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OCTAVE DE PÂQUES. LUNDI

1. LA JOIE DE LA RÉSURRECTION

— La vraie joie n’a qu’une seule source : le Christ.

— La tristesse naît de la perte du chemin, de l’éloignement de Dieu. Sommes-nous optimistes et sereins, même au milieu des épreuves ?

— Semeurs de paix et de joie.

 

I. Le Seigneur s’est relevé d’entre les morts ; c’est pour nous jour de fête et de joie, car il règne pour les siècles, alléluia [01].

La joie caractérise toute l’année liturgique puisqu’elle est une montée vers Pâques, mais se ravive ces jours-ci où les baptisés en célèbrent la cause : leur libération du péché et de la mort éternelle, par la mort et la Résurrection du Christ. La fête de Pâques nous a rappelé notre naissance surnaturelle par le Baptême ; nous sommes fils de Dieu invités à vivre éternellement avec lui ! Dieu, écrit saint Paul, nous a fait revivre avec le Christ (...) et nous a ressuscités avec lui[02]. Le Christ, premier-né d’entre les hommes, est devenu l’exemple visible et le principe actif de notre glorification future.

En ce moment, les lectures, les psaumes, les antiennes de la liturgie nous introduisent profondément dans la joie du temps pascal et nous prions avec l’Église entière pour que cette joie nous donne un avant-goût du Ciel. Depuis les temps les plus anciens, on supprime pendant ce temps liturgique les jeûnes et autres mortifications corporelles, pour manifester cette joie aussi bien intérieurement qu’extérieurement. « Les cinquante jours du temps pascal, dit saint Augustin, excluent les jeûnes, car ils sont une anticipation du banquet qui nous attend là-haut [03] ». Mais cette invitation de la liturgie resterait sans fruit si nous ne vivions pas en vérité cette rencontre avec le Christ ressuscité et ce nouvel appel à la plénitude de la filiation divine.

Les évangélistes attestent que les apôtres se réjouirent chaque fois qu’ils virent le Seigneur. Joie de le voir mais aussi de le savoir vivant et d’être à ses côtés.

La vraie joie ne dépend pas du bien-être matériel, de la satisfaction des besoins, de l’absence de difficultés, de la santé... Son secret est ailleurs, elle a son origine dans le Christ, dans l’amour que Dieu a pour nous et dans notre réponse à cet amour, dans cette promesse du Seigneur : « Je vous donnerai une joie que personne ne pourra vous enlever [04] ; rien ni personne : ni la douleur, ni la calomnie, ni l’abandon, ni les faiblesses personnelles... Rien ne pourra l’ébranler si vous restez près de moi. » C’est la seule condition : rester près de Dieu. Ne pas laisser les événements ou les êtres nous séparer de lui.

 

II. Quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Réjouissez-vous ». Elles s’approchèrent et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui[05].

La liturgie du temps pascal répète inlassablement : Réjouissez-vous, ne perdez jamais la paix, servez le Seigneur avec joie[06]. Il n’existe pas d’autre façon de le servir. « Tu passes par des jours de liesse, l’âme comblée de soleil et de couleur. Et, curieusement, les motifs de ta joie sont précisément ceux qui, en d’autres occasions, te décourageaient !

« C’est l’éternelle histoire : tout dépend du point de mire. Laetetur cor quaerentium Dominum ! lorsque l’on cherche le Seigneur, le cœur déborde toujours de joie[07]. »

Rappelle-toi : dans la dernière Cène, le Seigneur n’a pas caché aux apôtres les contradictions qui les attendaient mais leur a promis que leur tristesse se transformerait en joie : Vous donc aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse ; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et cette joie que vous aurez, nul ne pourra vous la ravir [08]. Ces paroles leur étaient alors probablement incompréhensibles mais s’accomplirent en ces jours qui suivirent la Résurrection. Peu de temps après, ceux qui jusqu’alors avaient été lâches sortirent du Sanhédrin heureux d’avoir souffert pour leur Seigneur[09]. C’est dans l’amour de Dieu notre Père, dans l’amour des autres, et dans l’oubli de soi qui en résulte, que se trouve l’origine de la joie chrétienne ; cette joie qui anime celui qui suit le Christ de près. « Tu n’es pas joyeux ? — Dis-toi : il y a un obstacle entre Dieu et moi. — Presque toujours tu toucheras juste [10]. » Et, devant ce mauvais symptôme, cherche le remède sans tarder !

La Révélation et l’expérience s’accordent pour confirmer que c’est l’éloignement de Dieu qui trouble la conscience et ronge ce don si vital de la joie. Si tu cherches le Seigneur dans ton travail et tes occupations quotidiennes, si tu mortifies l’égoïsme et ses caprices, tu resteras sensible aux choses de Dieu et soucieux de rendre la vie aimable aux autres. Cette lutte intérieure, qui donne à l’âme l’extraordinaire jeunesse d’esprit des enfants de Dieu, t’assurera la joie et la paix.

Si par malheur tu te sépares de Dieu, pense à l’enfant prodigue, et avec la grâce de Dieu, reviens à lui le cœur contrit. Comme le raconte la parabole, ce retour est toujours l’occasion d’une grande fête ; joie au Ciel et dans ton âme. N’est-ce-pas, d’ailleurs, ce que nous constatons tous les jours, même dans les plus petites choses ? Une âme qui rectifie souvent par des actes de contrition la direction qu’elle suit, demeure sereine et paisible.

S’il faut lutter pour reconquérir sans cesse la joie et l’optimisme, c’est parce que la tristesse, qui est stérile, affaiblit l’âme et la laisse à la merci de toutes les tentations. En plus, la joie est un puissant stimulant pour les autres, vertu apostolique par excellence ; quand la tristesse obscurcit l’ambiance et finit par être pernicieuse.

 

III. La joie est la meilleure action de grâce, la manière la plus désirable de remercier Dieu de ses bienfaits, « le premier tribut que nous lui devons, la manière la plus simple et la plus sincère de lui montrer que nous avons conscience des dons de la nature et de la grâce, et que nous lui savons gré de les avoir reçus [11] ». Oui, Dieu notre Père est joyeux de notre joie, heureux de notre bonheur, quand ils sont proportionnés aux vrais biens, à la fin ultime de l’homme.

La joie est en plus une manifestation de charité, une expression de l’amour de Dieu. Elle réchauffe les cœurs blessés, arides et anxieux. L’exemple des premiers chrétiens en témoigne : ils ont converti le monde païen sans brusquer les choses (en trois siècles...), par leur façon aimable et attirante de vivre les mille tâches de l’existence. Ils fondèrent des « familles qui vécurent du Christ et qui firent connaître le Christ. De petites communautés chrétiennes, qui furent comme des centres de rayonnement du message évangélique.

Des foyers apparemment semblables aux autres foyers de ce temps-là, mais animés d’un esprit nouveau qui se communiquait à ceux qui les connaissaient et les fréquentaient. Voilà ce que furent les premiers chrétiens et ce que nous devons être, nous, les chrétiens d’aujourd’hui : des semeurs de paix et de joie, de la paix et de la joie que le Christ nous a apportées [12]. » Beaucoup découvriront la présence du Christ dans ta vie si tu es optimiste, si tu souris dans les difficultés, si tu sais être chaleureusement attentif aux autres, si tu gardes ta bonne humeur dans les circonstances où il pourrait sembler naturel d’être triste. Bien sûr nos proches doivent être les premiers bénéficiaires de cette joie que le Christ nous donne ! Seigneur, aide-moi à rendre mon foyer lumineux et joyeux, à en faire un lieu qui ne soit jamais médiocre, triste, étouffé par les tensions, l’incompréhension et l’égoïsme.

C’est la vie surnaturelle qui engendre la joie dans une maison chrétienne : les vertus qui rendent la vie si aimable (la générosité, la cordialité, l’esprit de service...) sont intrinsèquement unies à la joie. L’apostolat de la famille commence par le don de cette joie qu’il faut essayer de porter aux autres familles ; puis au monde du travail ; dans la rue ; dans tous les lieux que l’on fréquente en ce monde si perturbé et inquiet, consciemment ou inconsciemment travaillé par le désir du gaudium cum pace [13] de la paix et de la joie que le Seigneur nous a laissées. Combien sont ceux qui ont trouvé le chemin qui mène à Dieu à travers la conduite cordiale et souriante d’un chrétien ? Peut-on transmettre le message du Christ autrement que comme le firent les apôtres après la Résurrection, d’une manière aimable et positive, pénétré de la joie intérieure et infinie du Seigneur ?

Enfin, la joie nous est nécessaire à nous aussi, car, dit saint Thomas, sans elle nul ne peut grandir en vie intérieure : « quiconque veut progresser dans la vie spirituelle a besoin d’avoir la joie[14] ». La tristesse laisse sans force ; comme la boue collée aux chaussures de celui qui voyage à pied, non seulement elle salit, mais en plus elle empêche de marcher. C’est un fait que la joie intérieure est l’état d’âme qui facilite l’accomplissement parfait de nos engagements ; et « plus élevées sont ces obligations, plus il nous faudra élever notre joie[15] ». En effet, plus grande est la responsabilité (celle des prêtres, des parents, des supérieurs, des professeurs. ..), plus grande aussi sera l’obligation de garder la paix et la joie pour les donner aux autres ; et plus grande aussi sera l’urgence de les récupérer si elles ont été perdues.

Achevons notre prière en pensant à la Très Sainte Vierge, « ouverte sans réserve à la joie de la Résurrection (...). Elle récapitule toutes les joies, vit la joie parfaite promise à l’Église — Mater plena sanctae laetitiae ; et, avec raison, ses fils sur la terre, tournant leurs yeux vers la mère de l’espérance et la mère de la grâce, l’invoquent comme cause de leur joie : Causa nostrae laetitiae. [16] »

 

NOTES

[01] Antienne d’ouverture de la Messe.

[02] Ep 2, 5-6.

[03] Saint Augustin. Sermon 252.

[04] Jn 16, 22.

[05] Mt 28, 8-9, Évangile de la Messe du jour.

[06] PS 99, 2.

[07] Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 72.

[08] Jn 16, 22.

[09] Ac 5, 40.

[10] Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 662.

[11] P. À. Reggio. Esprit surnaturel et bonne humeur.

[12] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 30.

[13] Missel romain, Préparation de la Sainte Messe, Formula intentionis.

[14] Saint Thomas d’Aquin, Commentaire à l’épître aux Philippiens, 4, 1.

[15] P. À. Reggio, op. cit.

[16] Paul VI, Exhor. Apost. Gaudete in Domino, 9 mai 1975, 1V.



OCTAVE DE PAQUES. MARDI

2. JÉSUS-CHRIST EST VIVANT À JAMAIS

— Marie-Madeleine rencontre le Seigneur ressuscité ; est-ce de l’histoire passée ?

— La présence du Christ dans le monde d’aujourd’hui.

— Chercher le Christ et le fréquenter. Marie-Madeleine nous apprend que chercher le Seigneur avec sincérité c’est déjà le rencontrer.

 

I. Le matin de Pâques Marie-Madeleine est retournée au sépulcre. Son affection et sa dévotion pour Jésus même après sa mort sont étonnantes. Celle qui fut possédée de sept démons [01] est restée fidèle dans les si durs moments du Calvaire et témoigne d’un amour plus fort que la mort. Dans ce cœur qui s’est humblement laissé guérir de tant de maux, la grâce a pris racine et a considérablement fructifié.

Marie reste hors du sépulcre, elle pleure. Des anges, qu’elle prend pour des personnes ordinaires, lui demandent la raison de ses larmes. On a enlevé mon Seigneur, leur dit-elle, et je ne sais pas où on l’a mis[02]. C’est sa première et unique préoccupation, et nous, nous la partageons avec elle.

Tout en disant cela , elle se retourne et aperçoit Jésus qui était là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus.

Marie n’a pas cessé de pleurer l’absence de son Seigneur et ses larmes l’empêchent de le voir bien qu’il soit très près d’elle. Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Nous voyons le Christ ressuscité, aimable et accueillant ; mais Marie, elle, pense que c’est le jardinier : Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi j’irai le reprendre.

Un seul mot du Christ suffit à lui ouvrir les yeux et le cœur. Jésus lui dit : Marie ! Le mot a cette intonation unique que Jésus donne à chaque nom — au tien, au mien — et qui s’accompagne d’une vocation, d’une amitié personnelle. Oui, Jésus m’appelle par mon nom comme jamais personne ne pourrait m’appeler...

Sa voix n’a pas changé car le Christ ressuscité conserve les traits humains du Nazaréen qui vécut il y a deux mille ans : le ton de sa voix, la manière de partager le pain, les blessures des clous aux mains et aux pieds demeurent tels que Marie-Madeleine les a connus.

Marie se retourna, elle voit Jésus, se jette à ses pieds, et s’exclame en araméen : Rabbouni ! ce qui veut dire Maître. Ses larmes jaillissent comme un fleuve qui déborde, mais ce sont des larmes de joie et de bonheur. Saint Jean a laissé sciemment le mot hébraïque original — Rabbouni — pour manifester le caractère affectueux et familier, mais en même temps exceptionnel, des relations des amis du Seigneur avec lui. Jésus n’est pas un « maître » parmi d’autres ; il est le Maître, le seul capable d’enseigner le sens de la vie, le seul qui ait des paroles de vie éternelle.

Marie va voir les apôtres pour accomplir la tâche que Jésus lui a confiée et elle leur dit : J’ai vu le Seigneur ! Quelle joie dans ses paroles, quelle différence dans sa vie maintenant qu’elle sait que le Christ est ressuscité ! Plus question de se contenter d’honorer le Corps mort de Jésus ! Quelle différence pour nous aussi... Vivre éclairés par cette réalité merveilleuse qu’est la présence de Jésus à nos côtés... Jésus, vrai Dieu et vrai homme, que Marie-Madeleine confondit ce matin-là avec le jardinier du lieu. « Le Christ vit : le Christ n’est pas une figure qui n’a fait que passer, qui n’a existé qu’un certain temps et qui s’en est allée en nous laissant un souvenir et un exemple admirables (...).

« Sa résurrection nous révèle que Dieu n’abandonne pas les siens. Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit, cesse-t-elle de chérir le fils de ses entrailles ? Même s’il s’en trouvait une pour oublier, moi, je ne t’oublier ai jamais (Is 49, 14-15), avait-il promis. Et il a tenu parole. Dieu continue à faire ses délices parmi les enfants des hommes (Cf. Prov 8, 31) [03] »

Jésus nous appelle par notre nom, jetant un regard unique sur chacun, sur toi, sur moi. Purifions notre cœur pour que ni les circonstances, ni les larmes — comme ce fut le cas pour Marie-Madeleine —, ni la souffrance, ni les joies, ne nous empêchent de le voir, lui qui vit toujours près de nous.

 

II. La seconde Personne de la Sainte Trinité s’est fait homme dans le sein virginal de Marie. Elle est maintenant au Ciel avec ce même Corps qu’elle assuma dans l’Incarnation, ce Corps qui souffrit la Passion et la mort sur la Croix, ce Corps qui ressuscita le jour de Pâques, ce Corps que nous contemplerons un jour, comme Marie-Madeleine, dans la très sainte Humanité du Seigneur. En attendant, prions pour grandir dans le désir de le contempler face à face : Mon cœur te parle ; mes yeux te cherchent ; je cherche ton visage, Seigneur[04]. Dans le Royaume de Dieu, nous verrons Jésus tel qu’il est, sans l’intermédiaire d’idées ni d’images ; ce sera la rencontre définitive avec celui qui nous connaît mieux que nous-mêmes, et avec qui nous parlons dans ce moment de prière pour apprendre à rester en sa compagnie, dès maintenant et en toute circonstance...

Et Jésus n’est pas un ami lointain car il est réellement présent — pour toi, pour moi, pour tous les hommes — dans la Sainte Eucharistie. « le Seigneur glorieux dans les cieux ne se multiplie pas mais se rend présent par le sacrement en divers lieux de la terre, partout où se réalise le sacrifice eucharistique. Après la célébration du sacrifice, la même existence reste présente dans le Très Saint Sacrement qui est, dans le tabernacle de l’autel, comme le cœur vivant de nos temples. Nous sommes donc obligés, par une obligation vraiment très douce, d’honorer et d’adorer dans la Sainte Hostie que nos yeux voient, le Verbe incarné lui-même qu’ils ne peuvent voir, et qui, cependant est devenu présent devant nous sans avoir quitté les cieux [05]. » « La présence de Jésus vivant dans la Sainte Hostie est la garantie, la racine et la consommation de sa présence dans le monde[06]. »

Le Christ vit et agit dans les sacrements ; il parle quand on lit la Sainte Écriture en Église ; il est présent quand l’Église prie et se réunit en son nom [07]. Il vit dans le chrétien d’une manière intime, profonde et ineffable. Ainsi tient-il la promesse faite aux apôtres le soir de la dernière Cène : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure [08]. Dieu habite dans l’âme en état de grâce. C’est là que tu dois le chercher et l’écouter, car il te parle. Garde le cœur pur et attentif, et tu l’entendras car tu es le temple de l’Esprit-Saint[09].

Saint Augustin, considérant la proximité ineffable de Dieu dans l’âme, s’exclame : « Je t’ai aimé bien tard, beauté si ancienne et si nouvelle, je t’ai aimé bien tard ! Voilà que tu étais à l’intérieur de moi et moi en dehors, et je te cherchais au-dehors (...). Tu étais avec moi, mais moi je n’étais pas avec toi. Elles me tenaient loin de toi, les choses qui, si elles n’étaient pas en toi, ne seraient pas. Tu m’appelas clairement et tu rompis ma surdité ; tu brillas, tu resplendis et tu guéris mon aveuglement [10]. »

Dieu est plus proche de l’âme en état de grâce qu’une personne qui serait à côté d’elle ; plus proche que l’enfant que, vous les mères, vous portez en votre sein ; plus intime à nous-mêmes que notre propre cœur.

En es-tu bien conscient ?

 

III. Le Christ est donc vivant aujourd’hui comme hier. De diverses manières, il vit parmi nous et même au plus intime de nous-mêmes. Allons toi et moi à sa rencontre, pleins de gratitude pour son ineffable présence ; fréquentons-le davantage ; et apprenons à ses côtés à aimer toujours mieux. « Il faut fréquenter le Christ, dans la Parole et dans le Pain, dans l’Eucharistie et dans la prière. Et le fréquenter comme on fréquente un ami, un être réel et vivant comme l’est le Christ, puisqu’il est ressuscité. Mais lui, lisons-nous dans l’Épître aux Hébreux, demeurant pour l’éternité, a un sacerdoce immuable. D’où il suit qu’il est capable de sauver de façon définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur (He 7, 24-25).

« Le Christ, le Christ ressuscité, est le compagnon, l’Ami ; un compagnon qui ne se laisse voir que dans la pénombre, mais dont la réalité remplit toute notre vie et nous fait désirer sa compagnie définitive [11]. » Qui contemple le Christ ressuscité avec un regard pur, comprend qu’il est possible de le suivre de près, de vivre à ses côtés et de trouver ainsi un nouveau sens à sa vie.

Une relation personnelle s’établira peu à peu entre Jésus et nous — une foi amoureuse — qui sera, vingt siècles après, aussi authentique et vraie que celle qu’avaient avec lui ceux qui le contemplèrent ressuscité, glorieux, marqué des signes de sa Passion. Nous finirons par nous tourner constamment vers le Seigneur, de la façon la plus naturelle qui soit, car nous ne pourrons plus vivre sans lui. Trouver le Seigneur suppose souvent une patiente et laborieuse recherche qui consiste à commencer et à recommencer chaque jour, même lorsqu’on a l’impression de ne pas avancer dans la vie intérieure. Ne laissons jamais pénétrer dans notre âme le découragement engendré par ces éventuels reculs qui, en général, ne sont qu’apparents ; il nous immobiliserait davantage.

L’exemple de Marie-Madeleine, la femme forte et hypersensible qui persévère dans la fidélité en des moments difficiles, nous apprend en effet que celui qui cherche avec sincérité Jésus-Christ finit par le trouver. En toute circonstance recourons à la Vierge Marie et redisons avec tous les chrétiens l’hymne du Salve Regina : montre-nous Jésus, le fruit béni de tes entrailles...

 

NOTES

[01] Cf. Lc 8, 2.

[02] Jn 20, 13, Évangile de la Messe du jour.

[03] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 102.

[04] PS 26, 8.

[05] Paul VI, Credo du peuple de Dieu.

[06] Saint Josémaria Escriva, lac. cit.

[07] Cf. Concile Vatican II, Const. Sacrosanctum Concilium, 1.

[08] Jn 14, 23.

[09] Cf. 2 Cor 6, 16-17.

[10] Saint Augustin, Confessions. 10, 27-38.

[11] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 116.



OCTAVE DE PAQUES. MERCREDI

3. SE LAISSER AIDER

— Sur le chemin d’Emmaus.

— Puisque le Christ n’abandonne jamais les siens, ne l’abandonnons pas. La fidélité dans les petites choses.

— La fidélité dans tous les domaines de l’existence.

 

I. L’Évangile de la Messe d’aujourd’hui présente une autre apparition de Jésus, le soir même de Pâques. Deux hommes, le cœur lourd, se dirigent vers Emmaüs, leur village : ils sont en train de perdre l’espérance. Le Christ, sur qui ils avaient tout misé, est mort. Or, le Seigneur lui-même les rattrape et se joint à eux comme un voyageur parmi d’autres, sans qu’ils le reconnaissent [01]. Ils entament bientôt une conversation à bâtons rompus, comme cela arrive quand on parle en marchant vite. Ils discutent de ce qui les préoccupe le plus, de ce qui est arrivé il y a trois jours à Jérusalem, de la mort de Jésus de Nazareth. La crucifixion du Seigneur a bouleversé les espérances de tous ses disciples qui avaient mis en lui toute leur confiance. Et puis tout s’est déroulé si rapidement ! Ils ne se sont pas encore remis de ce qu’ils ont vu et qui les a écrasés. Ces deux-là retournent tout simplement chez eux après avoir célébré tragiquement la fête de Pâques à Jérusalem. Leur conversation trahit leur immense tristesse et leur désarroi : Et nous qui espérions qu’Il serait le libérateur d’Israël ! Ils parlent maintenant de Jésus comme d’une réalité passée : Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth qui fut un prophète puissant... « Remarquez ce contraste. Ils disent " qui fut ", et ils l’ont pourtant à côté d’eux. Jésus chemine avec eux cherchant la raison, les racines profondes de leur tristesse.

« "Qui fut..." Et nous, si nous faisions un examen sincère et minutieux de notre tristesse, de nos découragements, de nos désillusions, ne trouverions-nous pas une certaine corrélation avec ce passage de l’Évangile ? En effet, ne disons-nous pas spontanément "Jésus fut...", "Jésus a dit...", en oubliant que Jésus est vivant à nos côtés, aujourd’hui comme alors, sur le chemin d’Emmaüs ? Dans cette méditation, nous redécouvrons le fondement de notre foi, la raison de notre espérance, la présence actuelle de celui que nous aimons : Jésus est... Jésus préfère... Jésus aime... Jésus commande... aujourd’hui, aujourd’hui même [02] ! »

Ces hommes avaient entendu le Christ promettre qu’il ressusciterait trois jours après sa mort ; ils avaient écouté, ce matin-là, le message des femmes qui avaient vu le tombeau vide et les anges... Autant de motifs de foi et d’espérance, et cependant, ils parlent du Christ comme d’une chose passée, d’une occasion perdue ! Image vivante du découragement, leur intelligence est dans l’obscurité et leur cœur engourdi. Maintenant, c’est le Christ lui-même — qu’ils ne reconnaissent pas mais dont ils acceptent la compagnie et la conversation — qui leur interprète ces événements à la lumière des Écritures. Patiemment, il leur rend la foi et l’espérance ; et eux, ils récupèrent au passage la joie et l’amour : Notre cœur, disent-ils plus tard, n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous expliquait les Écritures [03] ? Peut-être sommes-nous aussi, parfois, plongés dans le découragement et totalement dépourvus d’espérance face à un défaut que nous n’arrivons pas à déraciner, face à une difficulté apparemment insurmontable dans la famille, l’apostolat, le travail... Et si nous nous laissions aider... Jésus ne veut pas nous perdre ! Il nous attend dans la direction spirituelle où notre âme peut tout lui confier et le redécouvrir pour recommencer à vivre avec lui : à l’instant même ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem... parce qu’ils se sont laissé aider et ont été dociles aux éclaircissements reçus.

 

II. Espérance. Vertu de celui qui chemine, qui n’est pas encore arrivé au but mais qui sait qu’il aura toujours les moyens d’être fidèle à son Dieu, de persévérer dans sa vocation et dans l’accomplissement de ses devoirs si lourds qu’ils soient. Vertu de celui qui reste attentif au Christ présent dans le brouhaha du quotidien, de qui sait « saisir cette main puissante que Dieu nous tend à tout moment pour que nous ne perdions pas la perspective surnaturelle, même lorsque nos passions se dressent et nous harcèlent pour nous verrouiller dans le réduit mesquin de notre moi, ou quand, avec une vanité puérile, nous nous plaçons au centre de l’univers. Je vis persuadé que je ne parviendrai à rien sans regarder vers le haut, sans Jésus. Je sais que la force dont j’ai besoin pour me vaincre et pour vaincre naît de la répétition de ce cri : je peux tout en celui qui me rend fort (Ph 4, 13) ; ce cri qui s’appuie sur la promesse ferme de Dieu de ne point abandonner ses enfants, si ses enfants ne l’abandonnent pas[04]. »

Le Seigneur ne nous parle-t-il pas fréquemment de fidélité tout au long de l’Évangile du serviteur fidèle et prudent, du domestique bon et loyal dans les petites choses, de l’administrateur fidèle... ? La fidélité est si étroitement unie à l’essence même de la vie chrétienne que le seul titre de « fidèles » suffit rapidement à désigner les disciples du Christ[05].

Les obstacles sont réels mais connus. À la persévérance s’oppose l’inconstance — renoncer facilement à la pratique du bien ou quitter le chemin entamé quand surgissent les difficultés et les tentations — mais aussi l’orgueil qui obscurcit le fondement même de la fidélité et affaiblit la volonté devant les difficultés et les tentations. Sans l’humilité, la persévérance s’affaiblit facilement et se fragilise de plus en plus. Il est vrai, aussi, que la loyauté envers ses engagements, peut être malmenée par l’environnement ou le comportement de personnes qui devraient être exemplaires et qui ne le sont pas, laissant à penser qu’être fidèle n’est plus une valeur fondamentale de la vie.

Les difficultés, enfin, peuvent naître de la négligence dans les petites choses, comme le suggère le Seigneur lui-même : Qui est fidèle pour de très petites choses est fidèle aussi pour les grandes [06]. Celui qui soigne son travail professionnel jusqu’aux petits détails d’ordre, de ponctualité, d’achèvement... se rappelant la présence de Dieu à ses côtés pendant la journée ; celui qui veille sur ses sens avec naturel ; l’époux loyal à son épouse dans les petits incidents de la vie quotidienne ; l’étudiant qui prépare ses cours chaque jour... et combien d’autres s’entraînent ainsi discrètement à être fidèles pour ce jour où leur persévérance leur demandera un authentique acte d’héroïsme.

La fidélité jusqu’à la fin de la vie exige en effet la fidélité dans les petites choses de chaque jour, et le fait d’accepter de recommencer les mêmes efforts si par faiblesse on s’est égaré. Persévérer dans sa vocation (célibataire, marié, laïc, religieux, prêtre...) revient à répondre aux appels que Dieu renouvelle tout au long d’une vie, à travers obstacles et difficultés, incidents isolés, lâchetés, victoires. L’appel du Christ mérite et exige une réponse ferme, continuelle, qui ne craigne pas la Croix et aspire profondément à rester sur le chemin.

 

III. Cette précieuse vertu de la fidélité n’est authentique que si elle se manifeste dans tous les aspects de la vie du chrétien, grands et petits : depuis les relations avec Dieu, l’Église, le prochain, jusque dans le travail et l’accomplissement des devoirs d’état. En fait, une personne vit la fidélité sous toutes ses formes quand elle est fidèle à sa vocation : de la fidélité au Seigneur découle naturellement la fidélité à toutes les vraies obligations. Se refuser délibérément à la vocation à laquelle Dieu appelle c’est finalement échouer en tout. Sans cette fidélité tout finit par se briser et mourir. Il est vrai que la miséricorde divine peut toujours tout arranger mais encore faut-il que l’homme le demande humblement.

Dieu aime et soutient constamment la fidélité de ses enfants, tenant toujours compte de leur faiblesse. Les deux disciples d’Emmaus en ont fait l’expérience : jamais ne manquent les grâces nécessaires pour aller de l’avant à tout moment, si l’on est sincère et que l’on désire vraiment grandir dans la vie intérieure. Dieu regarde toujours plus la lutte que le "succès" des entreprises — dont il est d’ailleurs l’auteur principal —, il se réjouit de notre bonne volonté.

En persévérant ainsi, avec l’aide de Dieu, dans les minuscules affaires de chaque jour, nous parviendrons au crépuscule de la vie en entendant ces mots très doux du Seigneur : Très bien, bon et fidèle serviteur ! Tu as été fidèle pour de petites choses, je te mettrai à la tête d’une quantité. Entre dans la joie de ton Seigneur [07].

En compagnie de personnes qui ont plus ou moins perdu le sens surnaturel de la vie, nous penserons aux résolutions prises dans ce moment de prière, et nous leur ferons partager la lumière et l’espérance que nous avons reçues en cheminant avec les disciples d’Emmaüs. Ces personnes sont un vivant appel à l’apostolat car nous comprenons maintenant que la mission apostolique chrétienne n’est qu’un prolongement, auprès des gens qui vivent près de nous, de ce que fit Jésus avec ceux qu’il rencontrait.

Seigneur, reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. Reste avec nous, Seigneur, sans toi tout est obscurité et la vie n’a guère de sens. Sans toi, nous sommes désorientés, perdus... Avec toi, même la mort prend un sens. Mane nobiscum, quoniam advesperascit et inclinatus est iam dies. Reste, Seigneur, rappelle-nous les choses essentielles de l’existence, aide-nous à être fidèles et à écouter avec attention les conseils de ces personnes dans lesquelles tu te rends présent tandis que nous cheminons jusqu’à toi. « Reste avec nous, puisque la nuit tombe... » Elle a été efficace la prière de Cléophas et de son compagnon.

 « Quel dommage, si toi et moi nous ne savions " retenir " Jésus à son passage ! Quelle douleur, si nous ne lui demandons pas de rester [08] ! »

 

NOTES

[01] Lc 24, 13-35.

[02] À. G. Dorronsoro, Dieu et les gens.

[03] Lc 24, 32.

[04] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 213.

[05] Cf. Ac 10, 45 ; 2Cor 6, 15 ; Ep 1, 1.

[06] Lc 16, 10.

[07] Mt 25, 21-23.

[08] Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 671.


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