8° SEMAINE. SAMEDI
18. UN DROIT ET UN DEVOIR : ÊTRE APÔTRE
— L’union avec le Christ est la source du droit et du devoir de faire de l’apostolat dans le monde.
— Surmonter le respect humain et les fausses excuses.
— Jésus envoie aujourd’hui ses amis comme il a envoyé dès le début ses premiers disciples.
I. Les chefs des prêtres et les scribes s’approchent de Jésus qui allait et venait dans le Temple et lui demandent : Par quelle autorité fais-tu cela ? Qui t’a donné autorité pour le faire ? [01] Sans doute parce qu’ils n’étaient pas disposés à écouter, le Seigneur les laissera sans réponse.
Mais nous, nous savons que Jésus-Christ est le Seigneur, Créateur et Maître de l’univers, qu’en lui furent créées toutes les choses dans les deux et sur terre, les visibles et les invisibles... Tout a été créé par lui et pour lui, et le Christ lui-même a réconcilié tous les êtres avec lui, en rétablissant la paix, par son sang répandu sur la Croix[02]. Rien n’échappe à sa souveraineté et à son influence pacificatrice. Tout pouvoir m’a été donné... Il a la plénitude du pouvoir dans les cieux et sur la terre, et par conséquent pour sauver chaque peuple et chaque homme.
C’est lui qui a appelé les chrétiens à participer à sa mission, à entrer dans la vie de leurs amis pour leur révéler le chemin du bonheur sur terre, chemin qui mène au Ciel. C’est lui qui désire qu’ils étendent son règne, règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix[03] : “ nous sommes le Christ qui passe sur le chemin des hommes de ce monde[04] ”, et nous devons apprendre de lui à servir et à aider tous les hommes. Pour mettre leur vie au service des autres, les fidèles laïcs n’ont besoin d’aucun autre titre que celui de la vocation chrétienne, reçue au Baptême. N’est-ce pas là un motif bien suffisant ? “ Les laïcs tiennent de leur union même avec le Christ Chef le devoir et le droit d’être apôtres. Insérés qu’ils sont par le baptême dans le Corps Mystique du Christ, fortifiés grâce à la confirmation par la puissance du Saint-Esprit, c’est le Seigneur lui-même qui les députe à l’apostolat.[05] ”
Un chrétien reçoit donc ce droit de se mêler de la vie des autres, parce que la vie du Christ anime tous les hommes et que si un membre est malade, s’il est affaibli, tout le corps s’en trouve affecté : c’est le Christ lui-même qui souffre et les membres sains du corps souffrent aussi, puisque “ tous les hommes sont un dans le Christ[06] ”. Si différents que nous soyons, nous sommes unis dans le Christ, et l’apostolat, couronnement de la charité, devient alors condition de vie. Le droit d’entrer dans la vie des autres est donc un droit joyeux pour chaque chrétien, et ne peut exclure personne, quelle que soit sa situation dans la vie. Jésus, lui, “ ne nous demande pas notre permission pour nous compliquer la vie. Il s’y introduit et... voilà tout ![07] ” Nous, qui désirons être ses disciples, pouvons-nous faire autrement ? Si nous profitons des occasions qui se présentent, nous apprendrons aussi à en susciter d’autres pour aider d’autres âmes à s’approcher du Seigneur : peut-être en leur suggérant la lecture d’un livre solide, en donnant un conseil opportun, en les encourageant à avoir recours au sacrement de la Confession, en rendant un petit service...
II. Quelqu’un pourrait nous dire : de quel droit un homme se mêle-t-il de la vie intérieure des autres ? Qui l’autorise à parler du Christ, de sa doctrine, de ses commandements ? Ou c’est peut-être nous-mêmes qui nous demandons : “ de quel droit puis-je me mêler de cela ? ”. Alors, “ il me faudrait te répondre : c’est le Christ en personne qui te l’ordonne. Il te le demande : La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux : priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson (Mt 9, 37-38). Ne conclus pas lâchement : Pour cela, moi, je ne sers à rien, il y en a déjà d’autres pour le faire ; ce genre d’activités n’est pas pour moi. Non, il n’y a personne d’autre ; si toi tu pouvais dire cela, tout le monde pourrait en dire autant.
L’invitation du Christ s’adresse à tous et à chacun des chrétiens. Personne n’en est dispensé, ni par l’âge, ni par la santé, ni par le métier. Il n’existe aucune sorte d’excuse. Ou nous produisons des fruits apostoliques, ou notre foi sera stérile.[08] ” L’Église encourage les fidèles à faire connaître le Christ, sans excuses ni prétextes, avec joie, à tous les âges de la vie. “ Les jeunes doivent devenir les premiers apôtres des jeunes, en contact direct avec eux, exerçant l’apostolat par eux-mêmes et entre eux. [09] ” Les jeunes, les enfants, les personnes âgées, les malades, ceux qui se trouvent sans travail ou dont la situation est florissante... tous peuvent être des apôtres du Christ par leur exemple et leur parole. Allez dans le monde entier et prêchez l’Évangile...[10]. C’est le Seigneur qui les envoie ! La vocation chrétienne pousse à penser aux autres, à ne pas craindre les sacrifices qu’impliqué un amour qui se manifeste par des œuvres, car “ il n’y a pas d’autre signe ni marque qui distingue ainsi le chrétien et celui qui aime le Christ, que le soin de nos frères et le zèle pour le salut des âmes [11] ”. C’est pourquoi le désir de faire connaître le Maître est comme le thermomètre de l’authenticité de vie du disciple et de la fermeté de son engagement. Est-ce que le salut des âmes me préoccupe ? L’indifférence à l’égard de Dieu me laisse-t-elle indifférent ? Les besoins spirituels de ceux qui m’entourent me poussent-ils à réagir et à prier davantage ? L’absence de réaction dans une âme, serait un signe que la charité s’y serait refroidie, puisqu’elle ne donnerait plus de chaleur. L’apostolat n’est pas quelque chose de rajouté ou superposé à l’activité ordinaire du chrétien, mais la manifestation naturelle de la vie chrétienne auprès des parents, des collègues, des amis...
III. Par quelle autorité fais-tu cela ? Ce n’est pas le moment de révéler d’où provient son pouvoir. Plus tard il révélera à ses disciples : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre[12]. L’autorité de Jésus ne vient pas des hommes, mais de Dieu le Père. Il est l’“ héritier de toutes choses (Heb 1, 2), pour être Maître, Roi et Prêtre de l’univers, Chef du peuple nouveau et universel des fils de Dieu[13] ”. Or l’Église entière et chacun de ses membres participent de ce pouvoir, et la tâche de poursuivre dans le monde l’œuvre du Christ incombe à tous les chrétiens, et plus particulièrement encore à ceux qui, en plus de la vocation baptismale ont reçu un appel spécifique du Seigneur pour le suivre de plus près dans le célibat ou dans le mariage. Jésus nous presse, car “ les hommes sont appelés à la vie éternelle. Ils sont appelés au salut. Avez-vous conscience de cela ? Avez-vous conscience (...) de ce que tous les hommes sont appelés à vivre avec Dieu, et que, sans lui, ils perdent la clef du « mystère » d’eux-mêmes ?
“ Cet appel au salut, c’est le Christ qui nous l’apporte. Il a pour l’homme des paroles de vie éternelle (Jn 6, 68) ; et il s’adresse à l’homme concret qui vit sur la terre. Il s’adresse particulièrement à l’homme qui souffre, dans son corps et dans son âme.[14] ”
Jésus nous envoie comme il a envoyé ses disciples au hameau voisin chercher un âne qui s’y trouvait attaché et que personne n’avait encore monté. Il leur demande de le détacher et de lui amener cet âne qu’il montera lors de son entrée triomphale à Jérusalem. Et si l’on vous demande : Pourquoi le détachez-vous ? Répondez : le Seigneur en a besoin [15]. Ils agissent pour le Seigneur et en son nom, pas pour eux-mêmes ni pour obtenir un bénéfice personnel. Ces deux disciples s’en vont donc et trouvent en effet l’âne comme le Seigneur leur avait dit. Ses maîtres leur demandent : Pourquoi le détachez-vous ? Ils dirent : C’est le Seigneur qui en a besoin[16]. Et ces disciples, dont nous ne connaissons pas les noms, mais qui sont de fidèles amis du Maître, accomplirent ce qui leur avait été demandé et montrent le chemin de tout apostolat : Ils l’amenèrent à Jésus «. Saint Ambroise, quand il explique ce passage, met en valeur trois choses : le mandat de Jésus, le pouvoir divin avec lequel on le mène à bien, et la manière exemplaire de vie et d’intimité avec le Maître de ceux qui le réalisent[18]. saint Josémaria Escriva ajoute : “ Comme elles s’appliquent admirablement aux enfants de Dieu ces paroles de saint Ambroise, quand il parle de l’ânon attaché à l’âne dont Jésus avait besoin pour son triomphe. Voici son commentaire : “ seul un ordre du Seigneur pouvait le délier. Ce furent les mains des apôtres qui le détachèrent. Pour ce faire, il faut une conduite et une grâce spéciales. Toi aussi, sois un apôtre, afin de délivrer ceux qui sont captifs. ”
“ — Laisse-moi faire une autre glose de ce texte : combien de fois, sur l’ordre de Jésus, devrons-nous délier ce qui retient les âmes, parce qu’il a besoin d’elles pour son triomphe ! Que nos mains soient alors des mains d’apôtres, ainsi que nos actes, et toute notre vie... Alors Dieu accordera aussi la grâce qu’il donne à l’apôtre, pour rompre les fers de ceux qui sont enchaînés [19] ”.
NOTES
[01] Mc 11, 27-33.
[02] Cf. Col 1, 17-20.
[03] MISSEL ROMAIN, Préface du Christ Roi. – 4. SAINT J. ESCRIVA, Lettre, 8 décembre 1941.
[05] CONCILE VATICAN II, Decr. Apostolicam actuositatem, 3.
[06] SAINT AUGUSTIN, Commentaire au Psaume 39.
[07] Cf. SAINT J. ESCRIVA, Forge, n. 902.
[08] IDEM, Amis de Dieu, 272.
[09] CONCILE VATICAN II, loc. cit., 12.
[10] Cf. Mc 16, 15.
[11] SAINT JEAN CHRYSOSTOME, De incomprehensibili Dei natura, 6, 3.
[12] Mt 28, 19.
[13] CONCILE VATICAN II, Const. Lumen gentium, 13.
[14] JEAN-PAUL II, Homélie, 14 mai 1982.
[15] Cf. Lc 19, 29-31.
[16] Lc 19, 33-34.
[17] Lc 19, 35.
[18] Cf. SAINT AMBROISE, Commentaire à l’Évangile de saint Luc, in loc.
[19] SAINT J. ESCRIVA, Forge, n. 672.
9° DIMANCHE. ANNEE A
19. FONDER SUR LE ROC
— La sainteté consiste à accomplir la volonté de Dieu, dans les grandes comme dans les petites choses.
— Vouloir ce que Dieu veut.
— Aimer ce que Dieu veut.
I. Le Fils de Dieu éprouve visiblement une affection particulière pour ceux qui s’efforcent d’accomplir en tout la volonté de Dieu, d’exprimer par des œuvres leur amour de Dieu, transformant ainsi leur vie en vraie prière. Jésus déclare, en effet, dans l’Évangile de la Messe [01] : Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur ! pour entrer dans le Royaume des deux ; mais il faut faire la volonté de mon Père... Il s’adresse à tous ceux qui avaient fait de la prière une simple récitation de mots et de formules sans influence sur leur conduite. Notre dialogue avec le Christ peut-il être ainsi : “ Ta prière doit être celle d’un enfant de Dieu, non comme celle des hypocrites, auxquels s’appliquent ces mots de Jésus : ce n’est pas celui qui dit Seigneur ! Seigneur ! qui entrera dans le Royaume des deux.
“ Ta prière, ton exclamation de Seigneur ! Seigneur ! doit être accompagnée, de façons très différentes pendant la journée, du désir et de l’effort efficace que tu fais pour accomplir la Volonté de Dieu.[02] ”
Il ne s’agit pas de réaliser des prodiges, comme de prophétiser en son nom ou de chasser des démons — même si c’était possible sans l’aide de Dieu — mais de faire son aimable volonté ; sinon, même les sacrifices les plus grands seraient vains et inutile notre course. C’est pourquoi la sainte Écriture révèle l’amour de Dieu pour celui qui cherche à s’identifier en tout au vouloir divin : J’ai trouvé David, fils de Jesse : un homme selon mon cœur, qui accomplira toutes mes volontés[03]. Et saint Jean écrit : Le monde passe, ses convoitises aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour l’éternité[04]. Jésus lui-même déclare que sa nourriture est de faire la volonté du Père et d’accomplir son œuvre[05]. C’est l’essentiel, c’est en cela que consiste la sainteté : “ faire sa volonté, à être ce que lui veut que nous soyons[06] ”, nous détacher de plus en plus de nos intérêts, de notre égoïsme et ne faire qu’un avec le dessein de Dieu sur nous.
Le chemin qui conduit au Ciel mais aussi au vrai bonheur sur terre “ est l’obéissance à la volonté divine, non pas le fait de répéter son nom[07] ”. Une prière véritable c’est toujours celle qui est suivie par les œuvres, par le désir sincère de faire la volonté de Dieu à chaque instant de la journée. “ Ce serait une chose terrible, s’exclame sainte Thérèse d’Avila, si Dieu nous demande clairement de faire une chose qui pour lui est importante et que nous ne voulions pas parce que nous préférons notre plaisir.[08] ” Quelle tristesse si le Seigneur désirait mener quelqu’un par un chemin et que l’intéressé s’obstinait à en suivre un autre ! Accomplir la volonté de Dieu, n’est-ce pas un programme suffisant pour remplir toute une vie ?
“ Sans doute as-tu parfois pensé — avec une sainte envie — à Jean, cet apôtre adolescent, quem diligebat Iesus : celui que Jésus aimait.
“ — N’aimerais-tu pas mériter d’être appelé celui qui aime la Volonté de Dieu ? Mets en œuvre ce qu’il faut pour y parvenir, jour après jour.[09] ” Il ne faut sans doute pas chercher très loin, mais simplement accomplir les petits devoirs de la journée, se demander tout au long du jour : est-ce que je fais en ce moment ce que je dois faire [10] ? C’est aussi accepter les contrariétés qui se présentent dans toute vie normale, lutter pour suivre les conseils reçus dans la direction spirituelle, rectifier l’intention, car la tendance de tout homme est de faire sa propre volonté, ce qui lui plaît, ce qui est le plus agréable.
Seigneur, je ne veux faire que ce que tu veux, toi, et comme tu le veux ! Je ne tiens pas à faire ma volonté, à suivre mes pauvres caprices, mais faire de ma vie une offrande à ta gloire. Je voudrais pouvoir dire comme toi, dans ce qui est grand et ce qui est petit : mon aliment, ce qui donne son sens à ma vie, c’est de faire la volonté de Dieu mon Père bien-aimé.
II. Cette ardeur que l’on met à chercher en tout la gloire de Dieu, donne la force de faire face aux difficultés et aux tribulations de cette vie : la maladie, les calomnies, les difficultés financières, la solitude, le mépris...
Dans l’Évangile de la Messe, le Christ parle à cet égard de deux maisons, construites en même temps et d’apparence semblable. Ce qui les distingue apparaît seulement au jour de l’épreuve, quand les pluies, les inondations et les vents violents les agressent : la première résiste grâce à ses robustes fondations tandis que l’autre s’écroule parce qu’elle avait été construite sur le sable : sa ruine est radicale. Celui qui éleva le premier édifice, dit le Seigneur, est un homme sage, prudent, le second est un homme insensé.
Ce n’est pas la beauté des ornements, ni même la qualité de sa toiture, qui permit à la première maison de résister mais ses fondations ; fondée sur le roc elle traversa les saisons, servit de refuge à son propriétaire et fut un modèle de bonne construction. De même celui qui édifie sa vie sur le désir sincère d’accomplir la volonté de Dieu dans les petites choses de chaque jour comme dans les affaires importantes, traverse les contrariétés, les hauts et les bas de la vie sans s’effondrer. C’est le secret de ces malades, affaiblis dans leur corps mais dont la volonté forte et le grand amour supportent avec joie la douleur, parce qu’ils voient dans leur maladie la main paternelle de Dieu qui bénit toujours ceux qui l’aiment, bien que ce soit de façon inattendue. Et celui qui sent la diffamation et la calomnie, celui qui connaît des soucis économiques et voit souffrir les siens ... celui qui perd un être cher qui était dans la plénitude de la vie... ou celui qui souffre la discrimination dans son travail à cause de ses croyances religieuses... s’il suit le Christ en actes et en vérité, celui-là ne s’écroule pas parce qu’il a édifié sa vie sur le plus complet abandon à la volonté de Dieu son Père. Cet abandon ne signifie pas qu’il néglige de se défendre justement quand c’est nécessaire, d’exiger les droits du travail qui lui reviennent ou de mettre en œuvre ce qu’il faut pour guérir sa maladie. Mais cela implique de le faire avec sérénité, sans angoisse, sans amertume ni rancœur.
Seigneur je ne veux pas te lâcher la main, car c’est toi mon refuge : “ Ne désire rien pour toi, rien de bon ni rien de mauvais : recherche seulement ce que Dieu voudra pour toi ”. Près du Seigneur l’amer devient doux et le rugueux suave.
“ Jésus, je repose, confiant, entre tes bras ; je cache ma tête dans ton sein très aimant, plaçant mon cœur tout près de ton Cœur : je veux, en tout, ce que tu voudras. [11] ” Seulement ce que tu voudras, Seigneur ! Je ne désire rien de plus !
III. Pour se préparer aux moments difficiles qui pourraient survenir, il n’y a pas de meilleure formation que d’accepter de bon gré les petites contrariétés de la vie ordinaire qui surgissent dans le travail, la vie de famille, les loisirs... et d’accomplir avec fidélité et abnégation son propre devoir d’état jusque dans les plus petits détails. C’est ainsi que l’on consolide les fondations et donc toute la construction. La fidélité dans les petites choses, qui passent inaperçues aux yeux des autres, est la condition de la fidélité dans ce qui est grand[12], de la force aux jours d’épreuve.
Si nous sommes fidèles dans l’accomplissement de la volonté de Dieu dans les petites choses de chaque jour (le travail quotidien, les conseils reçus dans la direction spirituelle, l’acceptation sportive et joyeuse des contrariétés ordinaires...) nous prendrons l’habitude de voir la main de Dieu en toutes choses. La santé comme la maladie, la sécheresse de la prière comme les consolations, la paix intérieure comme la tentation, le travail comme le repos... deviendront chemin vers Dieu et nous empliront de paix. Nous résisterons facilement au respect humain, parce que nous saurons voir l’essentiel : faire ce que le Seigneur veut que nous fassions ; cela donne une grande liberté pour agir toujours en présence de Dieu[13], pour être audacieux dans l’apostolat et pour parler ouvertement de Dieu.
Il n’y a pas d’autre fidélité que celle que l’on met à faire les choses les plus petites, par amour de Dieu, “ en voyant en elles non pas leur petitesse en elle-même, ce qui est propre aux esprits mesquins, mais une chose aussi importante que la volonté de Dieu, que nous devons respecter avec grandeur, même dans les petites choses [14] ”.
Une construction robuste et forte peut aussi servir de fondation pour d’autres édifices plus faibles. De même, une vie intérieure, profondément ancrée dans la prière sera la source vivifiante où beaucoup d’âmes viendront puiser la force nécessaire pour surmonter les difficultés et les tribulations de la vie.
Restons donc toujours tout près de Jésus. “ Quand viendra l’épreuve..., et aussi quand tu connaîtras le triomphe, redis avec moi : Seigneur, ne me lâche pas, ne m’abandonne pas. Aide-moi comme un petit enfant dépourvu d’expérience. Guide-moi toujours par la main ![15] ” Avec toi, en accomplissant ce que tu me demandes, j’arriverai jusqu’au bout de mon chemin, où je te contemplerai face à face. Et je retrouverai ta Mère, Marie, qui est aussi ma Mère, à laquelle j’ai recours en finissant ce moment de prière. Que mon dialogue avec ton Fils ne soit pas une clameur vide. Ravive mon désir d’accomplir la sainte volonté de ton Fils en toutes choses et toujours.
NOTES
[01] Mt 7, 21-27.
[02] SAINT ESCRIVA, Forge, n. 358.
[03] Cf. Ac 13, 22.
[04] 1 Jn 2, 17.
[05] Cf. Jn 4, 34.
[06] SAINTE THÉRÈSE DE LISIEUX, Manuscrits autobiographiques.
[07] SAINT HILAIRE DE POITIERS, dans Catena Aurea, vol. I, p. 449.
[08] SAINTE THÉRÈSE D’AVILA, Fondations, 5, 5.
[09] SAINT J. ESCRIVA, o. c., n. 422.
[10] Cf. IDEM, Chemin, n. 772.
[11] IDEM, Forge, n. 42 et n. 529.
[12] Cf. Lc 16, 20.
[13] Cf. V. LEHODEY, Le saint abandon.
[14] J. TISSOT, La vie intérieure.
[15] SAINT J. ESCRIVA, Forge, n. 654.
9° DIMANCHE. ANNEE B
20. SANCTIFIER LES FÊTES
— Les fêtes chrétiennes.
— Le jour du Seigneur.
— Les fêtes sont un terrain favorable à l’apostolat.
I. La première lecture de la Messe[01] d’aujourd’hui rappelle que c’est Dieu lui-même qui a institué les fêtes du Peuple élu et a encouragé sans réserves leur accomplissement : Observe le sabbat comme un jour sacré, selon l’ordre du Seigneur ton Dieu. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage, mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage... En plus du sabbat, les Juifs célébraient d’autres fêtes majeures : la Pâque, la Pentecôte, la Fête des Tentes... par lesquelles ils renouvelaient leurs offrandes à Yahvé et rendaient grâces pour les bienfaits dont ils avaient été comblés. Le sabbat, après six jours de travail était le jour consacré à Dieu, maître du temps. Le peuple hébreux reconnaissait ainsi sa souveraineté sur toutes choses. L’observance du sabbat deviendra l’un des signes distinctifs du peuple juif parmi les Gentils.
À l’époque du Seigneur, le rigorisme de certains Juifs a donné lieu à des querelles entre les pharisiens et Jésus, comme celui que raconte l’Évangile de la Messe[02]. Un samedi, comme ils traversaient un champ de blé, ses disciples se mirent à arracher des épis. Les pharisiens lui disaient : Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Cela n’est pas permis... Mais le Christ leur rappelle alors que l’obligation du repos sabbatique n’a pas une valeur absolue et que lui, le Messie, est le Seigneur du sabbat.
Jésus-Christ respectait évidemment le sabbat et les fêtes juives, même s’il savait que sa venue sur terre les rendait caduques par l’institution des fêtes chrétiennes. Saint Luc témoigne que la sainte Famille allait tous les ans à Jérusalem pour la Pâque[03]. Jésus aussi célèbre chaque année cet anniversaire avec ses disciples. De plus, sa présence à Cana sanctifie la joie d’une noce[04], et sa prédication s’inspire fréquemment d’exemples de fêtes domestiques : le roi qui célèbre les noces de son fils[05], le banquet offert pour le retour du fils prodigue [06]... L’Évangile lui-même est centré sur la joie de la présence de l’époux, le Messie, qui se trouve déjà parmi ses amis[07].
Notre Seigneur aime ces fêtes, qui sont l’occasion de changer d’occupation, de le fréquenter avec plus d’intensité et de tranquillité, de consacrer plus de temps à sa famille, de donner au corps et à l’âme le repos dont ils ont besoin. La sainte Messe est le centre de la vie chrétienne[08] : sans elle rien n’a vraiment de sens ; la vie serait comme un corps sans âme : un cadavre. C’est ainsi que le dimanche est vraiment le jour que le Seigneur a fait pour l’allégresse et la joie[09]. Car la sainte Messe, première activité dominicale est source de la joie véritable et de la paix qui ne cesse jamais.
II. La Résurrection du Seigneur a eu lieu le premier jour de la semaine, comme en témoignent tous les évangélistes ; ce même jour, le soir, il est apparu à ses disciples réunis au Cénacle, et il leur a montré dans ses mains et son côté les signes palpables de la Passion[10]. Huit jours plus tard, c’est-à-dire le premier jour de la semaine suivante, Jésus leur apparut de nouveau[11]. Il est possible que de cette manière le Seigneur ait voulu donner une importance particulière à ce premier jour. C’est du moins ainsi que l’ont compris les premiers chrétiens qui, dès le début, ont commencé à se réunir pour célébrer ce qui allait être rapidement appelé le jour du Seigneur, dominica dies[12], d’où l’on a tiré le nom de dimanche. Les Actes des Apôtres[13] et les Épîtres de saint Paul[14] montrent la ferveur de nos premiers frères dans la foi qui se réunissaient le dimanche pour la fraction du pain et la prière [15]. Écoutons cette antique exhortation à respecter cette tradition que nous vivons encore aujourd’hui : “ Ne faites pas passer vos affaires temporelles avant la parole de Dieu, mais, abandonnant tout au jour du Seigneur pour écouter la Parole de Dieu, courez avec diligence à vos églises, car c’est en cela que se manifeste votre louange à Dieu. Sinon, quelle excuse auraient près de Dieu ceux qui ne se réunissent pas le jour du Seigneur pour écouter la Parole de Dieu et s’alimenter avec l’aliment divin qui demeure éternellement ?[16] ”
Il est juste que nous honorions d’autant plus le dimanche qu’il perd dans certains milieux sa dimension religieuse. “ Le Seigneur a fait tous les jours, écrivait saint Jérôme. Il y a des jours qui peuvent être des juifs, des hérétiques ou des païens. Mais le jour du Seigneur, le jour de la Résurrection est le jour des chrétiens, notre jour. Il s’appelle jour du Seigneur parce qu’après être ressuscité, le premier jour de la semaine juive, il monta auprès du Père pour régner avec lui. Si les païens l’appellent jour du Soleil, nous acceptons de bon gré cette expression. En ce jour en effet ressuscita la Lumière du monde, brilla le Soleil de justice.[17] ”
Dès le début du christianisme et d’une façon ininterrompue le dimanche a été célébré d’une manière très particulière. “ L’Église, enseigne le Concile Vatican II, célèbre le mystère pascal en vertu d’une tradition apostolique qui remonte au jour même de la Résurrection du Christ, chaque huitième jour, qui est nommé à bon droit le jour du Seigneur, ou dimanche (...).
“ Aussi le jour dominical est-il le jour de fête primordial qu’il faut proposer et inculquer à la piété des fidèles, de sorte qu’il devienne aussi jour de joie et de cessation du travail.[18] ”
La meilleure manière de bien vivre ce jour, et toute les fêtes, c’est d’essayer d’imiter la foi et la joie de ces hommes et de ces femmes qui, le premier dimanche de la vie de l’Eglise, se trouvèrent avec le Christ ressuscité. Imitons Pierre et Jean sur le chemin du sépulcre, Marie Madeleine qui reconnaît Jésus quand il l’appelle par son nom, les disciples d’Emmaüs... car, nous aussi, c’est le Seigneur que nous rencontrons. Pour célébrer la fête, nos premiers frères dans la foi nous ont enseigné que fêter le dimanche et vivre avec piété la sainte Messe sont inséparables. C’est pourquoi la sainte Eucharistie a constitué, dès le début, le centre de ce jour. Faisons-nous en sorte que la Messe de chaque dimanche soit le centre de la journée ? Tâchons-nous d’accomplir les normes habituelles de piété avec un calme particulier ? Considérons-nous, particulièrement ce jour-là, le sens de la filiation divine ? Cherchons-nous plus intensément la présence de Dieu ?
III. La nouvelle évangélisation du monde rend particulièrement urgent l’apostolat du sens de la fête religieuse auprès des familles. L’enjeu est capital, car des chrétiens se refroidissent dans leur vie spirituelle simplement parce qu’ils ne se posent pas correctement la question du repos et des fins de semaine. “ C’est votre devoir de vous préoccuper de faire en sorte que le dimanche devienne de nouveau le jour du Seigneur, et que la sainte Messe soit le centre de la vie chrétienne... Le dimanche doit être un jour pour reposer en Dieu, pour adorer, supplier, rendre grâces, invoquer du Seigneur le pardon des fautes commises dans la semaine précédente, lui demander des grâces de lumière et de force spirituelle pour les jours de la semaine qui vient[19] ”, que nous commencerons alors avec davantage de joie et de désirs de travailler à la perfection.
Ce précepte de l’Église — sanctifier les dimanches et fêtes d’obligation — est “ non seulement comme un devoir primaire, mais aussi un droit, un besoin, un honneur, une chance à laquelle un croyant vif et intelligent ne peut renoncer sans graves motifs[20] ”.
Il ne s’agit pas seulement de la consécration générique de son temps à Dieu. Cela fait déjà partie du premier des Commandements. La sanctification du dimanche suppose de réserver un jour précis à la louange et au service du Seigneur, comme il l’a lui-même demandé. Dieu peut “ exiger de l’homme qu’il consacre au culte divin un jour de la semaine, pour qu’ainsi son esprit, déchargé des occupations quotidiennes, puisse penser aux biens du Ciel et, dans l’intimité cachée de sa conscience, examiner comment vont ses relations personnelles, obligatoires et inviolables, avec Dieu[21] ”.
Nous ne pouvons pas transformer le repos dominical en un temps de repos sans plus, en une journée oisive, ce qui serait excusable peut-être pour celui qui ne connaît pas Dieu. “ Se reposer c’est faire le plein : amasser des forces, faire provision d’idéaux, de projets... En peu de mots : changer d’occupation, pour revenir ensuite, avec un nouvel entrain, aux occupations habituelles.[22] ” Il s’agit d’“ un repos consacré à Dieu[23] ”, et malgré l’évolution des mœurs, un chrétien ne peut oublier qu’aujourd’hui encore le repos dominical a une dimension morale et religieuse.
Les fêtes sont une merveilleuse occasion de consacrer plus de temps à la famille, aux amis, aux personnes que le Seigneur nous a confiées. Profitons donc de cette plus grande aisance pour consacrer du temps aux autres : pour les parents c’est une opportunité, qu’on a rarement pendant la semaine, de parler avec les enfants, ou de faire une œuvre de miséricorde, comme rendre visite à un parent malade, à un voisin, à un ami qui se trouve seul...
Comme les autres jours, mais particulièrement les jours de fête, nous devons “ être capables d’avoir toute la journée prise par un horaire élastique où ne manquent point, comme temps importants — en plus des normes quotidiennes de piété —, le repos mérité, la réunion familiale, la lecture, le temps consacré à un art, à la littérature ou à quelque autre distraction noble. C’est remplir les heures d’un travail utile, faire les choses le mieux possible, veiller aux petits détails d’ordre, de ponctualité, de bonne humeur. [24] ”
Sainte Vierge Marie, fais-nous participer de la joie qui t’envahit le dimanche de la Résurrection de ton Fils. Apprends-nous à lui consacrer généreusement les jours de fête qui ponctuent nos vies.
NOTES
[01] Dt 5, 12-15.
[02] Mc 2, 23 .
[03] Mc 2, 41.
[04] Cf. Jn 2, 1-11.
[05] Mt 22, 1-14.
[06] Cf. Lc 15, 23.
[07] Cf. Mt 9, 15. – 8. Cf. CONCILE VATICAN II, Decr. Christus Dominus, 30.
[09] PS 117, 24.
[10] Cf. Jn 20, l.
[11] Cf. Jn 20, 26-27.
[12] Cf. Api, 10.
[13] Cf. Ac 20, 7.
[14] Cf. 1 Cor 16, 2.
[15] Cf. Ac 2, 42.
[16] Didascalia, Il, 59, 2-3.
[17] SAINT JÉRÔME, Homélie pour le jour de Pâques.
[18] CONCILE VATICAN II, Const. Sacrosanctum Concilium, 106.
[19] PIE XII, Discours, 13 mars 1943.
[20] PAUL VI, Audience générale, 22 août 1973.
[21] JEAN XXIII, Enc. Mater et Magistra, 15 mai 1961.
[22] SAINT J. ESCRIVA, Sillon, n. 514.
[23] LÉON XIII, Enc. Rerum novarum, 15 mai 1881.
[24] Entretiens avec Mgr. Escriva deBalaguer, 111.