26e SEMAINE. MERCREDI
69. POUR SUIVRE LE CHRIST
— Les biens matériels ne sont que des moyens. Apprendre à vivre la pauvreté chrétienne.
— Conséquences de la pauvreté d’esprit.
— Autres manifestations de la pauvreté chrétienne.
I. L’Évangile de la Messe[01] raconte que Jésus un jour allait passer sur l’autre rive du lac de Tibériade. S’approche alors un scribe qui désire accompagner le Maître : je Te suivrai partout où Tu iras, Lui dit-il. Jésus lui expose en peu de mots les conditions pour le suivre : le renoncement à la commodité, le détachement des choses, une disponibilité complète au vouloir divin : les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où reposer la tête.
Jésus demande à tous ses disciples un détachement habituel des biens, la ferme détermination de ne pas être attachés aux choses qu’ils vont utiliser. Pour nous, appelés à nous sanctifier au milieu du monde, maintenir le cœur détaché des biens matériels demande une attention constante, surtout au moment où le désir de posséder tout ce qui fait envie se manifeste comme un désir démesuré et, pour beaucoup, presque comme le but principal de la vie[02].
Vivre la pauvreté, c’est vivre le détachement intérieur dans le désir, dans la pensée, dans l’imagination, bref, vivre avec le même esprit que le Seigneur[03]. Une des premières manifestations de cette vertu évangélique c’est utiliser les biens comme des moyens[04], et non pas comme des buts. En considérant cet enseignement concret du Maître, demandons-Lui de ne pas nous laisser entraîner par le désir démesuré de l’avoir, de se faire remarquer… Les moyens matériels sont des biens lorsqu’ils s’utilisent pour un but supérieur : pour faire vivre la famille, éduquer les enfants, acquérir une plus grande culture au profit de la société, aider des œuvres d’apostolat, ceux qui sont dans le besoin… Cela n’est pas facile, parce que le cœur de l’homme tend à s’attacher au matériel. Il a besoin d’apprendre comment se comporter pour ne pas tomber dans les liens qui empêchent de suivre le Seigneur, qu’il ait de nombreux biens ou presque pas, car la pauvreté ne se confond pas avec le fait de ne pas avoir : « la pauvreté que Jésus déclara bienheureuse est celle qui est faite à base de détachement, de confiance en Dieu, de sobriété et de disposition à partager avec les autres.[05] »
Saint Paul avoue qu’il dut apprendre à vivre détaché en toute circonstance : j’ai appris, dit-il aux chrétiens de Philippes, à vivre dans la pauvreté ; j’ai appris à vivre dans l’abondance ; je suis initié à tout état sans exception, à être rassasié et à avoir faim, à vivre dans l’abondance et à me trouver dans le dénuement. Je puis tout en celui qui me fortifie[06].
II. Nous ne pouvons pas nous lasser de contempler le Christ, qui n’avait pas d’endroit où reposer la tête…, parce que, si nous voulons le suivre, nous devons l’imiter en cela aussi. Bien que nous devions utiliser des moyens matériels pour accomplir notre mission dans le monde, notre cœur doit être comme celui du Seigneur : libre d’attaches.
La vraie pauvreté chrétienne est incompatible, non seulement avec l’ambition de biens superflus, mais aussi avec l’excès d’inquiétude pour ceux qui sont nécessaires. Si cela arrivait à une personne qui, répondant à l’appel du Seigneur, avait tout laissé pour Le suivre, ne serait-ce pas le début de la tiédeur dans sa vie intérieure, le signe qu’elle essaye peut-être de servir deux seigneurs à la fois [07] ? Au contraire, l’acceptation des privations et des incommodités que la pauvreté comporte parfois, unit étroitement à Jésus-Christ. C’est un signe de prédilection du Seigneur, qui désire le bien pour tous, et particulièrement pour ceux qui le suivent de plus près.
Un aspect de la pauvreté chrétienne concerne évidemment l’utilisation de l’argent. Il y a des choses objectivement luxueuses, peu dignes d’un disciple du Christ, même si elles sont courantes dans son milieu, quand on songe à des gens qui sont dans le besoin et la pénurie : des objets, des commodités, des caprices…, qui n’ont pas leur place dans les dépenses, ni dans l’utilisation, même s’il n’en coûte rien au bénéficiaire… à qui désire avoir pour Maître Celui qui n’avait pas d’endroit où reposer la tête. Se passer de ces commodités, de ce luxe ou de ces caprices heurtera peut-être le milieu où l’on vit, et ce sera — qui sait ? — le moyen utilisé par le Seigneur pour que d’autres se sentent incités à se libérer de l’embourgeoisement.
D’autre part, les dépenses consacrées à des caprices sont ce qu’il y a de plus opposé à l’esprit de mortification, à un sincère désir d’imiter Jésus. Il est logique de penser que celui qui se laisserait mener par ces caprices parce que c’est l’État, l’entreprise ou un autre “qui paye”… n’aurait guère non plus l’esprit du Christ. Un cœur qui est à ras de terre ne peut pas s’élever jusqu’aux biens surnaturels. Peut-il comprendre qu’il existe des biens supérieurs à ceux du corps et des sens ?
Le chrétien est pauvre par amour du Christ, dans l’abondance et dans la pénurie. Dans chacune de ces situations l’utilisation des biens se manifeste sous des formes différentes, mais avec les mêmes dispositions dans le cœur. « Je recopie pour toi ce texte, qui peut redonner la paix à ton âme : “Je me trouve dans une situation financière pire que jamais. Je n’en perds pas la paix pour autant. J’ai la certitude absolue que Dieu, mon Père, résoudra ce problème tout d’un coup.
« Je veux, Seigneur, abandonner le souci qui est le mien entre tes mains généreuses. Notre Mère, ta Mère, comme Elle l’a fait à Cana, T’a soufflé à l’oreille : ils n’en ont plus… Je crois en Toi, j’espère en Toi, je T’aime, ô Jésus : rien pour moi ; tout pour eux”.[08] »
III. Pour suivre de près le Christ et vivre comme Lui, dans les conditions habituelles de personnes courantes, un des aspects de la pauvreté que le Seigneur demande consiste à soigner les objets que nous utilisons, pour qu’ils durent. Attitude qui requiert mortification, sacrifice constant dans les petites choses, parce qu’il est plus commode de laisser les vêtements n’importe où et n’importe comment, ou de laisser pour plus tard, sans échéance précise, telle ou telle petite réparation (qui évite des frais supplémentaires si elle se fait rapidement).
De même celui qui essaye de ne rien avoir de superflu est-il près du détachement propre au disciple du Christ. Demandons-nous souvent : ai-je réellement besoin de cet objet et de cet autre ?
« Le superflu des riches, affirme saint Augustin, est le nécessaire des pauvres. Lorsque l’on possède des choses superflues, l’on possède des choses d’autrui.[09] » Ai-je des choses superflues dont je n’ai pas besoin ? (chaussures, outils, vêtements de sport, vêtements en général, bijoux, …) Est-ce que j’oublie qu’une bonne part du détachement chrétien consiste à « ne rien considérer, mais vraiment rien, comme étant à soi[10] », et est-ce que j’agis en conséquence ?
Bien sûr, la pauvreté chrétienne est parfaitement compatible avec les agencements d’une maison propre d’une famille chrétienne ; celle-ci se distingue plus par le bon goût, la propreté (faire que les choses brillent !) et la simplicité, que par ce qui est somptueux et voyant. La maison est un endroit où la famille se sent à l’aise, où l’on désire arriver dès que possible à cause de l’affection qu’on y respire, mais ce n’est pas une occasion d’embourgeoisement, de manque de sacrifice des enfants et des parents. “Se priver de ce qui est superflu” veut dire, surtout, ne pas se créer de besoins inutiles. « Nous devons être exigeants avec nous-mêmes dans la vie quotidienne, afin de ne pas nous inventer de faux problèmes, des besoins artificiels qui, en fin de compte, procèdent de la suffisance, de l’envie, d’un esprit de confort et de paresse. Nous devons aller à Dieu d’un pas rapide, sans poids mort ni bagages qui rendent notre marche difficile.[11] »
Ne pas avoir de choses superflues et inutiles, cela signifie apprendre à ne pas se créer de faux besoins, dont on peut se passer avec un peu de bonne volonté. Et aussi remercier le Seigneur d’avoir les moyens nécessaires pour le travail, pour l’entretien des personnes qui sont à notre charge, pour aider les œuvres apostoliques auxquelles nous collaborons ; et cela tout en étant disposés à nous passer de ces moyens si Dieu le permet ainsi, sans nous plaindre s’il manque le nécessaire, ni perdre la joie de qui se sait dans les mains de Dieu, tout en mettant en œuvre les moyens à notre portée pour sortir de cette situation éventuelle.
Notre Mère Sainte Marie nous aidera à mettre en pratique ce conseil : « Ne place pas ton cœur dans quelque chose qui peut devenir caduc : imite le Christ, qui s’est fait pauvre pour nous, et qui n’avait où reposer sa tête.
« Demande-lui de t’accorder, au milieu du monde, un détachement réel, et que rien ne mitige.[12] »
[01]. Lc 9, 57-62.
[02]. Cf. Concile Vatican II, Const. Gaudium et spes, 63.
[03]. Cf. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, III, 15.
[04]. A. Tanquerey, Abrégé de Théologie ascétique et mystique.
[05]. S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction sur la liberté chrétienne et la libération, 22 mars 1986, 66.
[06]. Ph 4, 12-13.
[07]. Cf. Mt 6, 24.
[08]. Saint Josémaria Escriva, Forge, n.807.
[09]. Saint Augustin, Commentaires sur le Psaume 147.
[10]. Saint Josémaria Escriva, o. c., n.524.
[11]. Idem, Amis de Dieu, p. 125.
[12]. Idem, Forge, n. 523.
26e SEMAINE. JEUDI
70. LA MOISSON EST ABONDANTE
— Urgence de nouveaux apôtres pour réévangéliser le monde.
— La charité, fondement de l’apostolat.
— La joie accompagne le message du Christ.
I. Parmi ceux qui suivaient Jésus il y avait un nombreux groupe de disciples[01], dont ceux qui accompagnèrent Jésus depuis le baptême de Jean jusqu’à l’Ascension : les Actes des Apôtres nous en citent certains, comme Joseph nommé Barsabas, et Matthias[02]. Cléophas et son compagnon, à qui Jésus ressuscité apparut sur le chemin d’Emmaüs[03], devaient faire aussi partie de ce groupe. Sans appartenir au cercle des Douze, ces disciples finirent par former une catégorie spéciale parmi les auditeurs et amis de Jésus, toujours disposés à faire ce que le Maître voulait d’eux[04]. Ils formèrent sûrement le noyau de l’Église primitive après la Pentecôte. Dans l’Évangile de la Messe[05] nous lisons que, de ceux qui Le suivaient avec une pleine disponibilité, Jésus en désigna soixante-douze pour qu’ils aillent au devant de Lui, en préparant les âmes à l’arrivée du Christ. Et Il leur dit : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.
Aujourd’hui aussi le champ apostolique est immense : des pays de tradition chrétienne qu’il faut évangéliser à nouveau, des nations qui ont souffert pendant tant d’années de persécution contre la foi et qui ont besoin de notre aide, de nouveaux peuples assoiffés de doctrine révélée … Il suffit de jeter un coup d’oeil autour de nous, sur notre lieu de travail, à l’Université, dans les moyens de communication…, pour nous rendre compte de tout ce qu’il y a à faire. La moisson est abondante… « Des pays entiers et des nations entières, dans lesquels à une époque la religion et la vie chrétienne avaient été florissantes et capables de donner origine à des communautés de foi vive et opérative, sont maintenant soumis à une dure épreuve et même sont parfois radicalement transformés par la continuelle diffusion de l’indifférentisme, du sécularisme et de l’athéisme. Il s’agit concrètement de pays et de nations de ce qu’on appelle Premier Monde, dans lequel le bien-être matériel, même s’il est mélangé avec d’effrayantes situations de pauvreté et de misère, inspire et soutient une existence vécue “comme si Dieu n’existait pas”. Mais l’indifférentisme religieux et le complet oubli de Dieu dans la pratique pour résoudre les problèmes, même graves, de la vie, ne sont pas moins préoccupants et désolants que l’athéisme déclaré. Et aussi la foi chrétienne, bien qu’elle survive dans certaines manifestations traditionnelles, tend à être déracinée des moments les plus significatifs de l’existence humaine, comme sont les moments de naître, de souffrir et de mourir. De là provient le renforcement de questions et de grandes énigmes qui, en restant sans réponse, exposent l’homme contemporain à d’inconsolables déceptions, ou à la tentation de supprimer la vie humaine elle-même lorsque qu’elle pose ces problèmes.[06] » Il est temps maintenant de répandre la semence divine et aussi de récolter. Il y a des endroits où l’on ne peut pas semer à cause du manque d’ouvriers, et des moissons qui se perdent parce qu’il n’y a personne pour les récolter. D’où l’urgence d’avoir de nouveaux apôtres. La moisson est abondante, les ouvriers, peu nombreux…
Dans les premiers temps du Christianisme — un monde dont la situation était semblable à la nôtre, avec une grande abondance de moyens matériels mais d’énormes besoins spirituels — l’Église naissante eut la vigueur nécessaire, non seulement pour se protéger du paganisme de l’extérieur, mais aussi pour transformer, de l’intérieur, une civilisation éloignée de Dieu. Il ne semble pas que le monde d’il y a deux mille ans était mieux ou moins bien préparé que le nôtre pour être évangélisé. À première vue il se présente fermé au message du Christ, comme maintenant ; mais les premiers chrétiens, tous apôtres, avec les mêmes armes que nous, l’esprit de Jésus, surent le transformer. N’allons-nous pas changer le monde qui nous entoure : la famille, les amis, les compagnons de travail… ?
Le monde actuel a peut-être besoin de beaucoup de choses, mais aucun besoin n’est aussi urgent que celui d’apôtres saints, joyeux, convaincus, fidèles à la doctrine de l’Église, qui fassent savoir avec simplicité que le Christ vit. C’est le Seigneur Lui-même qui trace le chemin pour obtenir de nouveaux ouvriers qui travaillent à sa vigne : Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Priez…, nous dit-Il. « La prière est l’agent le plus efficace du prosélytisme.[07] » Notre désir ardent d’apostolat se traduira, en premier lieu, par une demande continuelle, confiante et humble, de nouveaux apôtres. La prière, la première chose à faire, toujours.
« Elle nous déchire le cœur, cette plainte — toujours actuelle ! — du Fils de Dieu qui se lamente parce que la moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux.
« — Ce cri est sorti de la bouche du Christ, pour que tu l’entendes toi aussi : comment lui as-tu répondu jusqu’à présent ? Est-ce que tu pries, au moins tous les jours, à cette intention[08] ? »
II. La moisson est abondante… « Pour la moisson abondante, commente saint Grégoire le Grand, peu nombreux sont les ouvriers, ce que nous ne pouvons pas dire sans grande tristesse ; car s’il manque effectivement ceux qui écoutent les bonnes choses, il manque aussi ceux qui les répandent.[09] » Le Seigneur désire se servir maintenant de nous tous, comme Il le fit en cette occasion avec ceux qui L’accompagnaient et ensuite avec tous ceux qui ont voulu Le suivre de près.
Le Maître, avant d’envoyer les siens dans le monde entier, les fit vivre en amis dans son intimité, leur fit connaître le Père, leur révéla son amour et, surtout, Il le leur communiqua. Comme le Père m’a aimé, moi aussi Je vous ai aimés[10] ; Je vous ai appelés amis parce que Je vous ai fait connaître tout ce que J’ai appris de mon Père. Et Il ajoute, en conclusion : Je vous ai établis pour que vous alliez et que vous donniez du fruit[11]. C’est avec cette charité que nous devons aller partout, car l’apostolat consiste surtout à « manifester et communiquer la charité de Dieu à tous les hommes et à toutes les nations [12] », cette charité avec laquelle le Seigneur nous aime, pour que nous aimions tout le monde. Le chrétien sera apôtre dans la mesure où il sera ami de Dieu et vivra cette amitié avec ceux qu’il trouvera chaque jour sur son chemin. Dans un monde où la méfiance et l’agressivité gagnent du terrain, notre première préoccupation sera de vivre avec soin la charité dans toutes ses manifestations. Lorsque ceux qui nous fréquentent, aussi éloignés soient-ils de Dieu, verront que nous leur faisons confiance, que nous sommes disposés à leur venir en aide, à nous sacrifier pour le bien de personnes que nous ne connaissons même pas, que nous ne gardons pas rancune, que nous ne sommes pas négatifs et que nous ne disons jamais du mal de quelqu’un, qu’ils nous trouvent toujours disposés à collaborer…, ils penseront que nous, chrétiens, sommes différents, parce que nous suivons Quelqu’un de très particulier, le Christ. Cela ne veut pas dire que nous n’aurons pas de différends ou de conflits avec les autres, mais que nous les manifesterons sans avoir l’air d’être offensés, sans mettre en doute la bonne foi des personnes, sans les attaquer, même si nous sommes très éloignés de leurs idées. Lorsque personne ne reste exclu de notre fréquentation et de notre aide, c’est alors que nous donnons témoignage du Christ.
III. En plus de la charité, y a-t-il autre chose à manifester au monde ? Oui. Notre joie. Celle que le Seigneur a promise dans la Dernière Cène[13], celle qui naît de l’oubli de ses problèmes et de l’intimité avec Dieu. La joie est essentielle dans l’apostolat : qui pourrait se sentir attiré par une personne tristounette, négative, qui se plaint continuellement ? Si la doctrine du Seigneur s’est propagée comme un incendie dans les premiers siècles, ce fut, en grande partie, parce que les chrétiens se montraient aux autres avec la sécurité et la joie d’être porteurs de la Bonne Nouvelle : ils étaient les messagers joyeux de Celui qui avait apporté le salut au monde. Ils constituaient souvent un peuple heureux au milieu d’un monde triste, et leur joie transmettait leur foi en Jésus-Christ, portait la vérité qu’ils avaient dans leur cœur et dont ils parlaient dans le foyer, dans l’intimité de l’amitié…, à tout moment, parce que c’était leur raison de vivre.
La joie du chrétien a un fondement ferme, le sens de sa filiation divine, le fait de se savoir enfant de Dieu en toute circonstance. « Comme le suggère Chesterton, c’est de la joie non pas que le monde puisse combler toutes nos aspirations, mais au contraire. Nous ne sommes pas là où nous devons rester : nous sommes en chemin. Nous avions perdu le sentier et Quelqu’un est venu nous chercher et nous fait revenir au foyer paternel. C’est de la joie non pas que tout ce qui nous arrive soit bien, ce n’est pas le cas, mais parce que Quelqu’un sait en profiter pour notre bien. La joie chrétienne est la conséquence de savoir faire front à l’unique fait authentiquement triste de la vie, à savoir le péché : et de savoir le contrecarrer avec un fait joyeux encore plus réel et plus fort que le péché : l’amour et la miséricorde de Dieu.[14] »
Demandons-nous si nous reflétons réellement dans notre vie ordinaire tant de raisons que nous avons d’être joyeux : la filiation divine, le repentir et le pardon, nous sentir en chemin vers un bonheur sans fin…, l’immense joie de pouvoir communier si fréquemment ! « Le premier pas à faire pour que d’autres personnes s’approchent des chemins du Christ, c’est qu’elles voient chez toi le bonheur, la joie, l’assurance dans ta marche vers Dieu.[15] »
Et, avec la joie et la charité du Christ, nous saurons exprimer la possession de l’unique vérité qui puisse sauver les hommes et les rendre heureux, car « seuls les chrétiens convaincus ont la possibilité de convaincre les autres [16] ».
[01]. Cf. Mc 2, 15.
[02]. Cf. Ac 1, 21-26.
[03]. Cf. Lc 24, 13-35.
[04]. Cf. P. R. Bernard, Le mystère de Jésus.
[05]. Lc 10, 1-12.
[06]. Jean-Paul II, Exhort. Apost. Christifideles laici, 30 décembre 1988, 34.
[07]. Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 800.
[08]. Idem, Forge, n. 906.
[09]. Saint Grégoire le Grand, Homélies sur les Évangiles, 17, 3.
[10]. Jn 15, 9.
[11]. Jn 15, 15-16.
[12]. Concile Vatican II, Decr. Ad gentes, 10.
[13]. Cf. Jn 16, 22.
[14]. C. Burke, Autorité et liberté dans l’Église,.
[15]. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 858.
[16]. C. Burke, o. c., p. 219.