22e SEMAINE. LUNDI
31. LES ŒUVRES DE MISÉRICORDE
— Jésus miséricordieux. Comment l’imiter ?
— Se préoccuper de la situation spirituelle de ceux qui nous entourent.
— Autres manifestations de la miséricorde.
I. Jésus de Nazareth retourna là où il avait grandi, et comme il en avait l’habitude, Il entra dans la synagogue le jour du sabbat[01]. On lui donna à lire le livre du Prophète Isaïe. Jésus ouvrit le livre à une page messianique : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Les voisins avec lesquels il avait vécu pendant tant d’années étaient très curieux : Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Très probablement la Vierge était présente. Alors, le Seigneur leur dit très clairement : Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit.
Isaïe[02] annonçait dans ce passage l’arrivée du Messie qui délivrerait son peuple de ses afflictions. Les paroles du Seigneur « sont sa première déclaration messianique, qui fut suivie des faits et des paroles connus de l’Évangile. Par ces faits et ces paroles, le Christ rend le Père présent parmi les hommes. Il est très significatif, continue Jean-Paul II, que ces hommes soient en premier lieu les pauvres sans moyens de subsistance, les privés de liberté, les aveugles qui ne voient pas la beauté de la création, ceux qui vivent dans l’affliction du cœur ou souffrent à cause de l’injustice sociale, et finalement les pécheurs. C’est en relation avec ceux-là que le Christ devient surtout un signe lisible de Dieu qui est amour. [03] »
Plus tard, lorsque les envoyés de Jean-Baptiste lui demandent s’il est le Christ ou s’ils doivent en attendre un autre, Jésus leur répond qu’ils communiquent à Jean ce qu’ils ont vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres…[04].
L’amour du Christ s’exprime particulièrement dans la rencontre avec la souffrance, avec la fragilité humaine, aussi bien physique que morale. Ainsi se révéla l’attitude continuelle de Dieu le Père envers nous, ce Dieu qui est amour[05] et riche en miséricorde[06].
La miséricorde sera le noyau fondamental de sa prédication et la raison principale de ses miracles. L’Église aussi « entoure tous ceux qu’afflige l’infirmité humaine ; bien plus, elle reconnaît dans les pauvres et en ceux qui souffrent l’image de son Fondateur pauvre et souffrant, elle s’emploie à soulager leur détresse et veut servir le Christ en eux [07] ».
Que pouvons-nous faire d’autre pour imiter le Maître et être de bons fils de l’Église ? Chaque jour nous avons d’innombrables occasions de mettre en pratique l’enseignement de Jésus devant la douleur et le besoin. Cette attitude compatissante et miséricordieuse se manifestera d’abord envers ceux que nous fréquentons habituellement, envers ceux que Dieu nous a confiés et envers les plus nécessiteux. Réfléchissons aujourd’hui, près du Seigneur, à nos rapports avec ces personnes et avec tout le monde. Est-ce que je sais me rendre compte de leur douleur, physique ou morale, de leur fatigue ou de leur besoin ? Est-ce que je les aide avec sollicitude ? Est-ce que j’essaye de les soulager de leurs maux ou de la charge qu’ils portent, surtout lorsqu’elle leur paraît excessive ?
II.… Il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération… Il n’y a pas de plus grande pauvreté que le manque de foi, ni de plus grandes captivité et oppression que celles que le démon exerce sur celui qui commet un péché, ni de plus complète cécité que celle de l’âme privée de la grâce : « le péché produit la plus dure tyrannie », affirme saint Jean Chrysostome[08].
Si le plus grand malheur est de s’éloigner de Dieu, notre plus grande œuvre de miséricorde sera d’approcher des sacrements, sources de Vie, et spécialement de la Confession, nos parents et amis. Si nous partageons leurs peines, leurs maladies et leurs malheurs, comment ne pas souffrir de voir qu’ils ne connaissent pas Jésus-Christ, qu’ils ne Le fréquentent pas ? La vraie compassion commence par la situation spirituelle de leur âme, à laquelle nous devons porter remède avec l’aide de la grâce. L’apostolat est une grande œuvre de miséricorde !
Toute misère morale, quelle qu’elle soit, réclame notre compassion. Parmi ces œuvres que l’Église, en donnant l’exemple, a indiquées dès le début, se trouve celle d’« enseigner à celui qui ne sait pas ». Alors que le nombre d’analphabètes a baissé dans beaucoup de pays, l’ignorance religieuse s’est accrue en des proportions stupéfiantes, y compris dans des nations d’ancienne tradition chrétienne. « Sous le coup de la pression laïciste ou à cause d'une désorientation et d'une négligence lamentables, des foules de jeunes baptisés arrivent à l’adolescence avec une ignorance totale des notions les plus élémentaires de la Foi et de la Morale et des moindres rudiments de la piété. Maintenant, enseigner à ceux qui ne savent pas, signifie surtout enseigner à ceux qui ignorent tout de la religion ; cela signifie “les évangéliser”, c’est-à-dire, leur parler de Dieu et de la vie chrétienne. La catéchèse est devenue à l’heure actuelle une œuvre de miséricorde de première importance. [09] »
Quel bien produit la mère qui enseigne le catéchisme à ses enfants, et aussi aux amis de ses enfants ! Quelle grande récompense accordera le Seigneur à ceux qui donnent avec générosité leur temps dans une tâche de catéchèse, et à ceux qui conseillent un livre de bon aloi. Ainsi s’ouvre aux autres le chemin qui conduit à Dieu ; ils n’ont pas de plus grand besoin.
III. Imitons Jésus dans son attitude miséricordieuse envers les plus nécessiteux. Consolons et accompagnons ceux qui se trouvent seuls, les malades, ceux qui souffrent de pauvreté dans des conditions insupportables. Faisons nôtre leur douleur, et nous les aiderons à la sanctifier, et nous essaierons d’y porter remède autant qu’il nous sera possible. Quel réconfort pouvons nous apporter à ces personnes en leur tenant un moment compagnie — peut-être avec esprit de sacrifice, à la sortie du travail, ou alors que nous avions envie de nous reposer … — en entretenant avec eux une conversation simple et aimable, bien préparée, dans laquelle le sens surnaturel que nous essayons de donner à nos paroles et commentaires — sur des nouvelles encourageantes, ou des initiatives apostoliques — apporte au malade ou à la personne âgée une lumière de foi et de confiance en Dieu. Avec délicatesse, rendons-lui quelques services, faisons-lui son lit, lisons-leur pendant un moment un livre pieux agréable, même amusant[10].
Demandons chaque jour au Seigneur un cœur miséricordieux pour tout le monde, car dans la mesure où la société se déshumanise, les cœurs deviennent durs et insensibles. La justice est une vertu fondamentale ; mais la justice seule ne suffit pas : il faut en plus la charité. On aura beau améliorer la législation du travail et la législation sociale, on aura toujours besoin de la chaleur du cœur humain, fraternel et ami, qui se manifeste dans des situations où la simple justice n’arrive pas, car la miséricorde « ne se borne pas à secourir celui qui a besoin de biens matériels ; elle vise avant tout à respecter et à comprendre chacun, pris individuellement, et à respecter sa dignité intrinsèque d’homme et d’enfant du Créateur [11] ».
La miséricorde nous aide à pardonner tout de suite et de tout cœur, même si celui qui nous offense ne manifeste pas de repentir pour sa faute ou repousse la réconciliation. Le chrétien ne garde pas rancune dans son âme ; il ne se sent ennemi de personne. Nous nous efforcerons d’aimer ceux qui sont malheureux par leur faute, y compris à cause de leur propre méchanceté. Le Seigneur nous demandera seulement si cette personne est malheureuse, si elle souffre, «car cela suffit pour qu’elle soit digne d’intérêt. Efforce-toi sans doute de la protéger contre ses mauvaises passions, mais dès le moment où elle souffre, sois miséricordieux. Tu aimeras ton prochain non pas lorsqu’il le mérite, mais parce qu’il est ton prochain. [12] »
Le Seigneur nous demande une attitude compatissante qui s’étend à toutes les manifestations de la vie. Lorsque nous portons un jugement sur notre prochain, regardons d’abord ses qualités. « Si vous voyez quelque chose de mauvais, dit saint Bernard, ne jugez pas tout de suite votre prochain, mais excusez-le plutôt dans votre for intérieur. Excusez l’intention si vous ne pouvez pas excuser l’action. Pensez qu’il l’aura fait par ignorance, ou par surprise ou par malheur. Si la chose est si claire et que vous ne pouvez pas la dissimuler, croyez-le alors même ainsi, et dites-vous : la tentation aura été très forte.[13] »
Nous devons toujours nous rappeler que si nous sommes miséricordieux nous obtiendrons du Seigneur cette miséricorde pour notre vie dont nous avons tant besoin, particulièrement pour nos faiblesses, nos erreurs et nos fragilités qu’il connaît bien. Cette confiance en l’infinie compassion de Dieu nous mènera à rester toujours très près de lui.
Marie, Reine et Mère de Miséricorde, nous donnera un cœur capable d’être efficacement compatissant vis-à-vis de ceux qui souffrent à nos côtés.
[01]. Évangile de la Messe. Lc 4, 16-30.
[02]. Cf. Is 61, 1-2.
[03]. Jean-Paul II, Enc. Dives in misericordia, 30 novembre 1980, 3.
[04]. Lc 7, 22 et s.
[05]. 1 Jn 4, 16.
[06]. Eph 2, 4.
[07]. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 8.
[08]. Saint Jean Chrysostome, Commentaire au Psaume 126.
[09]. J. Orlandis, 8 Béatitudes, pp. 104-105.
[10]. Cf. Saint Curé d’Ars. Sermon sur l’aumône, dans F. Fernandez Carvajal, Anthologie de textes, Palabra.
[11]. Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 72.
[12]. G. Chevrot, Les Béatitudes.
[13]. Saint Bernard, Sermon sur le Cantique des Cantiques, 40.
22e SEMAINE. MARDI
32. IL ENSEIGNAIT AVEC AUTORITÉ
— Jésus dispense sa doctrine avec une force et un pouvoir divins.
— Chaque jour, lorsque nous lisons l’Évangile, c’est Jésus qui nous parle, nous enseigne et nous console.
— Comment Le rencontrer dans cette lecture de l’Évangile.
I. Les Évangélistes parlent à plusieurs reprises de la surprise des gens et des disciples eux-mêmes devant les prodiges et la doctrine de Jésus[01], en précisant que ceux-ci, de ce fait, craignaient de l’interroger[02]... C’était une crainte empreinte de révérence devant la majesté du Christ. Saint Luc nous raconte dans l’Évangile de la Messe[03] comment, après avoir guéri un possédé, tous furent effrayés, et ils se disaient entre eux : Quelle est cette parole ? Car Il commande avec autorité et puissance aux esprits mauvais, et ils sortent ! Et saint Marc relate ailleurs que les foules étaient dans l’admiration de sa doctrine, car il enseignait en homme qui détient l’autorité, et non comme les scribes[04]. A travers sa Très Sainte Humanité parlait la Seconde Personne de la Trinité, et les foules, conscientes de son pouvoir extraordinaire, avaient recours, pour parler de Lui, aux noms et aux personnalités les plus hautes qu’ils connaissaient : Serait-ce Jean-Baptiste, Élie, Jérémie ou l’un des Prophètes ? [05]
Le peuple qui écoutait Jésus percevait clairement la différence radicale qu’il y avait entre la façon d’enseigner des scribes et des pharisiens et la paix et la force avec lesquelles Jésus-Christ dispensait sa doctrine. Jésus n’exposait pas une simple opinion, et ne montrait aucune insécurité, aucun doute[06]. Il ne parlait pas, comme d’autres prophètes, au nom de Dieu ; Il n’était pas un prophète de plus. Il parlait en son nom propre : Je vous dis... Il enseignait les mystères de Dieu et ce que devaient être les relations entre les hommes, et appuyait ses enseignements sur des miracles ; Il exposait sa doctrine avec simplicité et avec puissance parce qu’Il parlait de ce qu’Il avait vu[07], et Il n’avait pas besoin de longs raisonnements. « Il ne prouve rien, Il ne se justifie pas, Il n’argumente pas. Il enseigne. Il s’impose, parce que la sagesse qui émane de Lui est irrésistible. Lorsque l’on a apprécié cette sagesse, lorsque l’on a le cœur suffisamment pur pour l’estimer, l’on sait qu’il ne peut pas en exister d’autre. L’on ne sent pas le besoin de comparer, d’étudier. On voit.
« On voit que c’est l’absolu, on voit que face à Lui tout est poussière, on voit qu’Il est la Vie. De même que les étoiles s’éteignent lorsque le soleil apparaît, ainsi arrive-t-il avec toutes les sagesses et toutes les écoles. Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de vie éternelle.[08] »
Jésus continue de nous parler à chacun, personnellement, dans l’intimité de la prière, lorsque nous lisons chaque jour l’Évangile... Nous devons apprendre à L’écouter aussi dans les mille événements de la journée, et dans ce que dans notre langage nous appelons échec ou douleur. « En ouvrant le saint Évangile, songe que ce qui y est rapporté — les œuvres et les paroles du Christ —, tu ne dois pas seulement le savoir, mais le vivre. Tout, chacun des points relatés a été recueilli dans le moindre détail, pour que tu l’incarnes dans les circonstances concrètes de ton existence.
« — Le Seigneur nous a appelés, nous autres catholiques, pour que nous Le suivions de près et, dans ce Texte saint, tu découvriras la Vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir ta propre vie.
« (...) prends l’Évangile tous les jours, et lis-le, vis-le comme une norme à suivre. —C’est ainsi qu’ont procédé les saints.[09] »
II. La doctrine de Jésus avait une telle force et une telle autorité que certains de ceux qui L’écoutaient s’exclamait que jamais en Israël on avait entendu une chose semblable[10]. Les scribes enseignaient aussi au peuple ce qui est écrit par Moïse et les Prophètes, commente saint Bède ; mais Jésus prêchait au peuple comme Dieu et Seigneur de Moïse lui-même[11].
Les paroles de Jésus étaient pleines de vie, et pénétraient jusqu’au fond de l’âme. Lorsque Jean-Baptiste signale que Jésus passait par là[12], deux de ses disciples Le suivirent et restèrent avec Lui ce jour-là. Saint Jean l’Évangéliste qui a recueilli les grands dialogues de Jésus, n’en parle pas. Il nous dit seulement qu’ils Le rencontrèrent vers la dixième heure, vers quatre heures de l’après-midi. Lorsqu’après bien des années il écrivit son Évangile, il voulut nous laisser écrit pour toujours le moment précis et inoubliable de sa première rencontre avec le Maître. Que leur a dit Jésus ? Nous le savons grâce aux paroles d’André, l’autre disciple qui avait suivi Jésus : Nous avons rencontré le Messie ![13] dit-il à son frère Simon. Cet après-midi-là Dieu est entré au plus profond du cœur de ces hommes. Lorsque nous ouvrons notre âme, les paroles de Jésus traversent aussi notre âme et la transforme. Comme ces autres hommes qui avaient été envoyés pour l’arrêter et s’en retournèrent sans Lui[14]. Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? leur demandent les pharisiens. Et eux de répondre catégoriquement : Jamais un homme n’a parlé comme cet homme.
Les paroles de Jésus renferment une sagesse infinie, que comprend aussi bien le philosophe que celui qui n’est pas instruit, les jeunes, les enfants, les hommes et les femmes..., tout le monde. Il parle de ce qu’il y a de plus sublime avec les mots les plus simples ; sa doctrine —profonde comme il n’y en aura jamais — est à la portée de tous. Dans sa prédication Il a souvent recours à des figures et des images connues par le public, qui donnent à ses paroles une beauté et un attrait incomparables. Les détails les plus simples servent à exprimer les traits les plus sublimes d’une doctrine nouvelle et d’une profondeur mystérieuse et infinie.
Toute la vie du Seigneur fut un enseignement continuel : « son silence, ses miracles, ses gestes, sa prière, son amour de l’homme, sa prédilection pour les pauvres, l’acceptation du sacrifice total sur la Croix pour le salut du monde, sa Résurrection, sont la mise en pratique de sa parole et l’accomplissement de la révélation. Ces considérations (...) réaffirment en nous la ferveur envers le Christ qui révèle Dieu aux hommes et l’homme à lui-même ; le Maître qui sauve, sanctifie et guide, qui est vivant, qui parle, qui exige, qui émeut, qui redresse, juge, pardonne, chemine quotidiennement avec nous dans l’histoire ; le Maître qui vient et qui viendra dans la gloire. [15] »
Dans le saint Évangile nous rencontrons chaque jour le Christ Lui-même qui nous parle, nous enseigne et nous console. Nous apprenons à Le connaître chaque fois mieux, à imiter sa vie, à L’aimer. Le Saint-Esprit, auteur principal de la sainte Écriture, nous aidera, si nous Lui demandons de l’aide, à être un personnage de plus dans la scène que nous lisons, à en tirer un enseignement, peut-être infime, mais concret, pour notre journée. Essayons de lire chaque jour quelques lignes de l’Évangile.
III. « Ta prière, enseigne saint Augustin, est comme une conversation avec Dieu. Lorsque tu lis, Dieu te parle à toi ; lorsque tu pries, c’est toi qui Lui parles. [16] » Le Seigneur nous parle de plusieurs façons lorsque nous lisons le saint Évangile : Il nous donne l’exemple pour que nous L’imitions ; Il nous enseigne la façon de nous comporter avec nos frères ; Il nous rappelle que nous sommes enfants de Dieu et que rien ne doit nous enlever la paix ; Il attire l’attention de nos cœurs, pour que nous pardonnions telle petite offense que nous avons reçue ; Il nous entraîne à préparer avec soin la Confession fréquente, où le Père du Ciel nous attend pour nous embrasser ; Il nous demande d’être aujourd’hui miséricordieux envers les défauts des autres, car Lui l’a été au plus haut point ; Il nous pousse à sanctifier notre travail, en le faisant avec perfection, car ce fut son occupation pendant toutes ses années à Nazareth... Chaque jour nous pouvons en tirer une résolution, un enseignement, une pensée dont nous nous souviendrons tout en travaillant. C’est pourquoi, si c’est possible, il sera mieux de faire ces brèves minutes de lecture à la première heure du jour pour ensuite mettre en pratique ce simple enseignement que nous en aurons tiré et qui nous aidera tellement à nous améliorer un peu plus chaque jour. Certains le lisent même debout, rappelant ainsi la vieille coutume qui était celle des premiers chrétiens et qui a été maintenue à la Messe pour nous permettre d'écouter l’Évangile dans cette attitude de veille.
La lecture de l’Évangile peut être la trame de notre prière. Nous nous introduirons dans la scène comme le ferait quelqu’un qui verrait le groupe réuni autour de Jésus, ou qui s’arrêterait à la porte de l’endroit où le Maître enseignait, ou au bord du lac... Peut-être n’aura-t-il pu écouter qu’une partie de la parabole ou quelques phrases isolées, mais ce sera suffisant pour que quelque chose de très profond commence à changer dans son âme ; en d’autres occasions nous oserons Lui dire quelque chose : peut-être ce que ces personnages mêmes de l’Évangile Lui disaient ou Lui criaient : Domine, ut videam ![17], que je vois, Seigneur, donne de la lumière à mon âme, enflamme-moi ; O Dieu, aie pitié de moi, qui suis un pécheur[18], Le supplierons-nous avec les paroles du publicain qui ne se sentait pas digne de se trouver devant son Dieu ; Domine, tu omnia nosti... Seigneur, Tu sais tout, Tu sais que je T’aime[19]... et les paroles de Pierre prendront dans notre cœur un accent personnel, et nous Lui exprimerons les sentiments et les désirs d’amour et de purification qui remplissent notre cœur... Contemplons sa Très Sainte Humanité, cet Homme parfait. Nous l’aimerons davantage, et nous désirerons Lui être plus fidèles. Nous Le verrons travailler à Nazareth, aider saint Joseph, plus tard s’occuper de sa Mère..., ou fatigué parce qu’Il a prêché ce jour-là de nombreuses heures durant, ou parce que le chemin a été très long...
Tous les jours, lorsque nous lisons l’Évangile, Jésus passe près de nous. Ne manquons pas de Le voir et de L’entendre, comme les disciples qui Le rencontrèrent sur le chemin d’Emmaüs. « “Reste avec nous, puisque la nuit tombe...”. Elle a été efficace la prière de Cléophas et de son compagnon.
« — Quel dommage, si toi et moi nous ne savions “retenir” Jésus, à son passage ! Quelle douleur, si nous ne Lui demandons pas de rester ! [20] »
[01]. Cf. Mc 9, 6; 6, 51; etc.
[02]. Cf. Mc 9, 32.
[03]. Lc 4, 31-37.
[04]. Mc 1, 22.
[05]. Cf. Mt 16, 14.
[06]. Cf. Bible de Navarre, Saints Évangiles, note à Mt 7, 28-29.
[07]. Cf. Jn 3, 11.
[08]. J. Leclercq, Trente méditations sur la vie chrétienne, pp. 53-54.
[09]. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 754.
[10]. Cf. Lc 19, 48; Jn 7, 46.
[11]. Saint Bède, Commentaire à l’Évangile de Saint Marc, 1, 21.
[12]. Cf. Jn 1, 35 et s.
[13]. Jn 1, 41.
[14]. Jn 7, 46 et s.
[15]. Jean-Paul II, Exhor. Apost. Catechesi tradendæ, 16 octobre 1979, 9.
[16]. Saint Augustin, Commentaire sur les Psaumes, 85, 7.
[17]. Mt 10, 51.
[18]. Lc 18, 13.
[19]. Jn 21, 17.
[20]. Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 671.