25e SEMAINE. SAMEDI
63. MÉDIATRICE DE TOUTES LES GRÂCES
— Médiatrice devant le Médiateur.
— Toutes les grâces viennent aux hommes par Marie.
— Une clameur continuelle, jour et nuit, monte jusqu’à la Mère du Ciel.
I. Il n’y a qu’un seul Dieu, enseigne saint Paul, et qu’un seul médiateur aussi entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné Lui-même en rançon pour tous[01].
La Vierge Notre-Dame a coopéré d’une façon très particulière à l’œuvre de Rédemption de son Fils pendant toute sa vie. En premier lieu, le libre consentement qu’elle octroya à l’Annonciation de l’Ange était nécessaire pour que l’Incarnation se fasse. Saint Thomas d’Aquin affirme[02] que c’était comme si Dieu le Père avait attendu l’assentiment de l’humanité par la voix de Marie. Sa Maternité divine la rendit intimement unie au mystère de la Rédemption jusqu’à sa consommation sur la Croix, où Elle fut associée d’une façon particulière et unique à la douleur et à la mort de son Fils. C’est là qu’Elle nous reçut tous, en la personne de saint Jean, comme ses enfants. C’est pourquoi, « le rôle maternel de Marie envers les hommes ne voile ou ne diminue en aucune manière cette médiation unique du Christ, mais elle en montre l’efficacité[03] ». Elle est la Médiatrice devant le Médiateur, qui est son Fils ; il s’agit d’« une médiation dans le Christ[04] » qui, « loin d’empêcher de quelque manière une union immédiate des croyants avec le Christ, la facilite bien plutôt[05] ».
Déjà sur terre, Sainte Marie exerça cette médiation maternelle en sanctifiant Jean-Baptiste dans le sein d’Élisabeth[06]. Et à Cana aussi, à la demande de la Vierge, Jésus réalisa son premier miracle[07] ; un prodige matériel qui résolut un petit problème domestique dans la noce à laquelle Elle était invitée. Saint Jean indique les fruits spirituels de cette intervention : et ses disciples crurent en Lui. La Vierge intercédera auprès de son Fils, comme toutes les mères, en de nombreuses occasions que les Évangiles ne nous rapportent pas. « Élevée au ciel, Elle n’a pas déposé cette fonction salvifique, mais Elle continue, par son instante intercession, à nous obtenir des grâces en vue de notre salut éternel. Dans sa charité maternelle, Elle s’occupe, jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à la félicité de la patrie, des frères de son Fils qui sont encore des pèlerins et qui sont en butte aux dangers et aux misères. Aussi la bienheureuse Vierge est-Elle invoquée dans l’Église sous les titres d’Avocate, d’Auxiliatrice, d’Aide et de Médiatrice.[08] » Par son intercession devant son Fils, Notre-Dame nous obtient et nous distribue toutes les grâces, par ses prières que Jésus écoutera toujours. Jésus peut-Il refuser quelque chose à celle qui L’a engendré et L’a porté en son sein pendant neuf mois, et qui a toujours été avec Lui, depuis Nazareth jusqu’à sa Mort sur la Croix ? Le Magistère nous a enseigné le chemin sûr pour obtenir tout ce dont nous avons besoin. « Par expresse volonté de Dieu, enseigne le Pape Léon XIII, aucun bien ne nous est concédé si ce n’est par Marie ; et comme personne ne peut arriver au Père si ce n’est par le Fils, ainsi généralement personne ne peut arriver à Jésus si ce n’est par Marie.[09] » N’hésitons pas à demander sans cesse à celle que l’on a appelée Toute-puissance suppliante. Elle nous écoute toujours ; maintenant aussi.
Ne manquons pas de mettre sous son regard bienveillant les besoins, peut-être minimes, qui nous inquiètent en ce moment : des conflits domestiques, des problèmes économiques, un examen, des concours, une situation qu’il nous faut… Et aussi les besoins qui concernent l’âme et qui doivent nous inquiéter davantage : l’éloignement de Dieu ou la réponse à la vocation d’un parent ou d’un ami, la grâce pour surmonter une situation difficile ou pour avancer dans une vertu, apprendre à mieux prier…
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous… Au Ciel, très près de son Fils, Elle adresse notre prière devant Lui, la redresse si elle était peu droite, et la perfectionne.
II. Toutes les grâces, grandes et petites, nous arrivent par Marie. « Personne ne se sauve, ô Très Sainte, si ce n’est par ton intermédiaire. Personne, si ce n’est par Toi n'est délivré du mal… Personne ne reçoit les dons divins, si ce n’est par ta médiation (…). Qui donc, après ton Fils, s’intéresse comme Toi au genre humain ? Qui donc comme Toi nous protège sans cesse dans nos tribulations ? Qui nous délivre avec tant de promptitude des tentations qui nous assaillent ? Qui s’efforce autant que Toi de supplier pour les pécheurs ? Qui prend leur défense pour les excuser dans les cas désespérés ?… C’est pourquoi l’affligé se réfugie en Toi, celui qui a souffert l’injustice a recours à Toi, celui qui est plein de maux invoque ton assistance (…). La seule invocation de ton nom effraie et repousse le méchant ennemi , et maintient tes serviteurs sûrs et indemnes. Tu délivres de tout besoin et de toute tentation ceux qui T’invoquent, en les prévenant à temps des dangers dirigés contre eux.[10] »
En fait nous, chrétiens, nous nous adressons à la Mère du Ciel pour obtenir des grâces de toute sorte, aussi bien temporelles que spirituelles. Entre autres, nous demandons à Notre-Dame la conversion de personnes éloignées de son Fils et, pour nous, un état de conversion continuelle de l’âme, une disposition qui fait que nous nous sentions chaque jour en chemin, luttant pour nous améliorer, pour enlever les obstacles qui empêchent l’action du Saint-Esprit dans notre âme. L’aide de la Vierge nous est continuellement nécessaire dans l’apostolat ; Elle est celle qui change vraiment les cœurs. C’est pourquoi, Marie est appelée depuis l’antiquité « santé des malades, refuge des pécheurs, consolation des affligés, reine des Apôtres, des martyrs… ». Sa main, généreuse comme celle de toutes les mères, accorde toute sorte de grâces, et même, « en un certain sens, la grâce des sacrements ; parce qu’Elle nous les a mérités en union avec Notre Seigneur sur le Calvaire, et de plus Elle nous dispose, par sa prière, à nous approcher de ces sacrements et à les recevoir convenablement ; parfois Elle en arrive à nous envoyer un prêtre sans lequel cette aide sacramentelle ne nous serait pas donnée[11] ».
Mettons aujourd’hui dans ses mains toutes nos préoccupations et prenons la résolution d’avoir recours à Elle souvent chaque jour, pour ce qui nous semble important et ce qui l’est peu.
III. En la Vierge Marie se réfugient les fidèles qui sont entourés d’angoisses et de dangers, en l’invoquant comme Mère de miséricorde et Médiatrice de la grâce[12]. En Elle nous nous réfugions tous les jours. Dans le Je vous salue, Marie, ne lui disons-nous pas très souvent : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort… » ? Ce maintenant est redit dans le monde entier par des foules de personnes de tout âge et de toute race, qui demandent la grâce du moment présent[13]. C’est la grâce la plus personnelle, qui varie avec chacun et dans chaque situation. Même si nous sommes un peu distraits sans le vouloir, Notre-Dame, qui ne l’est jamais et qui connaît nos besoins, prie pour nous et nous obtient les biens dont nous avons besoin. Une grande clameur monte à chaque instant, jour et nuit, vers Notre Mère du Ciel : Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant… Comment ne nous écouterait-Elle pas, comment ne s'occuperait-Elle pas de ces prières ? Du haut du Ciel Elle connaît bien nos besoins matériels et spirituels, et comme une mère pleine de tendresse Elle prie pour ses enfants.
Chaque fois que nous avons recours à Elle, nous nous approchons davantage de son Fils. « Marie est toujours le chemin qui conduit au Christ. Chaque rencontre avec Elle devient nécessairement une rencontre avec le Christ Lui-même. Que signifie d’autre le fait d’avoir recours à Marie, si ce n’est de chercher entre ses bras, en Elle, par Elle et avec Elle le Christ, notre Sauveur [14] ? »
La quantité de motifs et de raisons que nous avons pour avoir recours avec confiance à Marie est impressionnante. Nous avons la sécurité d’être toujours écoutés. Et nous Lui rappelons qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance ou réclamé vos suffrages aient été abandonnés. Animés de cette confiance, ô Vierge des Vierges, ô ma Mère, je viens à vous… Mère du Verbe incarné, ne méprisez pas mes prières[15].
En ce mois d’octobre, déjà proche, nous aurons recours à Elle en priant avec plus d’attention le Saint Rosaire, comme le demande l’Église. Dans cette prière, la préférée de la Vierge[16], nous ne manquerons pas de mettre des intentions ambitieuses, avec la sécurité d’être écoutés.
[01]. 1 Tim 2, 5-6.
[02]. Saint Thomas, Summa Theologiæ, III, q. 30, a. 1.
[03]. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 60.
[04]. Jean-Paul II, Enc. Redemptoris Mater, 25 mars 1987, 38.
[05]. Concile Vatican II, loc. cit.
[06]. Cf. Lc 1, 14.
[07]. Cf. Jn 2, 1 et s.
[08]. Concile Vatican II, loc. cit., 62.
[09]. Léon XIII, Enc. Octobri mense, 22 septembre 1891.
[10]. Saint Germain de Constantinople, Homélie en S. Mariæ Zonam.
[11]. R. Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure.
[12]. Missel Romain, Messe de la Vierge Marie, Mère et Médiatrice de la grâce, Préface.
[13]. Cf. R. Garrigou-Lagrange, loc. cit.
[14]. Paul VI, Enc. Mense maio, 29 avril 1965.
[15]. Prière Souvenez-vous.
[16]. Cf. Paul VI, Enc. Mense maio, cit.
26e DIMANCHE. ANNÉE A
64. LA VERTU DE L’OBÉISSANCE
— La parabole des deux enfants envoyés à la vigne : l’obéissance naît de l’amour.
— L’exemple du Christ : obéissance et liberté.
— Le désir d’imiter Jésus.
I. Que pensez-vous de ceci ? dit un jour Jésus en s’adressant à ceux qui L’entouraient. Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne. Il répondit : Je ne veux pas. Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Le père dit alors la même chose au second. Et celui-ci répondit : Oui, Seigneur ! et il n’y alla pas. Jésus demanda à ceux qui L’écoutaient lequel des deux fit la volonté du père. Et tous répondirent : le premier, celui qui est allé vraiment travailler à la vigne ! Et Jésus poursuit : Amen, Je vous le dis : les publicains et les prostituées vous précèderont dans le Royaume de Dieu. Car Jean-Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole, tandis que les publicains et les prostituées y ont cru[01].
Jean-Baptiste avait en effet signalé le chemin du salut, et les scribes et les pharisiens, qui se vantaient d’accomplir la volonté divine, ne l’écoutèrent pas. Ils étaient représentés par ce fils qui dit « j’y vais », mais qui, ensuite, n’y va pas. En théorie ils accomplissaient la Loi, mais à l’heure de la vérité, lorsque la volonté de Dieu leur parvient par la bouche de Jean, ils ne l’accomplissent pas. En revanche, beaucoup de publicains et de pécheurs écoutèrent son appel à la pénitence et se repentirent sincèrement : ils sont représentés dans la parabole par le fils qui au début dit « je n’y vais pas », mais qui va ensuite travailler à la vigne. Il obéit, et plut à son père par des actes.
Le Seigneur Lui-même nous a donné l’exemple de la manière d’accomplir le vouloir divin qui se manifeste à nous de façons si diverses, car « afin de réaliser la volonté du Père, Il a inauguré ici-bas le royaume des cieux, nous a révélé le mystère du Père et, par son obéissance, a opéré la rédemption[02] ». Saint Paul, dans la deuxième lecture de la Messe[03], souligne l’amour de Jésus-Christ pour cette vertu : Lui qui était Dieu s’est abaissé Lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix. À cette époque, la mort sur une croix était la plus infamante, réservée aux pires criminels. C’est pourquoi la plus grande expression de son amour des plans salvifiques du Père a consisté à obéir jusqu’à la mort et à la mort sur une croix.
Oui, le Christ obéit par amour ; c’est cela le sens de l’obéissance chrétienne : celle que l’on doit à Dieu, celle que l’on doit à l’Église, à ses parents, à des supérieurs, celle qui régit d’une façon ou d’une autre la vie professionnelle et sociale. Dieu ne désire pas des serviteurs agissant de mauvais gré, mais des enfants qui veulent accomplir sa volonté avec joie. Sainte Thérèse d’Avila raconte qu’étant un jour en train de considérer la grande pénitence que faisait une femme estimable qu’elle connaissait, il lui vint une sainte envie en pensant qu’elle aussi pourrait la faire, si ce n’était à cause de l’ordre exprès qu’elle avait reçu de son confesseur de ne pas la faire. Elle voulait rivaliser de telle manière avec cette pénitente qu’elle se demanda s’il ne serait pas mieux de ne pas obéir à ce conseil de son confesseur. Alors Jésus lui dit : « Cela, non, ma fille ; tu es sur le bon chemin, un chemin sûr. Vois-tu la pénitence qu’elle fait ? Ton obéissance me plaît davantage.[04] »
II. L’obéissance de Jésus ne consista pas simplement à se laisser mener par la volonté du Père, mais ce fut Lui-même qui se fit obéissant : son obéissance active assuma comme siens les desseins du Père et les moyens pour atteindre le salut du genre humain.
L’un des signes les plus clairs d’être sur le meilleur chemin, celui de l’humilité, c’est le désir d’obéir[05], « tandis que l’orgueil nous incline à faire notre propre volonté et à chercher ce qui nous exalte, et à ne pas vouloir nous laisser diriger par les autres, mais à vouloir les diriger. L’obéissance est le contraire de l’orgueil. Et le Fils Unique du Père, venu du Ciel pour nous sauver et nous guérir de l’orgueil, se fit obéissant jusqu’à la mort sur la croix.[06] » Il nous a montré le chemin : ta parole est une lampe pour mes pas, une lumière sur mon sentier, prient aujourd’hui les prêtres dans la Liturgie des Heures[07].
L’obéissance naît de la liberté et conduit à une plus grande liberté. Lorsque l’homme fait don de sa volonté dans l’obéissance, il conserve la liberté dans la détermination ferme de choisir ce qui est bon et vrai. Qui choisit une autoroute pour arriver plus tôt et avec davantage de sécurité à son but, ne se sent pas contraint par les limites et les indications qu’il trouve sur son chemin ; la corde qui relie l’alpiniste à ses compagnons d’escalade n’est pas un lien qui le perturbe, bien qu’il soit fortement attaché, mais un lien qui lui donne la sécurité et lui évite de tomber dans l’abîme. C’est l’amour qui réalise que l’obéissance est pleinement libre. Comment penser que le Christ, qui aima tellement (et nous inculqua cette vertu), ne soit pas obéissant ? « Pour qui veut suivre le Christ, la loi n’est pas un poids lourd à porter. Elle ne devient un poids que si l’on n’arrive pas à voir en elle l’appel de Jésus ou si l’on n’a pas envie de suivre cet appel. Par conséquent, si la loi devient parfois lourde à porter, ce peut être qu’il faut améliorer non pas tant la loi, mais notre effort pour suivre le Christ.
« Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements (Jn 14, 15). C’est donc pour cela que je veux obéir à Toi et à ton Église, Seigneur ; non pas parce que je vois la rationalité de ce qu’on m’ordonne (cette rationalité n’est pas toujours évidente), mais, principalement, parce que je veux T’aimer, et Te démontrer mon amour. Et aussi parce que je suis convaincu de ce que tes commandements procèdent de l’amour et me rendent libre. Je courrai dans la voie de tes commandements, quand Tu auras dilaté mon cœur… Je marcherai dans un chemin large, car je recherche tes préceptes (Ps 119, 32-45).[08] »
III. Mieux vaut l’obéissance que les sacrifices[09], lisons-nous dans la Sainte Écriture. « Et c’est avec raison, commente saint Grégoire le Grand, que l’on place l’obéissance avant les sacrifices, car par les sacrifices on immole la chair qui n’est pas à soi ; en revanche par l’obéissance on immole sa propre volonté.[10] » Ce qui certes est le plus difficile à donner, car c’est ce que nous avons de plus intime et personnel. C’est pourquoi l’obéissance est si agréable au Seigneur et de là provient l’effort de Jésus, à qui les vents et la mer obéissent[11], pour nous enseigner par sa parole et par sa vie que le chemin du bien, de la paix de l’âme et de tout progrès intérieur passe par l’exercice de cette vertu. Dans l’Ancien Testament déjà était écrit : Vir obediens loquetur victoriam[12], celui qui obéit atteint la victoire, « celui qui obéit gagne », il obtient la grâce et la lumière nécessaire, car il reçoit le Saint-Esprit, que Dieu octroie à ceux qui obéissent[13]. « Ô vertu d’obéir, toi qui peux tout ! [14] », s’exclamait sainte Thérèse d’Avila. Parce que les biens qui proviennent de l’exercice de cette vertu sont si nombreux et qu’elle est le chemin qui conduit le plus directement à la sainteté, le démon essaiera d’interposer de nombreuses fausses raisons, mille excuses pour ne pas obéir[15].
La nécessité d’obéir ne provient pas seulement des biens si grands donnés à l’âme, ni d’une efficacité d’organisation…, mais de son intime union avec la Rédemption : l’obéissance est une partie essentielle du mystère de la Croix[16]. Par conséquent, celui qui poserait des limites à l’obéissance voulue par Dieu, limiterait en même temps son union avec le Christ et ne pourrait que difficilement s’identifier avec Lui, ce qui est pourtant le but de toute la vie chrétienne. Car vous devez avoir entre vous les sentiments mêmes qui étaient ceux du Christ Jésus, lequel, bien qu’Il fût de condition divine… s’est dépouillé en prenant la condition d’esclave[17].
Le désir d’imiter le Christ nous conduit-il à nous demander fréquemment : est-ce que je fais en ce moment ce que Dieu veut, ou bien est-ce que je me laisse porter par mes capriceS, ma vanité, mes états d’âme ? Est-ce que je sais écouter la voix du Seigneur dans les conseils de la direction spirituelle ? Mon obéissance est-elle surnaturelle, interne, rapide, joyeuse, humble et discrète [18] ?
Demandons à Notre-Dame un grand désir de nous identifier avec le Christ par l’obéissance, bien que parfois elle nous coûte beaucoup. « Obéis sans toutes ces “cogitations” inutiles… Manifester de la tristesse ou un manque d’envie devant ce qui est commandé est une faute de taille. Mais le ressentir, sans plus, non seulement ce n’est pas une faute mais ce peut être l’occasion d’une grande victoire, le couronnement d’un acte de vertu héroïque. « Ce n’est pas moi qui l’invente. Tu te rappelles ? L’Évangile raconte qu’un père de famille donna la même charge à ses deux fils… Et malgré les difficultés qu’il avait lui-même soulevées, celui des deux qui l’accomplit remplit Jésus de joie ! Et il le réjouit parce que la discipline est le fruit de l’Amour.[19] »
[01]. Mt 21, 28-32.
[02]. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 3.
[03]. Ph 2, 1-11.
[04]. Sainte Thérèse, Notes de conscience, 20.
[05]. Saint Thomas, Commentaire à l’Épître aux Philippiens, 2, 8.
[06]. R. Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure.
[07]. Liturgie des Heures, I Vêpres. Ps 119, 105.
[08]. C. Burke, Autorité et liberté dans l’Église.
[09]. 1 Sam 15, 22.
[10]. Saint Grégoire le Grand, Moralia, 14.
[11]. Mt 8, 27.
[12]. Prov 21, 28.
[13]. Ac 5, 32.
[14]. Sainte Thérèse, Vie, 18, 7.
[15]. Idem, Fondations, 5, 10.
[16]. Cf. Saint Thomas, Commentaire à l’Épître aux Romains, V, 8, 5.
[17]. Ph 2, 5-7.
[18]. Cf. Saint Thomas, Summa Theologiæ, II-II, qq. 104 et 105; q. 108, aa. 5 et 8.
[19]. Saint Josémaria Escriva, Sillon, n.378.