Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

21e SEMAINE. JEUDI

25. UNE CHARITÉ VIGILANTE

— Maintenir la vie spirituelle toujours en éveil.

— La charité des premiers chrétiens : le jour de garde.

— Comment vivre le jour de garde.

I. Tout l’Évangile est un appel à rester éveillés, vigilants, en garde face à l’adversaire qui ne se repose pas, et en vue de la prochaine venue du Seigneur dont nous ne savons pas quand elle aura lieu. Veillez, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra, nous dit l’Évangile de la Messe[01]. Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.

Pour le chrétien qui se sera maintenu en veille, ce dernier jour ne viendra pas comme le voleur pendant la nuit[02], il n’y aura ni stupeur ni confusion, car chaque jour aura été une rencontre avec Dieu à travers les événements les plus simples et les plus ordinaires. Saint Paul compare cette veille à la garde (statio) que fait le soldat bien armé qui ne se laisse pas surprendre[03] ; il compare souvent la vie chrétienne à une garde, au soldat en campagne[04], qui vit sobrement et que l’ennemi ne surprend pas facilement parce qu’il est éveillé par la prière et la mortification.

Le Seigneur nous prévient de bien des façons, par diverses paraboles, contre la tentation de la négligence, du laisser-aller et du manque d’amour. Un cœur qui aime est un cœur vigilant, pour lui-même et pour les autres. Dieu nous charge d’être aussi en état de veille, en garde, pour ce qui concerne ceux qui nous sont unis par des liens de foi, de sang, d’amitié…

En se référant au voleur dans la nuit, le Seigneur nous enseigne à ne pas laisser distraire notre attention de la grande affaire du salut. Veiller « veut dire être toujours dans l’attente ; cela signifie avoir la tête penchée hors de la fenêtre avec l’espoir d’être le premier à dire : “Regardez, ils arrivent !”[05] » C’est être attentifs, avec joie, à la venue du Seigneur ; c’est mobiliser toutes nos énergies, pour que ceux qu’Il nous a confiés et que nous aimons, trouvent aussi Jésus : par la Communion des Saints nous sommes comme la sentinelle qui perçoit le danger et protège les siens, ou le guetteur qui attend l’arrivée de son Seigneur, pour donner la bonne nouvelle aux autres. Attendre le maître comme ce serviteur prudent qui entretient la propriété, en réalisant pendant son absence « tous les petits travaux [...] : enlever la poussière, faire briller le sol, faire du feu, de telle façon que la maison soit confortable lorsque le propriétaire arrive. Chacun a une tâche à accomplir le mieux possible, surtout si apparemment, il ne nous reste plus beaucoup de temps.[06] » Veiller, se tenir sur ses gardes, repousser le sommeil de la tiédeur. On y arrive si on lutte sur les points que l’on nous indique dans la direction spirituelle, lorsqu’on fait un examen particulier concret, lorsqu’on fait bien l’examen général quotidien.

II. Les premiers chrétiens accomplirent si bien le nouveau Commandement du Seigneur[07] que les païens les distinguaient par l’amour qu’ils avaient et par le respect avec lequel ils traitaient tout le monde ; ils vécurent la charité en se préoccupant des besoins des autres et, en des temps difficiles, en aidant leurs frères à rester fidèles à la foi. Il existait entre eux la coutume  — Tertullien l’appelle statio, terme militaire qui signifie être de garde[08] — de jeûner et de faire pénitence deux jours par semaine, afin de se préparer à recevoir avec une âme plus propre la Sainte Eucharistie et de demander l’aide de Dieu pour ceux qui étaient en danger ou qui en avaient un plus grand besoin. Nous savons, par exemple, que saint Fructueux fut martyrisé un jour où il jeûnait parce que c’était sa statio, son jour de garde[09].

Le Seigneur attend que nous vivions la charité d’une façon particulière avec ceux qui ont les mêmes liens de la foi que nous : « “Voyez comme ils s’aiment, disent-ils, disposés à mourir les uns pour les autres”. (…) Le mot de frères que nous utilisons entre nous, n’a pas le même sens pour les autres. (…) Par droit de la nature, notre mère commune, nous aussi sommes vos frères..., mais combien est plus importante, la raison pour laquelle sont considérés et appelés frères ceux qui reconnaissent Dieu comme leur unique Père, ceux qui boivent le même Esprit de sainteté, ceux qui, sortis du même sein de l’ignorance, sont restés émerveillés devant la lumière même de la vérité ![10] »

Si la détresse de tous les hommes nous fait souffrir, comment n’allons-nous pas pratiquer une charité vigilante avec ceux qui ont les mêmes idéaux que nous ! Fixons-nous un jour par semaine, durant lequel nous nous efforçons d’être plus attentifs à nos frères dans la foi, en les aidant par une plus grande prière, davantage de mortification, de marques d’affection, par la correction fraternelle… Cela nous aidera, nous aussi, comme cela aidait les premiers chrétiens.

« “Custos, quid de nocte !” — Sentinelle, alerte ! Ah si toi aussi, pendant la semaine, tu prenais l’habitude d’avoir ton jour de garde : pour te donner plus à fond, pour veiller sur chaque détail avec un plus grand amour, pour prier et te mortifier un peu plus.

« Tu vois : la Sainte Église est comme une grande armée rangée en ordre de bataille. Et, toi, dans cette armée, tu défends un “front”, où il y a des attaques et des combats et des contre-attaques. Est-ce que tu comprends ? Si tu te rapproches davantage de Dieu, un tel état d’esprit t’incitera à transformer tes journées, l’une après l’autre, en autant de jours de garde.[11] »

III. Va, dit le Prophète Isaïe, établis un guetteur ; ce qu’il verra, qu’il l’indique. S’il voit des gens montés, un couple de cavaliers, montant des ânes, montant des chameaux, qu’il regarde avec attention, grande attention. Qu’il crie comme un lion : Au poste de guet, Seigneur, je me tiens sans cesse tout le jour, et ma veille, je la garde toutes les nuits[12]. La sentinelle est en constante veille, de jour et de nuit, devant les destructeurs de Babylone qui ravageront tout et imposeront leurs idoles. Le guetteur est attentif pour sauver son peuple ; soyons, nous aussi, des guetteurs.

Pour vivre cette veille et pour croître en fraternité, ce jour choisi pour être particulièrement attentifs aux autres peut nous aider, comme il aida les premiers chrétiens. Durant cette journée, redisons avec profondeur : Mon cœur veille[13]. Nous avons tous besoin les uns des autres ; aidons-nous tous mutuellement ; nous bénéficierons conti­nuellement des biens spirituels de l’Église, de la prière, de la mortification, du travail bien fait et offert à Dieu, de la douleur d’un malade... En ce moment, quelqu’un est en train de prier pour nous, et notre âme se vivifie par la générosité de personnes que nous ne connaissons peut-être pas, ou d’une qui est très proche de nous. Un jour, en présence de Dieu, au moment du jugement particulier, nous verrons ces aides immenses qui nous auront sauvés tant de fois, et celles qui nous auront aidés à nous approcher davantage du Seigneur. Si nous sommes fidèles, nous contemplerons aussi avec joie tous les sacrifices, les travaux, les prières, et même ce qui nous aura semblé stérile et de peu d’intérêt, que nous aurons offert pour nos frères dans la foi. Peut-être le salut d’autres personnes viendra-t-il en bonne partie de notre prière, de notre mortification, et de nos œuvres…

Oui, tout ce que nous faisons a des répercussions et des effets dans la vie des autres. Cela nous aide à accomplir avec fidélité nos devoirs, en offrant à Dieu nos œuvres, en sachant que le travail, les maladies, les prières, unis à la prière et au Sacrifice du Christ qui se renouvelle sur l’autel, constituent un appui formidable pour tout le monde. Parfois cette aide que nous apportons deviendra même un motif fondamental de fidélité à Dieu, et nous poussera à recommencer très souvent, à être plus généreux dans la mortification, à dire comme le Seigneur : pro eis sanctifico ego meipsum…, je me sanctifie pour eux[14], c’est la raison pour laquelle je recommence aujourd’hui à nouveau, je termine bien ce travail, je vis cette mortification concrète. Jésus regarde cela avec une tendresse particulière, et Il ne nous laissera pas seuls. Il y a peu de choses qui Lui soient aussi agréables que celles qui concernent directement ses frères, nos frères.

« “Frater qui adjuvatur a fratre quasi civitas firma” — le frère aidé par son frère est comme une ville forte.

« Réfléchis un instant, et décide-toi à vivre la fraternité que je ne cesse de te recommander.[15] »

Jour de garde. Une journée pour être plus vibrants dans la charité, par l’exemple, par des œuvres de service, par de petites mortifications qui rendent la vie plus aimable ; un jour pour faire un examen de conscience et voir si nous aidons de la correction fraternelle ceux qui en ont besoin, une journée pour avoir recours plus fréquemment à Marie, bon « port de ceux qui font naufrage, consolation du monde, rachat des captifs, joie des malades[16] », avec le chapelet, avec la prière Souvenez-vous, en Lui demandant de l’aide pour ceux, connus ou inconnus, qui en ont peut-être particulièrement besoin.

[01]. Mt 24, 42-51.
[02]. 1 Th 5, 2.
[03]. Cf. 1 Th 5, 4-11.
[04]. Cf. J. Precedo,
Le chrétien dans la métaphore militaire de saint Paul, S.P.C.I.C., Rome.
[05]. R. A. Knox,
Une retraite pour laïcs, p. 77.
[06].
Idem, p. 79.
[07]. Cf. Jn 13, 34.
[08]. Cf. A. G. Hamman,
La vie quotidienne des premiers chrétiens.
[09]. Cf.
Martyre de saint Fructueux, dans Actes des martyrs.
[10]. Tertullien,
Apologeticus, 39.
[11]. Saint Josémaria Escriva,
Sillon, n. 960.
[12]. Is 21, 6-8.
[13]. Cant 5, 2.
[14]. Cf. Jn 17, 19.
[15]. Saint Josémaria Escriva,
Chemin, n. 460.
[16]. Saint Alphonse Marie de Ligori,
Visites au Saint Sacrement, 2.



21e SEMAINE. VENDREDI

26. L’HUILE DE LA CHARITÉ

— L’huile qui maintient éclairée la lumière de la charité c’est l’intimité avec Jésus.

— L’éclat des bonnes œuvres.

— Être lumière pour les autres.

I. L’Évangile de la Messe[01] raconte une coutume juive que le Seigneur emploie pour nous apprendre à savoir veiller sur soi-même et sur les autres. Jésus dit : Le Royaume des cieux est comparable à dix vierges invitées à des noces, qui prirent leur lampe et s’en allèrent à la rencontre de l’époux... Ces vierges sont les jeunes filles, demoiselles d’honneur de la mariée, qui, devant la maison de celle-ci, attendent l’époux. L’enseignement de Jésus se centre sur l’attitude la plus souhaitable à l’arrivée du Seigneur. Il vient, et nous devons l’attendre avec un esprit de veille, éveillés par l’amour, car, dit saint Grégoire le Grand en commentant cette parabole, « dormir, c’est mourir [02] ».

Cinq de ces vierges, lisons-nous, étaient insensées : elles n’avaient pas pris suffisamment d’huile pour le cas où l’époux tarderait. Les cinq autres furent prévoyantes, prudentes, et elles avaient pris, avec leur lampe, de l’huile en réserve. Les unes et les autres s’endormirent, car l’attente fut longue. Quand au milieu de la nuit, se fit entendre le cri : Voici l’époux ! Seules celles qui avaient pris de l’huile étaient prêtes et purent participer aux noces. Les autres, malgré leurs efforts, restèrent dehors…

Le Saint-Esprit enseigne aussi qu’avoir commencé à parcourir le chemin qui conduit au Christ ne suffit pas : il faut se maintenir continuellement en éveil, car la tendance de l’homme, de la femme, est de diminuer souvent le don de soi que comporte la vocation chrétienne. Presque sans nous en rendre compte, peut s’introduire dans l’âme le désir de rendre compatible le fait de suivre le Christ avec un climat d’embourgeoisement. La pression d’un environnement qui a comme norme de vie la recherche insatiable du confort et de la commodité peut être très forte. Ne serions-nous pas alors semblables à ces vierges, initialement bien disposées, qui se fatiguent rapidement et ne peuvent sortir pour recevoir l’Époux, ce pourquoi elles s’étaient préparées pendant toute la journée ? Si nous n’étions pas en éveil, le Seigneur nous trouverait endormis, la lampe éteinte. Quel dommage si un chrétien, après des années et des années de lutte, se retrouvait, à la fin de sa vie dans une situation où ses actes auraient manqué de valeur surnaturelle parce qu’il leur aurait manqué l’huile de l’amour et de la charité ! N’oublions pas que la lumière de la charité éclaire toutes les relations (familiales, sociales..., les rapports avec les amis, avec les clients, avec les personnes que nous rencontrons par hasard…).

La vertu théologale de la charité illumine nos actes en toute circonstance, à tout moment, que nous soyons bien-portants ou malades, fatigués, en échec au travail ou en famille, en rapport avec des personnes aimables ou franchement difficiles… « Dans l’âme bien disposée il y a toujours une résolution vive, ferme et décidée, de pardonner, de souffrir, d’aider, une attitude qui pousse toujours à réaliser des actes de charité. Si ce désir d’aimer, cet idéal d’aimer d’une façon désintéressée, sont enracinés dans l’âme, elle en aura la preuve la plus convaincante que ses communions, ses confessions, ses méditations et toute sa vie de prière sont en ordre, sincères et fécondes.[03] »

L’huile qui maintient la flamme de la charité c’est la prière pleine d’amour, l’intimité avec Jésus. Il n’est pas difficile de constater que beaucoup de personnes qui portent le nom de chrétiens, ne vivent pas bien la charité, « mais si toi et moi, nous en venons à envisager les choses avec un esprit surnaturel, nous découvrirons aussi la racine de cette stérilité : l’absence de relations intenses et continuelles avec Notre Seigneur Jésus-Christ, la méconnaissance de l’œuvre de l’Esprit Saint dans l’âme, dont le premier fruit est précisément la charité[04] ».

II. Suivre le Christ, cela naît de l’Amour et trouve son aliment et son achèvement dans l’Amour. L’embourgeoisement est un échec du désir de suivre le Maître ; soyons sincères avec Dieu et avec nous-mêmes, pour être toujours ouverts à ses requêtes, en combattant l’égoïsme. Si l’on s’attache à une vie facile, qui exclut l’abnégation et le sacrifice, si on se laisse porter seulement par des désirs de satisfactions personnelles, on trouvera difficilement les forces nécessaires pour se donner à Dieu et aux autres de tout son cœur et de toute son âme.

« Il y en a aussi d’autres qui affligent leur corps par l’abstinence, mais demandent à cette abstinence des faveurs humaines ; ils se consacrent à enseigner, ils donnent beaucoup aux indigents ; mais en réalité ce sont des vierges insensées ; ils ne cherchent que la rétribution de la louange passagère.[05] » Il leur manque la droiture d’intention : leurs œuvres sont vides.

Le Seigneur nous demande la persévérance dans l’amour, celle qui croît dans la joie de servir le Christ. Ayez courage et que votre cœur s’affermisse, vous tous qui espérez en Yahweh[06], nous conseille le Saint-Esprit. Sans découragement, persévérons dans l’effort quotidien, pour que l’Amour nous trouve préparés lorsqu’Il viendra. « Ces vierges prudentes ne sont-elles pas, par hasard, commente saint Augustin, celles qui persévèrent jusqu’au bout ? On ne les aurait laissées entrer pour aucune autre cause, pour aucune autre raison, si ce n’était parce qu’elles avaient persévéré jusqu’à la fin... Et c’est parce que leurs lampes brûlent jusqu’au dernier moment qu’on leur ouvre en grand les portes et on leur dit d’entrer[07] » : elles ont atteint le but de leurs vies.

Si un chrétien perd cette attitude vigilante, s’il cède au péché véniel et laisse ainsi se refroidir les rapports d’amitié avec le Christ, il plonge dans l’obscurité, pour lui-même et pour les autres. Lorsqu’il laisse de côté l’esprit de mortification et néglige la prière... la lumière languit. Peut-être finira-t-elle par s’éteindre. « Après tant de travaux, après tant de sueur, après une lutte vaillante et les victoires obtenues contre les mauvaises inclinations de la nature, les vierges insensées durent se retirer honteuses, avec leurs lampes éteintes et la tête basse.[08] » L’amour de Dieu se vérifie non dans le fait d’avoir commencé, même avec fougue, mais dans le fait de persévérer, de recommencer autant qu’il le faut.

Les insensées « ne sont certes pas demeurées inactives : elles ont bien essayé de faire quelque chose... Mais elles entendent la voix qui leur répond durement : je ne vous connais pas (Mt 25, 12). N’ont-elles pas su, ou n’ont-elles pas voulu se préparer avec l’empressement requis ? Elles ont oublié de prendre la précaution raisonnable d’acheter de l’huile à temps. La générosité leur a manqué pour aller jusqu’au bout de ce qui leur avait été confié. Elles avaient en effet largement le temps, mais elles l’ont gaspillé.

« Pensons courageusement à notre vie. Pourquoi parfois ne trouvons-nous pas les minutes nécessaires pour achever avec amour le travail qui nous incombe et qui est le moyen de notre sanctification ? Pourquoi négligeons-nous nos obligations familiales ? Pourquoi la précipitation survient-elle au moment de prier, d’assister au Saint Sacrifice de la Messe ? Pourquoi la sérénité et le calme nous manquent-ils pour accomplir nos devoirs d’état, alors que nous nous attardons sans aucune hâte à suivre nos caprices personnels ? En voilà des futilités, me direz-vous. Oui, c’est vrai ; mais ces niaiseries-là sont justement l’huile, notre huile, qui maintient la flamme vive et la lumière allumée.[09] »

Le désir d’aimer toujours davantage le Christ, la lutte contre les défauts et faiblesses, en recommençant chaque fois qu’il faut rectifier, voilà ce qui maintient la flamme allumée, voilà l’huile en réserve, qui ne permet pas que l’éclat de la charité s’éteigne. Le Seigneur nous attend là, dans notre travail, dans notre famille, dans nos loisirs… Nous pouvons être tout à lui partout où nous nous trouvons.

III. Cette attitude de veille que le Seigneur désire que nous maintenions dans notre cœur bénéficie d’abord à nos proches. Une conception purement matérielle de la vie, les mauvais exemples de ceux qui devraient être comme des panneaux de signalisation, sont pesants ; et l’inclination des passions qui tirent vers le bas est parfois tyrannique…, mais la force de la charité bien vécue peut bien davantage ! Frater qui adiuvatur a fratre, quasi civitas firma[10], “le frère aidé par son frère est aussi fort qu’une ville entourée de murailles”, que l’ennemi ne peut prendre d’assaut. Le pouvoir du bien est plus grand que celui du mal. Soyons donc comme des lampes allumées qui illuminent le chemin des autres.

Cela signifie : protéger les personnes avec lesquelles le Seigneur a voulu que nous ayons des liens plus étroits et des rapports particuliers..., puis l’humanité tout entière, avec le soin de la fraternité : aidons les autres chaque jour par la prière, en les avisant opportunément et délicatement par la correction fraternelle lorsque nous nous rendons compte que s’introduisent dans leur vie des manières et des coutumes indignes d’un chrétien ; un conseil qui les aide à améliorer leur vie familiale ou professionnelle ; un mot d’encouragement dans des moments d’abattement saura passer par-dessus leurs erreurs et leurs défauts, en les aidant à les surpasser… Simplement en saluant nous pouvons faire du bien, car « le salut, dit saint Thomas, est une sorte de prière[11] » qui désire la paix des âmes, que Dieu soit avec eux...

Frater qui adiuvatur a fratre quasi civitas firma, “le frère aidé par son frère est aussi fort qu’une ville entourée de murailles”. Si nous nous laissons aider et que nous nous donnons vraiment à ceux qui sont à nos côtés nous pourrons attendre le Christ qui arrive et nous introduira au banquet des noces, dans l’Amour sans mesure et sans fin.

[01]. Mt 25, 1-13.
[02]. Saint Grégoire le Grand,
Homélies sur les Évangiles, 12, 2.
[03]. B. Baur,
Dans l’intimité avec Dieu, p. 247.
[04]. Saint Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 236.
[05]. Saint Grégoire le Grand,
o. c., 12, 1.
[06]. Ps 30, 25.
[07]. Saint Augustin,
Sermon 93, 6.
[08]. Saint Jean Chrysostome,
Homélies sur les Évangiles, 78, 2.
[09]. Saint Josémaria Escriva,
o. c., 41.
[10]. Cf. Liturgie des heures, II, IV Dimanche de Carême,
Preces Visperæ. Prov 18, 19.
[11]. Saint Thomas,
Catena Aurea, vol I, p. 334.


suivant