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25e SEMAINE. MARDI

59. LE SILENCE DE MARIE

— La Vierge méditait en son cœur les événements de sa vie.

— Le silence de Marie pendant les trois ans de la vie publique de Jésus.

— Le recueillement intérieur.

I. Nous avons souvent désiré que les Évangiles racontent davantage d’actions et de paroles de Sainte Marie. L’amour fait désirer avoir davantage de nouvelles de Notre Mère du Ciel. Cependant Dieu s’est chargé de faire connaître tout le nécessaire, aussi bien pendant la vie de Notre-Dame ici sur terre, que maintenant, après vingt siècles, à travers le Magistère de l’Église quand, avec l’assistance du Saint-Esprit, il développe et explique les données révélées.

Peu de temps après l’Annonciation, bien que la Vierge n’ait rien dit à Elisabeth, celle-ci connut le mystère de sa cousine par révélation divine. Notre-Dame ne manifesta pas non plus l’événement à Joseph, et un ange dut l’informer en songe de la grandeur de la mission de celle qui était déjà son épouse. À la naissance du Messie, Marie garda aussi le silence, mais les bergers furent informés précisément de l’événement le plus grand de l’humanité, et ceux-ci communiquèrent la grande nouvelle à leurs amis et à leurs connaissances. Et tous ceux qui l’apprirent furent émerveillés de ce que leur disaient les bergers[01]. Marie et Joseph ne dirent rien à Siméon et à Anne, la prophétesse, lorsqu’ils montèrent au Temple, comme un jeune couple parmi d’autres pour présenter l’Enfant. Et en Égypte d’abord, puis à Nazareth, Marie ne parla à personne du mystère divin qui remplissait sa vie. Elle ne commenta rien à ses parents ni à ses voisins. Elle se contenta de garder ces choses en les méditant en son cœur[02]. À cause du silence de Marie, Nathanaël se trompe dans le commentaire qu'il fait à Philippe sur cette petite ville de Galilée limitrophe de Cana, sa région à lui : De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ?[03] « La Vierge ne cherchait pas, comme toi et moi, la gloire que les hommes se donnent les uns aux autres. Il Lui suffit de savoir que Dieu sait tout. Et qu’Il n’a pas besoin de crieur public pour annoncer aux hommes ses prodiges. Et que lorsqu’Il le veut, les cieux racontent sa gloire, et le firmament fait connaître l’œuvre de ses mains. Le jour en dit le récit au jour, et la nuit en donne connaissance à la nuit (Ps 19, 1-2). Il sait faire que les vents Lui servent de messagers, les flammes ardentes de serviteurs (Ps 104, 4). [04] »

« La Mère est si belle dans le recueillement perpétuel avec lequel l’Évangile nous La montre… : Elle conservait toutes ces choses et les méditait dans son cœur ! Ce plein silence a son charme pour la personne qui aime.[05] » Dans l’intimité de son âme, Notre-Dame pénétrait de plus en plus dans le mystère qui Lui avait été révélé. Marie, Maîtresse de prière, nous enseigne à découvrir Dieu (si près de nos vies !) dans le silence et dans la paix de nos cœurs, car « ce n’est qu’à celui qui médite avec un esprit chrétien les choses dans son cœur qu’est donné de découvrir l’immense richesse du monde intérieur, du monde de la grâce : de ce trésor caché qui se trouve en nous (…). Ce fut la méditation des choses dans son cœur qui fit qu’au rythme du temps, la Vierge Marie ait crû dans sa compréhension du mystère, en sainteté, en union avec Dieu. [06] » À nous aussi le Seigneur nous demande ce recueillement intérieur où nous devons garder tant de rencontres avec le Maître, les préserver dans l’intimité des regards indiscrets ou vides, les garder pour en parler seul à seul « avec celui dont nous nous savons aimés [07] ».

II. « L’annonciation représente le moment culminant de la foi de Marie en l’attente du Christ, mais elle est aussi le point de départ où commence tout son chemin vers Dieu, tout son chemin de foi. [08] » Cette foi s’accrut de plénitude en plénitude, car Notre-Dame ne comprit pas au même moment le mystère entier et ses multiples manifestations. Peut-être, au fur et à mesure que passaient les jours, souriait-Elle au souvenir de sa surprise lorsqu’Elle questionna l’ange sur la garde de sa virginité, ou lorsqu’Elle interrogea Jésus retrouvé au Temple, comme s’Il n’avait pas eu parfaitement raison d’agir de la sorte et de s’occuper d’abord des affaires de son Père… Elle pouvait maintenant trouver étrange de ne pas avoir compris alors ce que Dieu Lui manifestait[09].

Le recueillement de Marie, qui Lui permet de pénétrer dans les mystères divins sur son Fils, est parallèle à sa discrétion, « car garder le silence est une condition indispensable pour que les choses puissent se garder à l’intérieur et être ensuite méditées dans le cœur. Le silence est le climat qui rend possible la profondeur de la pensée. Le fait de beaucoup parler dissipe le cœur et celui-ci perd tout ce qu’il garde de précieux en son intérieur ; il est alors comme un flacon d’essence rare qui perd son parfum parce qu’il est ouvert, et dans lequel il ne reste plus que de l’eau et, à peine, un arôme ténu qui rappelle le précieux contenu qu’il avait eu autrefois. [10] »

La Vierge garda aussi un discret silence pendant les trois ans de vie publique de Jésus. Le départ de son Fils, l’enthousiasme des foules, les miracles, ne changèrent pas son attitude. Seul son cœur ressentit l’absence de Jésus. Même lorsque les Évangélistes parlent des femmes qui accompagnaient le Maître et Le servaient de leurs biens[11], ils ne disent rien de Marie qui, selon toute probabilité, resta à Nazareth. Il semble normal que la Vierge se soit parfois approchée pour voir son Fils, L’écouter, parler avec Lui… L’Évangile de la Messe[12] raconte une de ces occasions. Sa Mère vint le trouver ainsi que quelques parents et, en arrivant à la porte de la maison, ils ne purent entrer à cause de la grande foule qui se pressait autour de son Fils. On fit savoir à Jésus que sa Mère était dehors et désirait Le voir. Alors, selon saint Matthieu, Jésus étendit la main sur les disciples[13] ; saint Marc[14] indique que Jésus, regardant ceux qui étaient assis autour de Lui, répondit : Ma Mère et mes frères sont ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique.

La Vierge ne fut pas troublée par la réponse. Elle comprit plutôt que c’était la meilleure louange que son Fils pouvait Lui adresser. Sa vie de foi et de prière Lui fit comprendre que son Fils se référait particulièrement à Elle, car jamais personne ne fut plus uni à Jésus que sa Mère ! Personne n’a accompli avec tant d’amour la volonté du Père. L’Église nous rappelle que la Très Sainte Vierge « entendit les paroles où son Fils, plaçant le Royaume au-dessus des rapports et des liens de la chair et du sang, proclama bienheureux ceux qui écoutent et gardent la parole de Dieu, ainsi qu’Elle le faisait avec fidélité [15] ». Marie est la plus aimée de Jésus à cause des liens créés entre eux par la grâce, bien plus qu’en raison de la génération naturelle qui fit d’Elle sa Mère dans l’ordre humain. Marie aussi garda le silence en cette occasion et n’expliqua à personne que les paroles du Maître étaient spécialement adressées à Elle. Ensuite, quelques minutes après peut-être, la Mère se trouva avec son Fils et Le remercia de cette louange si extraordinaire…

Jésus s’adresse à nous de bien des façons, mais nous ne comprendrons son langage que dans un climat habituel de recueillement, de garde des sens, de prière, d’attente patiente. Parce que le chrétien, comme le poète, l’écrivain, l’homme d’affaires, l’artiste doit savoir apaiser « l’impatience et la crainte avec le passage du temps. Apprendre, avec douleur, peut-être, que ce n’est que lorsque la semence cachée en terre a germé et pris qu’elle a de nombreuses racines, que pousse une petite plante. Et on demande en souriant, : c’est tout ? Il faut dire oui, être convaincu que c’est seulement si elle a de bonnes racines, que la plante pourra croître, jusqu’à ce qu’un arbre montre par ses branches, selon ce que l’on croyait dans les époques antiques, l’extension de leur profondeur.[16] »

III. Le silence intérieur, le recueillement du chrétien sont pleinement compatibles avec le travail, l’activité sociale et l’agitation que la vie comporte si souvent, car « nous autres, enfants de Dieu, nous devons être des contemplatifs : des personnes qui, au milieu du grondement de la foule, savent trouver le silence d’une âme qui s’entretient sans cesse avec le Seigneur ; et Le regarder comme on regarde un Père, comme on regarde un Ami que l’on aime à la folie [17] ».

La vie humaine elle-même, si elle n’est pas dominée par la frivolité, par la vanité ou par la sensualité, a toujours une dimension profonde, intime, un certain recueillement qui trouve son plein sens en Dieu. C’est là où nous connaissons la vérité au sujet des événements et la valeur des choses. Se recueillir — « joindre ce qui est séparé », rétablir l’ordre perdu — consiste, en bonne partie, à éviter la dispersion des sens et des puissances, à chercher Dieu dans le silence du cœur, ce qui donne un sens à tout ce qui arrive chaque jour. Le recueillement est un patrimoine de tous les fidèles qui cherchent avec ardeur le Seigneur. Sans cette lutte décidée, il ne serait pas possible, en comptant toujours sur l’aide de la grâce, d’avoir ce silence intérieur au milieu du bruit de la rue, ni même dans la plus grande solitude.

Pour avoir Dieu avec nous en toutes circonstances, et pour que nous soyons plongés en Lui lorsque nous travaillons ou que nous nous reposons, les moments que nous Lui consacrons, comme celui-ci où nous essayons d’être en sa présence, de Lui parler, Lui demander des choses…, nous seront d’une grande aide, indispensables peut-être. « Tâche de te réserver chaque jour quelques minutes de cette solitude bénie, si nécessaire à la bonne marche de ta vie intérieure.[18] » Et avec la prière, n’oublions pas l’habitude de la mortification en tout ce qui sépare de Dieu, en des choses licites en elles-mêmes aussi, dont nous nous privons parfois pour les offrir au Seigneur.

Dans un monde rempli de tant d’attraits extérieurs, nous avons bien besoin de « cette estime pour le silence, cette admirable et indispensable condition de notre esprit, assailli par tant de clameurs (…). O silence de Nazareth, apprends-nous le recueillement, l’intériorité, la disponibilité pour écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres. Apprends-nous le besoin et la valeur de la préparation, de l’étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière secrète que Dieu seul voit.[19] »

De la Vierge Notre-Dame nous apprenons à estimer chaque jour davantage ce silence du cœur qui n’est pas vide, mais richesse intérieure, et qui, loin de nous séparer des autres, nous approche davantage d’eux, de leurs inquiétudes et de leurs besoins.

[01]. Lc 2, 18.
[02]. Lc 2, 51.
[03]. Jn 1, 46.
[04]. S. Muñoz Iglesias,
L’Évangile de Marie.
[05]. Ch. Lubich,
Méditations.
[06]. F. Suarez,
La Vierge Notre-Dame.
[07]. Sainte Thérèse,
Vie, 8, 2.
[08]. Jean-Paul II, Enc.
Redemptoris Mater, 25 mars 1987, 14.
[09]. Cf. J. Guitton,
La Vierge Marie.
[10]. F. Suarez,
o. c., pp. 200-201.
[11]. Cf. Lc 8, 2-3.
[12]. Lc 8, 19-21.
[13]. Mt 12, 49.
[14]. Mc 3, 34.
[15]. Concile Vatican II, Const.
Lumen gentium, 58.
[16]. F. Delclaux,
Le silence créateur.
[17]. Saint Josémaria Escriva,
Forge, n. 378.
[18]. Idem,
Chemin, n. 304.
[19]. Paul VI,
Allocution à Nazareth, 5 janvier 1964.



25e SEMAINE. MERCREDI

60. RENDRE VISITE AUX MALADES

— Imiter le Christ dans sa compassion pour ceux qui souffrent.

— Mener à bien ce qu’Il ferait dans ces circonstances.

— Grâce à la charité, le regard devient plus pénétrant pour percevoir les biens divins.

I. Parmi les œuvres de miséricorde corporelles auxquelles Jésus se réfère à propos du Jugement dernier (Mt, 25), l’Église a vécu dès les premiers temps celle de rendre visite et d’accompagner celui qui souffre d’une maladie, en le soulageant autant que possible et en l’aidant à sanctifier son état. Elle a toujours insisté sur le besoin et l’urgence de cette manifestation de charité, qui fait tant ressembler au Maître et qui fait tant de bien au malade et à celui qui la pratique. « Qu’il s’agisse d’enfants qui doivent naître, ou de personnes âgées, d’accidentés ou de ceux qui ont besoin de soins, d’infirmes physiques ou des malades mentaux, il s’agit toujours de l’homme, dont la lettre de noblesse est écrite dans les premières pages de la Bible : Dieu créa l’homme à son image (Gen 1, 27). D’autre part, on a souvent dit que l’on peut juger une civilisation selon sa façon de se comporter avec les faibles, avec les enfants, avec les malades, avec les personnes du troisième âge…[01] » Là où se trouve un malade là réside « le lieu humain par excellence où chaque personne est traitée avec dignité ; où l’on fait l’expérience, malgré la souffrance, de la proximité de frères, d’amis[02] ».

Les Évangiles ne se lassent pas de faire l’éloge de l’amour et de la miséricorde de Jésus envers ceux qui souffrent et de ses constantes guérisons de malades. Saint Pierre, chez Corneille, résumait la vie de Jésus en Palestine par ces mots : Jésus de Nazareth… est passé en faisant le bien et en guérissant…[03]. « Il guérissait les malades, consolait les affligés, nourrissait les affamés, libérait les hommes de la surdité, de la cécité, de la lèpre, du démon et de diverses infirmités physiques ; par trois fois Il rendit la vie aux morts. Il était sensible à toutes les souffrances, aussi bien du corps que de l’âme. [04] » Il chercha si souvent à rencontrer la douleur et la maladie ! Quand il voit le paralytique de la piscine qui souffre depuis trente-huit ans de sa maladie, Il lui demande spontanément : Veux-tu guérir ?[05]. En une autre occasion Il s’offre à aller à la maison où se trouve le serviteur malade du Centurion[06]. Il ne fuit pas les maladies considérées comme contagieuses et plus désagréables : Il s’approcha du lépreux de Capharnaüm, qu’Il aurait pu guérir à distance, et, le touchant, Il le guérit[07]. Et, comme nous le lisons dans l’Évangile de la Messe d’aujourd’hui[08], quand Il envoya pour la première fois les Apôtres annoncer la venue du Royaume, Il leur donna en même temps le pouvoir de guérir les maladies.

L’Église, notre Mère, enseigne que rendre visite au malade, c’est rendre visite au Christ[09], servir celui qui souffre, c’est servir le Christ Lui-même dans les membres souffrants de son Corps mystique. Quelle joie que d’écouter un jour de la bouche du Seigneur ces paroles : Viens, béni de mon Père, parce que J’étais malade et tu m’as rendu visite… ! Tu m’as aidé à supporter cette maladie, la fatigue, la solitude, l’abandon…

Faisons aujourd’hui un examen de conscience pour voir comment nous traitons ceux qui souffrent, combien de temps nous leur consacrons, quelles attentions nous avons envers eux… « Un enfant. — Un malade. — N’éprouvez-vous pas la tentation d’écrire ces mots avec des majuscules ?

« Pour une âme éprise, un enfant, un malade, c’est Lui.[10] »

II. La miséricorde dans l’homme est un des fruits de la charité, et consiste en « une certaine compassion de la misère d’autrui, née dans notre cœur, par laquelle, si nous le pouvons, nous nous voyons poussés à le secourir [11] ». C’est le propre de la miséricorde que de se consacrer à celui qui souffre de la douleur ou du besoin, et de prendre ses douleurs et ses gênes comme une chose à soi, pour y porter remède dans la mesure du possible. C’est pourquoi, lorsque nous rendons visite à un malade, nous ne sommes pas en train d’accomplir un devoir de courtoisie ; non, nous faisons nôtre sa douleur, nous essayons de le soulager… une conversation aimable et positive, des nouvelles qui lui plaisent, de petits services, en l’aidant à sanctifier ce trésor de la maladie que Dieu a mis dans ses mains, en lui rendant plus facile peut-être la prière, en lui lisant un livre enrichissant… Essayons d’agir comme le Christ le ferait : c’est en son nom que nous réalisons ces aides minimes, et nous nous comportons en même temps comme si nous venions rendre visite au Christ malade, lui qui a effectivement tant besoin de notre compagnie et de nos efforts.

Rendre visite à une personne malade ou dans le besoin, c’est rendre le monde plus humain, s’approcher du cœur de l’homme, répandre sur lui la charité du Christ, que Lui-même met dans notre cœur. « On pourrait dire, écrit le Pape Jean-Paul II, que la souffrance présente sous tant de formes diverses dans le monde, est aussi présente pour irradier l’amour envers l’homme, précisément dans ce don désintéressé du propre “moi” en faveur des autres hommes, des hommes qui souffrent. On pourrait dire que le monde de la souffrance humaine invoque sans cesse un autre monde : celui de l’amour humain ; et cet amour désintéressé, qui jaillit dans son cœur et dans ses actions, l’homme le doit d’une certaine façon à la souffrance.[12] » Que de bien nous pouvons faire en étant miséricordieux envers la souffrance d’autrui ! Que de grâces cela produit dans notre âme ! Le Seigneur agrandit notre cœur et nous fait comprendre la vérité de ces paroles : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir[13]. Jésus est toujours bon payeur !

III. La miséricorde, affirme saint Augustin, c’est « le brillant de l’âme » : elle la fait apparaître bonne et belle[14] et elle couvre la multitude des péchés[15], car « celui qui commence à avoir compassion de la misère d’autrui, commence à abandonner le péché [16] ». C’est pourquoi il est si opportun que rendre visite à un malade se fasse accompagné d’un ami que nous désirons approcher de Dieu. La préoccupation pour les autres, leurs besoins, leurs difficultés et leurs souffrances, donne à l’âme une telle finesse pour comprendre l’amour de Dieu ! Saint Augustin affirme qu’en aimant le prochain nous nous lavons les yeux pour pouvoir voir Dieu[17]. Oui, le regard devient plus pénétrant pour percevoir les biens divins. L’égoïsme endurcit le cœur, tandis que la charité dispose à jouir de Dieu. Ici-bas la charité est déjà un début de la vie éternelle[18], et la vie éternelle consistera en un acte ininterrompu de charité[19]. Quelle meilleure récompense pour être allé Lui rendre visite pourrait nous donner le Seigneur, si ce n’est Lui-même ? Quel plus grand prix que d’augmenter notre capacité d’aimer les autres ? « Tu auras beau aimer beaucoup, tu n’aimeras jamais assez.

« Le coefficient de dilatation du cœur humain est énorme. Lorsqu’il aime, il s’élargit dans un crescendo d’affection qui surmonte tous les obstacles.

« Si tu aimes le Seigneur, il n’y aura pas une seule créature qui ne puisse trouver refuge dans ton cœur.[20] »

Vieillards et malades, personnes tristes et abandonnées, forment aujourd’hui une légion de plus en plus grande d’êtres souffrants qui réclament l’attention et l’aide, surtout des chrétiens. « Il y en aura parmi eux qui souffrent chez eux des rigueurs de la maladie ou d’une pauvreté honteuse, bien que ceux-ci soient peut-être les moins nombreux. Il existe actuellement, comme on le sait, de nombreux hôpitaux ou résidences de personnes âgées, promus par l’État et par d’autres institutions, bien dotés en matériel et destinés à accueillir un nombre croissant de nécessiteux. Mais ces grands édifices hébergent fréquemment des foules d’individus solitaires qui vivent spirituellement en complet abandon, sans compagnie ni affection de parents et d’amis.[21] » Notre attention et notre compagnie à ces personnes qui souffrent, attireront sur nous la miséricorde du Seigneur.

Dans la Liturgie des Heures, on adresse aujourd’hui au Seigneur une demande que nous pouvons faire nôtre en finissant la prière : Fais que nous sachions Te découvrir en tous nos frères, surtout en ceux qui souffrent et dans les pauvres[22]. Tout près de ceux qui souffrent nous rencontrons toujours Marie. Elle dispose notre cœur pour que nous ne passions jamais outre devant un malade, et devant qui a besoin d’attention dans son âme ou dans son corps.

[01]. Paul VI, Allocution, 24 mai 1974.
[02].
Idem.
[03]. Ac 10, 38.
[04]. Jean-Paul II, Lettre Apost.
Salvifici doloris, 11 février 1984, 16.
[05]. Jn 5, 6.
[06]. Cf. Mt 8, 7.
[07]. Mt 8, 3.
[08]. Lc 9, 1-6.
[09]. Cf. Mt 25, 36-44 et s.
[10]. Saint Josémaria Escriva,
Chemin, n. 419.
[11]. Saint Augustin,
La Cité de Dieu, 9, 5.
[12]. Jean-Paul II,
loc. cit., 29.
[13]. Ac 20, 35.
[14]. Saint Augustin, dans
Catena Aurea, vol. VI, p. 48.
[15]. Cf. 1 P 4, 8.
[16]. Saint Augustin,
loc. cit.
[17]. Idem,
Commentaire à l’Évangile de saint Jean, 17, 8.
[18]. 1 Jn 3, 14.
[19]. Cf. Saint Thomas,
Summa Theologiæ, I-II, q. 114, a. 4.
[20]. Saint Josémaria Escriva,
Chemin de Croix, VIII, 5.
[21]. J. Orlandis,
8 Béatitudes.
[22]. Liturgie des Heures,
Prières de Laudes.


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