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25e SEMAINE. JEUDI

61. VOULOIR VOIR LE SEIGNEUR

— Purifier son regard pour contempler Jésus au milieu de nos occupations normales.

— La Très Sainte Humanité du Seigneur, source d’amour et de force.

— Jésus nous attend dans le Tabernacle.

I. Dans l’Évangile de la Messe, saint Luc nous dit qu’Hérode désirait rencontrer Jésus : Il cherchait à Le voir[01]. Il recevait fréquemment des nouvelles du Messie et il désirait Le connaître.

Beaucoup de personnes qui apparaissent tout au long de l’Évangile montrent leur intérêt à voir Jésus. Les Mages se présentent à Jérusalem en demandant : Où est le Roi des Juifs qui est né ?[02] Et ils ne font pas mystère de leur intention : nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus l’adorer : intention bien différente de celle d’Hérode ! Ils Le trouvèrent dans les bras de Marie. En une autre occasion, ce sont des Gentils arrivés à Jérusalem qui s’approchent de Philippe : Nous voulons voir Jésus[03]. Et dans des circonstances bien diverses, la Vierge, accompagnée de quelques parents, descendit de Nazareth à Capharnaüm parce qu’Elle désirait Le voir. Il y avait tant de gens dans la maison qu’on dut L’avertir : Ta Mère et tes frères sont dehors et veulent Te voir[04]. Pourrons-nous imaginer l’intérêt et l’amour qui poussèrent Marie à rencontrer son Fils ?

Contempler Jésus, Le connaître, Le fréquenter n’est-il pas aussi notre plus grand désir, notre plus grande espérance ? Rien ne peut être comparé à ce don. Hérode, tout en l’ayant si près, ne sut pas voir le Seigneur ; il eut même la possibilité d’être renseigné par Jean-Baptiste, qui désignait du doigt le Messie déjà arrivé. Au lieu de suivre ses enseignements, il Le fit tuer. Il arriva à Hérode ce qui arriva à ces pharisiens auxquels le Seigneur adresse la prophétie d’Isaïe : Vous tendrez l’oreille et vous ne comprendrez pas, vous ouvrirez les yeux et vous ne verrez pas. Car le cœur de ce peuple s’est épaissi, et ils sont devenus durs d’oreille, et ils ont fermé les yeux…[05]. Au contraire, les Apôtres eurent la chance immense d’avoir parmi eux le Messie présent. Heureux vos yeux, parce qu’ils voient, et vos oreilles, parce qu’elles entendent[06], leur dit le Maître. Les grands Patriarches et les plus grands Prophètes de l’Ancien Testament ne virent rien en comparaison avec ce que maintenant peuvent contempler ses disciples. Moïse contempla le buisson ardent comme symbole du Dieu vivant[07]. Jacob, après sa lutte avec un mystérieux personnage, put dire : J’ai vu Dieu face à face[08] ; et de même Gédéon : J’ai vu Yahweh face à face[09]…, mais ces visions étaient obscures, peu précises en comparaison de la clarté de ceux qui voient le Christ face à face. Car en vérité Je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes désirèrent voir ce que vous voyez…[10]. La gloire d’Étienne, le premier qui donna sa vie pour le Maître, consistera précisément en cela : voir les Cieux ouverts et Jésus assis à la droite du Père[11]. Jésus vit et se trouve tout près de nos occupations normales. Nous devons purifier notre regard pour Le contempler. Son visage aimable sera toujours le principal motif pour être fidèles dans les moments difficiles et dans les tâches de chaque jour. Nous Lui dirons souvent, avec ces paroles des Psaumes : Vultum tuum Domine requiram…[12], je cherche, Seigneur, ton visage… toujours et en tout.

II. Qui cherche trouve…[13] La Vierge et saint Joseph cherchèrent Jésus pendant trois jours, et ils Le trouvèrent[14]. Zachée, qui désirait lui-aussi Le voir, utilisa tous les moyens qu’il avait et le Maître prit les devants en s’invitant chez lui[15]. Les foules qui sortirent à sa recherche eurent ensuite le bonheur d’être avec Lui[16]. Aucun de ceux qui ont cherché le Christ n’est resté déçu. Hérode, comme on le voit plus tard dans la Passion, ne cherchait à voir le Seigneur que par curiosité, par caprice…, et ainsi on ne Le rencontre pas. Lorsque Pilate Le lui envoya, il se réjouit fort de voir Jésus, car il était, depuis assez longtemps, désireux de Le voir, pour ce qu’il entendait dire de Lui, et il caressait l’espoir de Lui voir faire quelque miracle. Il Lui posa pas mal de questions, mais Il ne lui répondait rien[17]. Jésus ne dit rien : que peut dire l’Amour devant la frivolité sceptique ? Jésus vient à notre rencontre bien plutôt pour que nous nous donnions nous-mêmes, pour que nous répondions à son Amour infini.

Lui, présent dans le Tabernacle, si proche de nos vies ! nous Le voyons lorsque nous désirons purifier notre âme dans le sacrement de la Confession, lorsque nous ne laissons pas les biens passagers, même licites, remplir notre cœur comme s’ils étaient définitifs, car, comme l’enseigne saint Augustin,« l’amour des ombres rend les yeux de l’âme plus faibles et incapables d’arriver à voir le visage de Dieu. C’est pourquoi plus l’homme fait plaisir à sa faiblesse, plus il s’introduit dans l’obscurité.[18] »

Vultum tuum, Domine, requiram…, je chercherai, Seigneur, ton visage… La contemplation de la Sainte Humanité du Seigneur est une inépuisable source d’amour et de force au milieu des difficultés de la vie : s’approcher souvent des scènes de l’Évangile, considérer lentement que le Jésus de Béthanie, de Capharnaüm, celui qui reçoit bien tout le monde… c’est celui que nous avons à quelques mètres de nous peut-être, dans le Tabernacle. En d’autres occasions les images qui Le représentent nous aideront à avoir un souvenir plus vivant de sa présence, comme le firent les saints. « En entrant un jour dans l’oratoire, écrit sainte Thérèse d’Avila, je vis une image qu’on avait amenée là pour la garder (…). C’était l’image du Christ plein de plaies et si dévote qu’en la regardant, je fus toute troublée de Le voir ainsi, parce que cette image représentait bien ce qu’Il a souffert pour nous. Je regrettai tellement de L’avoir si mal remercié pour ces plaies, qu’il me semble que mon cœur se brisait et je me jetais à ses pieds avec un grand débordement de larmes, en Le suppliant de me fortifier une fois pour toutes pour ne pas l’offenser.[19] » Cet amour, qui a besoin d’une certaine façon de se nourrir des sens, est une force pour la vie et un énorme bien pour l’âme. Quoi de plus naturel que de chercher dans un portrait, dans une image, le visage de celui que l’on aime tant ! La même sainte s’exclamait : « Malheureux ceux qui par leur faute perdent ce bien ! Il semble bien qu’ils n’aiment pas le Seigneur, parce que s’ils L’aimaient, ils se réjouiraient de voir son portrait, comme ici-bas on est content de voir celui d’une personne bien aimée.[20] »

III. Iesu, quem velatum nunc aspicio…[21]. Jésus que je vois maintenant comme derrière un voile, je Te demande ce que j’ai tant désiré : que, contemplant ton visage sans le voile qui le couvre à mes yeux, je sois tout heureux de la vision de ta gloire, proclame l’Hymne Adoro te devote.

Un jour, avec l’aide de la grâce, nous verrons le Christ glorieux, en majesté, qui nous recevra dans son Royaume. Nous Le reconnaîtrons comme l’Ami toujours fidèle, que nous essayons de fréquenter et servir même dans de menus détails. Tout en étant plongés au milieu du monde, dans les tâches séculières qui nous sont données à chacun de vivre, tout en aimant ce monde qui est l’endroit où nous devons nous sanctifier, nous pouvons dire cependant avec saint Augustin : « La soif que j’ai c’est d’arriver à voir le visage de Dieu ; j’ai soif dans cette pérégrination, j’ai soif sur ce chemin ; mais je me rassasierai à l’arrivée.[22] » Notre cœur n’aura l’expérience de la plénitude qu’avec les biens de Dieu.

Oui, mais… nous avons déjà Jésus avec nous jusqu’à la fin des siècles ! Dans la Sainte Eucharistie se trouve le Christ complet : son Corps glorieux, son Âme humaine et sa Personne divine, qui se rendent présents grâce aux paroles de la Consécration. Sa Très Sainte Humanité, cachée sous les espèces eucharistiques, se trouve en ce qu’elle a de plus humble, de plus commun avec nous —son Corps et son Sang, bien qu’en état glorieux ­— ; et elle est spécialement accessible : sous les espèces du pain et du vin. D’une façon particulière au moment de la Communion, ou en rendant visite au Saint Sacrement,… avons-nous un grand désir de Le voir, de nous trouver avec Lui, comme Zachée, comme ces foules qui mettaient en Lui tout leur espoir, comme les aveugles, les lépreux… ? Mieux encore, avec le désir qu’avaient Marie et Joseph en Le cherchant pendant trois jours, comme nous L’avons contemplé si souvent dans le Cinquième mystère joyeux du Rosaire ? Parfois, à cause de nos misères et de notre manque de foi, il est difficile d’apprécier le visage aimable de Jésus. C’est alors que nous devons demander à Notre-Dame un cœur pur, un regard clair, un plus grand désir de purification. Il peut nous arriver ce qui arriva aux Apôtres après la Résurrection : bien qu’étant sûrs que c’était Lui, ils n’osaient pas le Lui demander : aucun des disciples n’osa Lui demander : Qui es-tu ? parce qu’ils savaient bien que c’était le Seigneur[23]. C’était si merveilleux de rencontrer Jésus vivant, celui de toujours, après L’avoir vu mourir sur la Croix ! Il est si merveilleux de rencontrer Jésus vivant dans le Tabernacle, où Il nous attend !

[01]. Lc 9, 7-9.
[02]. Mt 2, 3.
[03]. Jn 12, 21.
[04]. Lc 8, 20.
[05]. Mt 13, 14-15.
[06]. Mt 13, 16.
[07]. Cf. Ex 3, 2.
[08]. Gen 32, 31.
[09]. Jug 6, 22.
[10]. Mt 13, 17.
[11]. Ac 7, 55.
[12]. Ps 26, 8.
[13]. Mt 7, 8.
[14]. Cf. Lc 2, 48.
[15]. Cf. Lc 19, 1 et s.
[16]. Cf. Lc 6, 9 et s.
[17]. Lc 23, 8-9.
[18]. Saint Augustin,
Sur le libre arbitre, 1, 16, 43.
[19]. Sainte Thérèse,
Vie, 9, 1.
[20].
Idem, 6.
[21]. Hymne
Adoro te devote.
[22]. Saint Augustin,
Commentaires aux Psaumes, 41, 5.
[23]. Jn 21, 12.



25e SEMAINE. VENDREDI

62. LE TEMPS PRÉSENT

— Vivre intensément le moment présent.

— Réaliser avec attention les tâches à accomplir.

— Sais-je éviter les préoccupations inutiles ?

I. Nombreuses sont les tâches que les chrétiens ont à réaliser pour se présenter devant Dieu le Père avec les mains remplies de fruits. La Sainte Écriture le suggère, dans une des lectures de la Messe d’aujourd’hui : tout a son temps et son moment. Les circonstances et les événements de la vie font partie d’un plan divin. Mais à certains moments, l’homme n’arrive pas à comprendre ce vouloir de Dieu sur ses créatures et ne trouve pas le temps opportun pour chaque chose. Les hommes s’intéressent parfois à des choses étrangères à ce qu’ils ont à faire vraiment : le père peut vivre mentalement loin de ses enfants alors qu’ils auraient tant besoin d’une plus grande attention à leurs problèmes, à leurs joies ou à leurs préoccupations ; un étudiant a parfois l’imagination à mille lieues de l’examen qu’il devrait préparer et il gaspille un temps précieux qu’il regrettera plus tard d’avoir perdu à cause de préoccupations ou d’angoisses déplacées. « Le temps est précieux, le temps passe, le temps est une phase expérimentale de notre sort décisif et définitif. Des preuves de fidélité que nous montrons à nos devoirs dépend notre sort futur et éternel.

« Le temps est un don de Dieu : il est une interpellation de l’amour de Dieu à notre libre et, l’on peut dire, décisive réponse. Nous devons être avares du temps pour bien l’employer, avec intensité dans nos actions, notre amour et notre souffrance. Que n’existe jamais pour le chrétien l’inaction, l’ennui. Le repos, oui, quand il est nécessaire (cf. Mc 6, 31), mais toujours en vue d’une vigilance qui ne s’ouvrira à une lumière sans fin qu’au dernier jour.[01] »

Une des lectures de la Messe invite justement à profiter de la vie face à Dieu, en étant attentifs au moment présent, le seul dont nous pouvons vraiment disposer. Chaque tâche a son temps : un temps pour engendrer, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher… ; un temps pour détruire, et un temps pour construire, un temps pour pleurer, et un temps pour rire… ; un temps pour se taire et un temps pour parler…[02]. “Perdre le temps”, c’est céder à la tentation de le consacrer à d’autres tâches humainement intéressantes et productives peut-être, mais différentes de celles que Dieu attendait à ce moment précis : attribuer au travail et aux amis des heures qu’il serait préférable de consacrer à la famille, lire le journal ou regarder la télévision quand les responsabilités professionnelles demandent de s'y concentrer ou quand la vie de famille nous sollicite… Gagner son temps, c’est faire ce que Dieu préfère que nous menions à bien : c’est vivre le moment présent en sachant que la vie de l’homme se compose de continuels présents, les seuls qu’il puisse réellement sanctifier. Le passé ? Des motifs de contrition pour ce que nous avons mal fait, d’actions de grâce pour l’aide reçue du Seigneur, un capital d’expérience pour mener à bien nos tâches avec davantage de perfection.

Et les événements du futur, enfin, pourquoi s’en préoccuper ? Nous n’avons pas encore la grâce de Dieu pour les affronter. « Vivre pleinement le moment présent voilà le petit secret grâce auquel on construit, brique après brique, la cité de Dieu en nous.[03] » Nous ne possédons pas d’autre temps que l’actuel, le seul que nous pouvons sanctifier quelles que soient les circonstances qui nous accompagnent. Aujourd’hui et maintenant, ce moment, vécu avec intensité, avec amour, c’est ce que nous pouvons offrir au Seigneur. Ne le laissons pas passer en attendant de meilleures chances…

II. Ne pas accomplir le devoir de l’instant présent, le laisser pour après… cela équivaut souvent à l’omettre. Profitez du temps présent…[04], exhortait saint Paul. Et pour cela nous avons besoin d’abord d’un ordre dans nos occupations (et le mettre en pratique !). Ainsi, une victoire sur la paresse habituelle permet d’aider les autres et contribuer à « améliorer les conditions sociales et celles de la création tout entière [05] », grâce au travail quotidien quel qu’il soit. Est plus ou moins paresseux non seulement celui qui laisse filer le temps sans rien faire, mais aussi celui qui réalise mille choses sans mener à bien d’abord ses obligations concrètes : il choisit selon le caprice du moment, il travaille sans énergie, et la plus petite difficulté suffit pour le faire changer de travail. Le paresseux aime les « démarrages », mais sa difficulté à soutenir un travail continuel et profond l’empêche de mettre les « dernières pierres », de bien achever ce qu’il a commencé. « Celui qui est travailleur utilise bien son temps, qui n’est pas seulement or, mais aussi gloire de Dieu ! Il fait ce qu’il doit faire et il est à ce qu’il fait, non pas par routine ni pour occuper les heures, mais en vertu d’une réflexion attentive et pondérée.[06] »

Vivre le hodie et nunc, le “aujourd’hui et maintenant”. Être attentifs à ce que nous avons entre les mains, avec la conviction, souvent actualisée, de ce qu’il s’agit d’une offrande pour le Seigneur et que, par conséquent, cela requiert un travail à plein temps, comme si c’était la dernière œuvre que nous offrons à Dieu. Cette attention aide à bien terminer ses occupations, aussi petites qu’elles semblent, car elles se convertissent en quelque chose de grand dans la présence du Seigneur.

Être attentifs au moment actuel, cela éloignera aussi de préoccupations déplacées à cause de maladies, de malheurs ou de travaux qui ne se sont pas encore présentés, et qui peut-être n’arriveront jamais à devenir des réalités. « Un simple raisonnement surnaturel les ferait disparaître : puisque ces dangers ne sont pas actuels et que ces craintes ne se sont pas encore vérifiées, il est évident que tu n’as pas la grâce de Dieu nécessaire pour les vaincre et pour les accepter. Si tes craintes se vérifiaient, il ne te manquerait pas alors la grâce divine, et avec elle et ta réponse tu aurais la victoire et la paix.

« Il est naturel que maintenant tu n’aies pas la grâce de Dieu pour vaincre des obstacles et accepter des croix qui n’existent que dans ton imagination. Il faut baser notre vie spirituelle sur un réalisme serein et objectif.[07] » Vivre au jour le jour, de la main de Dieu notre Père, dans la filiation divine, cela libère de beaucoup des fantasmes et nous permet de bien profiter de notre temps. Que de choses funestes que nous craignions ne sont pas arrivées ! Dieu notre Père, n’aurait-Il pas davantage de soin de ses enfants que ce que nous nous figurons parfois ?

III. Profiter de son temps, cela signifie vivre avec plénitude le moment présent, comme s’il n’y avait pas d’autres chances, sans avoir recours au faux expédient d’un passé déjà accompli, sans trop penser à un futur incertain. Aujourd’hui et maintenant, telle ou telle tâche concrète voilà ce que nous pouvons offrir au Seigneur et ainsi enrichir notre vie surnaturelle. C’est là en effet que nous pouvons exercer le mieux les vertus humaines (application au travail, ordre, optimisme, cordialité, esprit de service…) et les surnaturelles (foi, charité, force…). « Maintenant, c’est le temps de la miséricorde, alors, ce ne sera que le temps de la justice ; c’est pourquoi maintenant c’est notre heure, alors ce ne sera que l’heure de Dieu.[08] »

Le Seigneur Lui-même nous invite à vivre avec sérénité et intensité chaque journée, en éliminant les préoccupations inutiles pour ce qui est arrivé hier et pour ce qui peut arriver demain : Ne vous inquiétez donc pas pour le lendemain, car le lendemain aura à s’inquiéter de lui-même : à chaque jour suffit sa peine[09]. C’est un conseil, et en même temps une consolation, qui conduit à ne pas s’évader du moment actuel. Vivre le moment présent signifie se charger de lui d’une façon décidée pour le sanctifier, et éviter beaucoup de poids inutiles, souvent beaucoup plus durs à porter. Cette sagesse est le propre d’enfants de Dieu, qui se savent dans ses mains, et c’est le fruit du bon sens de l’expérience quotidienne : Qui observe le vent ne sème pas, et qui considère les nuages ne moissonne pas[10].

L’important donc, ce qui est à la portée de nos mains, c’est de vivre avec foi et avec intensité le moment présent : « Comporte-toi bien “maintenant”, sans te souvenir d’“hier”, déjà passé, ni te préoccuper de “demain” qui, peut-être pour toi, ne viendra jamais.[11] » Ni le désir du Ciel, ni la méditation sur l’au-delà ne peuvent faire oublier les occupations d’ici-bas. On a dit, de façons bien diverses, que nous sommes invités à travailler pour cette terre comme si nous allions y vivre toujours, tout en travaillant pour l’éternité comme si nous allions mourir ce soir. D’autant plus que c’est précisément cette tâche du moment présent qui nous conduit au Ciel. Maintenant, c’est un temps pour construire. Ne nous trompons pas nous-mêmes, ne pensons pas que nous le ferons dans le futur.

[01]. Paul VI, Homélie, 1er janvier 1976.
[02].
Première lecture. Années paires. Ec 3, 1, 11.
[03]. Ch. Lubich,
Méditations, p. 61.
[04]. Cf. Gal 6, 10.
[05]. Concile Vatican II, Const.
Lumen gentium, 41.
[06]. Saint Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 81.
[07]. S. Canals,
Dieu est parmi nous.
[08]. Saint Thomas,
Sur le Credo, 7, dans Écrits de catéchèse.
[09]. Mt 6, 34.
[10]. Ec 11, 4.
[11]. Saint Josémaria Escriva,
Chemin, n. 253.


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