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15 septembre - Notre Dame des Douleurs, mémoire
Commentaire de l’Évangile
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)
moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale V, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, Éd. du Cerf, 1960, pp. 139-143, rev.)
« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère » (Jn 19,25)
Il y a deux espèces de martyre : l’un manifeste, l’autre secret ; l’un visible, l’autre caché ; l’un dans la chair, l’autre dans le cœur. (...) Le martyre du cœur dépasse les tourments de la chair.
Aussi la glorieuse Vierge a-t-elle triomphé dans ce genre de souffrance, d’autant plus glorieuse qu’elle était plus proche quand, attachée à la croix adorable de la passion du Seigneur, elle puisa au calice, elle but la passion et, abreuvée au torrent de douleurs, elle put endurer une douleur à jamais sans pareille. Elle court à la suite de Jésus non seulement à l’odeur de ses parfums, mais dans l’abondance de ses douleurs ; non seulement dans la joie des consolations, mais aussi dans le débordement des souffrances. Mère, elle voyait son Fils, le véritable Salomon, avec le diadème dont elle l’avait couronné et, elle-même couronnée d’une couronne d’affliction, elle allait à sa suite.
Elle se tenait debout auprès de la croix (Jn 19,25) pour considérer (...) la tête très douce de son Fils, ointe d’huile de préférence à ses compagnons, frappée avec un roseau et couronnée d’épines. Elle voyait le plus beau des enfants des hommes qui n’avait plus ni éclat ni beauté. Elle voyait méprisé et ravalé au dernier rang celui qui est exalté au-dessus de tous les peuples. Elle voyait le Saint des saints crucifié avec les scélérats et les impies. Elle voyait les yeux de cet homme sublime s’abaisser, et la tête de celui qui soutient l’univers se pencher, inclinée sur ses épaules, la très sereine face de Dieu se flétrir, et s’évanouir la beauté de son visage.
ou
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), prédicateur, fondateur de communautés religieuses
Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, § 214 (Livre de Vie, éd. Seuil, 1996, p.114-115, rev.)
Marie, soutien pour porter notre croix
La dévotion mariale est un chemin aisé pour arriver à l'union avec Notre-Seigneur, où consiste la perfection du chrétien ; c’est un chemin que Jésus-Christ a frayé en venant à nous, et où il n’y a aucun obstacle pour arriver à lui.
On peut, à la vérité, arriver à l’union divine par d’autres chemins ; mais ce sera par beaucoup plus de croix, de morts étranges et avec beaucoup plus de difficultés, que nous ne vaincrons que difficilement. Il faudra passer par des nuits obscures, par des combats et des agonies étranges, par des montagnes escarpées, par des épines très piquantes et des déserts affreux. Mais par le chemin de Marie, on passe plus doucement et plus tranquillement.
On y trouve, à la vérité, de grands combats à donner et de grandes difficultés à vaincre ; mais cette bonne Mère et Maîtresse se rend si proche et si présente à ses fidèles serviteurs, pour les éclairer dans leurs ténèbres, pour les éclaircir dans leurs doutes, pour les affermir dans leurs craintes, pour les soutenir dans leurs combats et leurs difficultés, qu’en vérité ce chemin virginal pour trouver Jésus-Christ est un chemin de roses et de miel, au vu des autres chemins.
ou
Saint Albert le Grand (v. 1200-1280), dominicain
De natura boni, Florete flores ; lectionnaire monastique, abbaye Notre Dame du Pesquié (p 281, rev.)
Les deux pôles du monde
Les deux pôles du monde
Il y a deux pivots du ciel autour desquels tourne tout le ciel : ce sont les deux pôles. L’un est le Sauveur, situé au midi parce qu’Il est plein de lumière et qu’il n’y a pas en Lui de ténèbres ; l’autre est le sein où Il s’est incarné.
Autour de ces deux pôles, le ciel tourne, avec le secours de l’intercession de la Mère, et celui de la Rédemption sur la Croix. En effet, par l’intercession de Marie ainsi que par le sang et le corps du Rédempteur, le Seigneur exerce sa justice sur les peuples.
L’axe de la miséricorde, qui soutient le monde, tourne autour de ces deux pivots ou pôles, parce que, par la Mère, nous avons accès au Fils, et par le Fils au Père, et ainsi conduits, nous ne craignons en rien de nous voir refuser la réconciliation.
Ces deux étoiles, pivots ou pôles du ciel sont immobiles ; autour d’elles comme autour de deux points fixes nécessaires, tourne la circonférence entière du ciel.
ou
Pape Benoît XVI
Encyclique « Spe salvi » § 50 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana rev.)
Mère de l'espérance
Sainte Marie..., le vieillard Syméon t'a parlé de l'épée qui transpercerait ton cœur (Lc 2,35), du signe de contradiction que ton Fils serait dans ce monde. Quand ensuite l'activité publique de Jésus a commencé, tu as dû te mettre à l'écart, afin que puisse grandir la nouvelle famille...de ceux qui écouteraient et observeraient sa parole (Lc 11,27). Malgré toute la grandeur et la joie des débuts de l'activité de Jésus, déjà dans la synagogue de Nazareth, tu as dû faire l'expérience de la vérité de la parole sur le « signe de contradiction » (cf Lc 4,28s). Ainsi tu as vu le pouvoir grandissant de l'hostilité et du refus qui progressivement allait s'affirmant autour de Jésus jusqu'à l'heure de la croix, où tu devais voir le Sauveur du monde, l'héritier de David, le Fils de Dieu, mourir comme quelqu'un qui a échoué, exposé à la risée, parmi les malfaiteurs.
Tu as alors accueilli la parole : « Femme, voici ton fils ». De la croix tu as reçu une nouvelle mission. À partir de la croix tu es devenue mère d'une manière nouvelle : mère de tous ceux qui veulent croire en ton Fils Jésus et le suivre. L'épée de douleur a transpercé ton cœur. L'espérance était-elle morte ? Le monde était-il resté définitivement sans lumière, la vie sans but ? À cette heure, probablement, au plus intime de toi-même, tu as écouté de nouveau la parole de l'ange, par laquelle il avait répondu à ta crainte au moment de l'Annonciation : « Sois sans crainte, Marie » (Lc 1,30). Que de fois le Seigneur, ton fils, avait dit la même chose à ses disciples !...
À l'heure de Nazareth l'ange t'avait dit aussi : « Son règne n'aura pas de fin » (Lc 1,33). Il était peut-être fini avant de commencer ? Non, près de la croix...tu es devenue la mère des croyants. Dans cette foi..., tu es allée à la rencontre du matin de Pâques ; la joie de la résurrection a touché ton cœur et t'a unie de manière nouvelle aux disciples... Le règne de Jésus était différent de ce que les hommes avaient pu imaginer. Ce règne commençait à cette heure et n'aura jamais de fin. Ainsi tu demeures au milieu des disciples (cf Ac 1,14) comme leur Mère, comme Mère de l'espérance.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Poésie « Pourquoi je t'aime, ô Marie », §20-25 (OC, Cerf DDB 1996, p. 755)
« Femme, voici ton fils »
Un jour que les pécheurs écoutent la doctrine
De Celui qui voudrait au ciel les recevoir
Je te trouve avec eux, Marie, sur la colline ;
Quelqu'un dit à Jésus que tu voudrais le voir.
Alors ton divin Fils, devant la foule entière,
De son amour pour nous montre l'immensité ;
Il dit : « Quel est mon frère, et ma sœur, et ma mère,
« Si ce n'est celui-là qui fait ma volonté ? » (Mt 12,24-50)
Ô Vierge immaculée, des mères la plus tendre,
En écoutant Jésus, tu ne t'attristes pas,
Mais tu te réjouis qu'il nous fasse comprendre
Que notre âme devient sa famille ici-bas.
Oui, tu te réjouis qu'il nous donne sa vie,
Les trésors infinis de sa divinité !
Comment ne pas t'aimer, ô ma mère chérie,
En voyant tant d'amour et tant d'humilité,...
Tu nous aimes vraiment comme Jésus nous aime,
Et tu consens pour nous à t'éloigner de lui.
Aimer, c'est tout donner, et se donner soi-même ;
Tu voulus le prouver en restant notre appui.
Le Sauveur connaissait ton immense tendresse,
Il savait les secrets de ton cœur maternel,
Refuge des pécheurs, c'est à toi qu'il nous laisse
Quand il quitte la croix pour nous attendre au ciel...
La maison de saint Jean devient ton seul asile ;
Le fils de Zébédée doit remplacer Jésus.
C'est le dernier détail que donne l'Évangile,
De la Reine des Cieux il ne me parle plus.
Mais son profond silence, ô ma Mère chérie,
Ne révèle-t-il pas que le Verbe éternel
Veut lui-même chanter les secrets de ta vie
Pour charmer tes enfants, tous les élus du ciel ?
Bientôt je l'entendrai, cette douce harmonie ;
Bientôt, dans le beau ciel, je vais aller te voir.
Toi qui vins me sourire au matin de ma vie,
Viens me sourire encor... Mère, voici le soir !
Je ne crains plus l'éclat de ta gloire suprême ;
Avec toi j'ai souffert, et je veux maintenant
Chanter sur tes genoux, Vierge, pourquoi je t'aime
Et redire à jamais que je suis ton enfant !
ou
Saint Silouane (1866-1938), moine orthodoxe, Écrits (trad. Eds. Présence 1975, p. 356)
« Près de la croix de Jésus se tenait sa mère »
Nous ne parvenons pas à la plénitude de l'amour de la Mère de Dieu, et c'est pourquoi nous ne pouvons pas non plus pleinement comprendre sa douleur. Son amour était parfait. Elle aimait immensément son Dieu et son fils, mais elle aimait aussi d'un grand amour les hommes. Et que n'a-t-elle pas enduré lorsque ces hommes, qu'elle aimait tant et pour lesquels jusqu'à la fin elle voulait le salut, ont crucifié son fils bien-aimé ?
Nous ne pouvons pas le comprendre, car notre amour pour Dieu et pour les hommes est trop faible. Comme l'amour de la Mère de Dieu n'a pas de mesure et dépasse notre compréhension, de même sa douleur est immense et impénétrable pour nous.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er Sermon pour l'Assomption ; PL 185A,187 (trad. Orval)
« Voici ta mère »
Marie a engendré un fils ; et comme celui-ci est le Fils unique du Père dans les cieux, il est le fils unique de sa mère sur la terre... Cependant cette seule vierge mère, qui a eu la gloire de mettre au monde le Fils unique de Dieu embrasse ce même Fils dans tous les membres de son Corps et ne rougit pas d'être appelée la mère de tous ceux en qui elle reconnaît le Christ déjà formé ou sur le point de l'être. Ève, qui jadis a légué à ses enfants la condamnation à mort avant même qu'ils aient vu le jour, a été appelée « la mère des vivants » (Gn 3,20)... Mais puisqu'elle n'a pas répondu au sens de son nom, c'est Marie qui en a réalisé le mystère. Comme l'Église dont elle est le symbole, elle est la mère de tous ceux qui sont renés à la vie. Elle est vraiment la mère de la Vie qui fait vivre tous les hommes ; et en l'engendrant elle a en quelque sorte régénéré tous ceux qui allaient en vivre...
Cette bienheureuse mère du Christ, qui se sait mère des chrétiens en raison de ce mystère, se montre aussi leur mère par le soin qu'elle prend d'eux et l'affection qu'elle leur témoigne. Elle n'est pas dure envers eux comme s'ils n'étaient pas à elle. Ses entrailles fécondées une seule fois, mais non pas épuisées, ne cessent d'enfanter le fruit de la bonté. « Le fruit béni de ton sein » (Lc 1,42), douce mère, t'a laissée toute remplie d'une bonté inépuisable : né de toi une seule fois, il demeure toujours en toi.
ou
Rupert de Deutz (v. 1075-1130), moine bénédictin
Commentaire sur l'évangile de Jean, 13 ; PL 169, 789 (trad. Tournay rev.)
« Voici ta mère »
« Femme, voici ton fils. Voici ta mère. » De quel droit le disciple que Jésus aimait est-il fils de la mère du Seigneur ? De quel droit celle-ci est-elle sa mère ? C'est qu'elle avait mis au monde, sans douleur alors, la cause du salut de tous, lorsqu'elle avait donné naissance dans sa chair au Dieu fait homme. Maintenant c'est avec une grande douleur qu'elle enfante, debout au pied de la croix.
À l'heure de sa Passion, le Seigneur lui-même avait justement comparé les apôtres à une femme qui enfante, en disant : « La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l'enfant est né, elle ne se souvient plus de son angoisse, parce qu'un être humain est né dans le monde » (Jn 16,21). Combien plus un tel fils a-t-il pu comparer une telle mère, cette mère debout au pied de la croix, à une femme qui enfante ? Que dis-je, comparer ? Elle est vraiment femme et vraiment mère et, en cette heure, elle a de vraies douleurs d'enfantement. Elle n'avait pas eu la peine d'enfanter dans la douleur comme les autres femmes lorsque son enfant lui était né ; c'est maintenant qu'elle souffre, qu'elle est crucifiée, qu'elle a de la tristesse comme celle qui enfante, parce que son heure est venue (cf Jn 13,1 ; 17,1)...
Quand cette heure aura passé, quand ce glaive de douleur aura entièrement traversé son âme qui enfante (Lc 2,35), alors elle non plus « elle ne se souviendra plus de son angoisse, parce qu'un homme sera né dans le monde » -- l'homme nouveau qui renouvelle tout le genre humain et règne sans fin sur le monde entier, vraiment né, au-delà de toute souffrance, immortel, premier né d'entre les morts. Si, dans la Passion de son fils unique, la Vierge a ainsi mis au monde notre salut à tous, elle est bien notre mère à tous.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
4ème Sermon pour l'Assomption (trad. cf. Pain de Cîteaux 8, p. 105 et SC 202, p. 459)
« À partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui »
Quand Jésus s'est mis à parcourir les villes et les villages pour annoncer la Bonne Nouvelle (Mt 9,35), Marie l'accompagnait, inséparablement attachée à ses pas, suspendue à ses lèvres dès qu'il ouvrait la bouche pour enseigner. À tel point que ni la tempête de la persécution ni l'horreur du supplice n'ont pu lui faire abandonner la compagnie de son Fils, l'enseignement de son Maître. « Près de la croix de Jésus se tenait Marie, sa mère ». Vraiment, elle est mère, celle qui n'abandonnait pas son Fils, même dans les terreurs de la mort. Comment aurait-elle pu être effrayée par la mort, elle dont « l'amour était fort comme la mort » (Ct 8,6) et même plus fort que la mort. Oui, elle se tenait debout près de la croix de Jésus et la douleur de cette croix la crucifiait dans son cœur elle aussi ; toutes les plaies dont elle voyait blessé le corps de son Fils étaient autant de glaives qui lui transperçaient l'âme (Lc 2,35). C'est donc à juste titre qu'elle est proclamée Mère ici et qu'un protecteur bien choisi est désigné pour prendre soin d'elle, car c'est ici surtout que se manifestent l'amour parfait de la mère à l'égard du Fils et la vraie humanité que le Fils avait reçue de sa mère...
Jésus « l'ayant aimée, il l'aima jusqu'à la fin » (Jn 13,1). Non seulement la fin de sa vie a été pour elle, mais aussi ses derniers mots : achevant pour ainsi dire de dicter son testament, Jésus a confié le soin de sa mère à son plus cher héritier... Pierre, pour sa part, a reçu l'Église, et Jean, Marie. Cette part revenait à Jean comme un signe de l'amour privilégié dont il était l'objet, mais aussi à cause de sa chasteté... Car il convenait que personne d'autre ne rende ses services à la mère du Seigneur que le disciple bien-aimé de son Fils... Et par cette disposition providentielle, le futur évangéliste pourrait s'entretenir familièrement de tout avec celle qui savait tout, elle qui, depuis le commencement, observait attentivement tout ce qui concernait son Fils, qui « conservait avec soin toutes ces choses et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19).
ou
Saint Romanos le Mélode ( ?-v. 560), compositeur d'hymnes
Hymne 25, Marie à la croix (trad. SC 128, p. 165s rev.)
« Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée »
Brebis contemplant son agneau qu'on traînait à l'abattoir (Is 53,7), consumée de douleur, Marie suivait avec les autres femmes, en criant ainsi : « Où vas-tu, mon enfant ? Pourquoi achèves-tu ainsi ta course rapide (Ps 18,6) ? Y a t-il encore d'autres noces à Cana, est-ce là maintenant que tu vas si vite pour leur faire du vin avec de l'eau ? Puis-je t'accompagner, mon enfant, ou vaut-il mieux t'attendre ? Dis-moi un mot, Verbe, ne passe pas devant moi en silence..., toi qui es mon fils et mon Dieu...
« Tu marches vers une mort injuste et personne ne partage ta souffrance. Pierre ne t'accompagne pas, lui qui disait : « Jamais, je ne te renierai, même si je devais mourir » (Mt 26,35). Il t'a quitté ce Thomas qui s'exclamait : « Mourons tous avec lui » (Jn 11,16). Et les autres aussi, les intimes, ceux qui doivent juger les douze tribus (Mt 19,28), où sont-ils maintenant ? Il n'en reste plus un seul ; mais toi, tout seul, mon enfant, tu meurs pour tous. C'est ton salaire pour avoir sauvé tous les hommes et les avoir servi, mon fils et mon Dieu. »
Se retournant vers Marie, celui qui est sorti d'elle s'écria : « Pourquoi pleures-tu, mère ? ... Moi, ne pas souffrir ? ne pas mourir ? Comment donc sauverais-je Adam ? Ne pas habiter le tombeau ? Comment ramènerais-je à la vie ceux qui demeurent au séjour des morts ? Pourquoi pleures-tu ? Crie plutôt : ' C'estvolontairement qu'il souffre, mon fils et mon Dieu. ' Vierge sage, ne te rends pas semblable aux insensées (Mt 25,1s) ; tu es dans la salle des noces, ne fais donc pas comme si tu te tenais dehors... Ne pleure donc plus, mais dis plutôt : ' Prends pitié d'Adam, sois miséricordieux pour Eve, toi mon fils et mon Dieu. '
« Rassure-toi, mère, la première tu me verras sortir du tombeau. Je viendrai te montrer de quels malheurs j'ai racheté Adam, quelles sueurs j'ai versées pour lui. À mes amis, j'en révélerai les marques que je montrerai dans mes mains. Alors tu verras Eve vivante comme autrefois, et tu crieras dans ta joie : ' Il a sauvé mes parents, mon fils et mon Dieu ! ' »
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Les sept dons du Saint Esprit, conférence VI, 15-21 (trad. Orval)
« Voici ta mère »
La glorieuse Vierge a payé notre rançon en femme courageuse et aimante d'un amour de compassion pour le Christ. Il est dit dans l'évangile de saint Jean : « La femme, lorsqu'elle enfante, a de la tristesse parce que son heure est venue » (16,21). La bienheureuse Vierge n'a pas éprouvé les douleurs qui précèdent l'enfantement, parce qu'elle n'a pas conçu à la suite du péché comme Ève contre qui la malédiction a été portée ; sa douleur, elle l'a eue après : elle a enfanté à la croix. Les autres femmes connaissent la douleur du corps, elle a éprouvé celle du cœur. Les autres souffrent d'une altération physique ; elle, de compassion et de charité.
La bienheureuse Vierge a payé notre rançon en femme courageuse et aimante d'un amour de miséricorde pour le monde, et surtout pour le peuple chrétien. « Une femme peut-elle oublier son nourrisson et être sans pitié pour le fruit de ses entrailles ? » (Is 49,15) Ceci peut nous faire comprendre que le peuple chrétien tout entier est issu des entrailles de la glorieuse Vierge. Quelle Mère aimante nous avons ! Modelons-nous sur notre Mère et suivons-la dans son amour. Elle a eu compassion des âmes à tel point qu'elle a compté pour rien toute perte matérielle et toute souffrance physique. « Nous avons été rachetés d'un grand prix ! » (1Co 6,20)
ou
Saint Silouane (1866-1938), moine orthodoxe, saint des Églises orthodoxes
Écrits (trad. Sophrony, Starets Silouane, Présence 1973, p. 355)
« Tu as voulu qu'elle devienne notre mère quand elle se tenait près de la croix de Jésus » (Prière sur les offrandes)
Lorsque l'âme est toute pénétrée par l'amour de Dieu, oh ! comme tout est bon alors, comme tout est rempli de douceur et de joie ! Mais, même alors, on n'échappe pas aux afflictions, et plus grand est l'amour, plus grandes sont les afflictions. La Mère de Dieu n'a jamais péché, même par une seule pensée, et elle n'a jamais perdu la grâce, mais elle aussi elle a eu à endurer de grandes afflictions. Quand elle se tenait au pied de la croix, sa peine était vaste comme l'océan. Les douleurs de son âme étaient incomparablement plus grandes que celles d'Adam lorsqu'il a été chassé du Paradis, parce que son amour était, lui aussi, incomparablement plus grand que celui d'Adam. Et si elle est restée en vie, c'est uniquement parce que la force du Seigneur la soutenait, car le Seigneur voulait qu'elle voie sa résurrection, et qu'après son ascension elle reste sur terre pour consoler et réjouir les apôtres et le nouveau peuple chrétien.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Sermon sur le mot « cimetière » et la croix pour le Vendredi Saint, 2 ; PG 49, 396 (trad. bréviaire mémoire BVM)
« Près de la croix de Jésus, se tenait sa mère »
Vois-tu cette victoire admirable ? Vois-tu les réussites de la croix ? Vais-je maintenant te dire quelque chose de plus admirable ? Apprends la manière dont cette victoire s'est réalisée et tu seras plus stupéfait encore. Ce qui a permis au démon de vaincre, c'est par cela même que le Christ l'a dominé. Il l'a combattu par les armes que le démon avait employées. Écoute comment. Une vierge, le bois et la mort, voilà les symboles de la défaite. La vierge, c'était Ève, car elle ne s'était pas unie à l'homme ; le bois, c'était l'arbre ; et la mort, la peine encourue par Adam. Mais voici, en revanche, que la vierge, le bois et la mort, ces symboles de la défaite, sont devenus les symboles de la victoire. Au lieu d'Ève, Marie ; au lieu du bois de la connaissance du bien et du mal, le bois de la croix ; au lieu de la mort d'Adam, la mort du Christ.
Tu vois que le démon a été vaincu par ce qui lui avait donné la victoire ? Avec l'arbre, il avait vaincu Adam ; avec la croix, le Christ a triomphé du démon. L'arbre envoyait en enfer, la croix en a fait revenir ceux qui y étaient descendus. En outre, l'arbre servit à cacher l'homme honteux de sa nudité, tandis que la croix a élevé aux yeux de tous un homme nu, mais vainqueur...
Voilà le prodige que la croix a réalisé en notre faveur : la croix, c'est le trophée dressé contre les démons, l'épée tirée contre le péché, l'épée dont le Christ a transpercé le serpent. La croix, c'est la volonté du Père, la gloire du Fils unique, la joie du Saint Esprit, la splendeur des anges, l'assurance de l'Église, l'orgueil de saint Paul (Ga 6,14), le rempart des élus, la lumière du monde entier.


21 septembre - Fête de St Matthieu, apôtre et évangéliste
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
De la chasteté, chap. XII-XIII ; SC 54 (Conférences VIII-XVII ; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 140-143)
Quel prodige, que des publicains deviennent apôtres !
Grandes en vérité, et merveilleuses, et inconnues profondément aux hommes, si ce n’est à ceux qui en ont fait l’expérience, sont les largesses que Dieu, en sa libéralité ineffable, accorde à ses fidèles, même durant qu’ils demeurent en ce vase de corruption. (…) Qui ne s’étonnerait devant les œuvres de Dieu et ne s’écrirait du fond de son cœur : « J’ai connu que le Seigneur est grand » (Ps 134,5 Vg), lorsqu’il se voit lui-même, ou quelque autre, passé de l’extrême cupidité à la libéralité, de la prodigalité à une vie d’abstinence, de la superbe à l’humilité (…) ? Ce sont là en vérité les divines merveilles que l’âme du prophète et celles qui lui ressemblent, découvrent avec étonnement dans une contemplation pleine de miracles.
Car quel plus grand prodige, que de voir en un bref moment les publicains cupides devenir apôtres, les persécuteurs farouches se changer en prédicateurs de l’Évangile prêts à tout subir, et propager au prix de leur sang la foi qu’ils poursuivaient ? Tels sont les divins ouvrages que le Fils atteste qu’il accomplit chaque jour, en union avec son Père : « Mon Père agit jusqu’aujourd’hui, et moi aussi j’agis. » (Jn 5,17) Telles sont les œuvres de Dieu que le bienheureux David chante en Esprit : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui seul fait des prodiges ! » (Ps 71,18 Vg) C’est d’elles que parle le prophète Amos : « Il a fait toutes choses, et il les change ; il change en matin l’ombre de la mort. » (Am 5,8 LXX) « Ce sont là, en effet, les changements de la droite du Très-Haut. » (Ps 76,11 Vg) C’est au sujet de cet ouvrage de salut que le prophète adresse au Seigneur cette prière : « Affermissez, ô Dieu, ce que vous avez fait en nous ! » (Ps 67,29 Vg) (…)
Oui, c’est bien là le grand miracle de Dieu, qu’un homme de chair ait rejeté tout penchant charnel, que, parmi tant de circonstances diverses, tant d’assauts qui lui sont livrés, il garde son âme dans la même disposition, et demeure immobile au milieu du flux incessant des évènements.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Commentaire de l'Evangile concordant, 5, 17 ; SC 121( trad. SC, p. 115 rev.)
« Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? »
Notre Seigneur a choisi Matthieu, le collecteur d'impôts, pour encourager ses collègues à venir avec lui. Il a vu des pécheurs, il les a appelés et les a fait asseoir auprès de lui. Quel spectacle admirable : les anges sont debout et tremblants, alors que les publicains, assis, se réjouissent. Les anges sont frappés de crainte à cause de la grandeur du Seigneur, et les pécheurs mangent et boivent avec lui. Les scribes suffoquent de haine et de dépit, et les publicains exultent à cause de sa miséricorde. Les cieux ont vu ce spectacle et ont été dans l'admiration ; les enfers l'ont vu et sont devenus fous. Satan l'a vu et s'est enragé ; la mort l'a vu et a dépéri ; les scribes l'ont vu et en ont été très troublés.
Il y avait de la joie dans les cieux et de l'allégresse chez les anges parce que les rebelles avaient été convaincus, les récalcitrants s'étaient assagis et les pécheurs amendés, et parce que ces publicains avaient été justifiés. Comme notre Seigneur n'a pas renoncé à l'ignominie de la croix malgré les exhortations de ses amis (Mt 16,22), il n'a pas renoncé à la compagnie des publicains malgré les moqueries de ses ennemis. Il a méprisé la moquerie et dédaigné la louange, faisant ainsi tout ce qui est le mieux pour les hommes.
ou
Pape Benoît XVI Homélie (trad. L'Osservatore Romano)
« Allez, vous aussi, à ma vigne » (Mt 20,4)
C'est saint Matthieu, apôtre et évangéliste dont c'est aujourd'hui la fête liturgique, qui raconte la parabole du propriétaire de la vigne qui appelle des ouvriers à travailler dans sa vigne (20,1s). Il me plaît de souligner que Matthieu a personnellement fait cette expérience. Avant que Jésus l'appelle, il exerçait le métier de publicain et était par conséquent considéré comme un pécheur, exclu de la « vigne du Seigneur ». Mais tout change quand Jésus, en passant près de sa table des impôts, le regarde et lui dit : « Suis-moi ». Matthieu se leva et le suivit. Le publicain a été transformé immédiatement en disciple du Christ. Il était le « dernier » et s'est retrouvé le « premier » (Mt 20,16), grâce à la logique de Dieu qui –- heureusement pour nous ! –- est différente de celle du monde. « Vos pensées ne sont pas mes pensées, dit le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe, et mes voies ne sont pas vos voies » (55,8).
Saint Paul a, lui aussi, connu la joie de se sentir appelé par le Seigneur à travailler dans sa vigne. Et quel travail il a accompli ! Mais comme il le confesse lui-même, c'est la grâce de Dieu qui a agi en lui, cette grâce qui a transformé le persécuteur de l'Église en apôtre des nations (1Co 15,9-10).
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, III, 11, 8 ; 9, 1 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p.493)
Les apôtres s'en allèrent jusqu'aux extrémités de la terre, proclamant la bonne nouvelle des bienfaits que Dieu nous envoie et annonçant aux hommes la paix du ciel (Lc 2, 14), eux qui possédaient tous également, et chacun en particulier, la Bonne Nouvelle de Dieu. Matthieu précisément, chez les Hébreux, a fait paraître dans leur propre langue une forme écrite d'évangile alors que Pierre et Paul évangélisaient Rome et y fondaient l'Église. Après leur mort, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre (1P 5, 13), nous a transmis lui aussi par écrit la prédication de Pierre. De même Luc, le compagnon de Paul, a consigné en un livre l'évangile prêché par celui-ci. Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, le même qui a reposé sur sa poitrine (Jn 13, 25), a publié lui aussi l'évangile pendant son séjour à Éphèse.
Matthieu, dans son évangile, raconte la génération du Christ comme homme : « Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham : voici quelle fut la génération du Christ » (Mt 1, 1-18). Cet Évangile présente donc le Christ sous sa forme humaine ; c'est pourquoi le Christ y est toujours animé de sentiments d'humilité et demeure un homme de douceur... L'apôtre Matthieu ne connaît qu'un seul et même Dieu qui a promis à Abraham de multiplier sa descendance comme les étoiles du ciel (Gn 15, 5) et qui par son Fils le Christ Jésus nous a appelés du culte des pierres à sa connaissance (Mt 3, 9), de sorte que, « ce qui n'était pas un peuple est devenu son peuple, et que celle qui n'était pas la bien-aimée est devenue l'aimée » (Os 2, 25 ; Rm 9, 25)
ou
Rupert de Deutz (v. 1075-1130), moine bénédictin
Livre IV, 14; SC 165 (Les Œuvres du Saint-Esprit, tome II, livres III et IV; trad. E. de Solms; Éd. du Cerf 1970, p. 183-185, rev.)
Le collecteur d'impôts libéré pour le Royaume de Dieu
Matthieu le publicain est nourri (...) « du pain de vie et d'intelligence » (Si 15,3) ; et de cette intelligence, il fait au Seigneur Jésus un grand festin dans sa maison, car il a reçu en partage une grâce abondante, en conformité avec son nom [qui veut dire « don du Seigneur »]. Un présage de ce festin de grâce fut préparé par Dieu : appelé lorsqu'il était assis à son bureau, (...) « il suivit le Seigneur et lui fit un grand festin dans sa maison » (Lc 5,29). Il lui fit donc un festin, et un grand ; un festin royal, dirions-nous.
Matthieu est en effet l'évangéliste qui nous montre le Christ roi par sa famille et par ses actes. Dès le début de son ouvrage, il déclare : « Livre de la généalogie de Jésus Christ, Fils de David » (Mt 1,1). Ensuite il décrit comment le nouveau-né est adoré par les mages au titre de roi des Juifs ; puis, tissant tout le reste de sa narration de gestes royaux et de paraboles du règne, il termine enfin sur ces mots dits par ce roi déjà couronné de la gloire de la résurrection : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre » (28,18). Si tu examines bien l'ensemble de sa rédaction, tu reconnaîtras donc que tout entière elle respire les mystères du Royaume de Dieu. Rien d'étonnant à cela ; Matthieu avait été publicain, il se rappelait avoir été appelé du service public du royaume de péché à la liberté du Royaume de Dieu, du Royaume de justice. En homme qui n'était pas ingrat envers le grand Roi qui l'avait libéré, il servit donc fidèlement les lois de son Royaume.
ou
Pape Benoît XVI
Audience générale du 30/08/06 (trad. DC n° 2365, p. 826 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Saint Matthieu : converti, apôtre, évangéliste
« Il se leva et le suivit. » La concision de la phrase met clairement en évidence la promptitude de Matthieu à répondre à l'appel. Cela signifiait pour lui l'abandon de tout, surtout de ce qui lui garantissait une source de revenus sûre, même si elle était souvent injuste et déshonorante. À l'évidence, Matthieu a compris que la familiarité avec Jésus ne lui permettait pas de poursuivre une activité désapprouvée par Dieu. On saisit facilement l'application au présent : aujourd'hui aussi, l'attachement à des choses incompatibles avec la marche à la suite de Jésus, comme c'est le cas des richesses malhonnêtes, n'est pas admissible. Une fois, il lui est arrivé de dire sans détour : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi » (Mt 19,21). C'est bien ce qu'a fait Matthieu : « il se leva et le suivit ». Dans ce « il se leva », il est bien possible de lire la répudiation d'une situation de péché et en même temps l'adhésion consciente à une existence nouvelle, droite, dans la communion avec Jésus.
Rappelons-nous que la tradition ancienne de l'Église est unanime pour attribuer à Matthieu la paternité du premier Évangile. Cela se produit déjà avec Papias, évêque de Hiérapolis en Phrygie, autour de l'an 130. Il écrit : « Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait » (in Eusèbe de Césarée, Hist. Eccl. III,39,16). L'historien Eusèbe ajoute cette information : « Matthieu, qui avait d'abord prêché parmi les juifs, lorsqu'il décida d'aller aussi chez d'autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l'Évangile qu'il annonçait. Ainsi, il chercha à remplacer par l'écrit, chez ceux dont il se séparait, ce qu'ils perdaient avec son départ » (III,24,6). Nous n'avons plus l'Évangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais dans l'Évangile grec que nous avons, nous continuons encore à entendre, d'une certaine manière, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu, et nous écoutons ce message de saint Matthieu en le méditant toujours à nouveau pour apprendre, nous aussi, à nous lever et à suivre Jésus avec décision.
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, III, 11,8-9 (trad. Cerf 1984, p. 314 ; cf SC 210)
Saint Matthieu, un des quatre évangélistes
Il ne peut pas y avoir un plus grand ni un plus petit nombre d'évangiles. En effet, puisqu'il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque d'autre part, l'Église est répandue sur toute la terre et qu'elle a pour « colonne et pour soutien » (1Tm 3,15) l'Évangile et l'Esprit de vie, il est naturel qu'elle ait quatre colonnes qui soufflent l'immortalité de tout côté et rendent la vie aux hommes. Le Verbe, artisan de l'univers, qui siège sur les Chérubins et qui soutient toutes choses (Ps 79,2 ;He 1,3), lorsqu'il s'est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quatre formes, maintenu cependant par un unique Esprit. David, implorant sa venue, disait : « Toi qui sièges sur les Chérubins, montre-toi » (Ps 79,2). Car les Chérubins ont quatre figures (Ez 1,6), et leurs figures sont les images de l'activité du Fils de Dieu.
« Le premier de ces vivants, est-il écrit, est semblable à un lion » (Ap 4,7), ce qui caractérise la puissance, la prééminence et la royauté du Fils de Dieu ; « le second est semblable à un jeune taureau », ce qui manifeste sa fonction de sacrificateur et de prêtre ; « le troisième a un visage pareil à celui d'un homme », ce qui évoque clairement sa venue humaine ; « le quatrième est semblable à un aigle qui vole », ce qui indique le don de l'Esprit volant sur l'Église. Les évangiles selon Jean, Luc, Matthieu et Marc seront donc eux aussi en accord avec ces vivants sur lesquels siège le Christ Jésus...
Les mêmes traits se retrouvent aussi dans le Verbe de Dieu lui-même : aux patriarches qui ont existé avant Moïse il parlait selon sa divinité et sa gloire ; aux hommes qui ont vécu sous la Loi il assignait une fonction sacerdotale et ministérielle ; ensuite, pour nous, il s'est fait homme ; enfin, il a envoyé le don de l'Esprit sur toute la terre, nous abritant ainsi sous ses propres ailes (Ps 16,8)... Ils sont donc futiles, ignorants, et présomptueux ceux qui rejettent la forme sous laquelle se présente l'Évangile et qui introduisent soit un plus grand, soit un plus petit nombre de figures d'Évangile que celles que nous avons dites.
ou
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église
Homélies sur les évangiles I, 21 ; CCL 122, 149 (trad. Orval rev. ; cf bréviaire 21/09)
« Suis-moi »
« Jésus vit un homme assis au bureau de la douane ; son nom était Matthieu. Il lui dit : ‘ Suis-moi. ’ » Il l’a vu non pas tant avec les yeux du corps qu'avec le regard intérieur de sa miséricorde… Il a vu le publicain, et parce qu'il l’a vu d'un regard qui prend pitié et qui choisit, « il lui dit : ‘ Suis-moi ’ », c'est-à-dire imite-moi. En lui demandant de le suivre, il l'invitait moins à marcher derrière lui qu'à vivre comme lui ; car « celui qui déclare demeurer dans le Christ doit marcher dans la voie où lui, Jésus, a marché » (1Jn 2,6)…
Matthieu « se leva et le suivit ». Rien d'étonnant que le publicain, au premier appel du Seigneur, si empreint d’autorité, ait abandonné sa recherche de profits terrestres et que, délaissant les biens de ce monde, il ait choisi celui qu'il voyait dépourvu de toute richesse. C'est que le Seigneur qui l'appelait extérieurement par sa parole le touchait au plus intime de son âme, en y répandant la lumière de la grâce spirituelle. Cette lumière devait faire comprendre à Matthieu que celui qui l'appelait à quitter les biens matériels sur la terre était en mesure de lui donner un trésor impérissable dans le ciel (cf Mt 6,20)...
« Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples » : la conversion d’un seul publicain a ouvert la voie de la pénitence et du pardon à beaucoup de publicains et de pécheurs… Quel beau présage ! Au moment de sa conversion, celui qui devait être plus tard apôtre et enseignant parmi les païens entraîne à sa suite tout un groupe de pécheurs sur le chemin du salut !


29 septembre - Fête des Sts Michel, Gabriel et Raphaël, archanges
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°6,5-6 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 97-98 ; rev.)
« Vous verrez le ciel ouvert » (Jn 1,51)
Est-ce donc que, sous prétexte que je suis incapable de boire tout le fleuve, je me priverai d’en prendre modestement ce qu’il m’en faut ? Est-ce que, sous prétexte que la constitution de mes yeux m’interdit d’embrasser le soleil tout entier, je ne vais pas non plus le regarder autant que mes propres nécessités m’y obligent ou, encore, sous prétexte qu’entré dans un grand verger je ne puis manger tous les fruits qui s’y trouvent, veux-tu que j’en sorte finalement avec la faim ? Je loue et glorifie celui qui nous a faits, car un ordre divin l’a prescrit : « Que tout être animé loue le Seigneur » (Ps 144,10.21) (…)
Alors quoi, dira-t-on, n’est-il pas écrit : « Les anges des petits voient sans cesse le visage de mon Père des cieux » (Mt 18,10) ? Les anges voient Dieu, non pas comme il est, mais – eux aussi – selon qu’ils le comprennent. Car c’est Jésus lui-même qui dit : « Non que personne ait vu le Père, hormis celui qui vient de Dieu : Celui-là a vu le Père » (Jn 6,46). Les anges donc voient selon leur capacité, les archanges comme ils peuvent ; les Trônes et des Dominations mieux que ces premières catégories, mais ils restent en deçà d’une connaissance digne de son objet. Seul peut voir comme il faut, en même temps que le Fils, l’Esprit Saint. Car celui-ci « scrute toutes choses et connaît les profondeurs de Dieu » (1Co 2,10). Dès là que, tout à la fois, le Fils unique et l’Esprit Saint connaissent le Père adéquatement, – car « nul ne connaît non plus le Père, dit Jésus, sinon le Fils et celui à qui le Fils l’a révélé » (Mt 11,27) –, le Fils voit Dieu comme il le faut et il le révèle avec l’Esprit et par l’Esprit Saint à chacun selon sa capacité. (…)
Donc, puisque les anges l’ignorent – nous l’avons dit en effet, l’unique engendré, à chacun selon ses possibilités, révèle avec l’Esprit, par l’Esprit Saint –, que nul homme ne rougisse d’avouer son ignorance.
ou
Saint Augustin (354-430)
évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Discours sur les psaumes, Ps 85 ; CCL 39, 1178 (trad. Orval rev.)
« Dieu regarde le cœur » (1S 16,7)
Est-ce que ce pauvre a été reçu par les anges à cause du seul mérite de sa pauvreté ? Et le riche a-t-il été livré aux tourments par la seule faute de sa richesse ? Non : comprenons-le bien, c'est l'humilité qui a été honorée dans le pauvre, et l'orgueil condamné dans le riche.
Voici, en bref, la preuve que ce ne sont pas les richesses mais l'orgueil qui a valu au riche son châtiment. Le pauvre a donc été porté dans le sein d'Abraham ; mais l'Écriture dit d'Abraham qu'il avait beaucoup d'or et d'argent et qu'il était riche sur terre (Gn 13,2). Si tout riche est envoyé dans les tourments, comment Abraham a-t-il pu devancer le pauvre pour le recevoir dans son sein ? C'est qu'Abraham, au milieu de ses richesses, était pauvre, humble, respectueux et obéissant à tous les ordres de Dieu. Il tenait ses richesses pour si peu de choses que, lorsque Dieu le lui a demandé, il a accepté d'offrir en sacrifice son fils à qui il destinait ces richesses (Gn 22,4).
Apprenez donc à être pauvres et dans le besoin, soit que vous possédiez quelque chose en ce monde, soit que vous ne possédiez rien. Car on trouve des mendiants remplis d'orgueil et des riches qui confessent leurs péchés. « Dieu résiste aux orgueilleux », qu'ils soient couverts de soie ou de haillons, « mais il donne sa grâce aux humbles » (Jc 4,6), qu'ils possèdent ou non les biens de ce monde. Dieu regarde l'intérieur ; c'est là qu'il pèse, là qu'il examine.
ou
Saint Jean-Paul II
Audience générale du 23/07/1986 (trad. DC n° 1924 p. 798)
« Il y eut un combat dans le ciel : celui de Michel et de ses anges contre le Dragon » (Ap 12,7)
Dans la perfection de leur nature spirituelle, les anges sont appelés dès le début, en vertu de leur intelligence, à connaître la vérité et à aimer le bien qu'ils connaissent d'une manière beaucoup plus pleine et parfaite qu'il n'est possible à l'homme. Cet amour est l'acte d'une volonté libre..., qui signifie la possibilité de faire un choix pour ou contre le Bien, c'est-à-dire Dieu lui-même. Il faut répéter ici ce que nous avons déjà rappelé en son temps à propos de l'homme : en créant les êtres libres, Dieu a voulu que, dans le monde, se réalise cet amour véritable qui n'est possible que sur la base de la liberté. Il a donc voulu que la créature, constituée à l'image et la ressemblance de son Créateur (Gn 1,26), puisse, de la manière la plus pleine possible, se rendre semblable à lui, Dieu, qui « est amour » (1Jn 4,16). En créant ces purs esprits comme des êtres libres, Dieu, dans sa Providence, ne pouvait pas ne pas prévoir la possibilité du péché des anges. Mais, précisément parce que la Providence est une Sagesse éternelle qui aime, Dieu saurait tirer de l'histoire de ce péché...le bien définitif de tout le cosmos créé.
De fait, comme le dit clairement la Révélation, le monde des purs esprits apparaît divisé en bons et mauvais... Comment comprendre une telle opposition ?... Les Pères de l'Église et les théologiens n'hésitent pas à parler d'« aveuglement » produit par une surévaluation de la perfection de leur être propre, poussée au point de voiler la suprématie de Dieu qui exigeait à l'inverse un acte de soumission docile et obéissante. Tout cela semble exprimé de manière concise par les mots : « Je ne te servirai pas ! » (Jr 2,20), qui manifestent le refus radical et irréversible de prendre part à l'édification du Règne de Dieu dans le monde créé. Satan, l'esprit rebelle, veut son propre règne, non pas celui de Dieu, et s'érige en premier adversaire du Créateur, en opposant à la Providence, en antagoniste de la sagesse aimante de Dieu. De la rébellion et du péché de Satan, comme aussi de ceux de l'homme, nous devons tirer une conclusion et accueillir la sage expérience de l'Écriture qui affirme : « L'orgueil est la cause de la ruine » (Tb 4,13).
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
1er Sermon pour la fête de saint Michel
« Bénissez le Seigneur, vous ses anges..., serviteurs, ouvriers de son désir » (Ps 102,20-21)
Nous célébrons aujourd'hui la fête des saints anges... Mais que pouvons-nous dire de ces esprits angéliques ? Voici notre foi : nous croyons qu'ils jouissent de la présence et de la vue de Dieu, qu'ils possèdent un bonheur sans fin, ces biens du Seigneur « que l'œil n'a pas vus, ni l'oreille entendus, qui ne sont pas montés jusqu'au cœur de l'homme » (1Co 2,9). Qu'est-ce qu'un simple mortel peut dire à ce sujet à d'autres hommes mortels, incapable qu'il est de concevoir de telles choses ?... S'il est impossible de parler de la gloire des saints anges en Dieu, nous pouvons au moins parler de la grâce et de l'amour qu'ils manifestent à notre égard, car ils jouissent non seulement d'une dignité incomparable mais aussi d'une serviabilité pleine de bonté... Si nous ne pouvons pas comprendre leur gloire, nous nous attachons d'autant plus étroitement à la miséricorde dont sont remplis ces familiers de Dieu, ces citoyens du ciel, ces princes du paradis.
L'apôtre Paul lui-même, qui a contemplé de ses yeux la cour céleste et qui en a connu les secrets (2Co 12,2), nous atteste que « tous les anges sont des esprits chargés d'un ministère, envoyés en service en faveur de ceux qui doivent hériter du salut » (He 1,14). Ne voyez là rien d'incroyable, puisque le Créateur, le Roi des anges lui-même « est venu, non pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie pour la multitude des hommes » (Mc 10,45). Quel ange dédaignerait donc un tel service où l'a devancé celui que les anges servent dans les cieux avec empressement et avec joie ?
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Avis et maximes (n°220-226 in trad. Seuil 1945, p. 1212 rev.)
« Leurs anges voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux » (Mt 18, 10)
Les anges sont nos pasteurs ; non seulement ils portent à Dieu nos messages, mais ils nous apportent aussi ceux de Dieu. Ils nourrissent nos âmes de leurs douces inspirations et des communications divines ; en bons pasteurs, ils nous protègent et nous défendent contre les loups, c'est-à-dire contre les démons.
Par leurs secrètes inspirations, les anges procurent à l'âme une connaissance plus haute de Dieu ; ils l'embrasent ainsi d'une plus vive flamme d'amour pour lui ; ils vont même jusqu'à la laisser toute blessée d'amour...
La lumière de Dieu illumine l'ange en le pénétrant de sa splendeur et en l'embrasant de son amour, car l'ange est un pur esprit tout disposé à cette participation divine, mais d'ordinaire elle n'éclaire l'homme que d'une manière obscure, douloureuse et pénible, parce que l'homme est impur et faible...
Quand l'homme est devenu vraiment spirituel et transformé par l'amour divin qui le purifie, il reçoit l'union et l'amoureuse illumination de Dieu avec une suavité semblable à celle des anges...
Rappelez-vous combien il est vain, périlleux et funeste de se réjouir d'autre chose que du service de Dieu, et considérez quel malheur ce fut pour les anges qui se sont réjouis et complus dans leur beauté et leurs dons naturels, puisque c'est pour cela que certains sont tombés, privés de toute beauté, au fond des abîmes.
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec, saint des Églises orthodoxes
Hymne 2 (trad. SC 156, p. 183 rev.)
« Les anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père » (Mt 18,10)
Je te rends grâces, parce que tu m'as donné de vivre,
de te connaître et de t'adorer, mon Dieu.
Car « la vie, c'est de te connaître, toi le seul Dieu » (Jn 17,3),
créateur et auteur de tout,
non engendré, non créé, sans principe, unique,
et ton Fils, engendré de toi,
et l'Esprit très saint, procédant de toi,
la trine unité digne de toute louange...
Qu'y a-t-il chez les anges, chez les archanges,
les souverainetés, les chérubins et les séraphins
et toutes les autres armées célestes,
comme gloire ou comme lumière d'immortalité,
quelle joie, quelle splendeur de vie immatérielle,
sinon l'unique lumière de la Sainte Trinité ? ...
Cite-moi un être incorporel ou corporel,
tu trouveras que c'est Dieu qui a tout fait.
Si on te parle d'un être quelconque, ceux du ciel,
ceux de la terre ou ceux des abîmes,
pour eux aussi, pour tous, il n'y a qu'une vie, une gloire,
un désir et un royaume,
une unique richesse, joie, couronne, victoire, paix
ou tout autre éclat que ce soit :
la connaissance du Principe et de la Cause
d'où tout est venu, d'où tout a pris naissance.
Là est celui qui maintient les choses d'en haut et les choses d'en bas,
Là est celui qui met en ordre tous les êtres spirituels,
Là est celui qui règne sur tous les êtres visibles...
Ils ont grandi en connaissance et redoublé de crainte
en voyant Satan tomber
et ses compagnons emportés par la présomption.
Ceux qui sont tombés ont oublié tout cela,
esclaves de leur orgueil ;
tandis que tous ceux qui en ont conservé la connaissance,
soulevés par la crainte et l'amour,
se sont attachés à leur Seigneur.
Ainsi la reconnaissance de sa seigneurie
produisait aussi l'accroissement de leur amour
parce qu'ils voyaient mieux et plus clairement
l'éclat fulgurant de la Trinité.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, n°34, 8-9 (trad. cf bréviaire 29/09)
« Bénissez le Seigneur, vous ses anges, au service de sa parole » (Ps 102,20)
Qu'il y ait des anges, beaucoup de pages de la Sainte Écriture l'attestent... Mais il faut savoir que le mot « ange » désigne leur fonction : être des messagers. Et on appelle « archanges » ceux qui annoncent les plus grands événements. C'est ainsi que l'archange Gabriel a été envoyé à la Vierge Marie ; pour ce ministère, pour annoncer le plus grand de tous les événements, il s'imposait d'envoyer un ange du plus haut rang...
Pareillement, lorsqu'il s'agit de déployer une puissance extraordinaire, c'est Michel qui est envoyé. En effet, son action comme son nom, qui veut dire : « Qui est comme Dieu ? », font comprendre aux hommes que nul ne peut faire ce qu'il appartient à Dieu seul de réaliser. L'antique ennemi, qui a désiré par orgueil de se faire semblable à Dieu, disait : « J'escaladerai les cieux ; au-dessus des étoiles j'érigerai mon trône ; je serai semblable au Très-Haut » (Is 14,13). Mais l'Apocalypse nous dit qu'à la fin des temps, lorsqu'il sera laissé à sa propre force, avant d'être éliminé par le supplice final, il devra combattre contre l'archange Michel : « Il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattirent contre le Dragon. Et le Dragon lui aussi combattait avec ses anges ; mais il n'eut pas le dessus ; il fut précipité en bas » (Ap 12,7).
À la Vierge Marie, c'est donc Gabriel, dont le nom signifie « Force de Dieu », qui a été envoyé ; ne venait-il pas annoncer celui qui a voulu se manifester dans une condition humble, pour triompher de l'orgueil du démon ? C'est donc par la « Force de Dieu » que devait être annoncé celui qui venait comme « le Dieu des armées, le vaillant des combats » (Ps 23,8). Quant à l'archange Raphaël, son nom signifie « Dieu guérit ». En effet, c'est lui qui a délivré des ténèbres les yeux de Tobie, les touchant comme un médecin venu d'en haut (Tb 11,17). Celui qui a été envoyé pour soigner le juste en son infirmité mérite bien d'être appelé « Dieu guérit ».
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 328-332
« Les anges de Dieu montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme »
« Je crois en un seul Dieu..., créateur de ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible. » L'existence des êtres spirituels, non corporels, que l'Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une vérité de foi. Le témoignage de l'Écriture est aussi net que l'unanimité de la Tradition. St Augustin dit à leur sujet : « Ange désigne la fonction non pas la nature. Tu demandes comment s'appelle cette nature ? -- Esprit. Tu demandes la fonction ? –- Ange. D'après ce qu'il est, c'est un esprit, d'après ce qu'il fait, c'est un ange. » De tout leur être, les anges sont serviteurs et messagers de Dieu. Parce qu'ils contemplent « constamment la face de mon Père qui est aux cieux » (Mt 18,10), ils sont « les ouvriers de sa parole, attentifs au son de sa parole » (Ps 103,20). En tant que créatures purement spirituelles, ils ont intelligence et volonté ; ils sont des créatures personnelles et immortelles. Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles. L'éclat de leur gloire en témoigne (cf Dn 10,9).
Le Christ est le centre du monde angélique. Ce sont ses anges à lui : « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges » (Mt 25,31). Ils sont à lui parce que créés par et pour lui : « Car c'est en lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles : trônes, seigneuries, principautés, puissances ; tout a été créé par lui et pour lui » (Col 1,16). Ils sont à lui plus encore parce qu'il les a faits messagers de son dessein de salut : « Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d'un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut ? » (He 1,14)
Ils sont là, dès la création et tout au long de l'histoire du salut, annonçant de loin ou de près ce salut et servant le dessein divin de sa réalisation.
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Traité du Saint Esprit, ch 16 (trad. SC 17, pp. 177s rev)
La sainteté des anges
« Les cieux ont été affermis par la parole du Seigneur, et toute leur armée par le souffle de sa bouche » (Ps 32,6)... Comment ne pas penser à la Trinité : le Seigneur qui ordonne, la Parole qui crée, le Souffle qui affermit ? Que veut dire « affermir », sinon parfaire en sainteté, ce mot désignant sûrement le fait d'être solidement fixé dans le bien ? Mais sans l'Esprit Saint, pas de sainteté, car les puissances des cieux ne sont pas saintes par leur propre nature, autrement elles ne diffèreraient pas de l'Esprit Saint ; elles tiennent de l'Esprit la mesure de leur sainteté chacune à son rang...
La substance des anges est peut-être un souffle aérien ou un feu immatériel. Un psaume dit : « Tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs un feu de flamme » (Ps 103,4). C'est pourquoi, ils peuvent être dans un lieu et ensuite devenir visibles sous un aspect corporel à ceux qui en sont dignes. Mais la sainteté...leur est communiquée par l'Esprit. Et les anges se maintiennent dans leur dignité en persévérant dans le bien, en gardant leur choix ; ils choisissent de ne jamais s'écarter du vrai bien...
Comment les anges diraient-ils : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux » (Lc 2,14) sinon par l'Esprit ? En effet, « personne ne peut dire : ' Jésus est le Seigneur, ' sinon dans l'Esprit Saint, et personne, s'il parle dans l'Esprit de Dieu, ne dit : ' Maudit soit Jésus ' » (1Co 12,3). Voilà ce qu'auront dit précisément les esprits mauvais, adversaires de Dieu...dans leur libre-arbitre... Toutes les puissances invisibles (Col 1,16), pourraient-elles mener une vie bienheureuse si elles ne voyaient pas sans cesse la face du Père qui est dans les cieux ? (Mt 18,10) Or, cette vision-là, on ne peut pas l'avoir sans l'Esprit... Les séraphins diraient-ils : « Saint, Saint, Saint » (Is 6,3) si l'Esprit ne leur avait pas appris cette louange ? Si tous ses anges et toutes ses puissances célestes louent Dieu (Ps 148,2), si des milliers de milliers d'anges et d'innombrables myriades de ministres se tiennent près de lui, c'est dans la force de l'Esprit Saint qui régit toute cette harmonie céleste et indicible dans le service de Dieu et dans l'accord mutuel.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
11ème Sermon sur le Psaume 90 « Qui habitat » 6, 10-11 (trad. En Calcat)
Les anges montent et descendent
« Vous verrez les anges monter et descendre sur le Fils de l'Homme. » Ils montent pour eux, ils descendent pour nous, ou plutôt ils descendent avec nous. Ces bienheureux esprits montent par la contemplation de Dieu, et ils descendent pour avoir soin de nous et pour nous garder dans tous nos chemins (Ps 90,11). Ils montent vers Dieu pour jouir de sa présence ; ils descendent vers nous pour obéir à ses ordres, car il leur a commandé de prendre soin de nous. Toutefois, en descendant vers nous, ils ne sont pas privés de la gloire qui les rend heureux, ils voient toujours le visage du Père…
Lorsqu'ils montent à la contemplation de Dieu, ils cherchent la vérité dont ils sont comblés sans interruption en la désirant, et qu'ils désirent toujours en la possédant. Lorsqu'ils descendent, ils exercent envers nous la miséricorde, puisqu'ils nous gardent dans toutes nos voies. Car ces esprits bienheureux sont les ministres de Dieu qui nous sont envoyés pour nous venir en aide (He 1,14) ; et dans cette mission ce n'est pas à Dieu qu'ils rendent service, mais à nous. Ils imitent en cela l'humilité du Fils de Dieu qui n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et qui a vécu parmi ses disciples, comme s’il avait été leur serviteur (Mt 20,28)...
Dieu a donné ordre à ses anges, non pas de te retirer de tes chemins, mais de t'y garder soigneusement, et de te conduire dans les chemins de Dieu par ceux qu'ils suivent eux-mêmes. Comment cela, me diras-tu ? Les anges, bien sûr, agissent en toute pureté et par seule charité ; mais toi, du moins, contraint et averti par la nécessité de ta condition, descends, condescends à ton prochain en faisant preuve de miséricorde envers lui ; puis, toujours à l’imitation des anges, élève ton désir et, de toute l’ardeur de ton cœur, efforce-toi de monter jusqu’à la vérité éternelle.

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