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5°SEMAINE JEUDI

40. SANS HUMILITÉ ET PERSÉVÉRANCE, PRIER N’EST PAS PRIER

— La guerison de la fille de la femme cananéenne. Conditions de la vraie prière.

— Confiance d’enfants et persévérance d’obstinés.

— Dans la prière demandons des grâces surnaturelles, puis de l’aide matérielle dans la mesure où elle est utile au salut. Le Rosaire.

 

I. Dans l’Évangile de la Messe, saint Marc raconte que Jésus arrive un jour avec ses disciples dans la région de Tyr et de Sidon [01]. Là une femme païenne, de nationalité syro-phénicienne, c’est-à-dire appartenant au peuple primitif de la Palestine, s’approche d’eux. Elle se jette aux pieds du Messie et lui demande la guerison de sa fille, qui était possédée par le démon. Jésus ne dit rien. Les disciples, énervés sans doute par l’insistance de la femme, lui demandent de la renvoyer[02]. Le Seigneur s’arrête et lui explique que le Messie doit d’abord se faire connaître des Juifs, des enfants d’Israël. Et, avec une expression difficile à apprécier sans voir le geste aimable qui l’accompagne : Laisse d’abord les enfants manger à leur faim, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. La mère ne se sent pas blessée, humiliée, et elle insiste avec humilité : Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des petits enfants. Devant tant d’amour maternel et de foi simple, Jésus se sent ému, et il ne retarde pas davantage le miracle qu’on lui demande : À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles[03] et cette femme obtient ce qu’elle voulait parce qu’elle sait gagner le cœur du Maître.

Quel exemple pour ceux qui seraient tentés de lâcher la prière parce qu’ils croient qu’ils ne sont pas écoutés ! Dans cette prière se trouvent justement résumées les conditions majeures de toute demande : la foi, l’humilité, la persévérance et la confiance. L’amour intense que cette femme montre envers sa fille possédée par le démon a beaucoup plu au Christ, et les Apôtres s’en souviennent sans doute lorsqu’ils écoutent plus tard la parabole de la veuve inopportune[04], qui obtient aussi tout ce qu’elle veut grâce à son entêtement.

Saint Thomas est intimement convaincu que la vraie prière est infailliblement efficace parce que Dieu, qui ne revient jamais sur ses décisions, a décrété qu’il en soit ainsi[05]. Et pour que nous ne cessions pas de demander, le Seigneur montre par des exemples simples et clairs qu’une prière faite avec droiture d’intention arrive toujours et en tout lieu jusqu’à lui : est-il, parmi vous, un père qui donnerait une pierre à son fils qui lui demande du pain ? Ou, s’il lui demande un poisson, qui lui donnerait un serpent au lieu du poisson ?... Combien plus votre Père qui est dans les deux... ![06] »Jamais Dieu n’a nié ni ne refusera rien à ceux qui lui demandent ses grâces comme il le faut. La prière est le grand recours qui nous reste pour sortir du péché, pour persévérer dans la grâce, pour remuer le cœur de Dieu et attirer sur nous toute sorte de bénédictions du ciel, ou pour l’âme, ou pour ce qui concerne nos besoins temporels.[07] »

Car celui qui sollicite un don, et qui pense qu’il est enfant de Dieu, perçoit que son créateur prend infiniment plus soin de nous que le meilleur père de la terre.

 

II. Dieu a prévu de toute éternité toute l’aide dont ont besoin les hommes et aussi les grâces qui les pousseront à demander, car il les traite comme des enfants libres et prévoit leur collaboration pour bien agir et pour persévérer. Sans semailles il n’y a pas d’épis ; sans demander on n’a pas les grâces que l’on devait recevoir. Au contraire, à mesure que l’on intensifie ses demandes, l’on identifie davantage sa volonté avec celle de Dieu, celui qui connaît vraiment notre pénurie et notre pauvreté, qui fait parfois attendre pour mieux nous disposer, pour que nous désirions ces grâces avec plus de ferveur ; à moins qu’il ne rectifie ces pétitions et ne concède que ce dont nous avons réellement besoin ; ou qu’il ne donne pas ce qu’on lui demande parce que, sans s’en rendre peut-être compte, on est en train de demander quelque chose qui n’est pas bon mais que la volonté revêt de l’apparence d’un bien. Une mère donne-t-elle finalement à son fils ce couteau aiguisé qui brille et que la petite créature désire avec passion ? Quand on demande quelque chose qui comporterait un mal, tout en ayant l’apparence de bien, Dieu fait comme les mères avec les plus petits enfants : il concède d’autres grâces qui seront vraiment profitables, même si l’aveuglement, nous les rend moins désirables. La prière sera donc pleine de confiance, comme une demande à son père, et sereine, parce que Dieu sait bien ce dont nous avons besoin, beaucoup mieux que nous-mêmes.

Confiance qui incite à demander avec constance, avec persévérance, sans faiblir, sûrs que l’on recevra beaucoup plus et mieux que ce que l’on a demandé, comme l’ami inopportun qui a besoin de pain et comme la veuve sans défense qui clame nuit et jour devant le juge inique. Demandez et on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et on vous ouvrira. Car qui demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira[08]. La persévérance augmente la confiance et l’amitié avec Dieu. « Et cette amitié que produit la prière de demande ouvre le chemin à une prière encore plus remplie de confiance (...), comme si, introduits dans l’intimité divine par la première demande, nous pouvions implorer avec beaucoup plus de confiance la fois suivante. C’est pourquoi, dans la demande adressée à Dieu, la constance, l’insistance, n’est jamais inopportune. Au contraire, elle plaît à Dieu.[09] » Comme le prouve la femme cananéenne, bien qu’apparemment le Seigneur ne l’écoutait pas.

D’ailleurs quand il parle de l’efficacité de la prière, Jésus ne fait aucune restriction : qui demande reçoit parce que Dieu est notre Père. Saint Augustin estime que la prière n’est parfois pas écoutée parce que nous ne sommes pas bons, parce qu’il manque la propreté du cœur, la droiture d’intention, que l’on demande mal, sans foi, ou que l’on demande quelque chose d’imparfait, qui ne convient pas, qui peut nuire ou détourner de son chemin[10]. C est dire que la prière n’est efficace que si c’est une vraie prière. « Prie. De telles garanties de succès, dans quelle affaire humaine les trouverais-tu ? [11] »En vérité je vous le dis : ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom [12].

 

III. Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves... [13], implore le prêtre à haute voix pendant la Messe. La prière de demande sollicitera tout ce qui est nécessaire pour nous et pour les autres, et en premier lieu les biens et les grâces nécessaires à l’âme. Aussi nombreuses et urgentes que soient les limitations, les besoins et les privations matérielles, plus urgents sont les biens surnaturels, comme la grâce pour servir Dieu et être fidèles, la sainteté personnelle, l’aide pour vaincre dans la lutte contre ses défauts, pour bien se confesser, bien se préparer à la sainte Communion... Ensuite viendront les biens temporels dans la mesure où ils sont utiles au salut et subordonnés aux surnaturels.

C’est le Seigneur lui-même qui nous a appris à prier : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour... ; et son premier miracle, par lequel il se manifesta à ses disciples [14], eut un caractère totalement matériel. Marie apparaît à Cana où, « en manifestant à son fils, par une prière délicate, un besoin temporel, elle obtient aussi un effet de la grâce : que Jésus, en réalisant le premier de ses signes, confirme les disciples dans la foi en lui.[15] » Grâce à l’unité de vie, tous les biens de caractère matériel contribuent d’une certaine manière à la gloire de Dieu. Comme ce miracle de Cana réalisé par l’intercession de Marie, nous invite à demander aussi des grâces de caractère temporel, si nécessaires à la vie courante, semée de problèmes financiers ou éducatifs, d’accidents, d’examens difficiles, de relations compliquées entre les individus... « L’un demande dans la prière — dit le pape saint Grégoire dans le style de son temps — de lui concéder une femme pour épouse selon son désir, l’autre demande une maison de campagne, un autre un vêtement et un autre demande de la nourriture. Effectivement, lorsque nous avons besoin de ces choses, nous devons les demander à Dieu tout-puissant ; mais nous devons avoir toujours présent dans notre mémoire le commandement de notre Rédempteur : Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît (Mt 6, 33).[16] » N’avons-nous pas tendance parfois à consacrer le meilleur de la prière à demander seulement ce qui se donne « par surcroît » ?

Sollicitons-nous souvent des grâces et de l’aide pour les autres, et tout en demandant à d’autres de prier pour nous et pour nos apostolats : « "Prie pour moi", lui ai-je demandé comme je le fais toujours. Et il m’a répondu étonné : "mais vous arrive-t-il quelque chose ?"

« J’ai dû lui préciser que quelque chose nous arrive ou nous survient toujours à tous, à chaque instant ; et j’ai ajouté que, lorsque la prière vient à manquer, il y a davantage de choses « qui se passent et qui lassent[17] ».Des choses que la prière peut éviter ou soulager.

Qu’elle est grande la prière pleine d’abandon en Dieu et de sens surnaturel, quand, dit Jean-Paul II, on veut accomplir l’œuvre de Dieu, et non la sienne ! Quand on cherche ses inspirations et non ses propres sentiments, [18]. La Vierge Notre Dame saura rectifier toutes les demandes qui ne seraient pas droites, pour obtenir toujours ce qu’il y a de mieux. Le saint Rosaire est une « arme puissante[19] » pour obtenir de Dieu tant d’aide dont nous avons quotidiennement besoin, nous et les innombrables personnes pour lesquelles nous prions.

Accorde à tes serviteurs, Dieu très bon, déposséder la santé de l’âme et du corps, et, par la glorieuse intercession de la sainte Vierge Marie, d’être libérés des tristesses de ce monde, et de goûter les joies de l’éternité[20].

 

NOTES

[01] Me 7, 24-30.

[02] Mt 15, 23.

[03] Cf. 1 Pi 5, 5.

[04] Cf. Le 18, 3 et s.

[05] Cf. SAINT THOMAS, Summa Theologiae, II-II, q. 83, a.2.

[06] Cf.Lc 11, 11-13.

[07] SAINTCURÉD’ARS, 5ermo » po » r le Cinquième Dimanche après Pâques.

[08] Le 11, 9-10.

[09] SAINT THOMAS, Compendium de Théologie, II, 2.

[10] Cf. SAINT AUGUSTIN, Sur le sermon du Seigneur sur la Montagne, II, 27, 73.

[11] BIENHEUREUX J. ESCRIVA, Chemin, n. 96.

[12] Jn 16, 23.

[13] MISSEL ROMAIN, Ordinaire de la Messe.

[14] Cf. Jn 2, 11.

[15] PAULVI, Exhort.Apost.Man’ » / » c » /to, 2févrierl974, 18.

[16] SAINT GRÉGOIRE LE GRAND, Homélie 27 sur les Évangiles.

[17] BIENHEUREUX J. ESCRIVA, Sillon, n. 479.

[18] Cf. JEAN-PAUL II, Aux évêques français en visite "ad limina ", 21 février 1987.

[19] Cf. BIENHEUREUX J. ESCRIVA, Chemin, n. 558.

[20] MISSEL ROMAIN, Messe votive de la Vierge. Collecte.



5°SEMAINE VENDREDI

41. IL A TOUT FAIT À LA PERFECTION !

— Jésus a réalisé son humble travail à Nazareth avec perfection

humaine.

— Concentration dans le travail et compétence professionnelle : la sainteté.

— Bien achever son travail avec perfection, jusqu’aux plus petits détails.

 

I. Les Évangiles recueillent fréquemment les sentiments et les paroles d’admiration que le Seigneur suscite pendant ses années ici sur terre : les foules étaient dans l’admiration, tous étaient étonnés des prodiges qu’il faisait... Et « parmi les nombreux éloges de Jésus que prononcèrent ceux qui furent les témoins de sa vie, je vous demande d’en retenir un qui, d’une certaine manière, les comprend tous. Je veux parler de l’exclamation, empreinte d’accents d’étonnement et d’enthousiasme, que la multitude reprenait spontanément lorsqu’elle assistait, ébahie, à ses miracles : bene omnia fecit (Me 7, 37), il a fait toutes choses admirablement bien ; aussi bien les grands prodiges que les menus détails de la vie quotidienne qui n’ont ébloui personne, mais que le Christ a réalisés avec la plénitude de celui qui est perfectus Deus, perfectus homo (Symbole Athanasien), Dieu parfait et homme parfait.[01] »

L’Évangile de la Messe[02] va nous inviter à considérer ce passage où ceux qui suivaient le Seigneur ne peuvent s’empêcher de s’exclamer : // a bienfait toutes choses ! Le Christ est le seul Modèle complet pour notre vie courante : essayons-nous de bien faire les choses, les grandes et celles qui paraissent sans importance, parce que nous voulons imiter le Christ ?

La plus grande partie de l’existence humaine de Jésus se résume à une vie courante de travail dans un village jusqu’alors inconnu. Et là, à Nazareth, le Seigneur a tout réalisé avec une totale perfection humaine ; les gens devaient dire qu’il était un bon charpentier, le meilleur qu’ils aient connu.

Une bonne partie de la vie de chaque homme et de chaque femme se trouve configurée par la réalité du travail, et personne n’aime rester longtemps sans occupation ou sans emploi ; beaucoup travailler, à fond, pour de nobles raisons humaines (la famille, un meilleur avenir...) ou pour développer des capacités particulières, ou pour contribuer au progrès de la société. Beaucoup travaillent énormément pour des fins moins nobles, hélas, la richesse, l’ambition, le pouvoir, l’auto-affirmation, la satisfaction des passions... Des multitudes de gens compétents travaillent longtemps consciencieusement pour des raisons exclusivement humaines. Quoi d’étonnant donc à ce que le Seigneur veuille que tous ceux qui le suivent au milieu du monde soient des hommes et des femmes qui travaillent très bien, avec le goût du prestige et de la compétence, sans bâcler le travail ; des gens très différents, animés de raisons humaines nobles et de la conviction que le travail, quel qu’il soit, est un moyen de vivre les vertus humaines et les surnaturelles, car « par l’hommage de son travail à Dieu, nous tenons que l’homme est associé à l’œuvre rédemptrice de Jésus-Christ qui a donné au travail une dignité éminente en œuvrant de ses propres mains à Nazareth[03] ».

Oui, disons au Seigneur que nous voulons réaliser ainsi toutes nos occupations, et d’une manière particulière notre travail, parce que nous désirons vivement qu’elles soient une offrande quotidienne qui arrive jusqu’à lui, et parce que nous avons découvert combien il est grand de l’imiter dans ses années de vie cachée à Nazareth.

 

II. Lorsque Jésus choisit ceux qui vont le suivre, il le fait parmi des hommes habitués à un très dur travail. Maître, nous avons travaillé toute la nuit...[04], lui disent ceux qui seront bientôt ses premiers disciples. Toute la nuit dans un travail astreignant, parce qu’elle leur est vitale cette pêche sur la mer de Tibériade. Saint Paul donne l’exemple à ceux qui l’accompagnent : nous peinons en travaillant de nos propres mains[05]. Et il précise aux premiers chrétiens de Thessalonique : nous n’avons mangé gratuitement le pain de personne ; au contraire, nuit et jour au labeur et à la peine, nous avons travaillé pour n’être à charge à aucun de vous[06]. Saint Paul ne se consacre pas au travail comme à une simple récréation ou à une distraction, commente saint Jean Chrysostome, mais il réalise un effort tel qu’il peut subvenir à ses besoins et à ceux des autres. Voilà un homme qui commande aux démons, qui est maître de tout l’univers, à qui ont été confiés les habitants des villages, des villes et des nations dont il prend soin avec une admirable sollicitude, et cet homme travaille jour et nuit ! Nous, poursuit saint Jean Chrysostome, qui n’avons même pas une toute petite partie de ses préoccupations, quelles excuses aurions-nous ?[07] Quelles excuses pour ne pas travailler avec intensité, avec perfection, sans bâcler notre travail ?

Pour y arriver , il est d’abord nécessaire de ne pas craindre de travailler durement, en tirant le meilleur profit possible des heures, car il est difficile, peut-être impossible, que celui qui ne profite pas bien de son temps s’habitue au sacrifice, maintienne son esprit réveillé, et vive les vertus humaines les plus élémentaires. Une vie sans travail sérieux se corrompt, et fréquemment corrompt ce qu’il y a autour d’elle. « Le fer qui gît oisif, consumé par la rouille, devient mou et inutile ; mais si on l’emploie dans le travail, il est beaucoup plus utile et beau, il peut se comparer à l’argent lui-même. La terre qui est laissée en friche ne produit rien de bon : des mauvaises herbes, des chardons, des épines et des plantes sans fruit ; mais celle qui est cultivée se couvre de doux fruits. Et, pour le dire en un mot, tout être se corrompt par l’oisiveté et s’améliore par l’activité qui lui est propre.[08] » Et cela vaut pour tous : pour le retraité ou celui qui est en activité, pour la mère de famille qui se dévoue à son foyer et à l’éducation de ses enfants, pour celui qui travaille à son compte, pour l’étudiant, le chef d’entreprise ou le manœuvre...

Le Seigneur demande à tous ses disciples un travail bien fait, intense, ordonné, doté de science, et de perfection, sans recoins à terminer, sans défaut, qui non seulement paraisse bon mais le soit réellement. Qu’il soit à dominante manuelle ou intellectuelle, d’exécution ou d’organisation, supervisé par quelqu’un au dessus ou autonome.

Et le chrétien y ajoute quelque chose de nouveau : en plus des caractéristiques déjà mentionnées, le baptisé va le faire pour son Dieu, et le lui présente chaque jour comme une offrande qui restera pour l’éternité ; mais la manière de le faire — le sens des responsabilités, la compétence, l’intensité... — sera ni plus ni moins la manière normale de tout travail honnête. Toute tâche réalisée de cette façon rend plus digne celui qui la fait et rend vraiment gloire à son Créateur ; non seulement elle optimise les dons naturels mais elle se transforme en une continuelle louange à Dieu.

Pour suivre de près le Christ et l'imiter, nous ajouterons à nos occupations une plus grande perfection, parce qu’à tout moment nous avons en mémoire le Maître qui a bienfait toutes choses. Pourquoi ne pas examiner aujourd’hui la qualité de nos tâches, de nos études ? N’y a-t-il pas des éléments, des facettes à améliorer en intensité, en ponctualité, en ordre, en soin des instruments de travail, en esprit d’équipe, en solidarité avec les autres... ?

 

III. La foi théologale découvre dans le travail d’immenses richesses, « car tous les chemins de la terre peuvent être occasion d’une rencontre avec le Christ[09] », comme le disait le bienheureux Josémaria Escriva, qui prêcha toute sa vie que « la sainteté n’est pas réservée à des privilégiés[10] ».Comment doit être le travail fait face à Dieu ? »Je me rappelle aussi mon séjour à Burgos (...). Certains jours, nos promenades nous menaient jusqu’au monastère de Las Huelgas ; d’autres fois, nous faisions un détour par la cathédrale.

« J’aimais monter à l’une des tours et leur faire contempler de près l’arête du toit, véritable dentelle de pierre, fruit d’un labeur patient, coûteux. Au cours de ces conversations, je leur faisais remarquer que d’en bas l’on ne percevait pas cette merveille ; et, pour mieux matérialiser ce que je leur avais si souvent expliqué, je faisais ce commentaire : voilà le travail de Dieu, voilà l’œuvre de Dieu ! Achever son travail personnel à la perfection, avec la beauté et la grâce dans le détail de ces délicates dentelles de pierre. Ils comprenaient alors, devant cette réalité qui parlait d’elle-même, que tout cela était prière, magnifique dialogue avec le Seigneur. Ceux qui usèrent leurs forces dans cette tâche, savaient parfaitement que leur effort ne pourrait être apprécié à partir des rues de la ville : il était uniquement pour Dieu. Comprends-tu maintenant que la vocation professionnelle peut rapprocher du Seigneur ? Essaie de faire comme ces tailleurs de pierre, et ton travail deviendra operatio Dei, un travail humain, en même temps que divin par sa profondeur et ses caractéristiques n », même si personne ne le voit, personne ne l’apprécie. Dieu, lui, le voit et l’apprécie. Cela n’est-il pas suffisant pour t’efforcer d’achever tes tâches avec toute la perfection, tout l’amour dont tu es capable ? [11]

Cela signifie, entre autre de prendre bien soin des petites choses. Que d’effort et que de sacrifice discret, infiniment petit offert en quelque chose qui plaît à Dieu ! Se plonger dans les détails par amour de Dieu ne rapetisse pas l’âme, cela l’agrandit au contraire, parce que l’œuvre se perfectionne et, offerte pour des intentions concrètes, elle nous ouvre aux besoins de toute l’Église. Cette tâche acquiert une nouvelle dimension, surnaturelle, de même que les autres aspects de la vie courante : la vie familiale et sociale, le repos...Ou bien la négligence et le travail bâclé appauvrissent l’âme, ou bien la petite œuvre d’art offerte au Seigneur révèle l’âme qui a une vie intérieure.

Le Seigneur veut peut-être te faire voir, en ce moment de prière, certains détails qui méritent un changement d’orientation ou de rythme... Est-ce que je vis l’ordre qui place les tâches selon leur importance objective, et non pas selon le caprice ou la commodité ? Est-ce que je retarde sans raison, par manque d’intensité ou de ponctualité, la fin de mon travail ? Est-ce que j’interromps pour n’importe quelle babiole la tâche que j’ai en main, en faisant peut-être perdre aussi du temps aux autres ?

Avec l’aide de la Vierge Marie, terminons ce moment de méditation sur une résolution concrète : assurer nos responsabilités avec davantage de perfection, en nous souvenant fréquemment du Seigneur : « Là, à partir de ce lieu de travail, laisse s’échapper ton cœur vers le Seigneur, auprès du Tabernacle, afin de pouvoir lui dire, sans faire de choses bizarres : mon Jésus, je t’aime.[12] ».

 

NOTES

[01] BIENHEUREUX J. ESCRIVA, Amis de Dieu, 56.

[02] Me 7, 31-37.

[03] CONCILE VATICAN II, Const.Gaudium et spes 67.

[04] Le 5, 5.

[05] 1 Cor 4, 12.

[06] 2Th3, 8.

[07] Cf. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélie sur Priscille et Aquila.

[08] IDEM.

[09] BIENHEUREUX J. ESCRIVA, Lettre, 24 mars 1930.

[10] IDEM, Lettre, 19 mars 1954.

[11] IDEM, Amis de Dieu, 65.

[12] IDEM, Forge, n. 746.


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