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33e Semaine. Vendredi

62. Maison de prière

— Jésus expulse les marchands du Temple.

— L’Église, lieu de prière.

— Le véritable culte.


I. L’une des lectures prévues pour la Messe d’aujourd’hui01, nous raconte un passage du Livre des Maccabées, où Judas et ses frères, après avoir vaincu leurs ennemis, décidèrent de purifier et de renouveler le sanctuaire du Seigneur qui avait été profané par les gentils et par ceux qui n’étaient pas restés fidèles à la foi de leurs ancêtres. Ils s’y dirigèrent pleins de joie au chant des hymnes, au son des cithares, des harpes et des cymbales. Le peuple entier se prosterna pour adorer, puis ils bénirent Dieu. Ils célébrèrent pendant huit jours la consécration de l’autel et ils offrirent avec une grande joie des holocaustes et des sacrifices de louange et d’action de grâces. Ils ornèrent la façade du Temple de couronnes d’or et de boucliers, ils en restaurèrent les entrées et les salles et y replacèrent les portes. Il y eut une grande joie dans le peuple, et l’humiliation infligée par les païens fut effacée. Judas Maccabée décida qu’on célébrerait tous les ans cette fête avec une grande solennité. Le Peuple de Dieu, après tant d’années d’opprobre, manifesta sa piété et son amour de Dieu dans une joie débordante.

L’Évangile de la Messe 02 nous montre Jésus saintement indigné en voyant la situation qu’Il trouva au Temple et Il en expulsa les marchands et les acheteurs. Dans l’Exode 03 Moïse avait déjà disposé qu’aucun israélite ne se présente au Temple sans offrande. Pour faciliter l’accomplissement de cette disposition à ceux qui venaient de loin, on avait organisé sur le parvis du Temple un service d’achat et de vente d’animaux pour les sacrifices. Cela devint un vrai marché de bétail. Ce qu’on pouvait tolérer au début et qui même convenait, avait dégénéré si bien que l’intention religieuse du début avait été remplacée par les bénéfices d’argent de ces commerçants qui eux-mêmes étaient peut-être des serviteurs du Temple. Cela ressemblait plus à une foire au bétail qu’à un lieu de rencontre avec Dieu 04.

Le Seigneur, poussé par le zèle de la maison de son Père 05, par une piété qui naissait du plus profond de son Cœur, ne put supporter ce spectacle déplorable et les en chassa tous avec leurs tables et leurs animaux. Jésus souligne le but du Temple avec un texte d’Isaïe bien connu de tous : Ma maison sera une maison de prière. Et Il ajouta : mais vous en avez fait une caverne de voleurs. Le Seigneur voulut peut-être inculquer à tous le respect et la componction qu’on devait avoir au Temple, en raison de son caractère sacré. Quels devront être notre respect et notre dévotion pour le temple chrétien, les églises, où l’on célèbre le sacrifice eucharistique et où Jésus, Dieu et Homme, est réellement présent dans le Tabernacle ! « Il y a une politesse de la piété. — Apprends-la. — Comme il est pénible de voir ces hommes “pieux” ne savoir ni assister à la Messe — bien qu’ils l’entendent chaque jour —, ni faire le signe de la croix, ils esquissent précipitamment quelques gestes vagues, ni fléchir le genou devant le Tabernacle, leurs ridicules génuflexions semblent une raillerie, ni incliner la tête avec respect devant une image de Notre Dame ! 07 »

II. Ma maison sera une maison de prière. Comme elle est claire l’expression qui désigne l’église comme la maison de Dieu ! Nous devons la considérer comme telle. Nous devons y aller avec amour, avec joie et aussi avec un grand respect, comme il convient à un endroit où Dieu Lui-même se trouve, et nous attend !

Nous avons souvent des nouvelles ou nous assistons à des actes et des cérémonies de la vie politique, académique, sportive : une réception, un défilé, des Olympiades... On remarque tout de suite que le protocole et une certaine solennité sont de mise. Ces détails, parfois tout petits, les préséances, la façon de s’habiller, le rythme de la marche..., frappent le regard et donnent à l’acte une bonne partie de sa valeur et de son être.

Entre les personnes aussi, l’affection se démontre par de petits gestes, par des attentions et des soins. L’alliance que se donnent les futurs époux ou d’autres attentions semblables, en elles-mêmes ne sont pas l’amour, mais il se manifeste par elles. C’est le rite simple dont l’homme a besoin pour exprimer le plus intime de son être. L’homme qui n’est pas seulement corps, ni seulement âme, a besoin de manifester sa foi dans des actes extérieurs et sensibles, qui expriment bien ce qu’il porte dans son cœur. Quand on voit quelqu’un, par exemple, plier avec dévotion le genou devant le Tabernacle on pense facilement : il a la foi et il aime Dieu. Ce geste d’adoration, résultat de ce qu’il a dans le cœur, nous aide nous et les autres à avoir plus de foi et plus d’amour. Le Pape Jean-Paul II nous a fait connaître l’influence qu’a eue sur lui la piété simple et sincère de son père : « Le simple fait de le voir s’agenouiller, raconte le Pape, a eu une influence décisive dans mes années de jeunesse. 08 »

L’encens, les inclinaisons et les génuflexions, la voix dans le ton des cérémonies, la dignité de la musique sacrée, des ornements et des objets sacrés, le respect et le bon usage de ces éléments du culte, leur propreté et leur soin, tout ceci a toujours constitué des manifestations de la foi d’un peuple croyant. La splendeur même des matériaux liturgiques font qu’il est facile de comprendre qu’il s’agit avant tout d’un hommage à Dieu. Si on observe de près une custode de l’orfèvrerie des seizième et dix-septième siècles on remarque que plus on approche de la place qu’occupe l’Hostie consacrée, plus l’art est riche et précieux. Il descend parfois à des détails qu’on remarque à peine de près : le meilleur de l’art est placé, dirait-on, là où seul Dieu peut l’apprécier. Ce soin jusqu’au plus petit détail aide puissamment à reconnaître la présence de Dieu.

Il n’est pas indifférent non plus que nous allions saluer le Seigneur, en premier, quand nous entrons dans une église, ni que nous fassions un effort pour arriver ponctuellement à la Messe, de préférence quelques minutes avant qu’elle ne commence, la génuflexion bien faite devant Lui présent dans le Tabernacle, les positions ou le recueillement que nous gardons en sa présence... L’église est-elle pour nous le lieu où nous rendons un culte à Dieu, où nous Le rencontrons avec une présence vraie, réelle et substantielle ?

III. Une grande partie des prescriptions que le Seigneur a données à Moïse au Sinaï tend à fixer jusque dans ses moindres détails, la dignité de tout ce qui se rapporte au culte. Il montre ainsi comment on doit construire le tabernacle, l’arche, les ustensiles, l’autel, les vêtements sacerdotaux ; comment doivent être les victimes offertes ; quelles fêtes on doit observer ; quelle tribu et quelles personnes doivent exercer les fonctions sacerdotales... 09.

Toutes ces indications montrent que les choses sacrées sont spécialement unies à la Sainteté de Dieu ; avec elles le Seigneur fait valoir la plénitude de ses droits. Dieu a essayé de mettre dans la tête de ce peuple si souvent tenté par les rites païens, un profond respect pour le sacré. Jésus-Christ a souligné cet enseignement avec un esprit nouveau. Précisément le zèle pour la maison de Dieu, pour son honneur et pour sa gloire, constitue un enseignement central du Messie, que le Christ essaie de lancer énergiquement aux marchands du Temple ; dans sa prédication Il insistera sur le respect avec lequel on doit traiter les dons divins, parfois avec des mots très durs : ne jetez pas les choses saintes aux chiens, ne jetez pas vos perles aux pourceaux 10.

Nous sommes aujourd’hui un peu partout en présence d’une ambiance de désacralisation. Là-dessous gît une conception athée de la personne, pour laquelle l'expérience religieuse de l'esprit humain doit être considérée « comme une expression du sentiment ou de l'imagination, ou bien comme un produit de contingences historiques, qu'il faut éliminer comme un élément anachronique et un obstacle au progrès humain 11 ». Nous voyons, en même temps, même chez des personnes qui se disent cultivées, les pratiques divinatoires, le culte désordonné et maladif des statistiques, de la planification... : l’incrédulité jaillit de tous côtés. C’est que, dans l’intimité de sa conscience, l’homme cherche l’existence de Quelqu’un qui régit l’univers et que la science ne peut atteindre. « Ils n’ont pas la foi. Mais ils ont des superstitions.12 »

L’Église nous rappelle que Dieu seul est notre unique Seigneur. Il a voulu déterminer beaucoup de détails et de formes du culte qui sont des expressions de l’honneur dû à Dieu et d’un véritable amour. Non seulement elle enseigne que la Sainte Messe est le centre de l’Église et de la vie de chaque chrétien, et elle détermine sa liturgie ; mais elle a voulu, de plus, que nos églises soient de vraies maisons de prière. Elle a disposé qu’elles soient ouvertes à des heures convenables « pour que les fidèles puissent facilement prier devant le Saint Sacrement 13 ». Elle a signalé 14, ce qui a été une pratique constante à travers les siècles, que le Tabernacle doit être solide, placé dans un endroit où il se détache, et recueilli tout à la fois, pour que les chrétiens aussi puissent honorer de manière privée le Saint Sacrement. On doit savoir clairement en entrant dans une église où est le Tabernacle ; c’est pourquoi un conopée (le voile qui doit ordinairement le couvrir) est prescrit, et une bougie en cire doit brûler constamment devant le Tabernacle... Ces détails sont d’abord des manifestations d’amour et d’adoration de Jésus-Christ, réellement présent, et seulement en second lieu ce sont des signes qui indiquent sa présence. « Tous les fidèles, prêtres et laïcs doivent être si soigneux du culte et de l’honneur divins qu’on peut à juste titre les appeler jaloux plus qu’amants... puisqu’ils imitent Jésus-Christ Lui-même de qui sont ces paroles : le zèle de ta maison me dévore (Jn 2, 17).15 »


01. Première lecture, Année I Mc 4, 36-37 ; 52-59. — 02 Lc 19, 45-48. – 03. Cf Ex 23, 15. – 04. Cf Bible de Navarre, Saint Evangiles, note à Mt 21, 12-13. – 05. Cf Jn 2, 17. – 06. Is 56, 7. – 07. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Chemin n. 541. – 08. ANDRE FROSSARD, N’ayez pas peur. – 09. Cf Ex 25, 1 ss. – 10. Mt 7, 6. – 11. JEAN XXIII, Enc Mater et Magistra, 15 mai 1961, 226. – 12. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, o. c. n. 587. – 13. PAUL VI, Instr. Eucharisticum mysterium, 25 mai 1967. – 14. Ibidem. – 15. Catéchisme romain III, 2, n. 27.



33e Semaine. Samedi

63. AIMER LA CHASTETÉ

— L’amour est impossible sans la pureté

— Chasteté matrimoniale et virginité.

— Apostolat relatif à cette vertu. Moyens pour la garder.


I. Les Sadducéens qui nient la résurrection des morts vinrent poser à Jésus une question qui réduisait à l’absurde, selon eux, cette vérité communément admise par le reste des Hébreux 01. Selon la loi juive 02, si un homme mourait sans enfants, le frère était obligé d’épouser sa veuve pour lui susciter une descendance. Les conséquences de cette loi se présentaient comme un argument apparemment solide contre la résurrection des corps. Car si sept frères étaient morts successivement sans descendance, à la résurrection, à qui la femme sera-t-elle ?

Le Seigneur répond avec des citations de la Sainte Écriture et réaffirme la résurrection des morts, puis Il montre les qualités des corps ressuscités et l’argument des Sadducéens s’évanouit. L’objection montrait en elle-même une grande ignorance du pouvoir de Dieu pour glorifier les corps de l’homme et de la femme dans une condition semblable à celle des anges qui, étant immortels, n’ont pas besoin de la reproduction de l’espèce 03. L’activité procréatrice dure quelques années de l’étape terrestre de l’homme pour remplir la mission de propager l’espèce et, surtout, d’augmenter le nombre des élus au Ciel. Ce qui est définitif, c’est la vie éternelle. La vie, ici-bas, est seulement un passage vers le Ciel.

Moyennant la vertu de chasteté, ou de pureté, la faculté générative est gouvernée par la raison et orientée à la procréation et à l’union des époux dans le mariage. La tendance sexuelle se situe ainsi dans l’ordre voulu par Dieu dans la création, bien que, à cause du profond désordre introduit dans la nature humaine par le péché originel et les péchés personnels, la lutte ascétique soit parfois nécessaire pour maintenir cet ordre.

La vertu de chasteté conduit aussi à vivre une pureté de cœur et d’esprit : à éviter les pensées, les affections, les désirs qui écartent de l’amour de Dieu selon sa propre vocation 04. Sans la chasteté, l’amour humain et l’amour de Dieu sont impossibles. Si la personne renonce à faire des efforts pour maintenir cette pureté de l’âme et du corps, elle s’abandonne à la tyrannie des sens et s’abaisse à un niveau infra-humain. « C’est comme si l’“esprit” se réduisait peu à peu, comme s’il rapetissait, jusqu’à ne plus être qu’un petit point de rien du tout... Tandis que le corps grandit, croît démesurément, jusqu’à tout dominer 05 » et l’homme se rend incapable de comprendre l’amitié avec le Seigneur. Dans les premiers temps, dans une ambiance païenne et hédoniste, l’Église a prêché fermement aux chrétiens sur « les plaisirs de la chair, qui comme des tyrans cruels, après avoir avili l’âme dans l’impureté, la rendent incapable aux saintes œuvres de la vertu 06 ».

II. La chasteté ne consiste pas seulement au renoncement au péché. Ce n’est pas quelque chose de négatif : « ne pas regarder », « ne pas faire », « ne pas désirer ». C’est le don du cœur à Dieu, délicatesse et tendresse pour le Seigneur, « affirmation joyeuse 07 ». Vertu pour tous qui doit être vécue selon l’état propre de chacun. Dans le mariage, la chasteté apprend aux époux à se respecter mutuellement et à s’aimer d’un amour plus ferme, plus délicat et plus durable. « L’amour fait que les relations conjugales, sans cesser d’être charnelles, soient pour ainsi dire revêtues de la noblesse de l’esprit et soient à la hauteur de la dignité de l’homme. La pensée que l’union sexuelle est destinée à susciter de nouvelles vies a un étonnant pouvoir de transfiguration, mais l’union physique est seulement véritablement ennoblie si elle procède de l’amour, est l’expression de l’amour (...).

«  Quand le sexe se sépare complètement de l’amour et se cherche lui-même, l’homme abandonne alors sa dignité et profane aussi la dignité de l’autre.

«  Un amour fort et plein de tendresse est donc une des meilleures garanties et surtout l’une des causes les plus profondes de la pureté conjugale.

«  Mais il y encore quelque chose de plus haut. La chasteté, nous dit saint Paul, est un “fruit de l’esprit” (cf. Ga 5, 22.), c’est-à-dire une conséquence de l’amour divin. Pour garder la pureté dans le mariage il faut non seulement un amour délicat et respectueux de l’autre personne, mais surtout un grand amour de Dieu. Le chrétien qui essaie de connaître et d’aimer Jésus-Christ trouve dans cet amour un puissant stimulant pour la chasteté. Il sait que la pureté rapproche d’une manière spéciale de Jésus-Christ et que la proximité de Dieu, promise à ceux qui gardent un cœur pur (cf. Mt 5, 8) est la garantie principale de cette même pureté. 08 »

La chasteté n’est pas la vertu principale ni la plus importante, et la vie chrétienne ne peut se réduire à la pureté, mais sans elle il n’y a pas de charité qui, elle, est la première vertu qui donne son sens à toutes les autres. Sans la chasteté, l’amour humain lui-même se corrompt. Ceux qui ont reçu l’appel à servir Dieu dans le mariage, se sanctifient précisément dans l’accomplissement sacrifié et fidèle des devoirs conjugaux qui, pour eux, est un chemin sûr d’union à Dieu. Ceux qui ont reçu l’appel au célibat apostolique trouvent dans le don total au Seigneur et aux autres, indiviso corde 09, sans la médiation de l’amour conjugal, la grâce pour vivre heureux et atteindre une amitié avec Dieu profonde et intime.

Si nous regardons Notre Dame, et aujourd’hui, samedi, beaucoup de chrétiens y pensent particulièrement, nous voyons qu’en Elle s’allient de façon sublime ces deux possibilités qui s’excluent chez les autres femmes : la maternité et la virginité. Chez nous, nous l’appelons souvent simplement la « Vierge », la Vierge Marie. Et nous la traitons comme Mère. Ce fut la Volonté de Dieu que sa Mère soit aussi la Vierge. La virginité doit donc être une valeur très grande aux yeux de Dieu, elle renferme un message important pour les hommes de tous les temps : la satisfaction du sexe n’appartient pas à la perfection de la personne. Les paroles de Jésus quand elles ressusciteront d’entre les morts, elles ne se marieront pas et ne seront pas données en mariage montrent « qu’il y a une condition, sans mariage, dans laquelle l’homme, homme et femme, trouve à la fois la plénitude du don personnel et la communion entre les personnes, grâce à la glorification de tout leur être dans l’union permanente avec Dieu. Quand l’appel à la continence pour le Royaume des Cieux trouve un écho dans l’âme humaine (...) il n’est pas difficile de percevoir là une sensibilité spéciale de l’esprit humain qui, déjà dans sa condition terrestre, semble anticiper ce à quoi l’homme participera dans la résurrection future. 10 » La virginité et le célibat apostolique sont ici sur la terre une anticipation du Ciel.

La doctrine chrétienne a toujours affirmé en même temps que « le sexe n’est pas une réalité honteuse, mais un don divin dont la juste finalité est la vie, l’amour, la fécondité.

«  Voilà dans quelle perspective se situe la doctrine chrétienne sur la sexualité. Notre foi ne méconnaît rien de ce qu’il y a de beau, de généreux, d’authentiquement humain ici-bas. 11 » Ceux qui donnent tout leur être à Dieu par amour, sans l’intermédiaire d’un amour humain dans le mariage, ne le font pas «  parce que le mariage est supposé négatif, mais en vue de la valeur particulière qui est liée à ce choix et qu’il faut découvrir et accepter personnellement comme vocation propre. C’est pourquoi le Christ dit : celui qui peut comprendre, qu’il comprenne (Mt 19, 12) 12  ». Le Seigneur a donné à chacun une mission dans la vie ici-bas : son bonheur consiste à la remplir avec joie et sacrifice.

III. La chasteté vécue dans son propre état, dans la vocation particulière reçue de Dieu, est l’une des plus grandes richesses de l’Église face au monde ; elle naît de l’amour et s’ordonne à l’amour. Elle est un signe de Dieu sur la terre. La continence pour le Royaume des Cieux « met surtout l’empreinte de la ressemblance avec le Christ qui, dans toute l’œuvre de la Rédemption, a choisi Lui-même cette option pour le royaume des Cieux 13 ». Les Apôtres, rompant avec la tradition de l’Ancienne Alliance où la fécondité procréatrice était considérée comme une bénédiction, ont suivi l’exemple du Christ, convaincus qu’ils Le suivaient ainsi de plus près et qu’ils étaient mieux préparés pour mener à bien la mission apostolique reçue. Ils comprirent peu à peu, nous rappelle Jean-Paul II, que cette continence est à l’origine d’une « fécondité de l’homme, spirituelle et surnaturelle particulière, qui provient de l’Esprit Saint 14 ».

La chasteté peut sans doute actuellement sembler incompréhensible à beaucoup, et bien davantage le célibat apostolique et la virginité vécus au milieu du monde. Les premiers chrétiens aussi durent affronter une ambiance hostile à cette vertu. C’est pourquoi une partie importante de l’apostolat que nous devons faire est de valoriser la chasteté et le cortège des vertus qui l’accompagnent : la rendre attrayante par un comportement exemplaire, enseigner la doctrine de toujours de l’Église sur cette matière qui ouvre les portes de l’amitié avec Dieu. Nous devons soigner, par exemple, les détails de pudeur et de modestie dans les vêtements, la toilette, le sport ; refuser catégoriquement de participer à des conversations indignes d’un chrétien ; rejeter les spectacles immoraux... ; et surtout nous devons donner l’exemple joyeux de notre propre vie. Nous devons manifester par notre conversation, effrontément si nécessaire, la beauté de cette vertu et les innombrables fruits qui en dérivent : la capacité d’aimer plus grande, la générosité, la joie, la finesse d’âme... Nous devons proclamer aux quatre vents que cette vertu est possible si on emploie les moyens que Notre Mère l’Église a recommandés au cours des siècles : le recueillement des sens, la prudence attentive à éviter les occasions, la garde de la pudeur, la modération dans les loisirs, la tempérance, le recours fréquent à la prière, aux sacrements et à la pénitence, la réception fréquente de la Sainte Eucharistie, la sincérité... et surtout un grand amour de la Très Sainte Vierge 15. Nous ne serons jamais tentés au-dessus de nos forces 16.

A la fin de notre prière, nous avons recours à Sainte Marie, Mater pulchrae dilectionis, Mère du bel amour, qui nous aidera toujours à montrer un amour plus ferme au milieu même des plus grandes tentations.


01. Lc 20, 27-40. – 02. Cf Dt 25, 5 ss. – 03. SAINT THOMAS, Commentaire de l’Évangile de saint Matthieu, 22, 30. – 04. Cf. Catéchisme romain III, 7. n, 6. – 05. SAINT SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Sillon, n. 841. – 06. SAINT AMBROISE, Traité de la virginité, 1, 3. – 07. Cf SAINT SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Quand le Christ passe, 5. – 08. J. M. MARTINEZ-DORAL, La sainteté de la vie conjugale. – 09. Cf I Co 7, 35 – 10. JEAN-PAUL II, Audience génrale 10 mars 1982. – 11. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Quand le Christ passe, 24. – 12. JEAN-PAUL II loc. cit. – 13. Idem, Audience générale 24 mars 1982. – 14. Ibidem. – 15. Cf S. C. POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration sur quelques questions d’éthique sexuelle, 29 décembre 1975, 12. – 16. Cf I Co, 10, 13.


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