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22e SEMAINE. VENDREDI

35. LES AMIS DE L’EPOUX

— Le Seigneur nous compte parmi ses amis intimes.

— Nous apprenons de Jésus à avoir beaucoup d’amis.
Le chrétien est toujours ouvert aux autres.

— La charité améliore et fortifie l’amitié.

I. Après le banquet que Matthieu offrit au Seigneur et à ses amis, certains juifs s’approchèrent de Jésus et Lui demandèrent pourquoi ses disciples ne jeûnaient pas comme le faisaient les pharisiens et les disciples de Jean. Et Jésus leur répondit : Est-ce que vous pouvez faire jeûner les amis de l’Époux, pendant que l’Époux est avec eux ? Et évoquant sa mort prochaine, Il leur dit que lorsque l’Époux leur sera enlevé, ces jours-là, ils jeûneront[01].

Chez les Hébreux, l’époux était accompagné par d’autres jeunes de son âge, ses amis intimes, comme un cortège. On les appelait les amis de l’époux[02], et leur mission était d’honorer celui qui allait se marier, de se réjouir de ses joies, de participer d’une façon particulière aux fêtes de la noce. L’image de la noce apparaît souvent dans la Sainte Écriture pour exprimer les relations de Dieu avec son peuple[03]. La Nouvelle Alliance du Messie avec son nouveau peuple, l’Église, s’est identifiée aussi à cette image. Déjà Jean-Baptiste avait appelé le Christ l’époux, et s’était appelé lui-même l’ami de l’époux[04].

Jésus appelle ceux qui le suivent, et Il nous appelle, ses amis intimes, les amis de l’époux ; nous avons été invités à participer plus tendrement à ses joies, au banquet de noces, figure des biens sans fin du Royaume des Cieux. À plusieurs reprises le Seigneur donna aux siens le titre d’amis. Un jour, étendant sa main sur ses disciples, il prononça ces mots consolateurs : Voici ma mère et mes frères...[05]. Et Il nous enseigna que ceux qui le suivent, ceux qui accomplissent la volonté de mon Père, occupent dans son cœur une place privilégiée. Dans le discours de la Dernière Cène, Il leur dira, avec une simplicité et une sincérité touchantes : Comme le Père m’a aimé, Moi aussi Je vous ai aimé... Je vous ai appelé amis, parce que Je vous ai fait connaître toutes les choses que J’ai entendues de mon Père[06].

Le Seigneur voulut être un exemple d’amitié véritable et fut ouvert à tout le monde, à ceux qu’Il attirait par sa particulière tendresse et son affection. « Il laissait alors échapper, commente saint Bernard, toute la douceur de son cœur ; son âme s’ouvrait entièrement et d’elle se répandait, comme une vapeur invisible, le plus délicat parfum, le parfum d’une belle âme, d’un cœur généreux et noble [07]. » Et Il devenait l’ami fidèle et dévoué de tous. De son être émanait ce pouvoir d’attraction que saint Jérôme a comparé à un aimant extraordinaire[08].

Jésus nous appelle amis, et Il nous enseigne à accueillir tout le monde, à élargir constamment notre capacité d’amitié. Pour cela, fréquentons-le dans l’intimité d’une prière remplie de confiance : « Pour que notre monde suive un chemin chrétien, le seul qui en vaille la peine, ayons avec tous les hommes une amitié loyale, fondée en premier lieu sur une loyale amitié envers Dieu [09]. »

II. Jésus eut des amis de toutes les classes sociales et de toutes les professions : ils étaient d’âge et de condition bien diverses. Depuis des personnes de grand prestige social, comme Nicodème ou Joseph d’Arimathie, jusqu’aux mendiants comme Bartimée. Dans la plupart des villes et des villages Il trouvait des personnes qui L’aimaient et qui sentaient leur amour réciproque, des amis dont l’Évangile ne mentionne pas les noms, mais dont l’existence se laisse entrevoir. A Béthanie, les sœurs de Lazare font bien voir, par le message plein de confiance et en même temps douloureux qu’elles font parvenir à Jésus, le lien qui unissait cette famille avec le Maître : Seigneur, celui que Tu aimes est malade[10]. Jésus aimait Marthe et Marie et Lazare. Lorsque le Maître arriva à Béthanie, Lazare était mort. Et, devant la surprise de tous, Jésus commença à pleurer. Alors les juifs dirent : Voyez comme Il l’aimait[11]. Jésus pleure pour un ami ! Il ne reste pas impassible devant la douleur de ceux qu’Il estime le plus, ni devant l’expérience de l’homme face à la mort ; la mort d’une personne particulièrement aimée. Jésus pleure en silence des larmes d’homme ; ceux qui étaient là en furent étonnés.

Nous ne devons jamais nous lasser de considérer combien le Seigneur nous aime. « Jésus est ton ami. — L’Ami. — Avec un cœur de chair comme le tien. — Avec ces yeux pleins de bonté, qui ont versé des larmes pour Lazare...

— Et Il t’aime, toi, autant que Lazare[12]. »

Jésus aimait converser avec les personnes qui venaient à Lui ou avec celles qu’Il rencontrait sur son chemin. Il profitait de ces conversations, qui parfois commençaient sur des sujets peu importants, pour en arriver au fond de leurs âmes et les remplir d’amour. Toutes les circonstances étaient bonnes pour se faire des amis et leur donner le message divin qu’Il avait apporté sur terre. Quant à nous, nous ne devons pas oublier que « l’amitié et la charité fraternelle ne font qu’un : lumière divine qui communique sa chaleur [13] ».

Nous apprenons du Christ à avoir beaucoup d’amis, en profitant des relations de voisinage, de travail, d’étude, des rencontres fortuites et d’autres recherchées. Le chrétien est toujours ouvert aux autres. Avec un ami on partage les meilleures choses que l’on possède ; rien ne vaut autant que l’amitié avec Jésus-Christ, consolidée tout au long des années, par notre prière — que de choses nous Lui avons dites ! — et tant de temps près du Tabernacle. Le désir apostolique et les vertus humaines de la vie en commun nous aideront à trouver les points d’union et d’entente avec nos compagnons, avec les clients, avec les autres personnes, et nous saurons oublier et nous passer de ce qui désunit, en cédant avec élégance sur nos points de vue lorsqu’il s’agit d’affaires de peu d’importance qui séparent et créent des distances qui rendent difficiles la confiance et l’entente mutuelle.

Si nous nous savons amis de Jésus, ses amis intimes, n’est-il pas logique que nous apprenions ce qu’est l’amitié véritable et que nous sachions, comme Lui, arriver au fond des âmes ? Savons-nous communiquer l’amour du Christ que nous portons dans notre cœur ?

III. Un ami fidèle est un abri robuste, qui le trouve a trouvé un trésor. Un ami fidèle n’a pas de prix, et pas de poids pour peser sa valeur[14]. C’est ainsi que la Sainte Écriture nous parle de la valeur de l’amitié, et en même temps elle nous enseigne qu’il faut la chercher, employer tous les moyens à notre portée pour la rencontrer. Et, une fois trouvée, il faut la cultiver en surmontant les obstacles que sont le temps, les distances, tout ce qui tend à séparer : la diversité de goûts, d’opinions, d’intérêts...

L’amitié requiert que nous aidions l’ami. « Si tu découvres un défaut dans l’ami corrige-le en secret (...). Les corrections font du bien et sont de plus grand profit qu’une amitié muette[15] ». L’amitié doit être persévérante : « Ne changeons pas d’amis comme le font les enfants, qui se laissent porter par la vague facile des sentiments [16] ». N’aie pas honte de défendre l’ami[17]. « Ne l’abandonne pas au moment du besoin, ne l’oublie pas, ne lui refuse pas ton affection, car l’amitié est le support de la vie. Portons les uns les charges des autres, comme nous enseigna l’Apôtre... Si la prospérité de l’un profite à tous ses amis, pourquoi ne trouverait-il pas dans l’adversité l’aide de ses amis ? Aidons-le par nos conseils, unissons nos efforts aux siens, participons à ses afflictions.

« Lorsque ce sera nécessaire, supportons même des sacrifices par loyauté envers l’ami. Il nous faudra peut-être affronter des inimitiés pour défendre la cause d’un ami innocent, et souvent recevoir des insultes lorsque tu essayes de répondre et réfuter ceux qui l’attaquent et l’accusent (...). C’est dans l’adversité que l’on voit les vrais amis, car dans la prospérité tous semblent fidèles.[18] »

La charité surnaturelle fortifie et enrichit l’amitié. L’amour du Christ nous rend plus humains, avec plus de capacité de compréhension, plus ouverts à tout le monde. Si le Christ est notre meilleur ami, nous apprendrons à fortifier une relation qui était peut-être rompue, à quitter un obstacle, à surmonter l’égoïsme. Près du Seigneur nous saurons rendre meilleurs, conduire à la sainteté, ceux qui sont près de nous, parce que nous leur transmettrons notre foi en Lui. Tout au long des siècles, nombreux sont ceux qui sont passés par le sentier de l’amitié qui conduit au Seigneur !

Regarde le Christ. Tu sais bien qu’Il te considère parmi ses intimes. Nous sommes les amis de l’Époux, car Il nous appelle à participer à sa prédilection et à ses biens. Ces paroles du Livre de l’Ecclésiastique, dites par le Christ trouvent leur plénitude : L’ami fidèle n’a pas de prix[19]. Il a montré sa fidélité jusqu’à donner sa vie pour chacun de nous. Apprenons de Lui à être amis de nos amis, et ne manquons pas de leur donner la meilleure chose que nous ayons : l’amour de Jésus.

[01]. Lc 5, 33-39.
[02]. 1 Mac 9, 39.
[03]. Cf. Ex 34, 16 ; Is 54, 5 ; Jer 2, 2 ; Os 2, 18 et s.
[04]. Jn 3, 29.
[05]. Cf. Mt 12, 49-50.
[06]. Jn 15, 9, 15.
[07]. Saint Bernard,
Commentaire au Cantique des Cantiques, 31, 7.
[08]. Cf. Saint Jérôme,
Commentaire à l’Évangile de saint Matthieu, 9, 9.
[09]. Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 943.
[10]. Jn 11, 3.
[11]. Jn 11, 35-36.
[12]. Saint Josémaria Escriva,
Chemin, n. 422.
[13]. Cf. Idem,
Forge, n. 565.
[14]. Ecli 6, 14-16.
[15]. Saint Ambroise,
Sur l’office des ministres, III, 125.
[16].
Idem.
[17]. Ecli 22, 31.
[18]. Saint Ambroise,
o. c., III, 126-127.
[19]. Ecli 6, 14.



22e SEMAINE. SAMEDI

36. LA FOI DE LA VIERGE MARIE

— Le samedi, jour consacré à la Vierge. L’honorer tout spécialement et méditer ses vertus.

— L’obéissance de la foi.

— Vie de foi de la Vierge Marie.

I. Aujourd’hui, samedi, est un jour approprié pour que nous méditions la vie de foi de la Vierge et que nous lui demandions son aide pour que cette vertu théologale augmente en nous. Dès les premiers siècles, les chrétiens ont consacré ce jour de la semaine à honorer d’une façon toute particulière Notre-Dame. Certains théologiens, anciens et récents, parlent des raisons de convenance pour honorer ce jour-là notre Mère du Ciel. Entre autres, parce que le samedi fut pour Dieu le jour de repos, et la Vierge fut celle en qui, comme écrit saint Pierre Damien, « par le mystère de l’Incarnation, Dieu reposa comme sur un lit très sacré »[01] ; le samedi est aussi préparation et chemin du dimanche, symbole et signe de la fête du Ciel, et la Vierge Très Sainte est la préparation et le chemin qui mène au Christ, porte du bonheur éternel[02]. Saint Thomas d’Aquin dit que nous consacrons le samedi à notre Mère parce qu’« elle conserva en ce jour la foi dans le mystère du Christ tandis qu’Il était mort [03] ». Il y a aussi l’amour : les chrétiens ont besoin d’un jour particulier pour honorer Marie.

Depuis très longtemps, dans des églises, chapelles, ermitages et oratoires on prie ou on chante le Salve, ou d’autres prières mariales, le samedi après-midi. Et beaucoup de chrétiens font de leur mieux ce jour-là pour honorer la Reine du Ciel : ils choisissent une oraison jaculatoire pour la Lui répéter très souvent dans la journée, ils rendent visite à une personne malade ou seule ou dans le besoin, ils offrent une mortification qui marque ce jour marial, ils vont prier dans une chapelle ou une église consacrée à la Vierge, ils soignent particulièrement les prières qu’ils Lui adressent : le chapelet, l’Angelus ou Regina Cœli, le Salve...

Il existe de nombreuses dévotions mariales, et le chrétien n’a pas à les vivre toutes, mais « celui qui n’en vit pas au moins quelques-unes, celui qui ne manifeste pas d’une manière ou d’une autre son amour à Marie, ne possède pas la plénitude de la foi. Ceux qui trouvent démodées les dévotions envers la très Sainte Vierge, manifestent qu’ils ont perdu de vue le sens profondément chrétien qu’elles contiennent et qu’ils ont oublié la source dont elles procèdent : la foi en la volonté salvatrice de Dieu le Père, l’amour envers Dieu le Fils, qui s’est réellement fait homme et est né d’une femme, la confiance en Dieu le Saint-Esprit, qui nous sanctifie par sa grâce [04]. »

« Si tu vas à la recherche de Marie, tu rencontreras “nécessairement” Jésus, et tu découvriras — avec toujours plus de profondeur — ce qu’il y a dans le cœur de Dieu [05]. » Comment vivons-nous habituellement le samedi, et comment manifestons-nous, concrètement, notre affection envers la Vierge ?

II. Allons aujourd’hui à la recherche de Notre-Dame et contemplons son immense foi, plus grande que celle de toute autre créature. Avant que l’Ange annonce à la Vierge qu’Elle avait été choisie pour être la Mère de Dieu, Elle méditait la Sainte Écriture et en approfondissait sa connaissance comme jamais ne le fit toute autre intelligence humaine. Son intelligence, qui n’avait jamais été affectée par les blessures du péché, et qui de plus était éclairée par la foi et les dons du Saint-Esprit, méditait avec profondeur les prophéties concernant le Messie. Cette lumière divine, et son amour sans limite de Dieu et des hommes, lui faisaient désirer la venue du Sauveur avec une plus grande véhémence que celle des Patriarches et de tous les justes qui L’avaient précédée. Et le Seigneur prenait plaisir à entendre cette prière pleine de foi et d’espérance. Par cette prière, elle rendait plus de gloire à Dieu que l’univers entier comprenant toutes les autres créatures.

Lorsqu’arriva la plénitude des temps, sous le regard d’amour de la Très Sainte Trinité, devant la curiosité des anges du Ciel, la Vierge reçoit l’ambassade de l’Ange : Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec Toi ; Tu es bénie entre toutes les femmes[06]. Saint Luc raconte que la Vierge se troubla en écoutant le message de l’Ange, et Elle se demandait ce que pouvait bien être cette salutation-là[07]. Dans son âme rien ne résiste, rien ne s’oppose, tout est ouvert à l’action directe de Dieu. En Elle il n’y a aucune limitation au vouloir divin. Dieu avait préparé son cœur en la remplissant de grâce, et sa libre coopération à ces dons La transforme en bonne terre pour recevoir la semence divine. Immédiatement Elle donna son plein consentement, abandonnée au Seigneur : fiat mihi secundum verbum tuum, qu’il me soit fait selon ta parole.

« Dans l’Annonciation, Marie s’est abandonnée en Dieu complètement, en manifestant “l’obéissance de la foi” à celui qui Lui parlait à travers le messager et en rendant “l’hommage de l’intelligence et de la volonté” (Const. Dei Verbum, 5). Elle a répondu, par conséquent avec tout son “moi” humain, féminin, et dans cette réponse de foi étaient contenues une coopération parfaite avec “la grâce de Dieu qui prévient et aide” et une disponibilité parfaite à l’action du Saint-Esprit, qui “perfectionne constamment la foi par le moyen de ses dons” (Idem, 5 ; Cf. Const. Lumen gentium, 56) [08]. » Dans l’Annonciation a lieu le moment culminant de la foi de Marie : ce que tant de fois elle avait médité dans l’intimité de son cœur devient réalité ; « mais c’est en plus le point de départ, d’où commence tout son “chemin vers Dieu”, tout son chemin de foi [09]. »

Voici quelle est la première conséquence de la foi de Marie dans sa vie : une pleine obéissance aux plans de Dieu, qu’elle voit avec une profondeur toute spéciale. En regardant notre Mère du Ciel nous voyons si la foi nous pousse à faire la volonté de Dieu, sans mettre de limites ; à vouloir ce que Lui veut, quand Il le veut et de la façon qu’Il veut. Faisons un examen de conscience pour voir comment nous acceptons les contrariétés normales de la journée, comment nous acceptons la maladie, la douleur, les plans que nous devons changer à cause de circonstances imprévues, l’échec, tout ce qui est contraire à nos propres plans ou façons d’agir... Regardons si réellement les résultats positifs et aussi les réalités pénibles ou difficiles à accepter nous sanctifient, ou bien si, au contraire, ils nous éloignent du Seigneur.

III. La vie de la Vierge Marie ne fut pas facile. Les épreuves et les difficultés ne lui furent pas épargnées, mais sa foi sortira toujours victorieuse et fortifiée, en devenant un modèle pour nous tous. « Comme Mère, elle enseigne ; et comme Mère également, ses leçons ne sont pas bruyantes. Il faut avoir dans l’âme la finesse suffisante, un minimum de délicatesse, pour comprendre ce qu’elle nous montre, par ses actes plus que par ses paroles.

« Maîtresse de foi. Oui, bienheureuse celle qui a cru (Lc 1, 45) ; c’est ainsi que la salue Elisabeth sa cousine, quand Notre-Dame va dans la montagne lui rendre visite. Cet acte de foi de Marie fut une merveille : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole (Lc 1, 38). A la naissance de son Fils, Elle contemple les grandeurs de Dieu sur la terre : un chœur d’anges est là, et les bergers aussi bien que les puissants de la terre viennent adorer l’Enfant. Peu après, la Sainte Famille fuit en Egypte, pour échapper aux intentions criminelles d’Hérode. Ensuite le silence : trente longues années de vie simple, ordinaire, comme celle d’une famille parmi tant d’autres dans un petit village de Galilée. »[10]

Durant les années de Nazareth brille en silence la foi de la Vierge. Le Fils que Dieu Lui a donné est un enfant qui grandit et se développe comme le reste des êtres humains, qui apprend à parler, à marcher et à travailler comme les autres. Mais Elle sait que cet enfant est le Fils de Dieu, le Messie attendu depuis des siècles. Lorsqu’Elle le contemple sans défense dans ses bras, Elle sait que c’est le Tout-puissant. Ses relations avec Lui sont pleines d’amour, parce qu’Il est son fils, et de respect, parce qu’Il est son Dieu. Quand de sa bouche sortent les premiers mots entrecoupés, Elle Le regarde comme la Sagesse infinie ; quand Elle Le voit enfant, en train de jouer, ou fatigué — après une journée de travail près de Joseph, lorsqu’Il est déjà adolescent —, Elle reconnaît en Lui le Créateur du ciel et de la terre.

La Vierge actualisait sa foi dans les petits événements des journées normales ; sa foi s’enflammait dans les rapports intimes avec Jésus, et elle s’accrut de jour en jour par cette prière continuelle qu’était la relation permanente avec son Fils, en regardant avec vision surnaturelle les petits et les grands événements de sa vie, en sanctifiant « jusqu’au plus petit détail, à ce que beaucoup considèrent à tort comme insignifiant et sans valeur : le travail de chaque jour, les attentions à l’égard des personnes aimées, les conversations et les visites de parents ou d’amis [11]. »

La foi de Marie atteignit son point culminant iuxta crucem Iesu. Sans un mot, par sa seule présence au Calvaire selon un dessein divin[12], Elle manifeste que la lumière de la foi est éclairée d’un éclat incomparable dans son cœur.

Toute la vie de Marie fut une obéissance à la foi. En la contemplant l’on comprend que « croire veut dire “s’abandonner” dans la vérité même de la parole du Dieu vivant, en sachant et en reconnaissant humblement “combien ses desseins sont insondables et ses chemins impénétrables !” (Rom 11, 33). Marie, qui par la volonté éternelle du Très-Haut s’est retrouvée, peut-on dire, au centre même de ces “chemins impénétrables” et de ces “desseins insondables” de Dieu, se conforme à eux dans la pénombre de la foi, en acceptant pleinement et avec le cœur ouvert tout ce qui est disposé dans le dessein divin. »[13]

« Nous manquons de foi. Le jour où nous vivrons cette vertu — tout confiants en Dieu et en sa Mère —, nous serons courageux et loyaux. Dieu, qui est le Dieu de toujours, fera alors des miracles par nos mains.

« — Donne-moi, ô Jésus, cette foi, que je désire véritablement ! Ma Mère, Notre-Dame, ma Mère très sainte, faites que je croie !  [14] », que je sache regarder et accepter tous les événements avec une foi sereine et inébranlable. 

[01]. Saint Pierre Damien, Opuscule 33. De bono sufragiorum, PL 145, 566.
[02]. Cf. G. Roschini,
La Mère de Dieu, Madrid 1958.
[03]. Saint Thomas,
Sur les commandements, dans Ecrits de Catéchèse.
[04]. Saint Josémaria Escriva,
Quand le Christ passe, 142.
[05]. Idem,
Forge, n. 661.
[06]. Lc 1, 28.
[07]. Lc 1, 29.
[08]. Jean-Paul II, Enc.
Redemptoris Mater, 25 mars 1987, 13.
[09].
Idem, 14.
[10]. Saint Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 284.
[11]. Idem,
Quand le Christ passe, 148.
[12]. Cf. Concile Vatican II, Const.
Lumen gentium, 58.
[13]. Jean-Paul II,
o. c., 14.
[14]. Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 235.


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