5°SEMAINE SAMEDI
42. MÈRE DE MISÉRICORDE
— Marie est la Toute-Puissance suppliante qui participe à un degré éminent de la miséricorde divine.
— Mère de l’Église, Santé des malades, Refuge des pécheurs.
— Arche de l’Alliance, Consolatrice des affligés, Secours des
chrétiens.
I. Un jour, une grande foule se met à suivre Jésus, et ces gens sont si attentifs à sa doctrine qu’ils s’éloignent des villes et des villages, sans avoir rien emporté à manger. Le Seigneur appelle alors ses disciples et leur dit : J’ai pitié de cette foule, car depuis trois jours déjà ils sont avec moi, et n’ont rien à manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en route ; quelques-uns d’entre eux sont venus de loin[01]. La compassion miséricordieuse du cœur de Jésus va réaliser un extraordinaire miracle, une inexplicable multiplication des pains et des poissons.
Avoir fréquemment recours à la miséricorde divine, à cette compassion où se trouve notre salut et notre sécurité, mène à être infiniment plus miséricordieux avec les autres : voilà le chemin qui attire le plus la faveur de Dieu. La Vierge Marie nous obtient continuellement cette compassion de son Fils et nous apprend à mieux nous comporter face aux besoins des hommes : Je vous salue, Reine et Mère de Miséricorde..., lui disons-nous dans le Salve, Regina. Peut-être, comme beaucoup de chrétiens, avons-nous recours à elle de manière particulière un jour de la semaine comme aujourd’hui, samedi, en lui chantant ou en lui récitant cette ancienne prière. Marie « est la personne qui connaît le plus à fond le mystère de la miséricorde divine. Elle sait son prix et elle sait combien il est cher. En ce sens nous l’appelons Mère de la miséricorde : Vierge de la Miséricorde ou Mère de la divine Miséricorde ; en chacun de ces titres est renfermé un profond sens théologique, car ils expriment la préparation particulière de son âme, de toute sa personnalité, de telle manière qu’elle sut voir à travers les événements compliqués d’abord d’Israël, et ensuite de tout homme et de l’humanité entière, cette miséricorde dont nous participons de génération en génération (Le 1, 50), selon le dessein éternel de la très sainte Trinité.[02] »
Saint Augustin enseigne que la miséricorde naît du cœur et que l’homme miséricordieux a pitié de la misère d’autrui, corporelle ou spirituelle, elle lui fait mal, elle F attriste comme si c’était sa propre misère, et elle le mène à chercher, si possible, les remèdes opportuns pour la guérir[03] la miséricorde se répand sur les autres et prend leurs misères comme siennes en essayant de les en délivrer. C’est pourquoi la sainte Écriture dit que Dieu est riche en miséricorde[04] « il est plus glorieux pour lui de tirer le bien du mal que de créer du néant quelque chose de nouveau ; il est plus grand de convertir un pécheur en lui donnant la vie de la grâce, que de créer du néant tout l’univers physique, le ciel et la terre[05] ».
En Jésus-Christ, Dieu fait homme, se révèle pleinement l’expression de cette miséricorde divine, manifestée de bien des façons tout au long de l’histoire du salut. Il se donna lui-même sur la Croix, en un suprême acte d’Amour miséricordieux, et il exerce maintenant cette miséricorde du haut du Ciel et dans le Tabernacle, où il attend, pour que nous allions lui exposer nos propres besoins et ceux d’autrui. Le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable de compatir à nos faiblesses (...). Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et pour trouver la grâce d’un secours opportun[06]. Quels fruits de sainteté produit dans l’âme la méditation fréquente de cette invitation divine !
Marie participe à un degré éminent de cette perfection divine, et la miséricorde s’unit en elle à la piété d’une mère, qui conduit toujours au trône de la grâce. Le titre de Mère de la Miséricorde, gagné par le fiât à Nazareth et sur le Calvaire, est un des plus beaux noms de Marie, notre consolation et notre sécurité : « Dans sa charité maternelle, elle s’occupe, jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à la félicité de la patrie, des frères de son Fils qui sont encore des pèlerins et qui sont en butte aux dangers et aux misères. Aussi la bienheureuse Vierge est-elle invoquée dans l’Église sous les titres d’Avocate, d’Auxiliatrice, d’Aide et de Médiatrice.[07] » Pas un seul jour elle ne cesse d’aider, de protéger, d’intercéder pour les besoins des hommes.
II. Le titre de Mère de Miséricorde s’est traditionnellement enrichi d’éloges émouvants : Santé des malades, Refuge des pécheurs, Consolatrice des affligés, Secours des chrétiens. « Cette gradation des litanies est très belle. Elle montre que Marie exerce sa miséricorde sur ceux qui souffrent dans leur corps pour soigner leur âme, et qu’elle les console alors dans leurs afflictions et les rend forts au milieu de toutes les difficultés qu’ils doivent supporter.[08] »
Sainte Marie est saluée par l’invocation Santé des malades parce qu’elle obtient la guérison du corps, surtout lorsqu’elle est ordonnée à celle de l’âme. Elle concède souvent quelque chose de plus important que la santé corporelle : la grâce de comprendre que la douleur, le mal physique, peut devenir un moyen de sanctification : accepté avec amour, il le transforme en un bien, qui nous purifie et nous permet d’obtenir d’innombrables dons pour toute l’Église. À travers une maladie, supportée avec patience et vision surnaturelle, l’on peut obtenir une bonne partie du trésor que le Ciel nous offre et d’abondants fruits apostoliques : on obtiendra du Seigneur par ces offrandes le don de soi à Dieu ou la conversion de telle ou telle personne qui, sans ces grâces, n’aurait peut-être pas rencontré la porte du Ciel. La Vierge Marie porte aussi remède aux blessures que le péché originel laisse dans l’âme et qu’aggravent les péchés personnels : une concupiscence désordonnée, une certaine faiblesse à réaliser le bien. Ainsi fortifie-t-elle ceux qui vacillent, relève-t-elle ceux qui sont tombés, aide-t-elle à dissiper les ténèbres de l’ignorance et l’obscurité de l’erreur.
Ô Vierge miséricordieuse, Refuge des pécheurs, en toi se trouve vraiment l’abri le plus sûr ! Personne après son Fils n’a détesté davantage le péché que sainte Marie, mais, loin de repousser les pécheurs, elle les accueille, elle les incite au repentir : que de confessions où elle est intervenue ! Que de grâces de lumière et de repentir à ceux qui sont éloignés, s’ils ne résistent pas jusqu’à obtenir la conversion ! « Qui pourra donc enquêter, ô Vierge bénie, sur la longitude et la latitude, la sublimité et la profondeur de ta miséricorde ? Car ta longitude atteint jusqu’à leur dernier instant ceux qui t’invoquent. Ta latitude remplit le monde pour que toute la terre se remplisse de ta miséricorde.[09] » Nous avons recours à elle aujourd’hui. Nous lui disons que nous sommes pécheurs mais que nous voulons aimer de plus en plus son Fils, et que nous y parviendrons si elle a compassion de nos faiblesses et qu’elle nous aide à les surmonter. Refuge des pécheurs et, notre protection, port sûr où nous jetons l’ancre après les vagues et les vents contraires, où nous réparons les dommages causés par la tentation. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs...
III. Notre Mère, a été toute sa vie consolatrice des affligés par un poids trop lourd pour eux seuls : elle soutient Saint Joseph en cette nuit à Bethléem, où il explique à la porte de toutes les maisons leur pressant besoin de logement ; mais aucune porte ne s’ouvre. Il lui suffit d’un sourire de Marie pour récupérer des forces et aménager ce qu’il trouve : une étable à la sortie du village. Et elle l’aide à aller de l’avant dans la fuite en Egypte, et à s’établir dans ce pays... C’est un homme vigoureux, Joseph, mais comme il lui est plus facile d’accomplir la volonté de Dieu avec la consolation de la présence de Marie ! Et les voisines de Nazareth ne trouvent-elles pas appui et compréhension auprès de la Vierge ? Et les Apôtres, lorsque tout devient ténèbres, après la mort du Christ sur la Croix ? Quand on eut fini d’enterrer le Corps de Jésus et que les habitants de Jérusalem se préparaient à célébrer en famille la fête de la Pâque, les Apôtres, qui n’avaient pas été présents, se sentaient sans doute complètement perdus, et presque sans s’en rendre compte ils se retrouvèrent chez Marie.
Dès lors, elle n’a pas cessé de consoler qui se sent opprimé par le poids de la tristesse, de la solitude, d’une grande douleur. « Elle a abrité de nombreux chrétiens dans les persécutions, libéré beaucoup de possédés et d’âmes tentées, sauvé de l’angoisse de nombreux naufragés. Elle a assisté et fortifié de nombreux agonisants en leur rappelant les mérites infinis de son Fils[10]. » Si parfois nous pèsent les choses, la vie, la maladie, l’acharnement dans la tâche apostolique, l’effort pour soutenir la famille, les obstacles qui se rassemblent et s’accumulent, ayons recours à elle, et en elle nous trouverons toujours consolation, encouragement et force pour accomplir en tout l’aimable volonté de son Fils. Nous lui répéterons lentement : Je vous salue, Reine et Mère de Miséricorde, notre vie, notre douceur, notre espérance... En elle nous apprendrons à consoler et encourager, à vivre la miséricorde envers ceux que nous voyons avoir besoin de notre aide, grande ou petite — un mot d’encouragement, de condoléances, ... —, attitude qui plaît tant au Seigneur.
La Vierge est secours des chrétiens, car l’on fait des faveurs principalement à ceux qu’on aime, et personne n’a aimé davantage ceux qui forment la famille de son Fils. En elle nous trouvons toutes les grâces pour vaincre dans les tentations, dans l’apostolat, dans le travail... Dans le Rosaire nous avons une « arme puissante[11] »pour surmonter tant d’obstacles que nous allons rencontrer. Dans le monde, nombreux sont les chrétiens qui, suivant l’enseignement ininterrompu des Souverains Pontifes, ont introduit dans leur vie de piété la coutume de le réciter chaque jour : en famille, dans les églises, dans la rue ou dans les moyens de transport.
« En moi est toute grâce de vie et de vérité, en moi toute espérance de vie et de force (Ecli 24, 25). Avec quelle sagesse l’Église n’a-t-elle pas mis ces mots sur les lèvres de notre Mère, afin que les chrétiens ne les oublient pas ! Elle est la sécurité, l’Amour qui n’abandonne jamais, le refuge constamment ouvert, la main qui toujours caresse et console.[12] »
NOTES
[01] Me 8, 1-10.
[02] JEAN-PAULII, Enc. Dives in misericordia, 30 novembre 1980, 8.
[03] Cf. SAINT AUGUSTIN, Sur la Cité de Dieu, 9.
[04] Eph2, 4.
[05] SAINT THOMAS, Summa Theologiae, l-ll, q. 113, a. 9.
[06] Heb 4, 15-16.
[07] CONCILE VATICAN II, Const. Lumen gentium, 62.
[08] R. GARRIGOU-LAGRANGE, La Mère du Sauveur.
[09] SAINT BERNARD, Homélie en l’Assomption de la B. Vierge Marie, 4, 8-9.
[10] R. GARRIGOU-LAGRANGE, o. c
[11] BIENHEUREUX J. ESCRIVA, Saint Rosaire, Introduction.
[12] IDEM, Amis de Dieu, 279.
6°DIMANCHE ANNÉE A
43. FERMES DANS LA FOI
— Le dépôt de la foi —l’ensemble des vérités révélées —est un trésor que chaque génération reçoit de l’Église, qui le garde et l’expose fidèlement avec l’assistance de l’Esprit Saint et avec autorité.
— La vertu de la foi.
— La prudence sur les chemins de la connaissance, de la culture, des loisirs...
I. Le Seigneur l’affirme solennellement dans l’Évangile de la Messe [01] : il ne vient pas détruire l’Ancienne Loi, mais l’accomplir en plénitude ; il vient restaurer, perfectionner et élever à un ordre plus haut les préceptes de l’Ancien Testament. La doctrine de Jésus a un valeur perpétuelle pour tous les temps et elle est « source de toute vérité salutaire et de toute discipline morale[02] ». C’est un trésor que chaque génération reçoit de l’Église, qui le garde et l’expose fidèlement avec l’assistance de l’Esprit Saint. « Lorsque nous adhérons à la foi que l’Église nous propose, nous nous mettons en communication directe avec les Apôtres (...) ; et par eux, avec Jésus-Christ, notre premier et seul Maître ; nous avons recours à son école, nous annulons la distance des siècles qui nous séparent d’eux.[03] » Grâce à ce Magistère vivant, l’on peut dire, d’une certaine façon, que le monde entier a reçu cette doctrine et s’est transformé en Galilée : toute la terre est Jéricho et Capharnaüm, toute l’humanité se trouve au bord du lac de Génésareth- Garder fidèlement les vérités de la foi est une condition nécessaire au salut des hommes. Quelle autre vérité peut sauver, si ce n’est la vérité du Christ ? Quelle nouvelle vérité peut avoir d’intérêt, venant même du plus sage des hommes, si elle s’éloigne de l’enseignement divin ? Qui oserait interpréter à son goût, changer ou accommoder la Parole divine s’il sait que celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des deux ?
S’il se rappelle ce que saint Paul recommandait à Timothée : Garde le dépôt, évite les discours vides et profanes, ainsi que les antithèses de la gnose au nom trompeur. D’aucuns qui en sont les adeptes ont manqué le but pour ce qui est de la foi[04]. Par cette expression , le dépôt, l’Église désigne l’ensemble des vérités qu’elle a reçu du Christ lui-même et qu’elle doit conserver jusqu’à la fin des temps.
La vérité de la foi « ne change pas avec le temps, ne s’use pas à travers l’histoire ; elle pourra admettre, et même exiger, une vitalité pédagogique et pastorale propre au langage, et décrire ainsi une ligne de développement, pourvu que, selon la phrase très connue de saint Vincent de Lérins (...) : quod ubique, quod semper, quod ab omnibus : ce qui partout, ce qui toujours, ce qui par tous a été cru, que cela soit maintenu comme faisant partie du dépôt de la foi (...). Cette fixité dogmatique défend l’authentique patrimoine de la religion catholique. Le Credo ne change pas, ne vieillit pas, ne se défait pas.[05] » C’est la colonne ferme qui ne peut pas céder, pas même sur ce qui semble de peu d’importance, même si par tempérament, nous sommes facilement enclins à transiger : « Blesser les autres, créer des divisions, faire montre d’intolérance, voilà qui te gêne... mais tu transiges sur des attitudes et des cas (sans importance, m’assures-tu) dont les conséquences sont néfastes pour beaucoup de gens.
« Pardonne-moi d’être sincère : toi que l’intolérance gêne tellement, en agissant ainsi, tu tombes dans l’intolérance la plus stupide et la plus préjudiciable : celle d’empêcher que la vérité soit proclamée.[06] » Annoncer la vérité n’est-ce pas le plus grand bien que l’on peut apporter aux autres ?
II. Le chrétien fait l’expérience de cette libération de la tyrannie du péché, et il se sent poussé par la Loi Nouvelle du Christ à se comporter devant Dieu son Père comme un de ses enfants ; alors les normes de la vie morale paraissent de moins en moins de simples signaux indicateurs de limites de ce qui est permis ou défendu, et de plus en plus des manifestations d’un chemin qui conduit à Dieu, celui de l’amour.
Bien connaître cet ensemble de vérités et de préceptes qui constituent le dépôt de la foi, c’est faire sien le trésor que le Seigneur offre à travers l’Église, pour atteindre le salut. Richesse que protègent la piété (la prière et les sacrements), une sérieuse formation doctrinale, et la prudence dans tous les éléments de la connaissance, de la culture et des loisirs.
Tout le monde considère comme normal qu’un professeur d’université recommande certains ouvrages, en déconseille d’autres à ses élèves, selon leur degré de compétence, de sérieux ou de notoriété. Pourquoi s’étonner que l’Église demande formellement d’éviter les lectures nuisibles à la foi ou à la morale, et qu’elle exerce son droit et son devoir d’examiner et, dans des cas extrêmes, de réprouver les livres contraires à la vérité religieuse[07] ? La racine de cet étonnement se trouve sans doute dans une certaine déformation du sens de la vérité, qui n’admet de certitude et de magistère que dans le domaine scientifique, et qui considère que dans le domaine religieux il n’y a que des opinions plus ou moins fondées.
En ravivant dans notre prière la fidélité au dépôt de la révélation, nous rappelons-nous que même la loi naturelle, que le Seigneur a écrite dans nos cœurs, nous pousse à apprécier les dons du Ciel et à faire tout le possible pour éviter tout ce qui porte atteinte à la vertu de la foi (de la même manière qu’elle demande, par exemple, de conserver la vie physique).Mettre volontairement en danger la foi par des lectures pernicieuses sans un motif qui le justifie, serait un péché, même si on n’encoure actuellement pour cela aucune peine ecclésiastique.
Après une longue expérience des auteurs païens, saint Basile recommandait : « Vous devez donc suivre en détail l’exemple des abeilles. Elles ne s’arrêtent pas sur n’importe quelle fleur, elles ne s’efforcent pas d’emporter tout ce qu’il y a dans les fleurs sur lesquelles elles se posent ; une fois qu’elles ont pris ce qui leur convient, elles laissent le reste en paix.
« Nous aussi, si nous sommes prudents, extrayons de ces auteurs ce qui nous convient et ressemble le plus à la vérité, et laissons le reste. De la même manière qu’en prenant la fleur du rosier nous esquivons les épines, ainsi
v quand nous prétendons tirer le plus grand fruit possible de tels écrits, faisons attention à ce qui peut nuire aux intérêts de l’âme.[08] »
La prudence dans les lectures et les multiples formes de transmission de la culture — presse, télévision, cinéma — est une manifestation de fidélité aux enseignements de Jésus-Christ ; la foi est un grand trésor. S’expose-t-on à perdre inconsidérément ou à détériorer un trésor ? Veiller sur nous-mêmes et sur tous, mais surtout sur ceux que, d’une manière ou d’une autre, le Seigneur nous a confiés : les enfants, les élèves, les amis...
III. Heureux les hommes intègres dans leurs voies, qui marchent suivant la loi du Seigneur ! Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le cherchent de tout cœur ![09], dit le Psaume responsoriel, pour raviver les dispositions à suivre fidèlement Jésus-Christ. Parmi les occasions qui mettent en danger l’intégrité de la foi, l’Église mentionne les livres — les œuvres de théâtre, de cinéma, de télévision aussi — qui portent atteinte directement ou indirectement aux vérités religieuses et à la droiture morale, car l’histoire prouve qu’il n’est pas rare que des chrétiens
N se laissent séduire par la part de vérité ou F apparence de vérité qu’il y a toujours dans toutes les erreurs[10].
Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres (...). Montre-moi comment garder ta loi, disons-nous à Jésus avec les mots du Psaume responsoriel [11]. Une conscience bien formée aide à être humbles, à réaliser une prudente sélection des lectures et à prendre conseil auprès d’un expert sur des questions scientifiques, humanistes, littéraires.... où la pensée peut se corrompre. En restant près du Christ, on ne se perd pas en complexes, on agit avec naturel, sans désir superficiel d’être à jour, "à la mode", mais avec bon sens, pas « comme ceux qui prennent le poison mélangé avec du miel [12] ».
L’enseignement de l’Évangile et du Magistère de l’Église, nourrit ainsi une formation qui permet d’apprécier tout ce qui se découvre de valable dans les diverses manifestations de la culture. La foi est toujours ouverte à tout ce qui est vraiment positif, et en même temps détecte ce qui est contraire à une vision chrétienne de la vie. Sainte Vierge, Siège de la Sagesse, obtiens-nous ce discernement dans le domaine de l’étude, des lectures, des idées et de la culture, en appréciant et en aimant de plus en plus le trésor de notre foi.
NOTES
[01] Mt 5, 17-37.
[02] CONCILE VATICAN II, Const. Dei Verbum, 7.
[03] PAULVI, Allocution, l°mars 1967.
[04] 1 Tim6, 20-21.
[05] PAUL VI, Audience générale, 29 septembre 1976.
[06] BIENHEUREUX J.ESCRIV A, Sillon, n. 600.
[07] Cf. CODE DE DROIT CANON, canons 822-832.
[08] SAINT BASILE, Comment lire la littérature païenne.
[09] Ps 118, 1-2.
[10] Cf. PIEXI, Const. Apost. Deus scientiarum Dominus, 24 mai 1931 : AAS 23 (1931), pp. 245-246.
[11] Ps 118, 34.
[12] SAINT BASILE, loc. cit.
6°DIMANCHE ANNÉE B
44. LA LÈPRE DE L’ÂME
— Le Seigneur vient guérir les maux les plus profonds de
l’humanité. La guérison d’un lépreux.
— Le prêtre pardonne les péchés in persona Christi.
— Y a-t-il un meilleur apostolat que celui de la confession ?
I. La guérison d’un lépreux racontée dans l’Évangile de la Messe [01] a dû émouvoir beaucoup les gens. Fréquent objet de prédication dans la catéchèse des Apôtres, recueillie en détail par trois Évangélistes, le miracle se réalise en pleine ville, et saint Luc précise que la maladie était déjà très avancée : il était couvert de lèpre[02].
La lèpre était alors une maladie incurable : les membres du lépreux étaient envahis peu à peu, et des déformations se produisaient sur le visage, dans les mains, aux pieds, accompagnées de grandes douleurs ; par crainte de la contagion, on les écartait des villes et des chemins. Comme on peut le lire dans la première lecture de la Messe[03], on les déclarait pour cette raison légalement impurs, on les obligeait à avoir la tête découverte et les vêtements déchirés, et ils devaient se faire connaître de loin quand ils passaient à proximité d’un lieu habité. Les gens les fuyaient, même ceux de leur famille, on interprétait souvent leur maladie comme un châtiment de Dieu pour leurs péchés. Pour toutes ces circonstances, il est étrange de voir ce lépreux dans une ville. Peut-être a-t-il entendu parler de Jésus et cherche-t-il depuis pas mal de temps l’occasion de s’approcher de lui ? Enfin, il le rencontre et, pour pouvoir lui parler, il transgresse les prescriptions les plus catégoriques de l’ancienne loi mosaïque. Le Christ est son espérance, sa seule espérance.
La scène a dû être extraordinaire. Le lépreux se prosterne devant Jésus et lui dit : Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier. Si tu veux... Il a peut-être préparé un discours plus long, plus détaillé... mais tout se réduit à cette oraison jaculatoire pleine de simplicité, de confiance, de délicatesse : Si vis, potes me mundare, si tu veux, tu peux... En peu de mots, quelle puissante prière ! Jésus est pris de pitié ; les trois évangélistes qui relatent l’événement nous ont laissé le geste surprenant du Seigneur : // étendit la main et le toucha. Jusqu’à maintenant tous les hommes l’ont fui avec crainte et répugnance, et le Christ, qui pouvait le guérir à distance, comme en d’autres occasions, non seulement ne s’éloigne pas, mais en arrive à toucher sa lèpre ! Il n’est pas difficile d’imaginer la tendresse du Seigneur et la gratitude du malade qui voit ce geste et qui entend ces paroles : Je le veux, sois purifié.
Le Seigneur désire guérir les faiblesses et les péchés de tout homme. Aucun besoin d’attendre des mois ni des jours pour qu’il passe près de notre ville, ou à côté de notre village... Ce Jésus de Nazareth qui a guéri tant de lépreux, nous le trouvons tous les jours dans le Tabernacle le plus proche, dans l’intimité de l’âme en grâce, dans le sacrement de la Pénitence. « Il est Médecin et il soigne notre égoïsme si nous laissons sa grâce pénétrer jusqu’au fond de notre âme. Jésus nous a montré que la pire des maladies est l’hypocrisie, l’orgueil, qui pousse à dissimuler les péchés personnels. Avec ce Médecin, il est indispensable d’être d’une sincérité totale, d’expliquer entièrement la vérité, et de dire : Domine, si vis, potes me mundare (Mt 8, 2), Seigneur, si tu veux — et tu le veux toujours — tu peux me guérir. Tu connais ma faiblesse ; je ressens ce symptôme, je souffre de telles faiblesses. Et nous lui montrons simplement les plaies ; et le pus, s’il y a du pus[04] », toutes les misères de notre vie.
Les faiblesses elles-mêmes peuvent être l’occasion de s’approcher davantage du Christ comme ce lépreux qui, à ce moment, devient un disciple inconditionnel de son Seigneur. Nous approchons-nous de la Confession avec ces dispositions de foi et de confiance ? Désirons-nous vivement la propreté de l’âme ? Sommes-nous ponctuels pour recevoir ce sacrement avec la fréquence prévue ?
II. À cause de sa laideur, de sa répugnance et de la séparation des autres qu’il provoque, les Pères de l’Église ont vu dans la lèpre l’image du péché[05]... Néanmoins, le péché, même véniel, est incomparablement pire que la lèpre par sa laideur, par sa répugnance et par ses tragiques effets dans cette vie et dans l’autre. « Si nous avions la foi et si nous pouvions voir une âme en état de péché mortel, nous mourrions de terreur.[06] » Nous sommes tous pécheurs, bien que par la miséricorde divine nous puissions être loin du péché mortel. C’est une réalité que nous ne devons pas oublier ; et Jésus est le seul qui puisse nous guérir, le seul.
Le Seigneur prend en charge les malades et lui seul peut calibrer et mesurer dans sa terrible réalité l’offense du péché. Lui, qui est la Sainteté même, ne se présente pas en colère, mais avec délicatesse et respect. « Voilà quel est le style de Jésus, qui est venu accomplir et non pas détruire.
« Quand il guérit la lèpre, le Seigneur réalise de grands signes. Ces signes servaient à manifester la puissance de Dieu devant les maladies de l’âme : devant le péché. La même réflexion est développée dans le Psaume responsoriel, qui proclame précisément la béatitude du pardon des péchés : Bienheureux celui qui a été absout de sa faute... (Ps 31, 1). Jésus guérit la maladie physique, mais en même temps il délivre du péché. Il se révèle ainsi comme le Messie annoncé par les Prophètes, qui prit sur lui nos maladies et assuma nos péchés (cf. Is 53, 3-12) pour nous délivrer de toute maladie spirituelle et matérielle (...). Ainsi, donc, un thème central de la liturgie d’aujourd’hui est la purification du péché, qui est comme la lèpre de l’âme.[07] »
Jésus n’est venu que pour cela : pour pardonner, pour racheter, pour délivrer de cette lèpre, et il proclame son pardon comme signe de toute-puissance, comme signe d’un pouvoir que seul Dieu lui-même peut exercer[08]. Chaque confession renouvelle cette expression du pouvoir et de la miséricorde de Dieu, puisque le prêtre exerce ce pouvoir non pas en son nom mais au nom du Christ — in persona Christi —, comme un instrument dans les mains du Seigneur. « Jésus nous identifie de telle manière avec lui dans l’exercice des pouvoirs qu’il nous a conférés — disait Jean-Paul Il aux prêtres —, que c’est comme si notre personnalité disparaissait devant la sienne, puisque c’est lui qui agit à travers nous (...). C’est Jésus lui-même qui, dans le sacrement de la pénitence, prononce la parole autorisée et paternelle : Tes péchés te sont pardonnes.[09] » La voix de Christ et la voix du prêtre ne font plus qu’un.
Approchons-nous avec vénération et gratitude du Christ lui-même, présent à travers le prêtre. « Domine !— Seigneur ! — si vis, potes me mundare— si tu le veux, tu peux me guérir.
« Quelle belle prière à répéter, avec la foi du pauvre lépreux, lorsqu’il t’arrivera ce que nous savons, Dieu, toi et moi ! — Tu ne tarderas pas à recevoir la réponse du Maître : volo, mundare !— Je le veux, sois pur ![10] »
III. Regardons bien ce lépreux : en toute sincérité il se met devant le Seigneur, et tombant à ses genoux[11], il confesse sa maladie et demande qu’il le guérisse. Jésus dit au lépreux : Je le veux, sois purifié. Et à l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié. Quelle immense joie, une joie telle que, malgré l’avertissement du Seigneur de ne rien dire, l’homme se met à proclamer de toutes parts la nouvelle de ce bien immense ! Impossible de contenir pour lui tout seul tant de bonheur, besoin irrésistible de partager avec tous son sort !
Voilà l’attitude la plus logique devant la confession, qui libère de toute maladie, aussi redoutable qu’elle soit. Non seulement le péché est enlevé, mais l’âme acquiert une nouvelle grâce, une nouvelle jeunesse, toute une rénovation de la vie du Christ en elle, une union particulière et différente. Faisons-nous participer ceux que nous estimons le plus, tout le monde même, à ce nouvel être, à cette nouvelle joie de chaque confession ? Avoir trouvé le meilleur des Médecins ne doit pas nous suffire, c’est faire arriver la nouvelle qui compte, par l’apostolat personnel, à ceux qui ne savent peut-être pas qu’ils sont malades ou qui pensent parfois que leurs maux sont incurables. Mener beaucoup de monde à comprendre et à pratiquer la confession est une des grandes missions que le Christ nous confie en ces moments où des foules entières s’éloignent de ce dont elles ont le plus besoin.
Pourquoi ne pas commencer s’il le faut par une catéchèse appropriée, conseiller peut-être des livres de lecture attrayants, expliquant, avec un langage adapté, les points fondamentaux de la foi et de la morale ? La tristesse et le vide intérieur ne proviennent-ils pas souvent de l’absence de Dieu dans une vie ? Avec compréhension facilitons l’apprentissage de l’examen de conscience, encourageons à avoir recours à un prêtre, à être simples et humbles ; offrons à Dieu pour cela notre prière, des heures de travail, une mortification, notre propre rendez-vous ponctuel selon la fréquence prévue ; tout cela attire de Dieu de nouvelles grâces pour ceux que nous désirons voir s’approcher du sacrement, du Christ lui-même.
Ce jour-là ne fut-il pas inoubliable pour le lépreux ? Chaque rencontre avec le Christ est aussi inoubliable, et nos amis n’oublieront jamais la paix et la joie de leur rencontre avec le Maître ; ils se transformeront à leur tour en apôtres qui propagent la Bonne Nouvelle, la joie de bien se confesser. Sainte Marie nous concédera, si nous avons recours à elle, l’urgence de communiquer les grands biens que le Seigneur — Père des Miséricordes — laisse aux hommes dans ce splendide sacrement.
NOTES
[01] Mc 1, 40-45.
[02] Le 5, 12.
[03] Lev 13, 1-2, 44-46.
[04] Bienheureux ESCRIVA, Quand le Christ passe, 93.
[05] Cf. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur l’Évangile de saint Matthieu, 25, 2.
[06] SAINT CURÉ D’ARS, cité par JEAN XXIII, dans la Lettre Sacerdotii nostri primordia.
[07] JEAN-PAUL II, Homélie, 17 février 1985.
[08] Cf. Mt 9, 2 et s.
[09] JEAN-PAUL JJ, Homélie dans le stade de Maracanâ, Rio de Janeiro, 2 juillet 1980.
[10] BIENHEUREUX J. ESCRIVA , Chemin, n. 142.
[11] Me 1, 40.