11° SEMAINE. SAMEDI
45. POUR CEUX QUI AIMENT DIEU, TOUT EST POUR LE BIEN
— Dieu a le meilleur projet possible pour chaque homme.
— L’abandon en Dieu et la responsabilité.
— Omnia in bonum : Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment.
I. Tout, même ce qu’il y a de plus petit dans l’univers, existe parce que Dieu le soutient dans son être. Il couvre les cieux de nuées et prépare la pluie pour la terre ; il fait croître l’herbe sur les montagnes et les plantes que l’homme doit cultiver. Il donne sa nourriture au bétail, aux petits du corbeau, quand ils crient [01]. La création entière est l’œuvre de Dieu, qui en plus s’occupe amoureusement de toutes les créatures, et tout d’abord de les maintenir dans l’existence. “ Ce «maintenir» est, en un certain sens, un continuel créer (est continua creatio).[02]
” Ce soin et cette providence s’étendent tout particulièrement à l’homme, objet de sa prédilection.
Jésus-Christ nous révèle que Dieu est notre Père, qui veut ce qu’il y a de mieux pour ses enfants. Ce que nous pourrions imaginer de mieux, pour nous-mêmes et pour ceux que nous aimons, est peut-être très éloigné des plans de Dieu, car lui, il sait très bien ce dont nous avons besoin, et son regard atteint cette vie et l’éternité, alors que le nôtre est court et déficient. Il est logique que le bonheur et la sainteté consistent essentiellement à connaître, aimer et réaliser la volonté de Dieu, qui se manifeste à nous tout au long de la vie de différentes manières, mais avec la clarté suffisante. Dans l’Évangile de la Messe, le Seigneur nous transmet un enseignement pour que nos journées soient remplies de paix : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit[11]. C’est une invitation à s’occuper des affaires quotidiennes avec une joyeuse espérance. Nous rencontrons tous des souffrances, des préoccupations, des travaux fatigants, mais nous les acceptons comme des enfants de Dieu, nous les affronterons sans angoisses inutiles, sans la surcharge de la rébellion ou de la tristesse, sachant que le Seigneur permet ces événements, cette maladie... pour nous purifier, nous transformer en corédempteurs. Les souffrances, les contradictions sont donc un moyen pour nous purifier, croître en vertu et aimer Dieu davantage. “ N’as-tu pas entendu, des lèvres mêmes du Maître, la parabole de la vigne et des sarments ? — Console-toi. Il exige beaucoup de toi, parce que tu es un sarment qui porte des fruits... Et il t’émonde, ut fructum plus afferas — pour que tu fructifies davantage encore.
“ Bien sûr ! Cette taille, cet émondage te font mal. Mais quelle fraîcheur ensuite dans les fruits, quelle maturité dans les œuvres ![04] ” Ne soyons pas déconcertés par les plans divins, Dieu sait bien ce qu’il fait ou permet.
Supportons-nous avec paix la contradiction, la douleur et l’échec ? Nous plaignons-nous ? Laissons-nous la tristesse ou la rébellion s’introduire dans notre âme, même pour peu de temps ? Les peines, physiques ou morales, nous approchent-elles vraiment de Dieu notre Père, nous rendent-elles plus humbles ? Ne vous faites pas tant de soucis pour votre vie..., dit le Seigneur à chacun de nous, aujourd’hui, pendant ce moment de prière.
II. Fréquemment nous ne savons pas ce qui est bon et ce qui est mauvais pour nous : “ et ce qui rend bien pire la confusion, c’est que nous croyons le savoir. Nous avons nos propres plans pour notre bonheur, et trop souvent nous regardons Dieu simplement comme quelqu’un qui nous aidera à les réaliser. Le vrai état de choses est totalement contraire. Dieu a ses plans pour notre bonheur, et il attend que nous l’aidions à les réaliser. Et il est bien clair que nous ne pouvons pas améliorer les plans de Dieu.[05] ” Avoir la certitude pratique de ces vérités, les vivre dans le quotidien, conduit à un abandon serein, même devant la dureté de ce que nous ne comprenons pas, qui nous fait mal et nous préoccupe. Rien ne s’écroule si nous sommes protégés par la certitude de notre filiation divine : Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous... ?[06].
Il nous arrive parfois, dit saint Thomas, ce qui arrive au profane en médecine : il voit le médecin prescrire à un malade de l’eau et à un autre du vin, selon ce que lui suggère sa science : puisqu’il ne sait rien en médecine, il pense que le médecin prescrit ces remèdes au hasard. “ Il en est de même avec Dieu. Lui, en toute connaissance de cause et selon sa providence, dispose les choses dont les hommes ont besoin : il afflige les uns qui peut-être sont bons, et laisse dans la prospérité d’autres qui sont méchants.[07] ” Nous ne pouvons pas oublier que Dieu veut que nous soyons heureux ici-bas, mais il veut encore plus que nous soyons heureux avec lui pour toujours dans le Ciel !
La sainteté consiste à accomplir amoureusement la volonté de Dieu, qui se manifeste dans les devoirs de chaque jour, là où nous sommes, en comptant sur les incidents de toute vie normale et en nous abandonnant en Dieu avec une totale confiance. Mais cet abandon n’est pas une attitude passive, il est actif et responsable, et il sait mettre en œuvre les moyens pour affronter chaque situation : avoir recours au médecin lorsqu’on est malade, faire les démarches nécessaires pour obtenir tel emploi dont on a besoin et pour lequel nous avons prié Dieu, travailler dur pour progresser dans notre profession, étudier sérieusement les heures nécessaires pour réussir un examen difficile... L’abandon en Dieu est donc intimement uni à la responsabilité qui conduit à mettre en œuvre les remèdes humains opportuns. Souvent ce qui se déguise sous des excuses (malchance, environnement défavorable...) n’est que de la paresse, de l’imprudence, de la médiocrité cachée, peut-être parce qu’on n’avait pas prévu toutes les possibilités et qu’on n’avait pas mis en œuvre les moyens nécessaires. Un travail fait consciencieusement, avec ordre, bien achevé, sanctifié, donne toujours des fruits avec le temps. On peut en dire de même de tout apostolat réalisé avec esprit de sacrifice. Et si les fruits tardent à arriver, cela veut dire que Dieu les donnera par d’autres chemins, insoupçonnés peut-être pour nous, et qu’il veut que nous nous sanctifiions dans ces circonstances.
III. Le sens de la filiation divine nous fait découvrir que tous les événements de notre vie sont dirigés ou permis par la très aimable Volonté de Dieu pour notre bien. Lui, notre Père, nous accorde ce qui nous convient le mieux et attend que nous sachions voir son amour paternel aussi bien dans les événements favorables que dans les défavorables.
Saint Paul dit que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment [08]. Celui qui aime Dieu et le montre par des faits, sait que quoiqu’il arrive, s’il ne cesse d’aimer, tout sera pour le bien. Et, précisément parce qu’il aime, il met en œuvre les moyens pour que le résultat soit bon, pour que le travail achevé et fait avec droiture donne des fruits de sainteté et d’apostolat. Une fois qu’il a mis en œuvre les moyens à sa portée, il s’abandonne en Dieu et se repose en son amoureuse providence. “ Remarque bien, dit saint Bernard, qu’il ne dit pas que les choses servent au caprice, mais qu’elles coopèrent au bien. Non pas au caprice, mais à l’utilité ; non pas au plaisir, mais au salut ; non pas à notre désir, mais à notre profit. En ce sens les choses concourent toujours à notre bien, même la mort, même le péché lui-même (...). Est-ce que par hasard les péchés ne concourent pas au bien de celui qui à cause d’eux devient plus humble, plus fervent, plus attentionné, plus prévoyant, plus prudent ?[09] ” Après avoir mis en œuvre les moyens à notre portée, ou face à des événements pour lesquels nous ne pouvons rien faire, nous pouvons dire dans l’intimité de notre cœur : Omnia in bonum, tout est pour le bien. Avec cette conviction, fruit de la filiation divine, l’on vit plein d’optimisme et d’espérance et l’on surmonte ainsi beaucoup de difficultés : “ Il te semble que le monde s’écroule. Autour de toi nulle issue. Impossible, cette fois, de surmonter les difficultés.
“ Mais aurais-tu oublié, une fois de plus, que Dieu est ton Père ? Tout-puissant, infiniment sage, miséricordieux. Il ne peut rien t’envoyer de mauvais. Cela même qui te préoccupe te convient, même si pour le moment, tes yeux de chair sont aveugles.
“ Omnia in bonum ! Seigneur, que ta Volonté très sage s’accomplisse une fois encore, et toujours ! [10] ” Tout est pour le bien ! Nous pouvons tout transformer en quelque chose d’agréable à Dieu, et en bien de l’âme. Cette expression de saint Paul peut nous servir d’oraison jaculatoire, une courte prière qui nous donnera la paix en des moments difficiles.
Très sainte Vierge, Notre Mère, apprends-nous à vivre avec confiance dans les mains de Dieu. Dans le Cœur très Doux de Marie nous trouvons la paix, le réconfort et la joie.
NOTES
[01] Ps 147, 8-9.
[02] JEAN-PAUL II, Audience générale, 29 janvier 1986.
[03] Mt 6, 25-26.
[04] SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n. 701.
[05] E. BOYLAN, L’amour suprême.
[06] Mt 6, 30.
[07] SAINT THOMAS D’AQUIN, Sur le Credo, 1.
[08] Rom 8, 28.
[09] SAINT BERNARD, Sur la fausseté et brièveté de la vie, 6.
[10] SAINT J. ESCRIVA, Chemin de Croix, IX, n. 4.
12° DIMANCHE. ANNÉE A
46. NE CRAIGNEZ PAS !
— Le courage dans la vie courante.
— La vertu de force trouve son fondement dans la filiation divine.
— Le courage et la confiance en Dieu dans les grandes et les petites épreuves de la vie.
I. Dans l’Évangile de la Messe [01] le Seigneur appelle à vivre sans crainte, comme il convient aux enfants de Dieu. Parfois on rencontre des personnes effrayées par les difficultés de la vie, des événements ou des obstacles qui s’agrandissent lorsqu’on ne compte que sur les forces humaines pour y faire face. Il arrive aussi que des chrétiens semblent tenaillés par la crainte de parler clairement de Dieu, de dire non au mensonge, de montrer, lorsque c’est nécessaire, leur condition de disciples du Christ. L’on craint le qu’en dira-t-on, le commentaire défavorable, le fait d’aller à contre-courant, d’attirer l’attention... Mais comment un disciple du Christ n’attirerait-il pas l’attention dans des milieux paganisés, où les valeurs économiques sont souvent les valeurs suprêmes ?
Jésus demande de ne pas trop nous préoccuper de la calomnie et de la médisance : Ne craignez pas les hommes ; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Quelle dommage si nous avions peur de proclamer la vérité que le Seigneur nous a confiée :Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Si parfois nous nous taisons, que ce soit parce qu’à ce moment-là il n’est pas opportun de parler par prudence surnaturelle, par charité, jamais par crainte ou par lâcheté. Nous chrétiens devons rechercher la lumière, la clarté dans la vie et dans les paroles, et non pas l’obscurité, les recoins cachés... À notre époque il devient plus nécessaire de proclamer la vérité parce que le mensonge et la confusion font perdre de nombreuses âmes. Aussi absurde que cela puisse paraître, la doctrine saine, la moralité, la conscience droite dans tous les domaines de la vie (professionnelle, familiale, sociale...), le bon sens... jouissent parfois de moins de prestige que les doctrines fausses, qualifiées même de courageuses ou que l’on peint de la couleur du progrès...
N’ayons pas peur de perdre un prestige qui n’est qu’apparent, de supporter la médisance, ou même la calomnie, parce que l’on ne suit pas le courant ou la mode du moment. Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux deux, dit le Seigneur. Cela compense largement les incompréhensions que l’on peut souffrir en vivant avec courage et audace au milieu d’un monde qui souvent se montre incapable de comprendre d’autres valeurs que les matérielles.
Les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit être révélée pour nous[02] dit saint Paul. “ Par conséquent, commente saint Cyprien, qui ne va pas s’efforcer d’atteindre une si grande gloire, de devenir ami de Dieu, de jouir tout de suite avec le Christ, de recevoir les trophées divins après les tourments et les supplices de la terre ? Si c’est une gloire pour les soldats de ce monde que de revenir triomphants à leur patrie après avoir battu l’ennemi, combien plus grande et éclatante sera la gloire, une fois vaincu le diable, de revenir triomphants au ciel (...); de rapporter là-bas les trophées victorieux (...) ; de s’asseoir à côté de Dieu quand il viendra juger, d’être cohéritier avec le Christ, d’être au même niveau que les anges et de jouir avec les patriarches, avec les apôtres et avec les prophètes de la possession du Royaume des Cieux ?[03] ”
II. Sans craindre la vie et sans craindre la mort[04], avec joie au milieu des maladies, des difficultés, même graves, face aux obstacles qui exigent effort et sacrifice, sereins face à un futur peut-être incertain... c’est ainsi que le Seigneur nous demande de vivre. Cela sera possible si nous pensons souvent dans la journée que nous sommes enfants de Dieu, et particulièrement lorsque l’inquiétude, l’angoisse ou l’obscurité nous assaillent. Est-ce qu’on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus que tous les moineaux du monde.
Le Seigneur proclame ainsi l’immense affection qu’il a pour nous et la grande valeur que les hommes possèdent à ses yeux. Saint Jérôme, lorsqu’il commente ce passage de l’Évangile, écrit : “ Si les petits oiseaux, de si peu de valeur, ne cessent d’être sous la providence et le soin de Dieu, comment vous, qui par la nature de votre âme êtes éternels, pourriez-vous craindre que celui que vous respectez en tant que Père ne vous regarde pas avec un soin particulier[05] ? ” La filiation divine nous rend forts au milieu des faiblesses personnelles, des obstacles que nous rencontrons, des difficultés d’un milieu éloigné de Dieu et qui s’oppose, parfois avec agressivité, aux idéaux chrétiens. Mais le Seigneur est avec moi, comme un guerrier redoutable, nous dit le prophète Jérémie dans la première lecture de la Messe[06]. C’est un cri d’espérance du prophète, lorsqu’il se trouve seul face à ses ennemis. Dieu mon Père est avec moi comme un guerrier redoutable, pouvons-nous répéter lorsque nous sentons le danger près de nous ou que l’horizon devient fermé. Dominus illuminatio mea et salus mea, quem timebo ?Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurai-je crainte ?[07] Voilà la victoire qui a vaincu le monde : notre foi[08], proclamait l’apôtre saint Jean au milieu de grandes difficultés provoquées par le monde païen où les chrétiens, citoyens ordinaires, exerçaient les métiers et les professions les plus divers et réalisaient un apostolat efficace. Sur les fondations sûres d’une foi inébranlable surgit un moral de victoire qui n’est ni suffisance ni ingénuité, mais joie du chrétien qui, malgré ses misères et ses limitations personnelles, sait que cette victoire appartient au Christ, car c’est le Christ qui l’a gagnée par sa Mort sur la Croix et sa glorieuse Résurrection. Dieu est ma lumière et mon salut, de qui aurai-je crainte ? De personne, Seigneur. Tu es la sécurité de mes jours !
III. Jésus nous exhorte à ne rien craindre, sauf le péché, qui enlève l’amitié avec Dieu. Face aux difficultés, soyons forts et vaillants, comme il convient aux enfants de Dieu. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, dit le Seigneur, mais ne peuvent pas tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. La sainte crainte de Dieu est un don du Saint-Esprit qui rend facile la lutte contre le péché, contre ce qui sépare de lui, et nous pousse à fuir les occasions de pécher, à ne pas nous fier à nous-mêmes, à nous rappeler toujours que nous sommes fragiles, que nous avons les pieds d’argile. Les maux corporels, même la mort, ne sont rien comparés aux maux de l’âme, les péchés.
En dehors de la crainte de perdre Dieu, qui n’est qu’affection filiale, précaution de ne pas l’offenser, rien ne peut nous inquiéter. Parfois les tribulations que nous devrons affronter pourront être grandes, mais le Seigneur nous donnera alors toutes les grâces nécessaires pour les surmonter et croître en vie intérieure : ma grâce te suffit[09], dira Jésus.
C’est ce qu’il a dit à saint Paul, et c’est ce qu’il dira à chacun de nous. En ces moments, invoquons le Seigneur avec foi et avec humilité : “ Seigneur, défie-toi de moi ! Alors qu’en Toi, Seigneur, je peux mettre toute ma confiance. Et quand nous pressentirons dans notre âme l’amour, la compassion, la tendresse du regard du Christ — Lui qui ne nous abandonne pas — , nous comprendrons dans toute leur profondeur les paroles de l’Apôtre : virtus in infirmitate perficitur (2 Cor 12, 9). Par la foi en Notre Seigneur, malgré nos misères, ou mieux, à cause de nos misères, nous serons fidèles à Dieu notre Père. Le pouvoir de Dieu resplendira, il nous soutiendra au milieu de notre faiblesse. [10] ”
D’ordinaire, cependant, nous manifesterons la force et le courage dans des petites choses (petites ne veut pas dire faciles) : refuser avec politesse mais avec fermeté une invitation pour aller à un endroit ou pour assister à un spectacle où un chrétien ne peut pas se sentir à l’aise ; manifester notre accord ou notre désaccord face à l’orientation qu’un professeur veut imposer à l’éducation des enfants ; couper court à une conversation qui prend une mauvaise allure... Il y a aussi des manifestations positives : inviter un ami à un cours de formation religieuse ; provoquer une conversation qui peut déboucher sur le conseil opportun qui approche l’ami de la confession sacramentelle... Ce sont fréquemment les petites lâchetés qui freinent l’apostolat et c’est aussi le courage dans les petites choses qui rend l’apostolat fécond.
“ Quand vient le mépris de la Croix, la Sainte Vierge se trouve là, auprès de son Fils, décidée à partager son sort. — Perdons la peur de nous conduire comme des chrétiens responsables, lorsque cela ne s’avère pas facile dans le milieu où nous évoluons : Elle nous y aidera. [11]
NOTES
[01] Mt 10, 26-33.
[02] Rom 8, 18.
[03] SAINT CYPRIEN, Épître à Fortunatus, 13.
[04] Cf. SAINT J. ESCRIVA, Amis de Dieu, 132.
[05] SAINT JÉRÔME, Commentaire à l’Évangile selon saint Matthieu, 10, 29-31.
[06] Cf. Jer 20, 10-13.
[07] Ps 27, 1. – 8. 1 Jn 5, 4. – 9. 2 Cor 12, 9.
[10] SAINT J. ESCRIVA Amis de Dieu, 194.
[11] IDEM, Sillon, n. 977.
12° DIMANCHE. ANNEE B
47. LA VERTU DE SÉRÉNITÉ
— La tempête sur le lac. Le Seigneur ne nous laisse jamais seuls face aux difficultés.
— Le disciple n’est pas au-dessus de son Maître. Si nous sommes apôtres nous rencontrerons des incompréhensions.
— Attitudes face aux difficultés.
I. Les apôtres ont été surpris à deux reprises par une tempête sur le lac de Génésareth, lorsqu’ils naviguaient vers la rive opposée sur l’ordre du Seigneur. Dans l’Évangile de la Messe d’aujourd’hui [01], saint Marc raconte que Jésus était avec eux dans la barque, et profita de ce moment pour se reposer, après une journée très remplie. Il s’allongea sur la poupe, en reposant sa tête sur un oreiller, probablement un petit sac de cuir rempli de laine, qui se trouvait dans les barques pour le repos des marins. Les anges du Ciel contempleraient leur Roi et Seigneur appuyé sur le bois dur, restaurant ses forces ! Celui qui gouverne l’univers est épuisé par la fatigue !
Pendant ce temps, ses disciples, dont la plupart sont des hommes de mer, pressentent la bourrasque. La tempête se précipite rapidement, avec une force formidable : Les vagues se jetaient sur la barque, si bien qu’elle se remplissait d’eau. Ils firent face au danger, mais la mer se déchaînait de plus en plus, et le naufrage semblait imminent. Alors en dernier recours, ils s’adressent à Jésus. Ils le réveillent angoissés : Maître, nous sommes perdus !
L’habileté de ces hommes habitués à la mer ne fut pas suffisante, et le Seigneur dut intervenir. Réveillé, il interpella le vent avec force et dit à la mer : Silence, tais-toi. Le vent tomba et il se fit un grand calme. La paix remplit aussi le cœur de ces hommes effrayés.
Parfois la tempête se lève autour de nous ou en nous. Et nous, notre pauvre barque, semble ne plus pouvoir la supporter. On peut même avoir l’impression que Dieu se tait, et les vagues se jettent sur nous : faiblesses personnelles, difficultés professionnelles ou financières qui nous dépassent, maladies, problèmes avec les enfants ou les parents, incompréhensions, entourage défavorable, infamies... mais “ si tu demeures en présence de Dieu, bien au-dessus de la tempête assourdissante, le soleil brillera toujours dans ton regard ; et sous les vagues tumultueuses et dévastatrices, le calme et la sérénité régneront dans ton âme[02] ”.
Le Seigneur ne nous laisse jamais seuls. Nous pouvons nous approcher davantage de Jésus et, tout en mettant en œuvre les moyens nécessaires, nous pouvons lui dire avec la confiance de celui qui l’a pris pour Maître, de celui qui veut le suivre sans condition : Seigneur, ne me laisse pas ! Les tribulations, si elles ne disparaissent pas, cesseront d’être amères, et les tempêtes ne nous inquiéteront plus.
II. Jésus se leva, interpella le vent et dit à la mer : Silence, tais-toi ! Ce miracle fut impressionnant. La vision d’une mer calme, soumise à la voix du Christ, après ces grandes vagues, se grava pour toujours dans leur cœur. Il confirma leur foi et prépara leur âme en vue des batailles, plus dures et difficiles, qui les attendaient. Des années plus tard, son souvenir pendant la prière dut apporter souvent la sérénité à ces hommes lorsqu’ils s’affrontèrent aux épreuves que le Seigneur leur annonçait.
Une autre fois, sur le chemin de Jérusalem, Jésus leur avait dit que le Fils de l’Homme venait accomplir tout ce que les prophètes avaient annoncé à son sujet : il sera livré aux païens, sera bafoué et sera outragé, et on lui crachera dessus, et, après l’avoir flagellé, on le mettra à mort, et le troisième jour il ressuscitera[03]. Il les avertit qu’eux aussi connaîtraient persécution et calomnie, car le disciple n’est pas au-dessus de son Maître, ni le serviteur au-dessus de son patron. Si on a appelé le maître de maison Béelzéboul, que sera-ce pour les gens de sa maison /[04] Jésus veut persuader ses premiers disciples et nous aussi, qu’entre lui et sa doctrine d’une part, et le monde règne du péché d’autre part, il n’y a aucune possibilité d’entente[05]. Il leur rappelle qu’ils ne doivent pas s’étonner d’être traités ainsi : si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant de vous haïr[06]. Saint Grégoire explique : “ l’hostilité des pervers résonne comme une louange pour notre vie, parce qu’elle démontre que nous avons au moins une certaine droiture en tant que nous gênons ceux qui n’aiment pas Dieu : personne ne peut être agréable à Dieu et aux ennemis de Dieu en même temps.[07] ” Par conséquent, si nous sommes fidèles il y aura des vents et des tempêtes, mais Jésus pourra dire à nouveau au lac déchaîné : Silence, tais-toi !
Dès les débuts de l’Église, les apôtres ont expérimenté rapidement les menaces, les injures, la persécution, tout en recueillant des fruits abondants[08]. Ce qui leur importait c’est que le Christ soit connu par tous, que les fruits de la Rédemption arrivent jusqu’au dernier recoin de la terre et non pas que l’opinion autour d’eux leur soit favorable. La prédication de la doctrine du Seigneur, qui était scandale pour les uns et folie pour les autres[09], fut capable de pénétrer dans tous les milieux malgré tous les obstacles, en transformant les âmes et les coutumes.
Beaucoup de circonstances auxquelles les apôtres ont dû s’affronter ont changé, mais d’autres continuent : le matérialisme, le désir démesuré de commodité et de bien-être, la sensualité, l’ignorance, sont à nouveau un vent furieux et une forte houle dans beaucoup de milieux. À cela s’ajoute parfois la tentation d’adapter la doctrine du Christ aux airs du temps, ce qui conduirait à de graves déformations de l’essence même de l’Évangile.
Celui qui désire être apôtre devra compter sur le fait que certains, parfois ceux qui nous sont les plus proches, ne nous comprendront pas et il faudra du courage, car aller à contre-courant n’est pas une attitude commode. Il faudra travailler avec décision et sérénité, sans se soucier de la réaction de ceux qui, dans certains aspects de leur vie, se sont identifiés de telle manière aux coutumes du nouveau paganisme qu’ils se montrent incapables de comprendre le sens surnaturel de la vie.
Grâce à la sérénité et à la force qui naissent de la fréquentation intime du Seigneur, nous pourrons être un rocher ferme, et nous n’oublierons pas que, particulièrement de nos jours, “ notre Seigneur a besoin d’âmes fortes et audacieuses qui ne pactisent pas avec la médiocrité et qui pénètrent d’un pas sûr dans tous les milieux [10] ” : dans les associations de parents d’élèves, dans les collèges professionnels, dans les universités, dans les syndicats, dans les conversations informelles d’une réunion. .. Concrètement, l’influence des familles dans la vie sociale et publique est d’une importance spéciale. Elles devraient être les premières “ à faire en sorte que les lois elles institutions de l’État non seulement s’abstiennent de nuire aux droits et aux devoirs de la famille, mais encore les soutiennent et les protègent positivement « ”, en suscitant ainsi une vraie «politique familiale». Dans ce domaine il est important de collaborer à la diffusion de la doctrine de l’Eglise sur la famille, d’éveiller la conscience et la responsabilité sociale et politique des familles chrétiennes, de susciter des associations ou de fortifier celles qui existent déjà pour le bien de la famille elle-même. Nous ne devrions pas rester inactifs alors que ceux qui ne connaissent pas Dieu voudraient effacer toute trace du destin éternel de l’homme.
III. “ «Les trois concupiscences (cf. 1 Jn 2, 16) sont comme trois forces gigantesques qui ont déclenché un vertige imposant de luxure, de suffisance orgueilleuse de la créature en ses propres forces, et de désir de richesses» (Josémaria Escriva, Lettre, 14 février 1974, n. 10). (...) Et nous voyons, sans pessimisme ni réserve, que (...) ces forces ont atteint un développement sans précédent et une agressivité monstrueuse, au point que toute une civilisation chancelle, impuissante et sans recours moraux (idem).[12] ” Face à cette situation un chrétien ne peut pas rester inactif. L’amour du Christ nous presse..., dit saint Paul dans la deuxième lecture de la Messe[13]. La charité, les besoins parfois extrêmes de tant de créatures nous pressent à un travail apostolique inlassable dans tous les milieux, chacun dans le sien, et cela malgré les éventuelles incompréhensions et malentendus de personnes qui ne veulent pas ou ne peuvent pas comprendre.
“ Marchez (...) in nomine Domini, avec joie et sécurité au nom du Seigneur. Sans pessimisme ! Si des difficultés surgissent, la grâce sera plus abondante ; si plus de difficultés apparaissent encore, plus de grâce de Dieu viendra du Ciel ; s’il y a beaucoup de difficultés, il y a beaucoup de grâce de Dieu. L’aide divine est proportionnelle aux obstacles que le monde et le démon opposent au travail apostolique. C’est pourquoi j’oserais même affirmer qu’il convient qu’il y ait des difficultés, parce que c’est ainsi que nous aurons plus d’aide de Dieu : où le péché avait abondé, la grâce a surabondé (Rom 5, 20).[14] ”
Ce sera aussi l’occasion de purifier notre intention, d’être plus attentifs au Maître pour nous fortifier davantage dans la foi. À l’exemple du Seigneur, nous saurons toujours pardonner et rester sereins, car nous pouvons toujours compter sur lui. “ Chrétien, dans ta barque le Christ dort, nous rappelle saint Augustin, réveille-le et il fera cesser la tempête et le calme reviendra.[15] ” Tout est fait à notre profit et pour le bien des âmes. Il nous suffit d’être en sa compagnie pour nous sentir sûrs. L’inquiétude, la crainte et la lâcheté naissent lorsque notre prière faiblit. Jésus sait bien tout ce qui nous arrive. Et s’il est nécessaire, il apaisera les vents et la mer, un grand calme se produira et il nous inondera de sa paix ; et nous aussi, comme les apôtres, nous serons émerveillés.
Très sainte Vierge, ne nous abandonne jamais ! “ Si les vents des tentations se lèvent, disait saint Bernard, regarde l’étoile, appelle Marie (...). Tu ne te tromperas pas de chemin si tu la suis, tu ne désespéreras pas si tu la pries, tu ne te perdras pas si tu penses à Elle. Si Elle te tient par la main, tu ne tomberas pas ; si Elle te protège, tu n’as rien à craindre ; tu ne te fatigueras pas si Elle est ton guide ; tu arriveras heureusement à bon port si Elle te protège.[16] ”
NOTES
[01] Mc 4, 35-41.
[02] SAINT J. ESCRIVA, Forge, n. 343.
[03] Lc 18, 31-33.
[04] Mt 10, 24.
[05] Cf. Bible de Navarre, note à Jn 15, 18-19.
[06] Jn 15, 18.
[07] SAINT GRÉGOIRE LE GRAND, In Ezechielem homiliae, 9.
[08] Cf. Ac 5, 41-42.
[09] Cf. 1 Cor 1, 23.
[10] SAINT J.ESCRIVA, Sillon, n. 416.
[11] JEAN-PAUL II, Enc. Familiaris consortio, 44.
[12] A. DEL PORTILLO, Lettre, 25décembre 1985, n. 4.
[13] 2 Cor 5, 14-17. – 14. A. DEL PORTILLO, Lettre, 31 mai 1987, n. 22.
[15] SAINT AUGUSTIN, Sermon 361, 7.
[16] SAINT BERNARD, Homélies sur la Vierge Mère, 2.