8 septembre - Fête de la Nativité de la Vierge Marie
Commentaire de l’Évangile
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159), moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale VII, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, Éd. du Cerf, Paris 1960, p. 213-219, rev.)
Marie, l’étoile de la mer
Elle fut, par un dessein de la Providence divine, appelée Marie, c’est-à-dire étoile de la mer, pour déclarer par son nom ce qu’elle montre plus clairement par la réalité. (…)
Revêtue de beauté, elle est aussi revêtue de force, elle s’est ceinte pour apaiser d’un geste les remous formidables de la mer. Ceux qui naviguent sur la mer du monde présent et qui l’invoquent avec une pleine confiance, elle les arrache au souffle de la tempête et à la fureur des ouragans, et elle les conduit, triomphants avec elle, au rivage de la patrie bienheureuse. On ne peut dire, mes très chers, combien de fois les uns se heurteraient aux rochers les plus rudes, au risque de sombrer, les autres échoueraient sur les pires écueils pour ne plus revenir (…) si l’étoile de la mer, Marie toujours vierge, ne s’y était opposée par son très puissant secours et si elle n’emportait les siens, le gouvernail déjà brisé et la barque fracassée, privés de tout secours humain, pour les diriger, sous sa céleste conduite, au port de la paix intérieure. Toute à la joie de remporter de nouveaux triomphes, pour la nouvelle délivrance des condamnés et pour les nouveaux accroissements des peuples, elle se félicite dans le Seigneur. (…)
Elle resplendit et se distingue par sa double charité : d’une part, elle est très ardemment fixée en Dieu à qui elle adhère, faisant un seul esprit avec lui ; d’autre part, elle attire et console doucement les cœurs des élus et leur partage les dons excellents venus de la libéralité de son Fils.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Homélies sur ces paroles de l'Évangile : « L'ange fut envoyé », n°2, 17
« Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l'on appelle Christ »
« Le nom de la vierge était Marie » (Lc 1,27). Ce nom signifie, dit-on, « étoile de la mer », et il convient admirablement à la Vierge mère. Rien n'est plus juste que de la comparer à une étoile qui donne ses rayons sans être altérée, comme elle enfante son fils sans dommage à son corps vierge. Elle est bien cette noble « étoile issue de Jacob » (Nb 24,17), dont la splendeur illumine le monde entier, qui brille dans les cieux et pénètre jusqu'aux enfers... Elle est vraiment cette étoile belle et admirable qui devait se lever au-dessus de la mer immense, étincelante de mérites, éclairant par son exemple.
Vous tous, qui que vous soyez, qui vous sentez aujourd'hui en pleine mer, secoués par l'orage et la tempête, loin de la terre ferme, gardez vos yeux sur la lumière de cette étoile, pour éviter le naufrage. Si les vents de la tentation se lèvent, si tu vois approcher l'écueil de l'épreuve, regarde l'étoile, invoque Marie ! Si tu es ballotté par les vagues de l'orgueil, de l'ambition, de la médisance ou de la jalousie, lève les yeux vers l'étoile, invoque Marie... Si tu es troublé par la grandeur de tes péchés, humilié par la honte de ta conscience, épouvanté par la crainte du jugement, si tu es sur le point de sombrer dans le gouffre de la tristesse et du désespoir, pense à Marie. Dans le péril, l'angoisse, le doute, pense à Marie, invoque Marie !
Que son nom ne quitte jamais tes lèvres ni ton cœur... En la suivant, tu ne t'égareras pas ; en la priant, tu désespéreras pas ; en pensant à elle, tu éviteras toute fausse route. Si elle te tient par la main, tu ne sombreras pas ; si elle te protège, tu ne craindras rien ; sous sa conduite, tu ignoreras la fatigue ; sous sa protection, tu arriveras jusqu'au but. Et tu comprendras par ta propre expérience combien sont justes ces paroles : « Le nom de la vierge était Marie ».
ou
Saint Pierre Damien (1007-1072), ermite puis évêque, docteur de l'Église
« La Vierge Marie qui a fait lever sur le monde l'espérance et l'aurore du salut » (Prière après la communion)
« Qui est celle-ci ? » demande l'Esprit Saint lorsque Marie vient au monde. « Qui est celle qui s'avance ? Elle surgit comme l'aurore, elle est belle comme la lune, resplendissante comme le soleil » (Ct 6,10)...
« Elle surgit comme l'aurore. » Dans l'éclat de midi, notre premier père a été fait à l'image et à la ressemblance de son Créateur (Gn 1,26). Quoi de plus glorieux pour le créé que de ressembler au Créateur ?... Il lui a donné l'image éternelle ; la ressemblance était à faire : il fallait que l'homme devienne semblable à son Créateur. Lui pourtant a rejeté l'honneur d'un tel privilège..., se vouant à la mort, avec toute sa descendance, dans les ténèbres. Les ténèbres recouvraient toute la terre (cf Gn 1,2), jusqu'à ce que vienne la Vierge. Il n'y avait personne pour sortir de ces ténèbres, personne pour les dissiper... Mais avec la Vierge surgit l'aurore : Marie annonce la vraie lumière ; par sa nativité elle fait luire le plus resplendissant des matins. Elle est l'étoile du matin... Elle est cette aurore que suit –- ou plutôt de laquelle naît –- le Soleil de justice (Ml 3,20), qui seul la surpasse de splendeur...
« À toi, Seigneur, le jour » où Adam a été créé ; « à toi la nuit » (Ps 73,16) où il a été chassé de ta lumière. C'est toi qui a créé l'aurore, c'est-à-dire la Vierge Marie, et le Soleil, ce Soleil de justice qui s'est levé de son sein virginal. Comme l'aurore annonce la fin de la nuit et marque le commencement du jour, ainsi la Vierge a mis en fuite la nuit sans fin. Et jour après jour, elle donne à la terre celui qui a germé de sa virginité.
ou
Saint Jean de Damas (vers 675-749), moine, théologien, docteur de l’Église, Homélie sur la Nativité de la Vierge (trad. SC 80, p.51 rev)
« Célébrons dans la joie la naissance de la Vierge Marie : par elle nous est venu le Soleil de justice » (Antienne d’ouverture)
Aujourd'hui une porte virginale s'avance ; par elle le Dieu qui est au-delà de tous les êtres doit « venir dans le monde » « corporellement », selon l'expression de Paul (He 1, 6; Col 2, 9). Aujourd'hui de la racine de Jessé une tige est sortie (Is 11, 1), d'où s'élèvera pour le monde une fleur unie par sa nature à la divinité. Aujourd'hui, à partir de la nature terrestre, un ciel a été formé sur terre, par celui qui autrefois rendit solide le firmament en le séparant des eaux et en l’élevant dans les hauteurs. Mais c'est un ciel bien plus surprenant que le premier, car celui qui dans le premier créa le soleil s'est levé lui-même de ce nouveau ciel, comme un soleil de justice (Ml 3, 20)... La lumière éternelle, née avant les siècles de la lumière éternelle, l'être immatériel et incorporel, prend un corps de cette femme, et comme un époux s'avance hors de la chambre nuptiale (Ps 18, 6)…
Aujourd'hui, « le fils de l'artisan » (Mt 13, 55), la Parole partout active de celui qui a tout fait par lui, le bras puissant du Dieu Très-Haut…, s'est construit une échelle vivante, dont la base est plantée en terre et dont le sommet s'élève jusqu'au ciel. Sur elle Dieu repose ; c'est elle dont Jacob a contemplé l’image (Gn 28, 12) ; par elle Dieu est descendu dans son immobilité, ou plutôt s'est incliné avec condescendance, et ainsi « s'est rendu visible sur la terre et a conversé avec les hommes » (Ba 3, 38). Car ces symboles représentent sa venue ici-bas, son abaissement par pure grâce, son existence terrestre, la vraie connaissance qu’il donne de lui-même à ceux qui sont sur terre. L'échelle spirituelle, la Vierge, est plantée en terre, car de la terre elle tient son origine, mais sa tête s'élève jusqu'au ciel… C’est par elle et par le Saint Esprit que « le Verbe s'est fait chair et qu’il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). C’est par elle et par le Saint Esprit que s'accomplit l'union de Dieu avec les hommes.
ou
Saint Nicolas Cabasilas (vers 1320-1363), théologien laïc grec
Homélie pour la Nativité de la Mère de Dieu, 16, 18 ; Patrologia orientalis, t. 19 (trad. Homélies mariales byzantines, p. 482s)
« Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5)
Lorsque le moment fut venu pour la nature humaine de rencontrer la nature divine et de lui être unie si intimement que les deux ne formeraient qu'une seule personne, chacune d'entre elles devait nécessairement être déjà manifestée dans son intégrité. Dieu, pour sa part, s'était révélé de la manière qui convenait à Dieu ; et la Vierge est seule à mettre la nature humaine en lumière... Il semble bien que si Dieu s'est mêlé à la nature humaine non pas dès son origine mais à la fin des temps (Ga 4, 4), c'est parce que, avant ce moment, cette nature n'était pas encore pleinement née, tandis que maintenant, en Marie, elle apparaît pour la première fois dans son intégrité...
C'est tout cela que nous sommes venus célébrer avec éclat aujourd'hui. Le jour de la naissance de la Vierge est aussi celui de la naissance du monde entier, car ce jour a vu naître le premier être pleinement humain. Maintenant, « la terre » a vraiment « donné son fruit » (Ps 66, 7), cette terre qui de tout temps n'avait produit, avec des ronces et des épines, que la corruption du péché (Gn 3, 18). Maintenant le ciel sait qu'il n'a pas été bâti en vain, puisque l'humanité, pour laquelle il fut construit, voit le jour...
C'est pourquoi la création tout entière fait monter vers la Vierge une louange sans fin, toute langue chante sa gloire d'une voix unanime, tous les hommes et tous les chœurs des anges ne cessent de créer des hymnes à la Mère de Dieu. Nous aussi, nous la chantons et nous lui offrons tous ensemble notre louange... À toi seule, Vierge digne de toute louange, ainsi qu'à ton amour pour les hommes, il appartient d'apprécier le bienfait de la grâce obtenue non par nous mais par ta générosité. Choisie comme don offert à Dieu parmi toute notre race, tu as paré de beauté le reste de l'humanité. Sanctifie donc notre cœur qui a conçu les paroles que nous t'adressons, et empêche le terrain de notre âme de produire aucun mal, par la grâce et la bonté de ton Fils unique, le Seigneur Dieu et notre Sauveur Jésus Christ.
ou
Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
Homélie sur la Nativité de la Vierge Marie, 1-2 (trad. cf. SC 80, p. 48)
Une mère digne de celui qui l'a créée
Venez, toutes les nations ; venez, hommes de toute race, de toute langue, de tout âge, de toute dignité. Avec allégresse, fêtons la nativité de l'allégresse du monde entier ! Si même les païens honorent l'anniversaire de leur roi..., que devrions-nous faire, nous, pour honorer celui de la Mère de Dieu, par qui toute l'humanité a été transformée, par qui la peine d'Eve, notre première mère, a été changée en joie ? Eve, en effet, a entendu la sentence de Dieu : « Tu enfanteras dans la peine » (Gn 3,16) ; et Marie : « Réjouis-toi, toi qui es pleine de grâce... Le Seigneur est avec toi » (Lc 1,28)...
Que toute la création soit en fête et chante le saint enfantement d'une sainte femme, car elle a mis au monde un trésor impérissable... Par elle, la Parole créatrice de Dieu s'est unie à la création entière, et nous fêtons la fin de la stérilité humaine, la fin de l'infirmité qui nous empêchait de posséder le bien... La nature a cédé le pas à la grâce... Comme la Vierge Mère de Dieu devait naître d'Anne, la stérile, la nature est restée sans fruit jusqu'à ce que la grâce ait porté le sien. Il fallait qu'elle ouvre le sein de sa mère, celle qui allait enfanter « le Premier-né de toute créature », en qui « tout subsiste » (Col 1,15.17).
Joachim et Anne, couple bienheureux ! Toute la création vous est redevable ; par vous elle a offert au Créateur le meilleur de ses dons : une mère digne de vénération, la seule mère digne de celui qui l'a créée.
ou
Saint André de Crète (660-740), moine et évêque
Homélie 1, pour la Nativité de la Sainte Mère de Dieu ; PG 97, 805 (trad. bréviaire)
Aujourd'hui se lève l'aurore du salut
Nous ne vivons plus sous l'esclavage des éléments du monde, comme dit l'apôtre Paul ; nous ne sommes plus asservis au joug de la lettre de la loi (Col 2,8 ; Rm 7,6). En effet, c'est en cela que consiste l'essentiel des bienfaits du Christ ; c'est là que le mystère se manifeste, que la nature est renouvelée : Dieu s'est fait homme et l'homme assumé est divinisé. Il a donc fallu que la splendide et très manifeste habitation de Dieu parmi les hommes soit précédée par une introduction à la joie, d'où découlerait pour nous le don magnifique du salut. Tel est l'objet de la fête que nous célébrons : la naissance de la Mère de Dieu inaugure le mystère qui a pour conclusion et pour terme l'union du Verbe avec la chair...
C'est maintenant que la Vierge vient de naître, qu'elle se prépare à être la mère du Roi universel de tous les siècles... C'est alors que nous recevons du Verbe un double bienfait : il nous conduit à la vérité, et il nous détache de la vie d'esclavage sous la lettre de la loi. De quelle manière, par quelle voie ? Sans aucun doute, parce que l'ombre s'éloigne à l'avènement de la lumière, parce que la grâce substitue la liberté à la lettre. La fête que nous célébrons se trouve à cette frontière, car elle fait la liaison entre la vérité et les images qui la préfiguraient, elle substitue le nouveau à l'ancien...
Que toute la création chante et danse, qu'elle contribue de son mieux à la joie de ce jour ! Que le ciel et la terre forment aujourd'hui une seule assemblée. Que tout ce qui est dans le monde et au-dessus du monde s'unisse dans le même concert de fête. Aujourd'hui, en effet, s'élève le sanctuaire créé où résidera le Créateur de l'univers ; et une créature, par cette disposition toute nouvelle, est préparée pour offrir au Créateur une demeure sacrée.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er Sermon pour la Nativité de Marie, passim ; SC 202 (trad. cf SC, p. 473)
« Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l'on appelle Christ »
Aujourd'hui, nous célébrons la naissance de la bienheureuse Vierge Mère, de qui a reçu naissance Celui qui est la vie de tous. Aujourd'hui est née la Vierge de qui le salut de tous a voulu naître, afin de donner à ceux qui naissaient pour mourir de pouvoir renaître à la vie. Aujourd'hui est née notre nouvelle mère, qui a anéanti la malédiction d'Ève, notre première mère. Ainsi par elle, nous héritons maintenant de la bénédiction, nous qui, par notre première mère, étions nés sous l'antique malédiction. Oui, elle est bien une mère nouvelle, celle qui a renouvelé en jeunesse des fils vieillis, celle qui a guéri le mal d'un vieillissement héréditaire, ainsi que de toutes les autres formes de vieillissement qu'ils y avaient ajoutées. Oui, elle est bien une mère nouvelle, celle qui enfante par un prodige si nouveau, en restant vierge, celle qui met au monde celui qui a créé le monde…
Quelle nouveauté merveilleuse que cette virginité féconde ! Mais bien plus merveilleuse encore la nouveauté du fruit qu'elle met au monde… Tu demandes comment une vierge a enfanté le Sauveur ? Comme la fleur de la vigne répand son parfum. Longtemps avant la naissance de Marie, l’Esprit qui allait habiter en elle…avait dit en son nom : « Comme la vigne, j’ai produit une douce odeur » (Si 24,17 Vulg)… Comme la fleur n’est pas altérée pour avoir donné son parfum, ainsi la pureté de Marie pour avoir donné naissance au Sauveur…
Et pour toi aussi, si tu gardes la perfection de la chasteté, non seulement « ta chair refleurira » (Ps 27,7), mais une sainteté venant de Dieu s’épanouira sur toi tout entier. Ton regard ne sera plus déréglé ou égaré, mais embelli par la pudeur… ; toute ta personne sera ornée par les fleurs de la grâce de la pureté.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Louanges de la Vierge Mère ; homélie 2, §3 (trad. Œuvres mystiques, Seuil 1953, p. 913 rev.)
La naissance de la nouvelle Ève
Réjouis-toi, Adam, notre père, et toi surtout, Ève, notre mère. Vous avez été à la fois nos parents à tous et nos meurtriers ; vous qui nous avez voués à la mort avant même de nous mettre au monde, consolez-vous maintenant. Une de vos filles -- et quelle fille ! -- vous consolera... Viens donc, Ève, cours auprès de Marie. Que la mère recoure à sa fille ; la fille répondra pour sa mère et effacera sa faute... Car la race humaine sera relevée maintenant par une femme.
Que disait Adam autrefois ? « Cette femme que tu m'avais donnée m'a présenté du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé. » (Gn 3,12) C'étaient de vilaines paroles, qui aggravaient sa faute au lieu de l'effacer. Mais la divine Sagesse a triomphé de tant de malice ; cette occasion de pardonner que Dieu avait vainement tenté de faire naître en interrogeant Adam, il la trouve maintenant dans le trésor de son inépuisable bonté. À la première femme, il substitue une autre, une femme sage à la place de celle qui était insensée, une femme humble autant que l'autre était orgueilleuse.
Au lieu du fruit de l'arbre de la mort, elle présente aux hommes le pain de vie ; elle remplace cette nourriture amère et empoisonnée par la douceur d'un aliment éternel. Change donc, Adam, ton accusation injuste en expression de gratitude et dis : « Seigneur, cette femme que tu m'as donnée m'a présenté le fruit de l'arbre de vie. J'en ai mangé ; sa saveur m'a été plus délicieuse que le miel (Ps 18,11), parce que par ce fruit tu m'as redonné la vie. » Voilà donc pourquoi l'ange a été envoyé à une vierge. Ô Vierge admirable, digne de tous les honneurs ! Femme qu'il faut vénérer infiniment entre toutes les femmes, tu répares la faute de nos premiers parents, tu rends la vie à toute leur descendance.
ou
Cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), théologien, fondateur de l'Oratoire de Jésus
Vie de Jésus, ch. 5 (Grasset 1961, p. 54-55)
« La nativité de la Vierge Marie..., l'aurore du salut » (Postcommunion)
Cette âme sainte et divine est en l'Église ce que l'aurore est au firmament ; elle précède immédiatement le soleil. Mais elle est plus que l'aurore : car elle ne le précède pas seulement, elle le doit porter et enfanter au monde, donner la Vie, le Salut, la Lumière à l'univers, et y produire un Soleil Orient (Lc 1,78), un Soleil levant, dont celui qui nous éclaire n'est que l'ombre et la figure.
La terre, qui méconnaît Dieu, méconnaît aussi cet ouvrage de Dieu en la terre. Marie naît à petit bruit, sans que le monde en parle et sans qu'Israël même y pense, bien qu'elle soit la fleur d'Israël et la plus éminente de la terre. Mais si la terre n'y pense pas, le ciel la regarde et la révère comme celle que Dieu a fait naître pour un si grand sujet, et pour rendre un si grand service à sa propre personne, c'est-à-dire pour le revêtir un jour d'une nouvelle nature. Et ce Dieu même qui veut naître d'elle l'aime et la regarde en cette qualité. Son regard n'est pas alors sur les grands, sur les monarques que la terre adore ; mais le premier et le plus doux regard de Dieu en la terre est vers cette humble Vierge que le monde ne connaît pas.
C'est alors la plus haute pensée que le Très-Haut ait sur tout ce qui est créé. Il la regarde, la chérit, la conduit, comme celle à qui il veut se donner soi-même, se donner à elle en qualité de Fils et la rendre sa Mère... Aussi Dieu est et agit en elle, plus qu'elle-même. Elle n'a aucune pensée que par sa grâce, aucun mouvement que par son Esprit, aucune action que par son amour. Le cours de sa vie est un mouvement perpétuel qui, sans interruption, tend à celui qui est la Vie du Père et sera bientôt sa Vie, et s'appelle absolument la Vie dans les Écritures (Jn 14,6)... Cette Vierge, cachée en un coin de la Judée, inconnue à l'univers, fiancée à Joseph, fait un chœur à part dans l'ordre de la grâce, tant elle est singulière.
ou
Saint André de Crète (660-740), moine et évêque
Sermon 1 pour la Nativité de la Mère de Dieu : PG 97, 812-816 (trad. Orval)
Marie, prémices de la nouvelle création
À l'origine, l'homme avait été formé d'une terre pure et sans tache (Gn 2,7) ; mais sa nature s'était vue privée de sa dignité innée lorsqu'elle avait été dépouillée de la grâce par la chute de la désobéissance et chassée du pays de vie. Au lieu d'un paradis de délices, elle n'avait plus qu'une vie corruptible à nous transmettre comme patrimoine héréditaire, une vie d'où s'ensuivrait la mort avec sa conséquence, la corruption de la race. Tous, nous avions préféré le monde d'en bas à celui d'en haut. Il ne restait aucun espoir de salut ; l'état de notre nature appelait le ciel au secours. Point de loi qui puisse guérir notre infirmité... Enfin, en son bon plaisir, le divin artisan de l'univers a décidé de faire paraître un monde neuf, un autre monde — tout d'harmonie et de jeunesse — d'où serait repoussée la contagion envahissante du péché et de la mort, sa compagne. Une vie toute nouvelle, libre et dégagée nous serait offerte, à nous qui trouverions dans le baptême une naissance nouvelle et toute divine...
Et ce dessein, comment le mener à bien ? Ne convenait-il pas qu'une vierge très pure et sans tache se mette d'abord au service de ce plan mystérieux, et devienne enceinte de l'être infini, selon un mode transcendant les lois naturelles ?... Ainsi donc, de même qu'au paradis il avait puisé dans la terre vierge et sans tache un peu de limon pour en façonner le premier Adam, de même, au moment de réaliser sa propre incarnation, il se servit d'une autre terre, pour ainsi dire, à savoir de cette Vierge pure et immaculée, choisie parmi toutes les créatures. C'est en elle qu'il nous refit à neuf à partir de notre substance même et devint un nouvel Adam, lui le Créateur d'Adam, afin que l'ancien fût sauvé par le nouveau et l'éternel.
14 septembre - Fête de la Croix Glorieuse
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°4,10.14 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 68.70)
Ne rougissons pas de la croix du Christ !
Celui-ci a été crucifié pour nos fautes – réellement –. Que si tu veux le nier, ce lieu illustre te confond, ce bienheureux Golgotha où justement nous voici rassemblés en raison de celui qui y fut crucifié. Ajoute que du bois de la croix divisé en fragments, toute la terre est désormais remplie. Or il a été crucifié non pas pour des fautes personnelles, mais afin que nous soyons délivrés, nous, de nos fautes à nous. Et il a été alors méprisé par les hommes, et, en tant qu’homme, souffleté ; mais il a été, en tant que Dieu, reconnu par la création : car le soleil, à la vue de son Maître outragé, s’éclipsa en tremblant, incapable de supporter ce spectacle. (…)
Ne rougissons pas de la croix du Christ ; même si un autre la cache, toi marque-la apparemment sur ton front afin que les démons à la vue de ce signe royal s’enfuient au loin, terrifiés. Trace ce signe au moment de manger et de boire, de t’asseoir, de te lever, de parler, de marcher, bref en toute action. Car celui qui a été crucifié ici, est en haut dans les cieux.
Si en effet, après sa crucifixion et son ensevelissement, il est resté dans la tombe, nous aurions à rougir ; bien au contraire, crucifié sur notre Golgotha, il s’est, de la montagne du Levant, du mont des Oliviers, élevé dans le ciel. En effet, descendu de notre terre aux enfers et remonté ensuite vers nous, il est monté encore de chez nous dans le ciel, tandis que le Père l’acclamait en disant : « Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis un escabeau sous tes pieds » (Ps 109,1).
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre III, SC 143 (Œuvres spirituelles, trad. P. Doyère, éd. du Cerf, 1968, p. 191-193, rev.)
Appliquons notre méditation à la Passion du Christ
Il lui fut enseigné [à Gertrude] que lorsque nous nous tournons vers le crucifix, nous devons considérer qu’au fond du cœur le Seigneur Jésus nous dit de sa tendre voix : « Voici comment, à cause de l’amour que j’ai pour toi, j’ai été suspendu à la croix, nu et méprisable, le corps couvert de blessures et tous les membres disloqués. Et pourtant mon Cœur est ému d’une telle douceur d’amour pour toi que, si ton salut l’exigeait et ne pouvait être accompli autrement, j’accepterais d’endurer aujourd’hui pour toi seul tout ce que tu peux voir que j’ai enduré jadis pour le monde tout entier. » Ces réflexions nous doivent porter à la gratitude, car, à vrai dire, ce n’est jamais sans une grâce de Dieu que notre regard rencontre un crucifix. (…)
Une autre fois, appliquant son esprit à méditer sur la Passion du Seigneur, elle comprit que la méditation des prières et leçons relatives à la Passion du Seigneur est d’une efficacité infiniment plus grande que tout autre exercice. Car de même qu’il est impossible de toucher de la farine sans que de la poudre en reste aux mains, ainsi il n’est pas possible de penser avec tant soit peu de ferveur à la Passion du Seigneur sans en tirer quelque fruit. Même celui qui fait une simple lecture sur la Passion dispose au moins son âme à en recevoir le fruit, de sorte que cette simple attention de celui qui s’exerce au souvenir de la Passion du Christ lui est plus profitable qu’à tel autre une attention plus soutenue, mais non occupée par la Passion du Seigneur.
C’est pourquoi, ayons soin sans cesse d’appliquer souvent notre méditation à la Passion du Christ et qu’elle nous devienne comme un rayon de miel à la bouche, une mélodieuse musique à l’oreille, un chant de joie dans le cœur.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Exercices VII, SC 127 (Œuvres spirituelles, trad. J. Hourlier et A. Schmitt, Éd. du Cerf, 1967, p. 277, rev.)
Par la vertu de ta croix, répare en moi ma vie
Ô Sagesse, quel jeu tu joues ; par quel artifice tu circonviens mon Jésus. Toi, tu dépouilles le Roi de gloire, tu en fais un spectacle de mépris. Toi, tu attaches au gibet la rançon du monde entier. Toi seule, tu pèses et apprécies la valeur de ce mystère pour payer la dette de toute prévarication. Toi, tu élèves celui qui est la vie de tous, afin que, les attirant à lui dans sa mort (cf. Jn 12,32), il les vivifie tous.
Ô Amour sage, quel amalgame tu composes, pour mettre un terme à la ruine universelle. Ô quel emplâtre tu emploies pour guérir la blessure de tous. Ô Amour, ta prudence vient au secours de ceux qui étaient perdus. Toi, tu condamnes le Juste, afin de sauver le coupable malheureux. Ô Amour sage, ta sentence est le soulagement des malheureux. Toi, tu défends la cause de la paix. Toi, tu exauces la miséricorde qui interpelle pour nous. Toi, dans un dessein prudent, tu subviens à l’angoisse de tous, par la volonté bienveillante de ta clémence. Toi, tu mets fin à l’universelle misère, par l’œuvre glorieuse de ta miséricorde. Ô Amour, ta découverte est pour les perdus l’occasion du salut.
Voici, ô Sagesse, que déjà est ouvert le cellier rempli de bonté. De grâce, regarde-moi, l’accusé, qui me tient dehors, à la porte de la charité. De grâce, remplis les haillons de mon indigence de la bénédiction de tes douceurs. Voici que devant toi s’offre la coupe vide de mon désir (cf. Ps 37,10). De grâce, que s’ouvre la serrure de ta plénitude. De grâce, ne me traite pas selon mes péchés ; ne me punis pas selon mes iniquités (Ps 102,10), mon Jésus. De grâce, de même que par ton sang tu m’as été vraiment propice, ainsi par la vertu de ta précieuse croix, répare en moi ma vie.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Poésie « Signum Crucis », 16/11/1937 (trad. Malgré la nuit, Ad Solem 2002, p. 65)
« Pour que, par lui, le monde soit sauvé »
Devenu homme par amour des hommes,
Il fit don de la plénitude de sa vie humaine
aux âmes qu’Il s’est choisies.
Lui qui a formé chaque cœur humain
veut un jour manifester
le sens secret de l’être de chacun
par un nom nouveau que seul comprend celui qui le reçoit (Ap 2,17).
Il s’est uni chacun des élus
d’une manière mystérieuse et unique.
Puisant de la plénitude de sa vie humaine,
Il nous fit don de la croix.
Qu’est-ce que la croix ?
Le signe du plus grand opprobre.
Celui qui entre en contact avec elle
est rejeté d’entre les hommes.
Ceux qui un jour L’ont acclamé
se détournent de Lui avec effroi et ne Le connaissent plus.
Il est livré sans défense à ses ennemis.
Sur terre il ne lui reste rien d’autre
que les souffrances, les tourments et la mort.
Qu’est-ce que la croix ?
Le signe qui indique le ciel.
Bien au-dessus de la poussière et des brumes d’ici-bas
elle se dresse haut, jusqu’en la pure lumière.
Abandonne donc ce que les hommes peuvent prendre,
ouvre les mains, serre-toi contre la croix :
elle te porte alors
jusqu’en la lumière éternelle.
Lève les yeux vers la croix :
elle étend ses poutres
à la manière d’un homme qui ouvre les bras
pour accueillir le monde entier.
Venez tous, vous qui peinez sous le poids du fardeau (Mt 11,28)
et vous aussi qui n’avez qu’un cri, sur la croix avec Lui.
Elle est l’image du Dieu qui, crucifié, devint livide.
Elle s’élève de la terre jusqu’au ciel,
comme Celui qui est monté au ciel
et voudrait nous y emporter tous ensemble avec Lui.
Enlace seulement la croix, et tu le possèdes, Lui,
le Chemin, la Vérité, la Vie (Jn 14,6).
Si tu portes ta croix, c’est elle qui te portera,
elle te sera béatitude.
ou
Une homélie grecque du 4ème siècle
Sur la sainte Pâque, 51, 63 ; PG 59, 743, SC 27 (inspirée d'une homélie perdue d'Hippolyte ; trad. Orval rev.)
« Nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel »
L'arbre de la croix est pour moi celui du salut éternel. Il me nourrit et j'en fais mon régal. Par ses racines je m'enracine, et par ses branches je m'étends ; sa rosée me purifie et son souffle, comme un vent délicieux, me rend fécond. À son ombre, j'ai dressé ma tente, et, fuyant les grandes chaleurs, j'y trouve un havre de fraîcheur. C'est de ses fleurs que je fleuris, et de ses fruits je fais mes plus grands délices ; ces fruits qui m'étaient réservés depuis l'origine, j'en jouis sans limite... Quand je tremble devant Dieu, cet arbre me protège ; quand je vacille, il est mon appui ; il est le prix de mes combats et le trophée de mes victoires. Il est pour moi le chemin étroit, le sentier escarpé, l'échelle de Jacob parcourue par les anges, au sommet de laquelle le Seigneur est vraiment appuyé (Mt 7,14 ; Gn 28,12).
Cet arbre aux dimensions célestes s'est élevé de la terre jusqu'aux cieux, plante immortelle fixée au milieu du ciel et de la terre. Soutien de toutes choses, appui de l'univers, support du monde habité, il embrasse le cosmos et rassemble les éléments variés de la nature humaine. Il est lui-même assemblé par les chevilles invisibles de l'Esprit, pour ne pas vaciller dans son ajustement au divin. Touchant par son faîte le sommet des cieux, affermissant la terre par ses pieds et entourant de tous côtés par ses bras immenses les espaces innombrables de l'atmosphère, il est tout entier en tout et partout...
Peu s'en fallait que l'univers soit anéanti, dissous de terreur devant la Passion, si le grand Jésus ne lui avait infusé l'Esprit divin en disant : « Père, je remets mon Esprit entre tes mains » (Lc 23,46)... Tout était ébranlé, mais lorsque l'Esprit divin est remonté, l'univers a été en quelque sorte ranimé, vivifié, et il a retrouvé une stabilité ferme. Dieu emplissait tout, partout, et la crucifixion s'étendait à travers toutes choses.
ou
Une homélie attribuée à Saint Ephrem (vers 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
(trad. Bouchet, Lectionnaire, p.181)
« Elevé de terre, j'attirerai tout à moi » (Jn 12, 32)
Désormais, par la croix, les ombres sont dissipées et la vérité se lève, comme nous le dit l'apôtre Jean : « L'ancien monde est passé, toutes choses sont nouvelles » (Ap 21, 4-5). La mort est dépouillée, l'enfer livre ses captifs, l'homme est libre, le Seigneur règne, la création est dans la joie. La croix triomphe et toutes les nations, tribus, langues et peuples (Ap 7, 9) viennent pour l'adorer. Avec le bienheureux Paul qui s'écrie : « Loin de moi la pensée de trouver ma gloire ailleurs que dans la croix de Jésus Christ notre Seigneur » (Ga 6, 14), nous trouvons en elle notre joie. La croix rend la lumière à l'univers entier, elle chasse les ténèbres et rassemble les nations de l'Occident, de l'Orient, du Nord et de la mer en une seule Église, une seule foi, un seul baptême dans la charité. Elle se dresse au centre du monde, fixée sur le Calvaire.
Armés de la croix, les apôtres s'en vont prêcher et rassembler dans son adoration tout l'univers, foulant aux pieds toute puissance hostile. Par elle, les martyrs ont confessé la foi avec audace et n'ont pas craint les ruses des tyrans. S'en étant chargés, les moines, dans une immense joie, ont fait de la solitude leur séjour.
Lors du retour du Christ, cette croix paraîtra d'abord dans le ciel, sceptre précieux, vivant, véritable et saint du Grand Roi : « Alors, dit le Seigneur, apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme » (Mt 24, 30). Nous la verrons, escortée par les anges, illuminant la terre, d'un bout de l'univers à l'autre, plus claire que le soleil, annonçant le Jour du Seigneur.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie sur « Père, si c'est possible » (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 72)
« Dieu a tant aimé le monde »
C'est la croix qui a réconcilié les hommes avec Dieu, qui a fait de la terre un ciel, qui a réuni les hommes aux anges. Elle a renversé la citadelle de la mort, détruit la puissance du démon, délivré la terre de l'erreur, posé les fondements de l'Église. La croix, c'est la volonté au Père, la gloire du Fils, la jubilation de l'Esprit Saint...
La croix est plus éclatante que le soleil, plus brillante que ses rayons, car, lorsque le soleil s'obscurcit, c'est alors que la croix scintille (Mt 27, 45) ; le soleil s'obscurcit non en ce sens qu'il disparaît, mais qu'il est vaincu par la splendeur de la croix. La croix a déchiré l'acte de notre condamnation (Col 2, 14), elle a brisé les chaînes de la mort. La croix est la manifestation de l'amour de Dieu : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas ».
La croix a ouvert le paradis, elle y a introduit le malfaiteur (Lc 23,43) et elle a ramené au Royaume des cieux le genre humain voué à la mort.
ou
Pape Benoît XVI
Homélie pour la Vigile pascale, 07/04/2007 © copyright Libreria Editrice Vaticana.
« Il s'est livré lui-même à la mort, et par sa résurrection il a détruit la mort et renouvelé la vie » (Prière eucharistique IV)
Dans le Credo nous proclamons, à propos du chemin du Christ : « Il est descendu aux enfers »... La liturgie applique à la descente de Jésus dans la nuit de la mort la parole du psaume 23 : « Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles ! » La porte de la mort est fermée, personne ne peut entrer par là. Il n'y a pas de clé pour cette porte de fer. Pourtant, le Christ en a la clé. Sa croix ouvre toutes grandes les portes de la mort, les portes inviolables. Maintenant, elles ne sont plus infranchissables. Sa croix, la radicalité de son amour, est la clé qui ouvre cette porte. L'amour de celui qui, étant Dieu, s'est fait homme pour pouvoir mourir, cet amour-là a la force d'ouvrir la porte. Cet amour est plus fort que la mort.
Les icônes pascales de l'Église d'Orient montrent comment le Christ entre dans le monde des morts. Son vêtement est lumière, parce que Dieu est lumière. « Même les ténèbres pour toi ne sont pas ténèbres, et la nuit comme le jour est lumière. » (Ps 138,12) Jésus, qui entre dans le monde des morts, porte les stigmates ; ses blessures, ses souffrances sont devenues puissance, elles sont amour qui vainc la mort. Jésus rencontre Adam et tous les hommes qui attendent dans la nuit de la mort. À leur vue, on croit même entendre la prière de Jonas : « Du ventre des enfers, j'appelle : tu écoutes ma voix » (Jon 2,3).
Dans l'incarnation, le Fils de Dieu s'est fait un avec l'être humain, avec Adam. Mais c'est seulement au moment où il accomplit l'acte extrême de l'amour en descendant dans la nuit de la mort qu'il porte à son accomplissement le chemin de l'incarnation. Par sa mort, il prend par la main Adam, tous les hommes en attente, et il les conduit à la lumière.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Homélie sur notre Seigneur (trad. bréviaire 3e ven. Pâques rev.)
La croix, un pont jeté au-dessus de l'abîme de la mort
Notre Seigneur a été piétiné par la mort, mais, en retour, il a frayé un chemin qui écrase la mort. Il s'est soumis à la mort et il l'a subie volontairement pour la détruire malgré elle. Car, sur l'ordre de la mort, notre Seigneur « est sorti en portant sa croix » (Jn 19,17). Mais il a crié sur la croix et il a tiré les morts des enfers...
Il est le glorieux « fils du charpentier » (Mt 13,55) qui, sur le char de sa croix, est venu au-dessus de la gueule vorace du séjour des morts et a transféré le genre humain dans la demeure de la vie (Col 1,13). Et parce que, à cause de l'arbre du paradis, le genre humain était tombé dans le séjour des morts, c'est par l'arbre de la croix qu'il est passé dans la demeure de la vie. Sur ce bois-là avait été greffée l'amertume ; mais sur celui-ci la douceur a été greffée, pour que nous reconnaissions en lui le chef auquel ne résiste rien de ce qui a été créé.
Gloire à toi ! Tu as jeté ta croix comme un pont au-dessus de la mort, pour que les hommes y passent du pays de la mort à celui de la vie... Gloire à toi ! Tu as revêtu le corps d'Adam mortel et tu en as fait la source de la vie pour tous les mortels. Oui, tu vis ! Car tes bourreaux se sont comportés envers ta vie comme des semeurs : ils ont semé ta vie dans les profondeurs de la terre comme on sème le blé, pour qu'il lève lui-même et fasse lever avec lui beaucoup de grains (Jn 12,24).
Venez, faisons de notre amour comme un encensoir immense et universel ; prodiguons des cantiques et des prières à celui qui a fait de sa croix un encensoir à la Divinité et nous a tous comblés de richesses par son sang.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 58 3e pour l'Exaltation de la Croix (trad. Cerf 1991, p. 472 rev.)
« Élevé de terre, j'attirerai tout à moi » (Jn 12,32)
C'est aujourd'hui le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix, croix méritant notre amour, à laquelle a été suspendu par amour le Sauveur du monde entier... Notre Seigneur a dit : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi ». Il veut dire par là qu'il veut attirer à lui nos cœurs terrestres qui sont possédés de l'amour des choses de ce monde ; il veut attirer à lui la soif que nous avons des jouissances et des satisfactions de la terre. Notre âme, belle et orgueilleuse, retenue par la complaisance qu'elle prend en elle-même, par l'amour de la satisfaction matérielle de notre sensibilité, il voudrait l'attirer tout entière à lui -- pour qu'il soit ainsi élevé en nous et qu'il grandisse en nous et dans nos cœurs. Car pour ceux pour qui Dieu a jamais été grand, toutes les choses créées sont petites, et les choses passagères sont comme rien.
Cette belle croix est le Christ crucifié élevé d'une façon inimaginable, bien au-dessus de tous les saints, de tous les anges, au-dessus des joies, délices et félicités qu'ils ont tous ensemble. Et comme sa véritable demeure est au plus haut des cieux, il veut habiter en ce qu'il y a de plus haut en nous, c'est-à-dire dans notre amour et dans nos sentiments les plus élevés, les plus intimes, les plus délicats. Il veut attirer les aspects plus simples de notre esprit et de notre âme dans les aspects plus éminents, et élever tout cela jusqu'à lui. Si nous faisons cela, il nous attirera nous aussi dans sa demeure la plus élevée et la plus intime... Autant je lui donne maintenant ce qui est à moi, autant il me donnera ce qui est à lui.
ou
Saint Théodore le Studite (759-826), moine à Constantinople
La croix, arbre de vie
Que la vue de la croix est belle ! Sa beauté n'est pas mêlée de mal et de bien, comme jadis l'arbre du jardin d'Éden. Elle est tout entière admirable, « belle à voir et à partager » (Gn 3,6). C'est un arbre qui donne la vie et non la mort ; la lumière et non l'aveuglement. Elle fait entrer dans l'Éden ; elle n'en fait pas sortir. Cet arbre sur lequel le Christ est monté, comme un roi sur son char de triomphe, a perdu le diable, qui avait le pouvoir de la mort, et a délivré le genre humain de l'esclavage du tyran. C'est sur cet arbre que le Seigneur, comme un combattant d'élite, blessé aux mains, aux pieds et à son côté divin, a guéri les cicatrices du péché, c'est-à-dire notre nature blessée par le Satan.
Après avoir été mis à mort par le bois, nous avons trouvé la vie par le bois ; après avoir été trompé par le bois, c'est par le bois que nous avons repoussé le serpent trompeur. Quels échanges surprenants ! La vie au lieu de la mort, l'immortalité au lieu de la corruption, la gloire au lieu de la honte. C'est avec à-propos que l'apôtre Paul s'est écrié : « Je ne veux trouver ma gloire que dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ga 6,14)... Au-dessus de toute sagesse, cette sagesse qui a fleuri sur la croix a rendu stupide les prétentions de la sagesse de ce monde (1Co 1,17s)...
C'est par la croix que la mort a été tuée et Adam rendu à la vie. C'est par la croix que tous les apôtres ont été glorifiés, tous les martyrs couronnés, tous les saints sanctifiés. C'est par la croix que nous avons revêtu le Christ et dépouillé l'homme ancien (Ep 4,22). C'est par la croix que nous avons été ramenés comme les brebis du Christ, et que nous sommes rassemblés dans la bergerie d'en haut.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie 1 sur la Croix et le Larron, 1 ; PG 49, 399-401 (trad. Orval)
« Ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas »
Aujourd'hui notre Seigneur Jésus Christ est en croix et nous sommes en fête, afin que vous sachiez que la croix est une fête et une célébration spirituelle. Jadis la croix désignait un châtiment, maintenant elle est devenue objet d'honneur. Autrefois symbole de condamnation, la voici maintenant principe de salut. Car elle est pour nous la cause de biens innombrables : elle nous a délivrés de l'erreur, éclairés dans les ténèbres et réconciliés avec Dieu ; nous étions devenus pour lui des ennemis et des étrangers lointains, et elle nous a rendu son amitié et rapprochés de lui. Elle est pour nous la destruction de l'inimitié, le gage de la paix, le trésor de mille biens.
Grâce à elle, nous n'errons plus dans les déserts, car nous connaissons le vrai chemin. Nous ne demeurons plus hors du palais royal, car nous avons trouvé la porte. Nous ne craignons pas les armes enflammées du diable, car nous avons découvert la fontaine. Grâce à elle, nous ne sommes plus dans le veuvage, puisque nous avons retrouvé l'Époux. Nous n'avons pas peur du loup, car nous avons le bon pasteur. Grâce à la croix, nous ne redoutons pas l'usurpateur, puisque nous siégeons aux côtés du Roi.
Voilà pourquoi nous sommes en fête en célébrant la mémoire de la croix. Saint Paul lui-même nous invite à la fête en l'honneur de la croix : « Célébrons cette fête, dit-il, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de perversité, mais avec du pain non fermenté : la pureté et la vérité » (1Co 5,8). Il en a donné la raison en disant : « Parce que le Christ, notre Pâque, a été immolé pour nous » (v. 7).
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Méditation sur la Passion (attrib.), 6, 13-15 ; PL 184, 747 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 487)
La gloire de la croix
Loin de moi la pensée de me glorifier ailleurs que dans la croix de mon Seigneur Jésus Christ (Ga 6,14). La croix est ta gloire, la croix est ta souveraineté. Voici ta souveraineté sur tes épaules (Is 9,5). Ceux qui portent ta croix, portent ta gloire. C’est pourquoi la croix, qui fait peur aux infidèles, est pour les fidèles plus belle que tous les arbres du Paradis. Le Christ a-t-il craint la croix ? Et Pierre ? Et André ? Au contraire, ils l'ont désirée. Le Christ s'est avancé vers elle « comme un champion joyeux de prendre sa course » (Ps 18,6) : « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de mourir » (Lc 22,15). Il a mangé la Pâque en souffrant sa Passion, lorsqu'il est passé de ce monde à son Père. Sur la croix il a mangé et il a bu, il s'est enivré et s’est endormi…
Qui pourrait désormais craindre la croix ? Je peux, Seigneur, faire le tour du ciel et de la terre, de la mer et des plaines, jamais je ne te trouverai sinon sur la croix. Là tu dors, là tu pais ton troupeau, là tu te reposes à l'heure de midi (Ct 1,7). Sur cette croix celui qui est uni à son Seigneur chante avec douceur : « Toi Seigneur, bouclier qui m'entoures, ma gloire, tu me relèves la tête » (Ps 3,4). Personne ne te cherche, personne ne te trouve, sinon sur la croix. Croix de gloire, enracine-toi en moi, pour que je sois trouvé en toi.