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16e SEMAINE. LUNDI

31. LA FOI ET LES MIRACLES

— Les dispositions intérieures nécessaires pour recevoir le message de Jésus.

— Un désir persévérant de connaître la vérité.

— Purifier son cœur et se laisser aider dans les moments d’obscurité.

I. Nous lisons dans l’Évangile de la Messe01 d’aujour­d’hui que des scribes et des pharisiens s’approchent de Jésus pour lui demander un nouveau miracle qui leur montre définitivement qu’il est le Messie attendu ; ils veulent que Jésus confirme par un geste spectaculaire ce qu’il prêchait avec simplicité. Mais le Seigneur leur répond en annonçant le mystère de sa mort et de sa Résurrection, tout en se servant de la figure de Jonas : il ne sera donné d’autre signe que celui du prophète Jonas. Par ces mots il montre que sa Résurrection glorieuse au troisième jour (le nombre de jours que Jonas était resté dans le ventre de la baleine) est la preuve décisive du caractère divin de sa Personne, de sa mission et de sa doctrine.

Jonas fut envoyé à la ville de Ninive, et ses habitants firent pénitence lorsqu’ils écoutèrent la prédication du Prophète02. Jérusalem ne voulut pas reconnaître Jésus, dont Jonas n’était que la figure et l’image. Jésus rappelle aussi comment la reine de Saba rendit visite à Salomon03 et fut émerveillée par la sagesse que Dieu avait donnée au roi d’Israël. Salomon, en qui la tradition voyait l’homme sage par excellence, était aussi une figure de Jésus. Le reproche de Jésus prend plus de force avec l’exemple de ces païens convertis, et il termine en disant : il y a ici bien plus que Jonas... il y a ici bien plus que Salomon. Ce bien plus est en réalité infiniment plus ! Mais Jésus ne s’étend pas là-dessus.

Il ne fera pas de miracle et ne donnera pas d’autres signes. Ceux qui l’écoutent ne sont pas encore disposés à croire et il aura beau leur parler ou leur montrer des signes, ils ne croiront pas. Malgré la valeur apologétique des miracles, s’il n’y a pas de dispositions intérieures droites, même les plus grands prodiges peuvent être mal interprétés. Les choses qui se reçoivent prennent la forme du récipient qui les contient, dit un vieil adage. Saint Jean rapporte dans son Évangile que certains, bien qu’il eût fait de si grands miracles devant eux, ne croyaient pas en lui04. Le miracle aide seulement la raison à croire, mais si l’on est dans de mauvaises dispositions on ne verra qu’obscurité, même si l’on a devant soi la plus claire des lumières.

Demandons à Jésus dans cette prière de nous donner un cœur capable de le voir dans nos journées, au milieu de nos occupations, et un esprit dépourvu de préjugés afin de comprendre nos frères, et de ne jamais les juger.

II. Pour entendre la vérité du Christ, il faut l’écouter, s’approcher de lui le cœur pur. Ces pharisiens qui demandent à l’aveugle de naissance, que Jésus a guéri, une nouvelle explication du miracle : Que t’a-t-il fait ? Comment t’a-t-il ouvert les yeux ? ne sont pas bien disposés  ; la réponse de l’aveugle montre que ces hommes ont des préjugés qui les empêchent d’accepter la vérité ; ils entendent peut-être, mais ils n’écoutent pas. Il leur répliqua : Je vous l’ai déjà dit, mais vous ne m’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l’entendre encore ?05

Il en est de même pour Pilate : il entend Jésus dire : Je suis venu dans le monde à seule fin de rendre témoignage à la vérité. Quiconque est du parti de la vérité écoute ma voix. Et le procurateur romain lui demande alors : Qu’est-ce que la vérité ? Et comme il n’est pas très disposé à écouter, sur ces mots il sortit de nouveau vers les juifs06. Il tourne le dos à Jésus sans lui laisser le temps de lui donner une réponse qui, dans le fond ne l’intéresse pas. Pilate cherche simplement à se sortir de cette affaire.

Si nous sommes bien disposés, le Seigneur nous donnera une surabondance de signes pour continuer fidèlement sur le chemin entrepris. Nous aurons la joie de pouvoir le contempler dans ce qui nous entoure : dans la nature même, dans laquelle il a laissé des traces pour que nous y voyions le Créateur ; dans notre travail ; dans la joie ; dans la maladie... L’histoire de chaque homme est remplie de signes. Nous recevrons souvent la lumière pour le voir dans l’intimité de la prière ; d’autres fois, au cours des conseils de la direction spirituelle.

Beaucoup de pharisiens ne changèrent pas, ne se convertirent pas alors qu’ils étaient en présence du Messie et qu’ils voyaient beaucoup de miracles. Ils étaient aveuglés par leur orgueil. Ils disaient même : c’est par le chef des démons qu’il chasse les démons07.

Aujourd’hui certains n’ont pas accès au surnaturel car ils sont aussi aveuglés par l’orgueil, la méfiance, l’attachement aux choses d’ici-bas, le désir démesuré de confort, l’hédonisme, la sensualité. « J’entendais des amis parler de leurs postes de radio. Presque sans m’en rendre compte, j’ai porté cette question sur le plan spirituel : des prises de terre, nous en avons beaucoup, beaucoup trop, mais nous avons négligé l’antenne de la vie intérieure...

« — Et c’est pourquoi il y a si peu d’âmes qui gardent un rapport constant avec Dieu. Puissions-nous ne jamais perdre l’antenne du surnaturel.08 »

III. Il y a ici bien plus que Jonas... il y a ici bien plus que Salomon. C’est le Christ lui-même qui se trouve à nos côtés ! Il appelle l’intelligence et le cœur de l’homme, non pas comme un étranger, mais comme une personne qui aime, qui désire communiquer ses sentiments et même sa propre vie, qui veut donner une solution divine à ce qui préoccupe les hommes.

De même que les ondes sonores ont des interférences qui empêchent une bonne syntonie, de même la foi bute parfois contre des obstacles. Ainsi, certaines personnes suivent le Christ depuis des années, mais butent un jour contre l’obscurité et n’y voient pas clair. Dans ces cas-là il faut s’interroger avec sincérité : est-ce que je désire vraiment voir ? Suis-je disposé à vouloir voir, à affirmer au moins qu’il existe une série de raisons et d’événements qui montrent la présence de Dieu dans ma vie ? Est-ce que je me laisse aider ? Est-ce que j’expose ma situation avec clarté dans la direction spirituelle ? Est-ce que je découvre mon intimité, sans faire de théories, sans maquillage, sans palliatifs ?

L’orgueil est un sérieux obstacle, mais d’autres difficultés peuvent se présenter : le milieu ambiant, trop avide de confort, qui repousse ce qui suppose sacrifice et renoncement, et qui tend des liens subtils étrangers à ce que Dieu demande : un chemin de joie, mais plus difficile que celui de l’hédonisme. Il faudra faire un effort peut-être pour parler avec courage dans la direction spirituelle, pour lutter contre des passions qui tirent vers le bas, pour purifier le cœur d’amours désordonnés, pour le remplir du véritable amour que le Christ nous offre. Celui qui a le regard trouble appréciera difficilement la lumière.

La paresse et le goût de la commodité peuvent être également des obstacles sur le chemin qui conduit à Dieu, des entraves à une réponse à son appel. La foi et la vocation demandent un don de soi de toute la personne, un amour authentique.

Parfois le Seigneur se cache pour que nous le cherchions avec plus d’amour, avec plus d’humilité, et pour que nous nous laissions conduire dans notre vie spirituelle par celui que Dieu a mis à nos côtés. Le mot foi signifie également se laisser mener par quelqu’un de plus fort que nous, faire confiance à celui qui nous aide 09. Nous avons sans doute fondamentalement confiance en Dieu, mais il veut aussi que nous nous appuyions sur ceux qu’il a mis sur notre route pour nous aider, et il se sert de ces personnes pour éclairer, pour découvrir de plus en plus l’amour du Christ et sa présence.

Le sacrement de la réconciliation est un excellent moyen de retrouver Dieu en nous et en ceux qui nous entourent. Demandons à la Vierge de nous aider à purifier notre regard et notre cœur pour interpréter avec justesse les événements de chaque jour, en y découvrant Dieu.

Je crois, Seigneur, mais aide-moi à croire avec plus de fermeté ; j’espère, mais fais que j’espère avec plus de confiance ; je t’aime, mais fais que je t’aime avec plus d’ardeur10.

01. Mt 12, 38-42. — 02. Jon 3, 6-9. — 03. 1 Reg 10, 1-10. — 04. Jn 12, 37. — 05. Jn 9, 26-27. — 06. Jn 18, 38. — 07. Mt 9, 34. — 08. SAINT J. ESCRIVA, Forge, n.510. — 09. Cf. J. DHEILLY, Dictionnaire biblique, mot FOI. — 10. MISSEL ROMAIN, Action de grâces pour après la Messe : prière du Pape Clément XI.



16e SEMAINE. MARDI

32. LA NOUVELLE FAMILLE DE JÉSUS

— L’union avec le Christ est plus forte que tout lien humain. Les liens dont l’origine est de suivre le Seigneur sur un même chemin sont plus forts que ceux du sang.

— Avons-nous le détachement et l’indépendance nécessaires pour mener à bien notre vocation ?

— Marie, la Mère de la nouvelle famille de Jésus, l’Église, est aussi Mère de chacun de nous.

I. L’Évangile de la Messe01 montre Jésus en train de prêcher dans une maison si remplie que sa Mère et d’autres parents ne peuvent pas arriver jusqu’à lui, et lui envoient un message. Quelqu’un lui dit : Ta mère et tes frères sont là dehors, qui cherchent à te parler. Jésus répondit à cet homme : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, tendant la main vers ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère.

Une autre fois, une femme du peuple, voyant que les paroles de Jésus étaient pleines de vie, loue Marie : Heu­reux le sein qui t’a porté et la poitrine qui t’a allaité. Mais Jésus donne l’impression de repousser ce compliment, et répond : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent02.

Le Pape Jean-Paul II met en rapport ces deux scènes avec la réponse que Jésus fit à Marie et Joseph lorsqu’ils le trouvèrent à Jérusalem, quand il avait douze ans, après l’avoir cherché péniblement pendant trois jours. Avec un amour et une clarté sans limite, Jésus leur dit :Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ?03 Dès le début, Jésus s’est consacré aux affaires de son Père. Il annonçait le Royaume de Dieu et sur son passage toutes les choses prenaient un sens nouveau, la parenté aussi. « Dans cette nouvelle dimension, un lien comme celui de la “fraternité” signifie aussi une chose différente de la “fraternité selon la chair”, qui provient de la même origine, des mêmes parents. Et même la “maternité” (...) acquiert un sens différent04 » , plus profond et plus intime.

Le Seigneur enseigne à plusieurs reprises qu’au-dessus de tout lien et de toute autorité humaine, même familiale, se trouve le devoir d’accomplir la volonté de Dieu, sa propre vocation. Il dit que le suivre, en accomplissant notre vocation personnelle, conduit à partager sa vie dans un telle intimité que cela constitue un lien plus fort que le lien familial 05. Saint Thomas l’explique : « tout fidèle qui fait la volonté du Père, c’est-à-dire qui lui obéit, est frère du Christ, parce qu’il est semblable à celui qui accomplit la volonté du Père. Mais celui qui non seulement obéit, mais convertit aussi d’autres personnes, engendre le Christ en elles et de cette façon en arrive à être comme la Mère du Christ.06 » Le lien du sang est très fort mais celui qui nous lie au Christ est encore plus fort. Aucune relation humaine, aussi étroite soit-elle, n’est comparable à l’union avec Jésus et avec ceux qui le suivent.

II. Qui est ma mère... ? « Est-ce qu’ainsi il s’éloigne de celle qui a été sa mère selon la chair ? Veut-il peut-être la laisser dans l’ombre, cachée comme elle-même l’avait choisi ? S’il peut sembler qu’il en est ainsi à cause du sens de ces paroles, on doit constater cependant que la maternité nouvelle et différente, dont parle Jésus à ses disciples, concerne concrètement Marie d’une façon spéciale. 07 » Jésus aime Marie d’une façon absolument particulière, car elle est sa mère selon la chair. Mais il l’aime plus encore à cause de la fidélité à sa vocation dans l’accomplissement de la volonté du Père. C’est pourquoi l’Église nous rappelle que la très Sainte Vierge « entendit les paroles où son Fils, plaçant le Royaume au-dessus des rapports et des liens de la chair et du sang, proclama bienheureux ceux qui écoutent et gardent la parole de Dieu, ainsi qu’elle le faisait avec fidélité08 » .

Lorsque nous sommes fidèles à notre vocation, nous nous rendons compte que nous aimons nos parents, nos enfants, nos frères plus humainement et plus surnaturellement, car Dieu agrandit et affine notre cœur. Et pourtant, il nous demande également d’être détaché de tout lien, d’être indépendant afin de répondre à cet appel unique pour chacun de nous, ce qui peut faire souffrir ceux que nous aimons le plus sur la terre.

Rappelons-nous à ce moment-là que Marie et Joseph ne comprirent pas l’explication de Jésus lorsqu’il avait disparu pendant trois jours09. Et pourtant Marie était pleine de grâce et, Joseph juste, entièrement donné à Dieu. Plus tard ils comprirent davantage — Marie dans un ordre plus profond —, à mesure que leur Fils grandissait. Par conséquent cela ne doit pas surprendre que les parents, au début, ne comprennent parfois pas les décisions de leurs enfants.

Et pourtant ! Quelle joie d’appartenir à cette nouvelle famille de Jésus ! Combien nous devons aimer et aider ceux à qui nous sommes unis par les liens de la foi et de la vocation ! Frater qui adiuvatur a fratre quasi civitas firma10, le frère, aidé par son frère, est comme une ville entourée de murailles. Rien ne peut s’opposer à la charité et à la fraternité bien vécue. « Pouvoir de la charité ! — Si vous vivez votre fraternité bénie, votre mutuelle faiblesse vous servira d’appui et vous tiendra fermes dans l’accomplissement du devoir, comme les cartes se soutiennent mutuellement, appuyées les unes sur les autres.11 »

III. Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère. La Vierge Marie se trouvait en dehors de la maison où enseignait son Fils ; mais elle avait peut-être entendu ces paroles, ou bien quelqu’un les lui avait répétées. Elle était consciente du lien profond qui l’unissait au Christ : ces liens naturels et d’autres plus profonds encore, venant de sa parfaite union avec la très Sainte Trinité. Elle savait de plus en plus parfaitement qu’elle avait été appelée depuis l’éternité à être la Mère de cette nouvelle famille qui se forme autour de Jésus. Par la foi elle avait répondu à l’appel que Dieu lui avait adressé pour être Mère de son Fils et « dans la même foi elle a découvert et accueilli l’autre dimension de la maternité » , révélée par Jésus pendant sa mission messianique. « On peut affirmer, enseigne le Pape Jean-Paul II, que cette dimension de la maternité appartient à Marie dès le début, c’est-à-dire dès le moment de la conception et de la naissance de son Fils. Dès lors elle était “celle qui a cru”. À mesure que la mission de son Fils s’éclaircissait devant ses yeux et devant son esprit, elle-même comme Mère s’ouvrait chaque fois plus à cette “nouveauté” de la maternité, qui devait constituer son “rôle” près de son Fils.12 »

Plus tard, sur le Calvaire, se leva complètement le voile du mystère de sa maternité spirituelle sur ceux qui tout au long des siècles devaient croire en lui :Voici ton fils13, lui dit Jésus en indiquant Jean. Et en lui tous les hommes étaient représentés. Cette maternité s’étend d’une façon particulière à tous les baptisés et à ceux qui sont en chemin vers la foi, parce que Marie est Mère de toute l’Église14, la grande famille du Seigneur qui se prolonge tout au long des siècles.

Il y a une correspondance particulière entre le moment de l’Incarnation du Fils de Dieu et la naissance de l’Église le jour de la Pentecôte, et « la personne qui unit ces deux moments, c’est Marie : Marie à Nazareth et Marie dans le cénacle de Jérusalem. Dans les deux cas sa présence discrète, mais essentielle, indique le chemin de la “naissance de l’Esprit”. Ainsi celle qui est présente dans le mystère du Christ comme Mère, devient — par la volonté du Fils et l’œuvre du Saint-Esprit — présente dans le mystère de l’Église.15 » La présence de Marie dans l’Église est une présence maternelle, et de même que dans une famille la relation de maternité et de filiation est unique, de même notre relation avec la Mère du Ciel est unique et différente pour chaque chrétien. Et de même que Jean l’accueillit chez lui, chaque chrétien doit « entrer dans le rayon d’action de cette “charité maternelle”16 » .

Elle nous aime, chacun de nous, comme si nous étions son enfant unique, et elle se préoccupe de notre sainteté et de notre salut comme si elle n’avait pas d’autres enfants sur terre. Très souvent nous devons l’appeler Mère ! Et maintenant, à la fin de ce moment de prière, nous lui disons dans l’intimité de notre âme : ma Mère ! ne me laisse pas. Tu sais bien combien j’ai besoin de toi ! Aide-moi à être toujours près de ton Fils !

01. Mt 12, 46-50. — 02. Lc 11, 27-28. — 03. Lc 2, 49. — 04. JEAN-PAUL II, Enc. Redemptoris Mater, 25 mars 1987, 20. — 05. Cf. Bible de Navarre, note à Mc 4, 31-35. — 06. SAINT THOMAS, Commentaire sur l’Évangile de saint Matthieu, 12, 49-50. — 07. JEAN-PAUL II, loc. cit. — 08. CONCILE VATICAN II, Const. Lumen gentium, 58. — 09. Lc 2, 50. — 10. Prov 18, 19. — 11. SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n.462. — 12. JEAN-PAUL II, loc. cit. — 13. Jn 19, 26. — 14. Cf. C. POZO, Marie dans l’œuvre du salut. — 15. JEAN-PAUL II, o. c., 24. — 16. IDEM, 45.



16e SEMAINE. MERCREDI

33. LES VERTUS HUMAINES

— Les vertus humaines, fondement des vertus surnaturelles.

— Toutes les vertus ont leur plénitude en Jésus-Christ.

— Les vertus humaines sont nécessaires dans l’apostolat.

I. L’Évangile de la Messe01 montre comment la semence de la grâce tombe sur des terrains différents : entre les ronces, sur le chemin endurci par le passage des gens, au milieu d’un sol pierreux, … sur la bonne terre. Dieu veut que nous soyons comme cette terre bien préparée qui reçoit la semence et donne une bonne récolte. C’est en s’efforçant de pratiquer les vertus naturelles avec l’aide de la grâce qu’on prépare le terrain où s’enracineront et grandiront les vertus surnaturelles. Ceux qui, par ignorance, vivent éloignés de Dieu mais sont honnêtes et droits, sont prêts à recevoir la grâce de la foi, car un comportement humain droit est le point d’appui de l’édifice surnaturel.

La vie de la grâce ne se superpose pas à la réalité humaine, mais la pénètre et l’enrichit. « De cette façon on explique que l’Église exige de ses saints l’exercice héroïque non seulement des vertus théologales, mais aussi des vertus morales et humaines ; et que les personnes vraiment unies à Dieu par l’exercice des vertus théologales se perfectionnent aussi d’un point de vue humain, affinent leur manière d’être avec les autres ; elles sont loyales, affables, polies, généreuses, sincères, précisément parce qu’elles ont placé en Dieu toutes les affections de leur âme.02 »

L’ordre surnaturel ne fait pas abstraction de l’ordre naturel et ne le détruit pas : « au contraire, il l’élève et le perfectionne, et chacun des ordres prête son aide à l’autre, comme un complément proportionné à leur propre nature et dignité, puisque les deux procèdent de Dieu, qui ne peut pas moins faire qu’être d’accord avec lui-même.03 »

La grâce peut, par elle-même, transformer les personnes, mais elle s’appuie, en premier lieu, sur les vertus humaines. Comment pourrait s’enraciner, par exemple, la vertu cardinale de la force dans l’âme d’une personne qui serait incapable de lutter contre ses petites habitudes de confort et de paresse, qui ne serait préoccupée que d’elle-même, qui se laisserait aller à ses états d’âme ? Comment pourrait-elle être optimiste face à toutes les circonstances de la vie (conséquence de sa foi) si elle est toujours pessimiste et de mauvaise humeur ? « On ne peut rien mutiler de l’essence ni des bonnes qualités de la nature humaine. Perdre sa personnalité en ce qu’elle a de bon (ce qui est beaucoup), c’est ce qu’il y a de plus ruineux pour un chrétien. Développe ta nature, ton activité humaine ; développe-la à l’infini. Tout ce qui rapetisse, ce qui contracte et rétrécit, ce qui nous attache par peur, tout cela n’est pas le christianisme. Il faut employer un autre mot qui ne soit pas dépersonnalisation, pour désigner la purification totale du péché et des mauvaises inclinations que l’homme, avec l’aide de Dieu, doit réaliser. 04 » Le Seigneur veut que nous ayons une personnalité bien définie, chacun la sienne, résultat de l’estime que nous avons pour tout ce qu’il nous a donné et de l’ardeur que nous avons mise à cultiver ces dons personnels.

Notre réponse personnelle à la grâce, la pratique des vertus naturelles, permettent à la semence divine de se développer et de nous améliorer. La vie de foi donne au chrétien une finalité plus élevée qui l’aide à perfectionner les vertus humaines : plus on est chrétien, plus on est humain.

II. Le Seigneur veut que nous pratiquions les vertus naturelles : l’optimisme, la générosité, l’ordre, la force, la joie, la cordialité, la sincérité, la véracité… Tout d’abord, pour imiter celui qui est Dieu parfait et Homme parfait, en qui toutes les vertus trouvent leur plénitude car tout en étant Dieu, il s’est montré profondément humain. « Il s’habillait selon l’usage de son époque, il prenait les ali­ments courants, il se comportait selon les coutumes du lieu, de la race et de l’époque auxquels il appartenait. Il imposait les mains, il donnait des ordres, se fâchait, souriait, pleurait, discutait, se fatiguait, ressentait le sommeil et la fatigue, la faim et la soif, l’angoisse et la joie. Et l’union, la fusion entre le divin et l’humain était si totale, si parfaite, que toutes ses actions étaient, en même temps, divines et humaines. Il était Dieu, et il aimait qu’on l’appelle Fils de l’Homme. 05 » Le Christ lui-même exige de tous la perfection humaine 06, il apprit à ses disciples à être sincères 07, à avoir un jugement pondéré 08. Il s’attriste du manque de gratitude de quelques lépreux qu’il avait guéris 09, ou du manque de politesse10 de certaines personnes. Il donne tant d’importance aux vertus humaines qu’il dit à ses disciples : si vous ne comprenez pas les choses de la terre, comment comprendrez-vous celles du ciel ?11

Être simples, loyaux, travailleurs, compréhensifs, équilibrés..., c’est donc imiter le Christ, qui est notre modèle, et nous serons prêts à développer les vertus surnaturelles. Pour cela, contemplons souvent le Maître, cet idéal humain et divin auquel nous devons essayer de ressembler.

III. Un chrétien au milieu du monde doit être comme une ville située à la cime d’une montagne, comme une lumière sur un chandelier. Ce qui est humain c’est ce qui se voit en premier ; l’exemple de personnes intègres, loyales, honnêtes, courageuses… entraîne. C’est pourquoi les vertus propres de la personne se transforment en instruments de la grâce qui rapproche les autres de Dieu : le prestige professionnel, l’amitié, la simplicité, la cordialité..., disposent mieux les âmes à écouter avec attention le message du Christ. Les vertus humaines sont nécessaires à l’apostolat parce que si nos amis ne les voient pas, ils comprendront difficilement les vertus surnaturelles. Si quelqu’un n’était pas sincère, comment ses amis pourraient-ils avoir confiance en lui ? Comment faire connaître le vrai visage du Christ, sans commencer soi-même par pratiquer les vertus humaines ? Les autres auront plus facilement accès à la vie surnaturelle s’ils voient quelqu’un à la conduite pleinement humaine.

Être joyeux, sereins face aux circonstances difficiles et pénibles de la vie, bien achever son travail, être sobres, pratiquer la tempérance, être ouverts à tous… c’est témoigner que le Christ vit aujourd’hui. Notre comportement devrait être tel que ceux que nous côtoyons perçoivent la joie de la grâce qui est dans notre cœur. « Nous devons nous conduire de telle manière que les autres puissent dire en nous voyant : celui-ci est chrétien, parce qu’il n’a pas de haine, parce qu’il sait comprendre, parce qu’il n’est pas fanatique, parce qu’il domine ses instincts, parce qu’il se sacrifie, parce qu’il manifeste des sentiments de paix, et parce qu’il aime 12 » , parce qu’il est généreux avec son temps, parce qu’il ne se plaint pas, parce qu’il sait se passer de ce qui est superflu...

Le monde a tellement besoin de témoins ! Jamais on n’a autant parlé de droits de l’homme et de la réussite humaine ; jamais l’humanité n’a pris autant conscience de ses propres capacités. Et pourtant, jamais on n’a autant oublié les valeurs propres de la personne, celles qu’elle possède en tant qu’image de Dieu !

Le monde attend des chrétiens cet enseignement fondamental : nous sommes tous appelés à être enfants de Dieu. Et pour atteindre ce but, vivons en premier lieu comme des hommes et des femmes accomplis, en développant toutes les valeurs naturelles que le Seigneur nous a données. Ainsi, avec simplicité, nous montrerons que, pour imiter le Christ, il faut être pleinement humains, et qu’en étant pleinement humains, nous sommes en chemin puisque la grâce ne manque jamais pour être pleinement enfants de Dieu.

01. Mt 13, 1-9. — 02. A. DEL PORTILLO, Vocation et mission du prêtre — 03. PIE XI, Enc. Divini illius Magistri, 31 décembre 1929. — 04. J. URTEAGA, Dieu vomit les tièdes, Téqui. — 05. F. SUAREZ, Le prêtre et son ministère. — 06. Mt 5, 21 et s. — 07. Mt 5, 37. — 08. Jn 9, 1-3. — 09. Lc 17, 17-18. — 10. Lc 7, 44-46. — 11. Jn 3, 12. — 12. SAINT J. ESCRIVA, Quand le Christ passe, 122.


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