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19e SEMAINE. JEUDI

7. LA DETTE ENVERS DIEU

— Les innombrables bienfaits du Seigneur.

— La Messe est l’action de grâces la plus parfaite que l’on puisse offrir à Dieu.

— Gratitude envers tous ; pardonner toujours et pardonner toutes les offenses.

I. Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs, lisons-nous dans l’Évangile de la Messe[01]. Ayant commencé sa tâche, on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents, une somme énorme, impossible à payer. Ce premier débiteur, c’est chacun de nous. Nous devons tant à Dieu, qu’il nous est impossible de le payer. Nous lui devons le don de notre création, par lequel il nous a préféré à beaucoup d’autres, qu’il aurait pu appeler à l’existence à notre place. Avec la collaboration de nos parents Il a formé notre corps, pour lequel il créa, directement, une âme immortelle, unique, destinée, avec le corps, à être éternellement heureuse dans le Ciel.

Nous nous trouvons dans le monde en vertu d’un désir de Dieu. Nous Lui devons la conservation dans l’existence, car sans Lui nous retomberions dans le néant. Il nous a donné les énergies et les qualités du corps et de l’esprit, la santé, la vie et tous les biens que nous possédons. Par-dessus cet ordre naturel, nous lui devons l’Incarnation de son Fils, la Rédemption, le don de la filiation divine, l’appel à participer à la vie divine ici sur terre et plus tard dans le Ciel par la glorification de l’âme et du corps.

Nous Lui devons le don immense d’être enfants de l’Église, qui nous permet de recevoir les sacrements, et particulièrement, la Sainte Eucharistie. Dans l’Église, par la Communion des saints, nous participons aux bonnes actions des autres fidèles ; à tout moment nous recevons des grâces d’autres membres, de ceux qui sont en prière ou de ceux qui ont offert leur travail ou leur douleur… Nous recevons aussi continuellement les bienfaits des saints qui sont déjà au Ciel, des âmes du Purgatoire et des Anges. Tout nous arrive en passant par les mains de Notre Mère, Sainte Marie, et en dernier ressort, par la source inépuisable des mérites infinis du Christ, notre Tête[02], notre Rédempteur et Médiateur. Ces dons nous aident chaque jour, nous préservent du péché, nous illuminent intérieurement, nous poussant à accomplir notre devoir, à faire le bien à tout moment, à nous taire lorsque les autres médisent, à défendre les plus faibles…

Dieu nous donne la grâce nécessaire pour faire le bien, la constance dans nos résolutions, les désirs chaque fois plus grands de suivre Jésus-Christ, et nous aide à progresser. C’est Lui qui nous accorde la grâce particulière de notre vocation, et nous aide à y répondre généreusement.

En vérité nous sommes des débiteurs insolvables, nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons qu’adopter l’attitude du serviteur de cette parabole : Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. Et comme nous sommes ses enfants, nous pouvons nous approcher de Lui avec une confiance illimitée. Les parents ne se souviennent pas des prêts qu’un jour, poussés par leur amour, ils firent à leurs petits enfants. « Appuie-toi sur la filiation divine. Dieu est un Père — ton Père ! — plein de tendresse, plein d’un amour infini.

« — Appelle-le souvent du nom de Père et dis-lui, seul à seul, que tu L’aimes très fort ! Que tu te sens tout fier et fort d’être son fils. [03] » Notre frère aîné, Jésus-Christ, paye largement pour nous tous.

II. Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout... Dans la sainte Messe nous offrons avec le prêtre le sacrifice pur et saint, le sacrifice parfait, une action de grâces de valeur infinie, et nous y unissons l’insuffisance de notre pauvre reconnaissance. Ainsi nous supplions chaque jour : Et comme il t’a plu d’accueillir les présents d’Abel le Juste, le sacrifice de notre père Abraham, et celui que t’offrit Melchisédech, ton grand prêtre, en signe du sacrifice parfait, regarde cette offrande avec amour et, dans ta bienveillance, accepte-la[04]. Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles... Avec le Christ, unis à Lui, nous pouvons dire : je te rembourserai tout.

La Messe est la plus parfaite action de grâces que l’on puisse offrir à Dieu. La vie entière du Christ fut une continuelle action de grâces au Père, une attitude intérieure qui, en diverses occasions, se traduisait à l’extérieur en paroles et gestes, recueillis par les Évangélistes. Père, Je Te rends grâces de ce que Tu M’as exaucé, s’exclame Jésus après la résurrection de Lazare[05]. Et dans la multiplication des pains et des poissons Il rend également grâces avant de les distribuer à la foule qui attend[06]. Dans la Dernière Cène Il prit le pain, en Te rendant grâces Il le rompit..., Il prit ensuite un calice, et Te rendant grâces à nouveau...[07].

Dans le miracle de la guérison des lépreux le Seigneur n’est pas davantage indifférent à la reconnaissance : Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir rendre gloire à Dieu ?[08], demande Jésus étonné ; et, en même temps, Il ne manque pas d’alerter ses disciples sur le péché d’ingratitude, dans lequel peuvent tomber ceux qui, à force de recevoir d’abondants bienfaits, finissent par ne jamais remercier, parce qu’ils s’habituent à les recevoir, et en arrivent même à considérer qu’ils leur sont dûs. Tout est don de Dieu. Être sur la même longueur d’onde que Dieu suppose d’accueillir ses faveurs avec une âme reconnaissante et consciente du don dont elle est l’objet. Si tu connaissais le don de Dieu et savais qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui le Lui aurait demandé, et Il t’aurait donné de l’eau vive[09], dit le Seigneur à la samaritaine qui était sur le point de se fermer à la grâce[10].

Notre reconnaissance envers Dieu pour tant de dons, que nous ne pouvons pas payer, doit s’unir à l’action de grâces du Christ dans la sainte Messe. Celui qui est reconnaissant voit les bonnes choses avec de bons yeux, et sa disposition intérieure s’identifie avec l’amour. C’est ainsi que nous devons venir chaque jour au Saint Sacrifice de l’Autel, en disant à Dieu le Père, en union avec Jésus-Christ : Que Tu es bon, Père ! Merci pour tout ! Pour ces biens que je contemple autour de moi et pour ces autres biens, beaucoup plus grands, que Tu me donnes et que je ne vois pas encore.

Que rendrai-je à Yahweh pour tous ses bienfaits à mon égard ?[11], pouvons-nous nous demander chaque jour avec le Psalmiste. Et nous ne trouverons pas de meilleure façon de rendre grâces que de participer avec chaque jour davantage de profondeur à la sainte Messe, en offrant au Père le sacrifice du Fils, auquel, malgré notre petitesse, nous unirons notre oblation personnelle : Sanctifie pleinement cette offrande par la puissance de ta bénédiction...[12]. La présence du Seigneur dans le Tabernacle est un autre motif profond pour Lui rendre grâces avec le cœur plein de joie.

III. Bien que toute la Messe soit action de grâces, celle-ci est particulière au moment de la Préface. Dans un climat de joie, nous reconnaissons et proclamons qu’il est juste et bon de Te rendre gloire, de T’offrir notre action de grâces, toujours et en tout lieu, à Toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ, notre Seigneur.

Toujours et en tout lieu… Ce doit être notre attitude devant Dieu : être reconnaissants à tout moment, en toute circonstance, même s’il nous coûte de comprendre un événement. « Il est agréable à Dieu que l’on reconnaisse sa bonté en récitant un “Te Deum” d’action de grâces chaque fois qu’un événement extraordinaire se produit, sans s’arrêter au fait qu’il soit favorable ou adverse, comme on le dit dans le monde. En effet, venant de ses mains de Père, même si c’est un coup de ciseau qui blesse la chair, c’est là aussi une preuve d’Amour, qui gomme nos aspérités et nous approche de la perfection.[13] » Tout est un continuel appel ut in gratiarum actione semper maneamus..., pour que nous demeurions toujours en une continuelle action de grâces[14].

Ut in gratiarum actione semper maneamus... Transposons dans notre vie courante cette attitude de reconnaissance envers Dieu. Profitons des petits événements de la journée pour nous montrer reconnaissants pour tant de services que comporte la vie de famille et toute vie en commun : dans le travail, dans les relations sociales... Montrons notre gratitude à celui qui nous vend le journal, au commerçant qui s’occupe de nous, à celui qui nous a permis de sortir la voiture d’un embouteillage, au pharmacien qui nous a vendu si aimablement les médicaments.

Le Seigneur nous montre dans ce passage de l’Évangile une autre façon d’acquitter nos dettes envers Lui : celles aussi que nous avons contractées par nos nombreuses fautes et manquements à la grâce. Le Seigneur veut que nous pardonnions et excusions les éventuelles offenses que les autres pourraient nous faire, car, dans le pire des cas, la somme des offenses que nous avons pu recevoir ne dépasse pas les cent deniers, somme insignifiante comparée aux dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de deniers). Si nous savons disculper les petitesses des autres (même si c’est une grave injure), le Seigneur ne tiendra pas compte de la grande dette que nous avons envers Lui. C’est la condition que nous donne Jésus à la fin de la parabole. Et c’est ce que nous disons à Dieu chaque jour en récitant le Notre-Père : pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Lorsque nous pardonnons et oublions, nous imitons le Seigneur, car rien « ne nous rend aussi semblable à Dieu que d’être toujours disposés à pardonner[15] ».

Terminons notre méditation par cette prière connue du peuple chrétien : Je Te rends grâces, mon Dieu, de m’avoir créé, racheté, fait chrétien et conservé la vie. Je T’offre mes pensées, paroles et actions de ce jour. Ne permets pas que je T’offense et donne-moi la force de fuir les occasions de pécher. Fais que croisse mon amour envers Toi et envers les autres.

[01]. Mt 18, 23-35.
[02]. Cf. Saint Thomas,
Summa Theologiæ, III, q. 8.
[03]. Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 331.
[04]. Missel Romain,
Prière eucharistique I.
[05]. Jn 11, 41.
[06]. Cf. Mt 15, 36.—[07]. Lc 22, 19 ; Mt 26, 17.
[08]. Lc 17, 18.
[09]. Jn 4, 10.
[10]. Cf. J. M. Pero-Sanz,
La sixième heure.
[11]. Ps 115, 2.
[12]. Missel Romain,
loc. cit.
[13]. Saint Josémaria Escriva,
o. c., n. 609.
[14]. Missel Romain,
Prière après la Communion de la fête de saint Justin.
[15]. Saint Jean Chrysostome,
Homélies sur saint Matthieu, 19, 7.



19e SEMAINE. VENDREDI

8. MARIAGE ET VIRGINITÉ

— Le mariage est une vocation. La dignité, l’unité, et l’indissolubilité.

— La fécondité de la virginité et du célibat apostolique.

— La sainte pureté, garantie de l’amour.

I. L’Évangile de la Messe[01] nous présente quelques pharisiens qui s’approchèrent de Jésus pour Lui poser une question afin de le tenter : Est-il permis de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif ? Question qui divisait les différentes écoles d’interprétation de l’Écriture. Le divorce était communément admis : la question qu’ils posent ici à Jésus se réfère à la casuistique sur les motifs du divorce. Mais le Seigneur se sert de cette question banale pour entrer dans le problème de fond : l’indissolubilité. Le Christ, Seigneur absolu de toute législation, ramène le mariage à son essence et à sa dignité originelles, tel qu’il fut conçu par Dieu : N’avez-vous pas lu l’Écriture ? Au commencement, le Créateur les fit homme et femme, et Il leur dit : “Voilà pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un”. A cause de cela, ils ne sont plus deux, mais un seul. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! (…).

Le Seigneur proclama pour toujours l’unité et l’indissolubilité du mariage au-delà de toute considération humaine. Il existe de nombreuses raisons en faveur de l’indissolubilité du lien matrimonial : la nature même de l’amour conjugal, le bien des enfants, le bien de la société… Mais la racine profonde de l’indissolubilité matrimoniale se trouve dans la volonté même du Créateur, qui le fit ainsi : un et indissoluble. Ce lien que l’on contracte est si fort que seule la mort peut le rompre. Saint François de Sales l’explique par cette image vivante : « Lorsque l’on colle deux morceaux de bois de sapin en formant un assemblage, si la colle est fine, l’union en arrive à être si solide que les pièces de bois pourraient se casser en une autre partie, mais jamais à l’endroit de la jointure [02] » ; ainsi en est-il du mariage.

Pour mener à bien cette entreprise, il faut avoir la vocation matrimoniale, qui est un don de Dieu[03], de telle façon que la vie familiale et les devoirs conjugaux, l’éducation des enfants, l’effort pour préserver ou améliorer le niveau de vie de la famille… soient des occasions pour les époux de les surnaturaliser[04], en vivant à travers elles une vie de don de soi à Dieu. Qu'ils soient persuadés que Dieu les assiste afin qu’ils puissent accomplir convenablement leurs devoirs matrimoniaux, par lesquels ils se sanctifient.

Par la foi et l’enseignement de l’Église, nous, les chrétiens, nous avons une connaissance plus profonde de ce qu’est le mariage, de l’importance qu’a la famille pour chaque homme, pour l’Église et pour la société. D’où notre responsabilité actuellement, alors que les attaques viennent de toutes parts : revues, scandales auxquels on fait une grande publicité, feuilletons de télévision qui atteignent un grand public, et qui peu à peu déforme sa conscience… Lorsque nous donnons la vraie doctrine — celle de la loi naturelle, illuminée par la foi — nous faisons un grand bien à toute la société.

Aujourd’hui, demandons-nous, dans la prière, si nous défendons la famille — particulièrement les membres les plus faibles, ceux qui souffrent le plus — de ces agressions extérieures, et si nous faisons de notre mieux pour vivre des vertus comme le respect mutuel, l’esprit de service, l’amabilité, la compréhension, l’optimisme, la joie qui surpasse les états d’âme, les attentions envers tous mais particulièrement envers les plus nécessiteux…

II. La doctrine du Seigneur au sujet de l’indissolubilité et la dignité du mariage fut si choquante pour tous que même ses propres disciples lui dirent : Si telle est la situation de l’homme par rapport à sa femme, il n’y a pas intérêt à se marier. Et Jésus proclama alors la valeur du célibat et de la virginité par amour du Royaume des Cieux, le plein don de soi à Dieu, indiviso corde[05], sans la médiation de l’amour conjugal, et qui est un des dons les plus précieux de l’Église.

Ceux qui ont reçu l’appel à servir Dieu dans le mariage, se sanctifient précisément dans l’accomplissement dévoué et fidèle des devoirs conjugaux, et le mariage, pour eux, devient un chemin certain d’union avec Dieu. Ceux qui ont reçu la vocation au célibat apostolique trouvent dans le don total de soi à Dieu, et aux autres pour Dieu, la grâce pour vivre heureux et atteindre la sainteté dans leurs occupations temporelles, si c’est là que le Seigneur les veut : des citoyens courants, des hommes et des femmes qui ont une vocation professionnelle définie, ayant fait don de leur personne à Dieu et à l’apostolat, sans limites et sans conditions. C’est un appel pour lequel Dieu montre une particulière prédilection et pour lequel Il donne une aide bien spécifique. L’Église croît ainsi en sainteté avec la fidélité des chrétiens, répondant à l’appel particulier que le Seigneur fait à chacun. En premier lieu « il faut placer le don précieux de la grâce, que le Père accorde à quelques-uns (cf. Mt 19-11 ; 1 Cor 7,7), de se consacrer à Dieu seul par la virginité ou le célibat, avec un cœur plus facilement intègre [06] ». Ce plein don de soi à Dieu, « l’Église, qui en a toujours eu une très haute idée, la considère comme un signe et un stimulant de la charité et comme une source peu commune de fécondité spirituelle dans le monde[07] ».

La virginité et le mariage sont nécessaires pour l’accroissement de l’Église, et les deux supposent une vocation spécifique de la part du Seigneur. La virginité et le célibat non seulement ne contredisent pas la dignité du mariage, mais la présupposent et la confirment. Le mariage et la virginité « sont deux moyens d’exprimer et de vivre l’unique mystère de l’Alliance de Dieu avec son peuple [08] ». Et si l’on néglige la virginité, on ne comprend pas avec toute sa profondeur la dignité matrimoniale ; de même, « lorsque la sexualité humaine n’est pas considérée comme une grande valeur donnée par le Créateur, le renoncement pour le Royaume des Cieux perd sa signification »[09]. « Qui condamne le mariage, disait déjà saint Jean Chrysostome, prive aussi la virginité de sa gloire ; en revanche, qui le loue, rend la virginité plus admirable et lumineuse.[10] »

L’amour vécu dans la virginité ou dans un célibat apostolique est la joie des enfants de Dieu, parce qu’il leur permet de voir d’une nouvelle façon le Seigneur dans ce monde, de contempler Son visage à travers les créatures. Il est pour les chrétiens et pour les non croyants un signe lumineux de la pureté de l’Église. Il comporte une jeunesse intérieure particulière et une efficacité joyeuse dans l’apostolat. « Même si elle a renoncé à la fécondité physique, la personne vierge est spirituellement féconde, père et mère de beaucoup, en coopérant à la réalisation de la famille selon le dessein de Dieu.

« Les époux chrétiens sont, donc, en droit d’attendre des personnes vierges le bon exemple et le témoignage de la fidélité à leur vocation jusqu’à la mort. De même que pour les époux la fidélité devient parfois difficile et exige sacrifice, mortification, et renoncement de soi, de même cela peut arriver aux personnes vierges. La fidélité de celles-ci, même devant d’éventuelles épreuves, doit édifier la fidélité de ceux-là.[11] »

Dieu, dit saint Ambroise, « aima tant cette vertu qu’Il ne voulut pas venir au monde si ce ne fût accompagné d’elle, en naissant d’une Mère vierge » [12]. Demandons fréquemment à Sainte Marie qu’il y ait toujours dans le monde des personnes qui répondent à cet appel du Seigneur ; qui sachent être généreuses pour lui donner un amour qui ne se partage avec personne, et qui leur permet de se donner sans mesure aux autres.

III. Pour mener à bien sa propre vocation il faut vivre la sainte pureté selon les exigences de sa propre situation de marié ou de célibataire. Dieu donne les grâces nécessaires à ceux qui ont été appelés au mariage et à ceux à qui Il a demandé tout leur cœur, pour qu’ils soient fidèles et vivent cette vertu, qui n’est pas la principale, mais qui est indispensable pour entrer dans l’intimité de Dieu. Il peut arriver que, dans certains milieux, cette vertu ne soit pas à la mode, et que la vivre avec toutes ses conséquences soit, aux yeux de beaucoup, incompréhensible ou utopique. Les premiers chrétiens aussi durent faire face à un milieu hostile et agressif dans ce domaine comme dans d’autres.

Ensuite, les pasteurs de l’Église se virent obligés de prononcer des paroles comme celles-ci de saint Jean Chrysostome, qui semblent s’adresser à beaucoup de chrétiens de nos jours : « Que veux-tu que nous fassions ? Monter sur une montagne et nous faire moines ? Et ce que vous dites là me fait pleurer : que vous pensiez que la modestie et la chasteté soient le propre des moines. Non. Le Christ fit des lois pour tous. Ainsi lorsqu’Il dit : celui qui regarde une femme pour la désirer (Mt 5, 28), Il ne parlait pas au moine, mais à l’homme de la rue (…). Je ne t’interdis pas de te marier, et je ne m’oppose pas à ce que tu t’amuses. Je veux seulement que cela se fasse avec tempérance et pudeur, non dans le péché. Je ne mets pas pour loi que vous alliez dans les montagnes et les déserts, mais que vous soyez bons, modestes et chastes même en vivant au milieu des cités.[13] »

Quel grand bien nous pouvons faire dans le monde en vivant avec délicatesse cette vertu ! Nous apporterons dans tous les endroits que nous fréquentons notre propre ton, le bonus odor Christi[14], la “bonne odeur du Christ”, qui est le propre de l’âme qui vit la chasteté.

Cette vertu est accompagnée d’autres moins visibles mais qui marquent une façon de se comporter attrayante. Par exemple, les détails de modestie et de pudeur dans l’habillement, la toilette, le sport ; le refus de participer à des conversations indignes d’un chrétien et de toute personne de bien, ou de voir des spectacles immoraux ; une façon de concevoir les vacances qui évite l’oisiveté et la détérioration morale… ; et, surtout, l’exemple joyeux de sa propre vie, l’optimisme face aux événements, le désir de vivre …

Cette vertu, si importante dans tout apostolat, est gardienne de l’Amour, dont elle se nourrit et dans lequel elle trouve son sens ; elle protège et défend aussi bien l’amour divin que l’amour humain. Et si l’amour s’éteignait, il serait très difficile, peut-être impossible, de la vivre, en tout cas dans sa plénitude et sa fraîcheur.

[01]. Mt 19, 3-12.
[02]. Saint François de Sales,
Introduction à la vie dévote, 3, 38.
[03]. Cf. Concile Vatican II, Const.
Lumen gentium, 11.
[04]. Cf. Saint Josémaria Escriva,
Quand le Christ passe, 23.
[05]. 1 Cor 7, 33.
[06]. Concile Vatican II,
loc. cit., 42.
[07].
Idem.
[08]. Jean-Paul II, Exhort. Apost.
Familiaris consortio, 22 novembre 1981, 16.
[09].
Idem.
[10]. Saint Jean Chrysostome,
Traité sur la virginité, 10.
[11]. Jean-Paul II,
loc. cit.
[12]. Saint Ambroise,
Traité sur les vierges, 1.
[13]. Saint Jean Chrysostome,
Homélies sur l’Évangile de saint Matthieu, 7, 7.
[14]. 2 Cor 2, 15.


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