des siècles, s'est diffusée dans le monde entier à travers le ministère et le témoignage des Apôtres et de leurs successeurs. Telle est la foi que nous proclamons aujourd'hui, en faisant mémoire solennelle des Princes des Apôtres, Pierre et Paul. Suivant une antique et vénérable tradition, la Communauté chrétienne de Rome, qui a l'honneur de veiller sur les tombes de ces deux Apôtres, « piliers » de l'Église, leur rend un culte au cours d'une unique fête liturgique, et les vénère ensemble comme ses patrons célestes.
2. Pierre, le pêcheur de Galilée, fut appelé par Jésus avec son frère André au début de l'activité publique, pour devenir « pêcheur d'hommes » (cf. Mt 4, 18-20). Témoin des principaux moments de l'activité publique de Jésus, comme la Transfiguration (cf. Mt 17, 1) et la prière dans le jardin des oliviers à l'approche de la Passion (cf. Mt 26, 36-37), après les événements de la Pâques, il reçut du Christ le devoir de paître le troupeau de Dieu (cf. Jn 21, 15-17) en son nom.
Depuis le jour de la Pentecôte, Pierre gouverne l'Église, veillant sur sa fidélité à l'Évangile et guidant ses premiers contacts avec le monde des païens. Son ministère se manifeste, de façon particulière, au cours des moments décisifs qui ponctuent la croissance de l'Église apostolique. C'est lui, en effet, qui accueille dans la communauté des croyants le premier converti du paganisme (cf. Ac 10, 1-48) et c'est encore lui qui intervient avec autorité dans l'Assemblée de Jérusalem sur le problème de la liberté des obligations dérivant de la loi juive (cf. Ac 15, 7-11).
Les mystérieux desseins de la Providence Divine conduiront l'Apôtre Pierre jusqu'à Rome, où il versera son sang comme témoignage suprême de foi et d'amour envers le divin Maître (cf. Jn 21, 18-19). Il accomplira ainsi la mission d'être le signe de la fidélité au Christ et de l'unité de tout le Peuple de Dieu.
3. Paul, l'ancien persécuteur de l'Église naissante, touché par la grâce de Dieu sur la route de Damas, devient l'inlassable Apôtre des nations. Au cours de ses voyages missionnaires, il ne cessera de prêcher le Christ crucifié et d'attirer à la cause de l'Évangile des groupes de fidèles dans diverses villes de l'Asie et de l'Europe.
Son intense activité n'empêcha pas l'« Apôtre des nations » de mener une vaste réflexion sur le message évangélique, en le confrontant aux diverses situations avec lesquelles il était en contact dans sa prédication.
Le Livre des Actes des Apôtres décrit le long itinéraire qui, de Jérusalem, le conduit d'abord en Syrie et en Asie mineure, puis en Grèce, et enfin à Rome. C'est précisément ici, au cœur du monde alors connu, qu'il couronne par le martyre son témoignage pour le Christ. Comme lui-même l'affirme dans la seconde Lecture qui vient d'être proclamée, la mission qui lui a été confiée par le Seigneur est celle d'apporter le message évangélique aux païens : « Le Seigneur, lui, m'a assisté et m'a rempli de force afin que, par moi, le message fût proclamé et qu'il parvînt aux oreilles de tous les païens » (2 Tm 4, 17).
4. Selon une coutume désormais bien établie, en ce jour consacré à la mémoire des Apôtres Pierre et Paul, le Pape impose aux Archevêques métropolitains, nommés au cours de la dernière année, le « Pallium », signe de communion avec le Siège de Pierre.
C'est donc pour moi une grande joie de vous accueillir, bien-aimés Frères dans l'épiscopat, venus à Rome de diverses parties du monde pour cette heureuse circonstance. Avec vous, je désire saluer les communautés chrétiennes confiées à vos soins pastoraux : elles sont appelées à offrir, sous votre direction éclairée, un témoignage courageux de fidélité au Christ et à son Évangile. Les dons et les charismes de chaque communauté sont une richesse pour tous et confluent en un unique chant de louange à Dieu, source de tout bien. Parmi ces dons, l'un des principaux est certainement celui de l'unité, symbolisé à juste titre aujourd'hui par l'imposition du « Pallium ».
5. Le désir d'unité entre les chrétiens est, en outre, souligné par la présence de délégués du Patriarche œcuménique de Constantinople, venus partager la joie de la liturgie d'aujourd'hui et vénérer les Apôtres, patrons de l'Église qui est à Rome. Je leur adresse mon salut respectueux et, à travers eux, je salue le Patriarche œcuménique Bartholomaios Ier. Que les Apôtres Pierre, Paul et André, qui ont été des instruments de communion entre les premières communautés chrétiennes, soutiennent à travers leur exemple et leur intercession le chemin de tous les disciples du Christ vers la pleine unité.
L'approche du Jubilé de l'An 2000 nous invite à faire nôtre la prière pour l'unité (Jn 17, 20-23) adressée par Jésus à la veille de sa Passion. Nous sommes appelés à accompagner notre prière de signes concrets qui favorisent le chemin des chrétiens vers la pleine communion. Pour cette raison, j'ai demandé que dans le calendrier de l'An 2000 soit introduite à la veille de la fête de la Transfiguration, selon la proposition de Sa Sainteté Bartholomaios Ier, une journée de prière et de jeûne jubilaire. Cette initiative constituera une expression concrète de notre volonté de nous unir aux initiatives de nos frères des Églises orthodoxes et, dans le même temps, du désir qu'ils prennent part aux nôtres.
Que le Seigneur, à travers l'intercession des Apôtres Pierre et Paul, veuille faire en sorte que s'intensifie dans le cœur des croyants l'engagement œcuménique afin que, oubliant les erreurs commises par le passé, tous atteignent la pleine unité voulue par Jésus.
6. « Béni le Seigneur qui libère ses amis » (Refrain du psaume responsorial). Au cours de leur mission apostolique, les saints Pierre et Paul ont dû affronter des difficultés de tout genre. Celles-ci, toutefois, loin d'affaiblir leur action missionnaire, ont renforcé leur zèle au bénéfice de l'Église et pour le salut des hommes. Ils ont pu surmonter toutes les épreuves, car leur confiance reposait non pas dans les ressources humaines, mais dans la grâce du Seigneur, qui, comme le rappellent les Lectures de la solennité d'aujourd'hui, libèrent ses amis de tout mal et les sauve pour son Royaume (cf. Ac 12, 11 ; 1 Tm 4, 18).
C'est la même confiance en Dieu qui doit également nous soutenir. Oui, le « Seigneur libère ses amis ». Cette conscience doit nous rendre courageux face aux difficultés que l'on rencontre quotidiennement dans l'annonce de l'Évangile. Que nous soutiennent les saints Patrons Pierre et Paul, et qu'ils nous obtiennent cette ardeur missionnaire qui fit d'eux les témoins du Christ jusqu'aux extrémités du monde alors connu.
Priez pour nous, saints Apôtres Pierre et Paul, « piliers » de l'Église de Dieu !
Et toi, Reine des Apôtres que Rome vénère sous le beau titre de « Salus populi romani », accueilles sous ta protection le peuple chrétien en chemin vers le troisième millénaire. Soutiens chaque effort sincère visant à promouvoir l'unité des chrétiens et veille sur le chemin des disciples de ton Fils Jésus. Amen !


HOMÉLIE DE JEAN-PAUL II, 15 Août 1999
1. "Magnificat anima mea Dominum" (Lc 1,46) !
L'Église en pèlerinage dans l'histoire s'unit aujourd'hui au cantique d'exultation de la Bienheureuse Vierge Marie ; il exprime sa joie et loue Dieu car la Mère du Seigneur entre triomphante dans la gloire du ciel. Dans le mystère de son Assomption, apparaît la signification accomplie et définitive des paroles qu'elle-même prononça à Ain-Karin, en répondant au salut d'Élisabeth : "le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses" (Lc 1, 49).
Grâce à la victoire pascale de la mort sur le Christ, la Vierge de Nazareth, profondément unie au mystère du Fils de Dieu, en a partagé de façon particulière les effets salvifiques. Elle a répondu pleinement à travers son "oui" à la volonté divine, elle a participé de façon intime à la mission du Christ, et est entrée la première après Lui dans la gloire, corps et âme, dans l'intégralité de son être humain.
Le "oui" de Marie est une joie pour ceux qui étaient dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. En effet, à travers Elle, le Seigneur de la vie est venu au monde. Les croyants exultent et la vénèrent comme Mère des Fils rachetés par le Christ. Aujourd'hui en particulier, nous La contemplons comme "signe de réconfort et d'espérance certaine" (Préface) pour chaque homme et pour chaque peuple en chemin vers la Patrie éternelle.
Très chers frères et sœurs, tournons notre regard vers la Vierge, que la Liturgie nous fait invoquer comme Celle qui brise les liens des opprimés, rend la lumière aux aveugles, éloigne tout mal de nous et demande pour nous tout bien (cf. Hymne des Secondes Vêpres).
2. "Magnificat anima mea Dominum" ! La communauté ecclésiale renouvelle en la solennité d'aujourd'hui le cantique d'action de grâce de Marie : il le fait comme Peuple de Dieu et demande à chaque croyant de s'unir au chœur de louange envers le Seigneur. C'est ce à quoi saint Ambroise exhortait déjà dès les premiers siècles : "Qu'en chacun l'âme de Marie magnifie le Seigneur, qu'en chacun, l'esprit de Marie exulte en Dieu" (S. Ambroise, Exp. Ev. Luc., II, 26). Les paroles du Magnificat sont comme le testament spirituel de la Vierge Marie. C'est donc à juste titre qu'elles constituent l'héritage de ceux qui, se reconnaissant leur fils, décident de l'accueillir dans leur maison, comme le fit l'Apôtre Jean, qui la reçut comme Mère directement de Jésus, au pied de la croix (cf. Jn 19, 27).
3. "Signum magnum paruit in caelo" (Ap 12, 1). La page de l'Apocalypse, qui vient d'être proclamée, en présentant le "signe grandiose" de la femme "que le soleil enveloppe" (Ap 12, 1), affirme qu'elle "est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement" (Ap 12, 2). Marie également, comme nous l'avons écouté dans l'Évangile, lorsqu'elle part aider sa cousine Élisabeth, porte dans son sein le Sauveur, conçu par l'opération du Saint-Esprit.
Les deux figures de Marie, celle historique décrite dans l'Évangile et celle cachée dans le Livre de l'Apocalypse, symbolisent l'Église. Le fait que la grossesse, comme ensuite l'accouchement, les pièges du dragon et l'enlèvement du nouveau-né "jusqu'auprès de Dieu et de son trône" (Ap 12, 4-5), appartiennent également à l'Église "céleste" contemplée dans la vision de l'Apôtre Jean, est assez éloquent, et, en la solennité d'aujourd'hui, représente un motif de profonde réflexion. Comme le Christ ressuscité et monté au ciel porte toujours en lui, dans son corps glorieux et dans son cœur miséricordieux, les plaies de la mort rédemptrice, de même, sa Mère porte dans l'éternité "les douleurs et le travail de l'enfantement" (Ap 12, 2).
Et de même que le Fils, à travers sa mort, ne cesse de racheter ceux qui sont engendrés par Dieu comme fils adoptifs, ainsi, la nouvelle Eve continue, de génération en génération, à mettre au monde l'homme nouveau, "créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité" (Ep 4, 24). Il s'agit de la maternité eschatologique de l'Église, présente et agissante dans la Vierge.
4. Dans le moment historique présent, au terme d'un millénaire et à l'horizon d'une nouvelle ère, cette dimension du mystère de Marie apparaît plus que jamais significative. La Madone, élevée parmi les saints dans la gloire de Dieu, est un signe certain d'espérance pour l'Église et pour l'humanité tout entière.
La gloire de la Mère est un motif de joie immense pour tous ses fils, une joie qui connaît les vastes retentissements du sentiment, typiques de la piété populaire, même si elle ne se réduit pas à elles. Il s'agit d'une joie, pour ainsi dire théologale, solidement fondée sur le mystère pascal. En ce sens, la Vierge est "causa nostrae laetitiae - cause de notre joie".
Élevée au ciel, Marie indique la voie de Dieu, la voie du Ciel, la voie de la Vie. Elle l'indique à ses fils baptisés dans le Christ et à tous les hommes de bonne volonté. Elle l'ouvre en particulier aux petits et aux pauvres, les préférés de la miséricorde divine. Aux individus et aux nations, la Reine du monde dévoile la puissance d'amour de Dieu, dont les desseins dispersent ceux des hommes au cœur superbe, renversent les potentats et élèvent les humbles, comblent de bien les affamés et renvoient les riches les mains vides (cf. Lc 1, 51-53).
5. "Magnificat anima mea Dominum" ! Dans cette perspective, la Vierge du Magnificat nous aide à mieux comprendre la valeur et le sens du grand Jubilé désormais imminent, temps propice au cours duquel l'Église universelle s'unira à son cantique pour louer l'admirable œuvre de l'Incarnation. L'esprit du Magnificat est l'esprit du Jubilé : dans le cantique prophétique, en effet, Marie donne voix à la joie qui emplit son cœur, car Dieu, son Sauveur, a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante (cf. Lc 1, 47-48).
Que l'esprit de l'Église et de chaque chrétien soit également semblable. Prions afin que le grand Jubilé soit tout un Magnificat, qui unit la terre et le ciel en un cantique de louange et d'action de grâce. Amen !
JEAN-PAUL II


HOMÉLIE DU SAINT PÈRE LORS DE LA MESSE DE MINUIT, Noël 1999
1. “Hodie natus est nobis Salvator mundi” (Psaume responsorial)
Depuis vingt siècles, du cœur de l’Église retentit cette joyeuse annonce. En cette sainte nuit, l’Ange nous la répète, à nous, hommes et femmes de la fin du millénaire : “Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une grande joie : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David” (cf. Lc 2, 10-11). Durant le temps de l’Avent, nous nous sommes préparés à accueillir ces paroles réconfortantes : en elles s’actualise l’“aujourd’hui” de notre rédemption.
En cette heure, l’“aujourd’hui” résonne avec un accent particulier : ce n’est pas seulement le souvenir de la naissance du Rédempteur, c’est le début solennel du grand Jubilé. Nous nous associons spirituellement au singulier moment de l’histoire au cours duquel Dieu s’est fait homme, revêtant notre chair.
Oui, le Fils de Dieu, de même nature que le Père, Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, né du Père avant tous les siècles, a pris chair de la Vierge Marie et a assumé notre nature humaine. Il est né dans le temps. Dieu est entré dans l’histoire. L’incomparable “aujourd’hui” éternel de Dieu s’est fait présence dans les réalités quotidiennes de l’homme.
2. “Hodie natus est nobis Salvator mundi” (cf. Lc 2, 10-11)
Nous nous prosternons devant le Fils de Dieu. Nous nous unissons spirituellement à l’admiration étonnée de Marie et de Joseph. Adorant le Christ, né dans une grotte, nous faisons nôtre la foi pleine d’étonnement des bergers de ce temps-là ; nous faisons l’expérience du même émerveillement et de la même joie.
Il est difficile de ne pas céder à l’éloquence de cet événement : nous restons dans l’enchantement. Nous sommes témoins de l’instant de l’amour qui unit l’éternel à l’histoire : l’“aujourd’hui” qui ouvre le temps du jubilé et de l’espérance, parce qu’“un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule”, comme nous lisons dans le texte du prophète Isaïe (9, 5).
Aux pieds du Verbe incarné, nous déposons joies et appréhensions, larmes et espérances. C’est seulement dans le Christ, homme nouveau, que le mystère de l’homme trouve sa vraie lumière.
Avec l’Apôtre Paul, nous découvrons qu’à Bethléem “la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes” (Tt 2, 11). C’est la raison pour laquelle, en cette nuit de Noël, sur toutes les parties de la terre et dans toutes les langues du monde, résonnent des chants de joie.
3. Cette nuit, devant nos yeux, s’accomplit ce que proclame l’Évangile : “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui... obtiendra la vie éternelle” (Jn 3, 16).
Son Fils unique !
Toi, ô Christ, tu es le Fils unique du Dieu vivant, né dans la grotte de Bethléem ! Après deux mille ans, nous revivons ce mystère comme un événement absolument unique. Parmi tant de fils d’hommes, parmi tant d’enfants venus au monde durant tous les siècles, Toi seul es le Fils de Dieu : ta naissance a changé de manière ineffable le cours des événements humains.
Voilà la vérité qu’en cette nuit l’Église veut transmettre au troisième millénaire. Et vous tous, qui viendrez après nous, puissiez-vous accueillir cette vérité qui a totalement transformé l’histoire ! Depuis la nuit de Bethléem, l’humanité a conscience que Dieu s’est fait Homme : il s’est fait Homme pour rendre l’homme participant de sa nature divine.
4. Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Au seuil du troisième millénaire, l’Église Te salue, Fils de Dieu, qui es venu au monde pour vaincre la mort. Tu es venu illuminer la vie humaine par l’Évangile. L’Église Te salue et c’est avec Toi qu’elle veut entrer dans le troisième millénaire. Tu es notre espérance. Toi seul as les paroles de la vie éternelle.
Toi qui es venu au monde dans la nuit de Bethléem, reste avec nous !
Toi qui es le Chemin, la Vérité et la Vie, conduis-nous !
Toi qui viens du Père, conduis-nous à Lui dans l’Esprit Saint, sur le chemin que Toi seul connais et que Tu nous as révélé pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance.
Toi, ô Christ, Fils du Dieu vivant, sois pour nous la Porte !
Sois pour nous la vraie Porte, symbolisée par celle que nous avons ouverte en cette nuit solennelle.
Sois pour nous la Porte qui nous introduit dans le mystère du Père. Fais que personne ne soit exclu de ses bras de miséricorde et de paix !
“Hodie natus est nobis Salvator mundi” : le Christ est notre unique Sauveur ! Tel est le message de Noël 1999 : l’“aujourd’hui” de cette sainte Nuit ouvre le grand Jubilé.
Marie, aurore des temps nouveaux, sois auprès de nous, tandis qu’avec confiance nous accomplissons nos premiers pas dans l’année jubilaire. Amen !
CÉLÉBRATION DES VÊPRES ET DU TE DEUM DE REMERCIEMENT POUR LA FIN DE L'ANNÉE
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