10° SEMAINE. SAMEDI
36. LA VALEUR DE LA PAROLE DONNÉE
— Le Seigneur réaffirme la valeur de la parole donnée.
— Aimer la vérité en toute occasion et circonstance.
— Être fidèle et loyal dans ses engagements.
I. Au temps de Jésus, la routine, la légèreté et la casuistique étaient telles qu’elles avaient vidé les serments de leur sens. Jésus rétablit l’authenticité de cette coutume avec la force que lui donne son autorité divine. Moi, je vous dis de ne pas prendre Dieu à témoin, non seulement de ce qui est faux, mais même de la vérité, car votre parole doit suffire. Saint Matthieu précise dans l’Évangile de la Messe d’aujourd’hui [01]. Quand vous dites oui, que ce soit un oui, quand vous dites non, que ce soit un non. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais. Le Seigneur remet aussi en honneur la fidélité de celui qui se sait engagé par ses paroles.
Jurer, c’est-à-dire prendre Dieu à témoin, peut être licite, mais en des circonstances bien précises qui respectent le nom de Dieu. On accomplit alors un acte de la vertu de religion en l’honneur du nom de Dieu. Le Prophète Jérémie avait déjà indiqué que tout serment authentique devait être réalisé avec vérité, droiture et justice [02] ; c’est-à-dire qu’il devait être vrai, formulé avec prudence, sans légèreté ni témérité, et se référer à une chose juste et bonne. Quand l’importance d’un fait n’exige pas le serment, la parole du chrétien, de l’homme de bonne volonté, doit suffire, parce qu’on ne cherche en tout que la vérité, parce que l’on est loyal et fidèle, que ce soit envers le Christ, dans les engagements librement pris, envers sa famille, ses amis, dans sa profession...
Dans la vie courante, la parole suffit à donner toute la consistance nécessaire à ce que l’on affirme ou promet, si on lutte, jour après jour, pour acquérir la force que donne la fidélité dans les petites choses, la promptitude et l’humilité de rectifier quand on s’est trompé et l’accomplissement consciencieux de ses engagements. Est-ce que ceux qui nous fréquentent là où nous travaillons, dans notre famille, parmi nos amis nous connaissent ainsi ? Constatent-ils que nous essayons de ne jamais mentir, même pour plaisanter, obtenir un bien, ou éviter un plus grand mal ?
II. Le Christ maudit à plusieurs reprises l’hypocrisie et le mensonge[03] et loue avec autant de force la véracité, une des vertus les plus agréables à Notre Seigneur. Voici un véritable Israélite, un homme qui ne sait pas mentir*, dira-t-il lorsque Philippe lui présente Nathanaël. Jésus-Christ lui-même est la Vérité[05], alors que le démon est le père du mensonge[06]. Ceux qui veulent suivre le Maître doivent aimer l’honnêteté, la sincérité, la véracité et fuir la tromperie.
La vérité, c’est le témoignage de l’exemple, comme de la parole : le Christ est le témoin du Père[07] ; les apôtres[08], les premiers chrétiens, nous aujourd’hui, nous sommes témoins du Christ devant un monde qui a besoin de témoignages vivants. Comment transmettre la doctrine du Christ à nos amis, à nos collègues, si notre propre vie n’est pas un témoignage d’amour de la vérité ? Demandons-nous, en ce moment, si nous pouvons dire, comme Jésus, que nous sommes venus au monde pour témoigner de la vérité[09], devant ce monde qui utilise le mensonge et la tromperie avec autant d’aisance et sans sourciller, pour améliorer une situation professionnelle, le confort, le portefeuille, pour éviter d’avoir à s’engager ou tout simplement par lâcheté, par manque de vertus humaines ? C’est Jésus qui a affirmé la nécessité pour ses disciples d’aimer la vérité qui les rendra libres[10], qui donne la paix à l’âme.
Le monde attend des chrétiens qu’ils soient exemplaires, des témoins de la vérité dans leur vie, dans l’utilisation de leurs biens, dans leur profession, et qu’ils ne souffrent aucun mensonge. Aimons la vérité et cherchons-la sous le voile du péché, de la passion, de l’orgueil, du matérialisme... et nous serons libres ! Le mensonge est tellement plus facile quand il couvre, secrètement ou même en toute clarté, nos erreurs, nos capacités réelles... ! Mais devant la tentation, tant de fois déguisée par de faux arguments, rappelons-nous la doctrine de Jésus, claire, et diaphane : que votre oui soit oui, que votre non soit non. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais [11].
Être véridique est un devoir de justice, une obligation de charité et de respect envers le prochain. Mais cette considération pour ceux qui nous écoutent nous conduira parfois à ne pas manifester notre savoir ou nos opinions, en considération même de ceux qui nous écoutent. L’amour de la vérité nous mènera à maintenir fermes d’autres exigences morales, comme le devoir de réserve, le secret professionnel, le droit à l’intimité..., en demandant, s’il le faut, conseil sur la manière d’agir dans des cas difficiles afin de défendre la vérité face à qui veut y accéder indûment.
III. Quand nous donnons notre parole, nous nous donnons d’une certaine manière nous-mêmes, nous engageons le plus intime de notre être. Un chrétien, un disciple de Jésus-Christ, malgré ses erreurs et ses défauts, doit être loyal et honnête, un homme qui tient parole ; quelqu’un qui est fidèle à saparole. Dans l’Église, les chrétiens nous les appelons fidèles, ce qui exprime la condition de membres du Peuple de Dieu acquise par le Baptême[12]. Mais le fidèle est aussi la personne qui inspire confiance, en qui on peut se fier, celle dont le comportement répond à la confiance mise en elle ou à ce qu’exigent d’elle l’amour, l’amitié et le devoir. Dans la sainte Écriture le qualificatif fidèle est attribué à Dieu lui-même, parce que nul n’est aussi digne de confiance que lui. Il est toujours fidèle à ses promesses, il ne manque jamais d’accomplir sa parole. Dieu qui est fidèle, dit saint Paul aux Corinthiens, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces... [13].
Est fidèle celui qui est loyal à sa parole. Est loyal celui qui accomplit ses engagements : envers Dieu et envers les hommes. Mais la société actuelle est pleine de doute et de relativisme, il y a une ambiance d’infidélité ; nombreux sont ceux, de tous âges, qui semblent ignorer l’obligation d’être fidèles à la parole donnée, de mener à bien les engagements pris librement, de maintenir une conduite cohérente avec les décisions prises devant Dieu ou devant les hommes, que ce soit dans la vie religieuse ou dans la vie civile. Des difficultés peuvent se présenter, mais la foi et la doctrine de l’Eglise, ainsi que l’exemple des saints, nous enseignent que vivre toutes les vertus est possible. Dieu ne refuse pas sa grâce à celui qui fait ce qu’il peut !
Soyons persuadés de cette vérité et aidons les autres à l’être aussi : on peut vivre les vertus dans toute leur exigence ; car l’idée que les vertus et les engagements sont une espèce d’idéaux vers lesquels il faut tendre mais inaccessibles, s’est largement répandue. Seigneur, aide-nous à ne jamais tomber dans cette erreur !
Le chrétien, en vivant avec loyauté, ne cédera pas lorsque les exigences morales paraîtront plus fortes. Cette droiture de conscience est un don que nous pouvons demander à Dieu : celui qui cède désirerait en théorie vivre les vertus, désirerait en théorie ne pas pécher, mais il considère qu’une tentation forte ou des grandes difficultés, justifient sa faiblesse. Cette situation peut se produire devant les engagements professionnels, ou lorsqu’il faut combattre un climat de sensualité, ou quand il devient nécessaire d’employer des moyens coûteux pour assurer l’éducation des enfants ou son propre mariage, ou le chemin de sa vocation... Souvenons-nous aujourd’hui, dans notre prière, de cet avertissement de Jésus : la pluie s’est abattue, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, mais elle ne s’est pas écroulée, parce qu’elle avait été fondée sur le roc[14]. Le roc, c’est le Christ, qui nous offre toujours sa force.
Fidèles au Christ : voilà le plus grand compliment que l’on peut nous faire. Que Jésus-Christ puisse compter sur nous sans limites, que nos amis sachent que nous ne les laisserons pas tomber, que la société puisse s’appuyer fermement sur les accords que nous avons établis, sur la parole donnée de manière libre et responsable. “ Lorsque vous voyagez la nuit en train, n’avez-vous jamais pensé soudain que la vie de centaines de personnes est dans les mains d’un machiniste, d’un aiguilleur qui, sans s’occuper du froid et de la fatigue, sont à leur poste ? La vie de tout un pays, la vie du monde, dépendent de la fidélité des hommes dans l’accomplissement de leur devoir professionnel, de leur fonction sociale, de ce qu’ils accomplissent fidèlement leurs contrats, qu’ils maintiennent la parole donnée[15] ” sans avoir besoin de prendre Dieu à témoin, comme des hommes loyaux.
Quand vous dites oui, que ce soit oui, quand vous dites non, que ce soit non. Des hommes et des femmes de parole, loyaux dans l’accomplissement des petits devoirs quotidiens, sans mensonges ni tromperies dans l’exercice de la profession, simples et prudents, fuyant l’ambiguïté, d’une honnêteté transparente et sans fissures. Si nous vivons cette loyauté dans ce qui est humain, avec l’aide de la grâce, nous serons aussi loyaux envers le Christ, ce qui est, en définitive, le plus important, car celui qui est fidèle dans de petites choses est fidèle aussi dans les grandes[16]. Nous ne pourrions pas vivre l’intégrité de notre fidélité au Christ si nous ne sommes pas chaque jour loyaux dans nos relations humaines.
Quelle joie, lorsque dans un moment difficile, un ami arrive et nous dit : “ Tu peux compter sur moi ! ” Le Seigneur aussi sera heureux si nous lui disons aujourd’hui, avec la simplicité de celui qui connaît sa faiblesse : “ Seigneur, tu peux compter sur moi ! ” Voilà une belle oraison jaculatoire que nous pouvons répéter au long de la journée.
Vierge Marie, Virgo fidelis, Vierge fidèle, aide-nous à être loyaux et fidèles dans notre conduite quotidienne, dans l’accomplissement de nos devoirs et de nos engagements.
NOTES
[01] Mt 5, 33-37.
[02] Jer 4, 2.
[03] Cf. Mt 23, 13-32.
[04] Jn 1, 47.
[05] Jn 14, 6.
[06] Jn 8, 44.
[07] Jn 3, 11.
[08] Cf. Ac 1, 8.
[09] Jn 18, 37.
[10] Jn 8, 32.
[11] Mt 5, 37.
[12] Cf. A. DEL PORTILLO, Fidèles et laïcs dans l’Église.
[13] 1 Cor 10, 13. -
[14] Mt 7, 25.
[15] G. CHEVROT, Mais moi je vous dis...
[16] Lc 16, 10.
11° DIMANCHE. ANNEE A
37. LE MOYEN LE PLUS EFFICACE
— L’apostolat est une tâche urgente : la moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux.
— Le Seigneur nous appelle tous à être apôtres. La prière est le moyen le plus efficace pour obtenir des vocations.
— Demander des vocations au Seigneur.
I. L’Évangile de la Messe: d’aujourd’hui raconte un événement qui dut arriver souvent quand le Seigneur parcourait villes et villages en prêchant la venue du Royaume de Dieu. En voyant les foules, il en eut pitié et s’émut au plus profond de son être, parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger, profondément désorientées. Leurs bergers, au lieu de les guider et d’en prendre soin, les égaraient et se comportaient plus comme des loups que comme des pasteurs. Jésus dit alors à ses disciples : La moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux. Aujourd’hui aussi, les ouvriers sont peu nombreux au regard du travail à accomplir. Une partie de la moisson se perd parce qu’il n’y a personne pour la recueillir, d’où le besoin urgent de chrétiens joyeux, simples, fidèles, conscients de leur mission. Cela nous concerne tous, car le Seigneur a besoin aussi bien de travailleurs que d’étudiants qui sachent porter le Christ à l’usine et à l’université, par leur prestige professionnel et par leur apostolat ; des professeurs exemplaires, qui enseignent avec un sens chrétien, qui donnent leur temps avec générosité, de vrais maîtres ; des hommes et des femmes cohérents avec leur foi, dans toutes les activités humaines ; des pères et mères de famille qui se préoccupent de la foi de leurs enfants, qui interviennent dans les différentes associations : dans les écoles, dans les quartiers...
Face à tant de gens désorientés, pour qui Dieu est absent, uniquement préoccupés par les biens matériels ou le désir d’avoir, nous ne pouvons pas rester à l’écart. Même s’ils le cachent derrière l’indifférence, au fond de leur âme, ils sont assoiffés, aujourd’hui encore, de la parole de Dieu et des vérités concernant leur salut. Si nous, les chrétiens, ne travaillons pas de façon sacrifiée, il arrivera ce que les Prophètes ont annoncé : Les champs sont ravagés, le sol est en deuil, parce que les blés sont ravagés, que le vin nouveau manque, que l’huile ne coule plus. Soyez couverts de confusion, laboureurs, lamentez-vous, vignerons, au sujet du froment et de l’orge ; car la moisson des champs est perdue ![02]. Dieu attendait ces fruits et ils se sont perdus à cause de la négligence de ceux qui devaient en prendre soin et les recueillir.
Ces mots que nous adresse le Seigneur dans l’Évangile — la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux — doivent nous conduire à faire un examen de conscience chaque jour, et nous demander : Qu’ai-je fait aujourd’hui pour faire connaître Dieu ? À qui ai-je parlé aujourd’hui du Christ ? Qu’ai-je fait en matière d’apostolat ? Est-ce que je me suis préoccupé du salut de ceux qui m’entourent ? Suis-je conscient de ce que beaucoup de personnes pourraient s’approcher du Seigneur si j’étais plus audacieux et exemplaire dans l’accomplissement de mes devoirs ?
II. Les excuses abondantes qui peuvent surgir pour ne pas faire connaître le Christ aux autres : manque de moyens, de préparation suffisante, de temps, le fait de vivre dans un endroit perdu ou l’importance des distances dans la métropole où nous vivons... mais le Seigneur continue de nous répéter à tous que la moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux. Et les moissons qui ne se recueillent pas à temps sont perdues. Saint Jean Chrysostome nous a laissé quelques mots qui peuvent nous aider dans notre prière : “ Il n’y a rien de plus froid, dit le saint, qu’un chrétien qui ne se soucie pas du salut des autres. Tu ne peux pas invoquer comme prétexte ta pauvreté économique. La petite vieille qui donna tout l’argent qu’elle avait t’accusera. Pierre lui-même dit : Je n’ai pas d’or ni d’argent (Ac 3, 6). Et Paul était si pauvre que très souvent il souffrait de la faim et manquait du nécessaire pour vivre. Tu ne peux pas prétexter ton humble origine : eux aussi étaient des personnes humbles, de condition modeste. L’ignorance non plus ne te servira pas d’excuse : ils étaient tous peu instruits. Que tu sois esclave ou fugitif, tu peux accomplir ce qui dépend de toi. Tel fut Onésime, et regarde quelle fut sa vocation... N’invoque pas non plus la maladie comme prétexte, Timothée était soumis à de fréquents ennuis de santé (...). Chacun peut être utile à son prochain, s’il veut faire ce qu’il peut.[03]” Nous aussi, nous voulons être fidèles au Seigneur, et le faire connaître autour de nous “La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux... Lorsque nous entendons cela, dit saint Grégoire le Grand, nous ne pouvons pas ne pas ressentir une grande tristesse, parce qu’il faut reconnaître qu’il y a des personnes qui désirent entendre parler de ce qui est bon mais manquent, en revanche, ceux qui se consacrent à les annoncer.[04] ”
Le Seigneur lui-même nous enseigne le chemin à suivre pour qu’il y ait beaucoup de bons ouvriers qui travaillent côte à côte dans ce champ qu’est le monde, chacun à sa place : priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Jésus nous invite à prier pour que Dieu son Père réveille dans l’âme de beaucoup le désir d’une plus grande activité dans l’œuvre du salut. “ La prière est le moyen le plus efficace du prosélytisme[05] ”, l’agent le plus efficace d’obtenir que beaucoup découvrent la vocation à laquelle Dieu les appelle. Le désir de susciter des vocations se traduit, en premier lieu, par une prière de demande continuelle, humble et pleine de confiance. Tous les chrétiens ont le devoir de prier pour que le Seigneur envoie des ouvriers pour sa moisson. Personne ne peut s’en considérer dispensé. En plus, si nous nous adressons au Seigneur pour lui demander des vocations, nous nous sentirons nous-mêmes appelés à participer avec plus d’audace et de générosité au travail apostolique de l’Église.
III. Jésus prépare sa venue dans d’autres villes en y envoyant ses disciples. C’est un travail préalable qui n’est pas une fin en soi, comme l’apostolat. Les disciples sont comme des crieurs publics qui vont devant lui dans toutes les villes et endroits où il devait aller[06]. Tout travail apostolique culminera lors de la venue de Dieu dans l’âme qui a été préparée par les envoyés, par ceux qui suivent déjà le Seigneur.
La moisson est abondante... Demandons fréquemment au Seigneur que dans le peuple chrétien ait lieu un renouveau d’hommes et de femmes qui découvrent l’appel de Dieu dans leur vie, pas seulement à être bons, mais à se savoir aussi appelés à être des ouvriers dans le champ du Seigneur et qu’ils correspondent généreusement à cet appel. Des hommes et des femmes, jeunes et vieux, qui se donnent généreusement à Dieu, au milieu du monde. Un grand nombre dans le célibat apostolique, d’autres mariés, mais tous des chrétiens courants, occupés aux mêmes tâches séculières que les autres, et qui portent le Christ au sein même de la société dont ils font partie.
Priez le maître de la moisson... Demandons aussi au Seigneur que surgissent d’abondantes vocations au sacerdoce et à la vie religieuse. Des vocations fidèles, saintes et joyeuses, dont l’Église a tant besoin.
Le Seigneur, qui pourrait tout seul mener à bien son œuvre rédemptrice dans le monde, a voulu avoir besoin de disciples qui aillent devant lui dans les villes, les villages, les usines, les universités..., pour annoncer les merveilles du Royaume des Cieux. Il est évident que notre Mère l’Église a besoin d’âmes qui s’engagent dans le chemin du don de soi et de la sainteté. Les Papes successifs ne cessent de rappeler le besoin de vocations d’apôtres, dans les mains desquels se trouve en bonne partie la réévangélisation du monde.
“ Aide-moi à crier : Jésus, des âmes ! ... des âmes d’apôtres ; elles sont pour toi, pour ta gloire !
“ Tu verras qu’il finira par nous entendre.[07] ”
Qu’est-ce-que je fais pour que puissent naître ces vocations autour de moi ? Des vocations qui doivent surgir parmi les enfants, les frères, les amis, les connaissances..., chez les personnes avec qui nous sommes en relation. N’oublions pas que Dieu appelle beaucoup de monde. Seigneur, accorde-nous la grâce de savoir susciter et encourager ces appels parmi les personnes que nous côtoyons tous les jours.
Très sainte Vierge Marie, aide-nous à faire nôtre la confidence que le Seigneur fait aux siens — la moisson est abondante — et à prendre une résolution concrète pour mener à bien ce qu’il faut faire pour que les ouvriers dans le champ de Dieu soient très nombreux. Que nous découvrions la joie immense d’être de bons instruments de Dieu pour que d’autres répondent à l’appel que Jésus leur fait : “ «Bonne nouvelle : un fou de plus... pour l’asile». — Et tout est allégresse dans la lettre du «pêcheur».
“ Que Dieu remplisse tes filets d’efficacité.[08] ”
NOTES
[01] Mt 9, 36-10, 8. – 2. Joël 1, 10-11. – 3. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélie 20 sur les Actes des Apôtres.
[04] SAINT GRÉGOIRE LE GRAND, Homélies sur l’Évangile, n. – 5. SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n. 800. – 6. Cf. Lc 10, 1.
[07] SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n. 804.
[08] IDEM, n. 808.
11° DIMANCHE. ANNEE B
38. LA GRAINE DE MOUTARDE
— Le Seigneur se sert de ce qui est petit pour agir dans le monde et dans les âmes.
— Les difficultés que nous rencontrons dans l’apostolat ne doivent pas nous décourager.
— Le Seigneur est notre force.
I. Ainsi parle le Seigneur Dieu : À la cime du grand cèdre, à son sommet, je cueillerai un jeune rameau, et je le planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël, je le planterai. Il produira des branches, il portera du fruit, il deviendra un cèdre magnifique. Tous les passereaux y feront leur nid, toutes sortes d’oiseaux habiteront à l’ombre de ses branches [01]. C’est avec ces belles images que le prophète Ezéchiel nous rappelle, dans la première lecture de la Messe, comment Dieu se sert de ce qui est petit pour agir dans le monde et dans les âmes. C’est aussi l’enseignement que Jésus nous propose dans l’Évangile. Le Royaume de Dieu est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences du monde. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid sous son ombre[02].
Le Seigneur choisit quelques hommes pour instaurer son règne dans le monde. Ils étaient pour la plupart d’humbles pêcheurs peu instruits, pleins de défauts et sans moyens : il a choisi ce qui est faiblesse pour le monde pour la confusion des forts[03].
Humainement il est incompréhensible que ces hommes soient arrivés à répandre la doctrine du Christ sur toute la terre en si peu de temps ayant contre eux d’innombrables obstacles et contradictions. Par la parabole de la graine de moutarde, commente saint Jean Chrysostome, Jésus les pousse à vivre de foi, sûrs que la prédication de l’Évangile se propagera malgré tous les obstacles[04].
Nous aussi nous sommes comme cette graine de moutarde par rapport à la tâche que le Seigneur nous confie. N’oublions pas la disproportion entre les moyens à notre portée, nos talents limités et la grandeur de l’apostolat à réaliser. Mais nous ne pouvons pas non plus oublier que le Seigneur sera toujours à nos côtés. Les difficultés surgiront, et nous serons ainsi plus conscients de notre petitesse. Cela nous poussera à avoir davantage confiance en Dieu et dans le caractère surnaturel de l’œuvre qu’il nous confie. “ Élève ton cœur d’apôtre aux heures de lutte et de contradiction, quand, peut-être, «les bons» eux-mêmes sèment ton chemin d’obstacles ; écoute Jésus parler du grain de sénevé et du levain. — Et dis-lui : edissere nobis parabolam — explique-moi la parabole.
“ Tu connaîtras alors la joie de contempler la victoire future : les oiseaux du ciel s’abritant sous ton apostolat naissant et toute la pâte levée.[05] ”
Si nous ne perdons pas de vue notre petitesse et l’aide de la grâce, nous resterons toujours fidèles à ce que Dieu attend de nous. Avec le Seigneur nous pouvons tout, mais si nous cessions de regarder Jésus, nous deviendrions rapidement pessimistes, le découragement nous envahirait et nous abandonnerions la tâche.
II. Les apôtres et les premiers chrétiens rencontrèrent une société minée dans ses fondations, et sur laquelle il était pratiquement impossible de construire un idéal. Saint Paul décrit la société romaine et le monde païen en général, qui avait obscurci énormément la lumière naturelle de la raison et était aveugle pour percevoir la dignité même de l’homme :Voilà pourquoi Dieu les a livrés, avec les convoitises de leur cœur, à l’impureté (...). C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infamantes (...). Et comme ils n’ont pas jugé bon de bien connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur intelligence pervertie pour faire ce qui ne convient pas, remplis qu’ils sont de toute injustice, méchanceté, cupidité, malice ; pleins d’envie, de meurtre, de dispute, de fourberie, de perfidie ; médisants, calomniateurs, honnis de Dieu, insolents, orgueilleux, présomptueux, ingénieux pour le mal, rebelles aux parents ; sans discernement, sans loyauté, sans cœur, sans pitié[06]. Et les chrétiens ont transformé cette société ; c’est là que la semence est tombée, et de là elle est passée au monde entier ; et bien qu’elle fût insignifiante, elle portait la force divine du Christ. Les premiers chrétiens qui arrivèrent à Rome n’étaient pas différents de nous, et avec l’aide de la grâce ils firent un apostolat efficace, travaillant auprès des autres citoyens, dans les mêmes professions, avec les mêmes problèmes, respectant les mêmes lois, sauf celles qui s’opposaient à celles de Dieu. La chrétienté primitive à Jérusalem, à Antioche ou à Rome, était vraiment comme une graine de moutarde, perdue dans l’immensité c champ.
Les obstacles de l’environnement ne peuvent pas nous décourager, même si nous voyons dans notre société des signes semblables à ceux du temps de saint Paul. Le Seigneur compte sur nous pour transformer la société et concrètement là où se déroule notre vie quotidienne. Ne manquons pas de faire tout ce que nous pouvons, même si cela nous paraît insignifiant — aussi insignifiant que la graine de moutarde —, parce que le Seigneur lui-même fera croître notre ardeur ; et la prière et le sacrifice porteront toujours leurs fruits. Ce «peu de chose» qui est à notre portée sera par exemple de conseiller un bon livre à une voisine ou à un camarade de Faculté ; d’être aimable avec le client, avec le voyageur, avec le subordonné ; commenter un bon article de journal ; rendre ces petits services qu’implique toute vie en commun ; prier pour l’ami malade (ou pour ses enfants) ; demander qu’on prie pour nous, encourager un ami à avoir recours au sacrement de la miséricorde divine... et, toujours, une vie exemplaire et souriante. Toute la vie peut être un apostolat naturel et simple, mais audacieux. Cela sera possible si nous nous maintenons unis au Seigneur, si nous luttons sérieusement pour fuir l’embourgeoisement et la tiédeur : “ Ce temps qu’il nous revient de vivre requiert d’une manière très particulière que nous ressentions sérieusement le devoir de nous maintenir toujours vibrants et enflammés. Mai nous n’y arriverons que si nous luttons. Seul celui qui s’efforce avec ténacité se rend apte à ce service de paix — de la paix du Christ — que nous devons rendre au monde.[07] ”
III. L’annonce de l’Évangile, réalisée le plus souvent par des collègues, des camarades, des voisins, a signifié pour des familles entières un changement radical dans leur manière de concevoir la vie ; pour d’autres, ce fut un scandale et, pour d’autres encore une sottise[08]. Saint Paul déclare aux chrétiens de Rome qu’il n’a pas honte de l’Évangile, car c’est une force divine pour le salut de quiconque croit[09]. Et saint Jean Chrysostome de dire : “ Si aujourd’hui quelqu’un s’approche de toi et te demande : tu adores un crucifié ? Loin de baisser la tête et de rougir de confusion, tire de ce reproche une occasion de gloire, et que le regard de tes yeux et l’aspect de ton visage montrent que tu n’as pas honte. S’ils te demandent à nouveau à l’oreille : Comment ! tu adores un crucifié ? Réponds : Oui ! je l’adore... J’adore et je me glorifie d’un Dieu crucifié qui, avec sa Croix, a réduit au silence les démons et a éliminé toute superstition. Pour moi sa Croix est le trophée ineffable de sa bienveillance et de son amour ![10] ” Voilà une belle réponse, que nous pouvons faire nôtre.
Apprenons des premiers chrétiens à ne pas avoir de respect humain, à ne pas craindre le qu’en dira-t-on, à maintenir vivant le désir de faire connaître le Christ là où nous nous trouvons, avec la conviction claire qu’il est le trésor que nous avons découvert [11], la perle précieuse[12] que nous avons trouvée après avoir beaucoup cherché. La lutte contre le respect humain ne doit jamais cesser, car nous rencontrerons fréquemment un climat adverse si nous ne cachons pas notre condition de chrétiens désireux de suivre Jésus de près et d’être cohérents avec sa doctrine. Nombreux sont ceux qui tout en se disant chrétiens, adoptent une attitude peu courageuse lorsqu’il s’agit de rendre témoignage de leur foi. Ils semblent accorder plus de valeur à l’opinion des autres qu’à celle de Jésus-Christ, ou peut-être se laissent-ils mener par la commodité de suivre le courant du jour, de ne rien dire qui puisse leur nuire.... Cette attitude révèle une faiblesse de caractère ou un manque de convictions profondes, et en tout cas peu d’amour de Dieu. Il est logique qu’il ne soit pas toujours facile de se comporter comme des chrétiens qui veulent vivre la foi qu’ils professent dans toutes les situations de la vie : mais ces difficultés seront précisément d’excellentes occasions de montrer notre amour du Seigneur, en laissant de côté le respect humain ou l’opinion de ceux qui nous entourent, car Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité et de pondération. N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur[13], exhortait saint Paul à Timothée, qu’il avait approché lui-même de la foi.
Telle fut toujours l’attitude de ceux qui nous ont précédés dans l’évangélisation du monde. Même avant, nous avons l’exemple de Judas Maccabée qui se montra fidèle en des moments très difficiles, lorsque le sanctuaire resta désolé comme un désert, et que beaucoup en Israël s’accommodaient d’un culte (celui du roi Antiochus) en sacrifiant aux idoles et en profanant le sabbat[14]. Judas, à la tête de ses frères, suivant l’exemple de son père, Mathathias, se rebella contre cette iniquité et, pour l’honneur de Dieu, tous surent combattre joyeusement les combats d’Israël[15]. Judas Maccabée témoigna de la raison de sa victoire : Pour Dieu, il n’y a pas de différence à sauver par un grand nombre ou par un petit nombre. Car la victoire dans les combats ne vient pas de la multitude des soldats, mais de la force de quelques uns [16]. Il en a toujours été ainsi dans les œuvres de Dieu ; et ce depuis les débuts de l’Église jusqu’à nos jours. Dieu se sert de ce qui est peu de chose pour ses œuvres. À nous non plus son aide ne fera pas défaut. Il fera que le peu de chose devienne une grande force là où nous sommes.
Approchons-nous de la Croix et nous y trouverons nous aussi le pouvoir et le courage dont nous avons besoin. Regarde sainte Marie : “ La clameur de la foule ne la fait pas reculer, et elle ne cesse d’accompagner le Rédempteur tandis que tous ceux du cortège, dans l’anonymat, montrent une lâche hardiesse pour maltraiter le Christ.
“ Invoque-la avec force : Virgo fidelis ! — Vierge fidèle ! et supplie-la pour que nous, qui nous disons amis de Dieu, nous le soyons en vérité et à toute heure.[17] ”
NOTES
[01] Ez 17, 22-24.
[02] Mc 4, 31-32.
[03] 1 Cor 1, 27.
[04] SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur saint Matthieu, 46.
[05] SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n. 695.
[06] Rom 1, 24-31.- 7. A. DEL PORTILLO, Lettre, 8 décembre 1976, n. 4.-8. Cf. 1 Cor 1, 23.
[09] Cf. Rom 1, 16.
[10] SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur l’Épître aux Romains, 2.
[11] Cf. Mt 13, 44. – 12. Cf. Mt 13, 45-46. – 13. 2Tim l, 7-8.
[14] I Mac 1, 41. 45.
[15] I Mac 3, 2.
[16] 1 Mac 3, 18-19.
[17] SAINT J. ESCRIVA, Sillon, n. 51.