3°SEMAINE MERCREDI21LESSEMAILLESETLESMOISSONS
— La parabole du semeur est celle des collaborateurs du
Christ qui diffusent sa doctrine et savent que les dispositions humaines peuvent toujours s’améliorer.
— Optimisme dans l’apostolat, même quand on n’en voit pas les fruits. « Les âmes, comme le bon vin, s’améliorent avec le temps. »
— Même si des semences ne germent pas, les fruits sont toujours plus abondants que les pertes.
I. Voici que le semeur est sorti pour semer, nous dit aujourd’hui le Seigneur dans l’Évangile de la Messe [01]. Le champ, le chemin, les ronces et le sol pierreux ont reçu la semence car le semeur sème à la volée et le grain s’éparpille de tous côtés. Cette parabole exprime l’extraordinaire générosité avec laquelle le Seigneur répand sa grâce dans le monde. De même que le cultivateur ne distingue pas la terre que foulent ses pieds mais jette naturellement et indistinctement sa semence, ainsi le Seigneur ne distingue-t-il pas le pauvre du riche, le sage de l’ignorant, lé tiède du fervent, le courageux du lâche[02]. Dieu sème en tous et donne à chacun les aides nécessaires au salut.
Au bureau, dans l’entreprise, à la pharmacie, au cabinet médical, dans l’atelier, dans le magasin, dans les hôpitaux, au champ, au théâtre... partout où l’on se trouve, on peut faire connaître le message du Seigneur. Lui, il répandra la semence dans les âmes et lui donnera
‘du fruit en son temps. Oui, « nous sommes de simples journaliers, car Dieu est celui qui sème[03] », nous sommes ses collaborateurs envoyés dans son champ : « c’est avec les chrétiens que Jésus poursuit ses semailles divines. Le Christ presse le blé dans ses mains blessées, il l’imbibe de son sang, le lave, le purifie et le lance dans le sillon qu’est le monde[04] », avec une générosité infinie.
Mais il nous incombe de préparer la terre et de semer au nom du Seigneur, en profitant de toutes les occasions pour faire connaître Dieu : un voyage, une période de repos, les heures de travail, les visites que l’on reçoit quand on est malade, des rencontres inattendues... tout peut être occasion de semer ce qui plus tard donnera du fruit. Celui qui sème avec générosité, n’est pas celui qui fait croître la semence ; c’est le travail du Seigneur[05] : c’est lui qui, par sa grâce qu’il ne refuse jamais, fait germer la semence et lui donne du fruit. « Les hommes ne sont que des instruments, dont Dieu se sert pour le salut des âmes ; il faut faire en sorte que ces instruments soient en bon état pour que Dieu puisse les utiliser.[06] » Voici une grande responsabilité pour celui qui se découvre instrument : être en bon état !
La semence est donc tombée de toutes parts : dans le champ, sur le chemin, dans les ronces, sur le sol pierreux. « Et quelle raison y a-t-il de semer dans les ronces, sur les pierres, sur le chemin ? S’agissant de semence et de terre, il n’y aurait certainement aucune raison pour cela, car il n’est pas possible que la pierre se transforme en terre, ni que le chemin ne soit plus chemin, ni que les ronces cessent d’être ce qu’elles sont ; mais avec les âmes il n’en est pas ainsi ! Parce qu’il est possible que la pierre se transforme en bonne terre, que le chemin ne soit plus foulé ni ne reste ouvert à tous ceux qui passent, qu’il devienne un champ fertile, que les ronces disparaissent et que la semence y fructifie[07]. » Il n’y a pas de terrains trop durs ou incultes pour Dieu. La prière et la mortification de celui qui reste humble et patient, obtiennent la grâce nécessaire à l’assouplissement des âmes.
II. Le travail des âmes est toujours efficace car le Christ, d’une manière souvent insoupçonnable, fait fructifier les efforts humains. Mes élus ne travailleront pas en vain[08], a-t-il promis.
La mission apostolique peut être semailles sans fruits visibles, mais quelquefois aussi récolte de ce que d’autres ont semé avec leur parole, avec leur souffrance sur un lit d’hôpital, avec leur travail monotone et insoupçonné. Dans tous les cas, le Seigneur désire que le semeur et le moissonneur se réjouissent en commun[09], que l’apostolat soit une tâche joyeuse quels que soient les sacrifices au moment des semailles ou de la récolte.
Le travail apostolique est un travail patient et constant qui ressemble à celui du paysan qui sait attendre jour après jour que la semence commence à pousser, puis que vienne l’heure de la récolte. L’Évangile, comme l’expérience personnelle, enseignent que la grâce, d’ordinaire, a besoin de temps pour fructifier, pour vaincre les résistances des cœurs, de ton cœur et du mien... Aider les autres suppose de la patience, très proche de la force d’âme, et une constance sans découragement. N’essayons pas d’arracher le fruit avant qu’il ne soit mûr. « C’est cette patience qui nous pousse à être compréhensifs envers autrui, convaincus que les âmes, comme le bon vin, s’améliorent avec le temps.[10] »
Savoir attendre, oui ! Mais que cela ne soit pas négligence ou abandon, retard dans la mise en œuvre des moyens opportuns pour que telle ou telle personne retrouve la lumière de la doctrine du Christ pour éclairer le brouillard de sa vie ! Ces moyens, ce sont la prière, la joie, l’espritdesacrifice, l’amitié fidèle sans cesse renouvelée...
La semence tombe-t-elle sur un sol pierreux ou dans les ronces, le fruit tarde-t-il à venir ? Rejetons jusqu’à l’ombre du pessimisme et faisons taire notre impatience ! « Vous faites souvent erreur quand vous dites : "je me suis trompé en ce qui concerne l’éducation de mes enfants", ou bien "je n’ai pas su faire le bien autour de moi". Ce qui arrive, c’est que vous n’avez pas encore obtenu le résultat que vous prétendiez, que vous ne voyez pas encore le fruit que vous auriez désiré, parce que la moisson n’est pas mûre. L’important, c’est que vous ayez semé, que vous ayez donné les âmes à Dieu. Quand Dieu voudra, ces âmes reviendront à lui. Il se peut que vous ne soyez pas là pour le voir, mais il y en aura d’autres pour recueillir ce que vous avez semé’’. » Il y aura surtout le Christ pour qui tant d’efforts auront été faits et qui ne les laissera pas sans fruits.
Travailler quand on ne voit pas les fruits venir est un bon symptôme de foi généreuse et de droiture d’intention, le signe de l’authenticité d’une tâche réalisée uniquement pour la gloire de Dieu et non pour des intérêts personnels. « La foi est une condition indispensable à l’apostolat : bien souvent, elle se manifeste dans la constance pour parler de Dieu même si les fruits tardent à venir.
« Si nous persévérons, si nous insistons, convaincus que le Seigneur le veut, on remarquera aussi autour de toi, de tous côtés, les symptômes d’une révolution chrétienne : les uns se donneront, d’autres prendront au sérieux leur vie intérieure, et d’autres (les plus faibles) seront au moins prévenus [12]. »
III. D’autres grains, remarque le Christ dans la parabole, sont tombés sur la bonne terre ; ils ont donné du fruit, et ils ont produit trente, soixante, cent pour un.
Bien qu’une partie de la semence se soit perdue en tombant sur un mauvais terrain, une autre partie donne une imposante récolte, et la fertilité de la bonne terre compense largement la semence restée stérile. Le message chrétien est d’un optimisme extraordinaire ! L’apostolat a donné et donnera toujours un fruit disproportionné par rapport aux moyens mis en œuvre et le Seigneur concédera, à ses ouvriers fidèles, de voir, dans son Royaume, tout le bien produit par leur prière, leurs heures de travail offertes pour leurs frères, leurs conversations avec leurs amis, les heures et les heures douloureuses de la maladie offerte par amour, ces rencontres apparemment sans lendemain mais au cours desquelles ils auront essayé de semer du bon grain, et enfin tout ce qui leur aura semblé être un formidable échec... On verra alors à qui aura profité telle prière du Rosaire, égrené au retour de l’usine, de l’université, de la gare ou du bureau... Rien ne reste sans fruit : cent, soixante, trente pour un...
La seule erreur du semeur serait de ne plus répandre la semence de peur qu’une partie ne tombe en un lieu impropre à la germination : ce serait cesser de parler du Christ par crainte de ne pas savoir bien s’exprimer, d’être mal interprété, de s’entendre dire que l’on n’intéresse personne...
N’oublions pas que Dieu sait déjà que certaines personnes répondront à notre appel et d’autres non. En créant l’homme libre, le Seigneur— dans sa Sagesse infinie — savait bien que l’homme pouvait mal utiliser sa liberté, que certains de ses enfants ne voudraient pas donner de fruit. « Chaque âme est maîtresse de son destin, pour le bien ou pour le mal (...). L’existence en nous tous, en toi et en moi, d’une telle possibilité n’a jamais cessé de nous atterrer, bien qu’elle soit le signe de notre noblesse.[13] »
Dieu se complaît en ceux qui correspondent volontairement à sa grâce, qui acceptent son amour au lieu de le rejeter, qui luttent pour donner des fruits de sainteté avec l’aide divine au lieu de se satisfaire de la médiocrité... Vois comme les saints ont été aimés de Dieu, comment la très sainte Vierge a été l’objet d’attentions divines sans nombre, elle qui est pleine de grâce. Que cela devienne le fondement de notre optimisme dans l’apostolat !
Dieu aurait bien pu nous créer sans liberté, pour que nous lui rendions gloire comme le font les animaux et les plantes, qui se meuvent par les lois du déterminisme de leur nature, soumis à la servitude de leurs instincts. Nous pourrions être comme des animaux perfectionnés, mais sans liberté. Si Dieu a voulu nous créer libres, c’est pour que nous puissions lui dire volontairement— c’est-à-dire avec un surcroît d’amour —, comme la Vierge : Voici la servante du Seigneur[14]. Nous rendre esclaves de Dieu par amour compense toutes les offenses de ceux qui, pour être soi-disant libres, deviennent esclaves de leurs passions, de leur égoïsme, de leur paresse, de leur susceptibilité... Vivons la joie des semailles, « chacun selon ses possibilités, ses moyens, son charisme et son ministère. Tous par conséquent, ceux qui sèment et ceux qui moissonnent, ceux qui plantent et ceux qui arrosent, il faut qu’ils soient un, afin que "tendant tous librement et de manière ordonnée à la même fin", ils dépensent leurs forces d’un même cœur pour la construction de l’Église[15]. »
NOTES
[01] Mc4, 1-20.
[02] Cf. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, //omé/iej sur saint MatthieuM, 3.
[03] SAINT AUGUSTIN, Sermon 73, 3.
[04] BIENHEUREUX J. ESCRIVA, Quand le Christ passe, 157.
[05] Cf. 1 Cor 3, 7.
[06] SAINT PIE X, Enc. Hœrent animo, 9.
[07] SAINT JEAN CHRYSOSTOME, op.cit., 44.
[08] Is 65, 23.
[09] Cf. Jn 4, 36.
[10] BIENHEUREUX J. ESCRIVA, Amis de Dieu, 78.
[11] G. CHEVROT, Le puits de Sychar.
[12] BIENHEU-REUXJ. ESCRIVA, Si/ton, n. 207.
[13] IDEM, Amis de Dieu, 33.
[14] Le 1, 38.
[15] CONCILE VATICAN II, Decr. Ad gentes, 28.
3°SEMAINE JEUDI
22. CROÎTRE EN VIE INTÉRIEURE
— La vie intérieure, comme tout ce qui est vivant, est destinée à croître, à proportion de la correspondance aux grâces reçues.
— La fidélité dans les petites choses et l’esprit de sacrifice.
— La contrition restaure la croissance intérieure.
I. Jésus attire parfois l’attention de ses Apôtres pour qu’ils apprennent de lui, à partir de la vie quotidienne ; d’autres fois, il les convoque pour leur expliquer de nouveau une parabole ou pour observer un événement dont ils tireront un enseignement, car ils reçoivent un trésor pour toute l’Église, et ils devront en rendre compte. Faites attention à ce que vous entendez ! , leur dit-il souvent, et il ajoute : Celui qui a recevra encore ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a[01]. Ce qu’il veut dire, d’après saint Jean Chrysostome c’est que "celui qui est diligent et fervent recevra toute l’aide qui dépend de Dieu : mais celui qui n’a pas d’amour ni de ferveur et ne fait pas ce qui dépend de lui, ne recevra pas non plus ce qui vient de Dieu. Car même ce qu’il semble avoir, lui sera enlevé, non pas que Dieu le lui enlève, mais il se rend incapable de recevoir de nouvelles grâces.[02] »
Celui qui a recevra encore... Quelle promesse pour la vie intérieure des chrétiens ! Celui qui répond généreusement à la grâce divine recevra plus de grâce encore et la possédera de plus en plus ; celui qui ne fait pas fructifier les inspirations, les motions et les aides du Saint-Esprit, s’appauvrira, hélas, déplus en plus aussi. Ceux qui feront des affaires avec leurs talents se créeront une fortune considérable encore ; mais celui qui enterre les siens, les perdra[03]. La vie intérieure, comme l’amour, est destinée à croître : « Si tu dis : "cela suffit", tu es déjà mort[04] » ; elle appelle toujours le progrès, l’ouverture à de nouvelles grâces, et si on n’y avance pas, on recule...
Le Seigneur a promis toute l’aide dont nous avons besoin, de sorte qu’à chaque instant nous pouvons dire avec le psalmiste : le Seigneur pense à moi ![05] Des difficultés, des tentations, des obstacles intérieurs ou extérieurs ? Oui, certes, mais cela n’empêche rien. Au contraire, plus forte est la difficulté, plus grande est la grâce ; quand les tentations et les contradictions sont plus dures, l’aide du Seigneur est plus abondante, et ce qui semble gêner ou rendre impossible la sainteté se transforme en cause de progrès spirituel et en efficacité apostolique. Seul le manque d’amour, la tiédeur, rend malade ou agonisante la vie de l’âme. Seule la mauvaise volonté, le manque de générosité envers Dieu, retarde ou empêche l’union avec lui. « Le vase de la foi que l’on mène à la source reçoit selon sa capacité.[06] » Jésus-Christ n’est-il pas une source inépuisable d’aide, d’amour, de compréhension ? Avec quel désir t’approches-tu de lui ? Seigneur, donne-moi toujours davantage soif de toi, fais que je te désire avec plus d’intensité que le naufragé dans le désert, sur le point de mourir du manque d’eau !
II. Les causes de stagnation ou de régression dans la vie intérieure, les sources de scepticisme et de découragement, sont très diverses. Néanmoins, il en est quelques-unes plus répandues que les autres, comme la négligence, le laisser-aller dans les petites choses du service et de l’amitié avec Dieu, et les reculades subtiles face aux sacrifices qu’il nous demande[07]. Or, ce que nous avons chaque jour à offrir au Seigneur, ce n’est qu’une multitude de petits actes de foi et d’amour, de demandes, d’actions de grâces dans la Messe, des visites au Saint Sacrement où Jésus-Christ nous attend... Rien que du menu, de l’ordinaire, de discrètes prières au long de la journée ; de modestes victoires dans le travail, l’amabilité dans les conversations, l’affabilité quand nous posons des questions... Ces petites choses faites avec amour et par amour constituent un véritable trésor, que l’on emportera dans l’éternité. La vie intérieure se nourrit essentiellement de ce qui est petit, mais réalisé avec attention, avec amour. Prétendre autre chose se révèle vain à l’expérience. « Rappelez-vous, disait le bienheureux Josémaria Es-cri va, l’histoire de ce personnage imaginé par un écrivain français, qui prétendait chasser des lions dans les couloirs de sa maison, et, naturellement, il ne les trouvait pas. Notre vie est commune et courante ; prétendre servir le Seigneur dans de grandes choses serait comme essayer d’aller à la chasse aux lions dans les couloirs. De la même manière que le chasseur du conte, nous finirions les mains vides[08] », sans rien offrir de réel, puisque le réel c’est l’ordinaire de tous les jours.
Comme les gouttes d’eau en tombant silencieusement l’une après l’autre fécondent doucement la terre assoiffée, ainsi en-est-il des petites actions. Un « regard » qui se pose sur une image de la Vierge, un mot d’encouragement à l’ami qui en a besoin, une génuflexion attentive devant le Tabernacle, une distraction chassée de la prière, une victoire sur soi-même dans le travail, assailli par la somnolence... tout cela tisse des habitudes positives, les vertus, qui font progresser la vie de l’âme. Qui est fidèle dans ces actes minuscules, actualise ainsi son désir de plaire au Seigneur, verra un jour survenir des événements majeurs — le choc d’une maladie, d’un échec professionnel, d’une épreuve familiale...— et saura tirer alors profit de ce que le Seigneur aura permis. E y découvrira que celui qui est fidèle pour de très petites choses est fidèle aussi pour les grandes[09].
Une autre cause de régression dans la vie de l’âme c’est « refuser d’accepter les sacrifices que demande le Seigneur[10] ». S’ils font partie de l’existence, c’est que ces sacrifices sont une occasion de repousser l’égoïsme, le virus qui menace tout amour. Le sacrifice accepté est la mesure de l’effort que nous mettons à chercher le Christ pendant la journée pour empêcher de se chercher soi-même. L’amour de Dieu « s’acquiert dans la fatigue spirituelle u », dans l’intérêt qui naît du plus profond de l’âme, avec l’aide de la grâce. Il n’existe pas d’amour, ni humain ni divin, sans sacrifice. « L’amour croît en nous et se développe aussi parmi les contradictions, parmi les résistances qui s’opposent à lui de l’intérieur de chacun d’entre nous, et en même temps "de l’extérieur", c’est-à-dire parmi les multiples forces qui lui sont étrangères et même hostiles [12]. » Puisque le Seigneur promet que l’aide de la grâce ne nous manquera pas, l’amour ne dépend que de notre correspondance personnelle, de la disposition à commencer et à recommencer une fois et toujours, sans découragement. Plus tu seras fidèle à la grâce, plus le Seigneur te donnera de l’aide, plus tu auras de facilité pour parcourir ton chemin... plus tu demanderas de finesse d’âme, et plus tu sentiras que l’amour réclame toujours plus d’amour.
III. La vie intérieure ressemble aux arbres qui se fortifient dans les climats rudes et âpres : elle croît plus vite quand se présentent des situations adverses. Toute âme doit se libérer des entraves dressées par ses propres misères, ses abandons injustifiés et ses manques d’amour. L’Esprit Saint la guide et l’incite dans ces circonstances à réagir d’une manière surnaturelle, ne serait-ce que par un acte de contrition : Seigneur, prends pitié de moi qui suis un pécheur[13]. Saint François de Sales montre bien comme de telles oraisons jaculatoires rendent fort, combien ces actes d’amour et de douleur, le désir d’une vive réconciliation ramènent au Cœur miséricordieux [14].
Demander pardon, c’est aimer, c’est contempler le Christ toujours disposé à la compréhension et à la miséricorde envers les pécheurs [15]. Notre chemin sera ainsi plein d’actes de douleur d’amour, d’espérance, de désirs de reprendre le chemin de la sainteté. Revenir au Seigneur une fois et toujours, sans découragement, voilà notre chemin, semblable à celui de l’enfant prodigue, qui, au lieu de rester dans un pays étranger, rongé de honte, faisant retour sur lui-même, se dit : ... Je vais m’en retourner vers mon père [16]. « D’une manière ou d’une autre, la vie humaine est un perpétuel retour vers la maison de notre Père, à l’aide de la contrition (...)
« Dieu nous attend, comme le père de la parabole, les bras étendus, bien que nous ne le méritions pas. Notre dette n’a pas d’importance : comme l’enfant prodigue, nous n’avons qu’à laisser parler notre cœur, éprouver la nostalgie du foyer paternel, nous émerveiller, et nous réjouir de ce don que Dieu nous a fait de pouvoir nous appeler et d’être vraiment, malgré tant de manquements à la grâce, ses enfants [17]. » Le Seigneur n’abandonne jamais. Il réconforte et invite à reprendre la route avec d’avantage d’humilité.
Les faiblesses humaines conduisent à chercher la miséricorde divine, à être humbles, à faire un grand bond en avant dans la vie intérieure... ou à s’enfermer dans l’amour propre blessé. Quand nous sommes humbles, toutes les vertus en profitent, et si l’on gaspille tant de grâces reçues, tout s’efface devant la confiance d’un cœur contrit : Ô Dieu, crée en moi un cœur pur, et donne-moi un esprit nouveau [18].
Pensons souvent à ces choses apparemment insignifiantes et banales qui nous séparent de Dieu, pour parvenir à la contrition, qui rapproche tant de lui. Ainsi la vie intérieure s’enrichit-elle non seulement des mérites, mais aussi des obstacles, des faiblesses, et des erreurs. Reprendre la route s’avère parfois bien plus dur que prévu, mais le recours à Marie rend facile le chemin qui conduit à son Fils. Aide-nous, aujourd’hui, sainte Vierge, à réaliser beaucoup d’actes de contrition, à redire peut-être la prière même du publicain : Seigneur, prends pitié de moi qui suis un pauvre pécheur ! Ou celle du roi David : Un cœur contrit et humilié, ô Dieu, tu ne le dédaignes pas[19]. Ou encore des oraisons jaculatoires lorsqu’on aperçoit les tours d’une église où veille jour et nuit Jésus dans le saint Sacrement, Source de toute miséricorde.
La Vierge Marie, Mère de grâce, de miséricorde et de pardon, avive toujours l’espérance d’atteindre le but le plus ambitieux de cette vie : être des saints. Déposons dans ses mains le fruit de ce moment de prière, convaincus que celui qui répond à la grâce, recevra encore plus de grâce.
NOTES
[01] Me 4, 24-25.
[02] SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur l’Évangile de Saint Matthieu, 45, 1.
[03] Cf. Mt 25, 14-30.
[04] SAINT AUGUSTIN, Sermon 51, 3.
[05] Ps 39, 18.
[06] SAINT AUGUSTIN, Traité sur l’Évangile de saint Jean, 17.
[07] Cf. GARRIGOU-LAGRANGE, Les trois âges de la vie intérieure.
[08] BIENHEUREUX JOSÉM ARIA ESCRIVA, Leïlre, 24 mars 1930.
[09] Cf. Le 16, 10.
[10] R. GARRIGOU- LAGRANGE, loc. cit.
[11] JEAN-PAUL II, Homélie, 3 février 1980.
[12] IDEM.
[13] Le 18, 13.
[14] Cf. SAINT FRANÇOIS DE SALES, Traité de l’amourdeDieu, 2, 20.
[15] Cf. 1 Jn 1, 8-9.
[16] Lc 15, 17-18.
[17] BIENHEUREUX JOSÉMARIA ESCRIVA, Quand le Christ passe, 64.
[18] Ps 50, 12.
[19] Ps 50, 19.