25e DIMANCHE. ANNÉE C
57. ENFANTS DE LUMIÈRE
— La parabole de l’administrateur infidèle.
— Utiliser au service de Dieu tous les moyens licites.
— Les moyens humains et les moyens surnaturels.
I. Dans la première lecture de la Messe[01] résonnent les durs reproches du Prophète Amos contre les commerçants qui méprisent les pauvres et s’enrichissent à leurs dépens : ils faussent les balances, vendent de la marchandise de déchet, augmentent les prix en profitant des périodes de pénurie… Les procédés injustes pour faire prospérer leurs affaires sont innombrables !
Dans l’Évangile de la Messe[02], le Seigneur décrit dans une parabole l’habileté d’un administrateur appelé à rendre compte de sa gestion par le propriétaire, parce qu’il était accusé de gaspiller ses biens. L’administrateur réfléchit sur ce qui l’attendait : Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Travailler la terre ? Je n’ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m’accueillir. Il appela alors les débiteurs de son maître et établit avec eux un accord favorable pour eux. Au premier qui se présenta, il dit : Combien dois-tu à mon maître ? — Cent barils d’huile. L’administrateur lui dit : Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante. Puis il demanda à un autre : Et toi, combien dois-tu ? — Cent sacs de blé. L’administrateur lui dit : Voici ton reçu, écris quatre-vingts.
Le propriétaire apprit ce qu’avait fait son administrateur, et il loua sa sagacité. Et Jésus, avec un peu de tristesse peut-être, ajouta : les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Certes, le Seigneur ne loue pas l’immoralité de ce gérant qui se prépare, dans le peu de temps qui lui reste, des amis qui puissent ensuite le recevoir et l’aider. « Pourquoi le Seigneur raconte-t-Il cette parabole ? se demande saint Augustin. Non pas que le serviteur ait été précisément un modèle à imiter, mais parce qu’il fut prévoyant pour le futur. Afin que le chrétien qui manque de cette détermination en ressente la honte.[03] » Il loua l’effort, la décision, l’astuce, la capacité de surmonter les difficultés et de résoudre une situation difficile, la capacité de ne pas se laisser aller au découragement.
Il n’est pas rare de voir l’effort et les innombrables sacrifices que beaucoup font pour obtenir davantage de moyens financiers pour monter dans l’échelle sociale… D’autres fois nous sommes même surpris par les moyens qu’on emploie pour faire le mal : presse, maisons d’édition, télévision, projets de toutes sortes… Eh bien nous, chrétiens, nous avons à faire, au moins, ce même effort pour servir Dieu, en multipliant les moyens humains pour les faire produire en faveur des plus nécessiteux : en œuvres d’enseignement, d’assistance, de bienfaisance… L’intérêt que d’autres manifestent dans leurs occupations terrestres, nous devons, nous, le mettre pour gagner le Ciel, et lutter contre tout ce qui nous sépare du Christ. « Quel acharnement mettent les hommes dans leurs affaires terrestres ! Rêves de grandeur, ambitions de richesses, hantises de sensualité. — Hommes et femmes, riches et pauvres, vieillards, adultes et jeunes gens, les enfants même : tous pareils.
« — Le jour où, toi et moi, nous mettrons le même acharnement aux affaires de notre âme, notre foi sera vive et opérante, et il n’y aura pas d’obstacle que nous ne surmontions dans nos entreprises d’apostolat.[04] »
II. Les fils de ce monde semblent parfois plus conséquents dans leur façon de penser ; ce sont ceux qui vivent comme s’il n’existait que la vie d’ici-bas et ils s’y acharnent… Le Seigneur veut que nous mettions dans ses affaires à Lui — la sainteté et l’apostolat — au moins le même effort que d’autres mettent dans leurs affaires terrestres ; que nous nous préoccupions de ses affaires avec intérêt, avec joie, avec enthousiasme, et que nous acheminions tout vers ce but, le seul qui vaille vraiment la peine. Aucun idéal n’est comparable à celui de servir le Christ, en utilisant les talents reçus comme des moyens pour arriver à un but qui perdure bien au-delà de ce monde qui passe.
En terminant la parabole, le Seigneur rappelle : Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second, ou bien il s’attachera au premier, et méprisera le second. Et Il conclut : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. Nous n’avons qu’un seul Seigneur, et c’est Lui que nous servirons de tout cœur, avec les talents que Lui-même nous a donnés, en employant tous les moyens licites, la vie tout entière ! C’est vers Lui que nous orientons, sans exception, les actes de la vie : le travail, les affaires, le repos… Le chrétien n’a pas un temps pour Dieu et un autre pour les affaires de ce monde : celles-ci peuvent toutes se transformer en service de Dieu et du prochain grâce à la droiture d’intention, à la justice et à la charité. Pour être un bon administrateur des talents reçus, des biens dont il sait qu’il doit rendre compte à son Seigneur, le chrétien oriente ses actions vers la promotion du bien commun, en trouvant les solutions appropriées, avec habileté, avec intérêt, avec « professionnalisme », en menant à bon terme, ou en collaborant à des entreprises et des initiatives au service des autres, sûrs que ces occupations ont plus de valeur que l’affaire la plus attrayante. Ce sont les laïcs qui sont invités à intervenir dans les grandes questions qui affectent la présence de l’Église dans le monde, comme l’éducation, la défense de la vie et de l’environnement, les garanties du plein exercice de la liberté religieuse, la présence du témoignage et du message chrétien dans les milieux de communication sociale. Dans ces questions tous les laïcs chrétiens, agissant en tant que citoyens et utilisant tous les moyens auxquels ils ont légitimement accès, doivent faire entendre leur voix et faire valoir leurs justes droits.
Sans permettre que l’argent se transforme, peut-être peu à peu, en seigneur, ni que l’objectif de la vie finisse par être d’accumuler la plus grande quantité de biens, de confort et de commodités. Dieu nous appelle tous à un destin plus élevé. Avec tous les moyens à notre portée pourquoi ne pas nous décider à travailler, avec un enthousiasme et une énergie renouvelés, à refaire ce qui a été détruit par une culture matérialiste. Plus que de fortifier les racines de ce qui existe, en de nombreux cas et de nombreux milieux, il s’agit presque de recommencer en partant de zéro. C’est pourquoi il est possible de parler aujourd’hui d’une nouvelle Évangélisation. La tâche à laquelle le Seigneur nous appelle par l’intermédiaire de son Vicaire[05] est immense, qui nécessite de donner notre temps, notre prestige professionnel, l’aide matérielle que nous pouvons aussi prêter… « Le Maître nous l’avait bien dit : nous autres, enfants de la lumière, puissions-nous faire le bien avec au moins la même opiniâtreté et le même entêtement que les enfants des ténèbres mettent dans leurs propres affaires !
« — Ne te plains pas : travaille, en revanche, à noyer le mal sous l’abondance du bien ! [06] »
III. Bien que ce soit la grâce qui change les cœurs, le Seigneur a prévu que nous utilisions des moyens humains dans l’apostolat, et tous les procédés licites qui sont à notre portée. Saint Thomas d’Aquin enseigne[07] que ne pas faire tout ce que l’on peut et attendre tout de Dieu, serait Le tenter. Ce principe s’applique aussi à l’apostolat, où le Seigneur attend de ses disciples une coopération sage, effective et qui implique le don de soi. Ne sommes-nous pas parfois des instruments inertes ? Les fils de la lumière doivent mettre aussi, en plus des moyens surnaturels, leur intérêt, leur capacité humaine, leur habileté, leur ténacité… pour attirer une âme au Christ. Et dans les œuvres apostoliques de formation, d’enseignement… les moyens économiques seront nécessaires aussi, comme l’a souligné le Seigneur Lui-même : Quand Je vous ai envoyés sans bourse ni besace ni chaussures, avez-vous manqué de quelque chose ? De rien, dirent-ils. Et Il leur dit : Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, pareillement la besace aussi, et que celui qui n’a pas de glaive vende son manteau pour en acheter un[08]. Jésus Lui-même, pour réaliser sa mission divine, se servit très souvent de moyens terrestres : quelques pains et quelques poissons, un peu de boue, les biens de quelques femmes généreuses et pieuses…
Parce que nous savons que la mission apostolique à laquelle le Seigneur nous appelle surpasse la capacité des moyens humains que nous utilisons, nous ne laisserons pas de côté, comme s’ils étaient secondaires, les moyens surnaturels. On ne met pas toute sa confiance dans l’habileté personnelle, dans le pouvoir de conviction de la parole, dans les biens qui ne sont que le support matériel d’une entreprise apostolique ; on la met surtout dans la grâce divine qui fera des miracles avec ces moyens humains, que nous n’oublierons pas, même s’ils sont toujours disproportionnés. La confiance en Dieu conduit parfois à ne pas attendre d’avoir tout le nécessaire (peut-être n’arriverons-nous jamais à l’avoir), et nous ne manquerons pas de faire certains travaux sans le nécessaire ou d’en entreprendre de nouveaux. « On commence comme on peut[09] », et on demande à Jésus ce qui manque et on agit avec la liberté et l’audace que donne la confiance en Dieu. « Ton impétuosité m’a fait sourire. Considérant l’absence de moyens matériels et d’aide extérieure pour travailler, tu faisais ce commentaire : “moi, je n’ai que deux bras, mais parfois, impatient, j’ai envie d’être un monstre à cinquante bras, pour semer et pour récolter la moisson ”.
« — Demande cette efficacité à l’Esprit Saint… Il te l’accordera ! [10] »
[01]. Am 8, 4-7.
[02]. Lc 16, 1-13.
[03]. Saint Augustin, Sermon 359, 9-11.
[04]. Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 317.
[05]. Cf. Jean-Paul II, Exhort. Apost. Christifideles laici, 30 décembre 1988, 34.
[06]. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 848.
[07]. Saint Thomas, Summa Theologiæ, II-II, q. 53, a. 1, ad 1.
[08]. Lc 22, 35-37.
[09]. Cf. Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 488.
[10]. Idem, Sillon, n. 616.
25e SEMAINE. LUNDI
58. LA LUMIÈRE SUR LE LAMPADAIRE
— Les chrétiens sont appelés à illuminer le milieu où ils vivent.
— Prestige professionnel.
— Comme des astres dans le monde.
I. Dans l’Évangile de la Messe[01] nous lisons aujourd’hui : Personne, après avoir allumé une lampe, ne la cache sous un couvercle ou ne la met en dessous du lit ; on la met sur le lampadaire pour que ceux qui entrent voient la lumière.
Qui veut suivre le Christ — qui allume une lampe — travaillera non seulement à sa propre sanctification, mais aussi à celle des autres. Le Seigneur l’illustre par diverses images très expressives et accessibles au peuple simple qui l’écoute. Dans toutes les maisons on allumait la lampe à huile à la tombée du soir, et tous savaient où on la plaçait et pourquoi. La lampe est faite pour illuminer et il fallait la mettre en haut ; elle pendait peut-être d’un support fixe mis là dans ce but seulement. Il ne viendrait à l’esprit de personne de la cacher de manière que l’on ne voie pas la lumière ; à quoi donc servirait-elle alors ?
Vous êtes la lumière du monde[02], avait-Il dit à ses disciples. La lumière du disciple est la même que celle du Maître. Sans cet éclat du Christ, la société reste immergée dans les ténèbres, et lorsque l’on marche dans l’obscurité on trébuche et on tombe. Sans le Christ, le monde ne devient-il pas difficile à vivre et peu habitable ?
Les chrétiens sont là pour une mission vitale : illuminer le milieu où ils vivent et travaillent ; un disciple du Christ sans lumière serait comme une lampe à huile qui se cacherait sous un couvercle ou se mettrait sous le lit. Ceux qui L’écoutaient Le comprenaient si bien ! Le Concile Vatican II a souligné la grandeur de l’apostolat, droit et devoir qui naissent du Baptême et de la Confirmation[03]. Et cela jusqu’au point que, le chrétien faisant partie du Corps Mystique, « un membre qui ne travaille pas selon ses possibilités à la croissance du corps doit être réputé inutile à l’Église et à lui-même[04] ». Cet apostolat, qui présente des formes si diverses, est continuel, comme est continuelle la lumière qui éclaire ceux qui sont dans la maison. « Le témoignage même de la vie chrétienne et les oeuvres accomplies dans un esprit surnaturel sont puissants pour attirer les hommes à la foi et à Dieu.[05] » Ceux qui ne croient pas encore au Christ voient-ils réellement aujourd’hui leur chemin illuminé par l’éclat des œuvres de ceux qui suivent le Maître ? « Car tous les chrétiens, partout où ils vivent, sont tenus de manifester de telle manière, par l’exemple de leur vie et le témoignage de leur parole, l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par le baptême, et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés au moyen de la confirmation, que les autres, réfléchissant à leurs bonnes œuvres, glorifient le Père et perçoivent plus pleinement le sens authentique de la vie humaine et le lien universel de communion des hommes.[06] »
Faisons aujourd’hui un examen de conscience pour voir si ceux qui travaillent au coude à coude avec nous, ceux qui vivent dans notre foyer, ceux qui nous fréquentent pour des raisons professionnelles ou sociales… reçoivent cette lumière qui signale l’aimable chemin qui conduit à Dieu. Pensons-y : ceux-là se sentent-ils poussés à être meilleurs ?
II. Le travail, le prestige professionnel, voilà la lampe dans laquelle doit briller la lumière du Christ. Quel apostolat pourra mener à bien une mère de famille qui ne s’occupe pas consciencieusement de son foyer, de telle manière que son mari, ses enfants, trouvent en arrivant un climat agréable ? Comment pourrait-il parler de Dieu à ses amis l’étudiant qui n’étudierait pas ? Le chef d’entreprise qui ne vivrait pas les principes de la justice sociale de l’Église avec ses employés… ? La vie entière du Seigneur fait comprendre que sans la diligence, l’application au travail et la constance d’un bon travailleur, la vie chrétienne se réduit à des désirs peut-être pieux, mais stériles aussi bien pour la sainteté personnelle que pour l’influence souhaitable que nous devons exercer autour de nous. Chaque chrétien est appelé à « se comporter de telle manière que ceux qui le fréquentent perçoivent le bonus odor Christi (cf. 2 Cor 2, 15), la bonne odeur du Christ ; il doit agir de sorte qu’on puisse découvrir le visage du Maître à travers les actions du disciple[07] ». Pour cela, l’exemple, au sein de ce qui constitue comme la colonne vertébrale de tout homme, le travail, est le premier pas dans l’apostolat. (Le malade, l’infirme, sont lumière — et combien elle brille ! — quand ils sont patients, qu’ils supportent avec un sens surnaturel leur lourde charge.) Le Seigneur aime que le pharmacien soit compétent pour ce qui est des médicaments qu’il vend, et qu’il sache donner un conseil humain et surnaturel qui aide et encourage ; que le chauffeur de taxi connaisse bien toutes les rues d’une grande ville, que le conducteur d’un moyen de transport public ne maltraite pas ses passagers par sa façon de conduire…
Dès le début de sa vie publique on connaît et on désigne le Seigneur comme l’artisan, le fils de Marie[08]. Et au moment des miracles la foule s’exclame : Il a tout fait bien ![09], absolument tout : « aussi bien les grands prodiges que les menus détails de la vie quotidienne qui n’ont ébloui personne, mais que le Christ a réalisés avec la plénitude de celui qui est perfectus Deus, perfectus homo (Symbole Athanasien), Dieu parfait et homme parfait [10] ». Jésus fait référence dans son enseignement, aux métiers les plus divers, et Il « regarde avec amour le travail, ses différentes manifestations, en voyant dans chacune d’elles un aspect particulier de la ressemblance de l’homme avec Dieu, Créateur et Père[11] ».
Pour avoir du prestige professionnel il faut prendre soin de sa formation spécifique, y consacrer les heures nécessaires, se proposer des objectifs pour la perfectionner chaque jour, même après avoir terminé ses études ou la période d’apprentissage propre de tout travail. Souvent les résultats universitaires sont un bon indice, pour un étudiant, de son amour de Dieu et du prochain.
Comme conséquence logique de cet effort et du sérieux de sa tâche, le fidèle chrétien aura parmi ses collègues la réputation d’être un bon travailleur ou un bon étudiant, ce qui est nécessaire pour réaliser un apostolat profond[12]. Sans se rendre à peine compte qu’il est en train de montrer comment la doctrine du Christ devient réalité au milieu du monde, dans une vie courante. Et l’on constate la clairvoyance du commentaire de saint Ambroise : les choses nous semblent moins difficiles lorsque nous les voyons réalisées par d’autres[13]. Et tout le monde a droit à ce bon exemple.
III. La doctrine du Christ ne s’est pas répandue à force de moyens humains, mais par l’impulsion de la grâce ; il est aussi vrai qu’une action apostolique édifiée sur une vie sans vertus humaines, sans valeur professionnelle, serait fausse, voire motif de mépris de la part de ceux que nous voulons approcher du Seigneur. C’est pourquoi selon le Concile Vatican II, « en manquant à ses obligations terrestres, le chrétien manque à ses obligations envers le prochain, bien plus, envers Dieu Lui-même, et il met en danger son salut éternel [14] » : il ne se sanctifie plus lui-même, il ne sait pas profiter des talents qu’il a reçus, et ne sanctifie pas non plus son prochain.
Quels que soit la profession ou le métier que l’on exerce, le niveau atteint jour après jour grâce à un travail fait consciencieusement octroie une autorité morale devant ses collègues et ses compagnons qui facilite beaucoup les choses lorsqu’il s’agit de persuader, enseigner, attirer… Cette robustesse professionnelle est si importante qu’un chrétien ne peut s’abriter derrière quelque motif que ce soit pour ne pas l’acquérir. Pour ceux qui s’efforcent de vivre à fond leur vocation chrétienne, le travail compétent et les moyens pour obtenir cette compétence constituent un devoir primordial ; c’est pourquoi le bon médecin, s’il veut continuer à l’être, n’abandonne pas l’étude qui le maintient à jour, le bon professeur renouvelle son matériel pédagogique, sans se contenter de répéter constamment les mêmes cours.
La compétence et le sérieux avec lesquels on réalise son travail professionnel se transforment ainsi en un lampadaire qui illumine les collègues et les amis[15]. La charité chrétienne devient alors visible de loin et la lumière de la doctrine illumine de cette hauteur, lumière familière et proche qui arrive facilement à tout le monde.
Saint Paul écrit aux premiers chrétiens de Philippes de vivre au milieu de cette génération séparée de Dieu de telle manière qu’ils brillent comme des astres au milieu du monde[16]. Et leur exemple entraînait tellement qu’en vérité on a pu dire d’eux : « ce que l’âme est pour le corps, c’est ce que sont les chrétiens au milieu du monde [17] », comme on peut le lire dans un des écrits chrétiens des plus antiques.
Pour porter à tous la lumière du Christ, en plus des moyens surnaturels, nous pratiquons aussi les normes courantes de la vie en commun. Pour beaucoup, ces normes ne sont que quelque chose d’extérieur et ne se pratiquent que parce qu’elles rendent plus facile la vie sociale. Pour nous, elles sont aussi un fruit de la charité, des manifestations extérieures d’un sincère intérêt pour les autres. Tout cela fait partie de la lumière divine que nous devons porter aux autres par notre vie, et de l’apostolat que le Seigneur nous fait mener à bien, principalement parmi les personnes que nous fréquentons le plus.
[01]. Lc 8, 16-18.
[02]. Mt 5, 14.
[03]. Cf. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 33.
[04]. Idem, Decr. Apostolicam actuositatem, 2.
[05]. Idem, 6.
[06]. Idem, Decr. Ad gentes, 11.
[07]. Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 105.
[08]. Mc 6, 3.
[09]. Mc 7, 37.
[10]. Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 56.
[11]. Jean-Paul II, Enc. Laborem exercens, 14 septembre 1981, 26.
[12]. Cf. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 36.
[13]. Saint Ambroise, Sur les vierges, 2, 2.
[14]. Concile Vatican II, Const. Gaudium et spes, 43.
[15]. Cf. Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 61.
[16]. Ph 2, 15.
[17]. Épître à Diognète, VI, 1.