29e DIMANCHE. année A
19. Donner à Dieu ce qui est à Dieu
— Collaborateurs loyaux dans la promotion du bien commun.
— La dimension religieuse de l’homme.
— La foi, une puissante lumière.
I. La première lecture de la Messe01 montre comment Dieu choisit ses instruments de salut où Il veut. Pour sortir son Peuple de l’exil il se servira de Cyrus, un roi païen. Le Seigneur se sert aussi de l’autorité politique pour faire le bien, car rien ne reste hors de son pouvoir paternel.
Dans l’Évangile de ce jour02, devant une question insidieuse, Jésus réaffirme le devoir d’obéir à l’autorité civile. Des pharisiens, unis à des partisans d’Hérode, avec lesquels ils s’étaient entendus pour attaquer le Seigneur, Lui demandèrent s’il était permis de payer l’impôt à César. Le paiement de ces contributions était considéré par certains comme une collaboration avec le pouvoir étranger qui avec son autorité — pensaient-ils — limitait celle de Dieu sur le Peuple élu. Si le Maître l’admettait, les pharisiens pouvaient Le considérer comme collaborateur de l’autorité romaine, et Le discréditer devant une bonne partie du peuple ; s’Il s’y opposait, les partisans d’Hérode, amis du pouvoir établi, auraient un motif pour Le dénoncer à l’autorité romaine.
Jésus donne une réponse d’une profondeur divine, au-delà de ce qu’ils Lui avaient demandé, et répond en même temps exactement à la question qu’on Lui avait posée. Il ne se limite pas à dire oui ou non. Donnez à César ce qui est à César, enseigne le Maître, ce qui lui revient (impôts, obéissance aux lois justes…), mais pas plus, parce que l’État n’a pas un pouvoir et une autorité absolus. En tant que citoyens normaux, les chrétiens ont « le devoir d’user de leur libre suffrage, en vue du bien commun 03 ». Pour leur part, les autorités ont l’obligation de se comporter avec équité et justice dans la distribution des charges et des bénéfices, à servir le bien commun sans chercher le profit personnel, à légiférer et gouverner dans le plein respect de la loi naturelle et des droits de la personne : de la vie dès le moment de sa conception, qui est le premier de tous les droits ; la protection de la famille, qui est l’origine de toute société ; la liberté religieuse ; le droit des parents à l’éducation de leurs enfants… Malheur à ceux qui forgent des lois iniques !04 dit le Seigneur par la bouche du Prophète Isaïe.
Prier le Seigneur pour ceux qui ont une autorité est un devoir chrétien, car la responsabilité qu’ils ont est grande. Nous devons être des citoyens qui accomplissent avec exactitude leurs devoirs envers la société, envers l’État, envers l’entreprise dans laquelle nous travaillons… : où peut-il y avoir de collaborateurs plus loyaux dans la promotion du bien commun ? Cette fidélité naît en même temps de notre conscience, car ces prestations sont aussi pour nous, un chemin de sainteté : le paiement des impôts justes, l’exercice responsable du vote, la collaboration aux initiatives qui conduisent à une amélioration de la ville ou du pays, l’intervention dans la politique si nous nous sentons appelés à cela… Faisons aujourd’hui un examen de conscience devant le Seigneur pour voir si nous sommes un exemple de collaboration, disposés toujours à promouvoir le bien de tous.
II. Le Seigneur, devant la question des pharisiens et des partisans d’Hérode, reconnut le pouvoir civil et ses droits, mais Il précisa que doivent être respectés les droits supérieurs de Dieu05, car l’activité de l’homme ne se réduit pas à la sphère sociale ou politique. Il existe en lui une profonde dimension religieuse, qui sous-tend toutes les tâches qu’il mène à bien et qui constitue sa plus haute dignité. C’est pourquoi, sans que personne ne le Lui demande, le Seigneur ajouta : Donnez… à Dieu ce qui est à Dieu.
Lorsque le chrétien agit dans la vie publique, dans l’enseignement, dans le domaine culturel…, il ne peut faire abstraction de sa foi, car « la distinction établie par le Christ ne signifie, en aucune façon, que la religion doive être réservée à des moments spécifiques (prière ou Messe) ni que ce qui appartient aux affaires humaines doive se faire en marge de toute loi divine et chrétienne 06 ». Au contraire, les chrétiens doivent être lumière et sel là où ils se trouvent, ils doivent transformer le monde, spécialement le petit monde dans lequel ils vivent, en un lieu plus humain et habitable, où les hommes trouvent plus facilement le chemin qui conduit à Dieu. Les laïcs accomplissent « la mission de l’Église dans le monde avant tout par cet accord de leur vie avec la foi qui fait d’eux la lumière du monde, et par cette honnêteté en toute activité capable d’éveiller en chaque homme l’amour du vrai et du bien, et de l’inciter à aller un jour vers le Christ et à l’Église. Ils disposent insensiblement tous les cœurs à l’action de la grâce du salut par cette vie de charité fraternelle qui leur fait partager les conditions de vie et de travail, les souffrances et les aspirations de leurs frères. Enfin, par cette pleine conscience de leur responsabilité propre dans la vie de la société, ils s’efforcent d’accomplir leurs devoirs familiaux, sociaux et professionnels avec une telle générosité chrétienne que leur manière d’agir pénètre peu à peu leur milieu de vie et de travail. 07 »
III. Le chrétien, qui agit dans la vie publique exprime son opinion sur des sujets fondamentaux qui configurent une société, porte avec lui une lumière puissante, la lumière de la foi. Il sait que les enseignements de Dieu, exposés par le Magistère de l’Église, ne sont pas un obstacle pour le bien des personnes et de la société, ou pour le progrès scientifique, mais qu’ils sont au contraire un guide pour leur réalisation. Lorsqu’un chrétien rappelle le caractère indissoluble du mariage de par sa nature, il propose une piste de progrès social, une garantie pour qu’une société soit vraiment saine08. Il apporte une donnée importante pour le bien de tous. S’il a une conscience bien formée, le chrétien peut faire un bien immense et apporter la lumière au milieu de l’obscurité !
Ainsi peut être évité ce que signalait le Cardinal Luciani, futur Pape Jean-Paul Ier : « Dans cette société il s’est créé un énorme vide moral et religieux. Tout le monde semble lancé dans des conquêtes matérielles : gagner, investir, améliorer le bien-être (…). Dieu — qui devrait envahir notre vie — s’est transformé, en revanche, en une étoile très éloignée, que l’on ne regarde qu’à des moments déterminés. Nous croyons être religieux parce que nous allons à l’église, en essayant ensuite d’avoir hors de l’église une vie semblable à celle de tant d’autres, mêlée de petits ou de grands pièges, d’injustices, d’attaques à la charité, avec un manque absolu de cohérence. 09 » Est-ce ainsi que l’on peut donner à Dieu ce qui est à Dieu ? N'est-ce pas plutôt avec le témoignage d’une vie cohérente, en se sentant enfants de Dieu aussi bien au parlement que dans une conversation amicale, avec la conviction que ce n’est qu’au sein de l’Église que se gardent les valeurs qui peuvent remplir ce « terrible vide moral et religieux » ? Une société sans ces valeurs est à la merci d’une agressivité croissante et d’une progressive déshumanisation. Non, Dieu n’est pas « une étoile éloignée », inopérante, mais une puissante lumière qui donne un sens à toute l’action humaine. Nous autres, chrétiens, unis à tous les hommes de bonne volonté, nous avons la possibilité d’aider à sauver ce monde. Comment rester sur la défensive, lorsque nous savons la valeur de la vie humaine dès ses débuts —face aux aberrations auxquelles donnent lieu les manipulations génétiques —, ou le droit des parents à l’éducation de leurs enfants et à ce qu’on leur donne un enseignement catholique dans les lycées et collèges s’ils le désirent !
…À Dieu ce qui est à Dieu. La vie de l’homme, dès sa conception, appartient au Seigneur, ainsi que la famille, qu’Il sanctifia à Nazareth, fondée sur un mariage indissoluble, comme Lui-même le déclara malgré le scandale que cela provoqua parmi ceux qui L’écoutaient ; la conscience des hommes, qui doit être formée pour être une lumière qui illumine leurs chemins ; la source de la vie, que les hommes ne peuvent nier…
Tout dans notre vie appartient au Seigneur. Comment allons-nous nous réserver des parcelles où Il ne puisse pas être présent ? Demandons à Notre-Dame de nous donner la sainte joie de nous sentir en toute occasion enfants de Dieu, et d’agir avec un sens aigu des responsabilités.
01. Première lecture. Is 45, 1; 4-6. – 02. Mt 22, 15-21. – 03. Concile Vatican II, Const. Gaudium et spes, 75. – 04. Is 10, 1. – 05. Cf. Concile Vatican II, Decr. Dignitatis humanae, 11. – 06. Saint Josémaria Escriva, Lettres, 9 janvier 1959. – 07. Concile Vatican II, Decr. Apostolicam actuositatem, 13. – 08. Cf. J. M. Pero-Sanz, Croyants dans la société. – 09. A. Luciani, Humblement vôtre, p. 219.
29e DIMANCHE. Année B
20. Servir
— La vie chrétienne consiste d’abord à imiter le Christ.
— Jésus enseigne qu’Il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir.
— Servir avec joie.
I. Devant le Christ, le chrétien devient dans toutes ses occupations comme le disciple devant le maître, comme l’enfant près de sa mère. L’enfant apprend à parler en écoutant sa mère, en imitant ses paroles ; de même, en voyant Jésus agir, nous apprenons à nous conduire comme Lui. La vie chrétienne est une imitation de celle du Maître, car Il s’incarna et vous laissa un modèle afin que vous suiviez ses traces01. Saint Paul exhortait les premiers chrétiens à imiter le Seigneur par ces paroles : Ayez les sentiments mêmes qui étaient ceux du Christ Jésus02. Il est la cause exemplaire de toute sainteté, c’est-à-dire de l’amour envers Dieu le Père. Par ses actes, par son être, et par sa manière d’agir, Il fut l’expression extérieure de son union et de son amour du Père.
Notre sainteté ne consiste pas tant en une imitation extérieure de Jésus qu’à permettre que notre être le plus profond se configure avec celui du Christ. Dépouillez-vous du vieil homme avec ses pratiques et revêtez l’homme nouveau…03, écrit saint Paul aux Colossiens. Cette rénovation quotidienne consiste à désirer constamment émonder nos habitudes, éliminer de notre vie les défauts humains et moraux, ce qui n’est pas en accord avec la vie du Christ… ; mais, surtout, à essayer de faire en sorte que nos sentiments devant les hommes, devant les réalités créées, devant la tribulation, ressemblent chaque jour davantage à ceux que Jésus eut en des circonstances semblables, de telle façon que notre vie soit en un certain sens un prolongement de la sienne, car Dieu nous a prédestinés à reproduire par ressemblance l’image de son Fils04. La grâce divine même, dans la mesure où nous correspondons à l’action continuelle du Saint-Esprit, nous rend semblables à Dieu. Nous serons saints si Dieu le Père peut affirmer de nous ce qu’Il dit un jour de Jésus : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur05. Notre sainteté consistera, donc, à être par la grâce ce que le Christ est par nature : enfants de Dieu.
Le Seigneur est tout pour nous. « Cet arbre est pour moi une plante de salut éternel ; je me nourris de lui, je me rassasie de lui. Je m’enracine par ses racines et par ses branches je m’étends, sa rosée me réjouit et son esprit me fertilise comme un vent délicieux. Sous son ombre j’ai levé ma tente, et fuyant les grandes chaleurs je trouve là un abri plein de rosée. Ses feuilles sont mon feuillage, ses fruits mes parfaits délices, et je jouis librement de ses fruits, qui m’étaient réservés dès le commencement. Dans la faim Il est mon aliment, dans la soif ma source, et dans la nudité mon vêtement, parce que ses feuilles sont esprit de vie : loin de moi dès maintenant les feuilles du figuier. Lorsque je crains Dieu, Il est ma protection ; et lorsque je vacille, mon appui ; lorsque je combats, ma récompense ; et lorsque je triomphe, mon trophée. Il est pour moi le sentier étroit. 06 » Je ne désire rien d'autre que Lui.
II. L’Évangile de la Messe07 raconte que Jacques et Jean demandèrent à Jésus deux places d’honneur dans son Royaume. Alors que les dix autres disciples commencaient à s’indigner contre eux, Jésus leur dit : Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous. Et il leur donne la suprême raison : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude.
À plusieurs reprises le Seigneur proclame qu’Il n’est pas venu pour être servi mais pour servir : Non veni ministrari sed ministrare08. Toute sa vie fut au service de tous les hommes, et sa doctrine est un appel constant pour qu’ils s’oublient eux-mêmes et se donnent aux autres. Il parcourut constamment les chemins de Palestine en servant chacun — singulis manus imponens09 — de ceux qu’il trouvait sur son passage. Il est pour toujours dans son Église, et d’une façon particulière dans la Sainte Eucharistie, pour nous servir quotidiennement par sa présence, son humilité et sa grâce. Dans la nuit précédant sa Passion et sa Mort, Il lava les pieds de ses disciples, pour qu’eux aussi fassent de même10. C’est un enseignement tellement clair pour les croyants !
L’Église, qui continue la mission de salut du Christ dans le monde, a comme première occupation de servir les hommes, par la prédication de la Parole divine et la célébration des sacrements. De plus, « prenant part aux meilleures aspirations des hommes et souffrant lorsqu’elle ne les voit pas satisfaits, elle désire les aider à obtenir leur plein développement, et cela précisément parce qu’elle leur propose ce qu’elle possède en propre : une vision globale de l’homme et de l’humanité 11 ».
Nous, qui voulons imiter le Seigneur, soyons disposés à servir joyeusement Dieu et les autres, sans rien attendre en retour ; à servir même celui qui n’est pas reconnaissant. Parfois, certains ne comprendront pas cette attitude de disponibilité joyeuse. Il nous suffira de savoir que le Christ, Lui, la comprend et nous accueille alors comme de vrais disciples. La fierté chrétienne sera précisément cela : servir comme le Maître le fit. Cependant nous n’apprenons à nous donner, à être disponibles, que lorsque nous sommes près de Jésus. « Au seuil de chacune de tes journées, lorsque tu te disposes à travailler près du Christ et à répondre à tant d’âmes qui Le cherchent, convaincs-toi qu’il n’existe qu’un seul chemin, le recours à Notre-Seigneur.
« C’est seulement dans la prière et par la prière que nous apprenons à servir les autres ! 12 » Nous obtenons d’elle les forces et l’humilité que tout service requiert.
III. Que notre service de Dieu et des autres soit plein d’humilité, même si parfois nous avons l’honneur de porter le Christ à d’autres, comme le petit âne sur lequel Il entra en triomphe à Jérusalem13. Alors, plus que jamais, soyons disposés à rectifier l’intention si c’était nécessaire. « Lorsqu’on me fait un compliment, écrit celui qui plus tard sera Jean-Paul Ier, j’ai besoin de me comparer à l’âne qui portait le Christ le jour des rameaux. Et je me dis : Comme on aurait ri de l’âne si, en écoutant les applaudissements de la foule il s’était enorgueilli et avait commencé — tout âne qu'il était — à rendre grâce à droite et à gauche !… Ne sois pas aussi ridicule… ! 14 ». Cette disponibilité envers les besoins des autres nous conduira à les aider de telle façon que, autant que possible, cela ne se remarque pas, et qu’ainsi on ne puisse pas nous donner de récompense en échange. Le regard de Jésus sur notre vie nous suffit. C’est déjà une telle récompense !
Service joyeux, comme le recommande la Sainte Écriture : Servez le Seigneur avec joie15, particulièrement dans les travaux de la vie quotidienne qui peuvent être ingrats et sont cependant les plus nécessaires. La vie est faîte de petits services mutuels quotidiens. Essayons de nous surpasser dans cette disponibilité, avec joie, avec le désir d’être utiles. Nous trouverons pour cela de nombreuses occasions dans notre profession, dans notre vie de famille…, avec nos parents, nos amis, des connaissances ou des personnes que nous ne reverrons jamais. Lorsque nous sommes généreux dans ce don de soi aux autres, sans être trop attentifs au fait que l’on nous remercie ou non, que les autres l’ont mérité ou non…, nous comprenons que « servir, c’est régner 16 ».
Apprenons de Notre-Dame à être utiles aux autres, à penser à leurs besoins, à leur rendre agréable la vie sur terre et le chemin qui les conduit au Ciel. Elle nous donne l’exemple : « A Cana, tout est à la joie de la fête ; Marie, seule, remarque que le vin manque… L’âme pousse son esprit de service jusqu’aux plus petites attentions si, comme Marie et pour l’amour de Dieu, elle reste passionnément attentive au prochain. 17 » Nous trouvons alors Jésus qui vient à notre rencontre et nous dit : autant de fois que vous l’avez fait pour le moindre de mes frères que voici, c’est à Moi que vous l’avez fait18.
01. 1 P 2, 21. – 02. Ph 2, 5. – 03. Col 3, 9. – 04. Rom 8, 29. – 05. Mt 3, 17. – 06. Saint Hippolite, Homélie de Pâques. – 07. Mc 10, 35-45. – 08. Mt 20, 8. – 09. Lc 4, 40. – 10. Cf. Jn 13, 4 et s. – 11. Paul VI, Enc. Populorum progressio, 26 mars 1967, 13. – 12. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 72. – 13. Cf. Lc 19, 35. – 14. A. Luciani, Humblement vôtre, p. 59. – 15. Ps 99, 2. – 16. Cf. Jean-Paul II, Enc. Redemptor hominis, 4 mars 1979, 21. – 17. Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 631. – 18. Mt 25, 40.
29e DIMANCHE. Année C
21. Le pouvoir de la prière
— Confiance et persévérance dans la prière.
— Parabole du juge inique.
— La prière, conséquence directe de la foi.
I. Je t’appelle, mon Dieu, car Tu peux me répondre ; écoute-moi ! Entends ce que je dis. Garde-moi comme la prunelle de l’œil ; sois mon abri, protège-moi01, lisons-nous dans l’Antienne d’ouverture de la Messe.
Les textes de la liturgie sont centrés sur le pouvoir qu’a devant Dieu la prière persévérante et pleine de foi. Saint Luc, avant de raconter, dans l’Évangile de la Messe02, la parabole de la veuve et du juge inique, indique le but que Jésus se propose : Il dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager. En ce qui concerne la vie surnaturelle il y a des événements qui ne se réalisent qu'une seule fois : recevoir le Baptême, le sacrement de l’Ordre, … D’autres actes, en revanche, reviennent souvent, comme pardonner, comprendre, sourire, … Il y a des actions et des attitudes qui sont quotidiennes et pour lesquelles il faudra vaincre la fatigue et le découragement. Il en est ainsi pour la prière, manifestation de foi et de confiance en Dieu notre Père, même lorsqu’il semble qu’Il se tait. Saint Augustin, en commentant ce passage de l’Évangile, souligne la relation qui existe entre la foi et la prière pleine de confiance : « Si la foi flanche, la prière meurt », car « la foi est la source de la prière » et « le fleuve ne peut pas couler si la source de l’eau est sèche 03 ». Notre prière — nous en avons tant besoin ! — doit être continuelle et confiante, comme celle de Jésus, notre Modèle : Père, Je sais bien que Tu m’exauces toujours04. Il nous écoute toujours.
La première lecture de la Messe montre la figure de Moïse en train de prier05 au sommet d’une colline, tandis que Josué affronte les Amalécites à Rephidim. Lorsque Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Pour que Moïse continue de prier, Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. C’est ainsi qu’il put maintenir ses mains levées jusqu’au coucher du soleil. Josué triompha des Amalécites au tranchant de l’épée.
Si le découragement ou la fatigue se faisaient sentir, demandons à ceux qui nous entourent de nous aider à persévérer dans la prière, tout en sachant que déjà le Seigneur nous accorde beaucoup d’autres grâces, peut-être plus nécessaires que celles que nous Lui demandons. « Le Seigneur veut nous concéder les grâces, mais Il veut que nous les Lui demandions, enseigne saint Alphonse de Liguori. Un jour Il en arriva à dire à ses disciples : Jusqu’à présent vous n’avez pas demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, si bien que votre joie sera complète (Jn 16, 24). C’est comme s’Il disait : Ne vous plaignez pas de Moi si vous n’êtes pas pleinement heureux, mais plaignez vous de vous-mêmes car vous n’avez pas cherché ce dont vous avez besoin ; demandez-le Moi dès maintenant et vous serez écoutés. 06 » Saint Bernard commente que beaucoup se plaignent de ce que le Seigneur ne les aide pas, et c’est Jésus Lui-même qui devrait se lamenter de ce qu’ils ne Lui demandent rien07 ! Prions comme Moïse : avec persévérance même si nous sommes fatigués, avec l’aide des autres lorsque c’est nécessaire. Ce qui est en jeu est important. La bataille est dure.
Faisons aujourd’hui un examen de conscience pour voir si notre prière est persévérante, confiante, insistante, sans nous lasser. « Persévère dans la prière, comme le conseille le Maître. Ce point de départ sera à l’origine de ta paix, de ta joie, de ta sérénité et, par conséquent, de ton efficacité surnaturelle et humaine. 08 » Que peut-on faire contre une prière persévérante ?
II. Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre09, dit le psaume responsoriel.
La parabole que nous lisons dans l’Évangile de la Messe montre deux personnes opposées. D’un côté le juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes : il lui manque les deux caractéristiques essentielles pour vivre la vertu de la justice. Dans l’Ancien Testament le Prophète parlait déjà de ceux qui ne font pas droit à l’orphelin et à qui la cause de la veuve ne parvient pas10, de ceux qui acquittent l’injuste pour un présent et qui dénient aux justes leur droit11. Jérémie fait allusion à ceux qui ne rendent pas la justice à l’orphelin et ne font pas droit aux pauvres12.
Le Seigneur oppose au juge une veuve, symbole de la personne sans défense et abandonnée. Et à l’insistance persévérante de la veuve qui a recours au juge pour lui exposer sa demande, s’oppose la résistance de ce juge. La fin, inattendue, a lieu précisément après ce continuel va et vient de la veuve et les négations répétées du juge. Celui-ci finit par céder, et la partie la plus faible obtient ce qu’elle désirait. La raison de cette victoire ? Ce n’est pas que le cœur de l’administrateur de la justice ait changé : la seule arme qui a obtenu la victoire est la demande insistante, l’entêtement de la femme, la constance qui vainc l’opposition la plus tenace. Et le Seigneur conclut : Dieu ne fera-t-Il pas justice à ses élus qui crient vers Lui jour et nuit ? Est-ce qu’Il les fait attendre ? Il montre que ce n’est pas le juge inique qui occupe le centre de la parabole, mais ce Dieu de miséricorde, patient et jaloux pour les siens.
Jusqu’à la fin des temps, l’Église adressera une clameur suppliante à Dieu le Père, par l’intermédiaire de Jésus-Christ, dans l’unité du Saint-Esprit, car nombreux sont les dangers et les besoins de ses enfants. C’est le premier office de l’Église, le premier devoir de ses ministres les prêtres. C’est la chose la plus importante pour les fidèles, parce que nous sommes sans défense et nous n’avons rien, et qu’avec la prière nous pouvons tout.
Notre prière sera toujours écoutée, pour trois raisons que le Seigneur donne dans cette parabole : la bonté et la miséricorde de Dieu (si éloignée de ce que fait le juge impitoyable), l’amour de Dieu envers ses enfants, et l’intérêt que nous montrons en persévérant dans la prière.
A la fin de la parabole, Jésus ajoute : Mais le Fils de l’homme, quand Il viendra, trouvera-t-Il la foi sur terre ? Trouvera-t-Il une foi semblable à celle de cette veuve ? Une foi concrète, la foi des enfants de Dieu en la bonté et le pouvoir de leur Père du Ciel. L’homme peut se fermer vis-à-vis de Dieu, ne pas en sentir le besoin, chercher par d’autres chemins la solution aux déficiences que seul le Seigneur peut résoudre, et alors il ne pourra jamais trouver les biens qui lui sont le plus nécessaires : Il a comblé de biens les affamés, et Il a renvoyé les riches les mains vides13, chante la Vierge dans le Magnificat. Ayons recours à Dieu comme des enfants dans le besoin, tout en mettant en pratique les moyens humains que chaque situation requiert. Seule la miséricorde divine peut nous secourir pour nous donner les biens dont nous manquons. Le saint Curé d’Ars raconte que le fondateur d’un célèbre asile d’orphelins le consulta sur la possibilité d’attirer l’attention et la faveur des gens à travers la presse. Le saint lui répondit : « Au lieu de faire du bruit dans les journaux, faites le à la porte du Tabernacle. » La plupart du temps le Seigneur veut que nous sachions résoudre nos affaires devant le Tabernacle, plutôt qu’avec les moyens humains que nous avons à notre portée.
Au long des siècles, le peuple chrétien s’est senti incité à présenter ses demandes à Dieu par l’intermédiaire de Marie sa Mère, qui est en même temps notre Mère. Saint Bernard enseigne « que notre Avocate est montée au Ciel pour que, comme Mère du Juge et Mère de la Miséricorde, Elle s’occupe des affaires de notre salut 14 ». Ayons recours à Elle, même dans les petites affaires quotidiennes.
III. La prière est une conséquence de la foi, et elle donne plus de « fermeté dans la foi même 15 ». Les deux sont unies. C’est pourquoi tout ce que nous demandons est fait pour nous aider à être meilleurs ; s’il n’en était pas ainsi, « nous ne deviendrions pas davantage pieux, mais davantage avares et ambitieux 16 ». Lorsque nous demandons un nouveau logement, de l’aide pour une maladie, un échec, des examens, un concours…, demandons-nous d’abord si cela nous aidera à mieux accomplir la volonté de Dieu. Nous pouvons demander des biens matériels, notre santé ou celle de quelqu’un que nous voyons souffrir, se tirer avantageusement d’une mauvaise situation, …, mais si nous vivons de la foi, si nous vivons l’unité de vie, nous comprendrons que lorsque nous demandons, et que nous insistons pour recevoir des moyens matériels ou des biens humains, ce que nous voulons, en premier lieu, ce ne sont pas ces choses en elles-mêmes, mais Dieu Lui-même. Le Seigneur est toujours le but ultime de nos demandes, également lorsque nous demandons des biens d’ici-bas, que nous ne voudrions pas s’ils nous éloignaient de Lui.
La prière pour les âmes, aussi bien pour nous que pour nos parents, nos amis et nos connaissances plaît tout spécialement à Dieu. Demandons beaucoup pour ceux que nous côtoyons chaque jour, pour qu’ils soient près du Seigneur. Prions vraiment pour nos parents, pour nos amis… ! « J’ai donné la main à mon ami et, soudain, en voyant ses yeux tristes et angoissés, j’ai craint que Tu ne te trouves pas dans son cœur. Et je me suis senti gêné comme devant un tabernacle dans lequel je ne sais pas si Tu es présent.
« Oh, Dieu, si Tu n’étais pas en lui, mon ami et moi nous serions éloignés l’un de l’autre, car sa main dans la mienne ne serait que de la chair parmi de la chair, et son cœur ne serait pour le mien qu’un cœur d’homme pour l’homme.
« Je veux que ta Vie soit en lui comme en moi, parce que je veux que mon ami soit mon frère grâce à Toi. 17 »
Le mois d’octobre est le mois du Rosaire : prière toujours efficace pour obtenir, par l’intermédiaire de Notre-Dame, tout ce dont nous avons besoin pour nous et pour les personnes qui d’une manière ou d’une autre dépendent de nous.
01. Antienne d’ouverture. Ps 16, 6-8. – 02. Lc 18, 1-8. – 03. Cf. Saint Augustin, Sermon 115, 1. – 04. Jn 11, 42. – 05. Ex 17, 8-13. – 06. Saint Alphonse de Liguori, Sermon 46, pour le dimanche X après la Pentecôte. – 07. Cf. Saint Bernard, Sermon 17 sur divers sujets. – 08. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 536. – 09. Psaume responsoriel. Ps 120, 1-2. – 10. Is 1, 23. – 11. Is 5, 23. – 12. Jer 5, 28. – 13. Lc 1, 53. – 14. Saint Bernard, Sermon I dans l’Assomption de la B. Vierge Marie, 1. – 15. Saint Augustin, De la cité de Dieu, 1, 8, 1. – 16. Idem. – 17. M. Quoist, Prières à réciter dans la rue.