19e SEMAINE. SAMEDI
9. LA BÉNÉDICTION DES ENFANTS
— L’amour de Jésus pour les enfants et pour ceux qui, étant enfants de Dieu, vivent l’enfance spirituelle.
— Vie d’enfance et filiation divine.
— Enfance spirituelle et humilité.
I. L’Évangile nous montre très souvent comment Jésus aima avec prédilection les malades, ceux qui avaient le plus besoin de Lui et les enfants. Il les aima avec une vraie tendresse parce que, non seulement ils avaient besoin d’aide, mais surtout ils possédaient les qualités nécessaires pour entrer dans son Royaume.
Dans l’Évangile de la vie publique, on voit Jésus bénir deux fois les enfants et les présenter comme exemple à ses disciples. La première fois, en Galilée, à Capharnaüm, et la deuxième probablement près de Jéricho, lorsqu’Il se préparait à monter à Jérusalem. L’Évangile de la Messe[01] nous raconte cette seconde occasion : on présenta des enfants à Jésus, dit saint Matthieu. Ce sont sûrement les femmes qui les Lui présentent : des mères, des grand-mères ou des sœurs. Elles sont entrées dans la maison où se trouve Jésus, poussant probablement les petits devant elles, et elles les installent près du Seigneur, pour qu’Il leur impose les mains en priant pour eux, comme si c’étaient les gestes et les attentions habituelles de Jésus avec les enfants. Ils ont peut-être dérangé ceux qui écoutaient le Maître ; c’est pourquoi les disciples les écartaient vivement. Mais le Seigneur intervient : Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à Moi, car le Royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent. Il leur imposa les mains, puis Il partit de là.
En déclarant que le Royaume des Cieux appartient aux enfants, Il nous enseigne en premier lieu, tout simplement, que les enfants ne sont absolument pas exclus du Royaume et que, par conséquent, nous devons les préparer et les conduire à Lui avec grand soin : en les baptisant dès que possible, comme l'a dit notre Mère l’Église très souvent et à toutes les époques[02], elle qui désire les recevoir au plus tôt dans son sein. « L’opinion commune et l’autorité des Pères de l’Église, enseigne le Catéchisme Romain, prouve que cette loi doit se comprendre non seulement des adultes, mais aussi des enfants dans l’enfance, et que l’Église a reçu cette loi par Tradition apostolique. On doit croire, de plus, que le Christ Notre Seigneur ne voulut pas que l’on refuse le sacrement et la grâce du Baptême aux enfants, de qui Il disait : laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à Moi... [03] » Le devoir des parents commence par « l’obligation de faire en sorte que les enfants soient baptisés dans les premières semaines [04] ».
Par le Baptême ils reçoivent la vie même du Christ, ils deviennent enfants de Dieu d’une façon complètement nouvelle, et reçoivent le Ciel en héritage. Le Seigneur regardera avec estime et bienveillance les mères qui auront fait baptiser leurs enfants avec promptitude et qui, tout au long de leur vie, auront veillé à ce qu’ils reçoivent une bonne instruction religieuse.
Le Seigneur nous dit aussi dans ce passage de l’Évangile que son Royaume appartient à ceux qui, comme les enfants, ont un regard limpide et un cœur pur et simple, sans orgueil : devant Dieu nous sommes comme de petits enfants, et c’est ainsi que nous devons nous comporter devant Lui. « L’enfant est, au principe de la vie, ouvert à toute aventure. Toi aussi ; ne mets aucun obstacle pour avancer dans la vie de l’Évangile et pour continuer durant ta vie dans ce chemin toujours nouveau.[05] »
II. Lorsqu’Il est venu sur terre, en s’incarnant, le Fils de Dieu se présenta à nous non pas comme un ange, ni comme un puissant ; Il vint sous la faible et fragile condition d’un enfant. Il aurait pu venir sur la terre sous une autre forme, mais il a choisi la petitesse d’un enfant qui a besoin de protection et d’amour.
Cela signifie que Dieu nous demande, à l’imitation de son Fils, que nous nous comportions comme des enfants à son égard. Le Père veut que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes[06] : c’est la clef de notre foi. Mais pour être comme des enfants nous devons changer notre façon de penser, de juger, d’agir… et approfondir sans cesse l’enseignement de Dieu notre Père ! Que nous demande-t-on au juste ? D’abord d’avoir le désir de nous comporter en enfants de Dieu, dociles à sa Volonté, avec droiture, humilité et simplicité. Comme les Apôtres et les saints : plus ils étaient transformés par le Saint-Esprit, plus ils se reconnaissaient comme des enfants de Dieu. Même si tous les saints ne l’ont pas manifesté explicitement, cela a été vécu par tous, parce que c’est le Saint-Esprit qui inspire cette droiture de cœur propre aux enfants dans leur innocence[07].
« Un enfant sot s’agite et trépigne quand, pleine d’affection, sa mère introduit une aiguille dans son doigt pour en retirer l’épine qui s’y était plantée... L’enfant sage, même s’il a les yeux pleins de larmes — car la chair est faible — regarde, reconnaissant, sa mère qui le fait souffrir un peu pour lui épargner des maux pires encore.
« Jésus, fais que je sois cet enfant sage[08] », Lui demandons-nous dans notre prière : que je sache comprendre que dans la maladie, la douleur, l’échec professionnel..., se trouve la main providentielle d’un Père qui n’a jamais cessé de veiller sur ses enfants. Acceptons avec un cœur joyeux tout ce que la vie nous offre, ce qui est doux et ce qui est amer, comme un cadeau de celui qui nous aime infiniment, plus que quiconque.
Cette vie d’enfance spirituelle n’est pas immaturité. « Un enfant sot s’agite et trépigne... » : l’infantilisme se traduit par une immaturité de l’esprit, du cœur, des émotions, il est étroitement lié au manque d’autodiscipline, au manque d’effort. Cette attitude est celle de certaines personnes pendant toute leur vie, jusqu’à la vieillesse, jusqu’à la mort, sans pour autant qu’elles se comportent vraiment comme des enfants devant Dieu. La véritable enfance spirituelle implique maturité — vision surnaturelle, pondération des événements à la lumière de la foi, avec l’aide des dons du Saint-Esprit — et simplicité. « L’enfant sage regarde, reconnaissant... » Celui qui se laisse aller à tous ses désirs, ses idées, ses émotions, qui change souvent de conduite, uniquement préoccupé par son “moi”, ne progresse pas sur ce sentier de la vie d’enfance. En revanche, l’enfant sage, dans sa simplicité, est tout occupé à la gloire de son Père, comme Jésus lorsqu’Il était sur terre. Le vrai enfant, le vrai fils, vit et parle avec son « Abba », avec son Père[09].
III. Notre piété est filiale, pleine d’amour : comment pourrions-nous servir Dieu avec amour, si nous ne commencions pas par le reconnaître comme un Père plein d’amour envers ses enfants ? Sans doute beaucoup de chrétiens vivent éloignés de Dieu, qu’ils trouvent distant et froid, car ils n’ont pas compris qu’ils étaient enfants de Dieu, que Dieu aime chacun d’un amour total, ce qui pour tant d’âmes a été le début d’une vraie vie intérieure. Donne-nous, Seigneur, le sens de la filiation divine, aide-nous à ne pas l’oublier.
En vérité Je vous le dis : celui qui n’accepte pas le Royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera pas[10]. « Pourquoi dit-on, demande saint Ambroise, que les enfants sont aptes pour le Royaume des Cieux ? Peut-être parce que normalement ils n’ont pas de malice, et ne savent pas tromper, et n’osent pas tromper ; ils ne connaissent pas la luxure, n’acceptent pas les richesses et ignorent l’ambition. Cela ne veut pas dire que nous ne connaîtrons pas le mal, mais que nous le rejetterons ; cela ne veut pas dire que nous ne pécherons pas, mais qu’il faut tâcher de ne pas consentir au péché. Par conséquent, le Seigneur ne se réfère pas à l’enfance comme telle, mais à l’innocence qu’ont les enfants dans leur simplicité.[11] »
Dans la vie chrétienne, la maturité existe précisément lorsque nous nous faisons enfants devant Dieu, des enfants qui ont confiance et s’abandonnent à Lui comme un petit enfant dans les bras de son Père. Nous voyons alors les événements du monde comme ils sont, et nous n’avons d’autre préoccupation que de plaire à notre Père et Seigneur.
Devenir comme des enfants est un chemin spirituel qui s’appuie sur la vertu surnaturelle de la force d’âme pour vaincre la tendance à l’orgueil et à l’autosuffisance, qui empêche que nous nous comportions en enfants de Dieu et conduit, en constatant nos propres échecs, au découragement, à l’aridité et à la solitude. La piété filiale, au contraire, fortifie l’espérance, la certitude d’arriver au but, et donne la paix et la joie dans cette vie. Devant les difficultés de la vie nous ne nous sentirons jamais seuls, aussi grandes soient-elles. Le Seigneur ne nous abandonne pas, et cette confiance sera pour nous comme l’eau pour le voyageur dans le désert. Sans elle nous ne pourrions pas continuer à aller de l’avant.
Vierge Marie, notre Mère, conduis-nous par la main comme de petits enfants avec d’autant plus de soin que sera plus grande la maturité que nous donnent les années et l’expérience.
[01]. Mt 19, 13-15.
[02]. Cf. S. C. pour la Doctrine de la Foi, Instruction sur le baptême des enfants, 20 octobre 1980.
[03]. Catéchisme Romain, II, 2, 32.
[04]. Code de droit canon, can. 867, 1.
[05]. Ch. Lubich, Paroles pour vivre.
[06]. 1 Jn 3, 1.
[07]. Cf. Perquin, Abba, Père, p. 142.
[08]. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 329—[09]. Cf. B. Perquin, o. c., p. 143.
[10]. Lc 18, 17.
[11]. Saint Ambroise, Commentaire à l’Évangile de saint Luc, 18, 17.
20e DIMANCHE. ANNÉE A
10. LA VALEUR DE LA PRIÈRE
— Comment demander ? Le Seigneur écoute ceux qui prient comme les enfants.
— Qualités de la prière : persévérance, foi et humilité. L’union dans la prière.
— Prier d’abord pour les besoins de l’âme et pour les besoins matériels s’ils rapprochent de Dieu.
I. Aujourd’hui[01], saint Matthieu nous dit que Jésus se retira avec ses disciples dans la région de Tyr et de Sidon. Il passa du rivage de la mer de Galilée au rivage de la Méditerranée. Et voici qu’une femme Cananéenne — de l’ancienne population de Palestine, le pays de Canaan, où s’établirent les Israélites — s’approcha de lui en criant : Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon.
Jésus, malgré les cris de la femme, ne lui répondit rien. Selon saint Marc, cette première rencontre eut lieu dans une maison, où la femme vint se jeter à ses pieds[02]. Le Seigneur, apparemment, n’y fit pas attention.
Puis, Jésus et ceux qui l’accompagnaient sortirent de la maison et les disciples s’approchèrent de Lui pour Lui dire : Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! La femme continuant à supplier, Jésus lui dit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. Cette mère, cependant, ne se considéra pas vaincue : elle vint se prosterner devant Lui : Seigneur, viens à mon secours ! Que de foi ! Que d’humilité ! Que d’intérêt dans sa demande !
Jésus lui répond : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux chiens (les enfants voulant dire les Juifs, le peuple élu et les chiens les païens). Mais la femme, avec une profonde humilité et une grande foi, insiste : C’est vrai, Seigneur, reprit-elle, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Cette femme gagna ainsi le Cœur du Christ et provoqua un des plus grands éloges du Seigneur et le miracle demandé : Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
L’Évangile nous parle toujours de mères très attentives à leurs enfants. Elles savent comment s’adresser à Jésus pour lui demander de l’aide. Que ce soit la mère de Jacques et Jean qui lui réclame une bonne place pour eux, la veuve de Naïm qui pleure son fils mort et obtient du Christ, par un regard peut-être, qu’Il lui rende la vie… Ces femmes nous montrent combien la persévérance dans la prière de demande touche le Cœur du Seigneur. Nous, qui nous lassons si rapidement, méditons souvent ces passages de l’Évangile.
Saint Augustin raconte dans ses Confessions que sa mère, sainte Monique, pleurait et priait sans cesse Dieu pour la conversion de son fils ; elle demandait aussi à des personnes amies de lui parler pour qu’il change de conduite. Un évêque lui dit un jour pour la consoler : « Va-t-en en paix, femme ! Il est impossible que se perde le fils de tant de larmes. [03] » Et plus tard saint Augustin dira : « si je n’ai pas péri dans l’erreur, c’est à cause des larmes, quotidiennes et pleines de foi, de ma mère[04] ».
Dieu écoute particulièrement la prière de ceux qui savent aimer ; même s’il semble parfois ne pas répondre. Ce silence n’est-il pas un appel de Dieu à plus de foi, d’espérance et d’amour dans l’humilité et la ferveur, à l’image des mères de l’Évangile ?
II. La prière de demande occupe une place importante dans la vie des hommes. Le Seigneur nous accorde de nombreux dons et bienfaits sans que nous les demandions, mais il a prévu de nous donner d’autres grâces en comptant sur notre prière ou sur celle de ceux qui sont plus proches de Lui. Saint Thomas enseigne[05] que notre demande n’a pas pour but de changer la volonté divine, mais d’obtenir ce qu’Il était déjà prêt à nous accorder si nous le Lui demandions. Ne nous lassons donc pas de demander des grâces au Seigneur. Demandons aussi à d’autres personnes de prier pour nos intentions et pour tout ce que nous désirons obtenir du Seigneur. Saint Thomas explique que Jésus ne répondit pas tout de suite à cette femme parce qu’Il voulait que les disciples intercèdent pour elle, pour nous montrer comment obtenir certaines choses, par l’intercession des saints[06]. Le miracle extraordinaire que cette femme païenne lui demandait a nécessité une prière exceptionnelle, accompagnée de beaucoup de foi et de beaucoup d’humilité. Persévérer est la première condition de toute demande : il faut prier toujours sans jamais se lasser[07], a dit Jésus lui-même. « Persévère dans l’oraison. — Persévère même si ton effort te paraît stérile. — L’oraison est toujours féconde. [08] » La demande de la femme cananéenne fut efficace dès le premier moment. Jésus attendit seulement qu’elle dispose son cœur pour recevoir le don qu’elle sollicitait.
Demandons avec foi. La foi « fait jaillir la prière et la prière, dès qu’elle jaillit, atteint la fermeté de la foi [09] » ; les deux sont intimement unies. Cette femme avait une grande foi : « elle croit en la Divinité du Christ, lorsqu’elle l’appelle Seigneur ; et en son Humanité lorsqu’elle lui dit Fils de David. Elle ne demande rien en vertu de ses mérites ; elle n’invoque que la miséricorde de Dieu en disant : “Aie pitié”. Et elle ne dit pas : aie pitié de ma fille, mais : aie pitié de moi, parce que la douleur de la fille est la douleur de la mère ; et afin de lui inspirer davantage de compassion, elle lui parle de sa douleur ; c’est pourquoi elle continue : Ma fille est cruellement tourmentée par un démon. Elle montre ainsi au Médecin ses blessures et l’ampleur et l’espèce de sa maladie ; l’ampleur lorsqu’elle lui dit : est cruellement tourmentée ; l’espèce par les paroles : par un démon.[10] »
La constance dans la prière nécessite une vie de foi, de confiance en Jésus qui écoute même lorsqu’Il semble se taire. Cette foi nous aidera à nous abandonner totalement entre les mains de Dieu. « Dis-Lui : Seigneur, je ne veux rien de plus que ce que Tu voudras. Et même ce que je T’ai demandé, tout au long de ces derniers jours, ne me le donne pas si cela doit m’écarter, ne fût-ce que d’un millimètre, de ta Volonté.[11] » Je ne veux que ce que Tu veux et parce que Tu le veux.
III. Cette femme nous enseigne également une autre qualité de la bonne prière : l’humilité. La prière jaillit d’un cœur humble et repenti de ses péchés : Cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies[12], le Seigneur qui ne méprise jamais un cœur contrit et repenti, résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles[13], à qui se sait servus pauper et humilis[14].
Le Seigneur désire que nous Lui demandions beaucoup de choses. En premier lieu, pour notre âme, car « grandes sont les maladies qui l’affligent, et ce sont celles que le Seigneur veut principalement guérir. Et, s’Il guérit celles du corps, c’est parce qu’Il veut chasser celles de l’âme [15] ». Généralement « à peine nous nous sentons malades, nous faisons tout pour guérir le plus vite possible. En revanche lorsque c’est l’âme qui est malade, nous hésitons et ajournons la guérison (...) : nous rendons ce qui est nécessaire accessoire et ce qui est accessoire nécessaire. Nous laissons ouverte la source des maux et nous prétendons assécher les petits ruisseaux[16] ». Demandons pour notre âme la grâce de lutter contre les défauts, la droiture dans nos actions, la fidélité à notre vocation, de recevoir la sainte Eucharistie plus dignement, d’accroître notre amour des autres, d’être plus dociles à la direction spirituelle, d’avoir davantage de zèle apostolique… Le Seigneur veut aussi que nous demandions pour d’autres besoins : de l’aide pour surmonter un petit échec, du travail, de la santé... dans la mesure où cela nous sert à aimer Dieu davantage, car nous ne voulons rien qui puisse nous éloigner du Christ.
Jésus est particulièrement attentif à la prière pour les autres. Saint Jean Chrysostome dit : « Le besoin nous oblige à prier pour nous-même, et la charité fraternelle à demander pour les autres. Dieu accepte davantage la prière recommandée par la charité que celle qui est motivée par le besoin.[17] »
Prions, en premier lieu, pour les personnes les plus proches et pour celles que le Seigneur nous a confiées. Les parents ont le devoir de prier pour leurs enfants, surtout s’ils se sont éloignés de la foi ou si le Seigneur les a appelés à une vocation spécifique. Sachons aussi que la prière aura plus de force si elle est accompagnée d’actes : d’heures de travail ou d’étude offertes pour telle intention, accepter par amour de Dieu les contrariétés, vivre la charité et la miséricorde en toute occasion…
De tous temps les chrétiens ont confié leurs demandes à des intercesseurs : les saints, leur ange gardien, et surtout la Vierge Marie. Saint Bernard dit, par exemple, que « notre Avocate monta au Ciel, pour que, comme Mère du Juge et Mère de Miséricorde, Elle s’occupe des affaires de notre salut [18] ». Ne manquons pas d’avoir recours chaque jour à Notre-Dame !
[01]. Mt 15, 21-28.
[02]. Mc 7, 24-25.
[03]. Saint Augustin, Les Confessions, 3, 12, 21.
[04]. Idem, Traité sur le don de la persévérance, 20, 53.
[05]. Saint Thomas, Summa Theologiæ, II-II, q. 83, a. 2.
[06]. Idem, Catena Aurea, Vol. II, p. 338.
[07]. Lc 18, 1.
[08]. Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 101
[09]. Saint Augustin, Sermon 115.
[10]. Saint Thomas, Catena Aurea, vol. II, pp. 336-337.
[11]. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 512
[12]. Ps 50, 19.
[13]. Cf. 1 P 5,5 ; Jac 4, 6.
[14]. Cf. Liturgie des Heures, Hymne de l’office des lectures en la Solennité de la Fête-Dieu.
[15]. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Matthieu, 14, 3.
[16]. Idem.
[17]. Idem, dans Catena Aurea, vol. I, p. 354.
[18]. Saint Bernard, Sermon en l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, 1, 1.
20e DIMANCHE. ANNÉE B
11. UN GAGE DE VIE ÉTERNELLE
— Celui qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle.
— La Sainte Eucharistie est aussi le gage de la future glorification.
— Remède à la faiblesse humaine : chercher la force dans la communion.
I. La première lecture de la Messe[01] parle d’une solennelle invitation que Dieu fait aux hommes : Venez manger mon pain et boire le vin... Ce banquet est une image souvent employée dans la sainte Écriture pour annoncer l’arrivée du Messie, il est la préfiguration de la sainte Eucharistie, dans laquelle le Christ se donne à nous comme Aliment. Saint Jean recueille les paroles finales de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm, où il annonça l’ineffable don qu’il allait laisser aux hommes. Je suis le pain vivant qui est descendu du Ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Et, un peu plus tard Il ajoute : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et Moi, Je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson... Tel est le pain qui descend du Ciel : il n’est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement[02].
La Communion, nourriture de l’âme, augmente la vie surnaturelle de l’homme, et lui donne des forces pour résister à ce qui s’oppose à une union plénière avec le Christ. Elle aide à combattre l’inclination au mal ; elle intensifie la joie qui vient de Dieu, la ferveur et la fidélité à sa vocation. Elle fait croître la charité et réveille la contrition pour les fautes, elle supprime les péchés véniels de ceux qui sont repentis et elle préserve des mortels.
La sainte Eucharistie est aussi un gage de vie éternelle. Un gage : le signe que l’on donne comme garantie de l’accomplissement d’une promesse. Dans la Communion nous avons la garantie de l’atteindre, si nous ne trahissons pas la fidélité au Seigneur.
Autrefois, on lisait une émouvante antienne au moment de la Communion : Oh saint banquet, dans lequel on reçoit le Christ... l’âme se remplit de grâce, et on nous donne un gage de la future gloire. Le banquet est une image très employée dans la sainte Écriture pour décrire la joie et le bonheur que nous atteindrons en Dieu. Le Seigneur Lui-même annonce qu’il ne boira plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père[03]. Il fait référence à un vin nouveau[04], car il n’y aura plus besoin de l’aliment et de la boisson terrestres : dans le Royaume des Cieux nous serons sans fin en union totale avec le Christ. Dès maintenant, dans la Communion, nous avons la garantie de cette union définitive, et « elle rend aussi présents tous les membres du Corps Mystique au-delà des distances et au-delà de la mort, parce que l’espace et le temps sont supprimés dans le Christ glorieux présent en elle [05] ».
Quelle joie de pouvoir être avec le Christ et d’entrer d’une certaine façon déjà dans le Ciel tout en étant ici sur terre ! « Augmente ta foi en la sainte Eucharistie. — Émerveille-toi devant cette réalité ineffable : avoir Dieu avec nous, pouvoir Le recevoir chaque jour et, si nous le voulons, Lui parler de façon intime, comme l’on parle avec un frère, comme l’on parle avec son Père, comme l’on parle avec l’Amour.[06] »
II. Dans la Communion, « sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future nous est donné [07] », enseigne le Concile Vatican II. Cette gloire éternelle n’est pas seulement celle de l’âme, mais aussi celle du corps, de l’homme tout entier[08]. Le Seigneur faisait référence à l’homme entier lorsqu’Il promit que celui qui le mangerait vivrait par Lui et ne mourait jamais, et que Lui-même le ressusciterait au dernier jour[09]. L’Eucharistie proclame le mystère pascal du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne[10] à la fin des temps, lorsqu’aura lieu la résurrection des corps et qu’ils s’uniront à nouveau à l’âme. Ainsi ceux qui auront été fidèles aimeront et jouiront de Dieu — corps et âme — pour toujours.
Jésus est la Vie, non seulement celle de l’au-delà, mais aussi la vie surnaturelle que la grâce produit dans l’âme qui se trouve encore en chemin. Lorsque Jésus ressuscite Lazare à Béthanie, il dit à Marthe : C’est Moi qui suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en Moi, fût-il mort, revivra ; et quiconque vit et croit en Moi ne mourra jamais[11]. Le Seigneur répète ici l’enseignement de Capharnaüm que nous trouvons dans l’Évangile de la Messe : celui qui Le reçoit ne mourra pas.
Les Pères de l’Église appellent la Communion « le médicament de l’immortalité, l’antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre pour toujours en Jésus-Christ[12] ». Comme le bois de la vigne mis dans la terre, enseigne saint Irénée, fructifie en son temps, et le grain de blé tombé en terre, lève, et, « ensuite, par l’action de Dieu, devient Eucharistie, le Corps et le Sang du Christ ; ainsi nos corps, alimentés par elle et mis en terre et réduits en poussière, ressusciteront en leur temps…[13] » : cette garantie de la future résurrection qu’est l’Eucharistie agit comme une semence de la future glorification du corps. Elle sème dans l’homme un germe d’immortalité, car la vie de la grâce se prolonge au-delà de la mort. Saint Grégoire de Nysse explique que l’homme prit un aliment de mort (par le péché originel) et doit, par conséquent, prendre un médicament qui lui serve d’antidote, comme ceux qui ont pris un poison doivent prendre un contrepoison. Ce médicament de notre vie n’est pas autre chose que le Corps du Christ, « qui a vaincu la mort et qui est la source de la Vie[14] ».
Si parfois la pensée de la mort nous attriste, ne nous laissons pas aller ; pensons que la mort est un passage : la vie de l’âme continue au-delà et après la résurrection de notre corps, qui sera glorifié, elle le rejoindra. La sainte Eucharistie est un « signe qui se donne en garantie » de la promesse que le Seigneur lui-même nous a faite : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et Moi, Je le ressusciterai au dernier jour.
III. Dans la deuxième lecture de la Messe[15], saint Paul précise : Prenez bien garde à votre conduite : ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages. Tirez parti du temps présent, car nous traversons des jours mauvais. Maintenant comme en ce temps-là, les jours sont mauvais, et le temps passe. L’espace qui nous sépare de la vie définitive près de Dieu est court, et les possibilités de se laisser entraîner par un environnement qui ne conduit pas au Seigneur sont nombreuses.
L’Apôtre invite à bien profiter du temps de la vie et récupérer aussi le temps perdu. Récupérer le temps, explique saint Augustin, « c’est sacrifier, s’il le faut, les intérêts présents aux intérêts éternels, car ainsi l’éternité s’achète avec la monnaie du temps [16] ». Profitons de tous les instants et de toutes les circonstances pour rendre gloire à Dieu et lui réaffirmer notre amour, laissant de côté ce qui est passager et ne laisse pas de trace.
Le Christ, dans la sainte Communion, nous enseigne à contempler le présent avec un regard d’éternité ; Il nous montre ce qui est vraiment important dans chaque situation, dans chaque événement. Il illumine le futur et donne une perspective transcendante à nos actions. Il faut avancer chaque jour vers une existence nouvelle et éternelle, devant laquelle le monde d’aujourd’hui semblera comme une ombre[17]. La sainte Eucharistie donne les forces nécessaires pour parcourir le chemin qui mène à la maison du Père ; « elle est pour nous un gage éternel, qui nous assure le Ciel, qui un jour sera notre demeure ; nos corps seront d’autant plus glorieux que nous aurons reçu le Corps du Christ, plus fréquemment et plus dignement.[18] »
Que la faiblesse nous entraîne à chercher la force dans la Communion, où le Christ en personne accueille l’homme, maltraité par les aspérités du chemin, et le réconforte avec la chaleur de sa compréhension et de son amour ! Dans l’Eucharistie, ces paroles si douces trouvent tout leur sens : Venez à Moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau ; c’est Moi qui vous soulagerai (Mt 11, 28). Le Christ dans l’Eucharistie apporte un soulagement personnel et profond. Si nous sommes fidèles, nous entrerons avec Lui dans le Ciel, comme Il nous l’a promis pour toute l’éternité. Nous entrerons… et ce qui était garantie d’une promesse deviendra réalité : la vie près de la Vie pour toute l’éternité.
Ecce Panis angelorum, factus cibus viatorum, vere panis filiorum : voici le Pain des Anges, aliment de ceux qui cheminent, véritable pain des enfants[19] : donne nous, Seigneur, la force de parcourir notre chemin sur cette terre, avec le regard fixé vers le but qui nous attend.
[01]. Pr 9, 1-6.
[02]. Jn 6, 51-58.
[03]. Mt 26, 29.
[04]. Cf. Is 25, 6.
[05]. Ch. Lubich, L’Eucharistie.
[06]. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 268
[07]. Concile Vatican II, Const. Sacrosanctum Concilium, 47.
[08]. Cf. M. Schmaus, Théologie dogmatique.
[09]. Cf. Jn 6, 54.
[10]. 1 Cor 11, 26.
[11]. Jn 11, 25.
[12]. Saint Ignace d’Antioche, Lettre aux Ephésiens, 20, 20.
[13]. Saint Irénée, Contre les hérésies, 5, 2, 3.
[14]. Cf. Saint Grégoire de Nysse, Discours de catéchèse, 37.
[15]. Eph 5, 15-20.
[16]. Saint Augustin, Sermon 16, 2.
[17]. Cf. 1 Cor 7, 31.
[18]. Saint Curé d’Ars, Sermon sur la Communion.
[19]. Missel Romain, Solennité du Corps et du Sang du Christ, Séquence Lauda Sion.