7° SEMAINE. MERCREDI
6. UNITÉ ET DIVERSITÉ DANS L’APOSTOLAT
— «L’esprit de clocher» dans l’apostolat n’est pas chrétien, puisque l’Esprit Saint a comblé l’Église d’une grande variété de charismes.
— Annoncer le Christ à tous les hommes sans distinction.
— L’unité n’est pas uniformité ni monolithisme. Fidélité à la vocation personnelle.
I. Les disciples voient quelqu’un chasser des démons au nom du Seigneur. Nous ne savons pas s’il connaissait Jésus, ou si guéri par lui, il se considérait comme un disciple. Saint Marc[01] a relevé la réaction de saint Jean : Maître, dit-il à Jésus, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher car il n’est pas de ceux qui nous suivent.
Le Seigneur profite de l’occasion pour laisser un enseignement valable pour tous les temps : Ne l’empêchez pas, dit Jésus, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, dire du mal de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Cet exorciste manifeste en effet une foi profonde en Jésus, et l’exprime par ses actes. Jésus l’accepte comme un de ses disciples et réprouve la mentalité étroite et exclusiviste dont témoignent les apôtres, pleins de zèle pour leur propre mission.
Se faisant l’écho du Seigneur, le Concile Vatican II proclame : “ Il existe pour les laïcs de multiples manières de participer à l’édification de l’Église, à la sanctification du monde et à son animation dans le Christ.[02] ” La seule condition est d’être uni au Christ, uni à son Eglise, apôtre de sa doctrine, l’aimer en paroles et en actes. L’esprit chrétien favorise une attitude ouverte aux différentes formes d’apostolat, pour les comprendre, même si elles sont différentes de notre manière d’être ou de penser, et nous réjouir de leur existence, car la moisson est immense et les ouvriers peu nombreux [03]. “ Réjouis-toi si tu en vois d’autres travailler à de bons apostolats. — Demande à Dieu, pour eux, grâce abondante et correspondante à cette grâce.
“ Toi, poursuis ton chemin : persuade-toi que tu n’en as pas d’autre.[04] ” Un chrétien ne peut vivre sa foi avec une mentalité tyrannique, de parti unique, ni voir un concurrent en celui qui n’adopte pas sa manière de faire de l’apostolat. Toute personne qui travaille avec droiture d’intention participe réellement à la mission que le Christ a confiée à ses apôtres et pour laquelle nous sommes tous nécessaires. La diversité des charismes est une richesse de l’unité dans l’Eglise : le Christ est ainsi annoncé de façons bien différentes. L’unité des chrétiens s’enracine dans le contenu de la Révélation divine : la foi, la morale, les sacrements, l’obéissance au Pape et aux évêques en communion avec lui. Saint Augustin exprimait cette unité en une brève formule : “ dans les affaires nécessaires au salut unité, dans celles sujettes à discussion liberté, en tout charité. [05] ” Cette unité, nécessaire, n’est pas de l’uniformité : “
dans le jardin de l’Église il y eut, il y a et il y aura une admirable variété de belles fleurs, différentes par l’arôme, par la dimension, par le dessin et par la couleur.[06] ” Et cette diversité est une richesse pour la gloire de Dieu.
Une tentation pourrait s’insinuer dans les entreprises apostoliques : s’attarder inutilement à évaluer les initiatives des autres. Plutôt que trop s’occuper de ce que font les autres, un chrétien devrait d’abord sonder son cœur et voir devant Dieu s’il répond avec générosité à la vocation qu’il a reçue, s’il tâche de faire produire les talents reçus de Dieu : “... toi, poursuis ton chemin : persuade-toi que tu n’en as pas d’autre.
“ Voilà la merveille de la Pentecôte : la consécration de tous les chemins, qui ne peut jamais être interprétée comme un monopole, comme la mise en valeur d’un seul, au détriment des autres.
“ La Pentecôte, c’est une infinie variété de langues, de méthodes, de façons de rencontrer Dieu : et non pas une violente uniformité.[07] ” N’est-ce pas un motif de joie que de voir tant de personnes différentes travailler de manières si différentes à faire connaître le Royaume de Dieu?
II. La doctrine de Jésus-Christ doit parvenir à tout le monde. Aujourd’hui beaucoup de pays qui ont été chrétiens ont besoin d’être réévangélisés. La mission de l’Église est universelle : elle s’adresse à des personnes de tout âge, culture, condition... Dès le début de l’Église, la foi a pénétré tous les milieux et a touché jeunes et moins jeunes, riches gouvernants et esclaves, intellectuels, artisans, hommes et femmes... Les Apôtres et ceux qui leur ont succédé ont toujours maintenu une ferme unité dans ce qui est nécessaire, mais sans chercher à uniformiser ceux qui se convertissaient. Les façons d’évangéliser aussi ont été très diverses : les uns ont accompli une mission très importante grâce à leurs écrits en faveur du Christianisme et de son droit à exister ; d’autres ont prêché sur la place publique ; d’autres encore ont prié et prient pour la conversion du monde du fond de leur monastère ; la grande majorité a réalisé un apostolat discret par le biais si naturel de la vie de famille, des relations de voisinage, d’amitié ou de travail. Ce qui fait l’unité de tous c’est la charité fraternelle, l’unité dans la foi, les sacrements, l’obéissance aux pasteurs légitimes.
La doctrine du Christ doit parvenir à tout le monde. C’est pourquoi saint Josémaria Escriva pouvait affirmer : “ nous n’excluons personne, nous ne séparons aucune âme de notre amour pour Jésus-Christ. C’est pourquoi, vous devez cultiver une amitié ferme, loyale, sincère — c’est-à-dire chrétienne —, avec tous vos compagnons de profession ; plus encore, avec tous les hommes, quelles que soient leurs circonstances personnelles.[08] ” Le chrétien est, par vocation, un homme ouvert aux autres, car le Christ donne des grâces abondantes pour que les chrétiens puissent s’adapter à tous les milieux, à des personnes très différentes par leur culture, âge et caractère...
La fréquentation de Jésus élargit le cœur pour aimer tout le monde sans mesquineries. Respectons-nous, mieux encore, aimons-nous la diversité de manières d’être chez ceux qui nous entourent ? Dans la pratique, considérons-nous vraiment comme une richesse de l’Église le fait que d’autres chrétiens soient différents de nous dans leurs goûts, leurs manières d’être ou de penser ?
III. L’Église ressemble à un corps humain, composé de membres bien distincts et bien unis en même temps[09], et cette diversité, loin de briser son unité, en est une caractéristique essentielle.
Demandons au Seigneur de nous apprendre à harmoniser dans notre vie ces réalités surnaturelles nécessaires à l’édification du Corps Mystique du Christ : unité dans la vérité et dans la charité, et simultanément variété de formes en matière de spiritualité, d’approche des problèmes théologiques, de pastorale, d’apostolat..., car cette variété de formes “ est une vraie richesse et entraîne avec elle la plénitude, elle est la vraie catholicité[10] ”, bien éloignée du faux pluralisme, compris comme “ juxtaposition de positions radicalement opposées [11] ”.
Dans l’unité et dans la charité, le Saint-Esprit agit, en suscitant une pluralité de chemins de sanctification. Et ceux qui reçoivent un charisme déterminé, une vocation spécifique, contribuent à l’édification de l’Église par la fidélité à leur appel particulier, en suivant le chemin indiqué par Dieu, car c’est là qu’il les attend, et non pas ailleurs.
L’unité désirée par le Seigneur — que tous soient un [12] — ne restreint pas mais au contraire elle promeut la personnalité et la manière d’être de chacun, la variété des spiritualités et des écoles théologiques dans les matières que l’Église laisse à la libre discussion des hommes... “ Tu t’effarais de me voir approuver le manque d’uniformité, dans cet apostolat auquel tu travailles. Et je t’ai dit : Unité et variété. — Vous devez être aussi différents que le sont entre eux les saints du Paradis, dont chacun a ses traits personnels et singuliers. — Et en même temps, vous devez être entre vous aussi semblables qu’eux, qui ne seraient pas saints si chacun ne s’était identifié avec le Christ.[13] ”
Le Seigneur demande non seulement de respecter la légitime variété des caractères, des goûts, des manières d’aborder les problèmes dans ce qui demeure ouvert à la libre interprétation, mais encore de la favoriser activement. Dans tout ce qui ne s’oppose pas, directement ou indirectement, à la doctrine de l’Église et à la vocation reçue de Dieu, la liberté doit être totale : goûts, activités, idées sociales, politiques, professionnelles... Ainsi nous, les chrétiens, nous serons unis au Christ, dans son amour et dans sa doctrine, chacun fidèle à sa vocation ; mais différents dans tout le reste, chacun avec sa personnalité propre, en nous efforçant d’être sel et lumière, braise allumée, vrais disciples du Christ.
NOTES
[01] Mc 9, 38-40.
[02] CONCILE VATICAN II, Decr. Apostolicam actuositatem, 16.
[03] Cf. Mt 9, 37.
[04] SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n. 965.
[05] JEAN-PAUL II, Discours à la Conférence Épiscopale Espagnole, Madrid, 31 octobre 1982.
[06] SAINT J. ESCRIVA, Lettre, 9 janvier 1935.
[07] SAINT J. ESCRIVA, Sillon, n. 226.
[08] IDEM, Lettre, 9 janvier 1951.
[09] Cf. 1 Cor 12, 13-27.
[10] SYNODE EXTRAORDINAIRE 1985, Relatio finalis II, C, 2.
[11] IDEM.
[12] Jn 17, 22.
[13] SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n. 947.
7° SEMAINE. JEUDI
7. POUR ALLER AU CIEL
— Le salut éternel, seule chose vraiment importante.
— L’enfer existe. La sainte crainte de Dieu est un don contre les attaques du démon.
— Avons-nous le désir que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ?
I. Une seule chose est vraiment nécessaire : parvenir jusqu’au but que Dieu nous a proposé, le Ciel. Pour l’atteindre le Seigneur demande d’être prêts à perdre d’autres choses et de rejeter ce qui peut s’interposer sur le chemin de la vie, aussi attrayant que cela puisse paraître. Tout est ainsi subordonné au seul but de la vie : jouir de Dieu. Le Seigneur dit dans l’Évangile de la Messe[01] : Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la... Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le... Si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le... Mieux vaut donc entrer manchot, estropié ou borgne dans le Royaume de Dieu que de risquer la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. Mieux vaut se priver de quelque chose — la main, le pied ou l’œil — que de perdre le Ciel et la vision béatifique de Dieu pour toute l’éternité. Cet enseignement est plus clair encore s’il s’agit de perdre quelque chose dont on peut se passer avec un peu de bonne volonté sans aucune gravité. En employant ces images si fortes, le Seigneur veut graver l’obligation d’éviter le danger de l’offenser et donc le devoir d’écarter toute occasion de péché, car celui qui aime le danger s’y perdra [02]. En d’autres mots, nous ne pouvons pas jouer avec notre salut, ni avec celui du prochain.
Souvent, pour plaire à Dieu, une âme délicate n’aura que de petits obstacles à écarter : des petits caprices, des fautes de tempérance, des manques de mortification ou de maîtrise du caractère, un attachement excessif à la santé, au bien-être... des fautes plus ou moins habituelles, des péchés véniels, mais dont il faut beaucoup tenir compte, qui retardent le pas, et qui peuvent faire trébucher, ou tomber en d’autres fautes plus importantes.
La lutte intérieure généreuse conduit à affronter avec ténacité ces obstacles, et les convertir en marchepied, pour se rapprocher davantage de Dieu. C’est ce que fit le Seigneur avec ses Apôtres : il a utilisé la fougue précipitée de Pierre pour former le rocher sur lequel serait fondée l’Eglise ; il a transformé l’impatience de Jean et Jacques (on les appelait «fils du tonnerre») en zèle apostolique infatigable, l’incrédulité de Thomas, en profession de foi exemplaire... L’obstacle est devenu une aide.
II. La vie du chrétien consiste à marcher continuellement vers le Ciel. Tout doit nous aider à affermir le pas sur ce sentier : la douleur et la joie, le travail et le repos, le succès et l’échec... Dans les grandes affaires on étudie et on veille sur les moindres détails. Faisons de même avec l’affaire la plus importante, le salut éternel. À la fin de notre vie sur terre il n’y aura qu’une alternative : ou le Ciel (en passant peut-être par le purgatoire) ou l’enfer, la privation éternelle de Dieu, le lieu du feu qui ne s’éteint pas, dont le Seigneur parle explicitement en de nombreuses occasions.
Si l’enfer n’existait pas et s’il n’était pas un véritable danger pour l’homme, le Christ n’aurait pas révélé avec une telle clarté son existence et il n’en aurait pas averti ses disciples si souvent : soyez vigilants ! Le démon n’a pas renoncé à la perdition de l’homme, comme aux origines, quelle que soit la fonction ou la mission reçue de Dieu.
L’existence de l’enfer pour ceux qui ont fait le mal et qui meurent en état de péché mortel, est déjà révélée dans l’Ancien Testament[03]. Dans le Nouveau, Jésus-Christ parle par exemple du châtiment préparé pour le diable et ses anges[04], que souffriront les serviteurs méchants qui n’ont pas accompli la volonté de leur Seigneur[05], les vierges étourdies qui se retrouvent sans l’huile des bonnes actions lorsqu’arrive l’Époux[06], ceux qui se présentent sans l’habit nuptial au banquet de noces[07], ceux qui offensent gravement leurs frères[08] ou négligent de les aider dans leurs besoins matériels ou spirituels[09] ... C’est aussi ce que révèle l’image de l’aire dans laquelle le blé est mélangé avec la paille, jusqu’au moment où Dieu prend dans sa main la fourche pour nettoyer son champ, recueille le blé dans son grenier et brûle la paille au feu qui ne s’éteint pas[10].
L’enfer n’est donc pas un symbole pour l’exhortation morale, pour être prêché alors que l’humanité était moins évoluée. C’est une réalité que Jésus-Christ a fait connaître, le triste salaire du péché auquel le Christ veut soustraire tout homme ; c’est pourquoi il demande, comme nous le lisons dans l’Évangile de la Messe, d’abandonner toute chose, si importante qu’elle puisse être, afin de ne pas y tomber pour toujours. Le Concile Vatican II rappelle qu’“ il nous faut (...) veiller assidûment (...) plutôt que d’être jetés, sur son ordre, dans le feu éternel (cf. Mt 25, 41), comme il arriva aux serviteurs mauvais et paresseux (cf. Mt 25, 26), dans les ténèbres extérieures où il y aura des pleurs et des grincements de dents[11]”. Pourquoi cette vérité de foi, définie par le Magistère de l’Église[12] serait-elle soustraite des sujets de méditation, de catéchèse ou de l’apostolat ? “ L’Église ne peut pas omettre, sans une grave mutilation de son message essentiel, écrit Jean-Paul II, une constante catéchèse sur (...) les quatre fins dernières de l’homme : la mort, le jugement (particulier et universel), l’enfer et le paradis. Dans un contexte culturel qui tend à enfermer l’homme dans sa vicissitude terrestre vécue avec plus ou moins de succès, l’on demande aux Pasteurs de l’Église une catéchèse qui ouvre et éclaire avec la certitude de la foi l’au-delà de la vie présente ; au-delà des mystérieuses portes de la mort se profile une éternité de joie dans la communion avec Dieu ou de peine dans l’éloignement de Dieu.[13] ”
Le Seigneur désire l’amour de ses frères, mais il a voulu aussi montrer où conduit le péché pour qu’ils aient une raison de plus de ne pas s’écarter de lui : la sainte crainte de Dieu, crainte de se séparer du Bien infini, du vrai Amour. Les saints ont considéré comme un grand bien les révélations que Dieu leur fit au sujet de l’existence de l’enfer et de l’éternité de ses peines : “ ce fut une des plus grandes grâces que Dieu m’a faites, écrit sainte Thérèse d’Avila, parce qu’elle m’a été très utile, aussi bien pour perdre la peur des tribulations de cette vie, que pour m’efforcer de les souffrir et remercier le Seigneur qui me délivra, il me semble, de maux si perpétuels et terribles.[14] ”
Existe-t-il quelque chose dans ma vie qui me sépare du Seigneur ? Est-ce que je fuis avec promptitude toute occasion de pécher ? Ai-je recours à la sainte Vierge pour qu’elle m’obtienne l’horreur du péché, même véniel, qui cause tant de mal à l’âme parce qu’il éloigne de son Fils, notre seul Bien ?
III. La considération des fins dernières aide à être fidèles dans les occupations quotidiennes, à écarter les éventuels obstacles sur le chemin de la sainteté. C’est aussi un stimulant pour l’apostolat, pour nous soucier des autres : qu’ils trouvent Dieu et soient heureux avec lui pour toute l’éternité. La plus grande preuve de charité et d’estime envers quelqu’un n’est-ce pas de lui rendre plus facile le chemin du ciel ?
La première façon d’aider les autres, c’est d’être attentif aux conséquences de sa propre conduite, des actions et des omissions, pour ne jamais être une occasion de scandale. Écoutons ces paroles de Jésus : Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. Dans une autre occasion le Seigneur avait déjà dit : Il est inévitable qu’arrivent des scandales. Mais malheur à celui par qui le scandale arrive ![15] L’Évangile a peu de mots aussi forts ; peu de péchés sont aussi graves que celui-ci, car le scandale détruit la plus grande œuvre de Dieu, la Rédemption, et conduit à la perte des âmes, en leur enlevant la vie de la grâce, plus précieuse que la vie du corps. Les petits dont parle Jésus sont en premier lieu les enfants, dont l’innocence reflète d’une façon particulière l’image de Dieu, mais ce sont aussi les personnes simples, qui ont peut-être moins de formation et sont donc plus influençables.
Le monde est constamment secoué par des scandales plus ou moins graves, et le Seigneur est en droit de demander réparation pour le mal commis. Réparer ce mal en le noyant dans l’abondance de bien, c’est s’efforcer d’être des exemples vivants qui entraînent, qui pratiquent la correction fraternelle opportune, affectueuse et prudente, pour aider à rectifier les erreurs, les situations nuisibles à l’âme, grâce à un apostolat joyeux du sacrement de la Pénitence...
Très sainte Vierge, iter para tutum ![16], prépare-nous un chemin sûr, celui qui mène à l’éternel bonheur du Ciel.
NOTES
[01] Mc 9, 40-4c9.
[02] Ecli 3, 26.
[03] Cf. Nm 16, 30-33 ; Is 33, 14 ; Eccli 7, 18-19 ; Job 10, 20-21 ; etc.
[04] Cf. Mt 25, 41.
[05] Cf. Mt 24, 51.
[06] Cf. Mt 25, 1 et s.
[07] Cf. Mt 22, 1-14.
[08] Cf. Mt 5, 22.
[09] Cf. Mt 25, 41 et s.
[10] Cf. Lc 3, 17.
[11] CONCILE VATICAN II, Const. Lumen gentium, 48.
[12] BENOÎT XII, Const. Apost. Benedictus Deus, 29 janvier 1336, Dz. 531 ; CONCILE DE FLORENCE, Dz. 693.
[13] JEAN-PAUL II, Exhort. Apost. Reconciliatio et Paenitentia, 2 décembre 1984, 26.
[14] SAINTE THÉRÈSE D’AVILA, Vie, 32, 4.
[15] Lc 17, 1. – 16. LITURGIE DES HEURES, Secondes Vêpres du commun de la Vierge, Hymne Ave, maris Stella.
7° SEMAINE. VENDREDI
8. LA FAMILLE, CHEMIN DE SAINTETÉ
— Jésus restaure la dignité originelle du mariage, en rappelant son unité et son indissolubilité
— Le mariage est un chemin de sainteté et d’apostolat.
— La grâce du sacrement du mariage.
I. L’Évangile de la Messe[01] montre aujourd’hui Jésus en train de prêcher à une foule de toutes les agglomérations voisines, des gens simples qui reçoivent avec attention la Parole de Dieu. Il y a aussi des pharisiens mal intentionnés, qui opposent le Christ à la Loi de Moïse et qui lui demandent : “ Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? Jésus leur dit : Que vous a prescrit Moïse ? Et eux : Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. Cela, tout le monde l’admettait, mais l’on discutait de la licéité de répudier sa femme pour n’importe quel motif-, pour une raison insignifiante, voire aucune.
Jésus-Christ, le Messie Fils de Dieu, connaît parfaitement les Écritures : Moïse avait permis le divorce en raison de la dureté de cœur de son peuple, mais il avait aussi protégé la condition de la femme par cette Loi. À cette époque en effet la femme était considérée souvent comme une esclave, privée de droits. Moïse prescrit alors un document (l’acte de répudiation) par lequel la femme répudiée récupérait à nouveau la liberté, et qui marquait un vrai progrès social en ces temps-là.
Mais Jésus rétablit le mariage dans sa pureté originelle, tel que Dieu l’avait institué lors de la Création : il les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas !
Cet enseignement paraît si exigeant aux contemporains que même les disciples, selon le récit de saint Matthieu, réagissent : Si la condition de l’homme avec sa femme est telle, il n’y a pas avantage à se marier[03]. La conversation dut se prolonger, car, une fois à la maison, ils l’interrogent à nouveau sur cette question. Jésus confirme : Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d’adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d’adultère.
Le Seigneur rappelle les caractéristiques originelles du mariage : l’unité et l’indissolubilité. Saint Jean Chrysostome résume cela d’une formule simple et claire : le mariage est d’un avec une et pour toujours[04]. L’Église, fidèle à la mission de gardienne et interprète de la loi naturelle et divine, a toujours transmis que le mariage a été institué par Dieu avec un lien perpétuel et indissoluble, et “ qu’il a été protégé, confirmé et élevé non pas avec des lois humaines, mais avec des lois de l’auteur même de la nature, Dieu, et du restaurateur de la même nature, le Christ Seigneur ; ces lois, par conséquent, ne peuvent être sujettes au bon plaisir des hommes, ni même à la volonté contraire des conjoints eux-mêmes[05] ”. Le mariage n’est pas un simple contrat privé, et il ne peut être rompu par la volonté des contractants. Il n’existe pas de raison capable de justifier le divorce, ni quoi que ce soit contraire à la loi naturelle et à la loi divine.
Jean-Paul II encourage particulièrement les époux chrétiens, même dans certains milieux hostiles aux normes de la vie chrétienne, à demeurer fidèles au projet chrétien de la vie familiale[06].
Et nous, efforçons-nous d’être toujours des instruments d’union grâce aux petits services rendus avec amabilité, à la joie qui rend la vie agréable à ceux qui sont autour de nous. Sommes-nous habitués à prier chaque jour pour celui qui dans la famille en a le plus besoin ? Cherchons-nous à être disponibles pour aider celui qui faiblit un peu ? Nous occupons-nous avec affection de celui qui est un peu malade ?
II. Un chrétien peut-il se laisser impressionner par la dérision ou le mépris que certains milieux opposent à la sainteté du mariage ? Peu importe au Seigneur que le climat existant dans le peuple d’Israël ne fut pas favorable à ses enseignements, car défendre l’indissolubilité du mariage est une exigence de la foi, mais aussi une nécessité pour le bien commun de la société.
Jésus-Christ va à rencontre des idées de son temps au sujet du mariage. Il lui rend sa dignité originaire, mais il l’élève aussi à l’ordre surnaturel, en l’instituant en sacrement pour sanctifier les conjoints et la famille. Il n’est donc pas étonnant que les chrétiens aient parfois à affronter aujourd’hui certaines attaques contre la dignité de ce sacrement et ses propriétés essentielles, des tentatives de le ridiculiser, surtout lorsqu’ils font de leur vie une apologie de la famille, le fondement incontournable de la société elle-même.
La famille devrait être une des premières préoccupations de ceux qui interviennent dans la vie publique, les éducateurs, les écrivains, les hommes politiques et les législateurs, les artistes, les cinéastes, les journalistes... car une bonne partie des problèmes sociaux et même personnels ont leur racine dans les échecs de la vie familiale. Lutter contre la délinquance juvénile, contre la prostitution de la femme et des enfants, contre le sida, la toxicomanie... et favoriser simultanément le discrédit ou la détérioration de l’institution familiale n’est-ce pas une légèreté et une profonde contradiction ?
Le bien de la famille doit donc être une des préoccupations fondamentales des chrétiens présents dans la vie publique, de sorte que les divers secteurs de la vie sociale soutiennent le mariage et la famille, en leur accordant toute l’aide économique, sociale, éducative, politique, culturelle... aujourd’hui si nécessaire et urgente pour qu’ils puissent continuer de remplir leur rôle irremplaçable dans la société ![07]
Mais le rôle des familles dans la vie sociale et politique ne peut pas être simplement passif, car elles doivent être “ les premières à faire en sorte que les lois non seulement n’offensent pas, mais encore soutiennent et défendent positivement les droits et les devoirs de la famille[08]
”, en suscitant ainsi une vraie politique familiale [09].
La famille, au sens large du terme, est le premier apostolat des parents : leur exemple et leur joie sont absolument nécessaires à leurs enfants et aux autres familles amies, ou qui partagent les mêmes objectifs dans l’éducation des enfants, la vie sociale...
Cette joie, que n’ébranlent pas les difficultés de toute sorte, s’enracine dans une vie sainte, dans la fidélité quotidienne à la vocation matrimoniale. Les enfants, eux, réalisent un bien très agréable au Seigneur lorsqu’ils font leur possible pour maintenir l’ambiance propre d’une famille chrétienne, dans laquelle tous s’efforcent de vivre les vertus humaines et surnaturelles : la joie, la cordialité, la sobriété, l’application au travail, le respect mutuel, l’esprit de service...
III. Élevé à l’ordre surnaturel, l’amour humain grandit et se consolide parce que, dans le sacrement chrétien, l’amour divin pénètre l’amour humain, le fortifie et le sanctifie. C’est Dieu qui unit par un lien sacré et sanctifiant l’homme et la femme dans le mariage. C’est pourquoi, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! Dieu a uni par des liens divins ce qui était deux corps et deux cœurs en une seule chair, un seul corps et un même cœur, donnant à cette union la ressemblance de l’union du Christ avec son Église [10]. Le mariage n’est pas seulement une institution sociale : c’est aussi un appel à une nouvelle vie, dévouée, donnée par amour, sanctifiante pour les conjoints et sanctificatrice de tous les membres de la famille.
Examinons aujourd’hui dans la prière, notre conduite quotidienne : suis-je cordial et affectueux ou m’arrive-t-il de provoquer des discussions, des critiques, des plaintes... ? Suis-je suffisamment disponible pour le soin de la maison, pour les enfants, les frères et sœurs, les grands-parents... ? Est-ce que pendant les vacances et les jours fériés, je profite bien de mon temps, et j’évite les loisirs ou les passe-temps inutiles ? Est-ce que je reste serein face aux contrariétés ? Suis-je sobre et simple dans la façon de vivre les fêtes, sans oublier leur sens chrétien ? Est-ce que je respecte la liberté et les opinions des autres, sans pour autant leur être indifférent ? Est-ce que je m’intéresse réellement aux études et la formation humaine et chrétienne de mes enfants, mes frères, mes sœurs plus jeunes ? Suis-je disponible lorsque l’un des enfants, un frère, une sœur, des amis... demande une attention ou une compréhension particulière... ?
Quand les époux, qui s’aiment d’un amour humain et surnaturel, sont exemplaires, les enfants ont un exemple vivant pour trouver les réponses aux questions que la vie leur pose. Dans une ambiance joyeuse, où les vertus occupent une place importante, l’idéal chrétien grandit. La famille est alors un lieu privilégié pour le “ renouvellement constant de l’Église[11]
”, et pour la réévangélisation du monde.
Très sainte Vierge, Mère du Bel Amour, obtiens-nous la grâce de ton Fils Jésus pour ma famille et pour toutes les familles de la terre.
NOTES
[01] Mc 10, 1-12.
[02] Mt 19, 3.
[03] Mt 19, 10.
[04] Cf. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélies sur l’Évangile de saint Matthieu, 62, l.
[05] PIE XI, Enc. Casti connubii, 31 décembre 1930.
[06] Cf. JEAN-PAUL II, Homélie pendant la Messe pour les familles chrétiennes, Madrid, 2 novembre 1982.
[07] Cf. JEAN-PAUL II, Familiaris consortio, n. 45.
[08] Idem, n. 44.
[09] Idem.
[10] Cf. Eph 5, 22.
[11] JEAN-PAUL II, Allocution, 21 septembre 1978.