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26e SEMAINE. LUNDI

67. LE SENS CHRÉTIEN DE LA DOULEUR

—Les épreuves et les souffrances de Job.

—La souffrance des justes.

—La douleur et la Passion du Christ.

I. Tout au long de cette semaine, une des lectures de la Messe[01] recueille les enseignements du Livre de Job, toujours actuel, car le malheur et la douleur sont une réalité que nous rencontrons fréquemment !

Nous lisons dans la Sainte Écriture qu’il y avait au pays d’Ous un homme nommé Job, craignant Dieu, qui avait reçu d’innombrables bénédictions du Seigneur : il était riche en troupeaux, bétail et produits de la terre, et il avait reçu une nombreuse descendance. Selon l’opinion générale en ce temps-là, il existait une relation entre une vie vertueuse et la prospérité matérielle. Cette situation de bien-être matériel était donc considérée comme un prix que Dieu octroyait à la vertu et à la fidélité. Dans un dialogue figuré entre Dieu, content de l’amour de son serviteur, et Satan, celui-ci insinue que la vertu de Job est intéressée et qu’elle cesserait avec la disparition de ses richesses. Est-ce que la crainte de Dieu de Job est désintéressée ? N’as-Tu pas élevé une clôture pour le protéger, lui, sa maison et tout ce qu’il possède ? Tu as béni son travail, et ses troupeaux se multiplient dans le pays. Étends seulement la main, et touche à tout ce qu’il possède : je parie qu’il Te maudira en plein visage ![02]

Avec l’autorisation de Dieu, Job fut dépouillé de tous ses biens. Mais il montra que sa vertu était très profondément enracinée : Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris : Que le nom du Seigneur soit béni ![03] s’exclame-t-il au milieu de sa pauvreté. Sa soumission à la volonté divine fut intacte, aussi bien dans l’abondance que dans l’indigence. La misère se transforma en une énorme richesse spirituelle.

Une seconde et plus violente épreuve ne réussit pas plus à affaiblir sa foi et sa confiance en Dieu. Tout son corps fut rongé par un ulcère malin, de la plante des pieds au sommet de la tête. Or, perdre la santé est un mal pire que perdre des biens matériels. La foi de Job, cependant, resta ferme, malgré la maladie et les attaques blessantes de sa bonne épouse exaspérée : Nous recevons de Dieu le bien, et ne recevrons-nous pas aussi le mal ?[04] répondit Job.

Tout cela peut être une bonne occasion pour que nous fassions un examen de conscience, pour voir nos réactions face au Seigneur lorsque, en nous ou en ceux que nous aimons le plus, se manifestent le malheur et la douleur. Dieu est toujours un Père, même lorsque nous visitent l’affliction et la peine. Nous comportons-nous comme des enfants reconnaissants dans l’abondance et dans la pauvreté, en pleine santé et lorsque vient la maladie ?

II. Trois de ses amis, de tribus et de pays différents, décidèrent, lorsqu’ils apprirent la situation de Job, de venir lui tenir compagnie et de l’encourager. Quand les trois, Eliphaz, Bildad et Sophar, arrivèrent et virent Job dans un état si lamentable, toute leur compassion disparut ; ils crurent se trouver en présence d’un homme maudit par Dieu. Ils partageaient la croyance que la prospérité est le prix que Dieu donne à la vertu, et les tribulations le châtiment de l’iniquité. La conduite de ses amis, la prolongation de ses souffrances, la solitude au milieu de tant de douleurs, finirent par trop peser sur Job. Il ne put s’empêcher de rompre le silence en une plainte amère. Les amis, convaincus de l’existence d’un péché caché, méconnaissant aussi le prix ou le châtiment qui viennent après cette vie, continuent à lui parler durement, car ils ne trouvent pas d’autres explications. Job, lui, convaincu de sa propre innocence, admet certainement l’existence de petites transgressions communes à tout homme[05], mais pas jusqu’au point d’être proportionnelles à ces châtiments. Il rappelle aussi tout le bien qu’il a fait. De là naît une intense lutte dans son âme.

Il sait bien que Dieu est juste. Cependant tout semble parler d’injustice dans son cas. Il croyait aussi que le Seigneur traite l’homme selon ses mérites, mais comment concilier la justice divine avec cette expérience amère ? Ses amis ont une réponse, mais lui, en conscience, la croit fausse. Ces deux convictions, apparemment contradictoires (la justice divine et sa propre innocence), causent à Job une angoisse et une déchirure intérieure plus douloureuses que ses maladies physiques et sa ruine matérielle[06]. C’est le trouble que produit la souffrance de l’innocent, si l’on n’a pas la foi : des enfants qui meurent jeunes ou qui ont des maladies qui les rendent inutiles pour une vie normale, des hommes, des femmes qui ont été généreux et ont servi Dieu fidèlement et qui se trouvent ruinés, sans travail, ou avec une grave maladie…, tandis que la vie sourit à d’autres qui ont vécu le dos tourné à Dieu.

Le Livre de Job « manifeste clairement le problème de la souffrance de l’homme innocent : la souffrance sans faute. Job n’a pas été puni, il n’y avait pas de raison pour lui infliger une peine, bien qu’il ait été soumis à une épreuve très dure.[07] » Job sortira de cette épreuve fortifié dans la vertu ; il se confirme qu’elle ne dépendait pas de sa situation aisée ni des grands bienfaits qu’il avait reçus de Dieu. Malgré tout, « le livre de Job n’est pas le dernier mot sur ce sujet. D’une certaine façon il annonce la Passion du Christ [08] », la seule qui illumine ce mystère de la souffrance humaine, et d’une façon particulière la douleur de l’innocent.

Dieu a aimé le monde au point de donner son Fils unique pour que tous ceux qui croient en Lui ne périssent pas, mais aient la vie éternelle[09]. La douleur change de signe avec la Passion du Christ. « C’est comme si Job l’avait pressenti lorsqu’il dit : Je sais que mon Rédempteur vit, et à la fin… je verrai Dieu (Job 19, 25) ; et c’est comme s’il avait dirigé vers elle sa propre souffrance, laquelle, sans la rédemption, n’aurait pas pu lui révéler la plénitude de sa signification. Dans la Croix du Christ non seulement s’est accomplie la rédemption par la souffrance, mais aussi la souffrance humaine a été rachetée. Le Christ, sans avoir fait aucune faute, prit sur Lui le mal total du péché.[10] » Les souffrances de Jésus furent le prix de notre salut[11]. Dès lors, notre douleur peut s’unir à celle du Christ et participer ainsi à la Rédemption de l’humanité entière. « Voici la grande révolution chrétienne : convertir la douleur en une souffrance féconde ; faire d’un mal, un bien. Nous avons dépouillé le diable de cette arme… : et, avec elle, nous conquérons l’éternité.[12] »

III. La douleur ne passe jamais à nos côtés en nous laissant comme avant. Elle purifie l’âme, l’élève, augmente le degré d’union avec la volonté divine, aide à se défaire des biens, de l’attachement excessif à la santé, rend corédempteurs avec le Christ… ou, au contraire, elle éloigne du Seigneur et laisse l’âme inapte au surnaturel, attristée. Lorsque Simon de Cyrène fut choisi pour aider Jésus à porter sa Croix, il accepta au début avec déplaisir. Il fut forcé[13], écrit l’Évangéliste. En un premier moment il ne regarda que la croix, et la croix était un simple bois lourd et gênant. Ensuite il ne fixa plus le bois, mais le condamné, cet homme tout à fait singulier qui allait être supplicié. C’est alors que tout changea : il aida Jésus de tout son amour et mérita le grand prix de la foi pour lui et pour ses deux fils, Alexandre et Rufus[14]. Nous devons nous aussi regarder le Christ au milieu de nos épreuves et de nos tribulations. Nous fixerons moins notre attention sur la Croix et davantage sur l’amour. Nous comprendrons que porter la Croix a un sens lorsque nous la portons avec le Maître. « Son plus ardent désir est d’allumer dans nos cœurs cette flamme d’amour et de sacrifice qui embrase le sien, et même si nous ne correspondons qu’un peu à ce désir, notre cœur se transformera rapidement en un foyer d’amour qui consumera peu à peu ces scories accumulées par nos fautes et nous transformera en victimes d’expiation, heureux d’obtenir, au prix de quelques souffrances, une plus grande pureté, une plus étroite union avec l’Aimé ; heureux aussi de compléter la Passion du Sauveur pour le bien de l’Église et des âmes (Col 1, 24) (…). C’est aux pieds du Crucifié que nous comprendrons que dans ce monde il n’est pas possible d’aimer sans sacrifice, mais que le sacrifice est doux pour qui aime.[15] »

A la fin de notre prière, contemplons Notre-Dame au sommet du Calvaire, participant d’une façon singulière aux souffrances de son Fils. « Admire la fermeté de la Vierge Marie : au pied de la Croix, en proie à la plus grande douleur humaine, il n’est pas de douleur pareille à sa douleur, et pourtant pleine de fermeté.

« — Demande-lui un peu de cette force d’âme, de manière à pouvoir, toi aussi, te tenir au pied de la Croix.[16] » Près d’Elle on comprend plus facilement que « le sacrifice est doux pour qui aime », et nous offrons à travers son Cœur très doux les échecs, les incompréhensions, les situations difficiles dans la famille ou dans le travail, la maladie et la douleur… « Et après avoir fait l’offrande de la douleur, nous essayerons de ne plus penser, mais d’accomplir ce que Dieu veut de nous, là où nous sommes : dans la famille, à l’usine, au bureau, à l’école… Essayons surtout d’aimer les autres, les prochains qui sont autour de nous.

« Si nous faisons cela, nous pourrons faire l’expérience d’un effet insolite et insoupçonné : notre âme sera pleine de paix, d’amour, et aussi de joie pure, de lumière. Nous pourrons trouver en nous une nouvelle force. Nous verrons comment, en embrassant les croix de chaque jour et en nous unissant par elles à Jésus crucifié et abandonné, nous pourrons participer dès ici-bas de la vie du Ressuscité.

« Et, riches de cette expérience, nous pourrons aider plus efficacement tous nos frères à trouver le bonheur parmi les larmes, à transformer en sérénité ce qui les préoccupe. Nous serons ainsi des instruments de joie pour beaucoup, de bonheur, de ce bonheur que désire tout cœur humain.[17] »

[01]. Première lecture. Années paires.
[02]. Job 1, 9-11.
[03]. Job 1, 21.
[04]. Job 2, 10.
[05]. Cf. Job 13, 26; 14, 4.
[06]. Cf. B. Orchard,
Verbum Dei.
[07]. Jean-Paul II, Lettre Apost.
Salvifici doloris, 11 février 1984, 11.
[08].
Idem.
[09]. Jn 3, 16.
[10]. Jean-Paul II,
loc. cit., 19.
[11]. Cf. 1 Cor 6, 20.
[12]. Saint Josémaria Escriva,
Sillon, n. 887.
[13]. Mt 27, 32.
[14]. Cf. Mc 15, 21.
[15]. A. Tanquerey,
La divinisation de la souffrance.
[16]. Saint Josémaria Escriva,
Chemin, n. 508.
[17]. Ch. Lubich,
Parole qui devient vie.



26e SEMAINE. MARDI

68. SUR LE CHEMIN DE JÉRUSALEM

— Ne pas se décourager devant ses défauts : le Seigneur compte sur eux et sur l’effort pour les corriger.

— L’aide incessante du Saint-Esprit.

— Le défaut dominant.

I. Comme le moment de son départ approchait, Jésus prit avec courage la route de Jérusalem. Lorsqu’Il voulut entrer dans une ville de Samaritains, on refusa de L’accueillir parce qu’Il se dirigeait vers Jérusalem[01]. Le Seigneur, bien loin de prendre des représailles contre ces Samaritains qui n’eurent pas la moindre manifestation d’hospitalité, si importante en Orient, ne dit même pas de mal d’eux ; Il ne les critique pas, et tout simplement ils partirent pour un autre village. La réaction des Apôtres fut bien différente. Jacques et Jean proposèrent à Jésus : Veux-Tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? Et le Seigneur profite de l’occasion pour leur apprendre qu’il faut aimer tout le monde, comprendre même ceux qui ne nous comprennent pas.

De nombreux passages de l’Évangile nous révèlent les défauts encore enracinés des Apôtres, et comment prennent corps dans leurs cœurs les paroles et l’exemple du Maître. Dieu compte sur le temps et sur les faiblesses et les défauts de ses disciples de toutes les époques. Peu d’années plus tard, l’Apôtre saint Jean écrira : Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour[02]. Il se transforme en Apôtre de la charité et de l’amour ! Sans cesser d’être le même, le Saint-Esprit transforma peu à peu son cœur. Le sujet central de ses épîtres est précisément la charité. Saint Augustin, en commentant la première d’entre elles, dira que l’Apôtre y « dit beaucoup de choses, pratiquement toutes, au sujet de la charité [03] ». C’est lui qui nous a transmis l’enseignement de Jésus sur le commandement nouveau, grâce auquel on nous distinguera comme disciples de Jésus[04]. Près du Maître il apprit que si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour atteint en nous sa perfection[05].

Nous connaissons aussi par la tradition certains détails de ses dernières années sur terre, qui nous confirment son souci de maintenir la fidélité au commandement de l’amour fraternel. Saint Jérôme raconte que lorsque ses disciples le menaient aux réunions des chrétiens (car à cause de sa vieillesse il ne pouvait plus y aller seul), il répétait constamment : « Mes enfants, aimez-vous les uns les autres ». On lui demanda pourquoi il disait toujours la même chose, et saint Jean répondit : « C’est le commandement du Seigneur, et s’il s’accomplit, il est suffisant à lui tout seul.[06] »

Pour nous, qui avons sans doute tant de défauts, nous nous remplissons d’espérance en méditant que les saints aussi en eurent, mais qu’ils luttèrent, devinrent humbles et arrivèrent à la sainteté. Plus encore, à se distinguer, comme nous le voyons en saint Jean, justement par ce en quoi il semblait être le plus loin de l’esprit du Christ.

II. Après la Pentecôte, le Saint-Esprit compléta la formation de ceux qu’Il avait choisis pour être les colonnes de son Église, malgré tant de déficiences. Dès lors, Il n’a pas cessé d’agir dans les âmes des disciples du Christ de toutes les époques. Ses inspirations sont parfois rapides comme l’éclair : Il suggère, dans l’intimité de l’âme, d’être généreux dans une petite mortification, d’être patients dans une adversité, de veiller sur ses sens… Parfois Il agit directement en poussant au bien, en suggérant, en inspirant ; d’autres fois Il le fait à travers les conseils reçus dans la direction spirituelle, à travers un événement, l’attitude exemplaire d’une personne, la lecture d’un livre… Il veut situer « dans l’édifice de ma vie la pierre qu’il convient de placer en ce moment précis et qui est réclamée, disons-le ainsi, par le plan de l’édifice, selon l’état actuel de la construction [07] », du grand projet que Dieu a sur notre vie, et qu’Il ne veut pas mener à bien sans notre collaboration. Et tout est ordonné, parfois permis, d’autres fois envoyé par Dieu notre Père, pour que nous atteignions la sainteté, le but pour lequel nous avons été créés et en quoi consiste notre bonheur sur terre et ensuite pour toute l’éternité. La douleur, la souffrance ou l’échec que Dieu permet sont aussi orientés vers ce but plus élevé que nous ne devons jamais perdre de vue : La volonté de Dieu, c’est votre sanctification[08].

Dieu nous aime toujours : lorsqu’Il ménage du réconfort et lorsqu’Il permet l’affliction, la souffrance, la pauvreté, l’échec… Plus encore, « Dieu ne m’aime jamais autant que lorsqu’Il m’envoie une souffrance [09] », une « caresse divine » pour laquelle nous devons Le remercier. Saint Luc parle justement, dans l’Évangile que nous méditons, de la fermeté avec laquelle Jésus marche vers Jérusalem, où L’attend la Croix.

Certes, saint Jean ne changea pas en un instant ! Pas même après les paroles de Jésus. Mais il ne se découragea pas devant ses erreurs, il fit des efforts, resta près du Maître, et la grâce fit le reste. Et c’est ce que Dieu nous demande. Lorsque, après des années, l’Apôtre se rappellera cet événement et tant d’autres où il réagit d’une façon si éloignée de l’esprit de son Maître, il lui viendra sans doute à la mémoire la patience de Jésus à son égard et cela l’aida à aimer davantage Celui qui l’avait appelé à Le suivre un après-midi inoubliable.

III. Dieu concéda à Jean une particulière profondeur, une exceptionnelle finesse dans la charité, aussi bien dans sa vie (le Seigneur le désigna pour s’occuper de sa Mère) que dans ses enseignements. C’est lui qui écrivit, inspiré par le Saint-Esprit, ces mots pleins de sagesse : Voici à quoi se reconnaissent les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne pratique pas la justice ne vient pas de Dieu ; non plus celui qui n’aime pas son frère[10]. Nous ne devons pas nous décourager devant nos erreurs et faiblesses : le Seigneur compte sur elles, sur le temps, la grâce et nos désirs de lutter.

Pour combattre efficacement dans la vie intérieure il est utile de bien connaître ce que les auteurs spirituels ont appelé le défaut dominant, celui qui en chacun tend à prévaloir sur les autres et, en conséquence, est présent dans la façon de juger, de vouloir et d’agir[11]. Celui qui d’une certaine façon se manifeste dans ce que nous faisons, voulons, ou pensons : c’est peut-être la vanité, la paresse, l’impatience, le manque d’optimisme, la tendance à mal juger… nous ne montons pas tous par le même chemin vers la sainteté. Certains devront rechercher surtout la force d’âme ; d’autres, l’espérance ou la joie. « Dans la citadelle de sa propre vie intérieure, le défaut dominant est le point faible, le lieu dégarni. L’ennemi des âmes cherche précisément, en chacun, ce point faible, facilement vulnérable, et il le trouve avec facilité. Par conséquent, nous aussi nous devons le connaître.[12] » A cette fin, il faut nous demander où se trouvent habituellement nos désirs, qu’est-ce qui nous préoccupe le plus, ce qui nous fait souvent souffrir ou ce qui fréquemment nous fait perdre la paix ou tomber dans la tristesse… Le plus grand nombre de tentations que nous souffrons est aussi relié au défaut dominant, car c’est là par où l’adversaire nous voit plus faibles et, pour cela même, par où il attaque le plus.

Pour avancer dans la vie intérieure, donc, connaître ce point faible et demander sincèrement à Dieu sa grâce pour le vaincre : « Éloigne, Seigneur, de moi ce qui m’éloigne de Toi », lui redirons-nous ; et avec cette demande, la résolution de ne jamais faire de pacte avec nos défauts, de leur appliquer l’examen particulier, le bref et fréquent examen de conscience sur ce défaut dominant que l’on désire supprimer et sur la vertu que l’on voudrait acquérir : « Par l’examen particulier, tu dois tendre directement à l’acquisition d’une vertu déterminée, ou à l’extirpation de ton défaut dominant.[13] » La direction spirituelle apporte une aide formidable pour maintenir cette lutte pleine d’espérance jusqu’à la fin de nos jours.

En Marie, notre Mère, nous trouverons toujours la paix et le plaisir de cheminer vers le Seigneur, car « notre marche doit être joyeuse, comme celle de la Vierge ; mais comme la sienne, en faisant l’expérience de la douleur, de la fatigue du travail, du clair-obscur de la foi.

« Avançons en prenant la main de Marie, la pleine de grâce. Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit l’ont comblée de dons, et en ont fait une créature parfaite ; Elle est de notre race et elle a pour mission de ne répartir que de bonnes choses. Plus encore, Elle est devenue notre vie, notre douceur et notre espérance.

« Marie, la Mère de Jésus, “signe de consolation et de sûre espérance” (Lumen gentium, 68), marche sur terre en illuminant de sa lumière le Peuple de Dieu en chemin.

« Elle, notre Mère, est le chemin, le sentier, le raccourci pour arriver au Seigneur. Marie remplira de joie nos travaux, nos jarres, nos démarches.[14] »

[01]. Lc 9, 52-56.
[02]. 1 Jn 4, 8.
[03]. Saint Augustin,
Commentaire à la Première Épître de saint Jean, prologue.
[04]. Cf. Jn 13, 34-35.
[05]. 1 Jn 4, 12.
[06]. Saint Jérôme,
Commentaire à l’Épître aux Galates, III, 6.
[07]. J. Tissot,
La vie intérieure.
[08]. 1 Th 4, 3.
[09]. J. Tissot,
o. c., p. 293.
[10]. 1 Jn 3, 10.
[11]. Cf. R. Garrigou-Lagrange,
Les trois âges de la vie intérieure.
[12].
Idem, 367.
[13]. Saint Josémaria Escriva,
Chemin, n. 241.
[14]. J. Urteaga,
Les défauts des saints.


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