27e DIMANCHE. ANNÉE C
3. Grandir dans la foi
— Aviver, de jour en jour, l’amour de Dieu.
— Demander au Seigneur une foi ferme, qui ait une influence réelle sur toutes nos actions.
— Les actes de foi.
I. La liturgie de ce dimanche est centrée sur la vertu de la foi. Dans la première lecture01 le Prophète Habacuc se lamente, devant le Seigneur, de l’extension du mal, aussi bien dans le peuple (puni par la présence de l’envahisseur) que dans les scandales provoqués par ce peuple. Combien de temps, Seigneur, vais-je t’appeler au secours… ? (…) Devant moi pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent…, se plaint le Prophète. Le Seigneur lui répond enfin dans une vision. Il l’exhorte à la patience et à l’espérance, car le jour viendra où les mauvais seront châtiés : Cette vision se réalisera, mais seulement au temps fixé, elle tend vers son accomplissement, elle ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, à son heure. Qui n’a pas l’âme droite risque de succomber, mais le juste vivra de la foi. Même s’il semble parfois que le mal et ceux qui le font triomphent, comme si Dieu n’existait pas, chacun aura son jour et on verra que celui qui a vaincu est celui qui aura maintenu sa fidélité envers le Seigneur. Vivre de foi, c’est comprendre que Dieu appelle chaque jour, à chaque moment, à vivre avec joie, comme des fils, en étant patients et en espérant en Lui.
Dans la deuxième lecture02, saint Paul exhorte Timothée à se maintenir ferme dans la vocation reçue et à se remplir de force pour proclamer la vérité sans consentir au respect humain : Tu dois réveiller le don de Dieu que tu as reçu… Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de raison. N’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis en prison à cause de Lui ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile… Saint Thomas commente : « la grâce de Dieu est comme un feu, qui ne brille pas quand il est couvert de cendre » ; ainsi en est-il lorsque la charité est recouverte par la tiédeur ou le respect humain03. La force face aux pressions d’un milieu adverse et la capacité à faire connaître, en tout lieu, la doctrine du Christ, et à participer à la souffrance pour l’annonce de l’Évangile, sont en proportion avec notre vie intérieure, et l’amour de Dieu, avivé continuellement, comme un feu, par une foi de plus en plus enflammée. C’est ce que nous demandons au Seigneur : Dans ton amour inépuisable, Dieu éternel et tout-puissant, Tu combles ceux qui t’implorent, bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs ; répands sur nous ta miséricorde…04, concède-nous plus que nous n’osons demander05, une foi ferme qui avive notre amour, pour surpasser nos propres faiblesses et pour être des témoins vivants là où nous vivons. « Entre ces hommes sans foi, rendus tristes et hésitants par leur existence vide, exposés, comme des girouettes, aux “fluctuations” des circonstances, et notre vie de chrétiens, confiante, joyeuse, ferme, dense, quelle différence ! Quelle grâce que la connaissance et la certitude absolue de notre destinée surnaturelle !06 » Quelle force communique la foi ! Avec elle nous surmontons les obstacles d’un milieu adverse et les difficultés personnelles, souvent plus difficiles à vaincre.
II. Il existe malheureusement une foi morte, qui ne réussit pas à sauver : c’est la foi sans les œuvres07, celle qui se manifeste par des actions faites le dos tourné à la foi, par un manque de cohérence entre ce que l’on croit et ce que l’on vit. Il peut exister aussi une foi endormie, « une façon pusillanime et molle de vivre les exigences de la foi, que nous connaissons tous sous le nom de tiédeur. Dans la pratique, la tiédeur est le piège le plus sournois que l’on puisse tendre à la foi d’un chrétien, même de celui qui serait appelé par beaucoup “un bon chrétien” 08 ». Nous avons besoin d’une foi ferme, qui nous fasse atteindre des buts qui semblent au-delà de nos forces, qui aplanisse les obstacles et surmonte les « cas impossibles » dans les tâches apostoliques. Une vertu qui confère leur vraie dimension aux événements et nous permette de juger droitement toutes choses. « Seules la lumière de la foi et la méditation de la Parole de Dieu peuvent permettre toujours et partout de reconnaître Dieu en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être (Ac 17, 28). C’est seulement ainsi que l’on pourra chercher en tout sa volonté, discerner le Christ dans tous les hommes, proches ou étrangers, juger sainement du vrai sens et de la valeur des réalités temporelles, en elles-mêmes et par rapport à la fin de l’homme. 09 »
Jésus appellait parfois les Apôtres hommes de peu de foi10, car ils n’étaient pas à la hauteur des circonstances : le Messie est avec eux et ils tremblent de peur devant une tempête en mer11, ou ils se préoccupent trop du futur12, alors que c’est le Créateur Lui-même qui les a appelés à le suivre. L’Évangile de la Messe nous présente ces Apôtres qui, conscients de leur peu de foi, demandent à Jésus : Augmente en nous la foi13. Et le Seigneur la leur obtint, car tous finiront par donner leur vie pour témoigner de leur ferme adhésion au Christ et à ses enseignements. Ainsi s’accomplit la Parole du Seigneur : La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : Déracine-toi et va te planter dans la mer ; il vous obéirait. La transformation des âmes de ceux qui les rencontrèrent, sur leur chemin, fut un miracle encore plus grand.
Nous aussi nous nous trouvons parfois sans foi, comme les Apôtres, devant des difficultés, le manque de moyens… Nous avons donc besoin de davantage de foi. Elle augmentera grâce à une demande constante, à la correspondance aux grâces que nous recevons, aux actes de foi. « Nous manquons de foi. Le jour où nous vivrons cette vertu — tout confiants en Dieu et en sa Mère —, nous serons courageux et loyaux. Dieu, qui est le Dieu de toujours, fera alors des miracles par nos mains.
« — Donne-moi, ô Jésus, cette foi, que je désire véritablement ! Ma Mère, Notre-Dame, ma Mère très sainte, faites que je croie ! 14 »
III. Seigneur, augmente en nous la foi ! Quelle merveilleuse oraison jaculatoire que nous pouvons redire au Seigneur très souvent ! Et avec cette demande, exerçons fréquemment cette vertu : lorsque nous manquons d’une chose nécessaire, dans un moment de danger, lorsque nous nous sentons faibles, devant la douleur, dans les difficultés de l’apostolat, lorsqu’il semble que les âmes ne répondent pas…, lorsque nous nous trouvons devant un Tabernacle.
Il convient de faire beaucoup d’actes de foi dans la prière et pendant la Sainte Messe. On raconte que saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il regardait la Sainte Hostie, en l’élevant au moment de la Consécration, répétait : Tu rex gloriae, Christe ; tu Patris sempiternus es Filius, « Tu es le roi de gloire, Tu es le Fils éternel du Père ». Saint Josémaria Escriva avait l’habitude de dire intérieurement à ce moment-là : Adauge nobis fidem, spem et caritatem, « augmente en nous la foi, l’espérance et la charité », et Adoro te devote, latens deitas, « je T’adore avec dévotion, Dieu caché », en faisant la génuflexion15. De nombreux fidèles ont coutume de répéter dévotement à ce moment-là, le regard fixé sur le Saint Sacrement, cette exclamation de l’Apôtre Thomas devant Jésus ressuscité : Mon Seigneur et mon Dieu ! Pouvons-nous laisser passer cette opportunité sans manifester au Seigneur notre foi et notre amour ?
Malgré le désir de nous former, de connaître de mieux en mieux le Christ, il est possible que notre foi vacille parfois ou que surgissent des craintes, la peur du « qu’en dira-t-on » au moment de la manifester. La foi est un don de Dieu que la petitesse humaine ne peut parfois soutenir. En certaines occasions elle se révèle aussi petite qu’une graine de moutarde. Ne nous étonnons pas de notre faiblesse, car Dieu compte sur elle. Imitons les Apôtres quand ils se rendent compte qu’ils sont dépassés par tout ce qu’ils voient et entendent. Demandons-Lui alors, par l’intercession de Notre-Dame et avec l’humilité des disciples, qu’Il augmente notre foi, pour que, comme eux, nous puissions être fidèles jusqu’à la fin de nos jours et que nous conduisions beaucoup de monde vers Lui, comme le firent ceux qui L’ont suivi de près à toutes les époques.
Notre Mère Sainte Marie sera toujours le point d’appui où la foi et l’espérance trouveront fermeté, mais d’une façon particulière lorsque nous nous sentons faibles, dans le besoin, lorsque nous nous sentons avec moins de forces. « Nous, les pécheurs, nous savons qu’Elle est notre Avocate, qu’Elle ne se fatigue jamais de nous tendre la main sans arrêt, autant de fois que nous tombons et que nous voulons nous relever ; nous, qui vivons non sans mal comme Dieu l’attend, qui sommes faibles au point de ne pas pouvoir éviter d’être piqués au vif par les afflictions qui sont une condition de la nature humaine, nous savons qu’Elle est la consolation des affligés, le refuge où, finalement, nous pouvons trouver un peu de paix, un peu de sérénité, cette consolation particulière que seule une mère peut donner et qui fait que tout se renouvelle. Nous savons aussi qu’en ces moments où notre impuissance est proche de l’exaspération ou du désespoir, lorsque personne ne peut plus rien faire et que nous nous sentons absolument seuls avec notre douleur ou notre honte, délaissés dans une impasse, Elle est encore notre espérance, Elle est encore un point de lumière. Elle est même le recours lorsqu’il n’y a personne à qui avoir recours. 16 »
01. Hab 1, 2-3 ; 2, 2-4. – 02. 2 Tim 1, 6-8 ; 13-14. – 03. Saint Thomas, Commentaire à la Deuxième Épître aux Corinthiens, 1, 6. – 04. Missel Romain, Collecte de la Messe. – 05. Idem. – 06. Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 73. – 07. Cf. Jac 2, 17. – 08. P. Rodriguez, Foi et vie de foi. – 09. Concile Vatican II, Decr. Apostolicam actuositatem, 4. – 10. Mt 8, 26 ; 6, 30. – 11. Cf. Mat 8, 26. – 12. Cf. Mat 6, 30. – 13. Lc 17, 5. – 14. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 325. – 15. Cf. A. Vazquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei. – 16. F. Suarez, La porte étroite.
27e SEMAINE. LUNDI
4. Et il prit soin de lui
— Le Christ est le Bon Samaritain.
— Compassion effective et pratique envers le prochain.
— Charité envers les plus proches.
I. La parabole du Bon Samaritain que nous lisons dans la Messe01, et que seul saint Luc relate, est l’un des récits les plus beaux et et les plus attendrissants de l’Évangile. Le Seigneur y enseigne qui est notre prochain et comment vivre la charité dans la pratique. Il ne devait pas se trouver loin de la route qui va de Jéricho à Jérusalem, car Il donnait souvent dans ses enseignements des détails tirés de sa propre expérience. Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé, roué de coups, s’en allèrent en le laissant à moitié mort.
Nombreux sont les Pères de l’Église et les écrivains ecclésiastiques qui identifient le Christ avec le Bon Samaritain02 ; l’homme qui tombe dans les mains des bandits c’est la figure de l’humanité blessée et dépouillée de ses biens par le péché originel et les péchés personnels. « Ils dépouillèrent l’homme de son immortalité, et le couvrirent de blessures, en l’inclinant au péché 03 » écrit saint Augustin. Et saint Bède affirme que les péchés s’appellent blessures parce qu’ils détruisent l’intégrité de la nature humaine04. Les bandits du chemin sont le démon, les passions qui incitent au mal, les scandales… ; le lévite et le prêtre qui passèrent de l’autre côté symbolisent l’Ancienne Alliance, incapable de guérir. L’auberge, ce lieu où tous peuvent se réfugier, représente l’Église. « … Que serait-il arrivé au pauvre juif, si le samaritain était resté chez lui ? Que serait-il arrivé à nos âmes si le Fils de Dieu n’avait pas entrepris son voyage ? 05 » Jésus, poussé par la compassion et la miséricorde, s’approche de chaque homme pour guérir ses blessures, en les faisant siennes06. Voici comment est apparu parmi nous l’amour de Dieu : Dieu a envoyé dans le monde son Fils unique afin que nous ayons vie par Lui… Mes bien-aimés, écrit saint Jean aux premiers fidèles, si Dieu nous a aimés de la sorte, nous devons, nous, nous aimer les uns les autres07.
« La parabole du bon Samaritain est en profonde harmonie avec le comportement du Christ Lui-même 08 » car toute sa vie sur terre consista à s’approcher continuellement de l’homme pour porter remède à ses maux matériels et spirituels. Avons-nous cette attitude ? Nous arrêtons-nous toujours devant la souffrance d’autrui ? Apprenons de Jésus à nous arrêter, sans être pressés, devant celui qui a besoin d’une aide physique ou spirituelle. C’est à cette charité attentive que les autres verront le Christ Lui-même présent dans ses disciples.
II. Cette parabole eut comme origine la question d’un docteur de la Loi qui Lui demanda : Et qui donc est mon prochain ? Pour être clair, le Seigneur fit défiler devant le blessé de la parabole divers personnages : Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de pitié. Il s’approcha, pansa ses plaies en y versant de l’huile et du vin, puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.
Jésus nous enseigne ainsi que notre prochain est celui qui se trouve près de nous — sans distinction de race, d’affinités politiques, de situation sociale, d’âge… — et qui a besoin de secours. Le Maître donne l’exemple de ce que nous devons faire. « Ce Samaritain (le Christ) lava nos péchés, souffrit pour nous, se chargea de l’homme à moitié mort, en le conduisant à l’auberge, c’est-à-dire l’Église, qui reçoit tout le monde et qui ne refuse son aide à personne, et à laquelle Jésus nous convoque en disant : Venez à Moi… (Mt 11, 28). Une fois qu’Il l’a conduit à l’auberge, Il ne s’en va pas immédiatement, mais Il reste avec lui une journée entière, s’occupant de lui jour et nuit… Lorsque le matin suivant Il doit s’en aller, Il donne deux deniers de son argent et charge l’aubergiste (les anges de son Église) de soigner et de conduire au Ciel celui dont Il s’était occupé dans les angoisses de ce temps. 09 »
Quel encouragement à avoir vraiment pitié de toute personne blessée sur le chemin de la vie ! Les blessures sont si diverses ! Il y a tant de déchirures produites par la solitude, par le manque d’affection, par l’abandon ; tant de besoins : nourriture, vêtement, maison, travail… ; tant de blessures de l’ignorance… ; de plaies dans l’âme produites par le péché… L’Église les guérit dans le sacrement de la Pénitence, car Elle « est l’auberge, placée sur le chemin de la vie, qui reçoit tous ceux qui arrivent, fatigués du voyage ou chargés des sacs de leurs fautes, l’auberge où, laissant de côté la charge de ses péchés, le voyageur fatigué se repose et, après s’être reposé, se rétablit avec une saine nourriture. 10 »
Mettons-nous en pratique les moyens de porter remède à ces situations d’indigence, comme le Christ Lui-même le ferait en ces circonstances ? Quels recours que la charité et la compassion pour nous identifier au Maître ! « Sous ses multiples formes — indigence matérielle, oppression injuste, maladies physiques et psychiques et, enfin, la mort — la misère humaine est le signe évident de la faiblesse congénitale dans laquelle se trouve l’homme après le premier péché et du besoin qu’il a d’être sauvé. C’est pourquoi la misère humaine attire la compassion du Christ Sauveur, qui a voulu la charger sur Lui-même (Mt 8, 17) et s’identifier avec les plus petits de ses frères (Mt 25, 40 ; 45). C’est aussi pour cela que les personnes opprimées par la misère sont l’objet d’un amour de prédilection de la part de l’Église, qui, dès ses origines, et malgré les fautes de beaucoup de ses membres, n’a cessé de travailler pour les soulager, les défendre et les libérer. 11 »
Lorsque nous nous approchons de quelqu'un qui est dans le besoin, faisons-le avec une charité efficace, en y mettant tout notre cœur, en faisant nôtre la misère à laquelle nous essayons de porter remède. Selon un auteur classique, « celui qui veut vraiment réussir à plaire à Dieu, qu’il comprenne qu’une des choses principales qui servent à cela, c’est l’accomplissement de ce commandement d’amour, pourvu que cet amour ne soit pas nu et sec, mais accompagné de toutes les affections et de toutes les œuvres qui caractérisent le véritable amour, parce qu’autrement il ne mériterait pas le nom d’amour… 12 » Il ajoute : « ce nom (amour), retenons six façons de l'exprimer : aimer, conseiller, secourir, souffrir, pardonner et édifier. 13 »
III. La parabole du bon Samaritain nous apprend « quelle doit être notre relation avec le prochain qui souffre. Il ne nous est pas permis de passer de l’autre côté, avec indifférence, mais nous devons nous arrêter près de lui. Tout homme qui s’arrête devant la souffrance d’un autre homme, quel qu'il soit, est un Bon Samaritain. 14 » Oui, Dieu place le prochain, avec ses besoins et ses carences, sur le chemin de notre vie, et exige notre amour à n'importe quel moment. Ce ne sont pas toujours des actes héroïques et difficiles que le Seigneur demande ; ce peut être simplement un sourire, un mot de réconfort, un conseil, ou savoir se taire devant une parole gênante ou impertinente, rendre visite à un ami malade ou un peu seul, ou dire bonjour, remercier… Il y a des professions, disait le Pape Jean-Paul II, qui sont une continuelle œuvre de miséricorde, par exemple médecin ou infirmière15… Mais tout métier exige un traitement attentif et respectueux des personnes avec lesquelles nous travaillons. Arrivons-nous à voir le Christ dans toutes les personnes que nous fréquentons ?
Nous nous intéressons à tout le monde, selon ses besoins spirituels et matériels, mais, parce que la charité est ordonnée, nous nous adressons particulièrement à ceux qui sont plus proches de nous parce que Dieu les a mis à nos côtés — nos frères dans la foi, notre famille, nos amis, nos collègues… — ou parce qu’Il a voulu, à travers les circonstances de la vie, que nous passions à leur côté pour prendre soin d’eux. « Car si un samaritain fut tellement miséricordieux et humain envers un inconnu, qui nous pardonnera de ne pas faire attention à nos frères qui se trouveraient dans un état pire ? » se demande saint Jean Chrysostome. Et, après avoir conseillé de ne pas chercher à savoir pourquoi d’autres ne l’ont pas fait (surtout si ce sont des blessures de l’âme), il ajoute : « Soigne-le toi-même, et ne demande à personne des comptes de sa négligence. Si tu trouvais une pièce de monnaie en or, tu ne penserais pas : pourquoi un autre ne l’a-t-il pas trouvée ? Au contraire, tu courrais la prendre le plus rapidement possible. Et bien, sache que lorsque tu trouves ton frère blessé, tu as trouvé quelqu’un qui vaut plus qu’un trésor : la possibilité de prendre soin de lui.16 »
01. Lc 10, 25-37. – 02. Cf. Saint Augustin, Sermon sur les paroles du Seigneur, 37. – 03. Idem, dans Catena Aurea, vol. V, p. 513. – 04. Cf. Saint Bède, Commentaire à l’Évangile de saint Luc, in loc. – 05. R. A. Knox, Sermons pastoraux. – 06. Is 53, 4; Mt 8, 17; 1 P 2, 24; 1 Jn 3, 5. – 07. 1 Jn 4, 9-11. – 08. Jean-Paul II, Lettre Apost. Salvifici doloris, 11 février 1984, 28. – 09. Origène, Homélie 34 sur saint Luc. – 10. Saint Jean Chrysostome, dans Catena Aurea, vol. VI, p. 519. – 11. S. C. pour la Doctrine de la Foi, Instr. Libertatis conscientia, 22 mars 1986, 68. – 12. Fray Louis de Granade, Guide de pécheurs, I, 2, 16. – 13. Idem. – 14. Jean-Paul II, loc. cit., 28. – 15. Idem, 29. – 16. Saint Jean Chrysostome, Contre Iudeos, 8.