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18e SEMAINE. MERCREDI

51. L’HUMILITÉ

— L’humilité de la cananéenne.

— L’humilité active et l’humilité passive.

— Les chemins vers l’humilité.

I. Dans l’Évangile de la Messe01 d’aujourd’hui saint Matthieu raconte comment Jésus se retira avec ses disciples chez les Gentils, dans la région de Tyr et de Sidon. Et voici que s’approcha de lui une femme qui, à grands cris, implorait : Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. Jésus l’entendit mais ne lui répondit rien. Saint Augustin commente qu’il ne faisait aucun cas d’elle parce qu’il savait ce qu’il avait réservé pour elle : il ne se taisait pas pour lui refuser le bienfait, mais pour qu’elle le mérite par son humble persévérance02.

Justement. La femme sut insister un long moment, de telle façon que les disciples, fatigués de l’entendre, dirent au Maître : Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! Le Seigneur expliqua alors qu’il était venu pour prêcher en premier lieu aux Juifs. Mais la femme, malgré ce refus, s’approcha et se prosterna devant Jésus, en disant : Seigneur, viens à mon secours !

Devant l’insistance persévérante de cette cananéenne, le Seigneur lui répéta la même chose avec une image qu’elle comprit tout de suite : il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. Il lui dit à nouveau qu’il avait été envoyé en premier aux enfants d’Israël et non pas pour privilégier les païens. Le geste aimable et accueillant du Seigneur, le ton de ses paroles, supprimèrent sans doute tout l’aspect blessant qu’elles auraient pu avoir . Elles remplirent cette femme de confiance et, avec une grande humilité, elle dit : C’est vrai, Seigneur ; mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Elle reconnut la vérité de sa situation, « elle confessa que ceux qu’il avait appelé enfants étaient ses seigneurs.03 »

Saint Augustin dit aussi que cette femme « fut transformée par l’humilité » et mérita de s’asseoir à table avec les enfants04. Elle conquit le cœur de Dieu et reçut non seulement le don qu’elle demandait mais une grande louange du Maître : Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! Et à l’heure même, sa fille fut guérie. Plus tard elle sera sûrement une des premières femmes du pays à embrasser la foi, et elle conservera toujours en son cœur reconnaissance et amour envers le Seigneur.

Nous, qui sommes encore loin de la foi et de l’humilité de cette femme, demandons avec ferveur au Maître : « Mon bon Jésus, puisque je dois être apôtre, il est nécessaire que tu me rendes très humble.

« Le soleil enveloppe de lumière tout ce qu’il touche : Seigneur, remplis-moi de ta clarté, divinise-moi ; que je m’identifie à ton adorable Volonté, pour me transformer en l’instrument que tu désires... Donne-moi ta folie d’humiliation : celle qui t’a conduit à naître dans la pauvreté, à faire un travail sans éclat, à mourir dans l’infamie, cloué sur un morceau de bois, à t’anéantir dans le Tabernacle.

« — Que je me connaisse : que je me connaisse et que je te connaisse. Ainsi jamais je ne perdrai de vue mon néant. 05 » C’est seulement ainsi que je pourrai te suivre comme tu le veux et comme je le veux : avec une foi grande, avec un amour profond, sans condition.

II. On raconte, dans la vie de saint Antoine du désert, que Dieu lui fit voir le monde semé des pièges que le démon avait préparés pour faire tomber les hommes. Le saint resta stupéfait de cette vision et demanda : « Seigneur, qui pourrait échapper à tant de pièges ? » Et il entendit une voix qui lui répondait : « Antoine, celui qui sera humble ; car Dieu donne aux humbles la grâce nécessaire, tandis que les orgueilleux tombent dans les pièges que le démon leur tend ; mais celui-ci n’ose pas attaquer les humbles. »

Celui qui veut servir le Seigneur, doit désirer et lui demander avec insistance la vertu de l’humilité. Ce qui l’aidera à la désirer vraiment, c’est d’avoir présent à l’esprit que le péché capital contraire, l’orgueil, est le plus contraire à la vocation reçue, celui qui nuit le plus à la vie familiale, à l’amitié, à la vie sociale, celui qui s’oppose le plus au vrai bonheur... Rien d’étonnant que ce soit le principal appui sur lequel compte le démon pour essayer de détruire l’œuvre que le Saint-Esprit essaye sans cesse d’édifier dans les âmes.

Cependant la vertu de l’humilité ne consiste pas seulement à repousser les mouvements d’orgueil et d’égoïsme. Ni Jésus ni sa très Sainte Mère n’ont eu un seul mouvement d’orgueil ; ils furent infiniment humbles. Le mot humilité vient du latin humus, la terre ; humble, selon son étymologie, signifie “incliné vers la terre” : la vertu de l’humilité consiste à s’incliner devant Dieu et devant tout ce qui est de Dieu dans les créatures06. Dans la pratique, elle aide à reconnaître son infériorité, sa petitesse et son indigence devant Dieu. Les saints ressentent une très grande joie à s’anéantir devant Dieu et à reconnaître que lui seul est grand, et qu’en comparaison avec la sienne toutes les grandeurs humaines sont vides et entachées de mensonge.

L’humilité a son fondement dans la vérité07, surtout la plus grande vérité : la distance entre la créature et le Créateur est infinie. C’est pourquoi il est si raisonnable de se persuader de ce que tout ce qu’il y a de bon en nous vient de Dieu ; tout le bien que nous faisons a été suggéré et incité par lui, et il nous a donné la grâce pour le mener à bien. Nous ne disons pas une seule oraison jaculatoire si ce n’est sous l’impulsion et la grâce du Saint-Esprit08 ; ce qui nous est propre, c’est la déficience, le péché, l’égoïsme. « Ces misères sont inférieures au néant lui-même, parce qu’elles sont un désordre et réduisent l’âme à un état d’abjection déplorable.09 » La grâce, elle, fait que les anges eux-mêmes s’étonnent en contemplant une âme resplendissante de ce don divin.

La femme cananéenne ne se sentit pas humiliée quand Jésus lui montra la différence entre les Juifs et les païens ; elle était humble et connaissait sa place face au peuple élu ; et grâce à son humilité, elle n’hésita pas à persévérer, bien qu’elle eût été apparemment repoussée, et à se prosterner devant Jésus... Par son humilité, son audace et sa persévérance elle a obtenu une immense grâce. L’humilité n’est pas la timidité, la pusillanimité ou une vie médiocre et sans aspirations. L’humilité met en évidence que tout ce qu’il y a de bon en nous, aussi bien dans l’ordre de la nature que dans l’ordre de la grâce, appartient à Dieu, parce que nous avons tous reçu une part de sa plénitude10 ; et ce don immense nous pousse à rendre grâces.

III. « A la question “comment arriver à l’humilité ?”, correspond la réponse : “par la grâce de Dieu” (...). Seule la grâce de Dieu peut nous donner la vision claire de notre propre condition et la conscience de sa grandeur qui est à l’origine de l’humilité. »11 C’est pourquoi si nous la désirons et la demandons sans cesse, nous aimerons Dieu et nous serons capables de grandes entreprises malgré nos faiblesses…

Voilà la voie : demander à Dieu la grâce de devenir de plus en plus humbles, et en même temps accepter les petites humiliations que nous affrontons tous les jours : dans la réalisation du travail, dans les relations avec les autres, lorsque nous voyons nos faiblesses et nos erreurs, grandes et petites. On raconte qu’un jour saint Thomas d’Aquin fut corrigé pour une soi-disant faute de grammaire ; il la corrigea comme on le lui indiquait. Par la suite ses compagnons lui demandèrent pourquoi il l’avait corrigée s’il savait bien lui-même que le texte tel qu’il l’avait lu était correct. Et le saint de répondre : « Mieux vaut devant Dieu une faute de grammaire, qu’une faute d’obéissance et d’humilité » . Nous sommes sûrement sur le chemin de l’humilité lorsque nous acceptons les humiliations, petites ou grandes, et lorsque nous acceptons nos propres défauts en essayant de lutter sans irritation contre eux.

Celui qui est humble n’a pas besoin de louanges et d’éloges dans sa tâche, parce que son espérance est dans le Seigneur réellement et vraiment la source de tous ses biens et de son bonheur, lui qui donne un sens à tout ce qu’il fait. « Une des raisons pour lesquelles les hommes sont si enclins à se louer, à surestimer leur valeur et leurs pouvoirs, à s’offenser de toute chose qui les rabaisse dans leur propre estime ou dans celle des autres, c’est qu’ils voient en eux-mêmes l’espérance de leur bonheur. C’est pourquoi ils sont souvent si susceptibles, si offensés lorsqu’on les critique, si gênés par celui qui les contrarie, si tenaces à agir selon leur goût, si avides d’être connus, si anxieux de louange, si déterminés à commander. Ils s’accrochent à eux-mêmes comme le naufragé se cramponne à une paille. Et la vie se poursuit, et ils s’éloignent de plus en plus du bonheur…12 »

Celui qui lutte pour être humble ne cherche pas les éloges ou les louanges ; et s’il en reçoit, il les oriente vers Dieu, auteur de tout bien. L’humilité se manifeste non pas tant dans le mépris que dans l’oubli de soi-même, en reconnaissant avec joie que nous n’avons rien que nous n’ayons reçu, en nous sentant des petits enfants de Dieu qui trouvent toute fermeté dans la main vigoureuse de leur Père.

Apprenons à être humbles. Méditons la Passion de Notre Seigneur, considérons sa grandeur face à tant d’humiliation, regardons-le se laisser faire comme un agneau mené à l’abattoir selon ce qui avait été prophétisé13, songeons à son humilité dans la sainte Eucharistie, où il attend que nous allions le voir et lui parler, disposé à être reçu par qui s’approche du Banquet qu’il prépare chaque jour pour nous, sa patience face à tant d’offenses... Nous apprendrons à cheminer sur ce sentier si nous élevons notre regard vers Marie, l’Esclave du Seigneur, celle qui n’eut pas d’autre désir que de faire la volonté de Dieu. Nous avons aussi recours à saint Joseph, qui passa sa vie à servir Jésus et Marie, en menant à son achèvement la tâche merveilleuse que Dieu lui avait confiée.

01. Mt 15, 21-28. — 02. Cf. Saint Augustin, Sermon 154 A, 4. — 03. Idem, Sermon 60 A, 2-4. — 04. Idem. — 05. Saint J. Escriva, Sillon, n. 273. — 06. Cf. R. Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure. — 07. Sainte Thérèse d’Avila, Les Demeures, VI, 10. — 08. Cf. 1 Cor 12, 3. — 09. R. Garrigou-Lagrange, o. c., vol. II, p. 674. — 10. Cf. 1 Cor 1, 4. — 11. E. Boylan, L’amour suprême, vol. II, p. 81. — 12. Idem, p. 82. — 13. Is 53, 7.



18e SEMAINE. JEUDI

52. TU ES LE CHRIST !

— Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.

— Le Christ, Dieu parfait, Homme parfait.

— Le Christ : Le Chemin, la Vérité et la Vie.

I. Jésus se trouve à Césarée-de-Philippe, au Nord, aux confins du territoire juif, parmi une population en majorité païenne. C’est là qu’il demande en toute simplicité à ses disciples : Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ?01 Les Apôtres se font l’écho des opinions courantes au sujet de Jésus ; ils lui répondent : Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes… Beaucoup de ceux qui l’écoutent ont une haute opinion de Jésus, mais ils ne savent pas qui il est en réalité. Le Maître se tourne vers ses disciples et leur demande : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Il semble vouloir susciter de ceux qui le suivent de près, une claire confession de foi ; ils ne se limitent pas à suivre l’opinion publique superficielle et changeante : ils sont appelés, eux, à connaître et à proclamer Celui pour qui ils ont tout laissé afin de vivre une vie nouvelle.

Pierre répond sans hésitation : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Affirmation claire de sa divinité, comme le confirment les paroles de Jésus : Heureux es-tu, Simon. fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Combien Pierre dut se sentir ému par les paroles du Maître !

À l’heure actuelle aussi il y a des opinions discordantes au sujet de Jésus, une ignorance préoccupante sur sa Personne et sa mission. Malgré vingt siècles de prédication et d’apostolat de l’Église, beaucoup n’ont pas encore découvert la vraie identité de Jésus, qui vit au milieu de nous et qui nous demande : Pour vous, qui suis-je ? Aidés par la grâce de Dieu, qui ne fait jamais défaut, nous proclamons avec fermeté, avec la fermeté surnaturelle de la foi : Tu es, Seigneur, mon Dieu et mon Roi, Dieu parfait et Homme parfait, « centre du cosmos et de l’histoire 02 » , centre de ma vie et raison d’être de mes actions…

Dans les douloureux moments de la Passion, lorsque la mission de Jésus est sur le point de culminer, le Grand Prêtre lui demande : Es-tu le Messie, le Fils du Béni ? Et Jésus déclare : Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’Homme siéger à la droite de la Puissance et venir avec les nuées du ciel03. Dans cette réponse, non seulement il dit qu’il est le Messie attendu, mais il dévoile la transcendance divine de son messianisme, en s’appliquant à lui-même la prophétie du Fils de l’Homme du Prophète Daniel04. Le Seigneur utilise pour ceux qui l’écoutent les paroles les plus fortes de la Bible pour proclamer la divinité de sa Personne. Ils le condamnent alors comme blasphémateur.

Seule la clarté de la foi surnaturelle fait reconnaître que Jésus-Christ est infiniment supérieur à toute créature : il est le « Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, de même nature que le Père ; et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l’Esprit Saint il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme... » 05 Il est sorti du Père06, mais il continue d’être en pleine communion avec lui, car il a une nature divine identique. C’est lui qui, avec le Père, enverra le Saint Esprit07.

Il se présente comme suprême Législateur : Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens... Mais moi, je vous dis08. Dans l’Ancienne Loi on disait : Ainsi parle Yahweh, mais Jésus dit : moi je vous dis... C’est en son nom propre qu’il donne un enseignement divin et indique des préceptes qui concernent ce qu’il y a de plus essentiel dans l’homme. Il a le pouvoir de pardonner les péchés, tout péché09, pouvoir qui, comme le sait tout juif, n’appartient qu’à Dieu. Et non seulement il absout personnellement, mais encore il donne ce pouvoir à Pierre, aux Douze Apôtres, et à leurs successeurs10. Il promet de s’asseoir à la fin du monde comme unique juge des vivants et des morts11. Quelqu’un d’autre s’est-il jamais arrogé de telles attributions ?

Jésus exigea, exige, de ses disciples une foi inébranlable en sa Personne, qui va jusqu’à prendre la croix sur nos épaules : celui qui ne prend pas sa croix pour venir à ma suite n’est pas digne de moi12 ; ce qu’il demande pour son Père céleste, il l’exige aussi pour lui-même : une foi sans faille, un amour sans mesure13.

Nous, qui voulons le suivre de près, lorsque nous sommes devant le Tabernacle nous lui disons aussi, comme Pierre : Seigneur, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Vraiment, « celui qui trouve Jésus, trouve un trésor, et vraiment par-dessus tout bien. Et celui qui perd Jésus perd énormément, plus que le monde entier. Pauvre est celui qui vit sans Jésus, riche est celui qui est avec Jésus. 14 » Ne le laissons jamais de côté, affermissons notre amour par d’innombrables actes de foi, ayons le courage de faire connaître partout notre foi et notre amour du Christ vivant.

II. Après deux mille ans, Jésus est pour ceux qui n’ont pas encore reçu le don surnaturel de la foi ou qui sont tièdes, une figure imprécise. Ceux qui ont la foi peuvent dire, comme les Apôtres à Jésus à Césarée-de-Philippe, nous aussi nous pouvons lui dire : les uns disent que tu as été un homme de grands idéaux, d’autres... Les paroles de Jean-Baptiste sont tout à fait actuelles : Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas15.

Seul le don divin de la foi peut nous faire proclamer avec le Magistère de l’Église : « Nous croyons en Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le Fils de Dieu. Il est le Verbe éternel, né du Père avant tous les siècles et consubstantiel au Père… 16 » Nous croyons qu’en Jésus-Christ existent deux natures : une nature divine et une nature humaine, différentes et inséparables, et une seule Personne, la Seconde de la très Sainte Trinité, incréée et éternelle, qui s’est incarnée par la vertu du Saint-Esprit dans le sein très pur de Marie. Il naît dans l’indigence, acclamé par des anges du Ciel ; il souffre parfois de la faim et de la soif ; il se fatigue et il doit s’appuyer parfois sur une pierre ou sur la margelle d’un puits ; il s’endort lorsqu’il navigue avec ces pêcheurs tellement il est épuisé ; il pleure près de la tombe de son ami Lazare ; il a peur de la mort et il en est effrayé avant de subir les outrages de la crucifixion.

Oui, Jésus est aussi Homme parfait. Et cette humanité très Sainte, semblable à la nôtre en tout sauf le péché, est devenue pour nous le chemin qui conduit au Père. Il vit aujourd’hui (pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui vit ?17)et il continue d’être le même. « Iesus Christus heri et hodie ; ipse et in sæcula (Heb 13, 8). Comme j’aime à le rappeler ! Jésus-Christ, tel qu’il fut hier pour les Apôtres et ceux qui le cherchaient, vit aujourd’hui pour nous, et vivra dans les siècles des siècles. C’est nous les hommes qui, parfois, ne parvenons pas à découvrir son visage, perpétuellement actuel, parce que nous regardons avec des yeux fatigués ou troubles.  18 » Un regard peu pénétrant… parce que nous n’aimons pas assez.

III. La vie chrétienne consiste à aimer le Christ, à l’imiter, à le servir... Et le cœur a un rôle important à jouer pour le suivre. En revanche lorsque par tiédeur ou par orgueil on commence à négliger sa piété, son amitié avec Jésus, on commence aussi à piétiner. Suivre le Christ de près c’est être son ami. Cette union d’amitié conduit à mettre en pratique jusqu’au plus minuscule de ses préceptes, puisque c’est un amour qui se prouve par des faits. Saint Augustin, après tant d’essais sans succès pour suivre le Seigneur, nous raconte son expérience : « je cherchais la force appropriée pour jouir de vous et je ne la trouvais pas, jusqu’à ce que j’eusse étreint le Médiateur entre Dieu et les hommes : l’Homme Christ Jésus, qui est sur toutes les choses béni pour les siècles des siècles, et qui nous appelle et nous dit : je suis le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14, 6). 19 » Voilà, il s’agit d’aimer l’Homme Christ Jésus !

Jésus-Christ est le Chemin. Personne ne peut aller au Père si ce n’est par lui20. Ce n’est que par lui, avec lui et en lui que l’on peut atteindre son destin surnaturel. L’Église nous le rappelle tous les jours dans la sainte Messe : Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire... Ce n’est qu’à travers le Christ, son Fils bien aimé que peut se manifester notre amour pour le Père.

Le Christ est aussi la Vérité. La vérité absolue, la Sagesse incréée qui se révèle à nous dans sa très sainte Humanité. Sans le Christ la vie humaine peut-elle échapper au mensonge ?

L’Ancien Testament raconte que Moïse, sur ordre de Dieu, leva sa main et, de son bâton, il frappa le rocher par deux fois, et l’eau jaillit en abondance de telle façon que tout le peuple assoiffé put en boire21. Cette eau était le symbole de la Vie qui sort à torrents du Christ et qui jaillira jusqu’à la vie éternelle22. Il est notre Vie : parce qu’il nous a mérité la grâce, la vie surnaturelle de l’âme ; parce que cette vie jaillit de lui, particulièrement dans les sacrements ; et parce qu’il nous la communique. Toute la grâce que nous possédons, celle de toute l’humanité blessée et régénérée, est grâce de Dieu à travers le Christ. Cette grâce se communique de nombreuses façons ; mais la source est unique : le Christ lui-même, sa très Sainte Humanité unie à la Personne du Verbe, la seconde Personne de la très Sainte Trinité.

Lorsque le Seigneur nous demandera dans l’intimité de notre cœur : « et toi, qui dis-tu que je suis ? » , sachons lui répondre avec la foi de Pierre : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, le Chemin, la Vérité et la Vie... Celui sans lequel ma vie se perdrait pour toujours.

01. Mt 16, 13-23. — 02. Jean-Paul II, Enc. Redemptor hominis, 4 mars 1979, 1. — 03. Mc 14, 61-62. — 04. Cf. Dan 7, 13-14. — 05. Missel Romain, Credo de Nicée-Constantinople. — 06. Cf. Jn 8, 42. — 07. Cf. Jn 15, 26. — 08. Mt 5, 21-48. — 09. Cf. Mt 11, 28. — 10. Cf. Mt 18, 18. — 11. Cf. Mc 15, 62. — 12. Mt 10, 38. — 13. Cf. K. Adams, Jésus-Christ. — 14. T. Kempis, Imitation du Christ, II, 8, 2. — 15. Jn 1, 26. — 16. Paul VI, Credo du Peuple de Dieu, 30 juin 1968. — 17. Cf. Lc 24, 5. — 18. Saint J. Escriva, Amis de Dieu, 127. — 19. Saint Augustin, Confessions, 7, 18. — 20. Cf. Jn 14, 6. — 21. Cf. Première lecture. Années impaires. Nm 20, 1-13. — 22. Cf. Jn 4, 14 ; 7, 38.


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