CARÊME IV - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus (1894-1967)
carme, fondateur de Notre Dame de Vie
L’obéissance (Je veux voir Dieu, éd. du Carmel, 1949 ; p. 620.626)
« Je ne cherche pas à faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 5,30)
L'obéissance est une vertu qui unit l'homme à Dieu en le soumettant à la volonté divine, manifestée par Dieu lui-même ou ses représentants. On a pu dire de cette vertu qu'elle est presque théologale. En fait, elle se rattache à la vertu de justice qui nous fait rendre à Dieu ce qui lui est dû. Dieu a des droits souverains sur nous qui sommes ses créatures. La soumission à son bon vouloir et l'exécution en tous ses détails de la mission qu'il nous a confiée sont pour nous un devoir que nous impose sa souveraineté absolue.
D'ailleurs le plan à la réalisation duquel il nous demande de travailler est infiniment sage. Il doit procurer à la fois la gloire de Dieu et notre bonheur. Il n'y a rien que de hautement raisonnable, sage et sain en tout ce que Dieu exige de nous : ce Maître absolu n'exerce son pouvoir que pour notre bien et en respectant notre liberté. La sagesse des desseins de Dieu, aussi bien que son souverain pouvoir, fondent donc notre obéissance. (…)
C'est par l'obéissance que l'homme capte cette lumière [pratique qui nous indique la volonté de Dieu] et la fait entrer dans sa vie. L'obéissance marche toujours dans la lumière. Elle n'impose à l'intelligence la soumission qu'afin de lui faire dépasser ses lumières propres, qui ne peuvent être que limitées, pour la faire entrer dans la grande lumière de Dieu. Mystérieusement mais sûrement, elle indique à l'âme les sentiers que lui a tracés la Sagesse et la conduit en ces régions que cette Sagesse lui a fixées comme demeure d'éternité.
ou
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
De l’obéissance, chap. II, n° 155 (Le dialogue, tome 2, trad. J. Hurtaud, éd. Téqui, 1976, p. 260-261)
Vivre l’obéissance du Fils
Ô obéissance, qui accomplis la traversée sans peine, et arrive sans péril au port du salut ! Tu te conformes au Verbe, mon Fils unique ; tu prends passage sur la barque de la très sainte Croix, prête à tout souffrir plutôt que de t'écarter de l'obéissance du Verbe et d’enfreindre sa doctrine. De la très sainte Croix, tu as fait une table, où tu te nourris des âmes, inébranlable dans l'amour du prochain.
Toute pénétrée d'humilité, tu n'as point de convoitise du bien d'autrui, en dehors de ma volonté. Tu es toute droite, sans aucun détour ; tu fais le cœur loyal, sans feinte aucune, à l'amour généreux, exempt de tout calcul. Tu es une aurore qui annonce la lumière du divin amour ! Tu es un soleil qui échauffe, parce que sans cesse tu es embrasée de la charité ! C'est toi qui fais germer la terre, car par toi tous les organes du corps, toutes les facultés de l'âme produisent des fruits de vie, pour elle-même et pour le prochain. Tu es toute charmante, parce que jamais la colère ne trouble ton visage ; il conserve inaltérable la sérénité de la force, et la grâce que répand l'aimable patience.
Comme ta longue persévérance te fais grande ! Si grande, que tu vas de la terre au ciel, puisque c'est par toi et par toi seule qu'on le peut ouvrir. Tu es une perle cachée, méconnue, piétinée par le monde, et tu es la première à te mépriser toi-même et à te mettre sous les pieds de tous. Si haute pourtant est ta puissance que nul ne te peut commander : tu es affranchie de la mortelle servitude de la sensualité, qui ravalait ta dignité. En tuant cet ennemi par la haine et le mépris de la volonté propre, tu as reconquis ta liberté.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 53 ; PL 52, 375 ; CCL 241, 498 (trad. Année en fêtes, Migne 2000, p. 251 rev.)
« Ceux qui sont dans les tombeaux vont entendre sa voix » : « Lazare, viens dehors » (Jn 11,43)
Le Seigneur avait ressuscité la fille de Jaïre, mais quand le cadavre était encore chaud, quand la mort n'en était qu'à la moitié de son œuvre (Mt 9,18s)... Il a ressuscité aussi le fils unique d'une mère, mais en retenant la civière, en prenant les devants sur le tombeau..., avant que ce mort n'entre complètement dans la loi de la mort (Lc 7,11s). Mais l'ensemble de ce qui se passe à propos de Lazare est unique... : Lazare, en qui toute la puissance de la mort a été accomplie et en qui resplendit également l'image complète de la résurrection... En effet le Christ est revenu le troisième jour comme Seigneur ; Lazare, comme serviteur, a été rappelé à la vie le quatrième jour...
Le Seigneur disait et répétait à ses disciples : « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l'homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens pour qu'il soit un objet de risée, pour qu'il soit flagellé et crucifié » (Mt 20,18s). Et quand il disait cela, il les voyait devenir indécis, tristes, sans consolation. Il savait qu'il fallait qu'ils soient accablés par le poids de la Passion, jusqu'à ce que rien ne subsiste en eux de leur vie, rien de leur foi, rien de leur propre lumière, mais qu'au contraire leur cœur soit obscurci par la nuit presque totale de leur manque de foi. C'est pourquoi il fait durer jusqu'à quatre jours la mort de Lazare... De là, ce que dit le Seigneur à ses disciples : « Lazare est mort, et je me réjouis de n'avoir pas été là à cause de vous » (v. 15) -- « pour que vous ayez la foi ». La mort de Lazare était donc nécessaire, pour qu'avec Lazare la foi des disciples aussi se lève du tombeau.
« Puisque je n'étais pas là. » Et y avait-il un lieu où le Christ n'était pas ?... Le Christ Dieu était là, mes frères, mais le Christ homme n'y était pas. Le Christ Dieu était là quand Lazare mourait, mais maintenant le Christ allait venir auprès du mort, puisque le Christ Seigneur allait entrer dans la mort : « C'est dans la mort, dans le tombeau, aux enfers, c'est là qu'il faut que tout le pouvoir de la mort soit abattu, par moi et par ma mort ».
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
La Genèse au sens littéral, 4, 11-13 [21-24] (trad. Bibliothèque Augustinienne, t. 48, DDB 1972, p. 307s rev.)
« Mon Père, jusqu'à maintenant, est toujours à l'œuvre, et moi aussi, je suis à l'œuvre »
Nous voudrions expliquer comment sont également vrais deux textes : celui de la Genèse où il est écrit que Dieu se reposa le septième jour de toutes ses œuvres et celui de l'Évangile où le Seigneur, par qui toutes choses ont été faites, dit : « Mon Père est à l'œuvre jusqu'à maintenant, et moi aussi je suis à l'œuvre »... L'observation du sabbat a été prescrite aux juifs pour préfigurer le repos spirituel que Dieu promettait aux fidèles qui feraient de bonnes œuvres. Repos dont le Seigneur Jésus Christ...a confirmé le mystère par sa sépulture. Car c'est le jour du sabbat qu'il a reposé dans le tombeau...lorsqu'il avait consommé toutes ses œuvres...
On peut penser que Dieu s'est reposé d'avoir créé les divers genres de créatures, parce qu'il n'a plus créé ensuite de nouveaux genres, mais...que, même en ce septième jour, il n'a pas cessé de gouverner le ciel, la terre et tous les autres êtres qu'il avait créés ; sinon, ils auraient aussitôt sombré dans le néant. Car la puissance du Créateur, la force du Tout-Puissant, est la cause par laquelle subsiste toute créature... Il n'en est pas en effet de Dieu comme d'un architecte : la maison est achevée, celui-ci s'en va et...l'œuvre subsiste ; au contraire, le monde ne pourrait subsister, ne serait-ce l'instant d'un clin d'œil, si Dieu lui retirait son appui...
C'est ce que dit l'apôtre Paul quand il est venu annoncer Dieu aux Athéniens : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l'être » (Ac 17, 28)... En effet, nous ne sommes pas en Dieu comme sa propre substance, au sens où il est dit qu'« il a la vie en lui-même » ; mais, puisque nous sommes autre chose que lui, nous ne pouvons être en lui que parce qu'il agit ainsi : « Sa Sagesse s'étend avec force d'un bout du monde à l'autre et elle gouverne l'univers » (Sg 8, 1)...
Les œuvres bonnes que Dieu a faites (Gn 1, 31), nous les voyons ; son repos, nous le verrons après avoir accompli nos bonnes œuvres.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 98
« L'heure vient où les morts vont entendre la voix du Fils de Dieu »
« Éveille-toi, toi qui dors ! Lève-toi d'entre les morts, et Christ t'illuminera » (Ep 5,14)... Souvent, on dit de ceux qui visiblement sont morts qu'ils dorment ; et vraiment, pour Celui qui peut les réveiller, ils dorment tous. Un mort est bien mort pour toi : tu as beau le frapper, le secouer..., il ne se réveille pas. Mais pour le Christ celui à qui il a commandé : « Lève-toi ! », n'était qu'endormi, et aussitôt il s'est levé (Lc 7,14). Il est facile de réveiller un dormeur de son lit ; plus facilement encore, le Christ réveille un mort de son tombeau...
« Voilà quatre jours qu'il est mort, il sent déjà mauvais » (Jn 11,39). Mais le Seigneur à qui tout est facile vient... Devant la voix du Sauveur il n'y a pas de liens qui tiennent ; les puissances du séjour des morts tremblent et Lazare est rendu à la vie... Pour la volonté vivifiante du Christ, même ce mort de quatre jours ne faisait que dormir.
Mais réfléchis sur le caractère de cette résurrection. Lazare sorti vivant du tombeau était encore incapable de marcher. Donc le Seigneur a ordonné à ses disciples : « Déliez-le et laissez-le aller ». Christ l'a ressuscité ; eux l'ont délivré de ses liens. La vraie majesté du Dieu qui ressuscite les morts ressort dans ce récit. La Parole de la vie (1Jn 1,1) exhorte ceux qui sont enchaînés par leurs mauvaises habitudes... Vivement admonestés, ces pécheurs rentrent en eux-mêmes ; ils commencent a réviser leur vie et à sentir le poids des chaînes de leurs mauvaises habitudes. Ils en ont honte et décident de changer de vie : ils sont dès lors ressuscités, ils sont rendus à la vie, puisqu'ils condamnent leur ancienne façon de vivre. Mais, bien que vivants de nouveau, ils ne peuvent pas encore marcher... ; il faut que leurs liens soient dégagés. Voici le ministère que le Seigneur a confié à ses disciples, quand il leur a dit : « Tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (Mt 18,18).
ou
La Lettre à Diognète (v. 200) § 9 (trad. Orval ; cf SC 33 bis, p. 73)
« Ils cherchaient à le faire mourir car...il disait que Dieu était son propre Père »
Jusqu'à ces temps, qui sont les derniers (He 1,2), Dieu nous a permis de nous laisser emporter au gré de nos penchants désordonnés, entraînés par les plaisirs et les passions. Non qu'il ait pris le moins du monde plaisir à nos péchés ; il tolérait seulement ce temps d'iniquité, sans y consentir. Il préparait le temps actuel de la justice, afin que, convaincus d'avoir été indignes de la vie durant cette période à cause de nos fautes, nous en devenions dignes maintenant par l'effet de la bonté divine...
Il ne nous a pas haïs ; il ne nous a pas repoussés... Nous prenant en pitié, il s'est chargé lui-même de nos fautes, et il a livré son propre Fils en rançon pour nous : le saint pour les impies, l'innocent pour les méchants, « le juste pour les injustes » (1P 3,18), l'incorruptible pour les corrompus, l'immortel pour les mortels. Quoi d'autre que sa justice à lui aurait pu couvrir nos péchés ? En qui pourrions-nous être justifiés..., sinon par le seul Fils de Dieu ? Doux échange, œuvre insondable, bienfaits inattendus ! Le crime d'un grand nombre est recouvert par la justice d'un seul, et la justice d'un seul justifie de nombreux coupables. Dans le temps passé, il a convaincu notre nature de son incapacité à obtenir la vie ; maintenant il nous a montré le Sauveur capable de sauver ce qui ne pouvait pas l'être. De ces deux manières, il a voulu nous donner la foi en sa bonté et nous faire voir en lui le nourricier, le père, le maître, le conseiller, le médecin, l'intelligence, la lumière, l'honneur, la gloire, la force et la vie.
ou
Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)
N° 42 (trad. DDB 1981, p.67)
« Les morts vont entendre la voix du Fils de Dieu »
[Le Christ parle : ]
Ceux qui ne m'ont pas reconnu n'en ont pas bénéficié ;
j'ai été caché pour ceux qui ne me possédaient pas.
Je suis auprès de ceux qui m'aiment.
Tous mes persécuteurs sont morts ;
ceux qui me savaient vivant m'ont cherché.
Je suis ressuscité, je suis avec eux,
je parle par leur bouche.
Ils ont repoussé ceux qui les persécutent ;
sur eux j'ai jeté le joug de mon amour.
Comme le bras du fiancé sur sa fiancée (cf Ct 2,6),
ainsi est mon joug sur ceux qui me connaissent.
Comme la tente des fiançailles est dressée chez le fiancé,
mon amour protège ceux qui croient en moi.
Je n'ai pas été réprouvé,
quand même j'ai semblé l'être.
Je n'ai pas péri,
bien qu'ils l'aient imaginé.
Le séjour des morts m'a vu
et il a été vaincu,
la mort m'a laissé partir,
et beaucoup avec moi.
J'ai été pour elle fiel et vinaigre ;
je suis descendu avec elle, dans son séjour,
autant qu'il avait de profondeur.
La mort s'est relâchée,
elle n'a pas pu supporter mon visage.
J'ai tenu parmi ses morts
une assemblée de vivants (1P3,19 ;4,6).
Je leur ai parlé avec des lèvres vivantes,
en sorte que ma parole n'ait pas été pas vaine.
Ils ont couru vers moi ceux qui étaient morts ;
ils ont crié et dit : « Aie pitié de nous,
Fils de Dieu, agis avec nous selon ta grâce.
Fais-nous sortir des liens des ténèbres,
ouvre-nous la porte, que nous sortions vers toi.
Nous voyons que notre mort
ne s'est pas approchée de toi.
Soyons délivrés, nous aussi avec toi,
car tu es notre Sauveur ».
Quant à moi j'ai entendu leurs voix,
leur foi, je l'ai recueillie en mon cœur
Sur leurs fronts je traçais mon nom (Ap 14,1) ;
ils sont libres et ils m'appartiennent.
Alléluia !
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Jean, n°49, 1-3 ; CCL 36, 419-421 (trad. Orval rev.)
« Jésus s'écria d'une voix forte : Lazare, viens dehors ! » (Jn 11,43)
Parmi tous les miracles faits par notre Seigneur Jésus Christ, la résurrection de Lazare est particulièrement impressionnante. Mais si nous considérons celui qui l'a accomplie, notre joie doit dépasser notre étonnement. Celui qui a ressuscité cet homme a aussi créé l'homme, car il est le Fils unique du Père et par lui, vous le savez, tout a été fait (Jn 1,3). Si donc tout a été fait par lui, quoi d'étonnant qu'un homme soit ressuscité par lui alors que, chaque jour, il en fait naître un si grand nombre...
Tu as entendu que le Seigneur Jésus a ressuscité un mort ; cela te suffit pour apprendre que, s'il l'avait voulu, il aurait ressuscité tous les morts. Et c'est précisément ce qu'il s'est réservé pour la fin du monde. Car si vous avez entendu que Jésus a fait sortir du tombeau un mort de quatre jours par un grand miracle, « l'heure viendra, comme il le dit lui-même, où les morts entendront sa voix et ceux qui l'auront entendue vivront ». Il a ressuscité un homme déjà atteint de la pourriture du tombeau, mais ce corps avait gardé sa forme humaine ; au dernier jour d'un mot il rendra la vie à nos cendres pour reprendre leur première forme. Il fallait qu'en son temps le Christ accomplisse quelques actions nous donnant signe de sa puissance pour que nous croyions et que nous nous préparions à cette résurrection qui sera pour la vie et non pour la condamnation. Car « l'heure vient où tous ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l'appel de sa voix ; ceux qui ont fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal, pour la condamnation »...
Mais considérons les œuvres encore plus admirables du Christ : tout homme qui a la foi est un ressuscité ; et si nous sommes attentifs nous comprendrons qu'il y a des morts plus affreuses que celle de Lazare : tout homme qui pèche meurt. La mort corporelle, tout homme la craint ; mais il en est peu qui craignent la mort de l'âme. Ah, si nous pouvions réveiller les hommes de leur apathie et nous réveiller avec eux pour aimer la vie éternelle avec autant d'ardeur qu'ils aiment cette vie fugitive !
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « Christ Manifested in Remembrance », PPS t. 4, n°17
« Mon Père...est toujours à l'œuvre, et moi aussi je suis à l'œuvre »
Si nous observons la conduite du Sauveur pendant sa vie mortelle, nous voyons qu'il faisait exprès de voiler la connaissance de son identité de Fils de Dieu qu'il révélait pourtant en même temps. Il semble qu'il ait voulu qu'on puisse en jouir, mais non pas sur le moment — comme si ses paroles devaient demeurer valables déjà mais aussi devaient attendre un certain temps pour recevoir leur éclaircissement, comme si elles devaient attendre sa venue, qui doit mettre en pleine lumière à la fois le Christ et ses paroles... Il était parmi ses disciples « comme celui qui sert » (Lc 22,27). Apparemment ce n'était qu'après sa résurrection et surtout après son ascension, lorsque l'Esprit Saint est descendu, que les apôtres ont compris qui avait été avec eux...
À maintes reprises dans l'Écriture comme dans le monde, nous ne discernons pas la présence de Dieu au moment même où elle est avec nous, mais seulement après, quand nous regardons en arrière, constatant alors ce qui s'est passé autrefois... Quelle providence merveilleuse, qui se fait si silencieuse tout en étant si efficace, si constante, et surtout si infaillible ! Voilà ce qui est complètement déroutant pour le pouvoir de Satan ; il est incapable de discerner la main de Dieu à l'œuvre dans le déroulement des événements... ; ses moyens multiples ne servent à rien devant le silence majestueux et serein, le calme imperturbable et saint qui règne dans la providence de Dieu...
La main de Dieu veille toujours sur les siens et il les conduit par un chemin qu'ils ignorent. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est de croire ; ce qu'ils ne voient pas maintenant ils le verront plus tard. Et par cette foi, ils collaborent aux intentions de Dieu.
CARÊME IV - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Lettre 25, au cardinal Pierre de Lune (trad. Cartier, Téqui, 1976, tome 1, p. 248-252 ; rev.)
Rendre témoignage à la vérité !
Très révérend et très cher Père dans le Christ, le doux Jésus, moi, Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux sang, avec le désir de vous voir aimer sincèrement la douce vérité. (…) C'est dans ce sang que nous connaissons la vérité à la lumière de la très sainte Foi, qui éclaire l’œil de l'intelligence. Alors l'âme s'embrase et se nourrit dans l'amour de cette vérité ; et par amour de la vérité, elle préférerait la mort à l'oubli de la vérité.
Elle ne tait pas la vérité quand il est temps de parler, car elle ne craint pas les hommes du monde ; elle ne craint pas de perdre la vie, puisqu'elle est disposée à la donner par amour de la vérité. Elle craint Dieu seul. La vérité reprend hautement, parce que la vérité a pour compagne la sainte justice, qui est une perle précieuse qui doit briller en toute créature raisonnable (…). La vérité se tait quand il est temps de se taire ; et en se taisant, elle crie par la patience, car elle n'ignore pas, mais elle discerne et elle connaît où se trouve plus l'honneur de Dieu et le salut des âmes. Ô très cher Père, passionnez-vous pour cette vérité. (…)
Je vous demande, par amour pour Jésus crucifié et pour ce doux sang répandu avec tant d'ardeur, de devenir l'époux de la vérité, afin d'accomplir la volonté de Dieu en vous et le désir de mon âme, qui souhaite vous voir mourir pour la vérité. Je finis ; demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Doux Jésus, Jésus amour.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Jean, III, 3 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 2, p. 191)
« Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi, car c'est de moi qu'il a parlé »
Moïse a dit : « Le Seigneur notre Dieu vous suscitera, du milieu de vos frères, un prophète semblable à moi » (Dt 18,15). Moïse explique lui-même...ce qu'il vient d'annoncer : « C'est cela précisément que tu as demandé au Seigneur ton Dieu sur le mont Sinaï, au jour de l'assemblée, lorsque tu as dit : ' Nous n'écouterons pas davantage la voix du Seigneur notre Dieu et nous ne regarderons plus ce grand feu : ce serait notre mort '« (v. 16).
Moïse affirme avec force qu'un rôle de médiateur lui a été assigné alors, puisque l'assemblée des juifs était encore incapable de contempler des réalités qui la dépassaient : vision de Dieu extraordinaire et terrifiante pour les yeux, sons de trompettes étranges et intolérables pour les oreilles (Ex 19,16). Le peuple avait donc la prudence de renoncer à ce qui excédait ses forces, et la médiation de Moïse remédiait à l'infirmité des hommes de sa génération : il était chargé de transmettre au peuple assemblé les commandements divins.
Mais si tu cherches à découvrir sous ce symbole la réalité préfigurée, tu comprendras qu'elle vise le Christ, « Médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5) : c'est lui qui avec sa voix humaine, voix reçue lorsqu'il est né pour nous d'une femme, transmet aux cœurs dociles la volonté sublime de Dieu le Père, qu'il est seul à connaître en tant que Fils de Dieu et Sagesse de Dieu, « scrutant tout, même les profondeurs de Dieu » (1Co 2,10). Nous ne pouvions pas atteindre avec nos yeux de chair la gloire inexprimable, pure et nue, de celui qui est au-delà de tout -- « l'homme ne pourra pas voir ma face, dit Dieu, et rester en vie » (Ex 33,20). Alors le Verbe, le Fils unique de Dieu, devait se conformer à notre faiblesse en revêtant un corps humain...selon le dessein rédempteur, pour nous révéler la volonté de Dieu le Père, comme il disait lui-même : « Tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître » (Jn 15,15), et encore : « Je ne parle pas de moi-même, mais le Père qui m'a envoyé a commandé lui-même ce que je dois dire et faire connaître » (Jn 12,49).
ou
Saint Jacques de Saroug (v. 449-521), moine et évêque syrien
Homélie sur le voile de Moïse, 12-13 (trad. coll. Pères dans la foi, n°66, Migne 1997, p. 225 rev.)
« Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi car c'est de moi qu'il a parlé »
Moïse a énoncé les mystères, mais sans les expliquer. Il avait en effet la parole difficile et ne parvenait pas à s'exprimer clairement (Ex 4, 10). Cette difficulté de parole lui a été conservée à dessein pour que tous ses discours demeurent inexpliqués. Lorsque notre Seigneur est venu, il a délié la langue de Moïse, et aujourd'hui toutes ses paroles sont devenues distinctes, car sa langue ne bégaye plus et ses discours sont transparents comme le jour.
Jusqu'à notre Seigneur, la parole était engourdie, elle restait sans explication, et tout ce qui avait été dit à son sujet demeurait obscur. Le mystère caché se retranchait à la fois derrière le bégaiement et derrière le voile (Ex 34, 33 ; 2Co 3, 14), aussi longtemps que n'était pas arrivée l'heure de sa proclamation au grand jour.
Moïse avait demandé à voir le Père (Ex 33, 18) ; il pressentait, en effet, que le Fils viendrait en ce monde à découvert. C'est alors que le Père lui a montré le revers de son visage ; il voulait lui enseigner par là que son Fils se manifesterait sous les apparences humaines. L'Éternel fit à son sujet une distinction entre la face et l'envers, pour que Moïse reconnaisse que la terre contemplerait son Fils sous la forme d'un homme... C'est vers lui que Moïse a regardé, et c'est de lui qu'est venu l'éclat dont resplendissait la peau de son visage (Ex 34, 29). L'éclat du Fils reposait sur l'ensemble de la prophétie... ; lorsque Moïse parlait, c'était lui qui parlait par sa bouche, car il est la Parole qui inspirait toutes les paroles de la prophétie. Sans lui, il n'est pour les prophètes ni parole ni révélation possible, car il est la source première de la prophétie... Mais quand le Crucifié, l'Époux, est venu la prophétie a dévoilé son visage et élevé la voix au milieu de l'assemblée. Le Fils de la Vierge a soulevé le voile de sur les Hébreux ; tout est devenu manifeste, clair et facile à interpréter.
ou
Saint Aphraate (?-vers 345), moine et évêque à Ninive, près de Mossoul dans l’actuel Irak
Les Exposés, n° 21 (trad. SC 359, p. 822)
« Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi »
Moïse a été persécuté, comme Jésus a été persécuté. On le dissimula à sa naissance pour qu'il ne soit pas tué par ses persécuteurs ; Jésus, on le fit fuir en Égypte à sa naissance, pour qu'Hérode, son persécuteur, ne le tue pas. Au jour où naquit Moïse, on noyait les petits enfants dans le fleuve ; à la naissance de Jésus, on tua les petits enfants de Bethléem et des alentours. À Moïse, Dieu dit : « Ils sont morts, les gens qui en veulent à ta vie » (Ex 4, 19), et l'ange dit à Joseph en Égypte : « Lève-toi, prends le petit et va-t’en au pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en veulent à la vie de l'enfant » (Mt 2, 20). Moïse fit sortir son peuple de la servitude de Pharaon ; Jésus sauva tous les peuples de la servitude de Satan... Quand Moïse immola l'agneau, les premiers-nés des Égyptiens furent tués ; Jésus devint l'agneau véritable quand on le crucifia… Moïse fit descendre la manne pour son peuple ; Jésus donna son corps aux peuples. Moïse adoucit les eaux amères par le bois ; Jésus adoucit notre amertume en étant crucifié sur le bois. Moïse fit descendre la Loi pour le peuple ; Jésus donna des Testaments aux peuples. Moïse vainquit les Amalécites en étendant les mains ; Jésus vainquit Satan par le signe de la croix.
Moïse fit sortir l'eau de la pierre pour le peuple ; Jésus envoya Simon Pierre porter son enseignement chez les peuples. Moïse ôtait le voile de son visage pour parler avec Dieu ; Jésus ôta le voile qui était sur le visage des peuples, pour qu'ils entendent et reçoivent son enseignement (2Co 3, 16). Moïse imposa la main aux anciens et ils reçurent le sacerdoce ; Jésus imposa la main à ses apôtres et ils reçurent l'Esprit saint. Moïse monta sur la montagne et il y mourut ; Jésus monta aux cieux et s’assit à la droite de son Père.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur la Révélation divine (Dei Verbum), § 14-16
« Vous scrutez les Écritures... Or, ce sont elles qui me rendent témoignage »
Le Dieu très aimant, envisageant et préparant avec soin le salut du genre humain, s'est choisi, selon un plan tout particulier, un peuple auquel il confierait ses promesses... L'histoire du salut annoncée, racontée et expliquée par les auteurs sacrés, apparaît comme vraie parole de Dieu dans les livres de l'Ancien Testament ; c'est pourquoi ces livres divinement inspirés gardent une valeur perpétuelle : « en effet tout ce qui a été écrit, le fut pour notre instruction, afin que la constance et la consolation que donnent les Écritures nous procurent l'espérance » (Rm 15,4).
Le plan du salut de l'Ancien Testament était organisé par-dessus tout pour préparer la venue du Christ Rédempteur de tous et du Règne messianique, pour l'annoncer prophétiquement et la présager par diverses préfigurations. Les livres de l'Ancien Testament présentent à tous, selon la situation du genre humain avant le salut apporté par le Christ, une connaissance de Dieu et de l'homme et des méthodes dont Dieu, qui est juste et miséricordieux, agit avec les hommes. Ces livres, bien qu'ils contiennent des choses imparfaites et provisoires, montrent pourtant la vraie pédagogie divine. C'est pourquoi ces mêmes livres, qui expriment un sens vivant de Dieu, dans lesquels sont dissimulés des enseignements élevés sur Dieu, une sagesse profitable sur la vie des hommes et de magnifiques trésors de prières, dans lesquels enfin est caché le mystère de notre salut, doivent être reçus avec piété par les chrétiens.
Dieu donc, inspirateur et auteur des livres des deux Testaments, s'y est pris si sagement que le Nouveau Testament était caché dans l'Ancien, et que l'Ancien devenait clair dans le Nouveau. Car bien que le Christ ait établi une nouvelle alliance en son sang, cependant les livres entiers de l'Ancien Testament utilisés dans la prédication évangélique acquièrent et présentent dans le Nouveau Testament leur signification complète, et réciproquement l'éclairent et l'expliquent.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
2e Sermon sur la Genèse
« Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi car c'est de moi qu'il a parlé »
Dans les premiers temps, le Seigneur, qui avait créé l'homme, parlait lui-même à l'homme de telle façon que celui-ci pouvait l'entendre. C'est ainsi qu'il conversait avec Adam..., comme plus tard avec Noé et Abraham. Et même, lorsque le genre humain s'était précipité dans l'abîme du péché, Dieu n'a pas brisé toute relation avec lui, même si c'était nécessairement avec moins de familiarité, parce qu'ils s'en étaient rendus indignes. Il a consenti donc à renouer avec eux des rapports de bienveillance, mais par lettres, ainsi que nous le faisons à un ami absent ; de cette façon il pouvait aussi, dans sa bonté, se rattacher tout le genre humain. C'est Moïse qui est le porteur de ces lettres que Dieu nous envoie.
Ouvrons ces lettres ; quels en sont les premiers mots ? « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Que c'est admirable ! ... Moïse, qui est venu au monde bien des siècles après, a été vraiment inspiré d'en haut pour nous raconter les merveilles que Dieu a faites à la création du monde... Ne semble-t-il pas nous dire nettement : « Des hommes m'ont-ils appris ce que je vais vous révéler ? Nullement, mais le Créateur seul, lui qui a opéré ces merveilles ; c'est lui qui dirige ma langue pour vous les apprendre. Dès lors, je vous en prie, imposez silence à toutes les réclamations du raisonnement humain. N'écoutez pas ce récit comme s'il n'était que la parole de Moise ; c'est Dieu lui-même qui vous parle ; Moïse n'est que son interprète »...
Frères, accueillons donc la Parole de Dieu avec un cœur reconnaissant et humble... Car c'est Dieu qui a tout créé, c'est lui qui prépare toutes choses et qui les dispose avec sagesse... C'est lui qui conduit l'homme par ce qui est visible à la connaissance du Créateur de l'univers. C'est lui qui apprend à l'homme à contempler l'Ouvrier suprême dans ses œuvres en sorte qu'il sache adorer son Créateur.
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Saint Jacques de Saroug (v. 449-521), moine et évêque syrien
Homélie sur le voile de Moïse (trad., La Vie Spirituelle, t. 91 1954, p. 143-145 ; cf Lire la Bible, coll. Migne n° 66)
« C'est de moi qu'il a parlé dans l'Écriture »
« Le visage de Moïse rayonnait parce qu'il avait parlé avec Dieu. Aaron et tous les Israélites le virent...et avaient peur de l'approcher... Quand Moïse eut fini de leur parler, il mit un voile sur son visage » (Ex 34,29s). L'éclat dont resplendissait le visage de Moïse, c'était le Christ qui brillait en lui ; mais il a été caché aux yeux des Hébreux ; ils ne l'ont pas vu... Tout l'Ancien Testament se présente à nous voilé, comme Moïse, le symbole de toute prophétie. Derrière ce voile, étendu sur les livres des prophètes, apparaît le Christ, auguste juge, siégeant sur son trône de gloire...
Si Moïse était voilé, quel autre prophète aurait pu se découvrir la face ? À sa suite, tous voilèrent donc leurs discours. Simultanément, ils annonçaient et voilaient ; ils présentaient leur message, et en même temps le recouvraient d'un voile... C'est parce que Jésus brillait dans leurs livres qu'un voile le dérobait aux yeux, voile qui proclame à tout l'univers que les paroles des Saintes Écritures ont un sens caché...
Notre Seigneur a soulevé ce voile lorsqu'il a expliqué les mystères à l'univers entier. Par sa venue, le Fils de Dieu a découvert le visage de Moïse voilé jusqu'alors, paroles inintelligibles. La nouvelle alliance est venue éclairer l'ancienne ; le monde peut enfin saisir ces paroles que plus rien ne recouvre. Le Seigneur, notre Soleil, s'est levé sur le monde et a illuminé toute créature ; mystère, énigmes sont enfin éclaircis. Le voile qui recouvrait les livres a été soulevé et le monde contemple le Fils de Dieu à visage découvert.
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Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Lettre 53, à saint Paulin, évêque de Nole (trad. Orval/Verbraken rev)
« Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi car c'est de moi qu'il a parlé dans l'Écriture »
Il y a une « sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que, dès avant les siècles, Dieu nous a destinée par avance ». Cette sagesse de Dieu, c'est le Christ ; il est « puissance de Dieu et sagesse de Dieu »... Dans le Fils, en effet, « se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » ; caché dans le mystère, destiné par avance, dès avant les siècles, c'est lui qui a été prédestiné et préfiguré dans la Loi et les Prophètes.
C'est pourquoi les prophètes portaient le nom de « voyants » ; ils voyaient celui qui était caché et inconnu des autres. Abraham aussi « a vu son jour, et il s'est réjoui ». Pour Ézéchiel, les cieux se sont ouverts, alors que pour le peuple pécheur ils restaient bouchés. « Ôtez le voile de dessus mes yeux, dit David, et je contemplerai les merveilles de ta loi ». En effet, la loi est spirituelle, et pour la comprendre il faut que soit « écarté le voile » et que « soit contemplée la gloire de Dieu à visage découvert ».
Dans l'Apocalypse, on montre un livre scellé de sept sceaux... Combien d'hommes aujourd'hui, qui se prétendent instruits, tiennent en mains un Livre scellé ! Et ils sont incapables de l'ouvrir, à moins qu'il ne soit ouvert par « Celui qui tient la clef de David ; s'il ouvre, nul ne fermera, et s'il ferme, nul n'ouvrira ». Dans les Actes des Apôtres, l'eunuque lisait le prophète Isaïe... ; pourtant il ignorait celui qu'il vénérait dans ce livre sans le connaître. Survient Philippe ; il lui montre Jésus caché sous la lettre... Comprends donc que tu ne peux pas t'engager dans les Saintes Écritures sans avoir un guide qui te montre le chemin.
(Références bibliques : 1Co 2,7 ; 1Co 1,24 ; Col 2,31 ; 1Sm 9,9 ; Jn 8,56 ; Ps 118,18 ; 2Co 3,16-18 ; Ap 5,1 ; Ap 3,7 ; Ac 8,26s)
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Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Commentaire de l'Évangile concordant, 1, 18-19 ; SC 121 (trad. SC, p. 52-53)
« Vous scrutez les Écritures... ; or ce sont elles qui me rendent témoignage »
La parole de Dieu est un arbre de vie qui, de toutes parts, te tend des fruits bénis ; elle est comme ce rocher ouvert dans le désert, qui devient pour tout homme, de toutes parts, une boisson spirituelle : « Ils ont mangé un aliment spirituel, et ils ont bu un breuvage spirituel » (1Co 10,3 ; Ex 17,1s).
Que celui qui obtient en partage une de ces richesses n'aille pas croire qu'il n'y a dans la parole de Dieu que ce qu'il y trouve ; qu'il se rende compte plutôt qu'il n'a été capable d'y découvrir qu'une seule chose parmi bien d'autres. Enrichi par la parole, qu'il ne croie pas que celle-ci est appauvrie ; incapable d'épuiser sa richesse, qu'il rende grâces pour sa grandeur. Réjouis-toi, parce que tu es rassasié, mais ne t'attriste pas de ce que la richesse de la parole te dépasse.
Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s'attriste pas de son impuissance à épuiser la source. Mieux vaut que la source apaise ta soif, plutôt que ta soif n'épuise la source. Si ta soif est étanchée sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si, au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur. Rends grâces pour ce que tu as reçu et ne murmure pas pour ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part ; mais ce qui reste est aussi ton héritage.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermons sur le Cantique des Cantiques, n°20, § 2 (trad. Seuil 1953, p. 240 rev.)
« Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas »
Plus que tout, bon Jésus, je t'aime pour ce calice que tu as bu afin de nous racheter… C'est cet acte qui attire plus doucement notre amour, qui l'exige à plus juste titre, l'attache de plus près, le rend plus véhément. Notre Sauveur a beaucoup peiné ce jour-là, et le Créateur n'a pas eu autant de mal à former l'univers entier. Car il n'a eu qu'à dire et tout a été fait, à commander et tout a été créé, tandis que le Sauveur devait affirmer ses paroles devant des contradicteurs, défendre ses actes contre une surveillance hostile, subir la torture devant des railleurs et la mort au milieu des insultes. Il nous a aimés jusque-là.
En plus, ce n'était pas un amour qu'il rendait à quelqu'un, mais qu'il apportait de lui-même. En effet, « Qui lui a donné en premier, pour mériter de recevoir en retour ? » (Rm 11,35) Comme dit encore saint Jean l'évangéliste : « Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais lui qui nous a aimés le premier » (1Jn 4,10). Pour tout dire, il nous a aimés lorsque nous n'existions pas encore, et de plus il nous a aimés lorsque nous lui résistions, ainsi qu'en témoigne Saint Paul : « Alors que nous étions ses ennemis, Dieu nous a réconciliés avec lui par la mort de son Fils » (Rm 5,10). S'il ne nous avait pas aimés lorsque nous étions ses ennemis, il n'aurait pas eu d'amis, et s'il n'avait pas aimé ceux qui n'existaient pas encore, il n'aurait jamais eu personne à aimer.
CARÊME IV - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Paul II
Encyclique « Dives in Misericordia » § 8 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Vous me connaissez ? Et vous savez d'où je suis ? »
Le mystère pascal, c'est le Christ au sommet de la révélation de l'insondable mystère de Dieu. C'est alors que s'accomplissent en plénitude les paroles prononcées au Cénacle : « Qui m'a vu, a vu le Père » (Jn 14,9). En effet, le Christ, que le Père « n'a pas épargné » (Rm 8,32) en faveur de l'homme, et qui, dans sa passion et le supplice de la croix, n'a pas été l'objet de la miséricorde humaine, a révélé dans sa résurrection la plénitude de l'amour que le Père nourrit envers lui et, à travers lui, envers tous les hommes. « Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Mc 12,27).
Dans sa résurrection, le Christ a révélé le Dieu de l'amour miséricordieux, justement parce qu'il a accepté la croix comme chemin vers la résurrection. Et c'est pourquoi, lorsque nous faisons mémoire de la croix du Christ, de sa Passion et de sa mort, notre foi et notre espérance se fixent sur le Ressuscité : sur ce Christ qui, « le soir de ce même jour, le premier de la semaine..., vint au milieu de ses disciples » au Cénacle où « ils se trouvaient..., souffla sur eux, et leur dit : Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20,19s).
Voici que le Fils de Dieu, dans sa résurrection, a fait l'expérience radicale de la miséricorde, c'est-à-dire de l'amour du Père plus fort que la mort. Et c'est aussi le même Christ, qui...se révèle comme source inépuisable de la miséricorde, de l'amour...plus fort que le péché.
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Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 12, pour le mardi avant les Rameaux (trad. Cerf 1991, p. 44 rev.)
« Jésus monta à la fête lui aussi..., mais en secret »
Jésus disait : « Mon temps n'est pas encore venu, tandis que le vôtre est toujours prêt... Vous, montez à la fête ; moi, je ne monte pas à cette fête, parce que mon temps n'est pas encore accompli » (Jn 7, 6-8). Qu'est-ce donc que cette fête à laquelle notre Seigneur nous dit de monter et dont le temps est à tout instant ? La fête la plus élevée et la plus vraie, la fête suprême, est la fête de la vie éternelle, c'est-à-dire la félicité éternelle où nous serons vraiment face à face avec Dieu. Cela, nous ne pouvons pas l'avoir ici-bas, mais la fête que nous pouvons avoir, c'est un avant-goût de celle-là, une expérience de la présence de Dieu dans l'esprit par la jouissance intérieure que nous en donne un sentiment tout intime. Le temps qui est toujours nôtre, c'est celui de chercher Dieu et de poursuivre le sentiment de sa présence dans toutes nos œuvres, notre vie, notre vouloir et notre amour. C'est ainsi que nous devons nous élever au-dessus de nous-mêmes et de tout ce qui n'est pas Dieu, ne voulant et n'aimant que lui seul, en toute pureté, et rien autre chose. Ce temps est de tous les instants.
Ce vrai temps de fête de la vie éternelle, tout le monde le désire, d'un désir de nature, car tous les hommes veulent naturellement être heureux. Mais désirer ne suffit pas. C'est pour lui-même que nous devons poursuivre Dieu et le chercher lui-même. L'avant-goût du vrai et grand jour de fête, beaucoup de gens aimeraient bien l'avoir et ils se plaignent qu'il ne leur est pas donné. Quand dans la prière ils ne font pas l'expérience, au fond d'eux-mêmes, d'un jour de fête et ne sentent pas la présence de Dieu, cela les chagrine. Ils prient d'autant moins et le font avec mauvaise humeur, disant qu'ils ne sentent pas Dieu et que c'est pour cela que l'action et la prière les contrarient. Voilà ce que l'homme ne doit jamais faire. Nous ne devons jamais faire aucune œuvre avec un zèle refroidi, car Dieu est toujours là présent, et même si nous ne le sentons pas, il est cependant entré secrètement pour la fête.
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église : Sermons sur Saint Jean, n° 28
« Son heure n’était pas encore venue »
« La fête juive des Tentes approchait. Les frères de Jésus lui dirent : Ne reste pas ici, va en Judée, pour que tes disciples là-bas voient les œuvres que tu fais… Jésus leur dit : Mon temps n'est pas encore venu, tandis que pour vous le temps est toujours bon » (Jn 7, 2-6)... Jésus répond ainsi à ceux qui lui conseillaient de rechercher la gloire : « le temps de ma gloire n'est pas encore venu ». Voyez la profondeur de cette pensée : ils le poussent à rechercher la gloire, mais lui veut que l'humiliation précède l'élévation ; c’est par l’humilité qu’il veut se frayer un chemin à la gloire. Les disciples qui voulaient être assis l'un à sa droite et l'autre à sa gauche (Mc 10, 37) recherchaient la gloire humaine eux aussi : ils ne voyaient que le terme du chemin, sans considérer le chemin qui devait y conduire. Le Seigneur les a donc rappelés à la véritable route, pour qu'ils parviennent à la patrie comme on doit le faire. La patrie est élevée mais la route est humble. La patrie, c'est la vie du Christ ; la route, c'est sa mort. La patrie, c'est la demeure du Christ, la route, c'est sa Passion...
Ayons donc le cœur droit ; le temps de notre gloire n’est pas encore arrivé. Écoutons dire à ceux qui aiment ce monde, comme les frères du Seigneur : « Votre temps est toujours bon, le nôtre n'est pas encore venu ». Osons le dire, nous aussi. Nous qui sommes le Corps de notre Seigneur Jésus Christ, nous qui sommes ses membres, nous qui le reconnaissons avec joie comme notre chef, redisons ces paroles, puisque c'est pour nous qu'il a daigné les dire le premier. Quand ceux qui aiment le monde insultent notre foi, disons-leur : « Votre temps est toujours bon, le nôtre n'est pas encore venu. » L'apôtre Paul, en effet, nous a dit : « Vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu ». Quand viendra notre temps ? « Quand le Christ, notre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez, vous aussi, avec lui dans la gloire » (Col 3, 3).
« Notre vie est cachée en Dieu avec le Christ ». On pourrait bien dire pendant l'hiver : cet arbre est mort, par exemple un figuier, un poirier ou tout autre arbre fruitier ; pendant tout l'hiver, il semble privé de vie. Mais l'été sert de preuve et permet de juger s'il est vivant. Notre été à nous, c'est la révélation du Christ. Dieu viendra manifestement, notre Dieu ne se taira pas.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Le Cantique spirituel, strophe 1 (trad. OC, Cerf 1990, p. 1218)
« On cherchait à l'arrêter, mais personne ne mit la main sur lui »
Où t'es-tu caché, Bien-Aimé,
Me laissant toute gémissante ?
Comme le cerf tu t'es enfui,
M'ayant blessée ; mais à ta suite,
En criant, je sortis. Hélas, vaine poursuite !
« Où t'es-tu caché ? » C'est comme si l'âme disait : « Verbe, mon Époux, montre-moi le lieu de ta retraite. » Ce qui équivaut à lui demander la manifestation de sa divine essence, car « le lieu de la retraite du Fils de Dieu », nous dit saint Jean, « c'est le sein du Père » (Jn 1,18), ou en d'autres termes, c'est la divine essence, invisible à tout regard mortel, impénétrable à tout entendement humain. Isaïe, s'adressant à Dieu, lui dit : « Vraiment tu es un Dieu caché » (Is 45,15).
C'est pourquoi, remarquons-le bien, si intimes que soient les communications, si sublime que puisse être la connaissance qu'une âme reçoit de Dieu en cette vie, ce qu'elle perçoit n'est pas l'essence de Dieu et n'a rien de commun avec lui. En réalité, Dieu reste toujours caché à notre âme. Quelles que soient les merveilles qui lui sont dévoilées, elle doit toujours le regarder comme caché et le chercher dans sa retraite, en disant : « Où t'es-tu caché ? » En effet, ni la communication sublime, ni la présence sensible, n'est un signe assuré de la favorable présence de Dieu dans une âme, pas plus que la sécheresse et la privation de toute faveur de ce genre n'est un indice de son absence. C'est ce que nous dit le prophète Job : « S'il vient à moi, je ne le verrai pas, et s'il se retire, je ne m'en apercevrai pas » (Jb 9,11).
De cela nous devons tirer l'enseignement suivant. Une âme est-elle favorisée de hautes communications, de connaissances et de sentiments spirituels, elle ne doit nullement se persuader qu'elle possède Dieu ou qu'elle en a la vue claire et essentielle, ni qu'à cause de ces dons elle a Dieu davantage ou a pénétré plus avant en lui. De même, toutes ces communications sensibles et spirituelles viennent-elles à lui manquer, la laissant dans l'aridité, les ténèbres et l'abandon, elle ne doit nullement penser que dans cet état Dieu lui manque... Le but principal de l'âme dans ce vers du poème n'est donc pas de demander la dévotion affectueuse et sensible, qui ne donne ni certitude ni évidence de la possession de l'Époux en cette vie : elle réclame la présence et la claire vision de son essence, dont elle veut jouir d'une manière assurée dans l'autre vie.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Commentaire de Saint Jean, 19,12 ; PG 14, 548 (trad. Jean expliqué, DDB 1985, p. 85-86)
« On cherchait à l'arrêter, mais personne ne mit la main sur lui parce que son heure n'était pas encore venue »
Chercher Jésus est souvent un bien, car c'est la même chose que de chercher le Verbe, la vérité et la sagesse. Mais vous allez dire que les mots « chercher Jésus » sont parfois prononcés à propos de ceux qui lui veulent du mal. Par exemple : « Ils cherchaient à le saisir, mais personne ne porta la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue ». « Je sais que vous êtes la descendance d'Abraham ; mais vous cherchez à me tuer parce que ma parole ne pénètre pas en vous » (Jn 8,37). « Maintenant vous cherchez à me tuer, moi un homme qui vous ai dit la vérité que j'ai entendue de mon Père » (Jn 8,40).
Ces paroles...ne s'opposent pas à cette autre parole : « Quiconque cherche trouve » (Mt 7,8). Il existe toujours des différences entre ceux qui cherchent Jésus : tous ne le cherchent pas sincèrement pour leur salut et pour obtenir son aide. Il est des hommes qui le cherchent pour d'innombrables raisons fort éloignées du bien. C'est pourquoi seuls ceux qui l'ont cherché en toute droiture ont trouvé la paix, ceux dont on peut vraiment dire qu'ils cherchent le Verbe qui est auprès de Dieu (Jn 1,1), afin qu'il les amène à son Père...
Il menace de s'en aller s'il n'est pas accueilli : « Je m'en vais et vous me chercherez » (Jn 8,21)… Il sait de qui il s'éloigne et auprès de qui il reste sans être encore trouvé, afin que si on le cherche on le trouve au temps favorable. L'apôtre Paul dit à ceux qui ne possèdent pas encore ainsi Jésus et ne l'ont pas contemplé : « Ne dis pas en ton cœur : ' Qui montera au ciel ? ' Entends : pour en faire descendre le Christ. ' Qui descendra dans l'abîme ? ' Entends : pour faire monter le Christ d'entre les morts. Que dit l'Écriture ? ' La parole est tout près de toi dans ta bouche et dans ton cœur ' » (Rm 10,6-8).
Dans son amour pour les hommes, quand le Sauveur dit : « Vous me chercherez » (Jn 8,21), il fait entrevoir les choses du Royaume de Dieu, pour que ceux qui le cherchent ne le cherchent pas en dehors d'eux-mêmes en disant : « ' Voici, il est ici ', ou bien ' il est là ' ». L'Évangile leur dit : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » (Lc 17,21). Aussi longtemps que nous gardons la semence de la vérité déposée en notre âme et ses commandements, le Verbe ne s'éloigne pas de nous. Mais si le mal se répand en nous pour nous corrompre, Jésus nous dira : « Je m'en vais et vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché ».
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de Jean, n°31, 3-4 ; CCL 36, 294-295
Vous me connaissez et vous ne me connaissez pas
« Jésus, qui enseignait dans le Temple, s'écria : ' Vous me connaissez et vous savez d'où je suis. Pourtant je ne suis pas venu de moi-même, mais celui qui m'a envoyé dit la vérité et lui, vous ne le connaissez pas. '« Ce qui revient à dire : « Vous me connaissez et vous ne me connaissez pas », ou bien encore : « Vous savez d'où je suis et vous ne le savez pas. Vous savez d'où je suis : Jésus de Nazareth ; vous connaissez aussi ma famille. » La seule chose qui leur était cachée en ce domaine, c'était sa naissance virginale... Ils connaissaient de Jésus tout ce qui avait rapport à la nature humaine : son apparence, sa patrie, sa famille et le lieu de sa naissance. Le Seigneur avait donc raison de leur dire : « Vous me connaissez et vous savez d'où je suis », selon la chair et l'apparence humaine qu'il avait assumées.
Tandis que selon la divinité, dit-il, « je ne suis pas venu de moi-même, et celui qui m'a envoyé et qui dit la vérité, vous ne le connaissez pas. » Or, si vous voulez le connaître, croyez en celui qu'il a envoyé et vous le connaîtrez. Car « personne n'a jamais vu Dieu, sinon le Fils unique qui est dans le sein du Père : lui l'a fait connaître » (Jn 1,18). Et encore : « Personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Lc 10,22)... « Moi, je le connais » : demandez–moi donc de vous le faire connaître... « Je viens d'auprès de lui, et c'est lui qui m'a envoyé. » Magnifique affirmation d'une double vérité... : le Fils vient du Père, et tout ce qu'est le Fils, il le tient de celui dont il est Fils. C'est pourquoi nous disons que le Seigneur Jésus est « Dieu né de Dieu » (Credo), tandis que nous appelons le Père...simplement Dieu. Nous disons aussi que le Seigneur Jésus est « Lumière née de la Lumière », tandis que nous appelons le Père...simplement Lumière. Voilà ce que signifient ces paroles : « Je viens d'auprès de lui. »
Et si maintenant vous me voyez dans la chair, « c'est que lui m'a envoyé. » Lorsque vous entendez qu'il m'a envoyé, ne concluez pas à une différence de nature, mais voyez-y l'autorité de celui qui m'a engendré.
CARÊME IV - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Titus Brandsma, carme néerlandais, martyr (1881-1942)
Invitation à l'héroïsme dans la foi et l'amour (trad. Itinéraire spirituel, Parole et Silence 2003, p. 163)
« Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarer ? »
Nous vivons dans un monde où l'amour lui-même est condamné : on l'appelle faiblesse, chose à dépasser. Certains disent : « L'amour n'a pas d'importance, il faut plutôt développer ses forces ; que chacun devienne aussi fort qu'il le peut ; et que le faible périsse ! » Ils disent encore que la religion chrétienne avec ses sermons sur l'amour, c'est du passé... C'est ainsi : ils viennent à vous avec ces doctrines, et ils trouvent même des gens qui les adoptent volontiers. L'amour est inconnu : « l'Amour n'est pas aimé » disait en son temps saint François d'Assise ; et quelques siècles plus tard à Florence, sainte Marie-Madeleine de Pazzi sonnait les cloches du monastère de son Carmel pour que le monde sache combien l'Amour est beau ! Moi aussi, je voudrais sonner les cloches pour dire au monde comme il est beau d'aimer !
Le néo-paganisme [du nazisme] peut répudier l'amour, l'histoire nous enseigne que, malgré tout, nous serons vainqueurs de ce néo-paganisme par l'amour. Nous n'abandonnerons pas l'amour. L'amour nous regagnera les cœurs de ces païens. La nature est plus forte que la philosophie. Qu'une philosophie condamne et rejette l'amour et l'appelle faiblesse, le témoignage vivant d'amour renouvellera toujours sa puissance pour conquérir et captiver les cœurs de hommes.
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique « Dives in misericordia », 7 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« C'est lui le Messie »
La signification véritable de la miséricorde ne consiste pas seulement dans le regard tourné vers le mal, fût-il chargé de compassion... : la miséricorde se manifeste quand elle...tire le bien de toutes les formes de mal qui existent dans le monde et dans l'homme. Ainsi entendue, elle constitue le contenu fondamental du message messianique du Christ... [Ce] message et l'activité du Christ parmi les hommes s'accomplissent avec la croix et la résurrection... La dimension divine de la rédemption nous dévoile...la profondeur de l'amour qui ne recule pas devant l'extraordinaire sacrifice du Fils pour satisfaire la fidélité du Créateur et Père à l'égard des hommes...
Les événements du Vendredi Saint, et auparavant encore la prière à Gethsémani, introduisent un changement fondamental dans tout le déroulement de la révélation de l'amour et de la miséricorde de Dieu, dans la mission messianique du Christ. Celui qui « est passé en faisant le bien et en rendant la santé », « en guérissant toute maladie et toute langueur » (Ac 10, 38 ; Mt 9, 35), semble maintenant être lui-même digne de la plus grande miséricorde, et faire appel à la miséricorde, quand il est arrêté, outragé, condamné, flagellé, couronné d'épines, quand il est cloué à la croix et expire dans des tourments atroces. C'est à ce moment-là qu'il est particulièrement digne de la miséricorde des hommes qu'il a comblés de bienfaits, et il ne la reçoit pas. Même ceux qui lui sont les plus proches ne savent pas le protéger et l'arracher aux mains des oppresseurs. Dans cette étape finale de la fonction messianique, s'accomplissent dans le Christ les paroles des prophètes, et surtout celles d'Isaïe, au sujet du Serviteur du Seigneur : « Dans ses blessures, nous trouvons la guérison » (53, 5)...
« Celui qui n'avait pas connu le péché, Dieu l'a fait péché pour nous », écrira saint Paul (2Co 5, 21), résumant en peu de mots toute la profondeur du mystère de la croix et en même temps la dimension divine de la réalité de la rédemption. Or cette rédemption est la révélation ultime et définitive de la sainteté de Dieu, qui est la plénitude absolue de la perfection.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
La Montée du Carmel, II, ch. 22 (trad. OC, Cerf 1990, p. 736 rev.)
« Jamais un homme n'a parlé comme cet homme »
Dieu pourrait nous dire : « Mon Fils est toute ma parole, toute ma réponse ; il est toute vision et toute révélation. Je vous ai tout répondu, tout dit et tout manifesté, tout révélé en vous le donnant pour frère, compagnon, maître, héritage et récompense… : ‘ Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour, écoutez-le ’ (Mt 17,5)…
« Si donc tu désires entendre de ma bouche une parole de consolation, regarde mon Fils qui m'a obéi et qui, par amour, s'est livré à l'humiliation et à l'affliction, et tu verras tout ce qu’il te répondra. Si tu souhaites que je t’explique des choses cachées ou des événements mystérieux, fixe seulement les yeux sur lui et tu trouveras renfermés en lui les mystères les plus profonds, la sagesse et des merveilles de Dieu, comme le dit mon apôtre : ‘ En lui, qui est le Fils de Dieu, sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance de Dieu ’ (Col 2,3). Ces trésors de sagesse seront pour toi plus sublimes, plus doux et plus utiles que tout ce que tu pourrais apprendre par ailleurs. Voilà pourquoi le même apôtre se glorifiait ‘ de ne pas savoir autre chose que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié ’ (1Co 2,2). Si tu cherches des visions ou des révélations, soit divines, soit corporelles, regarde-le aussi en tant qu’homme, et tu trouveras en cela plus que tu ne penses, car l'apôtre Paul dit encore : ‘ Dans le Christ habite corporellement toute la plénitude de la divinité ’ (Col 2,9). »
Il ne convient donc plus d'interroger Dieu comme autrefois, et il n'est plus nécessaire qu'il parle… : il n'y a plus de foi à révéler et il n'y en aura jamais.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Traité des principes, livre 2, chap. 6,2 : PG 11, 210-211 (trad. Orval)
« Personne ne mit la main sur lui »
Nous rencontrons dans le Christ des traits si humains qu'ils n'ont rien qui les distingue de notre commune faiblesse à nous mortels, et en même temps des traits si divins qu'ils ne peuvent convenir qu'à la souveraine et ineffable nature divine. Devant cela, l'intelligence humaine, trop étroite, est frappée d'une telle admiration qu'elle ne sait à quoi s'en tenir ni quelle direction prendre. Sent-elle Dieu dans le Christ, elle le voit pourtant mourir. Le prend-elle pour un homme, voici qu'il revient d'entre les morts, avec son butin de victoire, après avoir détruit l'empire de la mort. Aussi notre contemplation doit-elle s'exercer avec tant de révérence et de crainte qu'elle considère dans le même Jésus la vérité des deux natures, évitant d'attribuer à l'ineffable essence divine des choses qui sont indignes d'elle ou qui ne lui conviennent pas, mais évitant aussi de ne voir dans les événements de l'histoire que des apparences illusoires.
Vraiment, faire entendre de telles choses à des oreilles humaines, essayer de les exprimer par des mots dépasse largement nos forces, notre talent et notre langage. Je pense même que cela dépasse la mesure des apôtres. Bien plus, l'explication de ce mystère transcende probablement tout l'ordre des puissances angéliques.
ou
Saint Théophile d'Antioche ( ?-v. 186), évêque
À Autolycus,1, 2.7 (trad. bréviaire ; cf SC 20, p. 58s)
« La foule se divisa à son sujet »
Avec les yeux du corps, nous observons ce qui se passe dans la vie et sur la terre ; nous discernons la différence entre la lumière et l'obscurité, le blanc et le noir, le laid et le beau... ; il en est de même pour ce qui tombe sous le sens de l'ouïe : sons aigus, graves, agréables. Mais nous avons aussi des oreilles du cœur et des yeux de l'âme, et il leur est possible de saisir Dieu. En effet, Dieu est aperçu par ceux qui peuvent le voir, après que les yeux de leur âme se sont ouverts.
Tous nous avons bien des yeux physiques, mais certains ne les ont que voilés et ne voient pas la lumière du soleil. Si les aveugles ne voient pas, ce n'est pas parce que la lumière du soleil ne brille pas. C'est à eux-mêmes, et à leurs yeux, que les aveugles doivent s'en prendre. De même toi : les yeux de ton âme sont voilés par tes fautes et tes actions mauvaises... ; lorsqu'il y a une faute dans l'homme, cet homme ne peut plus voir Dieu...
Mais, si tu le veux, tu peux guérir. Confie-toi au médecin et il opérera les yeux de ton âme et de ton cœur. Qui est ce médecin ? C'est Dieu, qui guérit et vivifie par son Verbe et sa Sagesse. C'est par son Verbe et sa Sagesse que Dieu a fait toutes choses... Si tu comprends cela et si ta vie est pure, pieuse et juste, tu peux voir Dieu. Avant tout, que la foi et la crainte de Dieu entrent les premières dans ton cœur, et alors tu comprendras cela. Quand tu auras dépouillé la condition mortelle et revêtu l'immortalité (1Co 15,53), alors tu verras Dieu selon ton mérite. C'est ce Dieu qui ressuscitera ta chair, immortelle, en même temps que ton âme. Et alors, devenu immortel, tu verras le Dieu immortel, à condition d'avoir cru en lui maintenant.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église « Lumen Gentium », § 9 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana; rev.)
Par sa croix le Christ rassemble les hommes divisés et dispersés
[Le Christ a institué une alliance nouvelle] : c’est la Nouvelle Alliance dans son sang (cf. 1 Co 11, 25), il appelle la foule des hommes de parmi les Juifs et de parmi les Gentils, pour former un tout non selon la chair mais dans l’Esprit et devenir le nouveau Peuple de Dieu (…) : « une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis, ceux qui autrefois n’étaient pas un peuple étant maintenant le Peuple de Dieu » (1 P 2, 9-10). (…)
Ce peuple messianique, bien qu’il ne comprenne pas encore effectivement l’universalité des hommes et qu’il garde souvent les apparences d’un petit troupeau, constitue cependant pour tout l’ensemble du genre humain le germe le plus sûr d’unité, d’espérance et de salut. Établi par le Christ pour communier à la vie, à la charité et à la vérité, il est entre ses mains l’instrument de la Rédemption de tous les hommes ; au monde entier il est envoyé comme lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5, 13-16). (…) L’ensemble de ceux qui regardent avec la foi vers Jésus, auteur du salut, principe d’unité et de paix, Dieu les a appelés, il en a fait l’Église, pour qu’elle soit, pour tous et pour chacun, le sacrement visible de cette unité salutaire.
Destinée à s’étendre à toutes les parties du monde, elle prend place dans l’histoire humaine, bien qu’elle soit en même temps transcendante aux limites des peuples dans le temps et dans l’espace. Marchant à travers les tentations, les tribulations, l’Église est soutenue par la vertu de la grâce de Dieu, à elle promise par le Seigneur pour que, du fait de son infirmité charnelle, elle ne défaille pas à la perfection de sa fidélité mais reste de son Seigneur la digne Épouse, se renouvelant sans cesse sous l’action de l’Esprit Saint jusqu’à ce que, par la croix, elle arrive à la lumière sans couchant.
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique « Dives in Misericordia » § 8 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« La foule se divisa à son sujet »
Dans le mystère pascal sont dépassées les limites du mal multiforme auquel participe l'homme durant son existence terrestre. La croix du Christ, en effet, nous fait comprendre que les racines les plus profondes du mal plongent dans le péché et dans la mort. Ainsi devient-elle un signe eschatologique : c'est seulement à la fin des temps et lors du renouvellement définitif du monde qu'en tous les élus l'amour vaincra le mal en ses sources les plus profondes...
Dans l'accomplissement eschatologique, la miséricorde se révélera comme amour, tandis que dans le temps, dans l'histoire humaine qui est aussi une histoire de péché et de mort, l'amour doit se révéler surtout comme miséricorde, et se réaliser sous cette forme. Le programme messianique du Christ, programme de miséricorde, devient celui de son peuple, de l'Église. Au centre même de ce programme se tient toujours la croix, puisqu'en elle la révélation de l'amour miséricordieux atteint son sommet...
Le Christ, le Crucifié, est la Parole qui ne passe pas (Mt 24,35). Il est celui qui se tient à la porte et frappe au cœur de tout homme (Ap 3,20), sans contraindre sa liberté, mais en cherchant à en faire surgir un amour qui soit non seulement acte d'union au Fils de l'homme souffrant, mais aussi une forme de miséricorde manifestée par chacun de nous à l'égard du Fils du Père éternel. Dans ce programme messianique du Christ et la révélation de la miséricorde par la croix, la dignité de l'homme pourrait-elle être plus respectée et plus grande, puisque cet homme, s'il est objet de la miséricorde, est aussi en même temps en un certain sens celui qui exerce la miséricorde ?