4°DIMANCHE ANNÉE B
26. L’ESCLAVAGE DU PÉCHÉ
— Le Christ est venu libérer l’homme du péché et du démon.
— Pourquoi le péché est-il un malheur ?
— La Confession, une arme pour la libération de l’homme.
I. L’Évangile de la Messe de ce dimanche évoque la guérison d’un possédé du démon [01] : cette victoire sur l’esprit immonde (c’est ce que signifie Belial ou Béelzéboul, le nom qui est attribué au démon dans l’Écriture [02]) est un signe de plus de l’arrivée du Messie, qui vient libérer l’homme de l’esclavage plus redoutable : celui du démon et du péché.
Cet homme tourmenté à Capharnaüm criait : Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu ! Alors Jésus l’interpelle vivement : Silence ! Sors de cet homme... Tous furent saisis de frayeur.
L’esprit malin peut en certains cas, enseigne Jean-Paul II, exercer son influence non seulement sur les choses matérielles, mais aussi sur le corps de l’homme (on parle alors de « possession diabolique[03] »). Il n’est pas toujours facile de discerner ce qu’il y a de préternaturel —de puissance au delà des forces de la nature humaine — dans ces cas, et l’Église ne seconde pas facilement la tendance à attribuer beaucoup d’interventions directes au démon ; mais on ne peut pas nier que, dans son désir de conduire au mal, Satan ne puisse en arriver à cette extrême expression de sa supériorité[04]. La possession diabolique apparaît dans l’Évangile accompagnée ordinairement de manifestations pathologiques comme l’épilepsie, le mutisme, la surdité... la perte de la maîtrise de soi, en gestes et en paroles, voire un comportement démoniaque. C’est pourquoi les miracles du Seigneur manifestent l’arrivée du royaume de Dieu par l’expulsion du diable hors des domaines du royaume : C’est maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors[05]. Lorsque les soixante-douze disciples reviennent, exultants de joie pour les succès de leur mission apostolique, ils s’exclament : Seigneur, même les démons se soumettent à nous par ton nom ! Et le Maître de leur répondre : Je voyais Satan qui tombait du ciel comme un éclair[06]. Depuis l’arrivée du Christ le démon bat inévitablement en retraite, même si son pouvoir est encore important et sa présence « plus forte à mesure que l’homme et la société s’éloignent de Dieu[07] » ; le péché mortel rend beaucoup d’hommes assujettis à l’esclavage du démon[08], éloignés du royaume de Dieu, plongés dans le royaume des ténèbres, transformés en instrument du mal dans le monde. En vérité, je vous le dis : quiconque commet le péché est esclave du péché[09]. La domination du diable peut adopter des formes d’apparence plus normales et moins voyantes.
Raison de plus pour rester vigilants, pour discerner et repousser les embûches de celui qui ne se concède aucune pause dans son désir de nuire. Il sait bien qu’après le péché originel l’homme reste assujetti aux passions, exposé à la concupiscence désordonnée et au démon, qu’il est vendu au service du péché[10]. « Toute la vie des hommes, individuelle et collective, se manifeste comme une lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres. Bien plus, voici que l’homme se découvre incapable par lui-même de vaincre effectivement les assauts du mal ; et ainsi chacun se sent comme chargé de chaînes n. »C’est ce qui donne tout son sens à la dernière des demandes que le Christ enseigne dans le Notre-Père : délivre-nous du mal ; ainsi nous resterons à distance de la concupiscence et nous combattrons, avec l’aide de Dieu, l’influence du démon à l’affût, qui incline quiconque au péché, par fragilité, imprudence ou malice.
Outre cet épisode historique authentique que décrit l’Évangile, la lumière de la foi reconnaît en ce possédé tout homme pécheur qui cherche à se convertir, à se libérer de Satan et du péché, à revivre en Jésus, qui n’est pas venu nous libérer « des peuples qui dominent, mais du démon ; pas de la captivité du corps, mais de la malice de l’âme[12] ».
« Délivre-nous, Ô Seigneur, du Mal, du Malin ; ne nous soumets pas à la tentation. Fais, par ton infinie miséricorde, que nous ne cédions pas devant l’infidélité à laquelle nous séduit celui qui a été infidèle depuis le début.,[03] »
II. L’expérience des offenses à Dieu est une triste réalité, une trace profonde du mal dans ce monde réduit en servitude par le péché M. L’Église distingue les péchés mortels par nature —qui causent une véritable mort spirituelle, la perte tragique de la vie surnaturelle —, et j les péchés véniels, qui ne s’opposent pas radicalement à Dieu, mais font obstacle à l’exercice des vertus surnaturelles et disposent toujours à tomber dans le péché grave. Saint Paul révèle que nous avons été rachetés à grand prix [15] et il exhorte avec fermeté à ne pas retomber dans l’esclavage, à être sincère envers soi-même, pour éviter de récidiver, en avivant dans l’âme le désir de sainteté. « La première condition pour chasser ce mal (...), c’est d’essayer de maintenir une disposition claire, habituelle et permanente d’aversion pour le péché. Le péché grave dont notre cœur et notre intelligence devraient ressentir avec vigueur et sincérité toute l’horreur. Détester les péchés véniels délibérés devrait également être une attitude profondément enracinée en nous ; sans nous priver de la grâce divine, ces défaillances affaiblissent les canaux par lesquels celle-ci arrive jusqu’à nous [16]. »Un péché mortel, c’est le pire malheur qui puisse arriver à un chrétien. Quand on agit par amour, tout sert à la gloire de Dieu et pour le service de ses frères les hommes ; les réalités terrestres elles-mêmes (le foyer, la profession, le sport, la politique... ) sont sanctifiées. Au contraire, quand on se laisse séduire par le démon, le péché introduit dans le monde un principe de désordre radical, qui l’éloigné de son Créateur et devient la cause cachée de toutes les horreurs. Demandons au Seigneur cette pureté de conscience qui mène à ne pas s’habituer, à se garder de toute offense à Dieu, à ne jamais considérer cette offense comme tolérable. Une des lamentations du prophète Jérémie possède un sens impressionnant de réparation : Cieux, soyez-en stupéfaits, frissonnants et interdits, — oracle de Yahweh ! Car mon peuple a doublement mal agi : ils m’ont abandonné, moi, source d’eau vive, pour se creuser des citernes crevassées, qui ne tiennent pas l’eau[17]. C’est là que réside la malice du péché, en ce que les hommes, connaissant Dieu, ne l’ont ni glorifié ni remercié comme Dieu ; au contraire, ils se sont perdus en de vaines pensées et leur cœur inintelligent s’est enténébré..., et ils ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur[18].
Un seul péché peut exercer, d’une manière cachée ou palpable, une influence mystérieuse sur la famille, les amis, l’Église, l’humanité entière. Comme un sarment ‘tombé malade, tout l’organisme s’en ressent ; si un sarment reste stérile, la vigne ne produit plus le fruit que l’on attendait ; d’autres sarments peuvent aussi tomber malades et mourir.
Cela n’arrive pas si demeure ferme la résolution de nous éloigner de tout ce qui peut être occasion de perdre ou d’offenser Dieu (à l’occasion d’un spectacle, d’une lecture, d’un milieu malsain...). Aimons aussi le sacrement de la pénitence et apprenons aux autre à l’aimer ; méditons fréquemment la Passion du Seigneur pour bien comprendre la malice du péché, jusqu’à faire de ce dicton populaire une réalité dans nos vies : « mourir plutôt que pécher. »
III. Nous ne pénétrerons jamais assez la réalité de ce mysterium iniquitatis qu’est le péché. Si nous nous rendions compte de la malice de l’offense à Dieu, nous ne s nous limiterions pas à rester à la frontière entre ce qui est grave et ce qui ne l’est pas. Il y a un risque de péché particulièrement néfaste : « négliger la lutte dans ces petites escarmouches qui entament peu à peu l’âme, jusqu’à la laisser en ruine, brisée, indifférente et insensible aux appels divins[19]. » Le péché véniel produit justement ce effet déplorable dans l’âme qui ne lutte pas fermement pour l’éviter ; c’est donc un allié objectif du démon, toujours entêté à nuire. Certes la faute légère n’élimine pas la vie de la grâce, elle l’affaiblit seulement, mais elle rend plus difficile l’exercice des vertus, la docilité aux inspirations du Saint-Esprit. Qui ne réagit pas avec énergie s’expose à commettre un jour une faute grave. « Que de peine tu me fais à ne pas souffrir de tes péchés véniels ! — C’est la preuve que tu ne vis toujours pas d’une authentique vie intérieure.[20] » Seigneur, que ta lumière et ton amour, ce feu qui nous purifie, éclaire constamment la grandeur de notre vocation de baptisés, pour ne pas rester embourbés dans une médiocrité spirituelle languissante et molle, face aux fautes vénielles !
Lutte contre le péché véniel, celui qui perçoit l’importance qu’ils a, souvent responsable de la médiocrité spirituelle, de la tiédeur et des ornières de la vie intérieure. "Les saints ont toujours recommandé la confession régulière et fréquente, sincère et contrite comme le moyen le plus efficace de venir à bout de ces péchés, et comme le chemin le plus sûr pour aller de l’avant. « Aie toujours une vraie douleur des péchés que tu confesses, aussi petits qu’ils soient, conseillait saint François de Sales, et prends une ferme résolution de ne plus recommencer dorénavant. Nombreux sont ceux qui perdent de grands biens et beaucoup de profit spirituel parce que, en confessant les / péchés véniels comme par habitude et par routine, sans -penser à ne plus recommencer, ils restent toute la vie chargés de ces péchés[21]. »
Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur[22], exhorte le Psaume responsorial de la Messe. Que l’Esprit Saint nous donne un cœur de plus en plus limpide et fort, capable de rejeter tout lien d’oppression et de s’ouvrir à Dieu, comme Dieu l’attend.^
NOTES
[01] Me 1, 21-28.
[02] Cf. Me 5, 2-9.
[03] Cf. JEAN-PAUL II, Audience générale, 13 août 1986.
[04] Cf. JEAN-PAUL II, loc. cit.
[05] Jn 12, 31.
[06] LclO, 17-18.
[07] JEAN-PAUL H, toc. cit.
[08] Cf. CONCILE DE TRENTE, Session XIV, cap. 1.
[09] Jn 8, 34.
[10] Cf. Rm 7, 14.
[11] CONCILE VATICAN II, Const. Gaudium et spes, 13.
[12] SAINT AUGUSTIN, Sermon 48.
[13] JEAN-PAUL II, loc. cit.
[14] Cf. CONCILE VATICAN II, loc. cit., 2.
[15] Cf. 1 Cor 7, 23.
[16] BIENHEUREUX JOSÉ-MARIAESCRTVA, Amï.î<fe£feK, 243.
[17] Jer2, 12-13.
[18] Rm 1, 21-25.
[19] BIENHEUREUX JOSÉMARIAESCRIVA, gKancf le Christ passe, 77.
[20] IDEM, Chemin, n. 330.
[21] SAINT FRANÇOIS DE SALES, Introduction à la vie dévote, II, 19.
[22] Psaume responsoriel. Ps 94, 1-2 ; 6-7 ; 8-9.
4°SEMAINE ANNÉE C
27. LA PLUS GRANDE DE TOUTES LES VERTUS : LA CHARITÉ
— Qu’est-ce que la charité ?
— Les signes distinctifs de la charité.
— La charité demeure éternellement et, ici, elle est déjà prémices du Ciel.
I. La deuxième lecture de la Messe entonne l’hymne de la charité, une des plus belles pages des Épîtres de saint Paul [01], où le Saint-Esprit parle aujourd’hui de ces relations entre les hommes ignorées par le monde païen, car elles ont un fondement totalement nouveau : l’amour du Christ. Tout ce que vous avez fait pour le moindre de mes frères que voici, c’est à moi que vous l’avez fait[02]. Avec l’aide de la grâce, un chrétien découvre Dieu en son prochain quel qu’il soit : il sait que nous tous sommes fils du même Père et frères en Jésus-Christ. La vertu surnaturelle de la charité n’est pas du sentimentalisme ou un simple humanitarisme. « L’amour dont nous parlons n’a rien à voir avec une attitude sentimentale ni avec la simple camaraderie, ou avec l’intention quelque peu ambiguë d’aider les autres, pour nous prouver à nous-mêmes que nous leur sommes supérieurs. Il consiste à vivre avec notre prochain, à vénérer (...) l’image de Dieu qui se trouve en chaque homme, l’aidant à la contempler lui-même pour qu’à son tour il sache s’adresser au Christ.[03] » Le Seigneur donne un contenu incomparablement plus élevé à l’amour du prochain quand il le désigne comme le Commandement nouveau, distinctif des chrétiens[04]. La mesure de l’amour envers les autres est l’amour divin, comme je vous ai aimés ; un amour surnaturel par conséquent, celui que Dieu peut mettre dans les cœurs. Mais en même temps un amour profondément humain, enrichi et fortifié par la grâce.
La charité ne se confond donc pas avec la sociabilité naturelle, la fraternité qui naît des liens du sang, de la compassion de la misère d’autrui... Vertu théologale, elle n’exclut certes pas ces amours légitimes de la terre, mais elle les assume et les surnaturalise, elle les purifie et les rend plus profonds et plus fermes. Elle s’exprime ordinairement dans les vertus propres à la vie en commun, dans les marques d’éducation et de courtoisie, qui sont ainsi élevées à un ordre supérieur et plénier.
Sans elle, la vie devient froide, monotone et vide... ! L’éloquence la plus sublime, les bonnes œuvres les moins imaginables seraient comme le son d’une cloche ou d’une cymbale : cela dure quelques instants et s’éteint. Sans la charité, dit l’Apôtre, les dons les plus appréciables servent bien peu : s’il me manque la charité, je ne suis rien. Prenons l’Évangile : beaucoup de docteurs et de scribes en savaient bien plus sur Dieu, immensément plus que la majorité de ceux qui accompagnaient Jésus—cette foule qui ignore la Loi[05] —. Mais toute leur science reste sans fruit puisqu’ils n’accèdent pas au fondamental : la présence du Messie parmi eux, la lumière de ce message unique de compréhension, de respect et d’amour.
Si la charité vient à disparaître, l’intelligence s’engourdit pour la connaissance de Dieu et celle aussi de la dignité de l’homme ; l’amour affine les puissances et les réveille. L’amour de Dieu et du prochain pour Dieu, nous dispose à comprendre le Seigneur et ce qui se réfère à Lui, dans la mesure au moins où une créature finie peut y parvenir. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, affirme saint Jean, car Dieu est amour[06]. Même la vertu de l’espérance finit par être stérile sans la charité, « car il est impossibledevouloiratteindrecequel’onn’aimepas[07] » ; et toutes les actions libres sont vaines sans la charité, même les plus coûteuses et les plus grands sacrifices : j’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque la charité, cela ne sert à rien. Cet amour-là ne peut être remplacé par rien au monde.
En vivons-nous vraiment ? Tissons-nous le fil des jours avec une foule de petits services rendus à ceux avec qui nous vivons ? Sommes-nous aimables ? Demandons-nous pardon de ne pas l’avoir été ? Répandons-nous paix et joie autour de nous ? Aidons-nous les autres dans leur chemin vers le Seigneur ou nous montrons-nous indifférents ? Et les œuvres de miséricorde, les visites aux pauvres et aux malades, aux vieillards, aux marginaux ? En un mot, la fréquentation du Seigneur génère-t-elle la compréhension et le service envers nos proches dans la vie quotidienne ?
II. Saint Paul détaille soigneusement les signes distinctifs de la charité. En premier lieu, la charité est patiente, car pour faire tout le bien possible, il faut savoir d’abord supporter le mal ; renoncer d’avance à la colère, la mauvaise humeur, l’esprit acariâtre, c’est héroïque, c’est donc très chrétien.
La patience dénote une grande force intérieure. La charité s’appuie sur elle pour supporter avec sérénité les défauts, les méfiances, le mauvais caractère d’autrui, pour ramener ces comportements à leur juste mesure, sans les exagérer, en attendant le moment opportun, s’il est opportun de les corriger ; c’est la patience qui répond cordialement, qui donne ainsi à la paroles le pouvoir de toucher les cœurs. La patience est une grande vertu pour la vie en commun, pour imiter Dieu, patient envers tant d’erreurs humaines, lent à la colère 8 ; pour imiter Jésus aussi, qui, connaissant bien la malice des pharisiens, consent « à les fréquenter, pour se les gagner, comme les bons médecins qui prodiguent les meilleurs soins aux plus malades[09] ».
La charité est bienveillante, c’est-à-dire disposée à faire le bien à tous. La bienveillance ne peut être contenue que dans un cœur grand et généreux, qui destine le meilleur aux autres. La charité n’est pas jalouse, car la jalousie s’attriste du bien d’autrui, et la charité s’en réjouit. C’est la jalousie qui engendre la médisance, la joie des revers du prochain et l’aigreur devant la prospérité des autres. La jalousie est fréquemment la cause de la rupture de l’amitié et de la fraternité ! C’est un cancer qui ronge la vie familiale et la paix sociale. Saint Thomas l’appelle mère de la haine.
La charité ne se vante pas, elle ne se gonfle pas d’orgueil. Beaucoup des tentations contre ce trésor se ramènent à des attitudes subtiles ou provocantes d’orgueil envers le prochain, car seul celui qui s’oublie soi-même est en mesure de s’occuper et se préoccuper vraiment des autres. Sans humilité peut-il exister une autre vertu, et surtout l’amour ? Les fautes contre la charité ont eu souvent pour préalable d’autres fautes de vanité et d’orgueil, d’égoïsme, ou de désir de se mettre en valeur. « L’horizon de l’orgueilleux est terriblement limité : il s’épuise en lui-même. L’orgueilleux n’arrive pas à regarder au-delà de sa personne, de ses qualités, de ses vertus, de son talent. Son horizon est un horizon sans Dieu. Et dans ce panorama si mesquin, les autres n’apparaissent même pas : il n’y a pas de place pour eux.[10] »
La charité ne cherche pas son intérêt, elle ne demande rien pour elle-même, elle donne sans chercher de rémunération. Elle sait qu’elle aime Jésus dans les autres, et cela lui suffit. Non seulement elle n’est pas ambitieuse— animée d’un désir démesuré de gain —mais elle ne cherche même pas son intérêt : elle ne cherche en tout que Jésus.
La charité ne garde aucune rancune du mal, elle ne se fait pas une liste d’offenses à liquider : elle excuse tout ; non seulement elle excuse la paille dans l’œil d’autrui, mais la poutre qui se trouve dans le sien (les infidélités envers son Dieu) lui pèse. Elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. Tout, oui, sans exception.
Elle donne beaucoup : beaucoup de foi, de joie, d’éloges, d’affection, ... sans rien attendre en échange, sans se sentir offensée quand on ne répond pas à ce qu’elle offre : la charité ne cherche pas son intérêt, ce qu’il semblerait qu’on lui doit, et elle trouve Jésus lui-même.
III. La charité ne passera jamais. Les prophéties disparaîtront, le don des langues cessera, la connaissance que nous avons de Dieu disparaîtra (...). Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité [11].
Ces vertus théologales sont les plus importantes de la vie chrétienne puisqu’elles ont Dieu comme objet et comme but suprême. Mais la foi et l’espérance ne se conservent pas dans le Ciel, car la foi est remplacée par la vision béatifique et l’espérance, par la possession même de Dieu. La charité, en revanche, demeure éternellement ; elle est sur terre déjà une anticipation du Ciel, et la vie éternelle consistera en un acte ininterrompu de charité[12].
Efforcez-vous d’atteindre la charité [13], nous presse saint Paul, le plus grand don, et le principal commandement du Seigneur, le signe distinctif auquel on reconnaît les disciples du Christ [14], la vertu qui nous met à l’épreuve, pour le bien ou pour le mal, à tout instant. Toute heure est bonne pour secourir un besoin, avoir une parole aimable, éviter une médisance, offrir un mot d’encouragement, céder le passage, intercéder pour quelqu’un qui en a particulièrement besoin, donner un conseil éclairé, sourire, créer un climat plus détendu dans la famille, là où on travaille, excuser, formuler un jugement plus bienveillant...
Quand la charité croît toutes les vertus s’enrichissent et deviennent plus fortes ; il n’y a pas de vraie vertu si elle n’est pas pénétrée par la charité : « tu as autant de vertu que ce que tu as d’amour, et pas plus.[15] »
Ayons fréquemment recours à la sainte Vierge, qui apprend si facilement à aimer et à servir les autres, car elle est la suprême Maîtresse de charité. « L’immense charité de Marie envers l’humanité fait que s’accomplisse également en elle F affirmation du Christ : il n’est pas déplus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15, 13).[16] »
NOTES
[01] 1 Cor 12, 31 ; 13, 13.
[02] Mt 25, 40.
[03] BIENHEUREUX JOSÉMARIAESCRIVA, Amis de Dieu, 230.
[04] Cf.Jn 13, 34.
[05] Jn 7, 49.
[06] 1 Jn 4, 8.
[07] SAINT AUGUSTIN, Traité sur la foi, l’espérance et la charité, 117
[08] Cf. Ps 145, 8.
[09] SAINT CYRILLE, dans Catena Aurea, vol. VI.
[10] S. CANALS, Dieu estparminous.
[11] 1 Cor 13, 8-13.
[12] Cf. SAINTTHOMAS, Summa Theologiae, I-II, q. 114, a. 4.
[13] 1 Cor 14, 1.
[14] Cf. Jn 13, 35.
[15] F. DE OSUNA, Abécédaire spirituel, 16, 4.
[16] BIENHEUREUX JOSÉMARIA ESCRTVA, o. c, n. 287.