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22e DIMANCHE. ANNÉE B

29. LA PURETÉ

— L’âme pure.

— Sainte pureté au milieu du monde.

— Demander de ne jamais avoir le cœur sali. Amour de la Confession fréquente.

I. Saint Marc, qui adressa son Évangile en premier lieu aux chrétiens qui venaient du paganisme, dut expliquer dans différents passages certaines coutumes juives, la valeur de certaines monnaies, etc., pour que ses lecteurs puissent mieux comprendre les enseignements du Seigneur. Dans l’Évangile de la Messe[01] il nous dit que les juifs, et tout spécialement les pharisiens, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, fidèles à la tradition des anciens ; et au retour du marché ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de cruches et de plats.

Ces purifications ne se faisaient pas pour de simples raisons d’hygiène ou de courtoisie, mais elles avaient une signification religieuse : elles étaient le symbole de la pureté morale avec laquelle il fallait s’approcher de Dieu. Dans le Psaume 24, qui faisait partie de la liturgie d’entrée dans le Sanctuaire de Jérusalem, il est dit : Qui montera à la montagne de Yahweh, et qui se tiendra dans son lieu saint ? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur…[02]. La pureté de cœur apparaît comme une condition pour s’approcher de Dieu, pour participer à son culte et voir son visage. Mais les pharisiens en étaient restés à ce qui est extérieur, et avaient même mis l’accent sur les rites et leur importance, tout en négligeant ce qui était fondamental : la propreté du cœur, dont les manifestations extérieures étaient des signes et des symboles[03].

Les pharisiens et les scribes qui étaient arrivés de Jérusalem s’étonnaient de voir quelques disciples de Jésus prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées ; ils demandaient au Seigneur : Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leur repas sans s’être lavé les mains. Le Seigneur répondit avec énergie devant cette attitude vide et formaliste : hypocrites, vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. La vraie pureté — les mains innocentes du Psaume 24 est quelque chose de plus profond que des mains lavées — commence par le cœur, car c’est du dedans du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Les actions de l’homme proviennent d’abord du cœur. Et s’il est sali, l’homme entier devient sale.

L’impureté ne se réfère pas seulement aux désordres de la sensualité, même si ces désordres, comme la luxure, laissent une trace profonde ; mais elle se rapporte également au désir immodéré de biens matériels, à une façon de voir les autres d’un mauvais œil, avec une intention déviée, à l’envie, à la rancune, à l’égocentrisme qui nous fait oublier les autres, à l’aboulie intérieure, cause de songes et rêveries qui empêchent la présence de Dieu et un travail intense… Les œuvres extérieures restent marquées par ce qu’il y a dans le cœur. Combien de fautes extérieures de charité ont leur origine dans des susceptibilités ou des rancunes enfouies au fond de l’âme, et non repoussées dès leur apparition !

Jésus rejette la mentalité qui se cachait derrière ces prescriptions, qui avaient perdu leur contenu intérieur, et nous enseigne à aimer la pureté du cœur, qui nous permettra de voir Dieu dans nos tâches. Il nous a dit si souvent qu’Il veut régner dans nos affections, nous accompagner dans notre activité, donner un sens nouveau à tout ce que nous faisons ! Demandons-Lui de nous aider à avoir toujours un cœur loin de tous ces désordres.

II. La pureté de l’âme que demande le Seigneur aux siens n’est pas une formalité extérieure ; à quoi nous servirait-il de nous « laver » les mains, de laver la vaisselle si notre cœur restait sale ! Recherchons dans la joie et l’effort, avec la grâce de Dieu, la pureté de l’âme — chasteté et droiture intérieure — dans nos affections et nos sentiments. Cette pureté intérieure, condition de tout amour, s’obtient par une lutte joyeuse et constante, prolongée tout au long de la vie, par l’examen de conscience quotidien pour ne pas pactiser avec des attitudes ou des pensées qui éloignent de Dieu et des autres ; elle est aussi le fruit d’un grand amour de la Confession fréquente bien faite, où le Seigneur nous purifie et nous remplit de sa grâce, où nous « lavons » notre cœur.

La pureté intérieure renforce et dilate l’amour, et élève l’homme à la dignité à laquelle il a été appelé ; l’homme prend chaque fois plus conscience de cette dignité de la personne humaine[04], et pourtant il s’en éloigne aussi très souvent. « Le cœur humain ressent aujourd’hui les mêmes tendances dénoncées par Jésus comme cause et racine de l’impureté : l’égoïsme sous toutes ses formes, les mauvaises intentions, les vils mobiles qui inspirent si souvent la conduite des hommes. Il semble qu’à l’heure actuelle le monde est face à un fait nouveau et grave, car il se diffuse partout : la dégradation de l’amour humain et la vague d’impureté et de sensualité qui s’est abattue sur la face de la terre. Elle abaisse l’homme, affecte l’intimité radicale de son être, le noyau le plus profond de sa personnalité. Ce phénomène historique peut être considéré comme sans précédent. [05] »

Avec l’aide de la grâce, que le Seigneur nous concède si nous ne mettons pas d’obstacles, essayons de montrer, par une vie propre et par la parole, que la chasteté est une vertu essentielle pour tous — hommes et femmes, jeunes et adultes — et que chacun peut la vivre selon les exigences de l’état auquel le Seigneur l’a appelé ; « elle est une exigence de l’amour. Elle est la dimension de la vérité intérieure du cœur de l’homme [06] », sans elle il ne serait pas possible d’aimer, ni le Seigneur, ni les autres.

Pour suivre le Christ et tenir loyalement nos engagements, demandons à Dieu la force et la sagesse d’éviter les occasions de danger pour notre âme et notre vie spirituelle. Par exemple, de ne pas écouter ou voir certaines émissions de radio ou de télévision ; changer le cours d’une conversation si nécessaire ; s’habiller avec pudeur et modestie ; éviter d’aller dans des endroits indignes d’un chrétien, même s’ils sont à la mode ; manifester sans complexes sa réprobation face à des spectacles obscènes… Il convient de rappeler que le mot « obscène » provient du théâtre antique grec et romain, et signifiait ce qui, par respect envers les spectateurs, ne devait pas être représenté sur la scène, parce que cela appartenait à l’intimité personnelle : même cette civilisation païenne —qui avait des normes morales si relâchées— comprenait qu’il y a des choses qu’on ne doit pas faire devant d’autres personnes.

En certaines occasions il ne sera peut-être pas facile de vivre chrétiennement dans des milieux qui ont perdu le sens moral de la vie : le Seigneur ne nous a jamais promis un chemin facile, mais bien les grâces nécessaires pour vaincre. Se laisser entraîner par respect humain ou par peur de paraître peu naturel — un « naturel païen » — révélerait une personnalité faible, vulgaire et, surtout, bien peu d’amour pour le Seigneur.

III. Le Saint-Esprit veut faire surgir la source d’une vie nouvelle du fond du cœur humain, qui pénétrera peu à peu l’homme entier. Ainsi, la pureté intérieure, et la vertu de chasteté en particulier — pureté, en français, et en de nombreuses langues, s’identifie avec la vertu de chasteté, bien qu’elle concerne un domaine plus large[07] — est l’une des conditions nécessaires et l’un des fruits de la vie intérieure[08]. Cette pureté chrétienne, la chasteté, a été depuis toujours une gloire de l’Église et l’une des manifestations les plus claires de sa sainteté. Aujourd’hui aussi, comme les premiers chrétiens, beaucoup d’hommes et de femmes au milieu du monde — sans être mondains — vivent la virginité et le célibat par amour du Royaume des Cieux[09] ; et une grande multitude d’époux chrétiens, pères et mères de famille, vivent saintement la chasteté dans le mariage. Les uns et les autres sont témoins d’un même amour chrétien, qui s’adapte à la vocation de chacun, car, comme l’enseigne l’Église, « le mariage et la virginité et le célibat sont deux façons d’exprimer et de vivre l’unique Mystère de l’Alliance de Dieu avec son peuple. [10] »

Chacun de nous, célibataire, marié, veuf ou prêtre, demandons aujourd’hui au Seigneur de nous donner un cœur bon, pur, capable de comprendre toutes les créatures et de les approcher de Dieu ; capable d’une bonté sans limites pour ceux qui viennent, peut-être brisés au fond d’eux-mêmes, demander un peu de lumière et d’encouragement pour sortir de leur misère. La demande que la Liturgie adresse au Saint-Esprit dans la fête de Pentecôte peut nous servir maintenant, et dans beaucoup d’autres occasions, comme oraison jaculatoire : « Lave dans mon âme ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé… [11] »

Ajoutons à cette demande, le désir efficace de lutter et de s’efforcer pour que notre cœur ne reste jamais sali, par des pensées et des désirs impurs, ou par notre incapacité à pardonner avec promptitude ; prenons la résolution de ne pas garder rancune envers quelqu’un ni de nous rappeler les affronts de quelqu’un, sous aucun prétexte ; essayons par tous les moyens d’éviter la jalousie, l’envie…, toutes choses qui tachent l’âme et la laissent dans la tristesse et les ténèbres. Aimons le sacrement de la Confession, où le cœur se purifie chaque fois plus et devient grand pour bien agir.

Notre Mère Sainte Marie, pleine de grâce dès le moment de sa conception, nous enseignera à être forts aux moments où il nous est plus coûteux de maintenir notre cœur pur et plein d’amour pour son Fils.

[01]. Mc 7, 1-8.
[02]. Cf. Ps 24, 3-4.
[03]. Cf. Jean-Paul II,
Audience générale, 10 décembre 1980.
[04]. Cf. Concile Vatican II, Decl.
Dignitatis humanae, 1.
[05]. J. Orlandis,
8 Béatitudes.
[06]. Jean-Paul II,
Audience générale, 3 décembre 1980.
[07]. Idem,
Audience générale, 10 décembre 1980.
[08]. Cf. S. Pinckaers,
La quête du bonheur.
[09]. Mt 19, 12.
[10]. Jean-Paul II, Exhor. Apost.
Familiaris consortio, 16.
[11]. Cf. Missel Romain,
Messe du jour de Pentecôte, Séquence.



22e DIMANCHE. ANNÉE C

30. LES PREMIÈRES PLACES

— Lutter contre le désir désordonné de louange et d’honneurs.

— Moyens pour vivre l’humilité.

— Les biens de l’humilité.

I. Les lectures de la Messe d’aujourd’hui nous parlent d’une vertu qui constitue le fondement de toutes les autres, l’humilité ; elle est si nécessaire que Jésus profite de toute circonstance pour la mettre en relief. Le Seigneur est invité à un banquet chez l’un des principaux pharisiens. Jésus se rendit compte que les invités choisissaient les premières places, les places d’honneur. Lorsque tous furent assis et que l’on pouvait commencer à converser, le Seigneur raconta une parabole[01] qui se termine par ces mots : quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : Mon ami, avance plus haut, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi. Qui s’élève, sera abaissé ; qui s’abaisse, sera élevé.

Cette parabole nous invite à rester à notre place, à éviter que l’ambition nous aveugle et nous entraîne à transformer la vie en une course folle pour occuper des postes de plus en plus élevés, souvent sans notion de service, et qui peut-être, plus tard, vont nous humilier. L’ambition, qui est une forme d’orgueil, est souvent la manifestation d’un malaise intime. « Pourquoi ambitionnes-tu les premières places ? Pour te trouver au dessus des autres ? » nous demande saint Jean Chrysostome [02], puisqu’en tout homme existe le désir — qui peut être bon et légitime — d’honneurs et de gloire. L’ambition apparaît au moment où ce désir d’honneur, d’autorité, d’une condition supérieure ou qui soit considérée comme telle, devient désordonné…

La véritable humilité ne s’oppose pas au désir légitime de progresser dans la vie sociale, de jouir du prestige professionnel nécessaire et de recevoir l’honneur qui est dû à chaque personne. Tout cela est compatible avec une profonde humilité ; mais celui qui est humble n’aime pas s’exhiber. Il sait qu’il n’est pas au poste qu’il occupe pour briller et être considéré, mais pour accomplir une mission devant Dieu et au service des autres.

Cette vertu n’a rien à voir avec la timidité, la pusillanimité ou la médiocrité. L’humilité nous conduit à avoir pleine conscience des talents que le Seigneur nous a donnés pour les faire fructifier avec un cœur droit ; elle nous empêche de nous vanter ; elle nous mène à la sage modération et à diriger vers Dieu les désirs de gloire qui se cachent en tout cœur humain : Non nobis, Domine, non nobis. Sed nomini tuo da gloriam[03] : Que toute la gloire ne soit pas pour nous, mais pour toi, Seigneur. L’humilité nous rappelle que les talents et les vertus, aussi bien naturels que dans l’ordre de la grâce, appartiennent à Dieu, parce que c’est de sa plénitude que nous avons tout reçu[04]. Tout ce qui est bon vient de Dieu ; ce qui nous est propre, c’est la déficience et le péché. C’est pourquoi « la vive considération des grâces reçues nous rend humbles, parce que la connaissance engendre la reconnaissance [05] ». Pénétrer, avec l’aide de la grâce, dans ce que nous sommes et dans la grandeur de la bonté divine nous conduit à nous situer à notre place ; en premier lieu devant nous-mêmes : « Est-ce que par hasard les mulets cessent d’être des bêtes grossières et puantes parce qu’ils sont chargés des parfums et des meubles précieux du prince ? [06] » Voilà la vraie réalité de notre vie : ut iumentum factus sum apud te, Domine[07], dit la Sainte Ecriture : nous sommes comme l’âne, que le maître, quand il veut, charge de trésors de très grande valeur.

II. Pour progresser dans l’humilité, reconnaissons que nous ne sommes rien, tout en sachant regarder et admirer les dons que le Seigneur nous offre, les talents dont il attend le fruit. « Malgré nos propres misères personnelles, nous portons des essences divines d’une valeur inestimable : nous sommes des instruments de Dieu. Et comme nous voulons être de bons instruments, aussi petits et misérables que nous nous sentions, avec une véritable humilité, tout ce qui nous manque, c’est notre Seigneur qui le mettra. [08] » Nous irons de par le monde avec cette très haute dignité d’être « instruments de Dieu » pour qu’il agisse dans le monde. L’humilité, c’est reconnaître que nous sommes peu de chose, que nous ne sommes rien, et en même temps savoir que « nous portons des essences divines d’une valeur inestimable ». Cette vision, la plus réelle de toutes, nous conduit à la gratitude continuelle, aux plus grandes audaces spirituelles parce que nous nous appuyons sur le Seigneur, à regarder les autres avec grand respect et à ne pas attendre de pauvres louanges et l’admiration humaine qui ont si peu de valeur et durent si peu. L’humilité n’est pas un complexe d’infériorité, qui n’est que de l’orgueil blessé ; elle nous rend joyeux, serviables avec les autres et désireux d’aimer Dieu : « Tout ce qui nous manque, c’est le Seigneur qui le donnera ».

Pour apprendre à cheminer sur ce sentier de l’humilité, sachons accepter les humiliations extérieures que nous rencontrerons sûrement au cours de nos journées, en demandant au Seigneur qu’elles nous unissent à Lui et qu’Il nous enseigne à les considérer comme un don divin pour réparer, nous purifier et nous remplir de plus d’amour du Seigneur. Ne nous laissons pas abattre par elles et, si parfois elles font un peu plus mal, ayons recours au Seigneur dans le Tabernacle.

C’est la totale sincérité envers nous-mêmes qui peut nous aider à augmenter notre humilité. Cette intimité avec nous-mêmes n’est possible que grâce à l’examen de conscience fait en présence de Dieu. Sincérité aussi envers le Seigneur, pour lui demander souvent pardon pour toutes nos faiblesses. Et sincérité dans la direction spirituelle.

Apprendre à rectifier est aussi un chemin sûr d’humilité. « Seuls les sots sont têtus, et les grands sots, très têtus [09] », car les affaires d’ici-bas n’ont pas une seule solution ; « les autres aussi peuvent avoir raison : ils voient la même affaire que toi, mais d’un point de vue différent, sous une autre lumière, une autre ombre, un autre contour [10] », et cette confrontation d’opinions est toujours enrichissante. L’orgueilleux qui ne cède jamais, qui croit toujours posséder la vérité sur des choses souvent discutables, sera privé d’un dialogue ouvert et enrichissant. De plus, savoir rectifier quand nous nous sommes trompés n’est pas seulement une question d’humilité, mais aussi d’honnêteté élémentaire.

Chaque jour bien des occasions nous permettent de vivre cette vertu : en étant dociles dans la direction spirituelle ; en accueillant les conseils et les corrections que l’on nous fait ; en luttant contre la vanité, toujours présente ; en évitant de vouloir toujours avoir le dernier mot ; en essayant de ne pas être le centre d’attention de ceux qui nous entourent ; en acceptant que nous commettions des erreurs alors que nous pensions être complètement sûrs de nous ; en nous efforçant d’avoir toujours une vision optimiste et positive de notre prochain ; en ne nous considérant pas indispensables…

III. Attention, il existe une fausse humilité qui nous fait dire « que nous ne sommes rien, que nous sommes la misère même et l’ordure du monde ; mais en fait nous ne voulons absolument pas que l’on nous prenne au mot et qu’on le divulgue. Au contraire, nous faisons semblant de nous cacher et de fuir pour qu’on vienne nous chercher ; nous laissons entendre que nous préférons être les derniers et nous situer à la dernière place de la table, pour qu’on nous donne la place d’honneur. La véritable humilité ne se proclame pas à tout le monde, elle est très discrète. [11] » Saint François de Sales conseille aussi : « ne baissons jamais nos yeux, mais humilions nos cœurs ; ne laissons pas entendre que nous voulons être les derniers, si nous désirons être les premiers. [12] » La véritable humilité est toute simple et vient du plus profond du cœur, parce qu’elle est avant tout une attitude devant Dieu.

L’humilité apporte d’innombrables biens. Le premier d’entre eux est le pouvoir d’être fidèles au Seigneur, car l’orgueil est le plus grand obstacle qui s’interpose entre Dieu et nous. L’humilité attire sur elle l’amour de Dieu et l’estime des autres, tandis que l’orgueil le repousse. C’est pourquoi la première lecture de la Messe[13] nous conseille : accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Et on nous recommande au même endroit : Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. La puissance du Seigneur est grande, et les humbles lui rendent gloire. L’homme humble pénètre avec plus de facilité dans la volonté divine et connaît ce que Dieu lui demande en toute circonstance. C’est pourquoi l’humble se trouve centré, il sait être à sa place et il est toujours une aide ; il connaît même mieux les affaires humaines à cause de sa simplicité naturelle. L’orgueilleux, au contraire, ferme les portes à ce que Dieu lui demande, là où il trouverait son bonheur, car il ne voit que son propre désir, ses goûts, ses ambitions, la réalisation de ses caprices ; il se trompe très souvent même dans ce qui est humain, car il voit tout avec la déformation de son regard malade.

L’humilité donne de la consistance à toutes les vertus. D’une façon spéciale, l’humble respecte les autres, leurs opinions et leurs affaires ; il possède une force toute particulière, car il s’appuie constamment sur la bonté et la toute-puissance de Dieu : quand je suis faible, c’est alors que je suis fort[14], proclamait saint Paul.

Notre Mère Sainte Marie, pour laquelle le Seigneur fit de grandes choses parce qu’Il vit son humilité, nous apprendra à occuper la place qui nous revient devant Dieu et devant les autres. Elle nous aidera à progresser dans cette vertu et à l’aimer comme un don précieux.

[01]. Lc 14, 1; 7-11.
[02]. Saint Jean Chrysostome,
Homélies sur l’Evangile de saint Matthieu, 65, 4.
[03]. Ps 113, 1.
[04]. Jn 1, 16.
[05]. Saint François de Sales,
Introduction à la vie dévote, III, 4.
[06].
Idem.
[07]. Ps 72, 23.
[08]. Saint Josémaria Escriva,
Lettre, 24 mars 1931.
[09]. Idem,
Sillon, n. 274.
[10].
Idem, n. 275.
[11]. Saint François de Sales,
o. c., p. 159.
[12].
Idem.
[13]. Ecli 3, 19-21; 30-31.
[14]. 2 Cor 12, 10.


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