Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

20e SEMAINE. MARDI

14. LE SENS CHRÉTIEN DES BIENS MATÉRIELS

— Les biens de la terre sont ordonnés à la fin surnaturelle de l’homme.

— La richesse et les talents personnels sont ordonnés au service du bien.

— Développer les talents que le Seigneur nous a donnés en vue du bien des autres.

I. Les Apôtres, comme le Seigneur, regardèrent le jeune homme s’en aller avec cette tristesse particulière de celui qui ne répond pas à ce que Dieu lui demande. Ils pensèrent peut-être qu’il aurait pu être l’un des intimes, de ceux qui écoutèrent des confidences attendrissantes de Jésus, qu’il envoya par la suite évangéliser le monde.

Tandis qu’ils reprennent la marche, le Seigneur leur dit : Un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux. Et Il ajoute : Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux. Les disciples furent profondément déconcertés[01].

Celui qui met son cœur dans les richesses peut-il suivre le Seigneur, peut-il aimer ? En revanche, l'homme peut parfaitement se servir des biens matériels comme de moyens pour atteindre Dieu. Nous avons le choix entre deux buts dans notre vie : ou Dieu ou les richesses. Le cœur s’oriente selon un de ces deux buts majeurs. On ne peut servir Dieu et l’Argent[02].

« En araméen le mot richesse employé par le Seigneur, se dit Mammon, qui désigne, avec dérision, une idole. Pourquoi une idole ? Pour deux raisons. D’abord parce que l’idole est un succédané de Dieu (on choisit l’un ou l’autre) En second lieu, par son contenu : au-delà de l’argent, simple unité monétaire, l’idole, Mammon, symbolise un instrument de pouvoir, un moyen de possession, une expression de l’avidité des choses… La domination que l’idole exerce sur l’homme s’oppose à ce qui est le propre de la personne humaine créée à l’image et ressemblance de Dieu, et par conséquent à sa relation avec le Créateur. [03] »

Celui qui considère les choses de la terre comme un bien absolu commet donc une sorte d’idolâtrie[04] ; il corrompt son âme comme avec l’impureté[05], et finit souvent par s’unir aux « princes de ce monde », qui se lèvent contre Dieu et contre son Christ[06].

L’amour désordonné des biens matériels (qu'on en possède peu ou beaucoup), est un grave obstacle pour suivre le Christ, comme on le constate dans l'Évangile du jeune homme riche que nous considérions hier dans la méditation. C’est pourquoi le chrétien a intérêt à examiner fréquemment ce thème : Sommes-nous sobres et tempérants ? Sommes-nous vraiment détachés des biens matériels ? Préférons-nous les biens de l’âme ou ceux du corps ? Utilisons-nous les moyens matériels pour faire du bien aux autres ? Ces biens nous approchent-ils de Dieu ou nous en séparent-ils ? Savons-nous nous passer de dépenses superflues ? N'avons-nous pas tendance à nous créer parfois des besoins inutiles ou à céder à nos caprices ? Prenons-nous soin de nos affaires ? Quel dommage de ne pas voir Jésus qui passe à nos côtés parce qu’on a le cœur rempli de choses inutiles !

II. N'oublions pas cependant que pour celui qui vit au milieu du monde les biens matériels en eux-mêmes sont des biens, voulus par Dieu, qu’il doit faire fructifier en faveur de la famille et de la société, pour lutter contre la pauvreté et la misère, et pour collaborer à de bonnes actions en faveur du prochain. Rien de plus éloigné du véritable esprit de pauvreté séculier que la crainte du monde et des moyens matériels. Le vrai progrès et le développement, matériel aussi, sont bons et voulus par Dieu ; le Seigneur n’a prêché ni la saleté ni la misère. C'est une responsabilité de tous de lutter contre toutes les situations d’indigence qui dégradent l’être humain.

La pauvreté de celui qui se sanctifie au milieu de ses tâches séculières, ne s'identifie pas à une circonstance extérieure : disposer ou ne pas disposer de beaucoup de biens matériels. Il s’agit de quelque chose de plus profond qui touche le cœur et l’esprit. La pauvreté consiste à être humble devant Dieu, à se sentir toujours dans le besoin vis-à-vis de lui, à être pieux, à manifester la foi dans sa vie. L'attitude du chrétien qui possède beaucoup de biens matériels sera alors imprégnée de détachement, de charité généreuse. De même, celui qui ne possède pas de biens matériels n’est pas pour autant justifié devant Dieu, s’il ne s’efforce pas d'acquérir la vraie pauvreté ; même dans la gêne il peut manifester sa générosité et son détachement du peu dont il dispose.

Il est vrai que Jésus fut très proche des pauvres, des malades, de ceux qui souffraient ; parmi ses proches ne manquèrent pas non plus des gens fortunés et plus ou moins importants. Les femmes qui subvenaient à ses besoins étaient des personnes aisées. Parmi les Apôtres, Matthieu et les fils de Zébédée avaient certains moyens financiers. Joseph d’Arimathie était un homme riche, et il est cité expressément comme l’un de ses disciples[07] ; lui et Nicodème ont eu le privilège de recevoir le Corps mort de Jésus[08], et Nicodème apporta une grande quantité d’arômes (environ cent livres, plus de trente kilos !) pour la sépulture de Jésus. La famille de Béthanie avec laquelle Jésus avait une intimité particulière, était probablement d’un certain niveau social, car nombreux sont les juifs qui viennent chez eux à la mort de Lazare. Jésus appelle Zachée pour aller chez lui[09]. Les vêtements de Jésus n'étaient pas particulièrement ceux d'un pauvre, l'Évangile nous précise que sa tunique était bordée et n’avait pas de couture.

« Les biens de la terre ne sont pas mauvais ; ils se corrompent quand l’homme les érige en idoles, et quand il se prosterne devant eux ; ils s’ennoblissent quand nous les utilisons pour faire le bien, en œuvrant chrétiennement pour la justice et la charité. Nous ne pouvons poursuivre les biens à la manière d’un homme qui va à la recherche d’un trésor ; notre trésor (…), c’est le Christ, et tous nos amours doivent se joindre en Lui.[10] » Qu’est-ce qui peut avoir une valeur supérieure à Dieu ? Sachons imiter le Christ dans nos vies de tous les jours. N’oublions pas que la tendance habituelle est de posséder de plus en plus, de dépenser, de se créer des besoins artificiels, sans tenir compte que « l’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres [11] ».

Examinons avec droiture notre comportement vis-à-vis des biens matériels. Riches ou pauvres, sommes-nous détachés, sachant qu’« un signe clair de détachement est de ne rien considérer comme étant à soi[12] » ?

III. Mais comment être à la fois détaché de tout et faire fructifier les talents reçus du Seigneur ? La société de consommation, le désir de posséder, les difficultés intérieures, endurcissent le cœur égoïste ; l’environnement pousse à la satisfaction immédiate de ses plaisirs, de son petit-moi. Cela donne comme résultat des existences sans idéal, qui ne donnent aucun sens à la vie et qui se révoltent contre Dieu, contre le Christ [13], ne comprenant pas l’origine de cette insatisfaction profonde dont l’homme est victime lorsqu’il se détourne de Dieu.

L'attitude chrétienne consiste bien plutôt à développer sans crainte les talents reçus du Seigneur, à travailler pour que la société progresse et qu’elle soit plus humaine ; que tous les hommes puissent mener une vie digne, comme il correspond à des enfants de Dieu. Apprenons à donner de ce qui nous appartient, à aider, selon nos capacités, des institutions qui élèvent et sauvent l’homme de la misère, de l’inculture… Qu’en ce qui dépend de nous, disparaissent ces inégalités sociales qui crient vers le Ciel, ces gaspillages qui offensent la créature et le Créateur.

Pour la majorité des chrétiens, suivre le Christ signifie développer leurs capacités en vue du bien de la société entière. En commençant par la famille, pour qu’elle puisse disposer des moyens nécessaires, puis en aidant ceux qui sont dans le besoin ; si cela est à notre portée, en créant de nouveaux emplois…

La tempérance dans la possession et l’usage des biens donne au chrétien une maturité humaine et surnaturelle qui lui permet de suivre le Christ de près et de réaliser un grand apostolat.

Demandons à la Vierge Marie de nous aider à prendre, aujourd’hui, une résolution concrète fruit de notre méditation.

[01]. Mt 19, 23-25.
[02]. Mt 6, 24.
[03]. J. M. Lustiger, Cf.
Sécularité et théologie de la Croix.
[04]. Col 3, 5.
[05]. Cf. Eph 4, 19; 5, 3.
[06]. Cf. Ps 2, 2.
[07]. Mt 27, 57.
[08]. Jn 19, 38.
[09]. Lc 19, 5.
[10]. Saint Josémaria Escriva,
Quand le Christ passe, 35.
[11]. Concile Vatican II, Const.
Gaudium et spes, 69.
[12]. Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 524.
[13]. Cf. Ps 2, 2.



20e SEMAINE. MERCREDI

15. À TOUTE HEURE

— Le Seigneur appelle tout le monde à travailler à sa vigne, à co-racheter le monde avec Lui.

— L’apostolat à toute heure et en toute circonstance. L’exemple des premiers chrétiens.

— Quiconque passe près de nous peut-il dire qu’il s’est senti poussé à vivre plus près du Christ ?

I. Le Seigneur se compare dans l’Évangile de la Messe[01] à un père de famille qui sort à différentes heures du jour embaucher des ouvriers pour travailler dans sa vigne : à l’aube, vers neuf heures, vers midi, vers trois heures... Avec les premiers — ceux qui furent embauchés en premier — il convint que leur salaire serait d’un denier. Les autres furent embauchés pour un salaire qui serait juste. À la dernière heure, lorsque la journée de travail arrivait presqu’à sa fin, à la onzième heure, le père de famille sortit de nouveau et en trouva d’autres qui étaient sans travailler, il leur dit : Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? Ils lui répondirent : Parce que personne ne nous a embauchés. Et il les envoya aussi travailler dans sa vigne.

Le Seigneur donne ici un enseignement fondamental : Dieu appelle tous les hommes, un à un. Les uns reçoivent l’invitation à l’aube de leur vie, à un âge précoce : d’autres, lorsqu’ils ont parcouru déjà une bonne partie du chemin. Et tous dans des circonstances bien différentes : celles que présente le monde où nous vivons. À la fin du jour tous reçoivent comme denier, la gloire éternelle, la participation à la vie même de Dieu[02], le bonheur sans fin dans l’au-delà, et l’incomparable joie, sur terre déjà, de travailler pour le Maître, de dépenser sa vie pour le Christ.

Travailler dans la vigne du Seigneur. Collaborer avec le Christ à la Rédemption du monde : en diffusant sa doctrine en toute occasion ; en parlant du sacrement de pénitence, enseignant peut-être la façon de faire un bon examen de conscience, en expliquant les bienfaits que procure la confession ; en appelant d’autres à suivre le Christ de plus près par une vie de prière ; en participant à une catéchèse ou à une activité de formation ; en collaborant financièrement à la création et au développement d’instruments apostoliques ; en aidant quelqu’un à s’éloigner d’une situation qui pourrait offenser Dieu (un conseil, une correction fraternelle) ; en proposant à un ami, avec prudence et après avoir demandé des lumières dans la prière, la possibilité de suivre le Seigneur de plus près…

Puisque nous nous savons appelés à travailler dans la vigne du Seigneur, marchons vers le salut et aidons les autres à se sauver. C’est en aidant les autres qu’on se sauve soi-même [03]. Il n’est pas possible de suivre le Christ sans transmettre en même temps la joie de son appel à tous les hommes, « car celui qui dans cette vie ne procure que son propre intérêt n’est pas entré dans la vigne du Seigneur[04] ». Travaillent pour le Christ ceux qui « s’empressent de gagner des âmes et de les amener à la vigne[05] », car la vie est courte.

II. Le Seigneur sort embaucher des ouvriers pour sa vigne à des heures très différentes et en diverses situations. Toute heure, n’importe quel moment est bon pour l’apostolat, pour mener des ouvriers à cette vigne, pour qu’ils soient utiles et donnent des fruits. Dieu appelle chacun selon ses circonstances personnelles, avec sa manière d’être particulière, avec ses défauts et sa capacité aussi de développer de nouvelles vertus. Mais combien sont ceux qui meurent sans avoir su que le Christ vit et qu’il apporte à tous le salut, car personne ne le leur a dit ? Allons-nous rester sans bouger, sans parler de Dieu. « Sans doute vas-tu me dire : et pourquoi m’efforcerais-je ? Ce n’est plus moi mais saint Paul qui te répond : l’amour du Christ nous presse (2 Cor 5, 14). Tout le temps d’une existence est bien peu de chose pour élargir les frontières de ta charité.[06] »

Les premiers chrétiens savaient que l’apostolat n’a pas de limite, et ils commençaient souvent par leur propre famille : « Ils persuadent leurs serviteurs et leurs servantes, s’ils en ont, de se convertir par amour pour eux. Ainsi, une fois convertis, ils les appellent frères sans distinction. [07] » Les conversions familiales furent innombrables. Ensuite les voisins, les clients, les collègues de travail ou d’armes… Les vertus militaires et le témoignage des martyrs, favorisèrent l’expansion de l’Évangile parmi les soldats. L’armée donna des martyrs en Italie, en Afrique, en Égypte et jusqu’aux rivages du Danube. La dernière persécution commença par une épuration des légions[08].

Toutes les situations étaient bonnes pour approcher les âmes du Christ, même celles qui humainement pouvaient paraître les moins appropriées, comme comparaître devant un tribunal. Saint Paul, prisonnier à Césarée, parle pour sa défense devant le procurateur Festus et le roi Agrippa. Il leur dévoile les mystères de la foi de telle façon qu’il en était là de sa défense (annonçant la résurrection du Christ), quand Festus s’écria à haute voix : Tu perds la tête, Paul ! Ton grand savoir aboutit à la folie ! Et Saint Bède commente : « Il considérait comme une folie qu’un homme enchaîné ne parle pas des calomnies qui le harcelaient du dehors, mais des convictions qui l’illuminaient de l’intérieur.[09]  » Plus tard, Agrippa dira à Paul : Pour un peu, tu me persuaderais de me faire chrétien ! Et Paul lui répondit : Que ce soit pour un peu ou pour beaucoup, plaise à Dieu que non seulement toi, mais encore tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui deviennent tels que je suis, sauf pour ces chaînes ![10]

Et nous, saurons-nous mener, avec patience et cordialité, nos parents, nos voisins, ou nos amis... jusqu’au Seigneur ? Le sens apostolique de notre vie sera en proportion de l’amour que nous avons envers le Christ. Ne perdons aucune occasion : toutes les heures sont bonnes pour mener des ouvriers à la vigne du Seigneur, tous les âges bons pour donner des fruits.

III. Il est tout de même surprenant que le père de famille sorte à la dernière heure, lorsqu’il ne reste presque plus de temps pour travailler ; la raison que donnent les ouvriers embauchés à cette heure tardive est, elle aussi, surprenante : Personne ne nous a embauchés, personne ne nous a dit que ce propriétaire cherchait des ouvriers pour travailler dans sa vigne. Aujourd’hui, beaucoup ne répondraient-ils pas de la même façon ? Un baptisé qui a une foi encore fragile et qui ne trouve personne pour l’aider… « Tu as eu une conversation avec celui-ci, celui-là, et aussi cet autre, parce que le zèle pour les âmes te dévore (...). — Persévère : par la suite que nul ne puisse s’excuser en affirmant “quia nemo nos conduxit” – personne ne nous a appelés.[11] » Aucun parent, ami ou voisin..., ni celui avec qui nous avons passé une seule après-midi, ou fait un voyage, ou qui travaille dans la même entreprise que nous, dans la même faculté... aucun ne devrait dire qu’il ne s’est pas senti touché par notre amour du Christ. Plus notre volonté d’amour est grande, plus nous trouvons d’occasions de faire connaître le Christ.

Les uns se sentiront encouragés par des paroles qui parlent avec joie du Maître, les autres seront aidés par l’exemple d’un travail bien fait ou par la sérénité face à la douleur et la difficulté, ou par la cordialité peut-être qui plonge ses racines dans la vertu de charité... ; tous se sentiront aidés par la prière et par la joie propre à celui qui vit près de Dieu. Qu’aucun de ceux qui nous ont croisés dans la vie ne puisse dire, à la fin de ses jours, que personne ne s’est occupé de lui.

Les premiers à être embauchés à la vigne protestèrent car ils reçurent le même salaire que les derniers. Pourtant ce salaire avait été convenu d’avance avec le maître. Ils ne comprirent pas que c’était déjà un honneur de servir le Seigneur. Remercions-le de nous avoir appelés pour le servir ; ne demandons pas de récompense, ne cherchons rien pour nous-mêmes, soyons des apôtres : aimons de plus en plus le Christ et appelons d’autres à faire de même. Rappelons-nous que sur le denier du salaire « est gravée l’image du Roi [12] » : Dieu Lui-même se donne à nous dans cette vie. Et, à la tombée du jour, il nous donnera la gloire sans fin : chacun recevra à la mesure de son travail[13].

« Ayons recours ensemble à la Mère du Christ. Notre Mère, toi qui as vu grandir Jésus, qui l’as vu mettre à profit son passage parmi les hommes, apprends-moi à employer mes journées au service de l’Église et des âmes ; apprends-moi à écouter, au plus intime de mon cœur, comme un reproche affectueux, ô douce Mère, chaque fois qu’il le faudra : mon temps n’est point à moi, parce qu’il appartient à Notre Père qui est aux cieux. [14] » Demandons à saint Joseph de nous apprendre à dépenser notre vie au service de Jésus, tandis que nous vaquons avec joie à nos occupations dans le monde.

[01]. Mt 20, 1-16.
[02]. Cf. F. M. Moschner,
Les paraboles du Royaume des Cieux.
[03]. Cf. Jean-Paul II,
Sur la vertu de prudence, 25 octobre 1978.
[04]. Saint Grégoire le Grand,
Homélies sur les Évangiles, 19, 2.
[05].
Idem.
[06]. Saint Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 43.
[07]. Aristides, cité par D. Ramos,
Le témoignage des premiers chrétiens.
[08]. A. G. Hamman,
La vie quotidienne des premiers chrétiens.
[09]. Saint Bède,
Commentaire aux Actes des Apôtres, in loc.
[10]. Ac 26, 24-32.
[11]. Saint Josémaria Escriva,
Sillon, n. 205.
[12]. Saint Jérôme,
Commentaire à l’Évangile de saint Matthieu, 4, 3.
[13]. 1 Cor 3, 8.
[14]. Saint Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 54.



20e SEMAINE. JEUDI

16. APPELÉS AU BANQUET DE NOCES

— C’est le Christ Lui-même qui nous invite.

— Bien préparer la Communion pour éviter la routine.

— L’amour pour Jésus présent dans le Saint Sacrement.

I. Plusieurs paraboles de l’Évangile veulent faire comprendre que Jésus appelle tous les hommes, chacun selon ses propres circonstances. Aujourd’hui le Seigneur parle d’un roi qui a préparé un banquet pour célébrer les noces de son fils, et envoya ses serviteurs appeler les invités[01].

L’image du banquet était familière au peuple juif, car les Prophètes avaient annoncé que Yahweh préparerait un festin extraordinaire pour tous les peuples lorsqu’arriverait le Messie : il fera pour tous un festin de viandes grasses, un festin de vins de première cuvée, de viandes grasses et pleines de moelle, de vins bien dépouillés[02]. Ce banquet signifie en premier lieu la plénitude des biens que nous donnerait l’Incarnation et la Rédemption, et le don inestimable de la Sainte Eucharistie.

Jésus montre dans cette parabole la froideur et l’indifférence aux appels de Dieu : le roi envoya ses serviteurs chercher les invités, mais ceux-ci ne voulurent pas venir. Jésus n’oblige personne à venir, mais il voit avec peine la salle vide et les plats préparés avec tant de soin rester sur la table.

Le roi envoya de nouveau ses serviteurs dire aux invités : Voilà : mon repas est prêt, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez au repas de noce. Mais les invités restèrent indifférents : ils s’en allèrent l’un à ses champs, l’autre à ses affaires. D’autres, non seulement refusèrent l’invitation, mais se retournèrent contre lui. C’est ainsi qu’ils empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Ils réagirent avec violence aux requêtes de l’Amour !

Jésus nous invite à une plus grande intimité avec Lui, à un plus grand don de soi, une plus grande confiance. Et chaque jour Il appelle à la table qu’Il a préparée pour nous. C’est Lui qui invite, c’est Lui-même qui se donne comme nourriture : ce grand banquet est la préfiguration de la Communion.

Oui, Jésus Lui-même est l’aliment sans lequel nous ne pouvons pas subsister, « le remède de nos besoins quotidiens[03] », sans lequel l’âme s’affaiblit et meurt. Caché sous les apparences du pain, Jésus nous attend chaque jour pour que nous le recevions, pleins d’amour et de reconnaissance : le banquet est prêt, dit-il ... et nombreux sont les absents, ceux qui ne se rendent pas compte du bien suprême de la Sainte Eucharistie, qui ne savent pas apprécier l’amour que le Christ offre dans chaque Communion.

« Considère quel honneur on t’a fait, exhorte saint Jean Chrysostome, de quelle table tu jouis. Celui que les anges voient en tremblant, et n’osent pas regarder en face à cause de l’éclat qu’il lance, c’est avec Lui que nous nous alimentons, avec Lui que nous nous mélangeons, et nous faisons un seul corps et une seule chair avec le Christ.[04] »

De nombreux absents… c’est pourquoi il nous attend tellement. Il désire, avec une intensité que nous ne pouvons même pas imaginer, que nous allions le recevoir dans la joie, avec tout notre amour. Et Il nous envoie en appeler d’autres : Allez aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce. Il attend beaucoup de monde grâce à un apostolat aimable, patient et efficace, pour faire découvrir à nos amis et à ceux qui nous entourent l’incommensurable bonheur de recevoir le Christ. C’est peut-être ainsi que cela s’est passé pour nous : « Écoutez d’où vous avez été appelés : d’une croisée de chemins. Et qu’étiez-vous alors ? Boiteux et mutilés de l’âme, ce qui est bien pire que de l’être du corps. [05] » Mais le Seigneur eut pitié de nous et Il voulut nous faire partager son intimité.

II. Nous ne pouvons pas nous présenter devant le Seigneur n’importe comment. Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce, et lui dit : Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?[06].

Chaque jour nous sommes invités à nous approcher du banquet eucharistique, préparé avec tant de soin. Nous sommes conscients de nos petites habitudes, de nos erreurs, de nos fautes, des traits de notre caractère qui nous rendent indignes de l’immense honneur que Jésus-Christ nous fait.

Mais ne nous présentons pas au Seigneur en guenilles, qui risqueraient de cacher nos défauts ou de justifier nos actes. Avant de le recevoir, faisons un examen de conscience. « Sur la terre on accueille avec des lumières, de la musique et des vêtements de gala les personnes de grande condition. Pour recevoir le Christ dans notre âme, comment devons-nous nous préparer ? Avons-nous parfois pensé à ce que serait notre conduite si l’on ne pouvait communier qu’une seule fois dans sa vie ? [07] » Nous passerions la nuit sans dormir, nous saurions bien ce que nous Lui demanderions..., tous les préparatifs nous sembleraient peu... Est-ce ainsi que nous le recevons tous les jours ?

L’invité qui n’avait pas le vêtement de noce entendit certes l’invitation, il alla à la noce avec joie, mais sans tenir compte des exigences de l’appel. Recevoir le Seigneur n’importe comment, distraits, sans bien savoir ce que nous faisons ? Une bonne Communion suppose en premier lieu de recevoir le Seigneur en état de grâce. L’Église enseigne que « personne ne doit s’approcher de la Sainte Eucharistie avec la conscience d’avoir commis un péché mortel, aussi repenti qu’il lui semble être, sans au préalable avoir recours à la Confession sacramentelle [08] ».

Préparons le mieux possible l’âme et le corps : par la Confession fréquente même si, grâce à Dieu, il n’y a pas de fautes graves, par les désirs de purification, les actes de foi, d’amour et d’humilité au moment de recevoir le Seigneur…

« L’Amour se paie avec de l’amour... Amour, en premier lieu, envers le Christ Lui-même. La rencontre eucharistique est, en effet, une rencontre d’amour. [09] » Communier avec fréquence ne signifie pas communier avec tiédeur. C’est celui qui ne se prépare pas ou qui est distrait qui tombe dans la tiédeur. S’approcher de la Communion en pensant à autre chose serait un manque de délicatesse. Nous savons que nous ne serons jamais suffisamment préparés pour recevoir Celui qui vient à notre âme, car notre pauvre demeure ne peut pas être bien meilleure ; cependant le Seigneur attend les preuves d’amour qui sont à notre portée. « Si une personne distinguée ou qui occupe un poste élevé, ou un ami riche et puissant nous annonçait qu’il allait venir nous voir chez nous, avec quelle sollicitude nous laverions et cacherions tout ce qui pourrait offenser la vue de cette personne ou de cet ami ! Que celui qui a commis de mauvaises actions lave d’abord les taches et la saleté qu’il a, s’il veut préparer pour Dieu une demeure dans son âme. [10] »

III. Tu as préparé la table devant moi...[11]. Quelle joie de penser que le Seigneur nous donne tant de facilités pour Le recevoir ! Quelle joie de savoir qu’Il désire que nous Le recevions !

La Confession fréquente est un grand moyen pour préparer la Communion fréquente. Nous pouvons aussi développer les désirs de purification et fréquenter chaque fois avec plus de foi et plus de délicatesse Jésus présent dans ce saint sacrement. L’effort pour vivre la journée en présence de Dieu et pour accomplir le mieux possible nos devoirs quotidiens aide aussi à communier avec plus d’amour ; le fait aussi de ressentir une douleur d’amour lorsque nous commettons une erreur ; remplir la journée d’actions de grâces et de communions spirituelles, de telle sorte le cœur soit toujours mis dans le Seigneur.

Faisons nôtre la prière que le Pape Jean-Paul II adressait à Jésus présent dans la Sainte Hostie : « Seigneur Jésus ! Nous nous présentons devant Toi en sachant que Tu nous appelles et que Tu nous aimes tels que nous sommes. Tu as des paroles de vie éternelle et nous avons cru et connu que Tu es le Fils de Dieu (Jn 6, 69). Ta présence dans l’Eucharistie a commencé avec le sacrifice de la Dernière Cène et continue comme communion et don de tout ce que Tu es. Augmente notre foi (...). Tu es notre espérance, notre paix, notre Médiateur, frère et ami. Notre cœur se remplit de joie et d’espérance lorsqu’il sait que Tu vis en intercédant toujours pour nous (Heb 7, 25). Notre espérance se traduit en confiance, en joie de Pâques et en chemin rapide avec Toi vers le Père.

« Nous voulons sentir comme Toi et estimer les choses comme Tu les estimes. Car Tu es le centre, le principe et la fin de tout. Appuyés sur cette espérance, nous voulons communiquer dans le monde cette échelle de valeurs évangéliques, par laquelle Dieu et ses dons de salut occupent la première place dans le cœur et dans les attitudes de la vie concrète.

« Nous voulons aimer comme Toi, qui donnes ta vie et te communiques avec tout ce que Tu es. Nous voudrions dire comme saint Paul : Ma vie, c’est le Christ (Ph 1, 21). Notre vie n’a pas de sens sans Toi. Nous voulons apprendre à “être avec celui dont nous savons qu’Il nous aime, parce qu’avec un tel ami présent on peut tout souffrir”  …

« Tu nous a donné ta Mère afin qu'elle soit notre Mère, et qu’Elle nous enseigne à méditer et à adorer en notre cœur. Elle, en recevant la Parole et en la mettant en pratique, devint la Mère la plus parfaite.[12] »

[01]. Mt 22, 1-14.
[02]. Is 25, 6.
[03]. Saint Ambroise,
Sur les saints mystères de l’autel, 4, 44.
[04]. Saint Jean Chrysostome,
Homélies sur saint Matthieu, 82, 4.
[05].
Idem, 69, 2.
[06]. Mt 22, 11-12.
[07]. Saint Josémaria Escriva,
Quand le Christ passe, 91.
[08]. Dz 880, 693.
[09]. Jean-Paul II,
Allocution, 31 octobre 1982.
[10]. Saint Grégoire Le Grand,
Homélie 30 sur les Évangiles.
[11]. Ps 22.
[12]. Jean-Paul II,
loc. cit.


suivant