7° DIMANCHE. ANNEE C
3. LA VERTU DE MAGNANIMITÉ
— Accepter d’entreprendre de grandes choses pour Dieu et pour les hommes est le signe par excellence d’une vie sainte.
— La magnanimité a dix mille facettes.
— Si l’on néglige les rapports personnels avec Jésus-Christ, l’âme s’effraie facilement devant les entreprises surnaturelles.
I. La première lecture de la Messe suit le jeune David qui s’enfuit, poursuivi par la jalousie du roi Saul dans les terres désertiques de Ziph[01]. Une nuit pendant que le roi se repose au milieu de ses hommes, David entre silencieusement dans le campement avec son plus fidèle ami, Abishaï. Ils voient Saùl dormir au centre, sa lance plantée en terre près de sa tête ; Abner, le chef de l’armée, et ses hommes étalent couchés autour de lui. Abishaï dit à David :
Aujourd’hui Dieu a livré ton ennemi entre tes mains. Eh bien, je vais le clouer à terre avec sa propre lance, d’un seul coup, et je n’aurai pas à m’y reprendre à deux fols.
La mort du roi était sans doute le plus court chemin pour se libérer une fois pour toutes de tous les dangers et pour arriver au trône ; mais David choisit, cette fois encore[02], le sentier le plus long, et il préfère pardonner, laisser la vie à Saùl. David apparaît, en cette occasion comme en beaucoup d’autres, un homme à l’âme grande, ce qui lui gagne d’abord l’admiration, ensuite l’amitié, de son ennemi le plus acharné, et du peuple. Il y gagne surtout l’amitié de Dieu.
L’Évangile de la Messe[03] invite tous les chrétiens aussi à être magnanimes, à avoir un grand cœur, comme celui du Christ, qui commande de bénir ceux qui nous maudissent, de prier pour ceux qui nous calomnient, de réaliser tout le bien possible sans rien espérer en échange, d’être miséricordieux comme votre Père est miséricordieux, de pardonner à tout le monde, d’être généreux sans calcul ni mesure. Et le Seigneur de conclure : Donnez et vous recevrez une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante. Car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous.
La vertu de magnanimité, très liée à la force, consiste à stimuler l’âme à entreprendre de grandes choses[04], ce qui incite saint Thomas à l’appeler “ l’ornement de toutes les vertus[05] ”. Cette disposition accompagne toujours les vies saintes. L’effort sérieux de lutter pour atteindre la sainteté est déjà une première et notable manifestation de magnanimité. Le magnanime est quelqu’un qui se propose des idéaux élevés et qui ne se décourage pas devant les obstacles, les critiques, les affronts, quand ils touchent une cause élevée ; il ne se laisse pas intimider par le respect humain, ni par un milieu hostile, ni par les cascades de médisances. La vérité lui importe beaucoup plus que les opinions, surtout si elles se révèlent fausses ou partielles [06]. Les saints ont toujours été des personnes d’une âme grande (magna anima) quand ils projettent et réalisent (souvent à partir de rien) les entreprises d’apostolat, et quand ils jugent et fréquentent n’importe qui, qu’ils considèrent comme des enfants de Dieu, capables de grands idéaux. Qu’il est triste d’être pusillanimes (pusillus animus), d’avoir une âme étriquée, un esprit timide. “ Magnanimité, qui est grandeur d’âme, qui est ouverture du cœur au plus grand nombre. Force qui nous dispose à sortir de nous-mêmes, à entreprendre des actions valeureuses, pour le bien de tous. La mesquinerie n’est pas pensable chez le magnanime ; pas plus que la lésinerie, le calcul égoïste, ou le tapage intéressé. Le magnanime s’adonne sans réserve à ce qui en vaut la peine ; c’est pourquoi il est capable de se donner lui-même. Donner ne lui suffit pas : il se donne. Et il en arrive alors à saisir ce qui constitue la plus grande preuve de magnanimité : se donner à Dieu.[07] ” Y a-t-il une manifestation de foi plus grande que celle-ci : se donner au Christ, sans mesure, sans conditions ?
II. La grandeur d’âme a dix mille facettes, dont la plus lumineuse est sûrement de pardonner en matières graves ou non, à qui est proche ou loin de nous, de ne pas parcourir le monde avec, dans son cœur[08], une liste des torts subis, de rancunes et de souvenirs qui rapetissent l’esprit et le rendent incapable d’idéaux. De même que Dieu est toujours disposé à tout pardonner de tous, la capacité chrétienne de pardonner ne peut avoir de limites ; ni dans le nombre de cas, ni dans l’amplitude de l’offense, ni selon les auteurs des injures supposées : “ Rien ne fait tant ressembler à Dieu que d’être toujours disposés au pardon.[09] ” Dans les intolérables souffrances de la Croix, Jésus accomplit ce qu’il a enseigné : Père, pardonne-leur, dit-il. Et tout de suite l’excuse : ils ne savent pas ce qu’ils font[10]. Des mots qui révèlent la grandeur d’âme de sa très sainte Humanité, auxquels fait écho l’Évangile de la Messe d’aujourd’hui : Aimez vos ennemis... priez pour ceux, qui vous calomnient[11]. Le premier martyr, saint Etienne, mourra en demandant pardon pour ceux qui le tuaient[12]. Hésiterions-nous à pardonner les petits riens de chaque jour ? Et si surgissent la diffamation, la calomnie, les faux-procès d’intention, y verrons-nous ce qu’ils sont vraiment, des occasions d’offrir quelque chose de plus grande valeur ? On peut même parvenir à ne plus avoir du tout à pardonner en imitant ainsi les saints : ils ne se sentent jamais offensés.
Face à ce qui vaut la peine (les besoins de l’humanité, les missions, l’apostolat et, surtout, Dieu), l’âme grande se décidera à apporter tout ce qu’elle a, sans réserves : l’argent, l’effort, le temps, les talents... Elle comprend bien les mots du Seigneur : même si tu donnes beaucoup, tu recevras davantage, une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante : car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous[13]. Elle se demande si elle donne ce qu’elle a, avec générosité ; plus encore, elle se donne, elle suit d’un pas agile et ferme son chemin, la vocation concrète que le Seigneur lui offre.
Se proposer de grandes choses pour le bien des hommes, pour porter remède à leurs besoins, ou pour rendre gloire à Dieu, mènera souvent à investir de fortes sommes d’argent, à mettre le maximum de biens matériels au service de ces grandes causes[14]. Le magnanime le fait sans s’effrayer, en pesant avec réalisme et prudence toutes les circonstances, mais sans timidité. Les cathédrales n’en sont-elles pas un exemple, aux époques où les moyens humains et économiques étaient bien plus pauvres que maintenant ? Dès les premiers temps, l’Église s’attache à ce que “ le matériel sacré contribuât de façon digne et belle à l’éclat du culte [15]”, et les chrétiens se sont séparés souvent de ce qu’ils considéraient de plus grande valeur pour honorer la Vierge ou pour le culte... ; ils ont été généreux (le sol en garde tant de traces) dans leurs dons et leurs aumônes pour les affaires de Dieu et pour soulager leurs frères en créant d’innombrables œuvres d’enseignement, de culture, d’assistance matérielle et sanitaire ! Mais dans la société contemporaine, qui ne freine pas ses frais superflus et inutiles, un grand nombre d’initiatives apostoliques et ceux qui y consacrent toute leur vie, se voient souvent victimes de privations et de continuelles remises en question par manque de moyens. La grandeur d’âme que le Seigneur demande ici consiste non seulement à être généreux de son temps et de ses moyens financiers, mais aussi à stimuler les autres — selon leurs disponibilités — à coopérer au bien de tous leurs frères les hommes. La générosité rapproche tellement de Dieu ! Voici l’un des biens spirituels dont on peut gratifier le plus ses amis : réactiver leur générosité, agrandir leur cœur et le rajeunir, dilater sa capacité d’aimer.
III. Sainte Thérèse d’Avila insistait sur la convenance de ne pas raccourcir ses désirs, car “ sa Majesté est l’ami des âmes courageuses ” qui se proposent des buts élevés, comme les saints, qui ne seraient pas arrivés à un si haut degré s’ils n’avaient pas pris la ferme détermination de s’y élever, en s’appuyant toujours sur l’aide de Dieu. Elle se lamentait, non sans humour, de ces âmes bonnes qui, même avec une vie de prière, au lieu de voler vers Dieu restent parfois collées à terre, un peu “ comme des crapauds ”, ou se contentent de chasser des petits lézards[16] ”.
“ Ne laissez pas votre âme et votre esprit se rétrécir, car vous pourriez y perdre de grands biens... Ne laissez pas votre âme abandonnée dans un coin, car au lieu de se procurer la sainteté, elle aura beaucoup d’autres imperfections. [17] ” La pusillanimité qui empêche tout progrès, c’est l’incapacité volontaire de concevoir ou de désirer de grandes choses, et cela finit en conformisme et en étroitesse d’esprit. Pauvre vision de l’homme et de ce qu’il peut arriver à être avec l’aide divine, même s’il a été un misérable pécheur ! Le pusillanime s’enferme dans des horizons étroits, se résigne à la facilité du «ça va comme ça peut» et se prive ainsi d’ambitions saines. S’il ne surmonte pas ce défaut, il n’osera jamais s’engager envers Dieu, choisir un plan de vie intense, mener à bien des tâches apostoliques, se donner lui-même : tout lui paraît trop grand, parce qu’il s’est lui-même rétréci.
La magnanimité, fruit de rapports sincères avec Jésus-Christ, rénove peu à peu la capacité d’entreprendre de grandes affaires spirituelles, soutenue par une vie intérieure riche et exigeante. Elle est inséparable de l’humilité et d’“une forte et inébranlable espérance, d’une confiance presque provocante, du calme souverain, d’un cœur sans crainte (...) esclave de personne, uniquement serviteur de Dieu [18] ”. Le magnanime ose parce qu’il sait que le don de la grâce élève l’homme pour des entreprises qui sont au-dessus de sa nature[19] ; ses actions recevront une efficacité divine, puisqu’il s’appuie en Dieu qui, des pierres que voici, peut faire naître des enfants à Abraham[20]. Le magnanime ne rêve pas d’être un héros, mais il est aussi audacieux dans l’apostolat, conscient que le Saint-Esprit se sert de la parole de l’homme comme d’un instrument. Mais c’est lui, Dieu, qui perfectionne l’œuvre apostolique[21] ; comme l’efficacité réside en Dieu, qui fait pousser[22], il peut avoir confiance.
Vierge Marie, donne-nous cette grandeur d’âme que tu as cultivée dans tes relations avec Dieu et avec les hommes. Donnez et l’on vous donnera... Ne soyons pas myopes, étourdis, timides. Jésus est près de nous !
NOTES
[01] 1 Sm 26, 2 ; 7-9 ; 12-13 ; 22-23.
[02] Cf. 1 Sm 24, 1 et s.
[03] Lc 6, 27-38.
[04] SAINT THOMAS, Summa Theologiae, II-II, q. 129, a. 1.
[05] IDEM, a. 4.
[06] R. GARRIGOU-LAGRANGE, Les trois âges de la vie intérieure, vol. I.
[07] SAINT J. ESCRIVA, Amis de Dieu, 80.
[08] Cf. IDEM, Sillon, n. 738.
[09] SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur l’Évangile de saint Matthieu, 19, 7.
[10] Lc 23, 34.
[11] Lc 6, 27-28.
[12] Cf. Ac 7, 60.
[13] Lc 6, 38.
[14] Cf. SAINT THOMAS, Summa Theologiae, II-II, q. 134.
[15] CONCILE VATICAN II, Const. Sacrosanctum Concilium, 122.
[16] SAINTE THERESE, Vie, 13, 2-3.
[17] IDEM, Chemin de perfection, 72, 1.
[18] J. PIEPER, Les vertus fondamentales.
[19] Cf. SAINT THOMAS, Summa Theologiae, II-II, q. 171, a. 2.
[20] Cf. Mt 3, 9.
[21] Cf. SAINT THOMAS, o. c., II-II, q. 177, a. 1.
[22] Cf. 1 Cor 3, 7.
7° SEMAINE. LUNDI
4. PRIER AVEC FOI
— La foi est un don de Dieu.
— Les bonnes dispositions pour croire.
— Foi et prière.
I. Jésus arrive à un endroit où ses disciples l’attendent. Il y a aussi un homme qui a emmené son fils malade, un groupe de scribes et une grande foule, qui à la vue de Jésus, se remplissent de joie : les gens accouraient pour le saluer[01], pleins de la ferveur avec laquelle nous devrions accourir à la prière et auprès du Tabernacle. C’est le père qui intervient le premier : Maître, lui dit-il, je t’ai amené mon fils ; il est possédé par un esprit qui le rend muet (...). J’ai demandé à tes disciples d’expulser cet esprit, mais ils n’ont pas réussi.
Les disciples, qui avaient déjà réalisé des miracles au nom du Seigneur, avaient essayé de le guérir, mais en vain. Rentrés à la maison, Jésus leur en expliquera la raison : le père manquait de foi. Il savait que Jésus et ses disciples pouvaient guérir son fils, mais il ne lui avait pas abandonné toute sa confiance. Le Seigneur profite de cette épreuve pour lui faire accomplir un pas en avant dans sa foi. Au début, cet homme s’adresse au Christ avec humilité mais en hésitant : Si tu y peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous ! Et Jésus “ va au devant des doutes qu’il lit au fond de cette âme : Si tu peux !... Tout est possible à celui qui croit (Mc 9, 22). Tout est possible : nous sommes tout-puissants... mais avec la foi. Or cet homme sent sa foi fléchir. Il craint que son manque de confiance n’empêche la guérison de son fils. Alors il pleure. N’ayons pas honte de ce genre de larmes : elles sont le fruit de l’amour de Dieu, de la prière repentante, de l’humilité. Aussitôt, le père de l’enfant de s’écrier, en pleurant : Je crois, viens en aide à mon peu de foi (Mc 9, 23)[02]. ” Quel bel acte de foi : Jésus, je crois, mais affermis ma foi ! Aide-moi à la manifester dans ma vie, à pleurer mes péchés, à avoir confiance en ton pouvoir et ta miséricorde !
La foi est un don de Dieu, qui seul peut la communiquer à l’âme. C’est lui qui prépare le cœur du croyant à recevoir la lumière surnaturelle. C’est pourquoi nous pouvons lui dire souvent : Seigneur, viens en aide à mon peu de foi ! Vois mon désir d’être plus humble, plus pur, plus ouvert à ton amour ; augmente en moi la foi !
Quand la foi vacille devant les difficultés de l’apostolat, de la vie de famille, des soucis professionnels..., ou si celle des amis, parents, collègues... tiédit, imitons ce père de famille. Il commence par demander plus de foi, parce qu’il sait que cette vertu est un don. Pourtant, commente saint Jean Chrysostome, si “ ouvrir les yeux du cœur est l’œuvre de Dieu, il appartient à l’homme d’écouter attentivement ; la foi est en même temps une œuvre divine et humaine[03]. Admirons l’humilité de cet homme : comme il n’a pas de mérites personnels à invoquer, il a recours à la miséricorde du Seigneur : viens à notre secours, par pitié pour nous ! L’humilité est la voie royale de la prière parce qu’elle place le chrétien devant le cœur miséricordieux de Jésus, et Jésus ne refuse jamais sa grâce. Seigneur, augmente en moi la foi ! lui demandons-nous dans l’intimité de la prière.
II. T’es-tu demandé ce qu’ont pensé de Jésus ceux qui l’ont croisé sur les chemins de Palestine ? Ils ont vu ce que leurs dispositions intérieures leur ont permis de voir. Si nous pouvions voir Jésus avec les yeux de sa Mère ! Quelle merveille ! Mais si notre cœur se fermait comme celui des pharisiens à qui même les miracles du Messie n’ont pu ouvrir les yeux ! Une bonne partie d’entre eux est restée aveugle devant la lumière du monde. Leur science des saintes Écritures ne leur a même pas servi à percevoir l’accomplissement des prophéties. Leur religion était devenue trop humaine, leur cœur était saturé de préceptes qui occultaient le but véritable de la loi : plaire à Dieu, aimer Dieu en s’identifiant à la volonté divine. Ma doctrine n’est pas de moi, a dit Jésus, mais de celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il saura si ma doctrine vient de lui ou si je parle de mon propre chef [04]. Ils n’avaient pas les dispositions appropriées, ils ne cherchaient pas la gloire de Dieu mais la leur [05]. C’est pourquoi les miracles n’ont eu aucun effet sur eux sinon de les exaspérer. Mais pourquoi donc ceux qui attendaient le Messie depuis des siècles l’ont-ils rejeté ? Parce qu’ils n’aimaient plus Dieu comme Père et que leurs actions mauvaises, leurs sentiments et leurs intentions pervertis leur avaient donné le diable pour père [06].
“ Dieu se laisse voir de ceux qui sont capables de le voir, parce qu’ils ont les yeux de l’esprit ouverts. Car tous ont des yeux, mais certains les ont couverts de ténèbres et ne peuvent pas voir la lumière du soleil. Et la lumière solaire ne cesse pas de briller parce que les aveugles ne la voient pas : c’est que l’on doit attribuer cette obscurité à leur manque de capacité pour voir.[07]
” La confession sacramentelle est le grand remède à ce type de cécité, car elle dispose l’âme à voir le Seigneur avec une plus grande clarté même sur la terre !
Fréquemment l’obstacle pour accepter la foi, la vocation ou une vie chrétienne cohérente, réside dans les péchés personnels non pardonnés, dans des attachements désordonnés ou dans la résistance à la grâce. “ L’homme, conduit par ses préjugés, ou incité par ses passions et sa mauvaise volonté, non seulement peut nier l’évidence, qu’il a devant lui, des signes extérieurs, mais encore résister et rejeter aussi les inspirations supérieures que Dieu communique à son âme.[08] ” S’il manque le désir de croire et de faire la volonté de Dieu en tout, coûte que coûte, on n’acceptera même pas ce qui est évident. C’est pourquoi celui qui vit enfermé dans son égoïsme, et ne cherche pas le bien mais la commodité ou le plaisir, aura beaucoup de mal à croire ou à comprendre le noble idéal de la vie. Pour celui qui a déjà répondu positivement à la vocation à laquelle Dieu l’a appelé, cet égoïsme et ce manque de détachement opposent une résistance croissante à la fidélité aux exigences de cet appel.
Prenons aujourd’hui la résolution de bien préparer notre prochaine confession, pour que sincère et pleine de douleur d’amour, elle nous guide sur le chemin de la foi et de la clarté intérieure nécessaire pour mieux connaître la volonté de Dieu. Purifier le cœur, c’est préparer le terrain pour que la semence de la foi et de la générosité croisse dans l’âme et donne du fruit. Aider un ami à s’approcher du sacrement de la réconciliation est le plus grand cadeau, le plus bel acte de charité à lui offrir. Combien de problèmes trouvent leur solution dans une bonne confession ! L’âme y retrouve une clarté d’autant plus grande qu’elle est davantage purifiée et que les dispositions de la volonté sont fortifiées.
III. L’échec des disciples devant le possédé avait fortement ébranlé leur enthousiasme et, lorsqu’à la maison, ils furent seul à seul avec le Maître, ils lui demandèrent : Pourquoi est-ce que nous, nous n’avons pas pu l’expulser ? Et le Seigneur de répondre : Rien ne peut faire sortir cette espèce-là (de démons), sauf la prière. Voilà le secret de l’apostolat ! Seule la prière peut venir à bout de certaines difficultés apparemment insurmontables et qui retiennent les hommes loin du Christ. Saint Bédé explique que le conseil de Jésus aux apôtres pour expulser ce démon si malin nous est aussi destiné : la prière est le moyen de surmonter même les plus grandes tentations, qu’elle soit composée de paroles par lesquelles nous invoquons la miséricorde divine, de petites mortifications ou du travail offert au Seigneur avec foi[09].
Si la prière est accompagnée de bonnes actions, d’un travail bien réalisé, de la lutte pour acquérir les vertus que l’on voudrait voir chez des amis, Dieu se laissera toucher par notre bonne volonté et fera grandir la foi dans l’âme. “ Ce n’est que dans la prière, dans l’intimité du dialogue immédiat et personnel avec Dieu, qui ouvre les cœurs et les intelligences (cf. Ac 16, 14), que l’homme de foi peut approfondir sa compréhension de la volonté divine à l’égard de sa propre vie.[10] ”
Seigneur, augmente en nous la foi ! Quand les fruits de l’apostolat tardent à arriver, quand je me décourage devant mes misères et celles du monde, quand je me sens si faible devant ce que tu demandes, avec si peu de forces pour réaliser ce que tu veux de moi : Seigneur, augmente en nous la foi ! C’est ce que demandaient les apôtres lorsqu’ils sentaient faiblir leur confiance. Répétons souvent : Seigneur ! Ne me laisse pas seul avec mes forces, car je ne peux rien faire ! “ Adressons-lui, nous aussi, ces paroles, en terminant ce moment de méditation. Seigneur, je crois. J’ai appris à croire en toi, et j’ai décidé de te suivre de près. Souvent, au cours de ma vie, j’ai imploré ta miséricorde. Et souvent, aussi, je n’ai pas cru que tu puisses engendrer tant de merveilles dans le cœur de tes enfants. Seigneur, je crois ! Mais aide-moi à croire, encore plus, encore mieux ! ”
Adressons enfin cette prière à sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère, modèle de foi : “ Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur (Lc 1, 45). [11] ”
NOTES
[01] Mc 9, 14-28.
[02] SAINT J. ESCRIVA Amis de Dieu, 204.
[03] Cf. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur les Actes des Apôtres, 35.
[04] Jn 7, 16-17.
[05] Cf. Jn 5, 41-44.
[06] Cf. Jn 8, 42-44.
[07] PIE XII, Enc. Humani generis, 12 août 1950.
[08] SAINT THÉOPHILE D’ANTIOCHE, Livre I, 2, 1.
[09] Cf. SAINT BEDE, Commentaire à l’Évangile de saint Marc, in loc.
[10] A. DEL PORTILLO, Vocation et mission du prêtre.
[11] SAINT J. ESCRIVA, loc. cit.
7° SEMAINE. MARDI
5. LE SEIGNEUR, ROI DES ROIS
— Le psaume de la royauté et du triomphe du Christ.
— Le rejet de Dieu dans le monde.
— La filiation divine.
I. Transmis de génération en génération, les psaumes ont toujours soutenu la prière, l’action de grâces, la louange et la contrition des enfants de Dieu. Le Seigneur lui-même les a utilisés pour s’adresser à son Père dans les derniers moments de sa vie sur terre[01]. Ce furent les principales prières des familles juives et, par conséquent, de la Vierge et de saint Joseph qui les ont apprises à Jésus. En les reprenant, le Seigneur leur a donné leur sens plénier ; et depuis, la liturgie de l’Église les chante chaque jour dans la Messe. Ils constituent la partie principale de la prière, la liturgie des Heures, que les prêtres adressent chaque jour à Dieu au nom de toute l’Église.
Le psaume II a toujours figuré parmi les psaumes messianiques et a été l’objet de méditation de nombreux Pères de l’Église, des écrivains ecclésiastiques et a nourri la piété de beaucoup de fidèles. Les premiers chrétiens le récitaient pour trouver la force au milieu des adversités et ils racontent comment Pierre et Jean ont été conduits devant le Sanhédrin parce qu’ils ont guéri, au nom de Jésus, un infirme qui demandait l’aumône à la porte du Temple [02]. Miraculeusement libérés, ils reviennent vers les leurs et racontent tout ce qui s’est passé ; tous ensemble entonnent une prière au Seigneur tirée surtout du psaume II, le psaume de la royauté du Christ : “ Seigneur, c’est toi qui as fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment ; toi qui as dit par l’Esprit-Saint parlant par la bouche de David, ton serviteur : Pourquoi les nations ont-elles frémi et les peuples ont-ils formé de vains projets ?Les rois de la terre se sont présentés et les chefs se sont ligués ensemble contre le Seigneur et contre son Oint. [03] ”
Ces paroles du psalmiste inspirées de la situation de son époque sont prophétiques, elles se sont accomplies au temps des apôtres, tout au long de la vie de l’Église et de nos jours. Nous aussi nous pouvons répéter réellement : Pourquoi les nations frémissent-elles et les peuples méditent-ils de vains projets ? ... Pourquoi tant de haine et tant de mal, pourquoi aussi, parfois, cette rébellion dans nos vies ? Depuis le péché originel cette lutte n’a pas cessé un seul instant : les puissances du monde se liguent contre Dieu et contre ce qui se rapporte à lui. Il suffit de voir le mépris de la dignité de la personne humaine, les calomnies et les diffamations que certains moyens de communication puissants mettent au service du mal, l’avortement de millions de créatures à qui on refuse le droit à la vie humaine et surnaturelle à laquelle Dieu les avaient destinées, les attaques contre l’Église, le Souverain Pontife et ceux qui suivent le Christ... Mais Dieu reste Dieu ; il est le Rocher[04], la force des faibles. C’est à lui que Pierre, Jean et les chrétiens de Jérusalem ont eu recours et ils prêchent alors en toute confiance la parole du Seigneur. Leur prière achevée, raconte saint Luc, tous se sentirent réconfortés et remplis du Saint-Esprit, et ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance[05].
La méditation de ce psaume ne ravive-t-elle pas en toi la force pour surmonter les obstacles qui peuvent se présenter dans un environnement éloigné de Dieu, le sens de notre filiation divine et la. joie de proclamer la royauté du Christ ?
II. Dirumpamus vincula eorum... Brisons ses chaînes, faisons sauter son joug[06], scande la voix de peuples séparés de leur Dieu. “ Ils brisent le joug suave, ils rejettent son fardeau, merveilleux fardeau de sainteté et de justice, de grâce, d’amour et de paix. L’amour les met en rage et ils se moquent de la bonté d’un Dieu qui a la faiblesse de renoncer à utiliser ses légions d’anges pour se défendre (cf. Jn 18, 36).[07] ” Mais celui qui est assis dans les deux se rit d’eux, le Seigneur se moque de leur folie. Alors il leur parlera dans sa colère, et dans sa fureur il les épouvante [08]. La justice divine ne se réalise pas seulement dans la vie terrestre. Malgré les triomphes apparents de ceux qui se déclarent ou se comportent comme des adversaires de Dieu, leur plus grand échec, s’ils ne se repentent pas, sera de ne pas comprendre et de ne jamais atteindre le vrai bonheur. Leurs éphémères satisfactions humaines sont peut-être le triste prix du bien qu’ils peuvent réaliser en ce monde. Forts de leur connaissance de la nature humaine, quelques saints ont bien affirmé que “ le chemin de l’enfer est déjà un enfer ”. Seul espoir sur cette route : le Seigneur est toujours prêt au pardon, à rendre la paix et la joie véritables.
Saint Augustin, en commentant ces versets du psaume, remarque que par colère de Dieu on peut comprendre aussi l’aveuglement de l’esprit qui prend possession de ceux qui enfreignent la loi divine[09]. Il n’y a pas de malheur comparable à ne pas connaître Dieu, à vivre le dos tourné à lui, à s’affirmer dans l’erreur et le mal.
Cependant, Dieu veut que tous les hommes soient sauvés [10]. Cette colère de Dieu, dont parle le psaume, “ n’est pas tant la fureur que la correction nécessaire, comme fait le père avec l’enfant, le médecin avec le malade, le maître avec le disciple[11] ”. Néanmoins, le temps pour disposer de la miséricorde divine est limité : ensuite vient la nuit, dans laquelle on ne peut plus travailler[12]. Avec la mort s’achève la possibilité d’acquérir des mérites en vue de la vie éternelle.
Le pape Jean-Paul II s’inquiétait de l’incapacité de notre époque à comprendre la miséricorde divine, réalité qui doit faire grandir le zèle apostolique des chrétiens et leur désir de conversion et de sainteté personnelle. L’image d’hommes qui se ferment à la miséricorde divine et à la rémission de péchés «sans importance pour leur vie», renvoie à une “ imperméabilité de la conscience, un état d’âme que l’on pourrait dire consolidé en raison d’un libre choix : c’est ce que la sainte Écriture a l’habitude d’appeler dureté du cœur. À notre époque, à cette attitude de l’esprit et du cœur correspond peut-être la perte du sens du péché.[13]
”
Ressentons-nous le besoin de réparer pour ce refus, implicite ou explicite, de Dieu, de demander davantage de grâces et de miséricorde, pour que la clémence divine ne s’épuise jamais, cette dernière perche que l’on tend au naufragé incapable de tout autre moyen de salut ?
III. Le psaume II est une prière dans laquelle Dieu répond aux profondes questions que posent la liberté humaine, le mystère du mal, la rébellion de la créature. Il proclame la royauté du Christ, qui a vaincu le mal et la mort. Quant à moi, j’ai établi mon roi sur S ion, ma montagne sainte ! J’annoncerai son décret. Le Seigneur m’a dit : “ Tu es mon Fils ; c’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui[14] ”. “ Dans sa miséricorde, Dieu le Père nous a donné son Fils pour Roi. Il s’attendrit en menaçant. Il annonce sa colère mais nous donne son amour. Tu es mon fils : il s’adresse au Christ et il s’adresse à toi et à moi, si nous acceptons d’être aller Christus, ipse Christus. Les mots sont impuissants à exprimer l’émotion qui étreint notre cœur devant la bonté de Dieu. Il nous dit : tu es mon fils. Non pas un étranger, ni un serviteur traité avec bienveillance, ni un ami, ce qui serait déjà beaucoup. Un fils ! [15] ” Voici notre refuge : la filiation divine, la force nécessaire face aux adversités, à l’environnement parfois étranger à la vie chrétienne, aux tentations que le Seigneur permet pour raviver la foi et l’amour...
Dieu, notre Père, est toujours près de nous. Sa présence est “ comme un parfum pénétrant qui ne perd jamais la force avec laquelle il s’introduit partout, aussi bien à l’intérieur des cœurs qui l’acceptent qu’à l’extérieur, dans la nature, dans les choses, au milieu d’une foule. Dieu est là, qui attend qu’on le découvre, qu’on l’appelle, qu’on l’aime...[16] ”
Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et pour domaine les extrémités de la terre». Écoute le Seigneur : Demande-moi ! Écoute-le plus encore quand tu viens de le recevoir dans la communion. Demande-moi ! nous dit Jésus, je peux tout te donner et je me donne à toi.
Saint Jean Chrysostome méditant ce psaume, réalisa que Dieu y promet plus qu’une terre qui fait jaillir le lait et le miel, plus qu’une longue vie, ou une multitude d’enfants, plus que du blé, du vin, ou des troupeaux, car il promet le Ciel : la filiation divine et la fraternité avec le Fils unique, une part de son héritage, et la gloire de la vie éternelle avec lui[18].
Tu les régiras avec un sceptre de fer, et tu les briseras comme un vase d’argile. Et maintenant, rois, devenez sages ; instruisez-vous juges de la terre. Servez le Seigneur avec crainte, et exaltez-le tout en tremblant de joie pour lui[19]. Le Christ a triomphé pour toujours. Avec sa mort sur la Croix il nous a gagné la vie. Selon l’enseignement des Pères de l’Église, le sceptre de fer est la sainte Croix, “ dont la matière est le bois, mais dont la force est celle du fer[20] ”. Voilà le signe du chrétien, qui permet de gagner toutes les batailles de la vie spirituelle : les obstacles se brisent comme le vase du potier. La Croix dans l’intelligence, sur les lèvres, dans le cœur, dans toutes les actions ; voilà l’arme pour vaincre : une vie sobre, une mortification constante, la patience devant les contrariétés et la persévérance dans les difficultés.
Le psaume se termine par un appel à la fidélité sur le chemin, plein de confiance en Dieu. En tremblant, rendez-lui hommage de peur qu’il ne s’irrite et que vous ne périssiez hors de la voie, car sa colère s’enflamme vite. Heureux tous ceux qui mettent en lui leur confiance[21].
Saints anges gardiens, fidèles serviteurs de Dieu, aidez-nous à vivre notre vocation chaque jour en toute fidélité à la gloire de Dieu et au salut du monde.
NOTES
[01] Cf. Mt 27, 46.
[02] Cf. Ac 4, 23-31.
[03] Ac 4, 23-26.
[04] 1 Cor 10, 4.
[05] Cf. Ac 4, 29-31.
[06] Ps 2, 3.
[07] SAINT J. ESCRIVA, Quand le Christ passe, 185.
[08] Ps 2, 4-5.
[09] Cf. SAINT AUGUSTIN, Commentaires aux Psaumes, 2, 4.
[10] 1 Tim 2, 4.
[11] SAINT JÉRÔME, Breviarium in Psalmos, II.
[12] Jn 9, 4.
[13] JEAN-PAUL II, Enc. Dominum et vivificantem, 18 mai 1986, 46-47.
[14] Ps 2, 6-7.
[15] SAINT J. ESCRIVA, toc. cit.
[16] M. EGVIBAR, Pourquoi les nations ont-elles frémi ?
[17] Ps 2, 8.
[18] Cf. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur l’Évangile de saint Matthieu, 16, 5.
[19] Ps 2, 9
[20] SAINT ATHANASE, Commentaire aux Psaumes, 2, 6.
[21] Ps 2, 12.