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19e DIMANCHE. ANNÉE C

3. DANS L’ATTENTE DU SEIGNEUR

— Les fondements de l’espérance théologale.

— Une attente vigilante. L’examen de conscience.

— La lutte dans les petites choses.

I. La liturgie de la Parole de ce dimanche nous rappelle que la vie sur terre est une attente, pas très longue, jusqu’à ce que le Seigneur vienne à nouveau. La foi qui guide nos pas est précisément certitude dans les choses que l’on espère[01], comme le dit la deuxième lecture. Par cette vertu théologale de l’espérance, le chrétien est sûr des promesses du Seigneur, et possède par anticipation dès ici-bas les dons divins. La foi fait connaître avec certitude deux vérités fondamentales de l’existence humaine : que nous sommes destinés à aller au Ciel et que, pour cela, tout le reste doit être ordonné et subordonné à cette fin suprême ; et que le Seigneur veut nous aider, avec une pleine abondance de moyens [02]. Rien ne doit nous décourager sur le chemin qui conduit à la sainteté, parce que nous nous appuyons sur ces « trois vérités : Dieu est tout-puissant, Dieu m’aime immensément, Dieu est fidèle à ses promesses. Et c’est lui, le Dieu des miséricordes, qui enflamme en moi la confiance ; par conséquent je ne me sens pas seul, ni inutile, ni abandonné, mais impliqué dans un destin de salut qui débouchera un jour dans le Paradis. [03] » La Bonté, la Sagesse et la toute-puissance divines constituent le fondement certain de l’espérance humaine.

Dieu est tout-puissant. Tout lui est soumis : le vent, la mer, la santé, la maladie, les cieux, la terre… Tout est fait pour le salut de mon âme et de celle de tous les hommes. Il met tout en œuvre pour le bien de chacun de ses enfants ; notamment pour celui qui est seul et abandonné. La force de Dieu se met au service du salut et de la sanctification des hommes. Seule la mauvaise utilisation de la liberté peut rendre inutiles les moyens divins. Mais le pardon est toujours possible. Il est toujours possible de laisser la porte ouverte pour que l’espérance nous envahisse. Dieu est tout-puissant ; Dieu peut tout, Il est notre Père et Il est Amour[04].

Dieu m’aime immensément, comme si j’étais son fils unique, Il ne m’abandonne jamais dans mon pèlerinage sur terre, Il me cherche si par ma faute je me suis perdu, Il m’aime et le prouve par des faits, en disposant tout pour le bien de mon âme. L’amour humain, paternel et maternel, même le plus parfait, n’est qu’un pâle reflet de l’amour de Dieu.

Dieu est fidèle à ses promesses, malgré nos trahisons, malgré nos manquements à ses appels. Lui ne manque jamais à ses amis, ne se fatigue pas, a de la patience, une patience infinie, avec les hommes. Tant que nous cheminons sur cette terre, il n’abandonne jamais personne, il ne considère personne comme irrécupérable. Dieu attend toujours, comme le Père de l’enfant prodigue qui sort impatient tous les jours pour voir s’il entrevoit déjà son fils dans le lointain, et prépare une fête pour le fils qui revient.

Le Seigneur attend notre conversion sincère à son amour et notre correspondance de plus en plus généreuse : il veut que nous soyons vigilants pour ne pas nous assoupir dans la tiédeur, que nous soyons toujours en éveil. L’espérance est caractéristique d’un cœur vigilant et dépend de la qualité de notre amour[05].

II. Jésus nous exhorte à la vigilance parce que l’adversaire ne se repose pas, il est toujours à l’affût[06], et parce que l’amour ne dort jamais[07]. Dans l’Évangile de la Messe[08], le Seigneur nous avertit : Que vos reins restent ceints, et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte.

Les Juifs utilisaient alors des vêtements amples et les ceignaient avec une ceinture pour pouvoir marcher et travailler. « Avoir les reins ceints » est une image vivante pour indiquer que l’on se prépare à faire un travail, à entreprendre un voyage ou que l’on se dispose à lutter[09]. De la même façon, « garder les lampes allumées » indique l’attitude propre à celui qui veille ou attend la venue de quelqu’un[10]. Lorsque le Seigneur viendra à la fin de notre vie, nous trouvera-t-il ainsi, préparés, en état de veille, comme quelqu’un qui vit au jour le jour ? Occupés à servir par amour et à améliorer les réalités terrestres, mais sans perdre le sens surnaturel de la vie, le but vers lequel tout doit être dirigé ? Estimant comme il le faut les choses terrestres — la profession, les affaires, le repos… —, sans oublier que rien de cela n’a une valeur absolue ? Tout cela sert à aimer Dieu davantage, à gagner le Ciel et servir les hommes, à construire un monde plus juste, plus humain, plus chrétien.

Peu de temps nous sépare de cette rencontre définitive avec le Christ, chaque jour qui passe nous approche de l’éternité. Ce peut être cette année même, celle qui vient, ou la suivante… De toutes façons, il nous semblera toujours que la vie est passée très vite. Le Seigneur viendra à la deuxième ou à la troisième veille… « Mais comme nous ne connaissons ni le jour ni l’heure, il nous faut, selon l’avertissement du Seigneur, veiller assidûment afin qu’au terme de notre unique vie terrestre (cf. Heb 9, 27), nous méritions d’avoir avec lui accès au festin nuptial et d’être comptés parmi les bienheureux. [11] » Pour ceux qui ont vécu en ignorant Dieu, il viendra de façon totalement inattendue : comme un voleur dans la nuit[12]. Vous le savez bien : si le maître de maison connaissait l’heure où le voleur doit venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts… Et saint Jean Chrysostome commente qu’« en disant cela, il semble attaquer ceux qui ne mettent pas autant de soin à garder leur âme qu’à surveiller leurs richesses contre le voleur qu’ils attendent[13] ».

« À la vigilance s’oppose la négligence ou le manque de sollicitude, qui procède d’une certaine inappétence de la volonté. [14] » Nous sommes vigilants lorsque nous faisons le mieux possible notre examen de conscience quotidien. « Examine soigneusement ta conduite. Tu verras que tu as fait des erreurs, et que ces erreurs te font du tort à toi, et peut-être aussi à ceux qui t’entourent.

« — Souviens-toi, mon enfant, que les microbes ne sont pas moins dangereux que les bêtes sauvages. Et que tu peux cultiver ces erreurs, ces égarements, comme on cultive les microbes en laboratoire : par ton manque d’humilité, ton manque de prière, ton manque de sérieux pour bien accomplir ton devoir, par ton manque de connaissance de toi-même… Et souviens-toi que ces foyers contaminent ensuite l’atmosphère.

« — Oui, tu as besoin de faire un bon examen de conscience tous les jours, un examen qui t’amènera à prendre des résolutions précises pour améliorer ta vie, parce que tu éprouveras une véritable douleur devant tes fautes, tes omissions et tes péchés.[15] » Ainsi le Seigneur nous trouvera-t-il préparés quelle que soit l’heure à laquelle il se présente, en toute circonstance.

III. Si nous sommes fidèles dans les petites choses de chaque jour, notre amour sera plus fort et nous vivrons éloignés de la tiédeur. En faisant tous les jours notre examen de conscience sur les petites choses de la journée nous trouverons facilement ce qui nous retarde dans le chemin vers la sainteté et ce qui nous y entraîne. Les petites choses sont l’antichambre des grandes, et l’amour véritable s’alimente de ce qui est petit ; et celui qui néglige ce qui semble sans importance tombe dans la plus grande tentation.

Saint François de Sales souligne le besoin de lutter dans les petites tentations, car nombreuses sont les occasions qui se présentent dans une journée ordinaire, et si on les vainc, ces victoires sont plus importantes, par leur nombre, que si l’on avait vaincu une tentation de plus grande importance. Bien que les loups et les ours soient sans doute plus dangereux que les mouches », « ils ne gênent pas autant qu’elles et ne mettent pas autant notre patience à l’épreuve ». C’est facile, dit le saint, de « s’écarter de l’homicide, mais il est difficile d’éviter les petites colères », qui se présentent habituellement. « Il n’est pas difficile de ne pas voler les biens d’autrui ; mais il est difficile de ne pas les désirer. Il est facile de ne pas faire dans un procès un faux témoignage, mais il sera difficile de ne pas mentir dans des conversations. Nous nous écartons facilement de l’ivresse, mais nous vivrons plus difficilement la sobriété.[16] »

Les petites victoires de chaque jour fortifient la vie intérieure et éveillent l’âme au divin. Ces occasions se présentent très fréquemment : c’est vivre la minute héroïque à notre lever ou en commençant à travailler ; mettre de côté une revue insipide qui peut embrouiller l’âme ou qui est, au moins, une perte de temps et une bonne occasion pour vaincre la curiosité inutile. La mortification dans les repas, la sobriété dans les réunions sociales, la loquacité… « autant de victoires que nous gagnons contre ces petits ennemis, autant de pierres précieuses qui seront mises sur la couronne de gloire que Dieu nous prépare dans son saint royaume[17] ».

Si nous faisons un acte d’amour à chaque tentation, devant tout ce qui, en nous ou chez les autres, peut être l’origine d’une offense à Dieu, nous serons en paix, et nous transformerons en victoire ce qui aurait pu être un motif de défaite. En plus de ce bien immense pour l’âme, le même saint assure que « lorsque le démon voit que ses tentations nous conduisent à cet amour divin, il cesse de nous tenter[18] ».

Si nous sommes fidèles dans ce qui est petit nous nous maintiendrons les reins ceints, en veille, en alerte devant le Seigneur qui arrive. Notre vie aura consisté en une joyeuse attente, tout en menant à bien avec enthousiasme la tâche que Dieu notre Père nous a confiée dans le monde. Nous comprendrons alors toute la profondeur des paroles de Jésus : Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. Vraiment, Je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens. Et il est sur le point de venir ; ne cessons pas de veiller.

[01]. Heb 11, 1.
[02]. Cf. Saint Thomas,
Summa Theologiæ, II-II, q. 74, a. 5 et 7.
[03]. Jean-Paul II,
Allocution, 20 septembre 1978.
[04]. Cf. G. Redondo,
Raison de l’espérance.
[05]. Cf. J. Pieper,
Sur l’espérance.
[06]. 1 P 5, 8.
[07]. Cf. Cant 5, 2.
[08]. Lc 12, 32-48.
[09]. Cf. Jer 1, 17 ; Eph 6, 14 ; 1 P 1, 13
[10].
Bible de Navarre. Saints Évangiles, notes à Lc 12, 33-39 et 35.
[11]. Concile Vatican II, Const.
Lumen gentium, 48.
[12]. 1 Th 6, 2.
[13]. Saint Jean Chrysostome, dans
Catena Aurea, vol. III, p. 204.
[14]. Saint Thomas,
o. c., II-II, q. 54, a. 3.
[15]. Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 481.
[16]. Cf. Saint François de Sales,
Introduction à la vie dévote, IV, 8.
[17].
Idem.
[18].
Idem, IV, 9.



19e SEMAINE. LUNDI

4. LE TRIBUT DU TEMPLE

—  Être de bons chrétiens, c’est être des citoyens exemplaires.

— Les premiers chrétiens sont un exemple pour notre vie au milieu du monde.

— Être présents là où se décide la vie de la société.

I. Ils venaient d’arriver à nouveau à Capharnaüm, lisons-nous dans l’Évangile de la Messe[01], et ceux qui perçoivent le tribut du Temple s’approchèrent de Pierre pour lui demander : Votre maître paye bien les deux drachmes, n’est-ce pas ? La contribution annuelle de deux drachmes pour l’entretien du culte était obligatoire pour tout juif à partir de vingt ans, même s’il vivait en dehors de la Palestine. La réponse affirmative de Pierre aux receveurs montre qu’effectivement le Seigneur avait l’habitude de payer l’impôt. La scène doit avoir lieu hors de la maison et en l’absence du Maître, et lorsque Pierre entra dans la maison, Jésus prit la parole le premier : Simon, quel est ton avis ? Les rois de la terre, sur qui perçoivent-ils les taxes ou l’impôt ? Sur leurs fils, ou sur les autres personnes ?

Au temps des anciennes monarchies, le tribut était considéré comme une contribution spéciale au bénéfice de la famille royale. D’où la question de Jésus à Pierre : les rois de la terre, sur qui perçoivent-ils les taxes ou l’impôt ? La réponse était facile : sur leurs sujets, sur les autres, avait répondu Pierre. Donc les fils, conclut le Seigneur, sont libres. En ce qui concerne ce tribut du Temple, Jésus se trouve dans le même cas que les fils du roi à l’égard de l’impôt dû au souverain. Et en s’en déclarant exempt, Il enseigne qu’il est le propre Fils de Dieu et qu’Il habite dans la maison du Père[02], chez Lui. Il est le Fils du Roi, et Il n’est pas obligé de payer un tribut.

Mais le Seigneur voulut accomplir justement ses devoirs de citoyen, comme les autres, tout en montrant sa condition divine par la manière d’obtenir la somme qu’on Lui demandait. Ce passage de l’Évangile, que seul saint Matthieu a recueilli, montre aussi la pauvreté de Jésus, qui ne possède même pas deux drachmes ; il montre aussi la distinction que le Seigneur fait avec Pierre en payant pour les deux : il faut éviter d’être pour les gens une occasion de chute, dit Jésus à Simon, va donc jusqu’au lac, jette l’hameçon, et saisis le premier poisson qui mordra ; ouvre-lui la bouche, et tu y trouveras un statère. Prends-le, tu le donneras pour toi et pour moi. Le statère valait quatre drachmes[03].

Et Saint Ambroise commente : c’est une grande leçon « qui enseigne aux chrétiens la soumission au pouvoir souverain, afin que personne ne se permette de désobéir aux édits d’un roi de la terre. Si le Fils de Dieu a payé le tribut, crois-tu que tu es plus grand parce que tu ne le payes pas ? Même Lui, qui ne possédait rien, a payé le tribut ; et toi, qui cherches les biens de ce monde, pourquoi ne reconnais-tu pas les charges de celui-ci ? Pourquoi te considères-tu au dessus du monde… ? [04] »

Ce passage et d’autres de l’Évangile nous apprennent qu’imiter le Maître, c’est être de bons citoyens qui accomplissent leurs devoirs dans le travail, dans la famille, dans la société : le paiement des impôts justes, le vote en conscience, une participation aux tâches publiques... « Aime et respecte les normes d’une vie sociale honnête. Sois assuré que ta soumission loyale à ton devoir sera également un moyen pour que d’autres découvrent l’honnêteté chrétienne, fruit de l’amour divin, et pour qu’ils rencontrent Dieu.[05] »

II. Après la venue du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, les Apôtres eurent une plus claire conscience d’être envoyés par le Seigneur pour être présents au sein même de la société. Comme le Maître, ils n’étaient pas du monde[06], et le monde les repoussera souvent et il n’aura pas pour eux la bienveillance qu’il réserve pour ce qui lui est propre. Les premiers chrétiens rejetèrent des coutumes et des conduites incompatibles avec la foi qu’ils avaient reçue, mais ils ne se sentirent jamais étrangers à la société à laquelle ils appartenaient de plein droit. Les Apôtres rappelaient dans leur prédication avec une fermeté toute particulière les paraboles qui les reliaient au cœur même de la société humaine, puisque ce n’est que là qu’elles pouvaient atteindre leur plein accomplissement : la parabole du sel qui assaisonne et préserve de la corruption la vie des hommes ; celle du levain qui se mélange et se confond avec la farine pour faire fermenter toute la pâte ; celle de la lumière qui brille devant les gens pour que, convaincus par les faits, ils glorifient le Père qui est dans les cieux.

Les premiers chrétiens ne cherchèrent pas l’isolement, et ne mirent pas de barrières défensives pour garantir leur subsistance même aux moments où l’incompréhension redoublait. Leur attitude dans les époques de persécution ne fut ni agressive ni peureuse, mais sereine ; le levain agit confondu à la pâte. La présence chrétienne dans le monde fut radicalement affirmative, et l’injustice des persécutions fut incapable d’altérer durablement l’attitude sereine et constructive des chrétiens, qui se montrèrent toujours citoyens exemplaires. La violence des persécutions ne fit pas d’eux des personnes inadaptées ou antisociales ; elle ne réussit pas à détruire leur solidarité avec le reste des hommes, leurs égaux. « On nous reproche de nous séparer de la masse populaire de l’État », dit Tertulien, et cela est faux, parce que le chrétien se sait embarqué sur le même navire que les autres citoyens et participe avec eux d’un commun destin terrestre, « parce que si l’Empire est secoué avec violence, le mal atteint aussi les sujets et par conséquent nous aussi[07] ». Calomnié et incompris parfois, le chrétien resta fidèle à sa vocation divine et à sa vocation humaine, en occupant dans le monde la place qui lui revenait, en exerçant ses droits et en accomplissant parfaitement ses devoirs[08].

Les premiers chrétiens ne furent pas seulement de bons chrétiens, mais aussi des citoyens exemplaires, car leurs devoirs de citoyens étaient pour eux des obligations par lesquelles ils se sanctifiaient. Ils obéissaient aux lois civiles justes non seulement par crainte de la colère, mais encore par devoir de conscience[09], écrivait saint Paul aux premiers chrétiens de Rome. Et il ajoute : C’est bien aussi pour le même motif, en conscience, que vous payez les impôts[10]. « Comme nous l’avons appris de Lui (du Christ), écrit saint Justin Martyr, au milieu du deuxième siècle, nous essayons de payer les impôts et les contributions, intégralement et rapidement, à ceux qui sont chargés de les recevoir (...). Par conséquent nous adorons seulement Dieu, mais nous vous obéissons loyalement dans tout le reste, en reconnaissant ouvertement que vous êtes les rois et les gouverneurs des hommes, et en demandant dans la prière que vous exerciez votre pouvoir avec sagesse.[11] »

Demandons-nous aujourd’hui dans notre prière si nous sommes de bons citoyens qui accomplissent ponctuellement leurs devoirs, si nous sommes de bons voisins, de bons compagnons de travail...

III. L’Église a toujours exhorté les chrétiens, « citoyens de la cité temporelle et de la cité éternelle, à remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l’esprit de l’Évangile[12] ». Les autres voient-ils en nous cette lumière du Christ se refléter dans un travail honnête ? Un travail où l’on accomplit avec fidélité les obligations de justice envers l’entreprise, envers les subordonnés, envers la société par le paiement des impôts justes ? L’étudiant, en se formant en conscience pour sa future profession ; le professeur, en préparant chaque jour ses cours, en améliorant ses explications chaque année, sans tomber dans la routine et dans la médiocrité ; la mère de famille, en s’occupant de son foyer, de ses enfants, de son mari, en payant ce qui est juste aux personnes qui l’aident dans les tâches de la maison...

Celui qui n’est pas un bon citoyen peut-il être un bon chrétien ? « Ils s’éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n’avons point ici-bas de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future (cf. Heb 13, 14), croient pouvoir, pour cela, négliger leurs tâches humaines, sans s’apercevoir que la foi même, compte tenu de la vocation de chacun, leur en fait un devoir plus pressant.[13] »

Un chrétien ne peut être satisfait s’il n’accomplit que ses devoirs familiaux et religieux ; il doit être présent, selon ses possibilités, là où se décide la vie du quartier, du village ou de la cité ; sa vie a une dimension sociale et même politique qui naît de la foi. Dans cette perspective la dimension sociale et politique de la charité acquiert toute sa noblesse et sa dignité. Il s’agit de l’amour efficace envers les personnes, qui se réalise dans la poursuite du bien commun de la société. En tant que chrétiens qui cherchent la sainteté au milieu du monde, nous devons toujours tenir compte de la noblesse et de la dignité morale de l’engagement social et politique et les grandes possibilités qu’il offre pour croître dans la foi et dans la charité, dans l’espérance et dans la force, dans le détachement et dans la générosité. Et lorsque l’engagement social et politique est vécu avec un vrai esprit chrétien, il devient une école de perfection et même un exigeant exercice des vertus.

Si nous sommes des citoyens qui accomplissent tous leurs devoirs, nous montrerons aux autres le chemin qui mène au Christ. De nos jours, « un grand nombre de personnes désinformées a pris place dans les vieilles terres chrétiennes, tandis que le monde, dans toute sa largeur, est le champ d’une action apostolique qui doit atteindre tous les hommes et dans laquelle nous, chrétiens, sommes tous engagés. Aujourd’hui l’Église et chacun de ses enfants se trouvent de nouveau en état de mission, et on demande au levain de mettre en œuvre la plénitude de sa force rénovatrice[14] » ; c’est possible lorsque nous nous sentons, parce que nous le sommes, des citoyens de plein droit qui accomplissent leurs devoirs et exercent leurs droits, et ne se cachent pas devant les obligations et vicissitudes de la vie publique.

[01]. Mt 17, 21-26.
[02]. Cf. Jn 16, 15.
[03]. Cf. Spadafora,
Dictionnaire biblique.
[04]. Saint Ambroise,
Commentaire à l’Évangile de saint Luc, IV, 73.
[05]. Saint Josémaria Escriva,
Sillon, n. 322.
[06]. Cf. Jn 17, 16.
[07]. Tertulien,
Apologeticum, 28.
[08]. Cf. D. Ramos,
Le témoignage des premiers chrétiens.
[09]. Rom 13, 5.
[10]. Rom 13, 6.
[11]. Saint Justin,
Apologie, I, 17.
[12]. Concile Vatican II, Const.
Gaudium et spes, 43.
[13].
Idem.
[14]. J. Orlandis,
La vocation chrétienne de l’homme d’aujourd’hui.


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