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7° SEMAINE. SAMEDI

9. AVEC LA SIMPLICITÉ DES ENFANTS

— La simplicité et l’enfance spirituelle.

— Quelques manifestations ordinaires de la piété.

— L’enfance spirituelle et l’audace.

 

I. À diverses occasions l’Évangile rapporte l’affection de Jésus pour les enfants qui s’approchaient de lui. Il les accueillait, les bénissait et les citait en exemple à ses disciples. En vérité je vous le dis : celui qui n’accueille pas le Royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. Et il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains[01].

Si Jésus embrasse et bénit ces enfants c’est qu’il pense non seulement à tous les enfants du monde mais aussi à tous les hommes, à qui le Seigneur indique les dispositions qu’il faut avoir pour entrer dans le Royaume de Dieu.

Il illustre aussi d’une manière imagée la doctrine essentielle de la filiation divine : Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants ; la vie chrétienne est avant tout une relation filiale avec Dieu le Père. C’est cet esprit de filiation divine qui est à l’origine de l’esprit de dépendance qui relie les chrétiens à leur Père du Ciel, un abandon plein de confiance en sa providence aimante, source de la simplicité avec laquelle ils ont recours à lui, de l’humilité à reconnaître qu’ils ne peuvent rien par eux-mêmes, de la simplicité et de la sincérité avec lesquelles ils se montrent tels qu’ils sont[02]. Devenir intérieurement des enfants, sans puérilité est une tâche coûteuse pour des adultes. Elle requiert de la vigueur et de la force de volonté, et un abandon sans réserves en Dieu, car “ l’enfance spirituelle n’est ni «gâtisme» spirituel ni mièvrerie ; c’est un «chemin» de bon sens et de fermeté, dont la difficile facilité exige que l’âme s’y engage et le suive, guidée par la main de Dieu[03] ”. Le chrétien qui vit cette enfance spirituelle pratique plus facilement la charité, parce que “ l’enfant est une créature qui ne garde pas rancune, ne connaît pas la fraude et n’ose pas tromper. Le chrétien, comme le petit enfant, ne se met pas en colère s’il est insulté (...), il ne se venge pas s’il est maltraité. Plus encore : le Seigneur lui demande de prier pour ses ennemis, de laisser sa tunique et son manteau à ceux qui les lui prennent, de présenter l’autre joue à qui le gifle (cf. Mt 5, 40).[04] ” L’enfant oublie avec facilité et n’«enregistre» pas les offenses.

L’enfance spirituelle est aussi la garantie d’un amour toujours jeune, parce que la simplicité écarte du cœur les expériences négatives. “ Tu as rajeuni ! En effet, tu remarques que la fréquentation de Dieu t’a ramené en peu de temps à l’époque simple et heureuse de ta jeunesse, et même à l’assurance et à la joie sans mièvrerie de l’enfance spirituelle... Tu regardes autour de toi et tu constates qu’il arrive la même chose aux autres : les années s’écoulent depuis leur rencontre avec Notre Seigneur et, la maturité venue, en eux se fortifient une jeunesse et une joie ineffaçables. Ils ne se trouvent pas jeunes : ils sont jeunes et joyeux ! Cette réalité de la vie intérieure attire, confirme et subjugue les âmes. Remercie chaque jour Deum qui lœtificat juventutem — ce Dieu qui comble de joie ta jeunesse.[05] ”

 

II. La filiation divine suscite des dévotions simples, des petits cadeaux à Dieu notre Père, parce qu’une âme aimante ne peut pas rester inactive[06]. Seul le chrétien, qui s’attache à devenir enfant spirituellement peut donner leur vrai sens aux petites dévotions, car il devient capable d’avoir “ une piété d’enfant et une doctrine de théologien ”, comme disait saint Josémaria Escriva. La formation doctrinale donne de la profondeur à ce regard posé sur une image de Notre-Dame, elle rend naturel de l’accompagner d’un acte d’amour, d’embrasser un crucifix, de ne pas rester indifférent devant une scène du Chemin de Croix... car la piété, l’amour vrai, a besoin de s’exprimer de manière naturelle et simple. Dieu contemple cela avec plaisir, comme le père regarde avec tendresse le petit qui lui tend les bras.

Une foi simple et profonde aime des manifestations de piété collectives ou personnelles qui se transmettent de génération en génération. Parfois ce sont des coutumes du peuple chrétien transmises par les aînés, dans l’intimité des familles ou au sein de l’Église. Avec le désir d’améliorer la formation doctrinale, cherchons à vivre ces actes de piété, que nous les ayons «inventés» ou qu’ils proviennent de la tradition spirituelle de l’Église. C’est par exemple aux origines de l’Église, qu’est née la coutume d’orner de fleurs les autels et les images saintes, d’embrasser le crucifix ou le chapelet, de prendre de l’eau bénite en faisant le signe de la Croix ...

Certains «esprits forts» ne comprennent pas ces manifestations d’amour, et rejettent ces coutumes du peuple chrétien, en les taxant de séquelles d’un christianisme Infantile. N’auraient-ils pas oublié ces mots du Seigneur : celui qui n’accueille pas le Royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas 7 Pourquoi refuser de se reconnaître devant Dieu comme des petits enfants puisque dans la vie humaine l’amour s’exprime fréquemment dans de petits gestes ? Ces preuves d’affection, vues de l’extérieur de façon superficielle, avec une «objectivité critique», n’ont peut-être pas de sens, mais le Seigneur, lui, est sûrement ému de voir la prière des enfants et de ceux qui leur ressemblent !

Les Actes des Apôtres témoignent du soin avec lequel les premiers chrétiens éclairaient abondamment les salles où se célébrait la sainte Eucharistie[07], et plaçaient sur les sépulcres des martyrs des petites lampes à huile pour qu’elles s’y consument. Saint Jérôme en tire une magnifique analogie : “ Il ornait les basiliques et les chapelles des martyrs d’une variété de fleurs, de branchages d’arbres et jeunes sarments de vigne, de sorte que tout ce qui faisait plaisir dans l’église, que ce soit par son ordre ou par sa grâce, était un témoignage du travail et de la ferveur du prêtre.[08] ” Ces manifestations de piété, sont en effet appropriées à la nature humaine qui a besoin des choses sensibles pour s’adresser à Dieu pour mieux exprimer son amour.

La simplicité a aussi des manifestations audacieuses : lorsque nous méditons, ou lorsque nous marchons dans la rue, nous pouvons dire au Seigneur des choses qu’on n’oserait pas dire, par pudeur, devant d’autres personnes : nous osons alors lui dire que nous l’aimons, qu’il nous rende plus fous d’Amour pour lui... que, s’il le désire, nous sommes disposés à l’accompagner sur la Croix... que nous lui offrons notre vie une fois de plus...

 

III. La simplicité est une des principales manifestations de l’enfance spirituelle. Elle découle de la conscience de la petitesse de l’homme devant Dieu, comme l’enfant devant son père, dont il dépend et en qui il a confiance. Devant Dieu, à quoi sert-il de dissimuler les défauts ou les erreurs commises ? C’est la simplicité aussi qui permet de tirer le meilleur profit de la direction spirituelle, lorsque l’on manifeste ce qui dans notre vie est bon, mauvais ou douteux. Une âme qui cherche Dieu ne s’embrouille ni ne se complique inutilement ; elle ne cherche pas ce qui est extraordinaire, elle fait ce qu’elle doit faire et tâche de bien le faire, en sachant que Dieu la contemple. Elle parle avec clarté, sans se réfugier dans des demi-vérités, ni dans des restrictions mentales. Elle n’est ni ingénue, ni soupçonneuse, ni méfiante mais prudente. Bref, elle vit l’enseignement du Maître : Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes[09].

“ Par ce chemin tu arriveras, mon ami, à une grande intimité avec le Seigneur : tu apprendras à appeler Jésus par son nom et à aimer beaucoup le recueillement. La dissipation, la frivolité, la superficialité et la tiédeur disparaîtront de ta vie. Tu seras ami de Dieu : et dans ton recueillement, dans ton intimité, tu jouiras en considérant ces phrases de l’Écriture : Loquebatur Deus ad Moysem facie ad faciem, sicut solet loqui homo ad amicum suum. Dieu parlait à Moïse face à face, comme un homme parle avec un ami.[10] ” Prière qui s’exprime tout au long du jour par des actes d’amour et de réparation, d’actions de grâces, d’oraisons jaculatoires à la Vierge Marie, à saint Joseph, à son ange gardien...

C’est en regardant Notre-Dame que l’on apprend à fréquenter le Fils de Dieu, son Fils, sans formules recherchées. Elle préparait les repas, elle balayait la maison, elle s’occupait du linge... et, au milieu de son travail, elle s’adressait à Jésus avec confiance et délicatesse, sachant bien que son fils bien-aimé était le Fils du Très Haut ! Avec amour elle lui exposait ses besoins ou ceux des autres (Ils n’ont plus de vin ! ). Elle lui rendait les petits services ordinaires de la vie quotidienne, elle le regardait, pensait à lui..., et tout cela c’était une prière parfaite.

Comment manifester, à notre tour, l’amour de Dieu ? Ayons recours à la sainte Messe, aux prières que l’Église propose dans la liturgie..., proposons-nous de faire, au milieu de l’agitation quotidienne, une visite, même très courte, au Seigneur dans le Tabernacle d’une église ..., ou d’apporter des fleurs à une image de Marie, Mère de Dieu et notre Mère... Sainte Vierge, aide-nous à avoir un cœur simple, rempli d’amour pour ton Fils, et la grâce de devenir enfants dans la vie spirituelle, comme ton Fils nous l’a demandé.

 

NOTES

[01] Mc 10, 13-16.

[02] Cf. Bible de Navarre, note à Mc 10, 13-26.

[03] SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n. 855.

[04] SAINT MAXIME DE TURIN, Homélie 58.

[05] SAINT J. ESCRIVA, Sillon, n. 79.

[06] Cf. SAINTE THÉRÈSE DE LISIEUX, Histoire d’une âme, X, 41.

[07] Ac 20, 7-8.

[08] SAINT JÉRÔME, Épître 60, 12.

[09] Mt 10, 16.

[10] S. CANALS, Dieu parmi nous, p. 109.



8° DIMANCHE. ANNÉE A

10. LA TÂCHE DE CHAQUE JOUR

— Vivre l’aujourd’hui en plénitude la confiance et l’abandon en Dieu.

— N’ayez pas peur !

— Mettons notre imagination au service de la gloire de Dieu.

 

I. Dans l’Évangile de la Messe le Seigneur lance un appel à la sérénité : Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine[01].

Hier est déjà passé et nous ne savons pas si demain arrivera[02], car personne ne connaît son avenir. De la journée d’hier il ne reste que des motifs d’actions de grâces pour les interventions de Dieu, et pour le bien dont nous avons bénéficié. Notre trésor du Ciel aura peut être augmenté un petit peu. D’hier sont restés aussi sans doute des motifs de contrition et de pénitence pour des péchés, des erreurs et des omissions. Dans tous les cas nous pouvons toujours dire d’hier, avec des mots de l’antienne d’ouverture de la Messe : Le Seigneur est mon appui : il m’a dégagé, m’a donné du large, il m’a libéré, car il m’aime[03].

Demain n’est pas encore là et s’il arrive ce sera un jour plus beau que celui que nous pouvons imaginer, parce que Dieu, notre Père, le prépare pour notre sanctification : Tu es mon Dieu et en tes mains se trouvent mes jours[04]. Il n’y a donc pas de raison d’être préoccupés face à l’avenir : nous disposerons toujours de la grâce de Dieu nécessaire pour affronter ce que chaque journée nous apportera.

Ce qui importe, c’est le moment présent. C’est maintenant que nous pouvons aimer et nous sanctifier, à travers ces mille petits événements qui constituent la journée, quelques uns agréables, d’autres non, mais tous peuvent être un petit bijou pour Dieu et pour l’éternité, si on les vit avec plénitude humaine et sens surnaturel. Pourquoi nous arrive-t-il souvent de nous attarder sur des ah, si seulement... ? Des situations du passé que l’imagination embellit ou en d’autres fantaisies futures illusoirement idéalisées, en les délivrant du contrepoids de l’effort, ou, au contraire, en les imaginant si pénibles et ardues ?

Qui observe le vent ne sème pas, et qui considère les nuages ne moissonne pas[05]. C’est une invitation à accomplir à tout moment le devoir de chaque instant, sans le retarder dans l’attente de meilleures opportunités. Dans l’apostolat par exemple, que serait-il arrivé si les apôtres avaient attendu des circonstances favorables pour annoncer l’Évangile ? Que se serait-il passé dans n’importe quelle œuvre d’apostolat si l’on avait attendu des conditions parfaites ? Ici et maintenant (Hic et nunc). C’est maintenant que je veux aimer Dieu de tout mon cœur... et en œuvres.

Une bonne partie de la sainteté et de l’efficacité consiste à vivre chaque jour comme s’il était le seul de notre vie. Des jours remplis de l’amour de Dieu et des hommes ! Pleins de bonnes œuvres, sans gaspiller une seule occasion de réaliser le bien. Le jour d’aujourd’hui ne se répétera jamais, et le Seigneur attend que nous le remplissions d’amour pour lui et pour nos frères.

 

II. Ne vous faites pas tant de souci... La préoccupation et l’angoisse ne suppriment pas le malheur que l’on craint, mais l’avancent... sans pouvoir encore compter sur la grâce de Dieu pour le supporter. La préoccupation obsédante augmente les difficultés, diminue la capacité de les surmonter et rend incapable de bien réaliser le devoir du moment présent. Elle est parfois même une faute contre la confiance en la Providence que le Seigneur exerce en toutes les situations de la vie. Dans la première lecture de la Messe, l’Esprit-Saint nous encourage par la bouche du Prophète Isaïe : Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l’oublier, moi, je ne t’oublierai pas[06].

Jésus nous répète : Confiance ! C’est moi ! N’ayez pas peur[07]! L’on ne peut pas porter en même temps les fardeaux d’aujourd’hui et ceux de demain. Nous avons l’aide suffisante pour être fidèles aujourd’hui et pour vivre avec sérénité et joie. Demain viendra avec de nouvelles grâces, et son fardeau ne sera pas plus lourd que celui d’aujourd’hui. À chaque jour suffit sa peine ! Dieu notre Père veille sur nous, à chaque instant, et nous, nous ne pouvons que vivre le moment présent. Bien souvent les angoisses viennent de la difficulté à être à tout moment à ce que l’on fait, au lieu de penser à ce que l’on fera après... sans compter le manque de foi en la Providence. C’est pourquoi elles disparaîtront si l’on répète avec confiance et sincérité : je veux ce que tu veux, je veux parce que tu veux, je veux comme tu le veux, je veux tant que tu le veux*. C’est le secret du gaudium cum pace[09], de la joie et de la paix.

La tentation de vouloir maîtriser le futur fait oublier que la vie est dans les mains de Dieu. N’avons-nous pas tendance à être comme cet enfant impatient qui saute les pages du livre pour connaître la fin de l’histoire ? Chaque jour est à lui seul un chemin de sainteté. L’Ancien Testament montre les Hébreux dans le désert recueillant la manne envoyée par Dieu comme aliment du jour. Certains, faisant des provisions pour le futur, prenaient plus que le nécessaire et le gardaient en réserve. Mais le lendemain ils retrouvaient une pâte corrompue, impropre à la consommation. Il leur manquait la confiance en Yahvé, leur Dieu, qui veillait sur eux d’un amour paternel. La confiance en Dieu n’est pas une invitation à l’irresponsabilité mais à la prudence de ne pas compter sur les seules forces humaines si limitées.

Est-ce que je sais vivre en plénitude l’occupation du jour, avec une joyeuse espérance, en y mettant ma tête, mon cœur, toutes mes énergies ? Car l’abandon en Dieu, le saint abandon, ne diminue pas la responsabilité de faire et de prévoir, il ne dispense pas de vivre la prudence ; il s’oppose, par contre, au manque de confiance en Dieu et à l’inquiétude démesurée pour de futures éventualités [10] : Ne vous faites pas tant de souci pour demain, répète le Seigneur... ce que l’on peut traduire aujourd’hui par : Profitez bien de la journée que vous êtes en train de vivre.

 

III. Dieu sait bien ce dont nous avons besoin. Cherchons d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste nous sera donné par surcroît[11]. “ Prenons la ferme résolution générale de servir Dieu de tout cœur, toute la vie, sans vouloir savoir qu’il y a un demain, auquel nous ne devons pas penser. Préoccupons-nous de bien agir aujourd’hui : demain finira aussi par s’appeler aujourd’hui, et alors nous penserons à lui. Il faut faire provision de manne pour chaque jour, et pas plus ; n’ayons pas le moindre doute de ce que Dieu fera tomber une autre manne le jour suivant, et l’autre encore, tant que durent les journées de notre pérégrination sur terre.[12] ” Le Seigneur ne nous abandonnera pas.

Vivre le moment présent suppose de prêter attention aux choses et aux personnes et, par conséquent de maîtriser l’imagination et la mémoire. L’imagination peut faire vivre dans un autre monde, loin de la seule réalité que nous avons à sanctifier ; elle est souvent la cause de pertes de temps et d’omissions. Le manque de mortification intérieure, le manque de contrôle de l’imagination et de la curiosité, sont de grands adversaires de la sanctification.

Vivre le moment présent, cela implique également de repousser la crainte stérile de futurs dangers que la fantaisie agrandirait ou déformerait. L’imagination a un certain penchant à inventer de fausses croix, et l’on souffre inutilement parce que l’on refuse peut-être la petite croix que le Seigneur permet et qui remplirait de paix et de joie si on l’acceptait telle qu’elle est.

Vivre avec une plénitude d’amour le moment présent, cela revient finalement à être fidèles dans les petites choses de chaque jour : hic et nunc, ici et maintenant, sans repousser à plus tard, par exemple, les rendez-vous prévus avec le Seigneur. Ici et maintenant, je vais être fidèle à mon plan de vie spirituel, généreux envers Dieu, fuir la tiédeur. Ici et maintenant, je vais me vaincre sur ce qui me coûte et tâcher d’avancer dans tel ou tel aspect de ma lutte intérieure, celui sur lequel porte par exemple l’examen particulier.

Notre-Dame, obtiens-nous du Seigneur la grâce de vivre le moment présent avec un plus grand amour, comme si c’était le dernier jour de ma vie sur terre.

 

NOTES

[01] Mt 6, 34.

[02] Cf. SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n. 253.

[03] Ps 17, 19-20, antienne d’ouverture de la Messe du jour.

[04] PS 31, 16.

[05] Ec 11, 4.

[06] Is 49, 14-15.

[07] Mt 14, 27.

[08] MISSEL ROMAIN, Oraison de Clément XI pour après la sainte Messe.

[09] IDEM, Oraison préparatoire de la Messe.

[10] Cf. V. LEHODEY, Le saint abandon, Casais, Barcelone 1945.

[11] Cf. Mt 6, 32-34.

[12] SAINT FRANÇOIS DE SALES, Recueil de lettres, fragm. 131, 766.



8° DIMANCHE. ANNEE B

11. L’AMOUR DE DIEU ENVERS LES HOMMES

— Dieu nous aime d’un amour infini.

— L’indifférence devant l’amour de Dieu .

— L’Amour se paie avec de l’amour.

 

I. La sainte Écriture décrit de mille manières l’amour infini de Dieu pour chaque homme. Dans la première lecture de la Messe d’aujourd’hui[01], le prophète Osée exprime, avec de très belles images, la grandeur sans limite de l’amour divin pour les créatures, dont il attend une réponse : Parole du Seigneur : Mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d’Egypte. Tu seras ma fiancée, et ce sera pour toujours. Tu seras ma fiancée, et je t’apporterai la justice et le droit, l’amour et la tendresse... Devant les infidélités continuelles d’Israël, figure de nos propres faiblesses et de nos trahisons, le Seigneur offre une fois encore son amour et sa miséricorde à son peuple. Il revient inlassablement nous combler, un par un, de sa tendresse infinie.

Est-ce qu’une femme peut oublier son petit enfant... ? Même si elle pouvait l’oublier, moi je ne t’oublierai jamais, car je t’ai pris dans mes mains pour t’avoir toujours près de moi[02] ; ceux qui lèvent la main contre toi touchent la prunelle de mes yeux[03]. En vérité, “ le Dieu de notre foi n’est pas un être lointain, qui contemple avec indifférence le sort des hommes : leurs aspirations, leurs luttes, leurs angoisses. C’est un Père qui aime ses enfants[04] ”, d’un amour bien supérieur au nôtre qui, même purifié de toute scorie, “ est toujours attiré par la bonté, apparente ou réelle, des choses... L’amour divin, en revanche, est un amour qui crée et communique la bonté aux créatures[05] ”, avec le plus absolu désintéressement. Dieu notre Père nous aime vraiment.

L’amour de Dieu est absolument gratuit, car les choses créées ne peuvent rien lui donner qu’il n’ait déjà à un degré infini. La raison de son amour c’est sa bonté infinie, et le désir de la diffuser.

Il nous a créés et nous a élevés à l’ordre surnaturel, à participer de sa propre vie et à partager son propre bonheur... en surpassant les exigences de la nature créée. Voici en quoi consiste son amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés le premier[06] ; et c’est Jésus-Christ qui nous a révélé en toute sa profondeur l’amour de Dieu envers les hommes.

Devant cet amour aussi grand qu’immérité, le Saint-Esprit nous pousse à nous abandonner totalement à Dieu : Remets ton sort à Yahvé, et confie-toi en lui : il agira lui-même[07]. Et encore : Remets-t-en à Yahvé de tes soucis, et il te soutiendra[08]. Et saint Pierre ! Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car il prend soin de vous[09]. C’est la même recommandation du Seigneur à sainte Catherine de Sienne : “ Ma fille, oublie-toi et pense à moi, car je penserai continuellement à toi ”. Ai-je vraiment foi en ton amour, Seigneur ?

“ Jésus, mon Seigneur : fais que je ressente ta grâce et que je la seconde de telle manière que mon cœur se vide..., afin que ce soit toi qui le remplisses, toi, mon Ami, mon Frère, mon Roi, mon Dieu, mon Amour ! [10] ”

 

II. La tendresse de Dieu pour les hommes est supérieure à tout ce que nous pouvons imaginer : Voyez quel grand amour nous a témoigné le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu — ce que nous sommes [11]. Y a-t-il plus grande preuve d’amour de Dieu envers les hommes ? Il a pour nous la tendresse d’un père, et pour nous sauver, quand nous étions perdus à cause du péché, il a envoyé son Fils pour que, en donnant sa vie, il nous rachète et nous libère de l’état où nous étions tombés : Dieu a tant aimé le monde qu’il envoya son Fils Unique, pour que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle[12]. C’est ce même amour qui le pousse à se donner entièrement, en demeurant dans l’âme en état de grâce[13], et à communiquer avec elle dans une profonde intimité [14].

Devant tant d’amour, la réponse de l’indifférence n’est-elle pas tragique, autant que ce climat général pour placer l’homme au centre de tout, à la place de Dieu ? En déformant le passage de la sainte Écriture : celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment pourra-t-il aimer Dieu qu’il ne voit pas[15] ? On finit par dire que seul l’homme mérite d’être aimé, et peu importe que Dieu reste étranger et inaccessible. Ce nouvel humanisme blasphématoire prétend, en apparence, défendre la dignité de la personne, mais en réalité il la détruit. En supplantant le Créateur par le créé, il élimine la possibilité d’aimer Dieu et les hommes, car en donnant à la créature finie et limitée une valeur absolue le reste ne peut avoir qu’un intérêt secondaire. L’exclusion de Dieu, le seul être aimable en soi et par soi, ne peut conduire à un plus grand amour envers quelque chose ou quelqu’un ; elle ne débouche que sur le mépris de la personne humaine, sa corruption et sa destruction. L’exclusion de Dieu est, à proprement parler, un enfer.

Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits [16]! N’est-ce pas là une juste réponse de l’homme à l’amour de Dieu ?

Lorsque notre correspondance n’est pas à la hauteur de cet amour, il arrive que le Seigneur se plaigne : Si un ennemi m’outrageait, je supporterais la chose... Mais c’était toi..., mon ami et mon familier [17].

Saint Jean d’Avila écrit :“ Le feu d’amour pour toi que tu veux voir nous enflammer, nous embraser, nous consumer, et nous transformer en toi, c’est toi qui l’avives des faveurs que tu nous as faites pendant ta vie, et tu le fais brûler par la mort que tu as souffert pour nous.[18] ” Profitons de ce moment de prière pour nous demander : est-ce que mon amour de Dieu brûle ainsi ? Est-ce qu’il se manifeste par une réponse généreuse à ce que Dieu me demande, par la fidélité à ma vocation ? Est-ce que toute ma vie est un élan d’amour qui m’attache au Seigneur ? “ Sois convaincu, mon enfant, que Dieu a le droit de nous dire : penses-tu à moi ?

Restes-tu en ma présence ? Me cherches-tu pour appui ? Me cherches-tu comme la Lumière de ta vie, comme une cuirasse..., comme un tout ? [19] ”

 

III. Dans sa suprême sagesse, le Seigneur a voulu nous rendre participants de son amour et de sa vérité, car quand bien même nous aurions été capables de l’aimer naturellement avec nos propres forces, il savait que ce n’était qu’en nous donnant son Amour même qu’il nous rendait capables de nous unir intimement à lui. Par l’Incarnation de son Fils Unique, il a restauré l’ordre détruit, il nous a élevés à la dignité d’enfants et il nous a révélé la plénitude de l’amour divin. Enfin, la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé en nos cœurs l’Esprit de son Fils[20], le Paraclet, le Don le plus grand qu’il pouvait nous concéder.

Dieu aime chaque homme d’un amour personnel et individuel, et très souvent il parle au cœur ; il nous a peut-être déjà dit avec clarté : meus es tu, tu es à moi[21]. Il n’a jamais cessé de nous aimer, de nous aider, de nous protéger, de se communiquer à nous ; pas même dans les moments d’ingratitude de notre part, si nous nous sommes éloignés de lui par un péché grave. Peut-être, comme le dit la première lecture de la Messe, est-ce dans ces circonstances que nous avons reçu le plus d’affection de la part de Dieu.

Comment correspondre à cet amour dans ses devoirs, dans l’accomplissement des pratiques de piété, dans l’apostolat d’amitié avec ses amis, dans le don de soi généreux jusque dans les plus petits détails de sa vocation à la sainteté... ? Permettons-nous que la tiédeur se faufile à travers les fentes d’un examen peu profond, qui se contente de ne voir que l’accomplissement extérieur de nos obligations ?

Méditer fréquemment sur l’amour de Dieu fait beaucoup de bien à l’âme. Sainte Thérèse d’Avila conseillait “ de nous rappeler l’amour avec lequel (le Seigneur) nous a fait tant de faveurs et quel grand amour Dieu nous a manifesté... : car l’amour produit de l’amour. Essayons de regarder toujours cela et de nous éveiller à aimer[22] ”. Soyons persuadés de cette réalité spirituelle : contempler l’amour de Dieu fait produire de l’amour et réveille pour aimer davantage. Jean-Paul II encourage à y correspondre en utilisant cette expression populaire : “ l’amour se paie avec de l’amour [23] ”.

Seigneur, augmente en moi l’amour, apprends-moi à aimer avec ton amour. Je te demande, avec les paroles de saint Jean de la Croix : “ Découvre ta présence, et que ta vue et ta beauté me tuent : regarde la maladie d’amour qui ne guérit pas si ce n’est que par ta présence et devant ta face.[24] ”

 

NOTES

[01] Os 2, 16-17 et 21.

[02] Is 49, 14-17.

[03] Cf. Za 2, 12. – 4. SAINT J. ESCRIVA, Quand le Christ passe, 84.

[05] SAINT THOMAS, Summa Theologiœ, I, q. 20, a. 2.

[06] 1 Jn 4, 10.

[07] PS 36, 5.

[08] PS 54, 23.

[09] 1 P 5, 7.

[10] SAINT J. ESCRIVA, Forge, n. 913.

[11] 1 Jn 3, 1.

[12] Jn 3, 16.

[13] Cf. Jn 14, 23.

[14] Cf. Jn 14, 26.

[15] 1 Jn 4, 20. -16. PS 102, 1-4, 8, 10, 12, 13.

[17] PS 55, 13-14.

[18] SAINT JEAN D’AVILA, Audi filia, 69.

[19] SAINT J. ESCRIVA, Forge, n. 506.

[20] Gal 4, 6.

[21] Is 43, l.

[22] SAINTE THÉRÈSE D’AVILA, Vie, 22, 14.

[23] JEAN-PAUL II, Allocution, 31 octobre 1982, n. 3

[24] SAINT JEAN DE LA CROIX, Cantique spirituel, 11.


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