23e DIMANCHE. ANNÉE A
37. PRIER EN FAMILLE
— Le Seigneur aime la prière en famille.
— Quelques pratiques de piété dans le foyer.
— Une famille qui prie unie, se maintient unie : le Saint Rosaire.
I. Jésus dit souvent que le salut et l’union à Dieu sont, en fin de compte, une affaire personnelle : personne ne peut nous remplacer dans nos rapports avec Dieu. Mais Il a aussi voulu que nous nous appuyions les uns sur les autres et que nous nous aidions sur le chemin qui conduit à Lui. Cette union se manifeste spécialement entre ceux qui ont des liens d’esprit ou de sang. L’unité, qui exige de mettre en jeu tant de vertus, est tellement désirée par le Seigneur, qu’Il a promis de nous accorder plus facilement ce que nous Lui demandons en commun : Nous lisons dans l’Évangile de la Messe[01] : Je vous le dis : si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux.
L’Église a vécu depuis toujours la pratique de la prière en commun[02] qui, sans s’y opposer, ne remplace pas la prière personnelle, privée, par laquelle le chrétien s’unit intimement au Christ. Le Seigneur aime particulièrement la prière en famille ; c’est un des trésors que nous avons reçus d’autres générations pour en tirer des fruits abondants et la transmettre aux générations suivantes. « Il y a des pratiques de piété — peu nombreuses, brèves et habituelles qu’on a toujours suivies dans les familles chrétiennes et que je trouve merveilleuses : le bénédicité, le chapelet en commun (…), les prières personnelles au moment de se lever et de se coucher. Sans doute s’agit-il de différentes coutumes, selon les endroits ; mais je pense que l’on doit encourager les membres de sa famille à faire ensemble quelque acte de piété, d’une façon simple et naturelle, sans bigoterie.
« Nous obtiendrons de la sorte que Dieu ne soit pas considéré comme un étranger, que l’on va voir une fois par semaine, le dimanche, à l’église ; que Dieu soit regardé et traité tel qu’Il est en réalité : et ceci, également au sein du foyer, car, comme l’a dit le Seigneur, que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon Nom, Je suis là au milieu d’eux.[03] »
« Cette prière, dit le Pape Jean-Paul II, se référant à ce passage de l’Évangile, a comme contenu la vie de famille elle-même (…) : joies et douleurs, espérances et tristesses, naissances et anniversaires, anniversaires de mariage des parents, départs, éloignements et retours, choix importants et décisifs, mort de personnes aimées, etc., indiquent l’intervention de l’amour de Dieu dans l’histoire de la famille ; de même, ils doivent indiquer aussi le moment favorable d’action de grâces, de demande, d’abandon plein de confiance de la famille au Père commun qui est dans les cieux. De plus, la dignité et la responsabilité de la famille chrétienne en tant qu’Église domestique ne peuvent être vécues qu’avec l’aide incessante de Dieu qui sera concédée sans faute à tous ceux qui la demandent avec humilité et confiance dans la prière. [04] »
La prière en commun donne une force particulière à la famille entière. La principale aide que nous apportons aux parents, aux enfants, aux frères, consiste à prier avec eux et pour eux. La prière donne le sens surnaturel, qui permet de comprendre ce qui se passe autour de nous et dans le sein de la famille, et enseigne à voir que rien n’est étranger aux plans de Dieu : en toute occasion Il se montre à nous comme un Père qui nous dit que la famille est plus à Lui qu’à nous. Il en est de même pour les événements qui, sans Lui, seraient incompréhensibles : la mort d’une personne aimée, la naissance d’un frère handicapé, la maladie, les ennuis d’argent… Près du Seigneur, nous aimons sa sainte volonté, et les familles s’unissent plus fortement entre elles et avec Dieu.
II. Si quelqu’un n’a pas soin des siens et surtout de ceux de sa maison, il a renié la foi et il est pire qu’un incroyant[05], écrit saint Paul à Timothée. Une des principales responsabilités des parents vis-à-vis de leurs enfants et des frères aînés vis-à-vis des plus petits, est celle de leur enseigner les moyens pratiques de fréquenter Dieu. Tâche irremplaçable. Avec les années, ces premières semailles continuent de donner des fruits, jusqu’au moment même de la mort peut-être. Pour beaucoup, cela a été un bagage spirituel, dont ils se sont servis dans l’adolescence et dans la maturité. « La Sainte Écriture nous parle des familles des premiers chrétiens — l’Église qui est dans leur maison, dit Saint Paul (1 Cor 16, 19) — auxquelles la lumière de l’Évangile donnait un nouvel élan et une vie nouvelle.
« Dans tous les milieux chrétiens on sait, par expérience, les bons résultats que donne cette initiation à la vie de piété, initiation naturelle et surnaturelle, faite dans la chaleur du foyer. L’enfant apprend à placer le Seigneur au niveau de ses premières affections, les affections fondamentales ; il apprend à traiter Dieu en Père et la Vierge en Mère ; il apprend à prier, en suivant l’exemple de ses parents. Lorsque l’on comprend cela, on voit la grande tâche apostolique que peuvent accomplir les parents, et combien ils sont obligés d’être sincèrement pieux, pour pouvoir transmettre, plutôt qu’enseigner, cette piété aux enfants. [06] »
La famille chrétienne a su transmettre, de père en fils, des prières simples, facilement compréhensibles, qui forment le premier germe de la piété : les oraisons jaculatoires à Jésus, à notre mère sainte Marie, à saint Joseph, à l’ange gardien… Prières mille et mille fois répétées dans les foyers chrétiens de toute époque. Les enfants apprennent rapidement ces prières qu’ils voient transformées en vie chez leurs parents. Lorsqu’ils sont un peu plus grands, ils ont assimilé et incorporé certaines habitudes : le sens du bénédicité, offrir à la Vierge quelque chose qui coûte…, saluer par un baiser ou un regard les images de Notre Mère, avoir recours à l’ange gardien en entrant et en sortant de la maison…
Combien d’enfants, maintenant hommes et femmes, se rappellent avec émotion l’explication, simple et exacte, que leur donna leur mère, leur frère ou leur sœur aînée, de la présence réelle du Christ dans le Tabernacle ! Ou de la première fois qu’ils virent leur mère prier pour un besoin urgent, ou leur père faire avec piété une génuflexion ! Prier dans une famille où le Christ est présent est naturel : c’est le personnage de la maison que l’on aime le plus.
C’est lorsque le milieu ambiant est moins favorable à la prière et à la piété, que nous devons conserver comme un plus grand trésor ces pratiques qui rendent fort l’amour humain lui-même et approchent davantage de Dieu notre Père.
III. Ubi caritas et amor, Deus ibi est, « là où il y a la charité et l’amour, là se trouve Dieu [07] », chante la liturgie du Jeudi Saint. Lorsque les chrétiens se réunissent pour prier, le Christ se trouve parmi eux et écoute avec affection cette prière fondée sur l’unité. C’est ainsi que le faisaient les Apôtres : Tous, d’un même cœur, persévéraient dans la prière, ainsi que des femmes, et Marie, la mère de Jésus[08]. La nouvelle famille du Christ.
La prière familiale par excellence c’est le chapelet. « La famille chrétienne, écrit le Pape Jean-Paul II, se rencontre et consolide son identité dans la prière. Efforcez-vous de trouver chaque jour un moment pour le consacrer ensemble à parler avec le Seigneur et écouter sa voix. Que c’est beau de voir que dans une famille on prie, le soir, bien que ce ne soit qu’un chapelet !
« Une famille qui prie unie se maintient unie ; une famille qui prie, c’est une famille qui se sauve.
« Agissez de telle manière que vos maisons soient des lieux de foi chrétienne et de vertu, par la prière faite tous ensemble ![09] »
Lorsque l’on commence à prier le chapelet dans un foyer, au début peut-être seuls les parents le font ; ensuite un enfant s’y ajoute, ensuite la grand-mère… Parfois on prie pendant un voyage en voiture, ou bien on choisit une heure commode pour le prier ensemble, avant de dîner ou immédiatement après… « Le Rosaire et la prière de l’Angelus, disait en une autre occasion le Souverain Pontife, doivent être pour tout chrétien et plus encore pour les familles chrétiennes comme une oasis spirituelle dans le cours de la journée, pour reprendre valeur et confiance. [10] » « Pourvu que resurgisse la belle coutume de prier le Rosaire en famille ![11] »
L’Église concède d’innombrables grâces et indulgences lorsque l’on prie le chapelet en famille. Mettons en œuvre les moyens nécessaires pour entretenir cette prière si agréable au Seigneur et sa Très Sainte Mère, et qui est considérée comme « une grande prière publique et universelle face aux besoins ordinaires et extraordinaires de la sainte Église, des nations et du monde entier[12] ». Voilà un bon support sur lequel s’appuie l’unité familiale et une aide discrète et sûre pour faire face à ses besoins.
[01]. Mt 18, 19-20.
[02]. Cf. Ac 12, 5.
[03]. Entretiens avec Monseigneur Escriva, n. 103.
[04]. Jean-Paul II, Exhor. Apost. Familiaris consortio, 22 novembre 1981, 59.
[05]. 1 Tim 5, 8.
[06]. Entretiens avec Monseigneur Escriva, n. 103.
[07]. 1 Jn 4, 12.
[08]. Ac 1, 14.
[09]. Jean-Paul II, Discours aux familles, 24 mars 1984.
[10]. Idem, Angelus à Otranto, 5 octobre 1980.
[11]. Idem, Homélie, 12 octobre 1980.
[12]. Jean XXIII, Allocution, 29 septembre 1961.
23e DIMANCHE. ANNÉE B
38. ÉCOUTE DIEU, PARLE DE LUI
— Le miracle de la guérison d’un sourd-muet.
— Ne restons pas muets devant l’ignorance religieuse.
— Parler avec clarté et simplicité.
I. La liturgie de la Messe de ce dimanche est un appel à l’espérance, à faire confiance au Seigneur. Dans un moment d’obscurité, le Prophète Isaïe se lève pour réconforter le peuple élu qui vit en exil[01]. Il annonce le retour joyeux à la patrie. Dites aux gens qui s’affolent : Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient Lui-même et va vous sauver. Et le Prophète prédit des prodiges qui auront leur accomplissement avec l’arrivée du Messie : Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. L’eau jaillira dans le désert, des torrents dans les terres arides. Le pays torride se changera en lac, la terre de la soif, en eaux jaillissantes. Avec le Christ, l’homme tout entier est guéri, et les sources de la grâce, toujours inépuisables, transforment le monde en une nouvelle création.
L’Évangile de la Messe[02] raconte la guérison d’un sourd-muet. Le Seigneur le prend à part, lui met les doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive, lui touche la langue. Ensuite Jésus regarde le ciel et lui dit : Effata !, c’est-à-dire : Ouvre-toi. Ses oreilles s’ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement.
Les doigts signifient une action divine puissante[03] et l’on attribuait à la salive une certaine efficacité pour soulager les blessures. Bien que ce soit ses paroles qui guérissent, le Christ a choisi, comme en d’autres occasions, d’utiliser des éléments matériels visibles pour exprimer l’action plus profonde que les sacrements allaient effectuer dans les âmes[04]. Dès les premiers siècles et pendant de nombreuses générations[05], l’Église a employé au moment du Baptême les mêmes gestes que le Seigneur, tandis que l’on disait cette prière : Le Seigneur Jésus, qui fit entendre les sourds et parler les muets, te concède en son temps d’écouter sa Parole et proclamer la foi[06].
La guérison du sourd-muet réalise une image de ce que Jésus produit dans les âmes : Il libère l’homme du péché, ouvre ses oreilles pour écouter la Parole de Dieu et délie sa langue pour louer et proclamer les merveilles divines. Au moment du Baptême, le Saint-Esprit, digitus paternae dexterae[07], doigt de la droite de Dieu le Père, comme l’appelle la liturgie, rend l’oreille libre d’écouter la Parole de Dieu, et la langue prompte pour l’annoncer de toutes parts. Et cette action se prolonge tout au long de la vie. Saint Augustin, commentant ce passage de l’Évangile, dit que la langue de celui qui est uni à Dieu « parlera du bien, mettra d’accord ceux qui ne le sont pas, consolera ceux qui pleurent... Dieu sera loué, le Christ sera annoncé. [08] » Avons-nous l’oreille attentive aux motions du Saint-Esprit, la langue disposée à parler de Dieu sans respect humain ?
II. Il existe, hélas, une surdité de l’âme pire que celle du corps, car il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut entendre. Nombreux sont ceux qui ont les oreilles plus ou moins fermées à la Parole de Dieu, et s’endurcissent devant les innombrables appels de la grâce. L’apostolat patient, tenace, plein de compréhension, accompagné de la prière, fera que beaucoup parmi nos amis écoutent la voix de Dieu et se transforment en de nouveaux apôtres qui l’annoncent à haute voix de toutes parts. C’est une des missions que confère le Baptême[09].
Ne restons pas muets lorsque nous devons parler de Dieu et de son message. Qui ? Les parents qui enseignent à leurs enfants dès leur plus jeune âge les prières et les premiers fondements de la foi ; l’ami qui s’adresse à l’ami, lorsque se présente l’occasion, en la suscitant s’il le faut ; le collègue au bureau, à ceux qui l’entourent au milieu de son travail, par la parole et par son comportement exemplaire et joyeux ; l’étudiant, avec ceux qui passent tant d’heures ensemble... Rester muets ? Devant tant d’occasions que le Seigneur offre de montrer à tout le monde le chemin de la sainteté au milieu du monde ? Il y a des moments où il serait même étrange de ne pas se référer au surnaturel : la mort d’un être aimé, une visite à un malade (que d’horizons pouvons-nous ouvrir à celui qui souffre lorsque nous lui demandons, comme un trésor, qu’il offre sa douleur pour une intention, pour l’Église, pour le Pape !), le commentaire d’une nouvelle calomnieuse...
Que d’occasions de parler de la beauté de la foi, de la joie incomparable d’avoir le Christ ! Le Baptême transmet aussi la responsabilité de ne permettre que personne ne perde la foi à cause de l’avalanche d’erreurs doctrinales et morales devant lesquelles beaucoup se sentent comme sans défense. « Inspirés par la haine indéfectible de satan, les ennemis de Dieu et de son Église s’agitent et s’organisent sans trêve.
« Avec une constance exemplaire, ils préparent leurs plans, soutiennent leurs écoles, leurs chefs et leurs agitateurs, et par le moyen d’une action déguisée, mais efficace, ils propagent leurs idées et sèment, dans les foyers et dans les lieux de travail, leur semence qui détruit toute idée religieuse.
« — Que ne nous faudra-t-il pas faire, nous autres chrétiens, pour servir notre Dieu et respecter toujours la vérité ? [10] » Allons-nous rester impassibles ou mettre la mission reçue un jour au Baptême en pratique pendant toute notre vie et en toute circonstance ?
III. Comme l’annonce le Prophète Isaïe dans la première lecture, le temps est arrivé où s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie... Ces prodiges se réalisent de nos jours avec une profondeur plus grande que celle prévue par le Prophète : ils ont lieu dans l’âme de celui qui est docile au Saint-Esprit. Demandons la foi et l’audace pour annoncer avec clarté et simplicité les magnalia Dei[11], les merveilles de Dieu que nous connaissons, comme le firent les Apôtres après la Pentecôte. Saint Augustin écrit : « si vous aimez Dieu, attirez pour qu’ils l’aiment tous ceux qui sont près de vous et tous ceux qui vivent chez vous. Si vous aimez le Corps du Christ, qu’est l’unité de l’Église, incitez tout le monde à jouir de Dieu et dites leur avec David : Exaltez avec moi le Seigneur et louons tous ensemble son saint nom (Prov 21, 28) ; et en cela ne soyez pas timides ni pusillanimes, mais gagnez pour Dieu autant de personnes que vous pourrez avec tous les moyens possibles, selon votre capacité, en les exhortant, en les supportant, en les priant, en discutant avec eux et en leur donnant la raison des choses qui appartiennent à la foi en toute mansuétude et douceur. [12] » Ne restons pas muets : certainement Dieu veut parler aux autres à travers nos paroles.
Saint Marc a conservé le mot araméen que Jésus utilisa, effata, “ouvre-toi” ! Le Saint-Esprit souffle souvent dans l’intimité de l’âme, ce conseil impératif. La bouche s’ouvre et la langue se délie aussi pour parler avec clarté de l’état de son âme dans la direction spirituelle, en étant sincères, en disant avec simplicité ce qui nous arrive, désirs de sainteté et tentations, petites victoires et défaites. Libérons nos oreilles pour écouter attentivement les enseignements et les suggestions que le Maître fait parvenir à travers la direction spirituelle[13].
Avec la sincérité et la docilité la bataille est toujours gagnée, aussi difficile soit-elle. Avec la duplicité et l’orgueil… elle est toujours perdue. C’est le Seigneur qui guérit et il utilise les moyens qu’il veut, toujours disproportionnés. Saint Vincent Ferrier affirmait que Dieu « ne concède pas sa grâce à celui qui, ayant à sa disposition une personne capable de le diriger, méprise ce moyen efficace de sanctification, en croyant qu’il se suffit à lui-même, qu’il peut par ses seules forces chercher et trouver le nécessaire pour son salut... Celui qui aura un directeur et lui obéira en toutes les choses arrivera au but plus facilement que s’il était seul, même s’il possède une intelligence très pénétrante et de très sages livres spirituels… [14] »
La Sainte Vierge est le modèle pour écouter d’une oreille attentive ce que Dieu demande et le mettre en pratique avec une disponibilité totale : « À l’Annonciation, Marie s’est complètement abandonnée en Dieu, en manifestant “l’obéissance de la foi” à celui qui lui parlait à travers son messager et en apportant ‘la soumission complète de son intelligence et de sa volonté’ (Const. Dei Verbum, 5). [15] » Nous avons recours à Elle en terminant notre prière, et nous Lui demandons de nous apprendre à écouter attentivement tout ce qu’on nous dit de la part de Dieu, et surtout à le mettre en pratique.
[01]. Is 35, 4-7.
[02]. Mc 7, 31-37. — [03]. Cf. Ex 8, 19 ; Ps 8, 4; Lc 11, 20.
[04]. Cf. M. Schmaus, Théologie dogmatique.
[05]. Cf. A. G. Martimort, L’Eglise en prière.
[06]. Cf. Rituel du Baptême, Baptême des enfants.
[07]. Cf. Hymne Veni Creator. — [08]. Saint Augustin, Sermon 311, 11.
[09]. Cf. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 33.
[10]. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 466.
[11]. Cf. Ac 2, 1. [12]. — Saint Augustin, Commentaires aux Psaumes, 33, 6-7.
[13]. Cf. R. Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure.
[14]. Saint Vincent Ferrier, Traité sur la vie spirituelle, II, 1.
[15]. Jean-Paul II, Enc. Redemptoris Mater, 25 mars 1987, 13.
23e DIMANCHE. ANNÉE C
39. L’EXAMEN DE CONSCIENCE
— Suivre le Christ et se connaître personnellement.
— L’esprit d’examen et l’humilité. Vaincre la paresse.
— Les dispositions pour le faire. Contrition. Résolutions.
I. Dans l’Évangile de la Messe, le Seigneur nous parle des exigences que comporte le fait de Le suivre, de répondre à l’appel qu’Il adresse à tout le monde. Il nous donne cet avertissement : Quel est celui d’entre vous qui veut bâtir une tour, et qui ne commence pas par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, s’il pose les fondations et ne peut pas achever, tous ceux qui le verront se moqueront de lui… Et quel est le roi qui part en guerre contre un autre roi, et qui ne commence pas par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui vient l’attaquer avec vingt mille ?[01].
Lorsque l’on entreprend quelque chose de grand, il faut estimer, calibrer les possibilités, avoir recours aux moyens opportuns pour le mener à bien. Être disciple du Christ, essayer de le suivre fidèlement au milieu de ses occupations, c’est l’entreprise suprême pour tout homme. La conduire à bon terme implique de bien connaître les moyens disponibles et savoir les utiliser, être conscients de ce qui nous manque pour le demander avec confiance au Seigneur, enlever et jeter ce qui gêne. Où cela se fait-il ? Dans l’examen de conscience. Si nous le faisons bien, avec profondeur, il nous mène à connaître la vérité de notre vie. « Connaissance de soi, qui est le premier pas que doit faire l’âme pour en arriver à la connaissance de Dieu. [02] »
Les commerçants dressent chaque jour le bilan de l’état de leurs affaires, examinent leurs bénéfices ou leurs pertes, savent où ils peuvent améliorer, détectent vite la cause d’une mauvaise gestion, essayent d’y remédier avant que cela n’aille plus mal pour l’entreprise. Notre grande affaire, chaque jour, c’est notre réponse à l’appel du Seigneur. Y a-t-il quelque chose de plus important que de s’approcher de plus en plus du Christ ?
Dans l’examen de conscience notre vie est confrontée à ce que Dieu attend de nous, à notre réponse quotidienne à son appel. Et c’est ce qui permet de demander pardon et de recommencer à nouveau très souvent ; « l’examen est le pas préalable et le point de départ quotidien pour enflammer davantage l’amour de Dieu, avec des réalités — des œuvres — de don de soi [03] ». Nous efforcer de le faire en profondeur « empêche que s’enracinent dans nos âmes les germes de la tiédeur et nous aide à vivre loin des occasions de pécher.
« Si nous prétendons vraiment obtenir cette pureté de cœur qui nous conduira à voir Dieu en tout, nous devons prendre très au sérieux l’examen quotidien de notre âme. Qui se contenterait d’une vision routinière, superficielle, finirait par glisser sur le plan incliné de la négligence et de la paresse spirituelle, vers la tiédeur, cette myopie de l’âme qui préfère ne pas discerner entre le bien et le mal, entre ce qui vient de Dieu et ce qui provient de nos propres passions ou du diable. [04] »
Ce qui donne cette finesse particulière à l’âme pour détecter les choses de sa conduite qui ne plaisent pas à Dieu, c’est l’amour. Prenons la résolution pour tous les jours de notre vie de « faire consciencieusement l’examen de conscience [05] ». Nous verrons, en peu de temps peut-être, l’aide majeure qu’il représente sur le chemin qui conduit au Christ.
II. Pour faire consciencieusement ce bilan à la fin de la journée, ayons tout au long de la journée l’esprit d’examen, comme « le bon banquier qui quotidiennement, le soir, compte ses pertes et bénéfices. Mais cela ne peut se faire en détail si on n’inscrit pas à tout moment les comptes dans les livres. Un regard à toutes et chacune des annotations montre l’état de la journée entière [06] ».
Pour construire la tour que Dieu attend de nous, pour entrer dans la bataille contre les ennemis de l’âme, selon les exemples que le Seigneur donne dans l’Évangile, soyons conscients des recours sur lesquels nous comptons et de l’aide dont nous avons besoin : quels sont les défauts que nous connaissons, et que nous devrions corriger ? Quelles sont les inspirations pour faire le bien, pour servir les autres avec plus de joie, auxquelles nous ne répondons peut-être pas ? Consentons-nous à la médiocrité spirituelle (consentie parce que nous n’avons pas été généreux dans la petite mortification) ? Surestimons-nous comme s’ils étaient des buts en eux-mêmes, les biens matériels ? Nous laissons-nous dominer par la paresse, en considérant notre propre tranquillité comme le plus grand bien ? Nous arrive-t-il de faire avec tiédeur ce qui se réfère à Dieu ?
La connaissance de soi-même n’est pas facile ; elle est menacé par le démon muet [07], qui essaye de fermer la porte à la vérité pour que nous ne voyions pas les imperfections et faiblesses, les défauts enracinés dans l’âme ; ce démon muet tend à excuser les manques d’amour de Dieu, les péchés et les imperfections, à les considérer comme s’ils étaient des détails de peu d’intérêt ou imputables aux circonstances extérieures. Pour se connaître en profondeur et sans palliatifs il est utile de se demander fréquemment : où se trouve mon cœur de façon habituelle ? En moi-même…, obsédé par mes maladies…, mes succès, les l’échecs possibles…, le travail en lui-même (sans le transformer en une offrande à Dieu) ? Avec quelle fréquence ai-je recours à Dieu, pour Lui demander pardon, Lui rendre grâces, demander son aide ? Quelles intentions me poussent à agir ? À quoi mon esprit est-il habituellement occupé ? Le jour qui vient de s’écouler a-t-il été à moi ou à Dieu ? L’ai-je cherché ou me suis-je cherché moi-même ?
Pour nous connaître vraiment, pour savoir sur quoi nous comptons, demandons l’humilité, car sans elle nous sommes dans l’obscurité. Elle invite à commencer l’examen nous rappelant que nous sommes tous pécheurs.
Un autre adversaire de l’examen de conscience c’est la paresse, qui dans les choses de Dieu, s’appelle la tiédeur. L’une des ses premières manifestations est précisément le peu d’effort pour s’examiner. Il arrive alors à l’âme ce qui arrive à la terre que le paysan a laissé en jachère en négligeant une saison : les chardons des défauts, les épines des passions désordonnées étouffent la semence de la grâce et ne tardent pas à croître. J’ai passé près du champ d’un paresseux et près de la vigne d’un insensé. Et voici : les orties y croissaient partout, les chardons en couvraient la surface, et le mur de pierres était écroulé[08].
L’examen de conscience diligent, profond, humble, découvre la racine des manques de charité, de travail, de joie, de piété, qui peut-être se répètent fréquemment. C’est alors qu’on se décide à lutter et à vaincre avec l’aide de la grâce.
III. L’examen de conscience ce n’est pas une simple réflexion sur sa conduite : c’est un dialogue entre l’âme et Dieu. C’est pourquoi, lorsque nous le commençons, nous mettons-nous, en premier lieu, en présence du Seigneur, comme lorsque nous faisons un moment de méditation. Il suffit parfois d’une brève prière, de se servir des paroles employées par l’aveugle de Jéricho, Bartimée, pour s’adresser à Jésus lui demandant la lumière pour ses yeux : Domine, ut videam ! Seigneur, que je voie ! [09] : donne la lumière à mon âme pour comprendre ce qui me sépare de Toi, ce que je dois arracher et jeter, ce que je dois améliorer : travail, caractère, présence de Dieu, joie, optimisme, apostolat, préoccupation pour rendre la vie plus agréable à ceux qui vivent avec moi…
Ensuite, dans l’examen proprement dit, voyons comment le Seigneur a vu notre journée. Essayons, avec l’aide de notre ange gardien, de la voir reflétée en Dieu comme dans un miroir, car « nous n’arriverons jamais à nous connaître si nous n’essayons pas de connaître Dieu [10] ». Tout de suite après, on peut faire un examen de son comportement envers Dieu, le prochain et soi-même… Cela peut se faire en parcourant brièvement les heures du jour, ou les différentes situations dans lesquelles nous nous sommes trouvés ; en accordant une importance particulière à l’accomplissement du plan de vie, aux résolutions prises, aux conseils reçus dans la direction spirituelle. Même si cet acte de piété est très personnel, la direction spirituelle peut beaucoup aider dans la façon de le mener à bien.
Le plus important de l’examen fait près du Seigneur, — qui d’habitude ne dure que peu de minutes — c’est la douleur, la contrition. Sincères, elles éveilleront quelques résolutions, peu nombreuses (souvent peut-être une seule) et précises : chercher le moyen de fréquenter plus assidûment son ange gardien, être plus ponctuel dans son travail ou à la Sainte Messe, sourire même si nous sommes fatigués ou un peu malades, être plus aimables avec quelqu’un, mettre plus d’intensité dans la prière, avoir recours ce jour-là plus fréquemment à la très Sainte Vierge, à saint Joseph, à Jésus présent dans les tabernacles de la ville ou dans la seule église du village, bien achever sa tâche, sans la bâcler ; mieux vivre les petites mortifications habituelles, en en concrétisant quelques-unes dans les repas et dans l’ordre ; inviter tel ami à la prochaine récollection spirituelle, sans laisser passer un jour de plus … Douleur profonde, même pour des fautes légères, et résolutions pour lesquelles nous demanderons de l’aide à Dieu, parce que sinon, même si elles sont petites, nous ne les mettrons sans doute pas en pratique.
Examinons aussi ce que nous avons fait de bon et rendons-en grâce au Seigneur, pour nous endormir l’âme en paix, avec le désir de recommencer le lendemain ce chemin d’amour de Dieu et du prochain.
[01]. Lc 14, 28-32.
[02]. Saint Jean de la Croix, Cantique spirituel, 4, 1.
[03]. A. Del Portillo, Lettre, 8 décembre 1976, n. 8.
[04]. Idem.
[05]. Idem.
[06]. Saint Jean Climac, Échelle du paradis, 4.
[07]. Cf. Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 236.
[08]. Prov 24, 30-31.
[09]. Cf. Mc 10, 51.
[10]. Sainte Thérèse, Demeures, 1, 2, 9.